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Bilan de Tshisekedi en 2025 : entre prouesse économique et défis sécuritaires

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À la fin de l’année 2025, le président de la République démocratique du Congo (RDC), Félix Tshisekedi, peut dresser un bilan contrasté. Entre progrès symboliques et obstacles structurels, ses actions à la tête du pays suscitent à la fois des espoirs et des critiques. Retour sur une année marquée par des efforts de consolidation d’un État encore fragilisé par des crises sécuritaires persistantes.  

Sur le plan politique, 2025 a été pour Félix Tshisekedi une année marquée par des nombreux défis. Face aux parlementaires réunis en congrès, le chef de l’Etat congolais a livré son traditionnel discours sur l’état de la Nation, le 8 décembre dernier. Une allocution fleuve de près de 2h30 qui s’est déroulée dans une séquence diplomatique et sécuritaire dense, après la signature d’un accord de paix entre la RDC et le Rwanda à Washington. Mais dans l’ensemble de l’année, son bilan est marqué par deux pôles : des avancées économiques d’une part et la dégradation sécuritaire de l’autre.    

Une situation sécuritaire préoccupante en 2025

Le 27 janvier 2025, Goma, la capitale du Nord-Kivu, est tombée aux mains des rebelles de l’AFC/M23, soutenus par l’armée rwandaise. L’offensive avait démarré depuis le 23 janvier. La chute de cette ville a marqué une escalade significative du conflit dans l’Est du pays. Symbole stratégique, politique et économique, la capitale du Nord-Kivu est devenue l’épicentre d’une onde de choc aux répercussions nationales et régionales. Cette prise de la ville la plus importante de l’Est du pays a entraîné une crise humanitaire et politique, avec des appels à l’aide internationale et des protestations en RDC. A Kinshasa, cette offensive éclair et brutale a provoqué des émeutes populaires contre certaines ambassades occidentales, notamment celles de la France et de la Belgique. L’ambassade du Rwanda dont le pays participe aux hostilités aux côtés des rebelles du M23 a été aussi attaquée.

A Goma, la ville traverse toujours une épreuve difficile près d’une année après son occupation. Ces combats avaient provoqué de nouveaux déplacements massifs de populations, s’ajoutant à des camps déjà saturés autour de la ville. Des familles entières avaient fui sans ressources, cherchant refuge dans des écoles, des églises ou en prenant les routes menant vers le Sud-Kivu. Malgré le démantèlement par la force des camps des déplacés autour de la ville de Goma, certaines familles, en rentrant chez elles, ont trouvé des occupants inconnus dans leurs champs et parfois dans leurs maisons. Kinshasa a dénoncé une « implantation » des populations inconnues dans les zones contrôlées par le Rwanda via le M23 au détriment des autochtones.

De leur côté, les organisations humanitaires ont alerté sur des pénuries critiques de nourriture, d’eau potable et de médicaments, aggravées par l’insécurité et la fermeture de plusieurs axes d’approvisionnement. Les hôpitaux de Goma, déjà fragilisés, ont peiné à faire face à l’afflux de blessés.

Selon un bilan dressé par le gouvernement le 13 février, au moins 3000 morts ont été recensés et 4260 cas de blessés enregistrés dans les structures de soins.  Le ministre de la Santé, Samuel Roger Kmba, qui livrait ces chiffres au mois de février 2025, avait également signalé qu’environ 939 corps sans vie traînaient encore dans les morgues dans la zone de Goma.

L’accès aux soins est devenu un luxe, alors que le risque d’épidémies a augmenté dans les zones de regroupement improvisées. Les enfants, particulièrement vulnérables, sont exposés à la malnutrition, aux violences et à l’interruption brutale de leur scolarité. Ces violences ont également déstabilisé le Sud-Kivu avec la chute de la ville de Bukavu le 14 février. La perte des autres localités vers la fin de l’année 2025 notamment la ville d’Uvira n’a guère arrangé la situation sécuritaire qui est restée préoccupante sur toute l’année malgré la situation de l’accord de paix entre la RDC et le Rwanda en juin 2025. Au-delà de l’urgence humanitaire, cette situation d’occupation ravive les tensions régionales et les craintes d’une escalade majeure du conflit ne sont pas toujours écartées en ce début de 2026.

En 2025, les Mobondo investissent Kinshasa…

En 2025, la milice dite « Mobondo » a poursuivi une campagne d’activisme armé dans l’Ouest de la République démocratique du Congo, particulièrement dans le territoire de Kwamouth, province du Maï-Ndombe et dans la commune rurale de Maluku à Kinshasa. Entre violences, déplacements massifs de populations et contre-offensives militaires, cette crise sécuritaire est devenue l’une des plus graves du pays. L’activisme de cette milice a continué en 2025 d’impacter profondément la vie des populations du Maï-Ndombe et de certaines zones périphériques de Kinshasa, obligeant le Parc de la vallée de la N’sele à fermer momentanément ses portes. D’après des organisations locales de défense des droits humains et l’Église catholique, les exactions de ce groupe armé ont causé des milliers de morts et plus de 500 mille civils déplacés depuis 2022. La crise a entraîné des violences ciblées, destructions de biens et perturbations graves des services sociaux de base. Cette violence n’a pas été ponctuelle : en novembre 2025, une attaque meurtrière dans le village de Nkana, à quelques dizaines de kilomètres au nord-est de Kinshasa, a de nouveau fait plusieurs victimes civiles, soulignant l’ampleur de la menace encore présente dans cette région. Les efforts militaires déployés jusque-là n’ont pas réussi à ramener la paix dans cette partie du pays.

En Ituri, ADF, CODECO et CRP poursuivent des atrocités…

La province de l’Ituri est aussi restée le ventre mou de l’insécurité en 2025. Si le lieutenant général Johnny Luboya, gouverneur militaire de cette province sous état de siège, a affirmé que sa juridiction est pacifiée à plus de 80% en l’espace de quatre ans, cependant, des poches de résistance existent. En juillet dernier, les rebelles ougandais des Forces démocratiques alliées (ADF), affiliés à l’organisation de l’État islamique, ont massacré à l’arme blanche plusieurs dizaines de fidèles catholiques dans une église avant de s’en prendre à plusieurs commerces et maisons. Au total, 43 personnes ont été tuées dans ces massacres à Komanda.

D’autres rébellions comme celles de CODECO (Coopérative pour le développement du Congo) et de CRP de Thomas Lubanga ont continué à commettre des exactions en 2025. Le 23 décembre, la société civile de l’Ituri a qualifié de « mitigé » le bilan sécuritaire de l’Ituri en 2025. Cette structure a affirmé que bien que des opérations contre la milice CRP aient permis un recul relatif des attaques mais d’autres violences contre les civils persistent.

Des prouesses économiques malgré la crise sécuritaire  

Malgré une année 2025 marquée par la dégradation de la situation sécuritaire dans l’Est et dans une partie de l’Ouest de la RDC, les chocs externes et les turbulences géopolitiques mondiales, l’économie du pays « a tenu » bon. Le président de la République Félix Tshisekedi l’a fait savoir avec des chiffres à l’appui, le 8 décembre 2025, devant le Parlement réuni en Congrès, lors de son discours sur l’état de la Nation. Il a défendu l’idée d’une résilience macroéconomique inédite dans un environnement particulièrement hostile. Il a énuméré plusieurs indicateurs qui témoignent en effet d’une amélioration sensible de la stabilité macroéconomique au cours de l’année 2025. L’un des signaux les plus marquants concerne l’inflation. « Notre économie n’a pas cédé. Elle a tenu. Elle a résisté et, dans plusieurs domaines, elle a progressé », a déclaré Félix Tshisekedi, saluant la forte baisse de l’inflation, qui est passée de 11,7 % fin 2024 à 2,5 % en rythme annuel fin octobre 2025. Cette prouesse a été présentée comme le signe d’une « discipline macroéconomique retrouvée ». Selon le président de la République, cette baisse de l’inflation est nettement en dessous de l’objectif de 7 % fixé par la Banque centrale du Congo (BCC).

Avec une loi rectificative sur le budget 2025, l’administration Tshisekedi a réussi à réduire en même temps le train de vie des institutions. Au niveau de la Présidence de la République, une coupe de 30% a été opérée sur le budget de cette institution. Les salaires des militaires et policiers ont été doublés, ceux des magistrats augmentés ainsi que pour les enseignants. En septembre, le taux de change a sensiblement baissé, provoquant également une légère chute des prix des produits de première nécessité. Une déflation jugée pas assez pour satisfaire les ménages asphyxiés, d’après plusieurs Congolais.   

Des initiatives sociales telles que le lancement de l’Initiative présidentielle pour l’élimination du VIH/Sida chez les enfants témoignent aussi d’une attention portée à des problématiques sanitaires longtemps négligées. Il y a eu aussi le lancement de la Couverture santé universelle. Sur le front agricole, la campagne 2025-2026 a été officiellement lancée, centrée sur la modernisation du secteur et la garantie de la sécurité alimentaire. 

Des résultats sur le plan diplomatique

En 2025, le chef de l’État congolais a multiplié les initiatives pour renforcer la position diplomatique de la RDC sur la scène internationale. Une des avancées les plus notables reste l’élection du pays comme membre non permanent du Conseil de sécurité des Nations unies pour le mandat 2026-2027, un signe fort de reconnaissance internationale de la RDC, salué comme un vecteur de diplomatie renforcée et d’influence régionale accrue.

Sur le plan de la paix et de la sécurité, l’administration Tshisekedi a également joué un rôle central dans la signature d’un accord de paix avec le Rwanda, le 27 juin, visant à mettre fin aux hostilités dans l’Est du pays, longtemps ravagé par la rébellion du M23 et d’autres groupes armés. L’accord, négocié avec l’appui d’acteurs internationaux tels que les États-Unis et le Qatar, est perçu comme une étape vers la stabilisation d’une zone qui connaît depuis des décennies des violences parfois instiguées par le Rwanda voisin et des déplacements massifs de population.

Le 4 décembre, Félix Tshisekedi et son homologue rwandais Paul Kagame ont entériné devant le président américain, Donald Trump, l’Accord de paix signé en juin dernier par les ministres des Affaires étrangères de deux pays. Malgré ce geste et l’accompagnement américain dans ce processus de paix, les bruits des bottes n’ont pas cessé dans l’Est de la RDC.

À l’aube de 2026, Félix Tshisekedi se retrouve à un carrefour : son leadership a permis à la RDC de gagner en visibilité internationale et de poser des jalons pour la paix, mais la concrétisation de ces acquis dans la vie quotidienne des Congolais demeure l’enjeu majeur. Si certains voient déjà les prémices d’une transformation institutionnelle, d’autres rappellent que la paix durable, l’emploi, et le renforcement des services publics restent encore à construire, pierre par pierre.

Heshima       

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Léopards de la RDC : Après l’exploit, l’heure de la confirmation

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Ils sont revenus. Par la grande porte. Après 52 ans d’absence, les Léopards de la République Démocratique du Congo ont foulé les pelouses américaines du Mondial 2026 avec la détermination de ceux qui n’ont plus rien à perdre. Si l’aventure s’est achevée en seizièmes de finale face à l’Angleterre, elle a laissé un héritage bien plus précieux qu’un simple bilan comptable.

Le retour d’un géant endormi

Pour la RDC, 100 millions d’habitants et une culture footballistique parmi les plus riches du continent, cette qualification était bien plus qu’un exploit sportif. Elle mettait fin à cinq décennies d’attente, depuis l’épopée du Zaïre en 1974, et consacrait le travail de reconstruction engagé sous la houlette de Sébastien Desabre.

Le parcours qualificatif avait déjà valeur de test. Placés dans le groupe B aux côtés du Sénégal, les Léopards ont terminé deuxièmes avec 22 points avant d’écarter le Cameroun puis le Nigeria en barrages. Le dernier obstacle, la Jamaïque, fut franchi en prolongation grâce à Axel Tuanzebe, envoyant toute une nation en délire.

Un Mondial qui change tout

Le groupe K promettait un baptême du feu : Portugal, Colombie et Ouzbékistan. Face aux favoris portugais au NRG Stadium de Houston, les Léopards n’ont pas tremblé. Menés dès la 6e minute, ils ont égalisé juste avant la pause par Yoane Wissa sur corner, pour arracher un nul historique (1-1).

Le sélectionneur adjoint Rafael Hamidi résumait l’exploit : « Ce score de parité face au Portugal, c’était à prendre si on nous l’avait proposé avant le coup d’envoi ». La presse congolaise saluait un système en 3-5-2 particulièrement solide, la discipline collective et les transitions rapides.

Qualifiés pour les seizièmes de finale, les Léopards ont longtemps fait douter l’Angleterre, menant jusqu’à la 76e minute avant de s’incliner 2-1 dans les dernières secondes. Un scénario cruel qui a rappelé les limites d’un groupe prometteur mais encore en apprentissage des grands rendez-vous.

Les enseignements d’une expérience unique

Ce Mondial a livré plusieurs enseignements pour l’avenir. D’abord, une force mentale confirmée. Les barrages contre le Cameroun et le Nigeria avaient déjà forgé ce groupe, capable de rester lucide sous pression. Face au Portugal, les Léopards ont prouvé qu’ils pouvaient rivaliser avec les meilleures nations.

Ensuite, des fragilités structurelles. Comme la Côte d’Ivoire, le Sénégal ou le Japon, la RDC a cédé dans les dernières minutes face à l’Angleterre. Loïc Aumont, spécialiste de la performance, analyse : « Ces sélections possèdent les qualités techniques et physiques. Ce qui fait basculer un match, c’est la gestion des émotions lorsque la pression atteint son maximum ». Un déficit d’expérience à ce niveau que seul le temps et les répétitions pourront combler.

Cap sur la CAN 2027 : un trophée à portée de griffes ?

L’objectif est désormais clair : les Léopards doivent viser le titre lors de la prochaine Coupe d’Afrique des Nations, organisée en 2027 au Kenya, en Ouganda et en Tanzanie.

Le contexte est favorable. Cette génération, portée par Chancel Mbemba, son capitaine de 31 ans, possède une identité de jeu forte et un vécu commun exceptionnel. Le vivier de talents, évoluant pour beaucoup dans les meilleurs championnats européens, n’a jamais été aussi riche.

Le chemin qualificatif pour la CAN 2027 s’annonce abordable, avec un groupe E composé de la Guinée équatoriale, de la Sierra Leone et du Zimbabwe. Mais les Léopards savent désormais qu’aucune montagne n’est insurmontable, comme l’écrivait la presse congolaise avant le choc contre le Portugal : « Aucune montagne n’est insurmontable quand on est déterminé ».

Le défi de la régularité

Si le rêve est permis, la réalité impose de rester humble. Le Mondial a montré que l’écart avec les meilleures nations s’est considérablement réduit, mais que la gestion des moments décisifs reste le nerf de la guerre. Les Léopards devront transformer l’essai en confirmant leur niveau sur la durée, avec un calendrier international exigeant et des joueurs à préserver.

Sébastien Desabre, l’artisan de ce renouveau, aura à cœur de capitaliser sur cette expérience unique pour faire franchir un nouveau palier à sa sélection. La CAN 2027 sera le test ultime : plus qu’une performance, c’est un trophée que la RDC attend. Le message des supporters est clair, comme le résumait un journaliste avant le Mondial : « On ne vous demande pas de dominer le Portugal, mais juste de sortir un match de malade du début à la fin ». Pour la CAN 2027, on leur demande désormais de ramener la coupe à la maison.

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Opposition, CENCO et ECC en consultations au Burundi : Évariste Ndayishimiye dans la peau de Lourenço ?

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Une délégation réunissant des responsables de la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO), de l’Église du Christ au Congo (ECC) et plusieurs figures de l’opposition congolaise séjourne à Bujumbura, au Burundi, pour des consultations consacrées à la crise sécuritaire dans l’Est de la République démocratique du Congo. Organisée à l’invitation du président burundais Évariste Ndayishimiye, cette rencontre alimente les spéculations sur l’émergence d’un nouveau cadre de dialogue politique autour de la paix et de la stabilité dans la région.

Une nouvelle séquence diplomatique s’ouvre dans la recherche d’une issue à la crise qui secoue l’Est de la République démocratique du Congo. Une délégation composée de responsables de la CENCO, de l’ECC ainsi que de plusieurs leaders de l’opposition est arrivée à Bujumbura pour prendre part à des consultations consacrées à la situation sécuritaire et politique en RDC.

Cette mission répond à une invitation du président burundais Évariste Ndayishimiye, qui assure actuellement la présidence en exercice de l’Union africaine (UA). Déjà engagé dans plusieurs initiatives diplomatiques régionales, le chef de l’État burundais entend poursuivre ses efforts afin de rapprocher les différentes parties prenantes et de favoriser une solution politique durable. La délégation est composée du pasteur André Bokundoa, président de l’ECC, du pasteur Éric Senga, de Mgr Donatien Nshole, secrétaire général de la CENCO, ainsi que des opposants Martin Fayulu, Delly Sesanga et Dieudonné Bolengetenge. Les membres de cette mission ont quitté Kinshasa dans la nuit du samedi 4 au dimanche 5 juillet 2026 à bord d’un vol régulier d’Ethiopian Airlines à destination de la capitale burundaise.

Évariste Ndayishimiye dans la peau de Lourenço ?

Cette initiative, qui intervient alors que plusieurs processus de médiation restent inachevés, soulève une interrogation majeure : Évariste Ndayishimiye cherche-t-il à reprendre le flambeau laissé par João Lourenço ou à insuffler une nouvelle dynamique sous l’égide de l’Union africaine ?

Alors que l’Angola avait été mandaté pour faciliter un dialogue intercongolais, la multiplication des divergences avec les autorités congolaises sur le format et le cadre de ces discussions a progressivement conduit le projet dans l’impasse. D’où cette question que se posent plusieurs observateurs de la crise congolaise : João Lourenço a-t-il jeté l’éponge ?

Officiellement mandaté en février dernier pour mener des consultations en vue d’un dialogue politique en RDC, le président angolais peine à concrétiser son initiative et se fait de plus en plus discret. S’il n’a pas officiellement renoncé à sa mission, plusieurs sources diplomatiques citées par Jeune Afrique indiquent que le processus est, pour l’heure, au point mort.

Les consultations de Bujumbura interviennent alors que les combats se poursuivent dans l’Est de la RDC. Plusieurs localités des provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu restent sous le contrôle de l’armée rwandaise et de ses alliés de l’AFC/M23, selon les autorités congolaises, tandis que les initiatives diplomatiques se multiplient pour tenter d’enrayer une crise qui perdure depuis plusieurs années.

Les prémices d’un dialogue inclusif ?

Au-delà de la dimension sécuritaire, la présence conjointe des représentants des Églises et de l’opposition politique confère à ces consultations une portée particulière. Depuis plusieurs mois, la CENCO et l’ECC plaident en faveur d’un dialogue inclusif susceptible de restaurer la cohésion nationale et de créer les conditions d’une paix durable. Leur implication, aux côtés de figures de l’opposition, pourrait traduire une volonté d’élargir les concertations au-delà des seuls canaux gouvernementaux. Selon plusieurs observateurs, cette démarche pourrait également préparer le terrain à un dialogue politique plus large, associant les différentes sensibilités politiques et sociales du pays. Lors de sa récente visite à Kinshasa, le président Évariste Ndayishimiye avait d’ailleurs exprimé son souhait de rencontrer les responsables de l’opposition congolaise avant la marche dite « pacifique » de l’opposition, initialement prévue le 8 juillet puis reportée au 22 juillet. Cette manifestation vise à réclamer la démission du président Félix Tshisekedi, que ses opposants accusent de vouloir modifier la Constitution afin de se maintenir au pouvoir au-delà de 2028, année marquant la fin de son second et dernier mandat.

Si aucun détail officiel n’a encore filtré sur le contenu des échanges à Bujumbura, ces consultations témoignent de la volonté des acteurs régionaux de maintenir la dynamique diplomatique afin de favoriser une désescalade et de rechercher une solution négociée à la crise qui continue de déstabiliser l’Est de la RDC. Reste à savoir si cette initiative débouchera sur un véritable processus de dialogue ou ne constituera qu’une étape supplémentaire dans les multiples médiations en cours. Une chose est certaine : en réunissant autour d’une même table les Églises, l’opposition politique et un acteur régional désormais au premier plan, Bujumbura pourrait devenir le point de départ d’une nouvelle séquence diplomatique dont les développements seront suivis de près, tant en RDC que dans l’ensemble de la région des Grands Lacs.

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ADF : douze années de terreur dans l’Est de la RDC

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Massacres de civils, enlèvements, déplacements de populations et attaques répétées contre les forces de sécurité. Depuis 2014, les Forces démocratiques alliées (ADF) se sont imposées comme l’un des groupes armés les plus meurtriers de l’Est de la République démocratique du Congo (RDC). D’abord rébellion ougandaise réfugiée dans les forêts du Nord-Kivu, le mouvement a progressivement muté pour devenir une organisation terroriste redoutée, responsable de milliers de morts et d’une insécurité persistante dans les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri.

L’histoire des ADF ne commence pas en République démocratique du Congo. Le groupe est créé au milieu des années 1990 en Ouganda par Jamil Mukulu, un opposant au régime du président Yoweri Museveni. Sous la pression de l’armée ougandaise, les rebelles traversent rapidement la frontière et trouvent refuge dans les régions montagneuses et forestières de l’Est congolais, où ils établissent leurs bases arrière. Pendant plusieurs années, les ADF demeurent relativement discrètes, vivant du trafic de ressources naturelles, du commerce illicite et de diverses activités économiques locales. Mais à partir de 2014, la situation bascule. Après une vaste offensive militaire des Forces armées de la RDC (FARDC) contre leurs bastions, le groupe adopte une stratégie de représailles particulièrement violente contre les populations civiles.

Entre octobre 2014 et aujourd’hui, les territoires de Beni, Lubero, Mambasa et Irumu deviennent le théâtre de massacres à répétition. Hommes, femmes et enfants sont tués lors d’attaques nocturnes souvent menées à l’arme blanche. Des villages entiers sont incendiés, tandis que des centaines de personnes sont enlevées. Selon plusieurs organisations nationales et internationales de défense des droits humains, les ADF sont responsables de milliers de morts au cours de la dernière décennie. Le territoire de Beni, dans la province du Nord-Kivu, est particulièrement touché, au point de devenir l’un des symboles de l’insécurité chronique qui frappe l’Est du pays.

De la rébellion au terrorisme…

Au fil des années, le mouvement évolue également sur le plan idéologique. À partir de 2017, plusieurs rapports des Nations unies et d’organismes spécialisés font état d’un rapprochement entre certaines factions des ADF et l’organisation djihadiste État islamique. En 2019, l’État islamique revendique officiellement plusieurs attaques menées dans l’Est de la RDC à travers sa branche dite « Province d’Afrique centrale » (ISCAP). Cette affiliation, contestée à ses débuts par certains experts, se confirme progressivement par la propagande diffusée par les réseaux de l’État islamique et par l’évolution des modes opératoires du groupe. Malgré cela, les ADF conservent des caractéristiques locales fortes, enracinées dans les réalités sécuritaires et économiques de la région des Grands Lacs.

Opérations conjointes « Shujaa » 

Face à cette menace, les autorités congolaises ont multiplié les opérations militaires. En mai 2021, le gouvernement instaure l’état de siège dans les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri afin de renforcer la lutte contre les groupes armés. Quelques mois plus tard, la RDC et l’Ouganda lancent conjointement l’opération militaire « Shujaa » pour traquer les combattants ADF dans leurs sanctuaires forestiers.

Malgré près de cinq ans d’efforts conjoints de la RDC et de l’Ouganda dans le cadre de l’opération Shujaa, les zones débarrassées des combattants des ADF sont régulièrement réinfiltrées en l’espace de quelques semaines. Cette situation s’explique notamment par la solidité du système de succession interne du groupe prévue à l’avance, qui lui permet d’avoir une relève rapide du commandement lorsque des dirigeants sont neutralisés. Des allégations de collusion avec des acteurs étatiques, la faiblesse de la gouvernance et l’insuffisance de la protection des civils aggravent également le problème.

L’opération Shujaa repose sur des offensives conjointes, qui vont des opérations de combat mobiles au renseignement humain, visant à démanteler les structures de commandement des ADF et à rétablir l’autorité de l’État dans les zones occupées. Au-delà des approches cinétiques, elle entend soutenir la stabilisation, notamment par la construction de routes et la réinsertion des personnes enlevées. Toutefois, sa stratégie intègre peu d’approches préventives capables de neutraliser les ADF et reste réactive.

Ces offensives permettent de démanteler plusieurs camps rebelles et d’éliminer certains commandants. Toutefois, les ADF démontrent une forte capacité d’adaptation. Fragmentés en petites unités mobiles, leurs combattants continuent de mener des attaques meurtrières contre les civils et les positions militaires. Aujourd’hui encore, malgré les efforts militaires et les initiatives régionales de stabilisation, les ADF figurent parmi les principaux acteurs de l’insécurité dans l’Est de la RDC. Le groupe demeure particulièrement actif dans les zones frontalières entre le Nord-Kivu et l’Ituri, où les populations vivent sous la menace permanente d’incursions armées. Douze ans après le début des massacres de grande ampleur à Beni, la question des ADF reste l’un des défis sécuritaires majeurs de la République démocratique du Congo. Derrière les statistiques et les rapports se trouvent des milliers de familles endeuillées, des villages détruits et des communautés déplacées. Tant que cette menace persistera, la paix durable dans l’Est du pays demeurera un objectif difficile à atteindre, malgré les efforts déployés par les autorités congolaises et leurs partenaires régionaux.

Groupe armé le plus meurtrier en mai 2026

Les ADF ont été responsables du plus grand nombre de victimes civiles dans l’est de la République démocratique du Congo au cours du mois de mai 2026. C’est ce que révèle un rapport publié par l’Institut congolais de recherche sur la politique, la gouvernance et la violence, Ebuteli, qui fait état d’une recrudescence alarmante des attaques contre les populations civiles, notamment dans les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri. L’insécurité continue de faire des ravages dans l’Est de la République démocratique du Congo.

Dans son dernier rapport sur la situation sécuritaire, Ebuteli indique que les ADF demeurent le groupe armé le plus meurtrier de la région, avec au moins 190 civils tués au cours du seul mois de mai 2026. Ce bilan représente une augmentation spectaculaire par rapport au mois d’avril, où 53 victimes civiles avaient été enregistrées. Selon le rapport, cette recrudescence des violences s’est traduite par au moins 36 attaques attribuées aux rebelles ougandais, actifs principalement dans les territoires de Beni, Mambasa, Irumu et Lubero. Les assaillants ont multiplié les incursions meurtrières dans plusieurs villages, ciblant des populations civiles souvent sans défense.

L’un des faits marquants du mois a été le retour des attaques dans la ville de Beni. Dans la nuit du 30 au 31 mai, des combattants ADF ont mené plusieurs incursions simultanées dans la ville et ses environs, causant la mort d’au moins 26 civils. Il s’agit de la première attaque documentée dans la zone urbaine de Beni depuis 2023. Le rapport souligne également que les ADF ont intensifié leurs opérations malgré les offensives conjointes menées par les Forces armées de la RDC (FARDC) et l’armée ougandaise dans le cadre de l’opération Shujaa. Les chercheurs estiment que plusieurs de ces massacres pourraient constituer des représailles aux pressions militaires exercées contre le groupe armé.

Pendant ce temps, d’autres groupes armés restent actifs dans la région. En Ituri, la CODECO et l’URDPC poursuivent leurs activités criminelles, tandis que dans le Nord-Kivu et le Sud-Kivu, les affrontements entre le M23 et divers groupes armés locaux continuent d’alimenter l’instabilité. Toutefois, aucun de ces acteurs n’a atteint le niveau de violence meurtrière enregistré par les ADF au cours du mois de mai.

Alors que les populations de l’est de la RDC espèrent un retour durable de la paix, les conclusions du rapport d’Ebuteli rappellent l’ampleur du défi sécuritaire auquel le pays reste confronté. La montée en puissance des attaques des ADF, combinée à la persistance de multiples foyers de violence, continue de faire peser une lourde menace sur les civils, premiers victimes d’un conflit qui semble loin de s’essouffler.

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