Santé
DIETETIQUE: Cube Maggi, la réalité paradoxale d’une épice controversée
Viande, poissons (frais, salés, boucanés ou fumés), légumes, haricots, sauce tomate, céréales…, le cube Maggi, s’il reste souvent dilué, est omniprésent dans tous les mets. Il est devenu, de nos jours, un ingrédient essentiel dans de nombreux plats quotidiens. C’est ainsi qu’en Afrique centrale, comme d’ailleurs partout au monde, plus particulièrement en République Démocratique du Congo, ce produit a eu un taux de pénétration de plus de 70% dans les ménages.
Published
5 ans agoon
By
RedactionH
Maggi est l’un des cubes les plus présents dans cette grande agglomération avec plus de cent millions de cubes vendus chaque jour, si l’on en croit certaines estimations (Conférence de presse du groupe NESTLE). Les cubes sont de différentes couleurs. Malgré une publicité très importante, ils sont de plus en plus critiqués pour leur composition et les effets que peuvent avoir les nombreux additifs alimentaires qu’ils contiennent sur la santé.
Le produit de quatre grammes mesure près de trois centimètres. Le cube Maggi est devenu tellement incontournable dans les marmites kinoises qu’il est considéré comme un ingrédient faisant partie des recettes, au même titre que les cuillerées d’huile ou les pincées de sel. «On en met par habitude», reconnaissent des cuisinières. «C’est devenu un réflexe de l’ajouter dans les plats». Un drôle de paradoxe quand on sait que n’importe quel marché du quartier propose des dizaines d’épices.
Tous les cordons bleus (cuisiniers très habiles, ou très doués) disent aujourd’hui qu’elles ont vu leur mère et leur grand-mère assaisonner leurs sauces avec le fameux bouillon Cube. Cela fait en réalité plus d’un demi-siècle qu’il a débarqué en RDC. Inventé en 1886 par le Suisse Julius Michael Johannes Maggi, l’arôme était destiné à relever les bouillons trop fades et les soupes insipides, mais aussi à faire gagner du temps derrière les fourneaux.
Tous les cordons bleus (cuisiniers très habiles, ou très doués) disent aujourd’hui qu’elles ont vu leur mère et leur grand-mère assaisonner leurs sauces avec le fameux bouillon Cube. Cela fait en réalité plus d’un demi-siècle qu’il a débarqué en RDC. Inventé en 1886 par le Suisse Julius Michael Johannes Maggi, l’arôme était destiné à relever les bouillons trop fades et les soupes insipides, mais aussi à faire gagner du temps derrière les fourneaux.
Epiceries de brousse
La marque s’appuie sur une force commerciale et un réseau de distribution qui va des grands marchés, au centre de la capitale, jusqu’aux petites épiceries de brousse. Son développement exponentiel a été soutenu par un véritable matraquage publicitaire qui remonte à ses origines. « Si l’affaire devient florissante, elle le doit à l’intense travail de publicité, on pourrait même dire de propagande, mené par Julius Maggi lui-même, tant pour vanter la qualité de ses produits que pour barrer la concurrence », écrit Monique Pivot dans son ouvrage Maggi et la magie du bouillon Kub (Ed. Hoëbeke), qui relate l’ascension de la marque.
Spots télévisés, partenariats, forums, panneaux d’affichage au slogan ravageur (« Avec Maggi, chaque femme est une étoile », peut-on lire), la marque ne renonce devant rien. Au Sénégal ou au Nigeria, on peut même voir des bâtiments peints en rouge et jaune, selon une stratégie d’occupation de l’espace pour le moins agressive également développée par Coca-Cola.
« La force d’une marque, c’est d’abord son produit, explique Jean Watin-Augouard, rédacteur en chef de la Revue des marques. Celui-ci est peu encombrant, facile à utiliser et tellement ancré dans les mentalités qu’il ne peut pas décevoir, puisqu’il est devenu “africain” et fait partie de la famille. Avec son packaging simple aux couleurs chaudes, on est rassuré. C’est ce qui explique pourquoi on utilise aujourd’hui le cube pour cuisiner, tel un réflexe pavlovien. »
La grande force du « Maggi » – qui est au cœur d’une guerre commerciale depuis la fin des années 1970 avec l’espagnol Jumbo – c’est aussi de s’être adapté aux goûts locaux. Car la composition des cubes varie selon les latitudes. Celui qui est vendu au Ghana, par exemple, aura un goût de crevettes que l’on ne retrouvera pas en Côte d’Ivoire, où l’on a remplacé l’amidon de maïs par du manioc. Au Nigeria en revanche, on mettra en avant le gout de graines de soja grillées… En RDC notamment, le goût du produit est collé à celui du pondu, de la viande. « En 2011, les cubes ont été fortifiés en fer pour lutter contre l’anémie liée à une carence de fer, sans que leur goût ne soit modifié, indique Henri-Pierre Lenoble, chargé de la stratégie nutritionnelle de la marque. Aujourd’hui, ils le sont tous à hauteur de 80 %. On sait que pour préparer un repas de six personnes, les consommateurs font mijoter cinq cubes dans leur plat, ce qui correspond à un apport de 15 % en fer de la valeur quotidienne recommandée. » Il n’empêche que l’ingrédient majoritaire est le sel. « Il est important de ne pas saler les plats qui sont préparés avec les cubes aromatiques puisqu’ils en contiennent déjà beaucoup, entre 40 et 50 %, explique Florence Foucaut, membre de l’Agence française des diététiciens nutritionnistes (AFDN). L’abus de sel peut entraîner le développement de maladies cardiovasculaires, de l’hypertension et des insuffisances rénales. »
Il tient dans la poche
A la fin du XIXe siècle, l’Europe est alors en pleine révolution industrielle et, de plus en plus souvent, les femmes travaillent dans les usines. « Cette industrialisation de la cuisine permet à l’ouvrier d’obtenir de suite, par simple chauffage, une nourriture substantielle et à bon marché », expliquait Julius Maggi qui, un an après avoir découvert l’arôme Maggi, a décliné son produit en tablettes. Très vite, celui-ci est devenu le produit phare de la gamme.
Son arrivée sur le marché coïncide quasiment avec la signature du traité de Berlin de 1885, qui régit les règles du commerce entre les puissances coloniales et ouvre la libre circulation des produits sur le continent. Au fond de pirogues, brinquebalés à dos d’hommes ou de chameaux, des milliers de cubes voyagent ainsi à travers les anciennes colonies. Ils séduisent les populations locales qui apprécient cet ingrédient bon marché : il tient dans la poche, ne périme pas, n’a besoin d’aucune réfrigération et résiste aux températures élevées.
La deuxième raison qui peut expliquer ce formidable essor est plus subtile : en intégrant quelques cubes dans les plats, on leur ajoute un goût de viande ou de poisson. Un argument efficace et intéressant quand ces aliments souvent chers viennent à manquer dans les foyers.
Jusqu’en 1979, tous les cubes Maggi ont été importés. Afin notamment de limiter les coûts de transport et mieux satisfaire la demande, ils sont aujourd’hui fabriqués aux quatre coins du continent. Aujourd’hui, pas moins de onze usines – de Dakar à Douala, en passant par Kinshasa, Brazzaville ou Abidjan – tournent à plein régime pour fabriquer les cubes. La demande est vertigineuse : il s’en écoule plus de 100 millions par jour…
Les bouillons cubes sont fabriqués avec des produits déshydratés formés en petits cubes. Ils contiennent tous du sel, de la maltodextrine, des exhausteurs de goût, de l’huile et des arômes. Certains cubes peuvent contenir des extraits de viande ou de légumes, ainsi que du sucre. Ils sont utilisés pour donner plus de goût aux plats. Ils sont très pratiques mais les bouillons cubes industrielles contiennent des ingrédients dont certains sont « peu recommandables » selon des associations de consommateurs.
Les additifs alimentaires
Un additif alimentaire est une substance qui n’est pas habituellement consommée comme un aliment ou utilisée comme un ingrédient dans l’alimentation. Ces composés sont ajoutés aux denrées dans un but technologique. Ils ont différentes fonctions : garantir la qualité sanitaire des aliments (conservateurs, antioxydants), améliorer l’aspect et le goût d’une denrée (colorants, édulcorants, exhausteurs de goût), conférer une texture particulière (épaississants, gélifiants), garantir la stabilité du produit (émulsifiants, antiagglomérants, stabilisants). Les additifs peuvent être naturels – c’est-à-dire obtenus à partir de micro-organismes, d’algues, d’extraits végétaux ou minéraux – ou de synthèse (chimique).
Tout le monde connait les quatre gouts que la langue peut distinguer : le salé, le sucré, l’amer et l’acide. Dans le monde occidental, il est maintenant question d’un cinquième gout (ou gout japonais car il a été découvert par un chercheur japonais) dénommé umami qui peut se traduire par gout délicieux. Donc cela serait l’inosinate de sodium, l’additif artisan de ce gout délicieux. Ces trois additifs sont fréquemment combinés pour en accroître l’efficacité. Ils sont systématiquement présents dans les cubes bouillons.
Les aromes sont des substances chimiques que l’on introduit dans les aliments pour leur donner un goût ou une odeur particulière. Les aromes ne sont pas considérés comme des additifs par la règlementation européenne. On peut trouver des produits sans additifs alimentaires mais qui contiennent des arômes. On distingue les aromes « sucrés » rassemblant les arômes de fruits et divers autres produits dont le miel, la vanille, le café, le caramel et les aromes « salés » qui proviennent soit des végétaux (bulbes, fruits, épices) ou animaux (viande, poissons, lait).
Les Protéines végétales hydrolysées (HVP) sont des substances obtenues par une réaction chimique à partir de maïs, de soja ou encore de blé. On obtient des protéines avec un léger gout de viande.
Elles jouent le rôle d’un exhausteur de gout dans les aliments transformés.
Les extraits de levures sont obtenus à partir de la levure, c’est-à-dire de microorganismes (champignons) capables de provoquer une fermentation de matières organiques végétales ou animales. Ces levures permettent aussi d’obtenir du glutamate de sodium. Les fabricants de produits alimentaires utilisent de l’extrait de levure pour éviter indiquer « glutamate monosodique » dans la liste des ingrédients.

Les épices des substances végétales utilisées pour donner du « goût » aux aliments. Parmi les épices, on trouve le gingembre, l’ail, le piment, la cannelle, le curcuma et de nombreuses graines : aneth, anis, poivre, badiane (ou anis étoilé), clou de girofle, etc.
Paradoxe
Un tel produit de masse draine forcément derrière lui plusieurs histoires, plusieurs légendes. Au début des années 2000 et comme l’avait montré un feuilleton nigérian, on racontait, par exemple à Brazzaville, que le cube dissous dans la bière donnait un breuvage capable de donner la mort. La rumeur s’est tellement propagée qu’elle a fait fléchir les ventes au Congo. Au Mali, le « Maggi » est accusé de provoquer une baisse de la libido au point d’être banni dans certains foyers. En République démocratique du Congo enfin, de jeunes filles utiliseraient le cube en suppositoire… afin d’arrondir leur postérieur. Ce qui est sûr et même fréquent, c’est d’utiliser le cube (vendu à l’unité) en guise de monnaie puisque son prix n’excède jamais quelques dizaines de centimes.
Mais le scandale n’en serait peut-être pas un si les choses s’arrêtaient là. Evidemment, ces bouillons carrés de légumes ou d’animaux sont issus d’un processus industriel recherché et contiennent de nombreux ingrédients, parfois aberrants, comme une énorme quantité de sel ou du glutamate monosodique (additif alimentaire exhausteur de goût composé de féculent et de sucre, favorisant l’obésité). D’ailleurs, la plupart de ces petits cubes c o n t i e n n e n t plus de 15 ingrédients différents, et pas des plus sains : aromes artificiels, produits synthétiques, additifs alimentaires etc. !
De quoi faire sourciller, d’autant plus dans une ère où les scandales alimentaires poussent à faire davantage attention à ce qu’est destiné à l’organisme humain au quotidien. Pourtant, aucune étude détaillée n’a été publiée dans ce domaine, aucun contrôle réel n’est effectué… d’aucuns l’expliquent par la pression des industries ou par la complicité de certains Etats… Quoi qu’il en soit, ces cubes sont des « bombes industrielles » qui détériorent la santé petit à petit.
Au Bénin, au Mali ou au Sénégal, ces cubes sont même utilisés pour castrer les bœufs ou les moutons, l’effet étant, dit-on, quasi immédiat. Si la rapidité du « traitement » peut être remise en cause, il est pourtant admis que ces cubes favorisent la stérilité des animaux. Pourquoi en serait-il différent pour les humains ?
Des risques très élevés
Il est ressorti de différentes communications que le Glutamate mono sodique (GMS) est abusivement utilisé dans les additifs alimentaires et sans le moindre contrôle.
Ce, aussi bien dans les produits d’importation que de fabrication locale. Des chercheurs ont déploré la timidité, voire l’absence de contrôles à ce niveau. Déjà même à faible dose, le produit n’est pas sans danger à long terme.
Selon des témoignages, certains experts l’ont utilisé dans leurs labos en vue de rendre les souris obèses dans le cadre strict de leurs travaux sur le diabète. En clair, ils rendent les souris obèses en leur inculquant le Glutamate afin d’observer l’effet de l’insuline. Ces rongeurs sont appelés « RATS TRAITÉS AU MSG».
L’on comprend dès lors pourquoi en Afrique Centrale en l’occurrence en République Démocratique du Congo, des femmes l’utilisent par voie anale, non sans danger, pour rendre leurs fesses plus rondes et plus rebondies. Le phénomène de l’utilisation des produits miracles pour avoir de belles fesses prend de l’ampleur tout comme la dépigmentation qui est devenue aujourd’hui un fait banal malgré les dangers surtout que les autorités ne prennent aucune mesure pour y mettre fin.
D’autres témoignages émanant de vétérinaires révèlent qu’à forte dose, le Glutamate mono sodique est utilisé dans les milieux paysans pour castrer les bœufs de labours. L’effet, dit-on, est immédiat ! Il faut dire, en tout état de cause et au regard de l’ampleur du danger, que les participants ont suggéré aux plus hautes autorités du pays, la moralisation de ce produit dans les additifs alimentaires abusivement appelés «cubes » et/ou « aromes-Maggi ». Ces produits restent avant tout des marques déposées ayant donné leur nom à tous les autres exhausteurs de goût.
La réaction des fabricants
Il ressort des confidences recueillies auprès des organisateurs d’atelier, que les industries agro-alimentaires et celles évoluant dans les additifs alimentaires en l’occurrence, se sont fermement opposées à la publication du fameux rapport. Arguant, dans un premier temps n’avoir pas été impliquées dans les travaux et mettant ensuite en garde contre le chômage d’une éventuelle réticence qu’auraient éventuellement les consommateurs pour leurs produits.
Le seul de leur argument ayant véritablement prévalu est que le Glutamate mono sodique dont il est question est bien et bel autorisé dans toutes les industries agro-alimentaires du monde, y compris en France, aux Etats-Unis… En somme, aucun pays n’a encore interdit cette substance qui plus est, s’avère naturelle.
À l’Agence nationale sur la sécurité des aliments, on a tenu à édifier, bien entendu, dans l’anonymat : « Le Glutamate est en effet autorisé en France comme aux Etats-Unis, mais sous conditions avec des dosages bien réglementés et contrôlés. Il existe ici des quantités maximales et minimales autorisées selon les types d’aliments.
À cause du tollé soulevé contre le glutamate aux Etats-Unis certains restaurants asiatiques furent contraints d’afficher la note «NO MSG HERE»!! » (Pas de Glutamate ici !). Comme pour dire que l’argument des fabricants ne tient qu’à un fil et que la pression exercée par les agro-alimentaires reste partout la même à travers le monde.
Raymond Okeseleke
You may like
-
Assemblée nationale : une session de mars potentiellement explosive
-
L’économie congolaise déjà impactée par la guerre
-
Opposition en RDC : Kabila, Katumbi et Fayulu, un front uni pour préserver la Constitution ?
-
Thérèse Kayikwamba, la « Kimpa Vita » de la diplomatie congolaise
-
Autosuffisance alimentaire Lovo, la nouvelle pépite du Service national
-
RDC : Goma assiégée par l’armée rwandaise, Washington promet des sanctions
Santé
Ebola en RDC : cinq patients guéris, Bunia rouvre son aéroport malgré une épidémie toujours préoccupante
Published
3 mois agoon
juin 2, 2026By
La redaction
Alors que l’épidémie d’Ebola causée par la souche Bundibugyo poursuit sa progression dans l’est de la République démocratique du Congo, une note d’espoir émerge avec la guérison des cinq premiers patients. Reçu à Kinshasa par le président Félix Tshisekedi, le directeur général de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, a salué les efforts des autorités congolaises tout en appelant à éviter les fermetures de frontières. Dans le même temps, le gouvernement a annoncé la réouverture progressive de l’aéroport de Bunia, épicentre de la crise sanitaire. Heshima Magazine fait les points sur la situation sanitaire.
Le président de la République, Félix Antoine Tshisekedi, a reçu lundi 1er juin 2026, à la Cité de l’Union africaine, le directeur général de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), Tedros Adhanom Ghebreyesus. Au centre de leurs échanges figuraient les mesures mises en œuvre pour contenir l’épidémie d’Ebola de souche Bundibugyo qui sévit dans les provinces du Nord-Kivu, du Sud-Kivu et surtout de l’Ituri. À l’issue de cette rencontre, le patron de l’OMS a annoncé une nouvelle encourageante : les cinq premiers patients atteints de la maladie ont été déclarés guéris après leur prise en charge au Centre de traitement d’Ebola (CTE), notamment au Centre médical évangélique (CME). Une avancée qui nourrit l’espoir d’un contrôle progressif de l’épidémie grâce à une prise en charge adaptée, essentiellement symptomatique, et à une surveillance sanitaire renforcée.
Dans le même élan, Tedros Adhanom Ghebreyesus a révélé qu’un centre de traitement de 60 lits est actuellement en construction à Bunia afin de renforcer les capacités de réponse face à la maladie. Il a également critiqué la décision de certains États de fermer leurs frontières, estimant que cette mesure ne constitue pas une réponse efficace à une crise sanitaire, tout en saluant les mécanismes de riposte mis en place par le gouvernement congolais.
Une situation toujours préoccupante
Malgré ces signes positifs, la situation épidémiologique demeure préoccupante. Selon le dernier rapport de situation publié par l’Institut national de santé publique (INSP) au 31 mai 2026, la RDC enregistre désormais 321 cas confirmés et 48 décès liés à Ebola. Au total, 238 patients restent pris en charge dans différentes structures de traitement. Au cours de la seule journée du dimanche 31 mai, douze nouveaux cas confirmés ont été recensés, portant à 23 le nombre de zones de santé affectées dans les provinces de l’Ituri, du Nord-Kivu et du Sud-Kivu. L’Ituri demeure le principal foyer de l’épidémie avec 15 zones de santé touchées sur les 36 que compte la province. La zone de santé de Logo figure parmi les dernières entités affectées.
L’INSP attire également l’attention sur plusieurs défis majeurs qui freinent les efforts de riposte. Des résistances communautaires persistent notamment à Bunia et à Nizi, tandis que la circulation de rumeurs continue de compliquer le travail des équipes sanitaires. Le faible taux de suivi des contacts, limité à seulement 43 %, constitue par ailleurs une source d’inquiétude pour les autorités de santé.
L’aéroport de Bunia rouvert
Dans ce contexte, le gouvernement congolais a annoncé la réouverture de l’aéroport de Bunia, fermé depuis plusieurs semaines en raison de l’épidémie et des travaux de rénovation en cours. Le ministère des Transports a indiqué que les évaluations menées par les autorités sanitaires ont conclu que les conditions étaient désormais réunies pour une reprise progressive et sécurisée du trafic aérien.
Cette reprise s’accompagne d’un renforcement strict des mesures sanitaires. Les voyageurs devront notamment se soumettre à un contrôle systématique de la température avant l’embarquement et à l’arrivée, respecter les mesures d’hygiène des mains et se conformer aux procédures de prise en charge prévues pour tout cas suspect présentant de la fièvre.
La réouverture de cette infrastructure stratégique est particulièrement attendue dans les milieux économiques et humanitaires. Bunia constitue en effet un carrefour logistique majeur dans l’est du pays, à un moment où Goma, sous contrôle de la rébellion AFC/M23 soutenue par le Rwanda, demeure largement isolée du reste du territoire national. Les acteurs humanitaires craignaient que la suspension des vols ne compromette l’acheminement de l’aide, les déplacements des organisations humanitaires ainsi que les activités commerciales dans cette province riche en ressources minières.
Entre les premières guérisons enregistrées, le renforcement des capacités de prise en charge et la reprise du trafic aérien à Bunia, les autorités congolaises et leurs partenaires affichent leur détermination à contenir l’épidémie. Toutefois, l’augmentation continue du nombre de cas, les résistances communautaires et les difficultés de suivi des contacts rappellent que la lutte contre Ebola reste un défi majeur dont l’issue dépendra autant de la mobilisation sanitaire que de l’adhésion des populations aux mesures de prévention. Le docteur Jean-Jacques Muyembe, célèbre virologue congolais qui est à la pointe de la riposte, évoque 4 à 6 mois pour mettre un terme à cette épidémie. Des recherches sur le vaccin contre cette souche sont également en cours. La Russie a proposé son candidat vaccin aux autorités sanitaires africaines. Une offre accueillie avec prudence par Africa CDC et la République démocratique du Congo, qui réclament des preuves scientifiques avant toute décision.
Heshima Magazine
Santé
Ebola en RDC : l’OMS alerte sur une épidémie « extrêmement grave » qui avance plus vite que la riposte
Published
3 mois agoon
mai 26, 2026By
La redaction
L’Organisation mondiale de la santé (OMS) décrit la 17e épidémie d’Ebola en République démocratique du Congo comme « extrêmement grave et difficile » à maîtriser. Lundi 25 mai 2026, son directeur général, Tedros Adhanom Ghebreyesus, a appelé les pays voisins à agir sans délai.
S’exprimant lors d’une réunion ministérielle en ligne organisée par l’Africa CDC, Tedros a expliqué que plusieurs facteurs compliquent la réponse. Le premier est le retard dans la détection. « Nous essayons maintenant de rattraper une épidémie qui progresse très rapidement. Nous intensifions d’urgence les opérations, mais pour l’instant, elle va plus vite que nous », a-t-il déclaré.
Les chiffres illustrent cette accélération. Au 25 mai, la RDC comptabilise 101 cas confirmés et 10 décès confirmés. Les autorités sanitaires recensent aussi plus de 900 cas suspects et 220 décès suspects, signe que l’ampleur réelle dépasse les données de laboratoire.
L’épidémie est causée par le virus Bundibugyo, identifié le 15 mai. Aucun vaccin ni traitement spécifique n’existe contre cette souche, dont le taux de létalité peut atteindre 50 %. Face à cette situation, l’OMS a déclenché une alerte sanitaire internationale.
Le risque pour la santé publique a été relevé vendredi dernier de « élevé » à « très élevé » pour la RDC, le niveau maximal. Au niveau régional, le risque reste « élevé », et « faible » à l’échelle mondiale.
Tedros se rendra ce mardi 26 mai en RDC avec Chikwe Ihekweazu, directeur exécutif du Programme OMS de gestion des situations d’urgence sanitaire. Sur le terrain, l’OMS appuie le ministère de la Santé dans le suivi des contacts, l’ouverture de centres de traitement et la communication sur les risques.
L’Africa CDC a prévenu samedi que dix pays africains pourraient être touchés en plus de la RDC et de l’Ouganda. L’Ouganda a déjà confirmé cinq cas et un décès. « Les pays limitrophes de la RDC sont particulièrement exposés et doivent agir immédiatement », a insisté Tedros.
« Nous connaissons ce virus et nous savons comment l’arrêter. La question est de savoir à quelle vitesse nous y parviendrons, et combien de vies supplémentaires seront perdues avant », a conclu le directeur de l’OMS.
Heshima Magazine
Santé
RDC : le Kasaï au cœur d’un nouvel épisode d’Ebola
Published
11 mois agoon
septembre 22, 2025By
La redactionLes autorités sanitaires congolaises ont confirmé début septembre 2025 un foyer d’Ebola dans la zone de Bulape, dans la province du Kasaï. Les premières analyses ont identifié le virus Zaire, la forme la plus virulente de la maladie. Au moment de cette annonce, plusieurs dizaines de cas suspects avaient été recensés, dont 31 décès. Des équipes de l’OMS, de Médecins Sans Frontières (MSF) et des services nationaux de santé ont été dépêchées sur place pour tenter de circonscrire la flambée.
Au cœur du Kasaï, la riposte s’organise comme une véritable course contre la montre. Dépistage, isolement des cas suspects, traçage des contacts et vaccination en « anneau » des personnes exposées et des professionnels de santé sont déployés pour freiner la propagation. Une première livraison de doses du vaccin Ervebo a déjà été acheminée vers le centre de l’épidémie, tandis que des plans sont en préparation pour renforcer les stocks si nécessaire. Cependant, la logistique reste précaire et les besoins en personnel, matériel et financement demeurent considérables.
La vaccination pour freiner la maladie
Un premier lot de 400 doses du vaccin Ervebo, prélevé sur le stock national de 2 000 unités conservé à Kinshasa, a été acheminé à Bulape, l’un des foyers principaux de l’épidémie. Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Il s’en est suivi livraisons sont prévues dans les localités touchées dans les prochains jours.
A ce jour, 523 professionnels de santé et contacts ont été vaccinés. En termes de suivi de la maladie, 943 personnes contacts avec les cas sont actuellement sous surveillance dans la zone de santé de Bulape. En ce qui concerne la prise en charge des malades, 16 patients reçoivent des soins et 2 personnes ont été déjà guéries et ont quitté le centre de traitement d’Ebola. « Malgré des avancées considérables enregistrées dans la réponse, nous sommes encore aux premiers jours de l’épidémie. Une action déterminée est essentielle pour consolider ces progrès, gagner du terrain contre le virus, arrêter sa propagation et protéger la population », a fait savoir le Dr Mohamed Janabi, Directeur régional de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) pour l’Afrique.
« Le vaccin est administré selon la stratégie dite de vaccination en anneau, visant à protéger les personnes les plus exposées après contact avec un patient confirmé », précise l’OMS. Il est également recommandé aux professionnels de santé et aux intervenants de première ligne susceptibles d’être en contact avec des malades. L’Ervebo est reconnu comme sûr et offre une protection efficace contre le virus Zaïre ebolavirus, identifié comme responsable de la flambée actuelle.
Le vaccin Ervebo a déjà démontré son efficacité lors de précédentes flambées en Afrique centrale, et la stratégie de vaccination en anneau – consistant à protéger les contacts directs et indirects des patients – demeure le pilier de la riposte. Cependant, la quantité de doses reste insuffisante face au risque d’extension, tandis que la chaîne du froid, les routes dégradées et l’insécurité compliquent considérablement la distribution. Les agences internationales lancent un appel urgent à un renfort rapide en personnel et en ressources afin de contenir l’épidémie avant qu’elle ne se propage vers d’autres zones, notamment les régions frontalières avec l’Angola, identifiées comme particulièrement vulnérables.
Des écoles toujours fermées
Dans le territoire de Mweka, épicentre de l’épidémie, les activités scolaires restent suspendues. Selon les chiffres officiels, la maladie a déjà fait 28 victimes. « Pour l’instant, les cours n’ont pas repris dans les cinq sous-divisions de Kasaï 2. Nous continuons de suivre l’évolution des cas. Dès que la situation sera maîtrisée, les écoles rouvriront », a déclaré Mike Alfred Kakunda, responsable de la communication du comité local de riposte contre Ebola à Mweka. Dans un entretien avec Actualite.cd, il précise que la reprise des classes sera envisagée dès que les patients auront quitté les centres de traitement, afin de limiter la propagation du virus parmi les élèves.
Pratiques culturelles et défi de confiance…
Le Kasaï, marqué ces dernières années par des épisodes de violence et des déplacements massifs, voit ses services affaiblis et la confiance entre communautés et institutions érodée. Les enterrements traditionnels, où le contact avec le défunt est un rite incontournable, peuvent devenir un vecteur de transmission si aucune mesure sécurisée n’est appliquée. Sur le terrain, les équipes de sensibilisation, souvent composées d’agents locaux, adaptent leurs messages en s’exprimant dans les langues locales et en associant les chefs coutumiers afin que les recommandations sanitaires soient comprises et acceptées. Certains soignants témoignent des difficultés à convaincre les familles de respecter les mesures : certains refusent de laisser un proche malade être pris en charge, craignant que l’hôpital ne soit une « boîte à morts ». Ces résistances compliquent l’identification et la protection des contacts, rappelant que sans confiance, toute campagne de santé publique se heurte aux réalités d’un vécu collectif profondément marqué.
Une 16ème épidémie en RDC
Le virus Ebola, identifié pour la première fois en 1976 en République démocratique du Congo, alors Zaïre, frappe à nouveau le pays. L’épidémie actuelle au Kasaï constitue la 16ᵉ depuis l’apparition de la maladie. La précédente avait sévi en 2022 à Beni, dans le Nord-Kivu. La transmission se fait par contact avec les fluides corporels, et les principaux symptômes incluent fièvre, vomissements, saignements et diarrhées. Les personnes infectées ne deviennent contagieuses qu’après l’apparition des symptômes, après une période d’incubation de 2 à 21 jours. Cette fièvre hémorragique a fait plus de 15 000 morts en Afrique au cours des cinquante dernières années, la plus meurtrière en RDC ayant eu lieu entre 2018 et 2020, avec près de 2 300 décès pour 3 500 malades.
Pour cette nouvelle flambée, le premier cas a été signalé le 20 août : une femme enceinte de 34 ans admise à l’hôpital. Selon l’OMS, le taux de mortalité est estimé à 34,6 %. À Bulape, Médecins Sans Frontières rapporte que les premiers patients traités à l’hôpital général de référence de Bulape, à Mweka, ont désormais été déclarés guéris et ont pu regagner leur domicile, témoignant de l’efficacité de la prise en charge médicale.
Lors des flambées précédentes, le taux de mortalité avait oscillé entre 25 % et 90 %. L’OMS évalue que le risque sanitaire de l’épidémie actuelle est élevé au niveau national, modéré à l’échelle régionale et faible au plan mondial.
Les autorités de riposte insistent sur trois priorités : renforcer la surveillance et les capacités des laboratoires pour confirmer rapidement les cas, assurer un approvisionnement suffisant en vaccins et en matériel médical, et intensifier la communication de proximité afin de restaurer la confiance des communautés. Sans ces mesures, l’organisation met en garde : l’épidémie pourrait s’étendre et raviver de douloureux traumatismes collectifs.
La résurgence du virus Ebola en RDC peut s’expliquer par plusieurs facteurs, souvent imbriqués, qui rendent le contrôle et la prévention particulièrement difficiles. Il existe des cas documentés où des personnes qui avaient survécu à Ebola conservent le virus dans certains tissus de leur corps (testicules, œil, etc.). Parfois le virus peut « ressortir » et conduire à de nouveaux cas. Cela complique la fin définitive d’une épidémie et de la maladie dans une zone géographique précise.
Heshima




























































