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Culture

Le tabou de l’inceste

A l’exception de quelques sociétés qui justifient l’inceste pour des raisons économiques ou de préservation de pouvoir, cette pratique généralement désavouée est cependant parfois réelle. Dans ces conditions, il a pour conséquence de créer un malaise certain une fois son secret dévoilé.

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D’une manière générale, de tout temps, la culture de pratiquement toutes les communautés humaines a reprouvé et interdit l’inceste, cette relation sexuelle entre proches parents. Néanmoins, le fait est bien réel. Deux histoires caractéristiques, parmi tant d’autres, peuvent le témoigner.

Ainsi la mythologie grecque décrit l’épopée d’Œdipe dont les parents se sont décidés d’abandonner car un oracle avait prédit son avenir au cours duquel il serait amené à tuer son père pour épouser sa mère. Malgré cette douloureuse séparation, les circonstances ont fait que bien des années, la prophétie finit par s’accomplir : ne connaissant pas son père, Œdipe donne la mort à son père lors d’une bagarre, épouse sa mère sans non plus savoir qu’elle était sa génitrice, ni elle son fils. Cependant, une fois informé de la réalité des faits, il se crève les yeux pour se punir de l’infamie commise.

Une autre narration nous vient de la Bible où est relatée, dans la Genèse, l’épisode de la destruction de Sodome et de Gomorrhe durant lequel la femme de Lot perdit la vie, muée en statue de sel pour s’être retournée sur le spectacle par curiosité. Cette perte conduisit les deux filles de Lot à enivrer de vin leur père afin de coucher avec lui pour perpétuer leur race, effectivement présente ultérieurement dans le Livre Saint, dans la lignée des Moabites et des Ammonites.

 Ces deux situations indiquent à elles seules que les rapports incestueux ne sont pas normaux, perpétrés à l’insu des protagonistes sinon s’ils doivent malgré tout se dérouler, ils sont tolérés de manière exceptionnelle pour des raisons tout autant exceptionnelles.

Degré de parenté

S’il est vrai que les deux évocations ci-dessus peuvent choquer en raison de la proximité du lien de parenté entre les personnes incestueuses, un certain nombre de cultures ont pratiqué l’inceste entre membres de famille dont le degré de consanguinité est plus distendu.

 C’est ainsi qu’entre frère et sœur, la relation est relativement mieux admise et des exemples dans le vécu de l’Humanité le confirment. Des analyses génétiques déterminent notamment que le Toutankhamon serait le fils du pharaon Akhenaton et de l’une de ses sœurs. Aujourd’hui, un pays comme l’Allemagne, sans que cela ne soit encore légal, le Conseil d’éthique allemand, un organe consultatif a proposé, il y a de cela au moins de six ans, de dépénaliser le mariage entre frères et sœurs adultes librement consentants.

Toutefois, lorsque les liens familiaux sont plus lâches, les liaisons incestueuses sont parfois reconnues, comme par exemple entre cousins germains, spécialement dans une société matriarcale dans laquelle les uns sont rangés dans la lignée matrilinéaire et les autres dans la ligne patrilinéaire, et donc considérés comme des composantes de deux entités distinctes.

Dans cette optique, il ressort en effet que des prétextes socio-économiques peuvent justifier ce genre de comportement en société comme celle de la conservation du patrimoine au sein de la famille. Pareille pratique est toutefois réduite par des explications sanitaires car l’espèce humaine contrairement à certains animaux, comme l’espèce canine, est vite victime de dégénérescence à partir des croisements consanguins : les examens génétiques pensent d’ailleurs que le décès prématuré de Toutankhamon aurait pour cause le paludisme car n’ayant pu résister aux tares de son atavisme.

 En même temps, une position familiale encore plus éloignée, ne justifie pas non plus l’inceste. On peut ainsi citer le cas de celui qui pourrait survenir entre l’enfant d’un conjoint actuel (homme ou femme) né d’un conjoint précédent, c’est-à-dire le (beau)- père ou la (belle)-mère adoptive, dont l’un n’est pas son géniteur, ou autre cas, les membres de deux belles-familles avec qui les liens de part et d’autre se sont raffermis.

Une pratique honteuse

Bien que rejeté par la grande majorité des cultures parce que jugé amoral, l’inceste n’en reste pas moins une réalité qui se vit dans certaines familles. En France, où les statistiques sont disponibles, son estimation porte sur 5% d’enfants victimes de cet état de choses.

Dès lors, cela s’expliquerait-il par instinct qui lierait un enfant et un parent, le premier ressentant un besoin de contact charnel avec son procréateur de sexe opposé, en voulant par exemple l’embrasser innocemment sur la bouche ou à pratiquer des attouchements des parties intimes ? Dans ce contexte, serait-il le dérapage d’une pulsion mal gérée par les parents ?

 D’un autre côté, la justification culturelle viendrait-elle du fait de la propension à posséder ressentie par l’être humain, si pas exclusivement, mais même partiellement à travers l’appropriation corporelle d’une personne chère ?

Ou alors pour ce qui concerne les autres membres de la famille, le mobile viendrait-il d’une passion amoureuse impossible à réfréner entre par exemple le beau-frère et la belle-sœur, entre le père adoptif et la fille de son épouse et vice-versa ? Ou alors cette motivation serait le fruit du hasard d’une circonstance ? 

Au-delà de ces aspects sentimentaux, ne devrait-on pas réfléchir sur d’autres considérations, notamment la promiscuité où les familles se voient obligés de partager un espace exigu. Des avantages pécuniaires pourraient aussi fonder ces agissements, celui disposant des moyens désirés par l’autre profiterait de l’occasion pour abuser de sa position dominante. Cependant, quel que soit le cas, dans ce rôle, la responsabilité met principalement en cause l’homme dans au moins 96% des cas, du fait de son impulsion naturelle en matière sexuelle tandis que les victimes se dénombrent parmi les enfants.

Sanctions diverses

 Peu importe les motifs de l’inceste, cet acte est sanctionné de diverses manières selon la culture. Certaines tribus frappent dans ce cas le fautif de sanctions tirées de la puissance ancestrale en paralysant par exemple les attributs mâles. Ailleurs, c’est la réprobation de l’ensemble de la communauté qui fait l’affaire, notamment par le bannissement. Du point légal, l’inceste est inscrit dans la catégorie de délit pénal en tant qu’agression familiale aux conséquences néfastes. Toutefois, du fait des pesanteurs culturelles, il n’est malheureusement pas suffisamment dénoncé : il est couvert du sceau du secret familial.

 Sa dénonciation est en effet perçue comme une intrusion dans la sphère familiale, laquelle cherche à se protéger de tout regard étranger, afin de ne pas la couvrir d’opprobre et de préserver malgré tout son existence. Dans ces conditions, on peut supputer que ce drame, de prime abord personnel, rejaillit en réalité sur la société, dès lors que le foyer est apprécié culturellement comme le fondement de cette dernière. Seul le courage peut alors être en mesure de briser cette ormeta, ce silence caractéristique de la culture de la mafia sicilienne dont on connait la rigueur et qui a poussé Camille Kouchner à intituler son livre La Familia Grande dans la même connotation. Dans ce bestseller qui défraie la chronique en France depuis le début de l’année, la fille du très médiatique Bernard Kouchner rapporte l’inceste dont a été victime son frère jumeau durant son adolescence de la part de son beau-père, un politologue de grand renom de l’élite française. 

Ce geste intrépide a permis d’acculer le coupable ainsi que tous ceux qui se masquaient dans la complicité, et a eu par ailleurs pour effet de délier les langues d’autres personnalités, proies de ce type d’abus : dans cette foulée, la fille de Richard Berry, célèbre acteur français accuse à son tour son père d’avoir commis ce forfait à son encontre, bien que ce dernier nie jusque-là les faits. Pour le surplus, des mouvements des droits de l’homme, surtout d’obédience féminine s’attèle de plus en plus à prendre en charge cette question au vu des effets dévastateurs considérables endurés par les enfants martyrs générant en eux des troubles comportementaux graves tels que la dépression, la tentative de suicide, l’anorexie, des addictions…

 Pour eux, il s’agit de renforcer en amont les missions de la brigade de protection des mineurs pour agir à titre préventif. Il convient également, de durcir les dispositifs légaux sur cette matière et obtenir des condamnations dissuasives. 

Dans cet environnement culturel tel celui en cours en RDC, où règne la passivité, voire la soumission à l’égard de l’autorité et de la hiérarchie familiale, on a difficile à imaginer des actes de dénonciation de pareille malveillance et quand bien même cela pourrait être débattue, la palabre traditionnelle risque d’étouffer toute revendication.

Noël NTETE

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Culture

Nzinga Nkuvu

Au cours de la riche et passionnante histoire du Royaume Kongo, il ne fait l’ombre d’un doute que Nzinga Nkuvu est l’un des rois dont le règne est parmi les plus marquants.

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A la suite des vagues migratoires successives des peuples Bantous dont l’origine se localise au nordouest de l’Afrique, plus précisément du Nigeria, chassent les Pygmées qui occupent entre autres la partie centrale du continent.

 L’un de ces peuples est le peuple Kongo qui va donner naissance au Royaume qui portera son nom. La constitution du Royaume Kongo se situe dès le 14ème siècle. Il s’étend dès la fin du siècle suivant, sur l’ensemble de l’actuelle province du Kongo Central de la République Démocratique du Congo, une grande partie du nord de l’Angola jusqu’au fleuve Kwanza, une partie de Kinshasa et du Bandundu à la limite de la rivière Kwango, ainsi que d’une partie de la République du Congo et du Gabon. Le pouvoir du Royaume Kongo s’exerce à MbanzaKongo (San Salvador en Angola). Le fondateur de ce royaume est Nimi a Lukeni. Il est également nommé Ntinu Wene, littéralement le grand Roi Wene. Il lègue son pouvoir de souverain à ses successeurs qui portent le titre de Mani Kongo ou Ntinu.

Le Royaume à l’époque de Nzinga Nkuvu !

Né en 1440, Nzinga Nkuvu est connu au départ dans l’exercice de fonction de gouverneur de la province de Nsundi et de Nzaza Vumbi, terre des Batékés qui correspond à la partie sud du Congo-Brazzaville et au plateau des Batéké. Doté d’une remarquable expérience militaire qui l’impose sur le trône, succède à son père Nkuvu a Ntinu et règne à MbanzaKongo (littéralement ville du Kongo), la capitale du Royaume.

En cette période, le Royaume vit ses premières relations avec le monde occidental. C’est en effet l’époque des conquistadores de la péninsule ibérique qui se lancent à l’aventure à travers le monde grâce aux progrès des moyens de transport maritimes. Ceux-ci sont en quête des richesses pour leurs royaumes respectifs que regorgent ses terres qui sont nouvelles pour eux. En ces circonstances, Diégo Câo, navigateur portugais arrive à l’embouchure du fleuve Congo en 1482 pratiquement à hauteur de Matadi où il y marquera son passage en le gravant sur une stèle encore visible aujourd’hui. L’explorateur portugais séjourne une année dans la cour de Nzinga Nkuvu.

Diégo Câo est vivement impressionné par les renseignements obtenus sur ce royaume qu’il découvre. Le Roi Nzinga Nkuvu exerce son pouvoir sur un vaste territoire où vit le peuple Kongo composé de plusieurs tribus. Ce royaume est organisé en six provinces, chacune d’elles revêtue d’attributions spécifiques pour son bon fonctionnement. La province Mpemba est située au centre du royaume et est le fief du Roi et de la noblesse : elle représente pratiquement le territoire actuel de Songololo. La province de Soyo est celle du berceau des Princes tandis que celle de Mbamba est placée sous la responsabilité du chef de l’armée : les deux sont localisées dans l’Angola d’aujourd’hui. La province de Mbata est dirigée par le grand Electeur qui organise l’ordre successoral au sein de l’Etat de même qu’il joue le rôle d’un super ministre de l’Intérieur en charge des provinces : elle constitue la région actuelle de Mfidi, Kinkosi-Luidi, Kimvula au sud-est du Kongo Central; ; celle de Mpangu, englobant le district de la Lukaya et une partie de la ville de Kinshasa, s’occupe de l’information. Quant à la province du Nsundi, elle est dirigée par le Mani Nsundi, le successeur présomptif : il s’agit de la partie des Cataractes, de Luozi, et du sud du Congo-Brazaville.

A ces provinces, s’ajoutent des seigneuries vassales de Loango, Kakongo et Ngoyo qui firent preuve d’autonomie. Dans les années qui suivent, grâce aux alliances scellées avec les Portugais mettant à sa disposition un armement moderne, le roi agrandit son royaume jusqu’à Mpumbu l’actuel Kinshasa et même au sud du royaume jusqu’au désert du Kalahari en annexant au passage les royaumes de Ndongo et Matamba, composantes de l’Angola d’aujourhui.

 A son tour, faisant preuve d’esprit d’ouverture au monde, Nzinga Nkuvu, au retour de Diégo Câo, délègue à Lisbonne quelques aristocrates de Soyo. Diégo Câo retourne au Congo avec eux en 1485. Ils rapportent avec émerveillement tous ce qu’ils ont pu voir au cours de leur voyage.

Nzinga Nkuvu trouve là l’occasion de nouer des liens de coopération avec  le Portugal et à l’occasion d’un autre voyage qui a lieu en 1487, Diégo Câo facilite l’échange d’ambassadeurs entre le Portugal et le Congo. A partir de ces liens de coopération, Nzinga Nkuvu obtient la construction d’édifices par la venue d’artisans dont il apprit l’existence au Portugal. De même, il envoie d’autres enfants de l’aristocratie kongo en formation au Portugal dans les langues (portugais, latin) et les sciences (physique, maths) et la théologie. Des accords commerciaux sont aussi signés et le Roi autorise l’installation des comptoirs de commerce dans le royaume.

Puis en 1490, une importante ambassade portugaise accompagnée de missionnaires catholiques s’établit à Mbanza Kongo, la capitale du Congo. Le Roi décide de se convertir à la religion catholique et le 3 mai 1491, lui et sa famille sont baptisés sous le nom de NdoNzau ou Joâo 1er do Kongo (Jean 1er du Kongo) à l’identique de son homologue Don Joâo dont il se considère être le frère. La capitale est également rebaptisée São Salvador.

 De ce fait, le nom de Nzinga Nkuvu s’inscrit dans l’histoire comme le premier roi Kongo connu en Occident qui l’a mieux fait connaître le royaume à leurs yeux d’une part et d’autre part à faire connaitre à ses sujets l’existence d’un nouveau monde. Il est également le premier roi de ce royaume à se convertir au catholicisme en se faisant baptiser par les prêtres portugais. Grâce à ses rapports bilatéraux pacifiés, une partie de l’histoire du Congo bénéficie de traces à travers des archives et objets consignés en Occident.

Toutefois, le Mani Kongo finit deux ans après sa conversion au christianisme par y renoncer pour revenir au paganisme, lui et son neveu Mpanzu, fils de sa soeur et héritier présomptif dans le cadre du matriarcat et ce, malgré le refus de la reine-mère. Ses motivations sont politiques car la présence occidentale empiète sur son pouvoir et par exemple l’interdiction de la polygamie l’empêche de conclure des alliances par l’entremise de mariages avec des femmes des futurs alliés.

Des tensions prennent de l’ampleur entre pro catholiques sous la direction de son fils Nzinga Mvemba baptisé sous le nom de NdoFunsu Alfonso et opposants à ce mouvement. Pour neutraliser le premier groupe, le roi éloigne son fils de la capitale en le nommant gouverneur de Nsundi. A la mort de son père en juin 1506, celui-ci s’empare du pouvoir au détriment de son frère qui est tué à l’issue d’une guerre civile.

Le legs de Nzinga Nkuvu !

Bien qu’ayant renoncé au catholicisme, son premier engagement a laissé des marques profondes dans le royaume. Son second fils monté au trône en consolidant sa foi, avant sa défection, renforce l’emprise portugaise au Kongo. Un autre fils de Nzinga Nkuvu, Don Henrique Ntinu Mvemba né à Mbanza Nsundi (Inkisi/ Kisantu) devient le premier évêque d’Afrique Noire sacré à Rome le 5 mai 1518 par le pape Léon X.

L’apport du Portugal se remarque également dans l’adoption des noms chrétiens à consonance portugaise sous une connotation africaine qui perdure jusqu’à ce jour chez les Bakongos, spécialement d’origine angolaise. On peut citer ainsi Ndombele pour Albert (Don Alberto), Ndonfunsu pour Alphonse (Don Alfonso), Ndoluvualu pour Alvare (Don Alvaro), Ndondau pour André, Ndontoni pour Antoine (Don Antonio), Ndomanueno pour Emmanuel (Don Manuel), Ndongala pour Gratien (Don Garçia), Ndozoa pour Jean (Don Joâo), Ndopetelo pour Pierre (Don Pedro), Ndombasi pour Sébastien, Ndosimao pour Simon (Don Simaö).

En outre, le contact avec le Portugal a permis l’introduction dans le royaume de nouvelles cultures comme l’igname, le sorgho, le millet, le maïs, le manioc, le tabac, le café, la vigne, la vache, le mouton, la chèvre et le canard provenant des Amériques.

On peut par ailleurs déplorer l’absence de la survivance d’édifices consécutifs à ce contact ainsi que toute la science diffusée sans compter qu’au lendemain de la mort de l’héritier de Nzinga Nkuvu, le royaume est contraint a une longue période de près d’un siècle d’instabilité attisée par les Européens, spécialement entre commerçants hollandais et portugais opérant le trafic d’esclaves pour fournir la main d’œuvre aux colonies portugaises du Nouveau monde découvert depuis 1492 sans oublier l’exploitation des richesses naturelles du pays, ou entre congrégations religieuses opposant les capucins italiens et espagnols aux jésuites, profitant de la rivalité au sein de l’aristocratie kongo.

A ce titre, on peut également présenter le règne de Nzinga Nkuvu comme de l’expression paradoxale de la confrontation vécue par les dirigeants africains entre le voeu de se moderniser grâce aux concours extérieurs tout en conservant l’identité nationale et les appétits malsains des nouveaux venus.

Noël Ntete

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Culture

LES BASHI

Peuple bantou, les Bashi (ou les Shi) vivent dans un espace dénommé traditionnellement le « Buchi », lequel constitue dans sa globalité le royaume du Mwami Kabare, couvrant pratiquement le Sud-Kivu actuel qui jadis, avant la colonisation, s’étendait au gré des conquêtes jusque dans le Rwanda, aux confins de Kigali. Actuellement, le Bushi s’étend sur les territoires de Kabare, de Walungu, l’île d’Idjwi.

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Les Shi sont majoritaires dans l’ensemble du Kivu, dont le nom vient du mot « civu », littéralement « engrais » pour désigner la fertilité du sol, enrichi par la bouse de la vache.

L’actuelle ville de Bukavu, chef-lieu de la province du Sud-Kivu, située au bord du lac Kivu, dans sa partie sud, tire son nom de « nkafu », la vache en mashi, car selon la légende, c’est à cet endroit que cette bête fit sa   première apparition.

Peuple guerrier et fier, il n’a jamais connu ni soumission, ni esclavage, le colonisateur ayant recouru à divers subterfuges pour le diviser afin de pouvoir l’administrer sans parvenir à  étouffer ses traditions. Le colonisateur diminua ainsi l’influence du Grand Mwami Kabare en aiguisant les appétits de certains princes en créant de toutes pièces d’autres chefferies telles celle de Ngweshe, Katana, Idjwi… Le coup fatal porté à l’unité du territoire original fut l’éloignement du Mwami Alexandre Kabare Rugemanisi durant trente six ans, au prétexte qu’il allait rencontrer le Roi des Belges. Le colonisateur le laissera végéter loin de son peuple à Léopoldville(Kinshasa) qu’il quitta en 1961 après l’indépendance.

Il faut noter que pendant toute la période de son éloignement, il n’y eut aucun battement de tamtam au Bushi.

Bref aperçu historique

Agro-pastoraux, les Shi vinrent du sud-est africain, paissant vaches, chèvres … entre le 15ème et le 16ème siècle. Ils finirent leur parcours migratoire en s’établissant à l’est de la RDC où ils avaient rencontré les pygmées (Batwa) qu’ils soumirent.

 Les vertes étendues qu’ils y trouvèrent firent qu’ils n’eurent plus besoin d’en bouger et s’y établirent définitivement pratiquant l’agriculture et l’élevage de leurs vaches (principale expression de la richesse des Shi) et autres chèvres, moutons, porcs, volailles…. Ils intègrent les pygmées dans certaines de leurs cérémonies ancestrales comme l’intronisation du Mwami ou ses obsèques tout en partageant leur savoir médicinal. Par contre, ils ne se mélangèrent pas.

La terre ainsi conquise, propriété du Mwami (Roi) est administrée au travers de grands notables de sa cour et qui lui rendent compte.

Si au quotidien, le Mushi (singulier de Bashi) s’occupe paisiblement de ses bêtes et de ses champs, il se trouve en réserve de la grande armée du Mwami. Celle-ci peut être instantanément levée au son du tambour royal, tellement strident qu’il s’entend à des lieues de la cour. Il est évident qu’il est relayé par d’autres, de loin en loin mettant ainsi toute l’armée en alerte.

Armés de leurs lances, arcs, haches, coutelas, gourdins et autres armes blanches, les membres de cette armée ainsi levée deviennent alors de redoutables guerriers, unis et sans pitié, l’ennemi ne trouvant son salut que dans la fuite ou la mansuétude du Mwami qui jusqu’à ce jour est une personne quasi sacrée, la plus respectée du Bushi et qu’il vaut mieux ne pas offenser aux yeux de son peuple.

Sur son territoire, coutumièrement, le Mwami agit par édits, après un conseil des sages. La justice est rendue en son nom et dans certains cas par lui-même. Ses décisions sont alors irrévocables. Il avait même le droit de vie et de mort sur ses sujets, fait atténué par la modernité, mais comme dit précédemment le délit de lèsemajesté peu encore mener loin, bien que les lois de la République  réserve du sexe, les filles étant généralement sous la coupe des garçons. 


Les enfants sont considérés comme une richesse car, ils sont autant de bras pour paître les vaches ou cultiver les champs. Les femmes sont tenues de s’entendre mais hiérarchisées selon l’ordre d’arrivée dans l’enclos. La famille peut s’étendre par le mariage qui se contracte généralement entre membres de clans différents. Il est alors scellé par la dot qui est constituée de vaches. Les chèvres servent essentiellement au festin qui est organisé lors du mariage. On boit le kasikisi, vin de banane. Les vaches sont quant à elles élevées et pourront servir de dot pour les garçons de la famille ou à sceller certaines amitiés ou à être offertes au Mwami.

La gastronomie

Le Shi se nourrit des produits de son élevage, notamment du lait de la vache, consommée de préférence sous la forme caillée (mashanza) avec la pâte de sorgho ou avec les patates douces. Le Shi mange aussi la viande de chèvre, du porc ou de la volaille, celle de la vache étant prise quand cette dernière devient improductive (vieillesse).

Il est à noter que la femme ne peut pas manger le poulet qui est réservé aux hommes. Les produits de l’agriculture consommés sont le sorgho,les taros, les ignames, les bananes (bisamungu), le manioc, les légumes sauf les feuilles de haricots dits bishagalo, ne faisant pas partie de son alimentation traditionnelle. Le Shi ne consomme par les animaux ou les insectes rampants. Mais peut manger les sauterelles. Il mange aussi le poisson pêché dans le lac Kivu.

Les arts

En dehors de la poterie et de la vannerie, tous les deux utilitaires (paniers, nattes, casseroles, plateaux…) le Shi ne sculpte ni ne peint. Cependant, il aime la danse et les chants guerriers lors de grandes cérémonies événementielles, accoutré de ses costumes et équipé de ses instruments de guerre.

 Les griots qui chantent la gloire des Bamis (Rois) ou les faits historiques importants du peuple Shi ou de certains clans s’accompagnent du « lulanga », sorte de harpe au son envoûtant. Ils peuvent ainsi vous transporter dans les lointains souvenirs pendant toute une nuit jusqu’à l’aube.

Religion et spiritualité

Les Shi sont monothéistes. Ils n’ont qu’un seul Dieu, Hangombe, maître du temps et de l’espace, le créateur. Cependant, ils pratiquent aussi le culte des ancêtres qu’ils vénèrent. Ils   leurs font des offrandes dans une petite hutte (Ngombe) construit à quelques pas de l’entrée de l’enclos familial, cérémonie qu’assure le chef de famille. Les ancêtres sont les intermédiaires entre le monde visible et le monde invisible et divin.

Habitat

 Dans les villages shi, les gens vivent dans des huttes faites de bambous et d’herbes retenues sur les bambous par des cordes tressées à base de cordelettes venant des écorces sèches du bananier. Elles sont groupées dans un enclos fermé où on trouve la hutte du père, celle des femmes et leurs enfants et d’autres plus grandes dans lesquelles sont gardées vaches et chèvres et autres animaux domestiques. Cet enclos est généralement entouré des bananeraies et des champs. Les pâturages sont des espaces verts destinés à cette fin, loin des villages où les pasteurs se rendent en groupe le matin et en reviennent au soir, dirigeants leurs bêtes avec des bâtons qui peuvent devenir des armes redoutables contre les pillards et autres agresseurs.

Vitho wa Vitho

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Culture

Musique: Les premières divas congolaises

Bien que la musique congolaise moderne soit largement dominée par les hommes, le timide apport féminin à son orée n’en reste pas moins appréciable. Qui sont-elles et quel est à ce jour l’héritage de ces premières chanteuses ?

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En réalité la domination reconnue aux hommes dans la musique n’est due qu’à leur présence sur les podiums et les disques. Car c’est de notoriété que la femme occupe un rôle majeur dans la musique qui occupe de tout temps une place de première importance dans la société congolaise : c’est bien elle qui rythme les berceuses chantées aux enfants, les travaux ménagers ou des champs et à chaque fois, c’est la voix douce de la femme qui caresse les tympans et apporte de la gaîté, sans oublier son talent naturel à esquisser des pas de danse aux sons de ses mélodies.

Bien que depuis les temps anciens, cette passion musicale soit bien ancrée dans les mœurs de la vie congolaise, et de vedettes ne pouvaient être comptées dans l’art d’Orphée en tant qu’animatrices dans les diverses cérémonies du quotidien, leur nombre reste toutefois limité dans la musique congolaise moderne.

  Il faut avouer qu’en dépit de l’engouement suscité par la musique, cet art ne dispose vraiment pas réciproquement de la considération sociale qui pousserait les individus à s’y lancer n’eut été la passion contenue en eux, les poussant à outrepasser les préjugés à son égard. Le métier est en effet estimé comme peu digne, la préférence étant accordé à un emploi dans l’administration. De plus, la réputation peu reluisante du musicien est une somme de qualificatif de débauché, de noctambule, de drogué au chanvre… Et donc si cette appréciation est portée sur l’homme comment cela ne le serait pas pour la femme. Toute femme évoluant dans ce milieu est, de surcroit, taxée de légère.

Cela n’a toutefois pas empêché certaines audacieuses à être happées par les sirènes de la musique et parmi celle alignée parmi  les pionniers de la musique congolaise, Lucie Eyenga est comptée sans aucun doute comme la seule cantatrice de la gente féminine. Elle a su tenir la dragée haute à des géants comme Wendo avec des tubes comme Nabanzaki, Bolingo ya biso ba la joie ou encore Dit Moninga ou Ah Baninga. Dans ses ritournelles, elle chante d’une voix aigüe l’amour, l’amitié…

A cette première vague, une autre génération entre en scène. Bien que toujours relativement mal jugée dans les mœurs et le respect social, la musique commence toutefois son essor avec l’émergence des vedettes masculines de renom comme Rochereau Tabu Ley, Franco, Gérard Madiata. Ceux-ci se démarquent relativement de la connotation négative accolée à cette profession. C’est également l’époque de l’émancipation de la femme encouragée à embrasser les carrières jusqu’alors réservées à l’homme. Elles sont recrutées dans la musique religieuse des chorales des églises, régulièrement sollicitées lors des cultes ou autres cérémonies comme les deuils.

C’est dans cette veine que l’on retrouve Etisomba, de son nom complet Antoinette Etisomba Lokindji. Elle se lance dans la pratique de la musique profane ou encore mondaine à partir de 1965. Grâce à une formation au Conservatoire de Kinshasa, ancêtre de l’Institut national des Arts (INA), elle maîtrise son don par la connaissance des règles de l’art.

Elle intègre l’orchestre Bamboula. A la suite d’un concours organisé par le ministère de la Culture, elle représente son pays au sein de ce groupe en tant qu’unique femme au Premier festival culturel d’Alger en 1969, avant d’effectuer plus tard des tournées dans l’ensemble de l’Afrique et en Europe, dans le milieu congolais ou non. Sa discographie comprend des titres comme «Imambekele » et « Tarame ». Son style se caractérise par un récital éclectique dans le genre tradi-moderne, des variétés afro-américaines sans oublier les chants religieux, interprétées d’une voix à la fois grave et chaleureuse. Témoignage de son succès, il lui sera décerné le surnom de « Myriam Makeba congolaise », immense icône africaine de l’époque, mondialement connue et reconnue. Elle décède en 2002 à Paris. Abeti Masikini, nom de scène d’Elisabeth Finant est une autre chanteuse de grande notoriété. Elle est née le 9 novembre 1954 à Kisangani, d’un père politicien (lire encadré). Elle débute sa carrière musicale en 1971 après avoir décroché la première place au concours « Découverte des jeunes talents ». Avec un répertoire des chansons inspirées des contes congolais et de la vie quotidienne, elle s’engage dans une musique traditionnelle exécutée en swahili, lingala, français dans des tournures africaines, mais également en anglais, avec une ambiance toujours marquée par la vivacité de sa danse.

Ses premiers succès sont « Mutoto wangu » et « Safari ». En 1973, à 19 ans, elle effectue un premier passage dans la mythique salle de l’Olympia à Paris. Elle y côtoie les grands du show business d’alors comme Mireille Matthieu, Mohammed Ali, Myriam Makeba, sans oublier le maître des lieux, Bruno Coquatrix. Pierre Cardin, couturier français de renommée mondiale, parraine son premier album. En Afrique, elle est une véritable star, grâce à l’accompagnement de son manager et mari, le Togolais Gérard Akueson où elle a su porter très haut l’étendard de la musique congolaise. Elle meurt le 28 septembre 1994.

 Mpongo Love, de son vrai nom Alfride M’Pongo Landu naquit à Boma dans le Kongo Central le 27 août 1956 et s’éteint à Kinshasa le 15 janvier 1990, à l’âge de 33 ans. Victime à l’âge de quatre ans, d’une succession de drames, elle est d’abord frappée d’une paralysie causée par une injection de pénicilline mal administrée et ne retrouvera que partiellement l’usage de ses deux jambes. Ensuite, elle est affectée la même année par le décès de son père survenu lors des soubresauts ayant secoué le pays au lendemain de son indépendance. (lire encadré) Elle évoquera d’ailleurs les déboires de cette vie tumultueuse dans une chanson à jamais mémorable « Mama na ngai » qui ne cessera d’émouvoir le grand public déjà fan de cette grande chanteuse qui a développé son talent au sein de la chorale paroissiale de NotreDame de Boma au moment de ses études primaires.

D’abord secrétaire de direction dans la société Districar du groupe de l’homme d’affaires Dokolo, Mpongo Love se lance dans la musique avec l’aide de son manager et arrangeur Empompo Loway, saxophoniste de l’orchestre African fiesta national de Tabu Ley Rochereau. Elle crée son propre orchestre, le Tcheke Tcheke Love.

Malgré son handicap physique, cette belle chanteuse enchaîne tube après tube avec sa voix aigüe, tantôt mélancolique, tantôt gaie mais toujours plaisante qui émerveille le public congolais puis celui de toute l’Afrique. Après « Pas possible Maty », son premier succès, viendront le tour de Mokili compliqué, Mama na ngai, dans lesquelles elle chante l’amour, la rivalité entre femmes pour un homme, la duplicité de l’homme en amour…

Quel héritage ?

Avec un nombre d’à peine quatre albums qui peuvent paraître dérisoire pour marquer de son empreinte dans un art, le legs des premières divas congolaises n’en reste pas moins appréciable sous divers angles. Par l’audace à braver les préjugés de la société qui se plaisait à confiner la femme dans le rôle de mère et de ménagère, sans pouvoir imaginer qu’elle pouvait affronter le public, elles ont su donner de la valeur à leur métier, y attirer d’autres personnes talentueuses, en prouvant qu’avec une formation musicale dans la maîtrise des règles de l’art, il est possible d’en cueillir les fruits au même titre que toute autre profession. Sur ce registre, Mpongo Love représente sans aucun doute un modèle de battante en raison de son handicap physique. Elles ont aussi valorisé la culture congolaise par la promotion des différentes langues locales utilisées dans leur chanson, sans oublier l’attention qu’elles ont su focaliser sur leur pays. Ainsi, Mbilia Mbel et Tshiala Mwana sont d’ailleurs deux témoignages remarquables de cet héritage. Toutes les deux viennent en effet de l’orchestre d’Abeti, la première comme danseuse et la seconde d’abord danseuse avant de devenir à son tour chanteuse. Toutes les deux ont su porter au plus haut l’étendard de la musique congolaise, au point où leur répertoire vieux de déjà trois bonnes décennies de présence sur le marché du disque n’a à ce jour pris aucune ride et n’est jamais absent lors des fêtes congolaises.

De nombreuses autres vocations verront également le jour grâce à elles, malheureusement parfois oubliées par l’usure du temps comme Vonga Ayé, Déesse, Jolie Deta alors que d’autres sont bien présentes aujourd’hui à l’instar de MJ30 ou encore Cindy et tant d’autres nouvelles prometteuses.

  On peut aussi se souvenir de l’existence dans les années 80 d’un orchestre exclusivement composé de femmes, le Taz Bolingo dont une duplication est en cours de production sous la dénomination de Bana Bakaji.

Néanmoins, si de leur vivant, elles ont pu se hisser à un certain seuil de gloire avec le soutien de leur mentor, toujours un homme, au point de pouvoir en inversant une phrase célèbre dire que derrière une grande dame se cache un grand homme, leur progéniture malgré leur tentative de perpétuer le nom de leur génitrice en hommage bien mérité n’y parvient qu’assez difficilement.

Puisse-t-elle accéder à ce vœu afin de confirmer une fois de plus que les œuvres de l’artiste ne meurent jamais.

Duo de vie

 Les à-côtés de la vie des vedettes attisent toujours la curiosité du grand public. La vie d’Abeti Masikini et Mpongo Love n’échappent pas à cette règle d’autant plus qu’elles ont dû malgré elles, vivre une partie de leur existence, avec de malheureuses similitudes dont l’histoire est seule à en détenir le secret.

Le père d’Abeti, Jean-Pierre Finant, partisan de Patrice-Emery Lumumba installé à Kisangani trouve la mort à Bakwanga (actuellement Mbuji-Mayi) en 1961, avec d’autres de ses compagnons, sauvagement assassinés par leurs ennemis.

Quant à Gilbert Pongo, le père de Mpongo Love est un militaire chargé de combattre les lumumbistes. Il est arrêté à Bukavu, puis transféré à Kisangani pour servir d’échange avec Lumumba emprisonné par le régime de Kinshasa. L’échec de l’opération d’échange des prisonniers conduira à leur mort.

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