Nous rejoindre

Culture

Le Mwana Nkazi, un statut familial particulier

Contrairement à la configuration familiale issue de la culture occidentale, celle de l’Afrique détermine avec davantage de spécificité la traçabilité de ses membres. Comme celle du mwana nkazi, qui dans l’entendement commun serait le neveu ou nièce, en est une illustration. La compréhension de son statut est parfois déroutante.

Published

on

Dans le sens littéral de l’intitulé mwana nkazi en langue kongo, le premier terme signifie enfant (mwana) et le second oncle (nkazi ou nkasi) qui se traduirait donc dans l’acceptation générale par neveu ou nièce.

Et tout de suite, pour bien comprendre tout le sens de cette dénomination, il convient de faire référence aux autres personnages qui gravitent autour du mwana nkazi à savoir bien entendu l’oncle, mais également la sœur de ce dernier soit, la mère de son neveu ou de sa nièce. Ce personnage est nommé ngudi ou ngua. De ce fait, l’oncle dont il s’agit ici est l’oncle maternel ou le frère de la mère, c’est à dire certes le nkazi (noko en lingala) et pour plus de précision le ngua nkazi ou le ngudi nkazi. Dans cet ordre d’idées, le mwana nkazi (ou bana nkazi au pluriel) est (sont) l’(les) enfant(s) de l’oncle.

On saisit par-là que toute cette configuration familiale dans laquelle évolue le mwana nkazi se rapporte au matriarcat pratiqué dans l’espace kongo qui s’étend dans la province du Kongo Central de la RDC et une partie des populations de l’ancienne province du Bandundu, essentiellement dans le Kwango et le Kwilu.

Dans ce type d’organisation familiale, le côté maternel occupe une place primordiale. Il est particulièrement mis en valeur par rapport au côté paternel. Car son origine puisée dans la sagesse kongo s’explique par le fait que la certitude de la maternité est l’apanage de la femme et par voie de conséquence l’enfant est censé plus lui appartenir plutôt qu’au père. Cependant, malgré l’importance de la femme dans ce contexte, le rôle de l’homme n’est pas pour autant annulé et c’est à ce titre qu’il est confié à l’oncle maternel. C’est ainsi que dans la prise de parole dans les affaires de la famille, la préséance est réservée à l’oncle maternel qui par ailleurs est considéré comme le chef de clan, le mfumu (chef) kanda (clan).

C’est ainsi que l’existence du clan indique que la famille n’a pas une étendue restreinte, mais au contraire elle est large dans la mesure où elle intègre les membres de plusieurs degrés, car la famille se conçoit comme un tout, loin de sa composition nucléaire. Là où, de par la culture occidentale on parlerait de cousins et cousines, la famille africaine parle de frères et sœurs. (Ndlr : bien que la notion de cousin et cousine n’existe pas dans la tradition africaine, elle est mentionnée dans ce texte pour faciliter sa compréhension). Cela veut dire qu’un nkazi pour un mwana nkazi donné, n’est pas uniquement le frère de sa mère, mais également tous les « cousins » de celle-ci sont les nkazi du mwana nkazi. Ici, la préséance porte sur l’âge, de l’oncle maternel le plus âgé au plus jeune.

Un autre aspect du caractère dynamique de l’organisation familiale Kongo à signaler est celui où un fils aîné, qui jusque-là considéré comme mwana nkazi, à la mort de son dernier oncle maternel direct (c’est-à-dire le frère biologique de sa mère) est élevé au rang de frère de sa mère et des sœurs de cette dernière, soit ses tantes directes : il devient donc nkazi et ses « cousins » deviennent ses bana nkazi. Jusqu’à confirmer sa position au fur et à mesure du décès de ses autres nkazi.

De même, les bana nkazi, nés des mères, tantes et cousines de leurs mères, sont entre eux des frères et sœurs et à leur tour, les garçons de cette génération deviennent des nkazi de leurs enfants mâles ou femelles (filles et garçons).

Des liens privilégiés étroits

De ce fait, selon la tradition, les liens entre le mwana nkazi et le ngua nkazi sont très étroits : ce dernier prend soin de ses neveux et nièces plus que ses propres enfants, même s’il est moins nanti que leur père. Il en va également du père biologique qui même s’il est mieux pourvu que le frère de son épouse, prendra plus soin de ses neveux et nièces au détriment de ses propres enfants. Chaque enfant raffermit ses relations avec son oncle maternel. C’est ainsi que le mwana nkazi héritera du ngua nkazi en défaveur des propres enfants de celui-ci.

Il n’empêche, le père biologique d’une progéniture conserve un certain niveau d’ascendant à l’égard d’elle, en termes d’obligations et devoirs malgré l’emprise du nkazi. Ici, il faudrait préciser qu’en considérant la famille sous l’angle paternel, la notion de neveu et nièce permet de saisir la particularité dévolue au mwana nkazi. Car vis-à-vis d’un père biologique, les enfants de ses frères qui l’appellent papa en précisant s’il est l’aîné par rapport à leur père (papa kulutu) ou plus jeune (papa leki) sont aussi ses enfants. Par contre, les enfants de sa (ses) sœur(s) et de ses cousines maternelles sont ses bana nkazi. Donc à ce stade, pour ce père biologique même si tous ces descendants sont des neveux, il existe entre eux une différence, d’une part des bana nkazi et d’autre part des enfants. En somme, une façon de dire que l’on peut être neveu sans vraiment l’être !

 A titre exemplatif, une institution comme le mariage permet d’évaluer l’importance des liens au sein d’une famille par l’apport de la dot, le nkolo milongo abusivement traduit par facture, qui est une des caractéristiques du matriarcat. Elle consiste à la remise de biens à la famille de la future épouse. Cette circonstance confirme qu’en dépit de sa place supposée être secondaire, le père biologique ou ses frères bénéficient de l’argent de la dot ou d’autres objets qui leur reviennent, telle la paire de chaussures, le costume….

Quant au ngua nkazi, il a également droit à une part des biens exigés pour conclure le mariage coutumier de sa mwana nkazi. Il a droit au manteau ou l’imperméable, le nzaka ki mfumu kanda, dont la symbolique est de doter le chef de famille de ce vêtement qui lui permettra d’affronter les intempéries au cas où il doit recourir à l’extérieur pour venir en aide à sa nièce pour n’importe quelle raison (maladie de la maman, de l’enfant…). Par contre dans la constitution de la dot du mwana nkazi, l’oncle maternel interviendra à la hauteur de ses moyens, si nécessaire avec le concours de la famille paternelle du futur marié.

 D’hier à aujourd’hui

Certes, ici et là subsistent dans une certaine mesure des vestiges du matriarcat et du positionnement du mwana nkazi. Il faudrait cependant reconnaître que la tradition est de plus en plus battue en brèche. La vie moderne occidentalisée a en effet régulièrement dépouillé le contenu de cette coutume.

 Certes la dénomination de mwana nkazi subsiste, rattachée qu’elle est au neveu et à la nièce, mais beaucoup de changements sociaux ont modifié les rapports au sein des familles, que ce soit la distance géographique même dans une même ville dans le cadre de la fréquentation, les préoccupations matérielles des uns et des autres….

En outre, le fait de dénier au père biologique certaines obligations est considéré comme une forme d’irresponsabilité de sa part face à la démission de ses devoirs vis-à-vis de ses enfants. Sous un autre angle, ces us apparaissent comme une aberration car après avoir négligé le sort de ses enfants, le père biologique finit cependant par tirer profit de leur évolution, surtout en cas de réussite et se montrer exigeant pour en cueillir les fruits.

C’est donc pour s’avouer : autres temps, autres mœurs ! 

 Vitho wa Vitho 

Culture

Nzinga Nkuvu

Au cours de la riche et passionnante histoire du Royaume Kongo, il ne fait l’ombre d’un doute que Nzinga Nkuvu est l’un des rois dont le règne est parmi les plus marquants.

Published

on

A la suite des vagues migratoires successives des peuples Bantous dont l’origine se localise au nordouest de l’Afrique, plus précisément du Nigeria, chassent les Pygmées qui occupent entre autres la partie centrale du continent.

 L’un de ces peuples est le peuple Kongo qui va donner naissance au Royaume qui portera son nom. La constitution du Royaume Kongo se situe dès le 14ème siècle. Il s’étend dès la fin du siècle suivant, sur l’ensemble de l’actuelle province du Kongo Central de la République Démocratique du Congo, une grande partie du nord de l’Angola jusqu’au fleuve Kwanza, une partie de Kinshasa et du Bandundu à la limite de la rivière Kwango, ainsi que d’une partie de la République du Congo et du Gabon. Le pouvoir du Royaume Kongo s’exerce à MbanzaKongo (San Salvador en Angola). Le fondateur de ce royaume est Nimi a Lukeni. Il est également nommé Ntinu Wene, littéralement le grand Roi Wene. Il lègue son pouvoir de souverain à ses successeurs qui portent le titre de Mani Kongo ou Ntinu.

Le Royaume à l’époque de Nzinga Nkuvu !

Né en 1440, Nzinga Nkuvu est connu au départ dans l’exercice de fonction de gouverneur de la province de Nsundi et de Nzaza Vumbi, terre des Batékés qui correspond à la partie sud du Congo-Brazzaville et au plateau des Batéké. Doté d’une remarquable expérience militaire qui l’impose sur le trône, succède à son père Nkuvu a Ntinu et règne à MbanzaKongo (littéralement ville du Kongo), la capitale du Royaume.

En cette période, le Royaume vit ses premières relations avec le monde occidental. C’est en effet l’époque des conquistadores de la péninsule ibérique qui se lancent à l’aventure à travers le monde grâce aux progrès des moyens de transport maritimes. Ceux-ci sont en quête des richesses pour leurs royaumes respectifs que regorgent ses terres qui sont nouvelles pour eux. En ces circonstances, Diégo Câo, navigateur portugais arrive à l’embouchure du fleuve Congo en 1482 pratiquement à hauteur de Matadi où il y marquera son passage en le gravant sur une stèle encore visible aujourd’hui. L’explorateur portugais séjourne une année dans la cour de Nzinga Nkuvu.

Diégo Câo est vivement impressionné par les renseignements obtenus sur ce royaume qu’il découvre. Le Roi Nzinga Nkuvu exerce son pouvoir sur un vaste territoire où vit le peuple Kongo composé de plusieurs tribus. Ce royaume est organisé en six provinces, chacune d’elles revêtue d’attributions spécifiques pour son bon fonctionnement. La province Mpemba est située au centre du royaume et est le fief du Roi et de la noblesse : elle représente pratiquement le territoire actuel de Songololo. La province de Soyo est celle du berceau des Princes tandis que celle de Mbamba est placée sous la responsabilité du chef de l’armée : les deux sont localisées dans l’Angola d’aujourd’hui. La province de Mbata est dirigée par le grand Electeur qui organise l’ordre successoral au sein de l’Etat de même qu’il joue le rôle d’un super ministre de l’Intérieur en charge des provinces : elle constitue la région actuelle de Mfidi, Kinkosi-Luidi, Kimvula au sud-est du Kongo Central; ; celle de Mpangu, englobant le district de la Lukaya et une partie de la ville de Kinshasa, s’occupe de l’information. Quant à la province du Nsundi, elle est dirigée par le Mani Nsundi, le successeur présomptif : il s’agit de la partie des Cataractes, de Luozi, et du sud du Congo-Brazaville.

A ces provinces, s’ajoutent des seigneuries vassales de Loango, Kakongo et Ngoyo qui firent preuve d’autonomie. Dans les années qui suivent, grâce aux alliances scellées avec les Portugais mettant à sa disposition un armement moderne, le roi agrandit son royaume jusqu’à Mpumbu l’actuel Kinshasa et même au sud du royaume jusqu’au désert du Kalahari en annexant au passage les royaumes de Ndongo et Matamba, composantes de l’Angola d’aujourhui.

 A son tour, faisant preuve d’esprit d’ouverture au monde, Nzinga Nkuvu, au retour de Diégo Câo, délègue à Lisbonne quelques aristocrates de Soyo. Diégo Câo retourne au Congo avec eux en 1485. Ils rapportent avec émerveillement tous ce qu’ils ont pu voir au cours de leur voyage.

Nzinga Nkuvu trouve là l’occasion de nouer des liens de coopération avec  le Portugal et à l’occasion d’un autre voyage qui a lieu en 1487, Diégo Câo facilite l’échange d’ambassadeurs entre le Portugal et le Congo. A partir de ces liens de coopération, Nzinga Nkuvu obtient la construction d’édifices par la venue d’artisans dont il apprit l’existence au Portugal. De même, il envoie d’autres enfants de l’aristocratie kongo en formation au Portugal dans les langues (portugais, latin) et les sciences (physique, maths) et la théologie. Des accords commerciaux sont aussi signés et le Roi autorise l’installation des comptoirs de commerce dans le royaume.

Puis en 1490, une importante ambassade portugaise accompagnée de missionnaires catholiques s’établit à Mbanza Kongo, la capitale du Congo. Le Roi décide de se convertir à la religion catholique et le 3 mai 1491, lui et sa famille sont baptisés sous le nom de NdoNzau ou Joâo 1er do Kongo (Jean 1er du Kongo) à l’identique de son homologue Don Joâo dont il se considère être le frère. La capitale est également rebaptisée São Salvador.

 De ce fait, le nom de Nzinga Nkuvu s’inscrit dans l’histoire comme le premier roi Kongo connu en Occident qui l’a mieux fait connaître le royaume à leurs yeux d’une part et d’autre part à faire connaitre à ses sujets l’existence d’un nouveau monde. Il est également le premier roi de ce royaume à se convertir au catholicisme en se faisant baptiser par les prêtres portugais. Grâce à ses rapports bilatéraux pacifiés, une partie de l’histoire du Congo bénéficie de traces à travers des archives et objets consignés en Occident.

Toutefois, le Mani Kongo finit deux ans après sa conversion au christianisme par y renoncer pour revenir au paganisme, lui et son neveu Mpanzu, fils de sa soeur et héritier présomptif dans le cadre du matriarcat et ce, malgré le refus de la reine-mère. Ses motivations sont politiques car la présence occidentale empiète sur son pouvoir et par exemple l’interdiction de la polygamie l’empêche de conclure des alliances par l’entremise de mariages avec des femmes des futurs alliés.

Des tensions prennent de l’ampleur entre pro catholiques sous la direction de son fils Nzinga Mvemba baptisé sous le nom de NdoFunsu Alfonso et opposants à ce mouvement. Pour neutraliser le premier groupe, le roi éloigne son fils de la capitale en le nommant gouverneur de Nsundi. A la mort de son père en juin 1506, celui-ci s’empare du pouvoir au détriment de son frère qui est tué à l’issue d’une guerre civile.

Le legs de Nzinga Nkuvu !

Bien qu’ayant renoncé au catholicisme, son premier engagement a laissé des marques profondes dans le royaume. Son second fils monté au trône en consolidant sa foi, avant sa défection, renforce l’emprise portugaise au Kongo. Un autre fils de Nzinga Nkuvu, Don Henrique Ntinu Mvemba né à Mbanza Nsundi (Inkisi/ Kisantu) devient le premier évêque d’Afrique Noire sacré à Rome le 5 mai 1518 par le pape Léon X.

L’apport du Portugal se remarque également dans l’adoption des noms chrétiens à consonance portugaise sous une connotation africaine qui perdure jusqu’à ce jour chez les Bakongos, spécialement d’origine angolaise. On peut citer ainsi Ndombele pour Albert (Don Alberto), Ndonfunsu pour Alphonse (Don Alfonso), Ndoluvualu pour Alvare (Don Alvaro), Ndondau pour André, Ndontoni pour Antoine (Don Antonio), Ndomanueno pour Emmanuel (Don Manuel), Ndongala pour Gratien (Don Garçia), Ndozoa pour Jean (Don Joâo), Ndopetelo pour Pierre (Don Pedro), Ndombasi pour Sébastien, Ndosimao pour Simon (Don Simaö).

En outre, le contact avec le Portugal a permis l’introduction dans le royaume de nouvelles cultures comme l’igname, le sorgho, le millet, le maïs, le manioc, le tabac, le café, la vigne, la vache, le mouton, la chèvre et le canard provenant des Amériques.

On peut par ailleurs déplorer l’absence de la survivance d’édifices consécutifs à ce contact ainsi que toute la science diffusée sans compter qu’au lendemain de la mort de l’héritier de Nzinga Nkuvu, le royaume est contraint a une longue période de près d’un siècle d’instabilité attisée par les Européens, spécialement entre commerçants hollandais et portugais opérant le trafic d’esclaves pour fournir la main d’œuvre aux colonies portugaises du Nouveau monde découvert depuis 1492 sans oublier l’exploitation des richesses naturelles du pays, ou entre congrégations religieuses opposant les capucins italiens et espagnols aux jésuites, profitant de la rivalité au sein de l’aristocratie kongo.

A ce titre, on peut également présenter le règne de Nzinga Nkuvu comme de l’expression paradoxale de la confrontation vécue par les dirigeants africains entre le voeu de se moderniser grâce aux concours extérieurs tout en conservant l’identité nationale et les appétits malsains des nouveaux venus.

Noël Ntete

Continue Reading

Culture

LES BASHI

Peuple bantou, les Bashi (ou les Shi) vivent dans un espace dénommé traditionnellement le « Buchi », lequel constitue dans sa globalité le royaume du Mwami Kabare, couvrant pratiquement le Sud-Kivu actuel qui jadis, avant la colonisation, s’étendait au gré des conquêtes jusque dans le Rwanda, aux confins de Kigali. Actuellement, le Bushi s’étend sur les territoires de Kabare, de Walungu, l’île d’Idjwi.

Published

on

Les Shi sont majoritaires dans l’ensemble du Kivu, dont le nom vient du mot « civu », littéralement « engrais » pour désigner la fertilité du sol, enrichi par la bouse de la vache.

L’actuelle ville de Bukavu, chef-lieu de la province du Sud-Kivu, située au bord du lac Kivu, dans sa partie sud, tire son nom de « nkafu », la vache en mashi, car selon la légende, c’est à cet endroit que cette bête fit sa   première apparition.

Peuple guerrier et fier, il n’a jamais connu ni soumission, ni esclavage, le colonisateur ayant recouru à divers subterfuges pour le diviser afin de pouvoir l’administrer sans parvenir à  étouffer ses traditions. Le colonisateur diminua ainsi l’influence du Grand Mwami Kabare en aiguisant les appétits de certains princes en créant de toutes pièces d’autres chefferies telles celle de Ngweshe, Katana, Idjwi… Le coup fatal porté à l’unité du territoire original fut l’éloignement du Mwami Alexandre Kabare Rugemanisi durant trente six ans, au prétexte qu’il allait rencontrer le Roi des Belges. Le colonisateur le laissera végéter loin de son peuple à Léopoldville(Kinshasa) qu’il quitta en 1961 après l’indépendance.

Il faut noter que pendant toute la période de son éloignement, il n’y eut aucun battement de tamtam au Bushi.

Bref aperçu historique

Agro-pastoraux, les Shi vinrent du sud-est africain, paissant vaches, chèvres … entre le 15ème et le 16ème siècle. Ils finirent leur parcours migratoire en s’établissant à l’est de la RDC où ils avaient rencontré les pygmées (Batwa) qu’ils soumirent.

 Les vertes étendues qu’ils y trouvèrent firent qu’ils n’eurent plus besoin d’en bouger et s’y établirent définitivement pratiquant l’agriculture et l’élevage de leurs vaches (principale expression de la richesse des Shi) et autres chèvres, moutons, porcs, volailles…. Ils intègrent les pygmées dans certaines de leurs cérémonies ancestrales comme l’intronisation du Mwami ou ses obsèques tout en partageant leur savoir médicinal. Par contre, ils ne se mélangèrent pas.

La terre ainsi conquise, propriété du Mwami (Roi) est administrée au travers de grands notables de sa cour et qui lui rendent compte.

Si au quotidien, le Mushi (singulier de Bashi) s’occupe paisiblement de ses bêtes et de ses champs, il se trouve en réserve de la grande armée du Mwami. Celle-ci peut être instantanément levée au son du tambour royal, tellement strident qu’il s’entend à des lieues de la cour. Il est évident qu’il est relayé par d’autres, de loin en loin mettant ainsi toute l’armée en alerte.

Armés de leurs lances, arcs, haches, coutelas, gourdins et autres armes blanches, les membres de cette armée ainsi levée deviennent alors de redoutables guerriers, unis et sans pitié, l’ennemi ne trouvant son salut que dans la fuite ou la mansuétude du Mwami qui jusqu’à ce jour est une personne quasi sacrée, la plus respectée du Bushi et qu’il vaut mieux ne pas offenser aux yeux de son peuple.

Sur son territoire, coutumièrement, le Mwami agit par édits, après un conseil des sages. La justice est rendue en son nom et dans certains cas par lui-même. Ses décisions sont alors irrévocables. Il avait même le droit de vie et de mort sur ses sujets, fait atténué par la modernité, mais comme dit précédemment le délit de lèsemajesté peu encore mener loin, bien que les lois de la République  réserve du sexe, les filles étant généralement sous la coupe des garçons. 


Les enfants sont considérés comme une richesse car, ils sont autant de bras pour paître les vaches ou cultiver les champs. Les femmes sont tenues de s’entendre mais hiérarchisées selon l’ordre d’arrivée dans l’enclos. La famille peut s’étendre par le mariage qui se contracte généralement entre membres de clans différents. Il est alors scellé par la dot qui est constituée de vaches. Les chèvres servent essentiellement au festin qui est organisé lors du mariage. On boit le kasikisi, vin de banane. Les vaches sont quant à elles élevées et pourront servir de dot pour les garçons de la famille ou à sceller certaines amitiés ou à être offertes au Mwami.

La gastronomie

Le Shi se nourrit des produits de son élevage, notamment du lait de la vache, consommée de préférence sous la forme caillée (mashanza) avec la pâte de sorgho ou avec les patates douces. Le Shi mange aussi la viande de chèvre, du porc ou de la volaille, celle de la vache étant prise quand cette dernière devient improductive (vieillesse).

Il est à noter que la femme ne peut pas manger le poulet qui est réservé aux hommes. Les produits de l’agriculture consommés sont le sorgho,les taros, les ignames, les bananes (bisamungu), le manioc, les légumes sauf les feuilles de haricots dits bishagalo, ne faisant pas partie de son alimentation traditionnelle. Le Shi ne consomme par les animaux ou les insectes rampants. Mais peut manger les sauterelles. Il mange aussi le poisson pêché dans le lac Kivu.

Les arts

En dehors de la poterie et de la vannerie, tous les deux utilitaires (paniers, nattes, casseroles, plateaux…) le Shi ne sculpte ni ne peint. Cependant, il aime la danse et les chants guerriers lors de grandes cérémonies événementielles, accoutré de ses costumes et équipé de ses instruments de guerre.

 Les griots qui chantent la gloire des Bamis (Rois) ou les faits historiques importants du peuple Shi ou de certains clans s’accompagnent du « lulanga », sorte de harpe au son envoûtant. Ils peuvent ainsi vous transporter dans les lointains souvenirs pendant toute une nuit jusqu’à l’aube.

Religion et spiritualité

Les Shi sont monothéistes. Ils n’ont qu’un seul Dieu, Hangombe, maître du temps et de l’espace, le créateur. Cependant, ils pratiquent aussi le culte des ancêtres qu’ils vénèrent. Ils   leurs font des offrandes dans une petite hutte (Ngombe) construit à quelques pas de l’entrée de l’enclos familial, cérémonie qu’assure le chef de famille. Les ancêtres sont les intermédiaires entre le monde visible et le monde invisible et divin.

Habitat

 Dans les villages shi, les gens vivent dans des huttes faites de bambous et d’herbes retenues sur les bambous par des cordes tressées à base de cordelettes venant des écorces sèches du bananier. Elles sont groupées dans un enclos fermé où on trouve la hutte du père, celle des femmes et leurs enfants et d’autres plus grandes dans lesquelles sont gardées vaches et chèvres et autres animaux domestiques. Cet enclos est généralement entouré des bananeraies et des champs. Les pâturages sont des espaces verts destinés à cette fin, loin des villages où les pasteurs se rendent en groupe le matin et en reviennent au soir, dirigeants leurs bêtes avec des bâtons qui peuvent devenir des armes redoutables contre les pillards et autres agresseurs.

Vitho wa Vitho

Continue Reading

Culture

Musique: Les premières divas congolaises

Bien que la musique congolaise moderne soit largement dominée par les hommes, le timide apport féminin à son orée n’en reste pas moins appréciable. Qui sont-elles et quel est à ce jour l’héritage de ces premières chanteuses ?

Published

on

En réalité la domination reconnue aux hommes dans la musique n’est due qu’à leur présence sur les podiums et les disques. Car c’est de notoriété que la femme occupe un rôle majeur dans la musique qui occupe de tout temps une place de première importance dans la société congolaise : c’est bien elle qui rythme les berceuses chantées aux enfants, les travaux ménagers ou des champs et à chaque fois, c’est la voix douce de la femme qui caresse les tympans et apporte de la gaîté, sans oublier son talent naturel à esquisser des pas de danse aux sons de ses mélodies.

Bien que depuis les temps anciens, cette passion musicale soit bien ancrée dans les mœurs de la vie congolaise, et de vedettes ne pouvaient être comptées dans l’art d’Orphée en tant qu’animatrices dans les diverses cérémonies du quotidien, leur nombre reste toutefois limité dans la musique congolaise moderne.

  Il faut avouer qu’en dépit de l’engouement suscité par la musique, cet art ne dispose vraiment pas réciproquement de la considération sociale qui pousserait les individus à s’y lancer n’eut été la passion contenue en eux, les poussant à outrepasser les préjugés à son égard. Le métier est en effet estimé comme peu digne, la préférence étant accordé à un emploi dans l’administration. De plus, la réputation peu reluisante du musicien est une somme de qualificatif de débauché, de noctambule, de drogué au chanvre… Et donc si cette appréciation est portée sur l’homme comment cela ne le serait pas pour la femme. Toute femme évoluant dans ce milieu est, de surcroit, taxée de légère.

Cela n’a toutefois pas empêché certaines audacieuses à être happées par les sirènes de la musique et parmi celle alignée parmi  les pionniers de la musique congolaise, Lucie Eyenga est comptée sans aucun doute comme la seule cantatrice de la gente féminine. Elle a su tenir la dragée haute à des géants comme Wendo avec des tubes comme Nabanzaki, Bolingo ya biso ba la joie ou encore Dit Moninga ou Ah Baninga. Dans ses ritournelles, elle chante d’une voix aigüe l’amour, l’amitié…

A cette première vague, une autre génération entre en scène. Bien que toujours relativement mal jugée dans les mœurs et le respect social, la musique commence toutefois son essor avec l’émergence des vedettes masculines de renom comme Rochereau Tabu Ley, Franco, Gérard Madiata. Ceux-ci se démarquent relativement de la connotation négative accolée à cette profession. C’est également l’époque de l’émancipation de la femme encouragée à embrasser les carrières jusqu’alors réservées à l’homme. Elles sont recrutées dans la musique religieuse des chorales des églises, régulièrement sollicitées lors des cultes ou autres cérémonies comme les deuils.

C’est dans cette veine que l’on retrouve Etisomba, de son nom complet Antoinette Etisomba Lokindji. Elle se lance dans la pratique de la musique profane ou encore mondaine à partir de 1965. Grâce à une formation au Conservatoire de Kinshasa, ancêtre de l’Institut national des Arts (INA), elle maîtrise son don par la connaissance des règles de l’art.

Elle intègre l’orchestre Bamboula. A la suite d’un concours organisé par le ministère de la Culture, elle représente son pays au sein de ce groupe en tant qu’unique femme au Premier festival culturel d’Alger en 1969, avant d’effectuer plus tard des tournées dans l’ensemble de l’Afrique et en Europe, dans le milieu congolais ou non. Sa discographie comprend des titres comme «Imambekele » et « Tarame ». Son style se caractérise par un récital éclectique dans le genre tradi-moderne, des variétés afro-américaines sans oublier les chants religieux, interprétées d’une voix à la fois grave et chaleureuse. Témoignage de son succès, il lui sera décerné le surnom de « Myriam Makeba congolaise », immense icône africaine de l’époque, mondialement connue et reconnue. Elle décède en 2002 à Paris. Abeti Masikini, nom de scène d’Elisabeth Finant est une autre chanteuse de grande notoriété. Elle est née le 9 novembre 1954 à Kisangani, d’un père politicien (lire encadré). Elle débute sa carrière musicale en 1971 après avoir décroché la première place au concours « Découverte des jeunes talents ». Avec un répertoire des chansons inspirées des contes congolais et de la vie quotidienne, elle s’engage dans une musique traditionnelle exécutée en swahili, lingala, français dans des tournures africaines, mais également en anglais, avec une ambiance toujours marquée par la vivacité de sa danse.

Ses premiers succès sont « Mutoto wangu » et « Safari ». En 1973, à 19 ans, elle effectue un premier passage dans la mythique salle de l’Olympia à Paris. Elle y côtoie les grands du show business d’alors comme Mireille Matthieu, Mohammed Ali, Myriam Makeba, sans oublier le maître des lieux, Bruno Coquatrix. Pierre Cardin, couturier français de renommée mondiale, parraine son premier album. En Afrique, elle est une véritable star, grâce à l’accompagnement de son manager et mari, le Togolais Gérard Akueson où elle a su porter très haut l’étendard de la musique congolaise. Elle meurt le 28 septembre 1994.

 Mpongo Love, de son vrai nom Alfride M’Pongo Landu naquit à Boma dans le Kongo Central le 27 août 1956 et s’éteint à Kinshasa le 15 janvier 1990, à l’âge de 33 ans. Victime à l’âge de quatre ans, d’une succession de drames, elle est d’abord frappée d’une paralysie causée par une injection de pénicilline mal administrée et ne retrouvera que partiellement l’usage de ses deux jambes. Ensuite, elle est affectée la même année par le décès de son père survenu lors des soubresauts ayant secoué le pays au lendemain de son indépendance. (lire encadré) Elle évoquera d’ailleurs les déboires de cette vie tumultueuse dans une chanson à jamais mémorable « Mama na ngai » qui ne cessera d’émouvoir le grand public déjà fan de cette grande chanteuse qui a développé son talent au sein de la chorale paroissiale de NotreDame de Boma au moment de ses études primaires.

D’abord secrétaire de direction dans la société Districar du groupe de l’homme d’affaires Dokolo, Mpongo Love se lance dans la musique avec l’aide de son manager et arrangeur Empompo Loway, saxophoniste de l’orchestre African fiesta national de Tabu Ley Rochereau. Elle crée son propre orchestre, le Tcheke Tcheke Love.

Malgré son handicap physique, cette belle chanteuse enchaîne tube après tube avec sa voix aigüe, tantôt mélancolique, tantôt gaie mais toujours plaisante qui émerveille le public congolais puis celui de toute l’Afrique. Après « Pas possible Maty », son premier succès, viendront le tour de Mokili compliqué, Mama na ngai, dans lesquelles elle chante l’amour, la rivalité entre femmes pour un homme, la duplicité de l’homme en amour…

Quel héritage ?

Avec un nombre d’à peine quatre albums qui peuvent paraître dérisoire pour marquer de son empreinte dans un art, le legs des premières divas congolaises n’en reste pas moins appréciable sous divers angles. Par l’audace à braver les préjugés de la société qui se plaisait à confiner la femme dans le rôle de mère et de ménagère, sans pouvoir imaginer qu’elle pouvait affronter le public, elles ont su donner de la valeur à leur métier, y attirer d’autres personnes talentueuses, en prouvant qu’avec une formation musicale dans la maîtrise des règles de l’art, il est possible d’en cueillir les fruits au même titre que toute autre profession. Sur ce registre, Mpongo Love représente sans aucun doute un modèle de battante en raison de son handicap physique. Elles ont aussi valorisé la culture congolaise par la promotion des différentes langues locales utilisées dans leur chanson, sans oublier l’attention qu’elles ont su focaliser sur leur pays. Ainsi, Mbilia Mbel et Tshiala Mwana sont d’ailleurs deux témoignages remarquables de cet héritage. Toutes les deux viennent en effet de l’orchestre d’Abeti, la première comme danseuse et la seconde d’abord danseuse avant de devenir à son tour chanteuse. Toutes les deux ont su porter au plus haut l’étendard de la musique congolaise, au point où leur répertoire vieux de déjà trois bonnes décennies de présence sur le marché du disque n’a à ce jour pris aucune ride et n’est jamais absent lors des fêtes congolaises.

De nombreuses autres vocations verront également le jour grâce à elles, malheureusement parfois oubliées par l’usure du temps comme Vonga Ayé, Déesse, Jolie Deta alors que d’autres sont bien présentes aujourd’hui à l’instar de MJ30 ou encore Cindy et tant d’autres nouvelles prometteuses.

  On peut aussi se souvenir de l’existence dans les années 80 d’un orchestre exclusivement composé de femmes, le Taz Bolingo dont une duplication est en cours de production sous la dénomination de Bana Bakaji.

Néanmoins, si de leur vivant, elles ont pu se hisser à un certain seuil de gloire avec le soutien de leur mentor, toujours un homme, au point de pouvoir en inversant une phrase célèbre dire que derrière une grande dame se cache un grand homme, leur progéniture malgré leur tentative de perpétuer le nom de leur génitrice en hommage bien mérité n’y parvient qu’assez difficilement.

Puisse-t-elle accéder à ce vœu afin de confirmer une fois de plus que les œuvres de l’artiste ne meurent jamais.

Duo de vie

 Les à-côtés de la vie des vedettes attisent toujours la curiosité du grand public. La vie d’Abeti Masikini et Mpongo Love n’échappent pas à cette règle d’autant plus qu’elles ont dû malgré elles, vivre une partie de leur existence, avec de malheureuses similitudes dont l’histoire est seule à en détenir le secret.

Le père d’Abeti, Jean-Pierre Finant, partisan de Patrice-Emery Lumumba installé à Kisangani trouve la mort à Bakwanga (actuellement Mbuji-Mayi) en 1961, avec d’autres de ses compagnons, sauvagement assassinés par leurs ennemis.

Quant à Gilbert Pongo, le père de Mpongo Love est un militaire chargé de combattre les lumumbistes. Il est arrêté à Bukavu, puis transféré à Kisangani pour servir d’échange avec Lumumba emprisonné par le régime de Kinshasa. L’échec de l’opération d’échange des prisonniers conduira à leur mort.

Continue Reading

NOUS SOMMES AUSSI SUR FACEBOOK

Trending

WeCreativez WhatsApp Support
Notre rédaction est là pour répondre à toutes vos préoccupations. N'hésitez pas !
👋Bonjour, comment puis-je vous aider ?
error: Attention: Le contenu est protégé !