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Mobutu, 24 ans après De la dictature à la démocratie
Avec la chute du régime de Mobutu le 17 mai 1997, consécutivement à la prise du pouvoir par l’AFDL, la RDC a connu un tournant majeur de son histoire qui marque son passage de la dictature à la démocratie. 24 ans après, quelles sont les leçons à tirer de ce parcours ?
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5 ans agoon
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RedactionH
Depuis son accession à la magistrature suprême, le 24 novembre 1965, Mobutu a été l’incarnation de la dictature en RDC. Après les soubresauts au lendemain de l’indépendance du pays qui ont entrainé la mort ( Lumumba, Mulele…) ou le départ en exil (Laurent-Désiré Kabila, Gbenye…) des lumumbistes dans lesquels il est impliqué, sa marque est encore manifeste juste après les premières élections générales, législatives nationales et provinciales organisées à Léopoldville en 1965.
Malgré le triomphe du cartel de la Convention nationale congolaise (Conaco) de Moïse Tshombe qui les remporte largement avec un total de 122 élus sur 167, soit 73% des suffrages exprimés, avec une majorité absolue acquise à la chambre des représentants, un coup d’Etat militaire dirigé par le colonel Mobutu met un terme à l’installation de ce régime démocratique sous le prétexte du désordre causé par la classe politique constituée de 44 partis politiques.
Cet événement, intervenu le 24 novembre 1965 qui marque le début de la Deuxième République est le commencement d’une longue période dictatoriale au cours de laquelle Mobutu s’imposera par l’instauration du MPR, d’abord parti unique puis, Parti-Etat.
Le début de la fin
Malgré le caractère dictatorial de son régime, Mobutu doit gérer les frustrations des différents clans et sensibilités qui le composent. Sur le flanc militaire, il doit combattre le FLNC, d’anciens gendarmes katangais de l’époque de Moïse Tshombe réfugiés en Angola depuis la défaite de ce dernier sur la scène politique congolaise. A deux reprises, lors de Shaba I (ancienne appellation du Katanga) en 1977, puis de Shaba II en 1978, Mobutu a dû recourir à ses alliés pour sauver son régime. Il en est de même pour stopper les attaques de Laurent-Désiré Kabila de Moba I (1984) et Moba II (1985).
A l’interne, malgré l’autoritarisme du régime monolithique du MPR-Parti, 13 parlementaires, parmi lesquels Etienne Tshisekedi, prennent le risque de le défier. Ils lui adressent le 1er novembre 1980 une lettre ouverte pour lui signifier la nécessité de démocratiser le système politique afin de freiner la détérioration de la situation socio-économique du pays.
Entre ces mouvements de rébellion et la contestation interne non-violente, Mobutu réagit par l’appel à des puissances extérieures pour les premières et la répression pour les seconds sous forme d’arrestations, de bannissements, de sévices…
Le régime de Mobutu ne cesse de montrer des signes d’affaiblissement. En même temps, le combat pour la démocratisation du pays trouve un puissant allié dans le vent de la perestroïka consécutif à l’éclatement de l’Union des Républiques Socialistes Soviétiques (URSS) et parallèlement à ce contexte, la France, grande puissance, lie désormais à l’instigation de François Mitterrand l’aide publique aux pays africains à l’instauration du multipartisme à travers son discours de La Baule.
Mobutu est contraint de se plier à tous ces coups de boutoir. Le 24 avril 1990, les larmes aux yeux et plein d’émotions, Mobutu met fin au MPR, Parti-Etat. Celui-ci devient un fait privé et préconise la création de deux autres partis politiques au côté de ce dernier, l’existence de l’UDPS allant de soi parmi ceux-là afin de canaliser la nouvelle marche démocratique du pays.
S’ensuit une Conférence nationale souveraine au cours de laquelle les forces politiques favorables à Mobutu et celles de l’opposition tentent avec beaucoup de difficultés à démocratiser les institutions dans le cadre d’un « partage équilibré et équitable du pouvoir », selon l’expression consacrée. Etienne Tshisekedi est porté à plusieurs reprises à la tête du gouvernement et démis tout aussi régulièrement sous fond de rivalités entre pro-mobutistes et entre opposants.
ler six gouvernements du 24 avril 1990 au 31 décembre 1992, dont l’un d’Etienne Tshisekedi d’une durée de seulement trois jours !
Dans l’entretemps, la situation socio-économique ne fait que se dégrader. Le pays doit faire face à deux pillages, l’un en septembre 1991 et l’autre en janvier 1993. L’inflation valse à un rythme effréné de plus de 4.000% l’an avec même une pointe de 10.000% en 1994 !
Le régime de l’AFDL

Après trois ans de marche forcée d’Est en Ouest, le 17 mai 1997, Mobutu doit courber l’échine devant l’AFDL de Laurent-Désiré Kabila, après une ultime tentative de négociation ratée sur l’Outenika sous l’égide de Nelson Mandela. Cette prise du pouvoir sonne le glas des institutions du pays qui reprend son ancien nom de Congo. Laurent-Désiré Kabila promulgue un Décret-loi constitutionnel en lieu et place de l’Acte constitutionnel de la transition de 1994 qui avait donné naissance au Haut-Conseil de la République ( HCR-PT) au sein duquel se déroulaient les tractations politiques des différents clans.
Laurent-Désiré Kabila met alors en veilleuse les activités des forces politiques et une longue période de transition s’ouvre à nouveau, jalonnée de multiples rebellions sous le prétexte d’imposer davantage de démocratie confisquée. Consécutivement à des dissensions internes au sein de l’AFDL, le 2août 1998 éclate la rébellion du RCD, soutenue par le Rwanda et sera suivie de celle du MLC de Jean-Pierre Bemba, soutenue par l’Ouganda, tous deux anciens alliés de l’AFDL. D’autres mouvements rebelles suivront comme le M23, le CNDP et autres pendant qu’une opposition interne, dont l’UDPS, mène une lutte pacifique.
Sur ces entrefaites, Laurent-Désiré Kabila est assassiné le 16 janvier 2001. Aussitôt, Joseph Kabila lui succède. Il entame des négociations avec les parties belligérantes qui occupent le Nord-Est du pays. A l’issue de l’Accord global et inclusif négocié à Sun City, une formule inédite dite 1+4 est instaurée : le pays est dirigé par un président et 4 vice-présidents, soit une répartition entre le pouvoir de Kinshasa, l’opposition interne, les rebelles du RCD et du MLC. Cette paix des braves conduira à la promulgation, le 18 février 2006, de la Constitution de la IIIème République.
La IIIème République
La nouvelle Constitution organise les premières élections générales et pluralistes au suffrage universel pour un mandat de cinq ans. Le président de la République dispose de deux mandats non renouvelables. L’Assemblée nationale comprend 500 députés également élus au suffrage universel direct comme les députés provinciaux. Lors du premier cycle électoral (2006-2011), Joseph Kabila est élu président de la République en battant Jean-Pierre Bemba, alors que l’UDPS dirigé par Etienne Tshisekedi boycotte les suffrages. La proclamation des résultats entraîne des troubles de la part des partisans de Jean-Pierre Bemba qui les contestent.
A l’occasion du deuxième cycle électoral (2011-2016), Joseph Kabila rempile face à Etienne Tshisekedi qui réfute à son tour les conclusions des élections. Son parti représente toutefois la première force politique à l’Assemblée nationale avec 42 députés nationaux.
Cependant à l’approche du terme de ce deuxième cycle électoral, le pays est sous tension : Joseph Kabila, arrivé à la dernière possibilité de postulé, est soupçonné de vouloir se maintenir à la tête du pays. Malgré les efforts de l’opposition pour déjouer les manœuvres du pouvoir, un glissement devient inévitable par rapport au calendrier électoral fixé par la Constitution.
Afin d’obtenir un consensus entre parties prenantes, un gouvernement d’union nationale est mis en place à la tête duquel est nommé un Premier ministre provenant de l’opposition. L’Accord de la Cité de l’Union africaine qui en est le soubassement, abouti à la nomination de Samy Badibanga, étiqueté UDPS. Toutefois, en raison de la contestation de cette nomination, par ailleurs source de plusieurs manifestations violentes, la classe politique se réunit pour garantir davantage d’inclusion.
Sous la médiation de la conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO), en dépit de critiques inévitables, l’Accord de la Saint-Sylvestre est signé le 31 décembre 2016, portant à la primature, un autre opposant de l’UDPS, Bruno Tshibala. Après un report de deux ans, les élections se tiennent enfin le 30 décembre 2018 en dépit des multiples contestations sur son organisation, notamment l’utilisation de la machine à voter. Joseph Kabila ne brigue pas un troisième mandat tel que prévu par la Constitution. Son dauphin est battu. Félix Tshisekedi est élu le 10 janvier 2019, président de la République avec 38,57% des suffrages exprimés.
Il n’empêche, la famille politique de Joseph Kabila, le Front commun pour le Congo ( FCC) remporte le plus d’élus au sein de l’Assemblée nationale et de la plupart des assemblées provinciales. A lui seul, le FCC rafle 351 sièges à l’Assemblée nationale.
Devant les deux options qui se présentaient dans ce cas de figure, c’est-à-dire soit la cohabitation, soit la coalition, le choix porté sur cette dernière a de ce fait associé les 48 députés du Cap pour le changement (CACH ) de Tshisekedi à ceux du FCC.
Malheureusement, les nombreux couacs qui ont émaillé cette alliance, certains diront contre-nature, a finalement entraîné son rejet à la suite de larges consultations initiées par le président Tshisekedi en novembre 2020.
Dès lors, l’Union sacrée de la nation constituée d’une nouvelle majorité de 391 élus qui en a résulté, représente dans un certain sens l’expression d’une volonté à préserver le bon fonctionnement de la démocratie congolaise. Ses adhérents ont ainsi su faire preuve d’une capacité à transcender les visées partisanes au détriment de l’intérêt de la population et ce, en dépit des critiques formulées sur le non-respect des règles classiques du jeu démocratique.
Une maturation irréversible
Les enseignements des différentes péripéties de la vie politique congolaise indiquent clairement qu’au-delà des obstacles qui se dressent sur sa voie, la détermination de la consolidation de la démocratie est évidente. Le président Tshisekedi a fait part de ce constat dans son discours sur l’état de la nation de 2020 lorsqu’il déclare que « le processus de la maturation de notre démocratie est irréversible ».
24 ans après le départ de Mobutu, la marche démocratique déjà amorcée tant bien que mal sous son règne se caractérise ainsi par une constance : la récurrence de la versatilité des politiciens, mus pour la plupart par un appétit égoïste, les conduisent à des vagabondages les poussant à nouer des alliances pour les défaire avant d’en constituer d’autres.
Néanmoins, malgré la déception que cet état d’esprit peut occasionner auprès du souverain primaire, l’intérêt manifeste à l’égard de ce mode de gouvernance ne s’en démord pas, car son absence est souvent l’une des causes principales de manque de développement et de conflits socio-politiques avec leur lot de morts inutiles. L’espoir de voir la démocratie donner les fruits escomptés, réside de la sorte dans la maturité des électeurs à opérer les choix judicieux, élection après élection.
Noël NTETE
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Nation
RDC-Danemark (0-0) : un premier test rassurant, mais des réglages offensifs à trouver avant le Mondial
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16 heures agoon
juin 5, 2026By
La redactionPour son premier match de préparation à la Coupe du monde 2026, la République démocratique du Congo a tenu en échec le Danemark (0-0), mercredi 3 juin à Liège, en Belgique. Face à une sélection européenne réputée pour sa discipline tactique, les Léopards ont affiché de la solidité et de l’organisation, tout en révélant quelques limites dans l’animation offensive. Un deuxième rendez-vous est prévu le 9 juin en Espagne contre le Chili avant leur entrée en lice au Mondial.
Le résultat brut ne raconte pas tout de ce premier match de préparation. Certes, les Léopards n’ont pas trouvé le chemin des filets face au Danemark, mais ce match nul vierge constitue un premier enseignement encourageant dans la préparation de la RDC à sa première Coupe du monde depuis 1974. Face à une équipe danoise classée parmi les nations les plus compétitives d’Europe, les hommes de Sébastien Desabre ont démontré leur capacité à rivaliser dans l’intensité et l’organisation collective. Sur le plan défensif, les Congolais ont livré une prestation sérieuse. Le bloc est resté compact, limitant les espaces et contenant efficacement les offensives danoises. Si les Scandinaves se sont procuré quelques occasions dangereuses, notamment sur des frappes ayant trouvé les montants, la RDC a su faire preuve de solidité pour préserver sa cage inviolée.
L’autre motif de satisfaction réside dans la discipline tactique affichée durant les 90 minutes. Les Léopards n’ont jamais semblé dépassés malgré la qualité technique de leur adversaire. Cette capacité à rester organisés sera précieuse lors du Mondial, où ils devront affronter des sélections du calibre du Portugal et de la Colombie.
Le secteur offensif, seul véritable chantier
En revanche, l’animation offensive demeure un chantier ouvert. Cédric Bakambu s’est procuré l’une des meilleures occasions congolaises, mais l’efficacité dans le dernier geste a fait défaut. Tout au long de la rencontre, les transitions ont parfois manqué de vitesse et de précision, tandis que les derniers choix offensifs n’ont pas toujours été les plus judicieux. Plusieurs observateurs ont relevé un manque de percussion dans les trente derniers mètres, un aspect que le staff technique devra corriger rapidement afin de gagner en efficacité avant le début de la compétition.
Ce premier test avait justement pour objectif d’évaluer le niveau réel des Léopards face à une opposition européenne exigeante. De ce point de vue, la mission est accomplie. La RDC a démontré qu’elle possédait les ressources collectives nécessaires pour tenir tête à un adversaire mieux classé sur l’échiquier mondial, tout en identifiant les secteurs nécessitant encore des ajustements avant le grand rendez-vous américain.
Desabre satisfait et promet une montée en puissance
Après un début de rencontre marqué par une certaine prudence, les Léopards ont progressivement pris confiance et sont parvenus à mieux se projeter vers l’avant. Cette montée en puissance leur a permis de se créer plusieurs opportunités, dont la plus nette est venue de Cédric Bakambu. Bien servi dans la surface, l’attaquant du Betis Séville s’est retrouvé en excellente position, mais a buté sur le gardien danois, auteur d’une intervention décisive.
Pour le sélectionneur Sébastien Desabre, cette prestation reste néanmoins encourageante. Le technicien français estime que son équipe dispose encore d’une marge de progression avant l’échéance du 17 juin à Houston face au Portugal. « C’est un match qui s’est joué sur des détails. Nous aurions pu remporter la rencontre et nous avons également concédé quelques frappes lointaines qui auraient pu nous mettre en difficulté. Dans l’ensemble, il y a des choses à améliorer, bien évidemment. Nous avions choisi cette équipe du Danemark parce qu’elle est très athlétique, très dynamique et composée de joueurs évoluant dans des championnats de haut niveau. Au regard de l’intensité mise par les deux équipes, c’était un match de très bon niveau pour une rencontre amicale », a déclaré Sébastien Desabre en conférence de presse d’après-match.
Face au Chili, un test grandeur nature avant le Portugal
Après plusieurs incertitudes liées à des préoccupations sanitaires autour du virus Ebola, le match amical entre la RDC et le Chili, initialement prévu à Marbella, a finalement été délocalisé à Malaga, toujours en Espagne. Selon plusieurs sources, la rencontre devrait se disputer à huis clos afin de limiter les risques liés à l’affluence du public. Quelques jours auparavant, l’organisation du match avait été compromise par l’intervention des autorités locales espagnoles.
Dans un décret officiel, Juan Franco, maire de La Línea de la Concepción, commune andalouse située à proximité de Gibraltar, avait interdit la tenue de la rencontre dans sa municipalité. « Je viens de signer le décret par lequel n’est pas autorisée la tenue du match prévu le 9 juin prochain au stade municipal entre les sélections de la République démocratique du Congo et du Chili », avait-il déclaré dans un message audio diffusé par sa mairie.
Finalement maintenu dans une autre ville, ce duel face au Chili représentera un test particulièrement intéressant pour les Léopards. Il constituera notamment un point de comparaison indirect avec le Portugal, premier adversaire de la RDC au Mondial. En effet, la sélection chilienne doit affronter le Portugal le 6 juin dans le cadre de sa préparation. Cette confrontation permettra au staff congolais de disposer d’éléments de référence supplémentaires avant l’entrée en lice des Léopards, tout en évaluant leur niveau face à un adversaire qui aura lui-même croisé le fer avec les Portugais quelques jours auparavant.
Heshima Magazine
Nation
RDC : Après la « ville morte » du 3 juin, l’opposition est-elle toujours « ya pete » ?
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1 jour agoon
juin 4, 2026By
La redaction
La journée « ville morte » observée le 3 juin à Kinshasa, à l’appel de la coalition de l’opposition C64, a fortement ralenti les activités dans plusieurs quartiers de la capitale de la République démocratique du Congo (RDC). Entre commerces fermés, circulation réduite et présence sécuritaire renforcée, cette mobilisation apparaît comme un indicateur majeur de la capacité de l’opposition à peser dans le débat politique national autour de la question constitutionnelle. Et ce, alors qu’il y a un peu plus de trois ans, le président de la République, Félix Tshisekedi, qualifiait son opposition de « ya pete » (« molle » ou « faible » en lingala).
Kinshasa s’est réveillée au ralenti le mercredi 3 juin 2026. Dès les premières heures de la matinée, plusieurs artères habituellement animées ont présenté un visage inhabituel : peu de véhicules sur les routes, des marchés partiellement fermés, des écoles peu fréquentées et une activité économique visiblement réduite dans plusieurs communes de la capitale.
Cette journée de « ville morte » avait été décrétée par la Coalition Article 64 pour la défense de l’ordre constitutionnel (C64), formée autour de plusieurs leaders de l’opposition, notamment Martin Fayulu, Moïse Katumbi, Delly Sesanga et Matata Ponyo. Cette plateforme, créée en mai dernier, entend protester contre les initiatives perçues comme susceptibles d’ouvrir la voie à une révision de la Constitution et de permettre à Félix Tshisekedi de briguer un troisième mandat présidentiel. Contrairement aux marches populaires traditionnellement organisées par les forces politiques, les organisateurs ont privilégié une stratégie de retrait collectif, invitant les citoyens à rester chez eux et à suspendre leurs activités quotidiennes.
Les constats effectués dans plusieurs communes de Kinshasa ont révélé une adhésion variable, mais perceptible, au mot d’ordre. Dans certaines zones, la circulation est restée faible pendant une bonne partie de la matinée, tandis que les forces de sécurité ont été déployées de manière visible sur les principaux axes routiers. Les autorités, de leur côté, avaient appelé les fonctionnaires et les travailleurs à vaquer normalement à leurs occupations.
Retour du rapport de force entre pouvoir et opposition ?
Longtemps restée en retrait durant le premier mandat de Félix Tshisekedi, l’opposition semblait avoir perdu sa capacité de mobilisation populaire. L’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS) se vantait alors d’être la seule force politique capable de mobiliser les foules, comme elle le faisait lorsqu’elle était dans l’opposition. Depuis l’accession de Félix Tshisekedi au pouvoir en janvier 2019, les formations opposées au régime ont progressivement perdu de leur influence, notamment à Kinshasa, longtemps considérée comme un bastion de la contestation politique.
Fils de l’opposant historique Étienne Tshisekedi, le chef de l’État avait popularisé une formule devenue célèbre : « opposition ya pete ». Une opposition molle, faible, voire symbolique. Une manière de souligner le contraste avec l’opposition combative qu’avaient incarnée pendant plusieurs décennies l’UDPS et son leader emblématique. « En clair, entre cette opposition-là et l’opposition actuelle, il n’y a pas photo. C’est comme le jour et la nuit », analysait en 2023 l’éditorialiste José Nawej.
Convaincue de faire face à une « opposition ya pete », la majorité présidentielle a progressivement remis sur la table le débat sur la révision constitutionnelle et, selon ses détracteurs, la perspective d’un troisième mandat. Pourtant, les manifestations de janvier 2015 avaient déjà démontré qu’une rue kinoise en colère pouvait rapidement rebattre les cartes politiques.
L’organisation de la ville morte du 3 juin pourrait ainsi marquer un tournant dans le rapport de force. Pour de nombreux observateurs, l’enjeu dépassait largement la seule contestation institutionnelle. Cette journée constituait avant tout un test grandeur nature de la capacité de mobilisation d’une opposition longtemps sous-estimée par le pouvoir et qui cherche aujourd’hui à se repositionner dans le paysage politique congolais.
Une victoire pour l’opposition
Dans les rangs de l’opposition, le sentiment dominant est celui de la satisfaction. Le président du parti Envol, Delly Sesanga, a salué ce qu’il considère comme une réussite de la mobilisation, tout en adressant une critique à peine voilée au pouvoir. « À mains nues, nous l’avons plaqué au sol », a-t-il écrit sur sa page Facebook. Par cette formule, l’ancien député national entend souligner l’impact de l’appel lancé par la coalition C64 contre le projet de révision constitutionnelle qu’elle attribue au camp présidentiel.
Dans une autre déclaration, l’ancien député national Ados Ndombasi Banikina, président national du parti Alternative 2028 et membre cofondateur de la Coalition Article 64, a affirmé que cette journée avait été un succès et s’était déroulée dans le calme. Selon lui, la population a respecté les consignes de la coalition sans recourir à la violence, aux actes de vandalisme ou aux destructions de biens publics et privés. « Sans casser ni brûler les bus Transco, sans intimider les compatriotes, sans caillasser les véhicules des citoyens, sans brûler le siège d’un parti politique adverse, sans lapider les policiers ni piller les magasins, la population a observé les consignes de la Coalition Article 64 », a-t-il déclaré.
Pour ce responsable politique, cette mobilisation constitue une démonstration de maturité démocratique. Il a également appelé l’UDPS à tirer les leçons de cette journée, accusant certaines structures proches du parti présidentiel de promouvoir des méthodes violentes dans l’espace politique.
Le mot d’ordre semble passer…
Si l’opposition estime avoir démontré sa capacité d’influence auprès d’une partie importante de la population kinoise, le camp présidentiel minimise l’impact de l’opération et souligne la reprise progressive des activités au cours de la journée. Comme souvent dans les confrontations politiques, chaque camp revendique une lecture favorable des événements.
Au-delà des chiffres et des interprétations partisanes, la ville morte du 3 juin restera comme un moment révélateur de l’état du rapport de force politique en République démocratique du Congo. Pour l’opposition, elle représente une occasion de mesurer son ancrage populaire et sa capacité de mobilisation. Pour le pouvoir, elle constitue un baromètre de la portée réelle du discours contestataire.
Une chose est certaine : dans le débat sur l’avenir institutionnel du pays, cette journée aura servi de test politique dont les enseignements continueront d’alimenter les stratégies des différents acteurs dans les mois à venir. Il s’agissait d’un premier test majeur pour l’opposition congolaise, qui cherche désormais à imposer un rapport de force à Félix Tshisekedi, dont le mandat arrivera à échéance dans deux ans. Ses adversaires accusent déjà ses partisans de vouloir modifier la Constitution afin de lui permettre de demeurer à la tête du pays.
Heshima Magazine
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Assainissement de Kinshasa : les défis qui attendent le général Kasongo Kabwik à la tête de la Task Force
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5 jours agoon
juin 1, 2026By
La redaction
Face à la persistance de l’insalubrité dans la capitale congolaise, le président de la République, Félix Tshisekedi, a mis en place une Task Force spéciale pour accélérer les opérations de salubrité publique. Celle-ci sera coordonnée par le lieutenant-général Jean-Pierre Kasongo Kabwik, commandant du Service national, avec l’appui d’experts du gouvernement central et de l’Hôtel de Ville de Kinshasa. Après les résultats palpables obtenus à la tête du Service national, l’un des officiers les plus sollicités par le chef de l’État devra faire face à une montagne de défis. Heshima Magazine revient sur quelques-uns d’entre eux.
Sept ans après son arrivée au pouvoir, Félix Tshisekedi s’est montré particulièrement remonté face au statu quo qui prévaut à Kinshasa en matière d’insalubrité et d’embouteillages. Le samedi 23 mai, lors d’une tournée d’inspection de plusieurs chantiers dans la capitale, il n’a pas caché sa colère devant le même constat d’insalubrité. À l’étape du Marché central de Kinshasa, communément appelé « Zando », où il a pu mesurer l’ampleur des défis liés à l’assainissement et à l’état des espaces publics, le président de la République n’a pas mâché ses mots : « Toutes ces routes que l’on a réhabilitées devraient-elles rester dans cet état ? Gare à vous si je retrouve encore la même saleté que j’ai vue hier ! », s’est-il emporté en s’adressant au ministre provincial des Infrastructures, Alain Tshilungu.
Une semaine plus tard, la décision est tombée : la salubrité de la ville a été confiée à une Task Force placée sous l’autorité de la Présidence de la République et coordonnée par le général Jean-Pierre Kasongo Kabwik. L’annonce officielle de cette décision est intervenue le vendredi 29 mai, à l’issue du Conseil des ministres. À travers cette nomination stratégique, les autorités entendent impulser une nouvelle dynamique dans la gestion de la salubrité urbaine.
Une Task Force pluridisciplinaire sera prochainement déployée dans les quatre districts de Kinshasa. Placée sous l’autorité directe du président Tshisekedi et pilotée par le lieutenant-général Jean-Pierre Kasongo Kabwik, cette structure réunira des experts issus de plusieurs ministères, notamment ceux de l’Intérieur, de la Défense, de l’Urbanisme, de la Santé publique, de l’Environnement ainsi que des Infrastructures et Travaux publics, en collaboration avec l’Hôtel de Ville.
Le nouveau comité d’assainissement aura pour mission de coordonner toutes les opérations de nettoyage. Il veillera à la réhabilitation des espaces publics dégradés ainsi qu’à l’évacuation efficace des déchets. Par ailleurs, un accent particulier sera mis sur la sensibilisation de la population au respect des règles d’hygiène et de salubrité. À travers cette approche intégrée, les autorités entendent restaurer durablement la propreté et l’ordre urbain dans la capitale.
Des défis urbains massifs
Le général Kasongo hérite d’une situation fortement dégradée : accumulation de déchets, caniveaux obstrués, occupation anarchique de l’espace public dans plusieurs communes et embouteillages monstres. Face à ces défis, le lieutenant-général devra privilégier des solutions structurelles. Pourtant, dans sa qualité de coordonnateur de la Task Force, il aura toujours besoin de l’appui des autorités disposant du pouvoir de décision, notamment le gouvernement provincial. Connaissant sa détermination à mener à bien les missions qui lui sont confiées, comme il l’a démontré à la tête du Service national, le coordonnateur de la Task Force pourrait être amené à empiéter sur certaines compétences traditionnellement dévolues à la ville. Mais un analyste de la question voit les choses autrement : « Le général Kasongo Kabwik agira au nom d’une institution supérieure à la ville. Il interviendra au nom et pour le compte de la Présidence de la République, institution dont relève le Service national », explique-t-il.
Les écueils à surmonter
Kinshasa compte environ 17 millions d’habitants et souffre depuis des années d’un système de gestion des déchets défaillant. L’expérience du Service national, centrée sur des centres pilotes et la polyvalence de la main-d’œuvre, devra être adaptée à l’échelle de toute la ville. Un autre défi majeur réside dans la coordination interinstitutionnelle. La Task Force associe le gouvernement central et l’Hôtel de Ville. Sa réussite dépendra de la capacité du général à harmoniser l’action des différents services urbains, souvent confrontés à un manque de moyens et de coordination.
Moyens financiers et adhésion de la population
Dans le domaine de l’assainissement comme dans celui de l’encadrement des Kuluna, la communication est cruciale. Bien qu’il soit rompu à cet exercice, le général aura besoin d’être accompagné par une stratégie de communication adaptée à ses nouvelles responsabilités. Une mauvaise perception des opérations de nettoyage ou des éventuelles mesures de déguerpissement pourrait susciter des résistances au sein de la population. Les moyens logistiques et financiers devront également suivre afin de faciliter cette tâche titanesque dans une ville qui n’a plus bénéficié d’une véritable politique structurée de salubrité depuis la fin, en 2015, du Programme d’assainissement et de réhabilitation de la ville de Kinshasa (PARAU), mis en œuvre avec l’appui de l’Union européenne sous le gouvernorat d’André Kimbuta.
Un profil qui rassure
Nommé général-major en juillet 2020, Jean-Pierre Kasongo Kabwik dirige le Service national depuis juillet 2018. Il est reconnu pour avoir transformé de nombreux délinquants juvéniles, communément appelés « Kuluna », en véritables « bâtisseurs de la République » au centre pilote de Kaniama Kasese. Le président Tshisekedi avait d’ailleurs salué publiquement ce travail en février 2022, soulignant que ces jeunes produisent aujourd’hui du maïs, des bancs scolaires et d’autres biens utiles à la nation.
A lire aussi : https://heshimardc.net/v1/2022/05/09/comprendre-le-service-national-entretien-exclusif-de-jp-kasongo-kabwik/
À son arrivée à la tête du Service national, il avait relancé les activités avec des moyens limités, allant jusqu’à récupérer les pièces de trois tracteurs en panne afin d’en remettre un en état de fonctionnement. Il a également piloté le transfert de Kuluna vers Kaniama Kasese, une opération qui avait suscité des critiques de la part du ministre des Droits humains en 2021. Jean-Pierre Kasongo avait alors défendu cette initiative en mettant en avant les conditions d’encadrement des jeunes, leur alimentation, leur formation ainsi que leurs activités sportives.
Cette expérience démontre que le Service national est parti de presque rien en 2018 pour devenir un outil opérationnel reconnu. Toutefois, l’assainissement de Kinshasa représente un défi d’une tout autre ampleur. La Task Force devra mobiliser des engins adaptés, du personnel qualifié et un financement durable, au-delà de l’effet d’annonce.
La nomination de Jean-Pierre Kasongo traduit la volonté des autorités de donner une nouvelle impulsion à la lutte contre l’insalubrité, l’un des principaux défis urbains de Kinshasa. La réussite de cette opération reposera sur l’implication conjointe des institutions et de la population. À ce niveau, l’engagement citoyen demeure un levier essentiel pour garantir des résultats durables. Pour l’heure, les habitants attendent un calendrier d’actions précis ainsi que des moyens concrets capables de produire des changements visibles sur le terrain. Reste à savoir si le modèle de Kaniama Kasese pourra être transposé avec succès à l’échelle d’une mégapole aussi complexe que Kinshasa.
Heshima Magazine
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