Aux premières heures des indépendances, l’Afrique a vu ses figures de proue être tragiquement éliminées. Cette réalité a rattrapé d’autres dirigeants qui se sont montrés nationalistes ou panafricanistes. Retour sur certains leaders du continent physiquement éliminés.
L’Afrique a été confrontée à plusieurs difficultés dans sa marche vers son indépendance. Face au défi de reconstruire une stratégie d’opposition contre l’hégémonie des colons, d’élaborer des orientations pour une lutte d’ensemble, on ne part pas de rien. On peut beaucoup apprendre des succès et des échecs passés et il est indispensable de restituer les combats dans la longue durée. Avec des situations quasi similaires dans de nombreux pays d’Afrique, Heshima Magazine s’attarde un peu sur un facteur considéré comme un frein au rayonnement de l’Afrique, l’assassinat de ses leaders « nationalistes et progressistes» de premier plan.
Elle est donc longue, la liste qui répertorie les leaders et chefs d’Etats africains réduits au silence. L’histoire renseigne qu’ils sont au moins 28 chefs d’Etats qui ont perdu leur vie par assassinat alors qu’ils étaient encore en fonction. Mais parmi les assassinats devenus célébrissimes, l’on compte celui de Patrice Emery Lumumba, Thomas Sankara, Laurent-Désiré Kabila, Mouammar Kadhafi, etc.
De 1956 à 1962, les indépendances africaines ont été l’un des tournants de l’histoire du 20ème siècle. Jamais on n’avait vu au tant d’Etats accéder à la souveraineté nationale en si peu de temps. Mais, le revers de la médaille est saisissant. L’euphorie de l’indépendance n’aura été que de courte durée, dans beaucoup de jeunes pays « souverains ». De Lumumba à Kabila, en passant par Thomas Sankara, des ardeurs refroidies !
Bref historique de 3 leaders africains assassinés
Patrice Lumumba
Né au Congo Belge en 1925, Patrice Emery Lumumba est un héros de l’indépendance nationale de la République démocratique du Congo et de l’unité africaine. Principalement autodidacte, grand orateur et stratège politique, Lumumba entre en politique nationale par son élection le 10 octobre 1958 comme président du Mouvement national congolais (MNC). Il participe à la Première Conférence des peuples africains (Accra, décembre 1958), au premier Congrès des partis politiques congolais (avril 1959) et au premier Congrès du MNC (octobre 1959).
Arrêté par les autorités coloniales suite aux émeutes ayant suivi ce dernier congrès, il est libéré sous la pression unanime de tous les délégués congolais à la Table ronde belgo-congolaise de Bruxelles (février 1960), qui considèrent sa participation comme une condition sine qua non à la tenue des assises portant sur l’avenir du pays. Ce jour-là, le 30 juin 1960, Lumumba prononcera un discours qui traverse le fil du temps.
Né le 21 décembre 1949 à Yako (Nord de l’ex-Haute-Volta), Thomas Sankara a été formé militairement à Madagascar. En janvier 1983, à la faveur d’un coup d’Etat, il est nommé premier ministre. Une fois président de la République, Sankara change le nom de son pays et la Haute-Volta devient le Burkina Faso (pays des hommes intègres). Ses priorités : assainir les finances publiques, améliorer la situation sanitaire avec des grandes campagnes de vaccination et la construction de dispensaires par les habitants eux-mêmes, faciliter l’accès à l’éducation, développer l’agriculture, la production et l’artisanat local.
Ce jeudi 15 octobre 1987, avec son vêtement de sport, « l’homme intègre », comme il était appelé, se rend à un conseil des ministres extraordinaire. Après quatre années au pouvoir, il sera assassiné avec douze de ses compagnons lors d’un putsch qui laisse Blaise Compaoré seul au pouvoir. Les corps sont enterrés en catimini, dans une fosse commune creusée par des prisonniers réquisitionnés nuitamment pour la cause, au cimetière de Dagnoën, dans l’Est de la capitale, Ouagadougou.
Mouammar Kadhafi
Né le 7 juin 1942, Mouammar Khadafi est l’un des dirigeants, sinon le plus grand, ayant marqué l’histoire de la Lybie. La mort de Mouammar Kadhafi, guide de la révolution de la Jamarahiriya Arabe Libyenne et dirigeant de la Libye de 1969 à 2011, est survenue à Syrte le 20 octobre 2011, deux mois après la prise de pouvoir par le Conseil national de transition (CNT). Les circonstances exactes dans lesquelles il a été capturé, désarmé, torturé puis tué par des soldats du CNT restent confuses.
En janvier 2011, un mouvement de protestation populaire contraint le président tunisien Zine el-Abidine Ben Ali, au pouvoir depuis 1987, à quitter son pays pour l’Arabie Saoudite. Le mois suivant, Hosni Moubarak, président de l’Égypte depuis doit également abandonner le pouvoir face à la pression de la rue. Ces soulèvements populaires, qui ont lieu dans plusieurs pays du monde arabe pour la plupart des régimes autoritaires, sinon des dictatures , sont désignés sous le nom de « Printemps arabe » ou encore de la révolution du Jasmin, dans son pays de commencement, la Tunisie.
C’est ainsi qu’en février 2011, la Libye connaît à son tour une importante contestation, qui a pour but de garantir à la population plus de libertés et de démocratie, un meilleur respect des droits de l’homme, une meilleure répartition des richesses et l’arrêt de la corruption. Mouammar Kadhafi est alors au pouvoir depuis plus de 41 ans en tant que dirigeant de facto de la Jamahiriya arabe libyenne, ce qui fait de lui le chef d’État ou de gouvernement le plus ancien du monde arabe. Rapidement, il fait réprimer la révolte populaire par des tirs à balles réelles et des bombardements aériens. Le mouvement se transforme alors en une insurrection armée, puis en une guerre civile.
Pour protéger les populations civiles menacées par les violences commises par les troupes de Kadhafi, le Conseil de sécurité des Nations-Unies adopte en mars 2011 la résolution 1973, qui permet notamment l’établissement d’une zone d’exclusion aérienne en Libye. Au fil des mois, le régime doit faire face à une suite de défections et de défaites militaires. À la fin du mois d’août 2011, les insurgés entrent dans la capitale Tripoli, ce qui permet au Conseil national de transition (CNT) de s’installer au pouvoir. Mouammar Kadhafi, en fuite avec sa famille, continue à appeler au combat. En octobre 2011, la région de Syrte, dernier bastion tenu par ses partisans, est assiégée par les forces du CNT avec le soutien actif de la France. Et le guide libyen sera assassiné, son corps exhibé comme un trophée.
Kabila, un autre Lumumba
A 17 ans, il fait sa première apparition politique. Admirateur de Patrice Emery Lumumba, Laurent-Désiré Kabila avait promis à sa mère d’après plusieurs témoignages devenir un autre Lumumba. Et à 19 ans, le jeune homme fera sa première apparition politique dans les rangs des jeunes Lubakat du Katanga ayant montré une farouche résistance au sécessionniste Moïse Tshombe. Il était parmi ceux qui réclamaient le retour du Katanga en RDC, après la sécession. Et après le maquis et la prise du pouvoir plus tard, celui qu’on surnomme M’zee va faire montre d’un nationalisme intransigeant face aux Occidentaux, tissant des liens avec d’autres panafricanistes comme Mouammar Kadhafi.
Une quinzaine de migrants latino-américains expulsés des États-Unis ont été accueillis à Kinshasa, une première pour laRépublique démocratique du Congo (RDC). Le gouvernement congolais, pris dans une équation diplomatique sensible, s’appuie sur l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) pour gérer cette situation inédite et controversée.
L’arrivée, dans la nuit du 17 avril, de quinze migrants expulsés des États-Unis marque un tournant dans la politique migratoire impliquant la République démocratique du Congo (RDC). Ce groupe – composé notamment de ressortissants péruviens et équatoriens – a atterri à l’aéroport international de N’djili, à Kinshasa, après un vol en provenance du territoire américain. Il s’agit du premier contingent accueilli dans le cadre d’un dispositif américain controversé consistant à expulser des migrants vers des « pays tiers », souvent africains, avec lesquels Washington a conclu des accords discrets. Pour le moment, les premiers arrivants semblent en bonne santé. Ils ont été répartis dans différents appartements du complexe hôtelier Venus Village situé sur le Boulevard Lumumba, dans la commune de la N’Sele, dans l’Est de Kinshasa. Cette arrivée des premiers migrants crée déjà la controverse au pays. Le gouvernement, à travers le ministère de Communication et Médias, a affirmé que la prise en charge financière de ces personnes est assurée par les Etats-Unis. La Première ministre, Judith Suminwa a confirmé cette position, évoquant un service que la RDC rend aux Etats-Unis. « C’est un service que nous rendons aux États‑Unis, qui prennent en charge ces personnes sur notre territoire à travers l’OIM. Pour l’instant, nous collaborons avec les États‑Unis d’Amérique et l’Organisation internationale pour les migrations afin de recevoir ces migrants de manière temporaire, en attendant de leur trouver d’autres alternatives, notamment des pays d’accueil », a déclaré Judith Suminwa au journal Afrique de TV5 Monde le 18 avril. Mais face à ce défi inédit dans son format actuel, le gouvernement fait appel à cet organisme spécialisé pour la gestion de ces migrants.
Une gestion confiée en partie à l’OIM
Face à cette situation sensible, les autorités congolaises ont sollicité l’appui de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM). L’agence onusienne est chargée d’apporter une assistance humanitaire aux migrants et pourrait organiser, sur base volontaire, leur retour vers leurs pays d’origine. Mais l’OIM a tenu à préciser qu’elle ne joue aucun dans ce deal migratoire entre Kinshasa et Washington. L’organisation a signifié, le 20 avril, via son porte-parole, qu’elle « ne joue aucun rôle dans les accords bilatéraux tels que celui conclu entre la RDC et les États-Unis ». D’où, elle se réserve le droit de limiter, de refuser ou de suspendre son implication si les normes minimales de protection ne peuvent être garanties. « Les questions relatives aux termes ou au champ d’application de tout accord bilatéral doivent être adressées aux autorités gouvernementales compétentes », déclare l’OIM. Cette organisation internationale signale également que les questions liées au retour de ces migrants vers leurs pays d’origine relèvent de leur propre volonté.
Cependant, au-delà d’une assistance fondée sur les besoins et sur des évaluations individuelles, l’organisation dit qu’elle peut « proposer une aide au retour volontaire aux migrants qui en font la demande, conformément à son mandat et aux cadres juridiques applicables ». Cette agence de l’ONU chargée des migrations a néanmoins précisé qu’elle n’assiste que des retours « strictement volontaires », lesquels reposant « sur le libre consentement préalable et éclairé des personnes concernées ».
Selon des sources au sein du gouvernement, ces migrants ne sont pas destinés à rester durablement en RDC. Ils bénéficient d’un statut de séjour temporaire, le temps que leur situation soit examinée individuellement ou qu’une solution de rapatriement soit trouvée.
Un accord opaque et politiquement sensible
À Kinshasa, la gestion de ce dossier suscite malaise et interrogations. Ce deal migratoire entre le gouvernement congolais et les États-Unis n’a pas été rendu public dans ses détails, alimentant les critiques sur son opacité et sur les contreparties éventuelles pour la RDC. Des analystes y voient un geste diplomatique de la part du gouvernement congolais, dans un contexte de rapprochement avec Washington, notamment autour de partenariats stratégiques et sécuritaires.
Des inquiétudes sur les droits humains
Mais cette coopération n’est pas sans risque. La RDC, déjà confrontée à de graves défis socio-économiques et sécuritaires, doit désormais gérer l’accueil de migrants sans lien avec son territoire, dans des conditions logistiques et juridiques encore floues. Au-delà de la dimension politique, cette opération soulève des préoccupations sur le respect des droits des migrants. Certains d’entre eux auraient encore des procédures en cours aux États-Unis ou craindraient de retourner dans leur pays d’origine.
Au-delà de la dimension politique, cette opération soulève des préoccupations sur le respect des droits des migrants. Certains d’entre eux auraient encore des procédures en cours aux États-Unis ou craindraient de retourner dans leur pays d’origine. En RDC, certains experts des droits humains comme Venance Kalenga regrette que le pays prenne part à la politique de transfert forcé de ces demandeurs d’asile. D’après lui, il s’agit d’une violation des droits humains qui pourrait avoir des conséquences néfastes sur le droit international humanitaire. « La crainte est que les Etats-Unis qui sont un modèle en matière de protection des demandeurs d’asile puissent influencer les autres Etats à se comporter de la même manière. Notre pays, en acceptant de faire cela, viole le droit international humanitaire parce qu’il essaie de sous-traiter une question qui était soumise aux Etats-Unis. Il accepte ces demandeurs d’asile qui viennent dans un pays où ils ne sont pas sûrs de la protection », a-t-il déclaré au micro de Deutsche Welle.
Plus largement, les ONG dénoncent une externalisation des politiques migratoires américaines vers des pays aux capacités d’accueil limitées, dans des conditions souvent peu transparentes. Alors que d’autres arrivées sont envisagées dans les prochaines semaines, la RDC se retrouve en première ligne d’un dispositif migratoire international controversé. Kinshasa devra trouver un équilibre délicat pour éviter que cette coopération ne se transforme en fardeau durable.
Washington a décidé, le 2 mars 2026, de sanctionner l’armée rwandaise et plusieurs de ses hauts responsables pour leur soutien présumé aux rebelles de l’AFC/M23. Une décision qui pourrait rebattre les cartes diplomatiques et militaires dans l’Est de la République démocratique du Congo (RDC), où le conflit continue de déstabiliser la région. Ces sanctions peuvent-elles changer le cours de la guerre dans cette partie du pays ?
Les Forces de défense rwandaises (RDF) ainsi que quatre de leurs hauts responsables viennent d’être sanctionnées par l’Office de contrôle des avoirs étrangers (OFAC) du département du Trésor américain. D’après le communiqué publié le lundi 2 mars 2026, l’OFAC justifie ces sanctions par leur soutien à la rébellion de l’Alliance Fleuve Congo/Mouvement du 23 mars (AFC/M23), qui contrôle de vastes pans des provinces du Nord et du Sud-Kivu, dans l’est de la RDC.
Ces mesures incluent des restrictions financières et des pressions politiques visant à contraindre Kigali à cesser toute aide militaire et à retirer ses forces du territoire congolais. Les autorités américaines affirment vouloir faire respecter les accords de paix signés en juin puis en décembre 2025 entre Kinshasa et Kigali, qui prévoyaient notamment le retrait des troupes étrangères et la désescalade dans la région. Ces quatre hauts responsables rwandais ainsi que l’ensemble des Forces de défense rwandaises (RDF) sont placés sur sa liste des ressortissants spécialement désignés (SDN). Cette inscription signifie que les avoirs des personnes et de l’armée rwandaise qui relèvent de la juridiction américaine sont bloqués et que les ressortissants et entreprises américaines ne peuvent pas effectuer de transactions avec elles.
Parmi les individus sanctionnés, il y a Stanislas Gashugi, Ruki Karusisi, Mubarakh Muganga (alias « MK Mubarkh ») et Vincent Nyakarundi, tous basés à Kigali et accusés de contribuer à l’instabilité dans l’Est de la RDC. Le département du Trésor américain, à travers l’OFAC, a émis la General License 1 autorisant une période de démantèlement des transactions impliquant les RDF, afin de permettre une cessation ordonnée des engagements concernés. En d’autres termes, ce texte autorise, jusqu’à 00 heure 01′ le 1er avril 2026, les opérations « normalement accessoires et nécessaires » à la cessation progressive des transactions impliquant l’armée rwandaise ou toute entité dans laquelle elle détient, directement ou indirectement, au moins 50 %.
Toujours selon l’OFAC, les forces rwandaises soutiennent activement, entraînent et combattent aux côtés du M23, un groupe armé déjà sanctionné par les États-Unis et les Nations unies, responsable de violations des droits humains et d’une crise de déplacements massifs de population en RDC. Sur le terrain, la décision américaine pourrait modifier certains équilibres. Depuis plusieurs mois, le M23 s’est imposé comme l’un des groupes armés les plus puissants dans l’Est de la RDC, dans une région où opèrent une centaine de milices et où la crise humanitaire a déjà déplacé des millions de personnes.
En marge de la publication de ces sanctions, le secrétaire au Trésor des Etats-Unis, Scott Bessent, a exigé le « retrait immédiat des troupes, des armes et des équipements » des Forces de défense rwandaises (RDF) du territoire congolais. Selon le Trésor américain, ces mesures visent à accroître la pression sur Kigali afin de mettre fin à toute implication militaire présumée dans l’Est de la RDC, où l’insécurité persiste malgré les initiatives diplomatiques régionales et internationales.
Kinshasa salue les sanctions contre Kigali
Pour Kinshasa, ces sanctions représentent un signal politique important. Le ministère des Affaires étrangères de la RDC a salué la décision américaine, exprimant sa « profonde reconnaissance aux Etats-Unis ». De son côté, celui de la Communication et Médias y voit « un signal clair en faveur du respect de la souveraineté et de l’intégrité territoriale » de la RDC. Ces mesures confirment « la nécessité d’une cohérence entre les engagements diplomatiques et les réalités opérationnelles sur le terrain », note ce ministère dirigé par Patrick Muyaya. Kinshasa a aussi exprimé « sa profonde reconnaissance » aux États-Unis pour « leur implication constante » dans les efforts de paix dans la région des Grands lacs.
Pour sa part, le gouvernement rwandais rejette les accusations et estime que les sanctions présentent une lecture biaisée du conflit, tout en reprochant également à la RDC de ne pas respecter certains engagements du processus de paix. Le Rwanda dit également regretter des sanctions qu’il juge « unilatérales », estimant qu’elles « déforment les faits » du conflit et ciblent injustement « une seule partie » au processus de paix. Dans un communiqué publié le 2 mars, Kigali dit vouloir retirer ses troupes en RDC mais à condition que la RDC mette également en œuvre ses obligations. « Le Rwanda reste pleinement engagé à désengager ses forces en parallèle avec la mise en œuvre par la RDC de ses obligations », a déclaré Kigali dans ce communiqué. Il accuse en même temps Kinshasa de violer le cessez-le-feu.
Ces sanctions peuvent avoir quel impact ?
Si les autorités congolaises y voient une reconnaissance internationale de leurs accusations contre Kigali, l’impact de ces sanctions pourraient se montrer dans le temps. L’armée rwandaise dépend en majorité des subventions américaines et européennes. Ces sanctions pourraient faire perdre un budget militaire conséquent à l’armée rwandaise. Ce qui pourrait être un coup dur pour Kigali et obligé Paul Kagame à retirer ses troupes dans l’Est de la RDC. « Si le président Paul Kagame refuse d’obtempérer, la posture américaine actuelle dans le monde devrait le faire réfléchir. Le cas du Venezuela ou de l’Iran devrait traverser son esprit. », note un analyste de la région des Grands lacs.
Pour l’instant, les combats continuent sur plusieurs lignes de front dans l’Est du pays. Au Sud comme au Nord-Kivu, des lignes de front bougent dans un sens comme dans l’autre. Si Kigali persiste en maintenant ses troupes dans l’Est du pays, Washington a déjà prévenu. Le département d’État affirme que les États-Unis sont prêts à utiliser « tous les outils disponibles » pour s’assurer que la RDC et le Rwanda respectent les engagements pris dans le cadre des Accords de Washington.
Kinshasa espère que cette pression internationale affaiblira les capacités du M23 qui est armé par Kigali. Mais l’impact réel reste encore à observer sur le terrain. Entre pressions diplomatiques et rivalités régionales, les sanctions américaines pourraient peser sur l’évolution du conflit. Mais dans l’Est de la RDC, où les populations vivent depuis des décennies au rythme des affrontements, la paix dépendra surtout de la volonté réelle des acteurs à transformer ces décisions politiques en désescalade sur le terrain.
L’escalade militaire au Moyen-Orient après les frappes contre l’Iran suscite de vives inquiétudes sur le continent africain. Hausse des prix du pétrole, inflation et perturbations commerciales pourraient fragiliser davantage plusieurs économies déjà sous pression. Avec la fermeture du détroit d’Ormuz, l’envolée de prix du pétrole ne va pas épargner l’Afrique.
L’escalade militaire autour de l’Iran dépasse largement les frontières du Moyen-Orient. Hausse du prix du pétrole, perturbations commerciales et tensions économiques : plusieurs pays africains commencent déjà à ressentir les effets d’une crise susceptible de fragiliser davantage des économies encore convalescentes. La guerre en cours autour de l’Iran fait trembler les marchés mondiaux de l’énergie et ses effets commencent à se faire sentir bien au-delà du Moyen-Orient.
Depuis samedi 28 février, jour de l’annonce de la fermeture du détroit d’Ormuz où transite le tiers du pétrole mondial, le prix du baril flambe de 13%. Vendu en dessous de 70 dollars avant la crise iranienne, il est actuellement à plus de 80 dollars le baril. C’est la conséquence directe de la fermeture du détroit d’Ormuz où transite plus de 20% du pétrole mondial. Samedi, les Gardiens de la révolution iraniens avaient indiqué que cette voie était « de facto » fermée à la navigation, car dangereuse en raison des attaques américaines et israéliennes. Dimanche 1er mars 2026, la télévision d’État iranienne a annoncé qu’un pétrolier était en train de « couler » après avoir été frappé alors qu’il franchissait « illégalement » le détroit d’Ormuz, sans plus de précisions.
« Soixante navires » sous pavillon français ou qui appartiennent à des entreprises françaises sont bloqués « à l’intérieur du Golfe arabo-persique », a déclaré le délégué général d’Armateurs de France, Laurent Martens cité par France 24.
Face à cette crise, les analystes redoutent notamment une flambée durable du prix du pétrole, ressource stratégique pour de nombreux pays africains. Des projections démontrent que le prix du baril pourrait dépasser les 100 dollars si le conflit se prolonge ou si les routes maritimes sont perturbées.
Détroit d’Ormuz, un passage vital pour les navires pétroliers
Le détroit d’Ormuz est un passage stratégique par lequel transite près d’un cinquième du pétrole mondial. Toute interruption du trafic dans cette zone provoque un choc énergétique mondial et renchérit le coût des importations pour les pays africains fortement dépendants du carburant. Pour les économies africaines importatrices de pétrole, les conséquences pourraient être immédiates : hausse des prix du carburant, inflation et pression sur les finances publiques. Plusieurs experts estiment que la montée des prix de l’énergie se répercutera sur le coût du transport, de l’alimentation et des produits de base en Afrique. « Nos navires resteront à quai pendant plusieurs jours », a déclaré à Reuters un cadre supérieur d’une importante société de négoce. Environ 20 millions de barils de pétrole brut et d’autres carburants transitent quotidiennement par l’étroit détroit qui sépare l’Iran de la péninsule arabique.
Ce détroit est vital pour les exportations d’Arabie saoudite, d’Irak, du Koweït, du Qatar et d’Iran. Toute perturbation, ou même la simple menace d’une telle perturbation, provoque généralement une forte hausse des prix du pétrole et des coûts d’assurance maritime. Bien que l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis exploitent des oléoducs alternatifs contournant le détroit, les analystes soulignent que ces itinéraires ne peuvent absorber la totalité du volume de pétrole brut qui y transite habituellement.
L’histoire a déjà montré la sensibilité des marchés pétroliers aux conflits au Moyen-Orient. A titre d’exemple, pendant la guerre du Golfe (1990-1991), le prix du Brent a doublé, passant d’environ 15 dollars le baril en juillet 1990 à plus de 40 dollars en octobre, après l’invasion du Koweït par l’Irak. En revanche, lors de la guerre d’Irak de 2003, les prix ont connu une hausse moins marquée avant de se stabiliser une fois les craintes liées à l’approvisionnement apaisées. Depuis janvier, avec l’intensification des signes d’une possible confrontation entre les États-Unis et l’Iran, les marchés pétroliers ont connu une volatilité notable.
Le Nigéria, potentielle victime
La guerre pourrait affecter le Nigéria d’au moins quatre manières, notamment dans le secteur pétrolier. Alors que les États-Unis et Israël intensifient leurs actions militaires contre l’Iran, des analyses préviennent que les conséquences pourraient s’étendre bien au-delà du Moyen-Orient, avec des répercussions sur les marchés pétroliers mondiaux, l’inflation et le coût de la vie dans des pays comme le Nigeria.
Premier producteur de pétrole d’Afrique, le Nigéria traverse déjà une crise structurelle profonde caractérisée par une production historiquement basse (remontant à 1,5 million de barils/jour début 2026 contre 1,2 en 2022). Le pays connait des pénuries de carburant, une forte inflation et la dévaluation du Naira, la monnaie locale. Avec la crise en Iran, cette situation risque ne pas s’améliorer car le pays compense souvent ses pénuries par l’importation de l’or noir.
Dans ce contexte incertain, de nombreux gouvernements africains suivent de près l’évolution du conflit. Car si la guerre se prolonge, ses ondes de choc économiques pourraient atteindre rapidement les ménages africains, rappelant combien la stabilité du Moyen-Orient demeure étroitement liée à celle des économies du continent. D’ailleurs, en République Démocratique du Congo, le gouvernement remue ciel et terre pour compenser la hausse des prix du carburant en offrant un manque à gagner aux pétroliers. Une nouvelle hausse des prix à l’échelle internationale pourrait bien impacter les finances du pays déjà essoufflées par les dépenses sécuritaires liées à la guerre dans l’Est de la RDC.