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Journée mondiale de lutte contre la corruption : en RDC, l’IGF mobilise la jeunesse africaine

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L’Inspection générale des finances (IGF), en collaboration avec le Forum des inspections générales d’État et institutions de contrôle assimilées d’Afrique, organise, ce lundi 9 décembre 2024, à Kinshasa, une conférence commémorative de la journée internationale de lutte contre la corruption, célébrée chaque 9 décembre de l’année.

Placées sous le haut patronage du président de la République, Félix Tshisekedi, ces assises se déroulent sous le thème : « Mobiliser la jeunesse africaine dans la lutte contre la corruption pour des lendemains meilleurs ». Les délégations de plusieurs pays sont déjà présentes dans la capitale de la République Démocratique du Congo (RDC) pour prendre part à la conférence de ce jour.

Depuis quatre ans, l’Inspecteur général des finances, chef de service, Jules Alingete Key mène un combat sans merci contre la corruption en RDC. Depuis plus de deux ans, il associe la jeunesse congolaise à cette lutte acharnée contre ces antivaleurs qui empêchent le pays de prendre son envol sur le plan du développement. Pour cette conférence, l’IGF a associé le Forum des Inspections générales d’État d’Afrique et institutions assimilées (FIGE). Monsieur Hassan Issa Sultan, Inspecteur général d’État de la République de Djibouti, qui est également secrétaire exécutif du FIGE, est déjà à Kinshasa. Des délégations venues de la Côte d’Ivoire, du Mali et de la République du Congo sont également présentes pour participer à ces assises.

La RDC accueillera les assises du FIGE en 2026

Très impliquée dans la lutte contre la corruption, particulièrement après la redynamisation de l’IGF par le président Félix Tshisekedi, la RDC occupe le poste de vice-président au sein du FIGE. C’est à ce titre que le pays va abriter, en 2026, l’Assemblée générale de cette organisation panafricaine de lutte contre la corruption.

Créé en 2006 par les Inspections générales d’État de cinq pays africains notamment Djibouti, Burkina Faso, Tchad, Sénégal et Mauritanie, le FIGE est une association sous-régionale africaine qui regroupe, à ce jour, 24 États, représentés par leurs Institutions Supérieures de contrôle, ainsi que des partenaires techniques tels que l’Office Européen de Lutte Anti-Fraude (OLAF), la Direction Générale du Développement et Coopération de la Commission Européenne (AIDCO), et la Fondation pour le renforcement des capacités en Afrique (ACBF).

Les travaux du FIGE visent à développer les métiers de l’Inspection générale d’État, l’investigation, l’audit et l’évaluation des politiques publiques, ainsi que la mise en œuvre des normes professionnelles adaptées aux exigences de la modernité. Les rencontres du FIGE contribuent à la réflexion nécessaire sur les réformes à mettre en œuvre pour renforcer l’efficacité des institutions de contrôle. Ces fora permettent de promouvoir le partage d’expériences en matière de détection et de prévention de la corruption.

Associer la jeunesse dans la lutte

Ayant compris l’importance de la jeunesse dans le combat contre la corruption, l’IGF de la RDC associe systématiquement les jeunes dans la sensibilisation contre ce fléau. En avril dernier, l’Inspecteur général des finances, chef de service, Jules Alingete, avait appelé les jeunes Congolais à « barrer la route à la corruption, au détournement des deniers publics et à la fraude pour sauver la RDC, tout en se désolidarisant des tares du système de mauvaise gestion héritées des régimes et classes politiques qui se sont succédé à la tête du pays ».

Dans les locaux de cette structure de contrôle, des élèves et des étudiants participent à des séances de sensibilisation autour de ce thème.

Lors d’un forum organisé par le Rassemblement des leaders pour le développement (RALEAD), l’Inspecteur général des finances et chef des Brigades des provinces et entités territoriales décentralisées, Bitasimwa Bahi, avait affirmé que la corruption et le détournement des fonds sont un fléau en RDC, mais aussi à travers le monde. Pour lui, les organes anti-corruption, comme l’IGF, doivent effacer de l’esprit du gestionnaire du bien commun l’illusion d’être seul. « Les fonds de l’État doivent être utilisés pour le bien-être de la population, et nous devons retirer l’illusion d’être heureux seul dans un océan de misère autour de soi. C’est cette illusion qui amène à la corruption et au détournement », avait-il déclaré. Par cette occasion, cet Inspecteur général avait appelé à la sensibilisation des jeunes à l’implémentation de la bonne gouvernance, car ces jeunes sont les futurs gestionnaires des fonds publics.

4 ans de lutte contre la mauvaise gestion

Depuis sa nomination à la tête de ce service par le président Félix Tshisekedi, en juillet 2020, Jules Alingete ne cesse de mobiliser et de conscientiser les Congolaises et Congolais sur la nécessité de s’approprier la lutte contre la corruption et d’autres antivaleurs pour permettre l’émergence du pays. Le 20 septembre, lors d’un forum universitaire international sur la bonne gouvernance en Afrique, organisé à Pretoria, en Afrique du Sud, le patron de l’IGF avait présenté les résultats obtenus dans cette lutte depuis l’accession de Félix Tshisekedi à la magistrature suprême.

Plusieurs dossiers financiers ont été passés en revue grâce aux enquêtes menées par l’IGF. Parmi eux, figure le dossier du parc agro-industriel de Bukanga Lonzo, qui a coûté à l’État congolais 250 millions de dollars sans produire les résultats escomptés. L’IGF a révélé que plus de 105 millions de dollars n’étaient pas justifiés dans ce projet. Il y a également le contrat chinois signé entre le gouvernement congolais et un consortium d’entreprises chinoises, qui a été renégocié après un rapport d’enquête de l’IGF. Ce rapport avait établi un déséquilibre criant entre les intérêts de la RDC et ceux de la Chine. La renégociation a permis à la RDC de récupérer une enveloppe de 7 milliards de dollars.

Il y a plusieurs enquêtes menées dans le cadre de la patrouille financière au sein des entreprises du portefeuille de l’État, notamment à l’Office de gestion de fret multimodal (OGEFREM), à la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS), à la Société nationale d’assurance (SONAS), à la GECAMINES et tant d’autres. Le travail de redressement des finances publiques, qui s’est notamment caractérisé par l’annulation des exonérations fantaisistes accompagnées de l’encadrement des régies financières, a permis d’augmenter les recettes publiques. Le budget de l’État est passé de 4 milliards de dollars en 2019 à 17 milliards en 2024, soit une augmentation de 425 %.

Pendant ces quatre années de lutte contre la corruption, l’IGF a dénoncé plusieurs gestionnaires soupçonnés de détournement des fonds publics. Certains détourneurs ont été arrêtés et condamnés, tandis que d’autres ne sont pas encore inquiétés. Ce qui pose également un problème de justice au pays. Lors des travaux des états généraux de la justice, Jules Alingete avait souligné deux facteurs pour faire avancer la lutte contre la corruption et décourager le détournement des fonds publics en RDC. Il s’agit, premièrement, de la volonté politique clairement exprimée par le président Félix Tshisekedi, et deuxièmement, d’une bonne justice pour lutter contre ces détourneurs des fonds publics. Il a proposé la création d’un parquet financier pour disposer de magistrats outillés, capables de poursuivre les criminels économiques.

APLC, une lutte timide…

Créée sous le mandat du président de la République, Félix Tshisekedi, dans le but de renforcer la lutte contre la corruption, l’Agence de prévention et de lutte contre la corruption (APLC) peine à produire des résultats palpables. Lors du premier semestre de son existence, en 2021, cette agence avait publié un bilan de ses actions menées dans le cadre de sa mission. Aucune affaire n’était encore bouclée à l’époque parmi tous les dossiers que l’agence avait initiés devant les Cours et Tribunaux. Au total, 36 dossiers de détournement et de coulage des recettes étaient suivis par cette agence et tous ces dossiers sont restés pendants.

En 2022, cette agence avait décidé de travailler en synergie avec d’autres structures de lutte contre la corruption pour produire les résultats attendus. Il s’agit de l’IGF, de la Cellule nationale de renseignement financier (CENAREF), de la Cour des comptes ainsi que de l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives (ITIE). « Grâce au travail concerté de l’APLC avec l’IGF, l’ITIE, la CENAREF, la Cour des comptes et la société civile, la lutte contre la corruption produit ses fruits en RDC », avait déclaré en décembre 2022 Thierry Mbulamoko, coordonnateur de l’APLC.

De manière générale, le travail effectué ces quatre dernières années dans le domaine de la lutte contre la corruption a produit des résultats positifs. En février dernier, le patron de l’IGF, Jules Alingete, avait souligné l’amélioration de la position de la RDC dans l’Indice de perception de la corruption (IPC) de l’ONG Transparency International pour l’année 2023. Selon l’IGF, la RDC est passée de la 172e place en 2019 à la 162e en 2023, gagnant ainsi 10 places dans le classement mondial de l’IPC. Cette progression est attribuée à l’intensification des efforts anti-corruption déployés par l’IGF depuis l’accession de Félix Tshisekedi au pouvoir.

Heshima

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Croissance record en RDC : le paradoxe d’une richesse qui peine à réduire la pauvreté

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Avec l’une des plus fortes croissances économiques d’Afrique subsaharienne en 2025, la République démocratique du Congo (RDC) affiche des performances macroéconomiques impressionnantes. D’après le Fonds monétaire international (FMI), la RDC est en passe de devenir la cinquième économie de la région, devançant l’Ethiopie en termes de PIB. Pourtant, cette dynamique contraste avec une pauvreté toujours largement répandue, révélant les limites d’un modèle de croissance peu inclusif.

À première vue, les chiffres donnent le tournis : le pays a réalisé 5,5% de croissance, en baisse par rapport à 2024, mais qui reste supérieure à la moyenne d’Afrique subsaharienne chiffrée à 3,5%, d’après le dernier rapport de la Banque mondiale publié en mars 2026. Tirée par les exportations de cobalt et de cuivre, la République démocratique du Congo enregistre une croissance soutenue, saluée par les institutions financières internationales. Sur les tableaux des analystes, le pays apparaît comme une locomotive régionale, notamment au regard de son fort potentiel des ressources naturelles.

D’après les dernières projections du FMI publiées lors des Assemblées de printemps à Washington, la République démocratique du Congo devrait franchir un cap symbolique en 2026 en dépassant l’Éthiopie pour devenir la cinquième économie d’Afrique subsaharienne en termes de produit intérieur brut (PIB). Cette institution financière prévoit que le produit intérieur brut (PIB) de la RDC atteindra 123 milliards de dollars en 2026, contre 122 milliards pour l’Éthiopie. L’Afrique du Sud reste la première économie de la région, suivie du Nigeria, de l’Angola et du Kenya. Bien que l’écart d’un milliard de dollars reste marginal entre les deux pays, cela a été suffisant pour repositionner la RDC dans le cercle restreint de 5 économies d’Afrique sub-saharienne. La RDC profite notamment de la forte demande mondiale en métaux destinés aux batteries pour renflouer son économie et booster sa croissance.

Un paradoxe avec le vécu des Congolais  

Mais en RDC, cette embellie semble lointaine dans le vécu quotidien des Congolais. Dans les marchés populaires à Kinshasa, des Kinois jonglent avec des prix qui grimpent parfois plus vite que leurs revenus. « La vie est devenue plus dure », confie une mère de famille, entre deux clients. « On parle de croissance, mais nous, on ne la voit pas. » Ce sentiment est largement partagé dans la plupart des villes du pays, à Kinshasa en particulier où la majorité de la population vit de l’informel.

Malgré les milliards générés par le secteur minier, les retombées peinent à irriguer l’ensemble de l’économie. Les emplois créés restent insuffisants, souvent précaires, et concentrés dans des zones spécifiques. Dans les provinces, l’absence d’infrastructures de base – routes, hôpitaux, électricité, eau potable – freine toute dynamique de développement local.

Une croissance peu inclusive 

Le taux de croissance constaté s’explique par une demande mondiale élevée en minerais stratégiques, essentiels à la transition énergétique et aux technologies modernes. Sur le papier, les indicateurs sont au vert : augmentation du produit intérieur brut, afflux d’investissements étrangers et amélioration relative des réserves de change. Le pays confirme ainsi son statut de géant économique potentiel sur le continent. Mais derrière ces chiffres encourageants, la réalité sociale reste préoccupante. Une large partie de la population continue de vivre sous le seuil de pauvreté, avec un accès limité aux services de base tels que l’éducation, la santé, l’eau et l’électricité.

En 2022, environ 73% de la population de la RDC (soit 71,8 millions de personnes) vivait dans une pauvreté extrême, avec moins de 2,15 dollars par jour. En conséquence, environ un quart des personnes vivant dans l’extrême pauvreté dans les pays à faible revenu en Afrique en 2022 vivaient en RDC. En 2025, ces chiffres n’ont pas évolué dans le sens positif. D’après le rapport 2025 de la Banque mondiale, seuls 66% des Congolais en âge de travailler ont un emploi et plus de 81% de la population vit encore sous le seuil de pauvreté. Malgré ses richesses naturelles, une écrasante partie de la population de la RDC vit encore dans des conditions précaires, illustrant les limites d’un modèle de croissance peu inclusif.

Pour certains experts, le problème n’est pas tant la croissance que sa nature. « C’est une croissance extractive, peu redistributive », explique un économiste. C’est-à-dire, une richesse produite en grande partie par et pour un nombre limité d’acteurs, sans véritable effet d’entraînement sur le reste de la société. À cela s’ajoutent des défis bien connus : gouvernance fragile, corruption persistante, et insuffisance des investissements publics dans les secteurs sociaux. Résultat, les inégalités se creusent et la promesse d’un mieux-être collectif tarde à se concrétiser. La forte dépendance à l’industrie extractive, peu intensive en main-d’œuvre, limite l’impact de la croissance sur l’emploi. Parallèlement, la pression démographique accentue les tensions : des millions de jeunes arrivent chaque année sur le marché du travail, sans perspectives suffisantes.

Pourtant, des pistes existent. Diversifier l’économie, soutenir l’agriculture, investir dans l’éducation et la santé, ou encore renforcer la transparence dans la gestion des ressources naturelles : autant de leviers susceptibles de transformer la croissance en progrès tangible pour la population.D’après le rapport de l’Enquête sur les conditions de vie des ménages publié le 12 février 2026 à Kinshasa par l’Institut national de la statistique (INS), près de 68 % de la population vit toujours sous le seuil de pauvreté. Cela indique que plus de 64 millions de Congolais vivent avec moins de 5 000 francs congolais (2 dollars) par jour. Des provinces telles que le Kasaï, le Kwilu et le Tanganyika sont les plus durement touchées par cette extrême pauvreté.

Les causes éventuelles d’une pauvreté persistante  

La RDC, souvent décrite comme un « scandale géologique » en raison de l’abondance de ses ressources naturelles, reste confrontée à un taux de pauvreté parmi les plus élevés au monde. Cette situation paradoxale s’explique par plusieurs facteurs. D’abord, l’instabilité politique et les conflits armés récurrents dans l’est du pays fragilisent les structures économiques et sociales. Ensuite, les infrastructures insuffisantes telles que les routes, l’accès à l’électricité, les services de santé et d’éducation, limitent fortement les opportunités de développement, notamment en zones rurales où vit la majorité de la population.

Par ailleurs, la dépendance de l’économie congolaise à l’exploitation minière, souvent peu redistributive, accentue les inégalités. Si le secteur génère d’importants revenus, ceux-ci bénéficient encore trop peu aux populations locales. La corruption et la gouvernance défaillante sont également pointées du doigt comme des obstacles majeurs à une meilleure répartition des richesses. Face à ces défis, des initiatives émergent. Le gouvernement actuel, avec l’appui de partenaires internationaux, multiplie les programmes sociaux et les projets d’infrastructures. Des efforts sont également entrepris pour diversifier l’économie, notamment dans l’agriculture et l’entrepreneuriat local. Toutefois, les résultats restent encore limités au regard de l’ampleur des besoins.

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RDC-Ouganda : les dessous d’une collaboration sur fond de méfiance

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L’armée ougandaise (UPDF) a annoncé, fin mars 2026, son intention de se retirer de plusieurs positions dans le territoire de Lubero, au Nord-Kivu et jusqu’à Mahagi, en Ituri. Ce désengagement, confirmé par le chef d’état-major Muhoozi Kainerugaba, se fera, selon lui, en coordination avec Kinshasa, juste après le retrait des rebelles du M23 de la zone. Bien avant cette annonce qui, du reste, n’est pas officialisée, l’Ouganda voulait obtenir la démission du gouverneur militaire de l’Ituri. Une stratégie de pression sur Kinshasa qui interroge sur les véritables motivations de Kampala. Son intervention militaire aux côtés des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) dans la traque des rebelles ADF pourrait bien cacher d’autres motivations, essentiellement économiques.   

L’UPDF (Uganda People’s Defence Force) est déployée en Ituri, dans le nord-est de la RDC dans le cadre de l’opération Shujaa depuis fin 2021, collaborant avec les FARDC contre les rebelles ougandais de l’Alliance des forces démocratiques (ADF). Cette mutualisation FARDC-UPDF vise à neutraliser ce groupe armé qui a fait allégeance à l’Etat islamique. Ce groupe est présent en Ituri et au Nord-Kivu. Officiellement, il s’agit de combattre l’insécurité. Cependant, cette présence vise également à sécuriser les intérêts économiques ougandais (routes, or, bois et pétrole du lac Albert).

A ce jour, cette mutualisation des forces n’a pas permis d’arrêter les attaques des ADF contre des civils aussi bien en Ituri qu’au Nord-Kivu. Loin de renforcer la sécurité des Congolais et des Ougandais dans les zones frontalières, cette alliance semble avant tout servir les intérêts économiques ougandais, notamment en matière d’exportation d’or. 

Les chiffres d’exportation d’or explosent en Ouganda

L’Ouganda n’est pas un producteur massif d’or. Cependant, il enregistre des chiffres record sur l’exportation de ce minerai. Une croissance due à l’augmentation des prix mais surtout au trafic favorisé par l’instabilité de la région, principalement dans l’Est de la RDC. L’Ouganda a vu ses revenus d’exportation d’or atteindre des chiffres records. Selon la Banque d’Ouganda, en 2019, ces revenus s’élevaient à 1,26 milliard de dollars, les exportations d’or ont ensuite culminé à 2,3 milliards de dollars en 2023, puis à 3,3 milliards de dollars en 2024. D’après des prévisions pour 2025, ces revenus devraient atteindre 6,4 milliards de dollars. 

Cette croissance est principalement due à l’augmentation du prix de l’or, qui avoisinait l’année dernière 5.000 dollars l’once. L’or représente désormais 47% des revenus d’exportation de l’Ouganda, surpassant largement d’autres produits phares comme le café et le cacao. Malgré ces chiffres impressionnants, l’Ouganda n’est pas devenu un producteur massif d’or, note TV5 Monde. Lors d’un récent forum économique, le gouverneur adjoint de la Banque centrale ougandaise, Augustus Nuwagaba, a admis que l’or exporté par le pays pourrait ne pas provenir de ses propres mines. « Il se peut qu’il ne soit pas à nous », avait-il déclaré. Mais d’où vient l’or exporté par l’Ouganda ?

L’insécurité en RDC profite à l’économie ougandaise 

L’Ouganda profite du trafic d’or en provenance de pays voisins, notamment de la RDC. Riche en ressources aurifères, ce pays partage une frontière avec l’Ouganda dans des zones comme l’Ituri et le Nord-Kivu. Ces régions sont non seulement riches en or, mais aussi en proie à des conflits armés. Ce qui favorise le trafic de ce métal jaune notamment vers l’Ouganda. En Ituri, par exemple, l’or est très présent, particulièrement dans les territoires de Djugu, Mahagi et Mambasa, s’appuyant sur des gisements historiques (Kilo-Moto). Cette ressource, exploitée à la fois de manière artisanale et industrielle, alimente une économie de guerre contrôlée en partie par des groupes armés et réseaux criminels, générant d’importants flux financiers illicites. Selon l’étude d’une ONG anti-corruption, environ 95 % de l’or exporté depuis l’Ouganda est illicite.  

En état de siège depuis plus de 4 ans, la province de l’Ituri n’a pas toujours recouvré la paix totalement. Le gouverneur militaire, le lieutenant-général Johnny Luboya entretient des rapports tendus avec des trafiquants d’or. L’Ouganda également n’apprécie pas cet officier congolais. Le chef d’état-major de l’armée ougandaise, le général Muhoozi Kainerugaba ne cache pas son hostilité envers ce gouverneur militaire, appelant parfois à son arrestation sur les réseaux sociaux. L’Ouganda a même formulé une demande formelle pour solliciter son remplacement. D’après les informations révélées par Africa Intelligence, le pouvoir de Félix Tshisekedi a rejeté ces demandes de l’armée ougandaise, qui réclamait l’éviction de ce gouverneur militaire.

Sécuriser ses investissements pétroliers

En dehors du trafic d’or à son avantage, l’Ouganda vise aussi la sécurisation de ses intérêts économiques dans la région. Des intérêts qui empiètent sur la zone d’influence du voisin rwandais, estime le rapport d’un groupe d’experts de l’ONU publié en août 2024. En dehors des intérêts sécuritaires, le gouvernement ougandais se concentre sur la sécurisation de ses investissements pétroliers et le renforcement des réseaux commerciaux vers la RDC, où ses exportations formelles ont représenté en 2019 « 156 millions de dollars » et les exportations informelles, constituées en majorité de biens industriels, « 330 millions de dollars ».

Des accointances avec le M23 et la CRP

La collaboration militaire entre la RDC et l’Ouganda s’opère dans un climat de méfiance, avec des allégations de soutien de Kampala à d’autres groupes rebelles, comme le M23 mais aussi la Convention pour la révolution populaire (CRP) de Thomas Lubanga. Ce dernier s’est même exilé en Ouganda mais son groupe mène des combats contre l’armée congolaise en Ituri. L’Ouganda a joué un rôle discret mais documenté dans la résurgence du M23, en facilitant le retour de son chef militaire en RDC en 2017 et en servant de vivier de recrutement pour la rébellion, selon un rapport publié en avril 2026 par le Congo Research Group (CRG) et le Center on International Cooperation (CIC) de l’Université de New York. Ce document note également que des officiers de l’armée ougandaise (UPDF) ont également été signalés comme participant aux sessions de formation militaire dispensées aux recrues du M23 dans le camp de Tchanzu, en RDC, aux côtés d’officiers des Forces de défense rwandaises en 2021. Mais ce rapport ne précise pas la nature exacte des arrangements entre Kampala et le M23. Difficile de savoir si ces facilitations reflètent une politique délibérée de Kampala ou il s’agit simplement des initiatives individuelles de la part de certains officiers militaires ougandais.

Depuis le lancement de ces opérations dénommées « Shuuja » visant à neutraliser les ADF, les autorités congolaises et ougandaises affichent officiellement une volonté commune de restaurer la paix. Malgré des engagements répétés en faveur d’une coopération sécuritaire renforcée, les relations entre la République démocratique du Congo et l’Ouganda restent marquées par une profonde méfiance, notamment en ce qui concerne leurs opérations militaires conjointes dans l’est du pays. Malgré ce climat de méfiance, Kinshasa et Kampala poursuivent cette collaboration. Le 21 juin dernier, le président congolais Félix Tshisekedi avait reçu à la Cité de l’Union africaine, à Kinshasa, le général Muhoozi Kainerugaba, fils du président Yoweri Kaguta Museveni et chef d’état-major de l’armée. La veille de cette rencontre, le 20 juin, les responsables des armées de deux pays avaient signé un accord pour poursuivre leur opération militaire conjointe contre les rebelles ADF.

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RDC : comment le gouvernement compte utiliser les fonds de 1,25 milliard USD d’eurobonds ?

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La République démocratique du Congo a mobilisé 1,25 milliard de dollars sur les marchés financiers internationaux à travers une émission d’eurobonds le 9 avril 2026. Lors d’une conférence de presse tenue le 13 avril à Kinshasa, le ministre des Finances, Doudou Fwamba, a présenté les projets prioritaires à financer, dans un contexte de besoins urgents pour soutenir le développement économique et social du pays.

L’émission d’eurobonds réalisée par la République démocratique du Congo s’inscrit dans une stratégie de diversification des sources de financement. Selon le ministère des Finances, cette levée de fonds vise principalement à financer des projets d’infrastructures, notamment dans les transports et l’énergie, considérés comme des leviers essentiels de croissance. Près de la moitié des projets prévus dans ce financement concernent la ville de Kinshasa, capitale du pays, confrontée à une démographie galopante sans moyens de transport et autres infrastructures de base. Une partie de fonds levés vise à construire un nouveau terminal de 49 000 m² à l’aéroport de N’djili, capable d’accueillir 5 millions de passagers par an.

Quelque 300 kilomètres de routes sont également prévus, ainsi qu’une rocade de 31 kilomètres avec échangeurs et ponts. Les autres investissements visent le développement d’un réseau de lignes de transmission électrique de 330 KV permettant une connexion entre la Zambie et la « ceinture de cuivre » de la RDC, une centrale hydroélectrique de 64 mégawatts et des réseaux de distribution dans la province du Kasaï-Central.

Dans d’autres villes du pays, ces fonds vont également financer la création de centres de formation professionnelle précisément dans quatre villes. Il y a aussi la modernisation de la route entre la ville de Kisangani, chef-lieu de la province de la Tshopo, et Beni, dans la province du Nord-Kivu, longue de 750 kilomètres.

Des craintes sur la transparence de fonds persistent…

Si le gouvernement met en avant des investissements structurants, experts et institutions appellent à la transparence dans la gestion de ces fonds mais aussi à la prudence face aux risques de surendettement. D’après des analyses de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international, la RDC fait face à un déficit important en infrastructures, ce qui freine son développement économique. Les investissements dans les routes, les barrages et les réseaux électriques pourraient ainsi améliorer la connectivité et soutenir l’industrialisation, en particulier dans les zones minières. Mais la gestion de ces réalisations pose de doute quant à la transparence. « Nous voulons un témoin, le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), pour assurer le suivi de la gestion de ces ressources. Nous allons, pour la transparence, informer la population sur l’affectation du 1,25 milliard mobilisé. D’ici un an, nous inviterons les investisseurs à constater concrètement les réalisations. », a répondu Doudou Fwamba face aux craintes sur la transparence dans la gestion de ces fonds. Ces craintes sont exprimées suite à des précédents en Afrique subsaharienne qui montrent que l’absence de suivi rigoureux peut limiter l’impact réel de tels financements sur les conditions de vie des populations. La Banque africaine de développement (BAD) souligne, dans certains de ses rapports, que l’efficacité de la dépense publique reste un enjeu clé pour maximiser les retombées économiques.

Eurobonds, la RDC très crédible sur le marché ?

Le pays a accompli un pas de plus en accédant aux marchés internationaux des capitaux. C’est un moyen pour la RDC de diversifier ses sources de financements. Plusieurs facteurs ont joué pour la réussite de cette opération. Coordonnée notamment par la Rawbank au niveau de la région, cette opération d’eurobonds est la conséquence d’une discipline budgétaire observée ces derniers temps au pays.

Le faible niveau d’endettement public de la RDC a aussi pesé en faveur de Kinshasa dans les calculs des investisseurs. Kinshasa n’avait soumis que des demandes pour 1,25 milliard de dollars, mais a reçu des soumissions frôlant les 5 milliards de dollars. Le ministre des Finances justifie le refus du fonds supplémentaire par le fait que le gouvernement n’avait en main que des projets avec étude de faisabilité coutant le 1,25 milliard de dollars sollicité. « Nous ne pouvions pas accepter toutes ces soumissions. Nous n’avions que des projets avec des études de faisabilité pour le montant sollicité », a fait savoir le ministre des Finances qui s’est réjoui non pas du milliard reçu mais de la « crédibilité certifiée » que le pays a gagné dans ce processus. Doudou Fwamba célèbre donc la « reconnaissance des efforts » du président Félix Tshisekedi et l’entrée « très réussie » de la RDC dans la finance internationale.

Pour réussir cette opération, la Rawbank, première banque de la RDC, a agi aux côtés des leaders mondiaux tels que Citigroup et Standard Chartered Bank comme arrangeurs et coordinateurs des souscriptions au niveau global. « Nous sommes fiers d’avoir accompagné cette opération, qui ouvre la voie à de nouveaux financements internationaux, y compris pour les émetteurs non souverains », a déclaré Mustafa Rawji, directeur général de la Rawbank. Avec cet emprunt, le taux d’endettement du pays passe de 18,1 % à 19,5 % du PIB, un niveau toujours inférieur à celui de pays comme la Namibie, l’Angola ou le Kenya. Kinshasa prévoit de constituer des provisions annuelles pour son remboursement.

Si les 1,25 milliard de dollars d’eurobonds offrent à la République démocratique du Congo une opportunité d’accélérer son développement, leur réussite dépendra de la capacité du gouvernement à conjuguer discipline budgétaire, transparence et efficacité dans l’exécution des projets, sous le regard attentif des partenaires comme le Fonds monétaire international et la Banque mondiale.

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