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Conférence des gouverneurs en RDC : un accélérateur pour le développement local ?
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2 mois agoon
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La redaction
Organisée par rotation à travers les provinces, la conférence des gouverneurs s’impose depuis quelques années comme un levier pour dynamiser les infrastructures locales et rapprocher les décisions des réalités du terrain. Après le Lualaba qui a connu un boom dans les infrastructures avant l’accueil de la 11ème édition, c’est le tour du Kwilu de bénéficier de quelques infrastructures, notamment énergétiques. Le Kongo Central et le Kasaï Central sont désormais sur la même lancée.
La tenue tournante de la conférence des gouverneurs marque un tournant significatif dans la gouvernance territoriale en République démocratique du Congo. En rapprochant cet important cadre de concertation des différentes provinces, les autorités entendent mieux capter les besoins spécifiques de chaque entité et accélérer la mise en œuvre de projets structurants. Routes de desserte agricole, réseaux d’adduction d’eau, électrification rurale ou encore infrastructures sanitaires : autant de priorités qui émergent avec plus de clarté lorsque les discussions se tiennent au plus près des populations concernées. Cette approche favorise également une meilleure coordination entre le gouvernement central et les exécutifs provinciaux, souvent confrontés à des défis logistiques et financiers majeurs.
Au-delà de la symbolique, cette rotation permet aussi de mettre en lumière les potentialités économiques locales. Chaque province hôte devient une vitrine de ses atouts, attirant ainsi investisseurs et partenaires techniques. Les gouverneurs, quant à eux, disposent d’une plateforme renforcée pour plaider en faveur de projets concrets et urgents.
Kwilu et ses acquis en infrastructures…
Après des retards liés à la mise en place des lignes de distribution, le barrage hydroélectrique de Kakobola, dans la province du Kwilu, a été mis en service en marge de la 13ème session de la conférence des gouverneurs. Le président de la République, Félix Tshisekedi, a officiellement lancé, le 26 mars 2026, dans la ville de Kikwit, le réseau de distribution électrique relié à cette centrale. Ce réseau est destiné à alimenter, dans l’avenir, les provinces du Kwilu, Kwango et Maï-Ndombe.
Conçue pour une capacité totale de 10,5 MW (avec trois unités de 3,5 Mégawatts chacune), la centrale hydroélectrique de Kakobola va desservir 9 mille ménages dans un premier temps. Le projet, dont le coût est évalué à 55 millions de dollars, a été financé conjointement par EximBank et l’État congolais. Cette centrale est une infrastructure de génie civile, le premier et l’unique barrage à être construit dans cette province depuis la colonisation, note la presse présidentielle. Elle est située à 70 km au Sud-Est de la ville de Kikwit et à 790 km à l’Est de la ville de Kinshasa. Félix Tshisekedi, qui a pris pour habitude d’inaugurer des ouvrages en marge de la conférence des gouverneurs, tenait à voir cette centrale hydroélectrique terminée avant cet événement. D’après la presse présidentielle, la centrale hydroélectrique de Kakobola est non seulement un gage de « révolution énergétique » pour la province du Kwilu, elle vient surtout « changer la vie » d’environ 6 millions d’habitants en fournissant un accès stable à l’électricité à une contrée qui en a été longtemps privée. Avec la livraison des lignes de transport et de distribution, l’infrastructure permettra d’alimenter en électricité les villes de Kikwit, Idiofa et Gungu, ainsi que les missions catholiques de Totshi et Aten, et le village de Butshamba. Toutes ces localités sont situées dans la province du Kwilu. Mais l’électricité peut aller aussi dans le Maï-Ndombe et le Kwango.
En dehors du barrage de Kakobola, Kwilu a bénéficié d’autres infrastructures, notamment l’aéroport de Bandundu qui a vu sa piste être réfectionnée et élargie. Il y a eu également la construction du palais présidentiel, une salle aménagée pour recevoir la réunion du Conseil des ministres, le gouvernorat du Kwilu est aussi réhabilité.
Lualaba s’est transformé en 2025
Le 10 juin 2025, Kolwezi, chef-lieu de la province du Lualaba, s’est transformé en un carrefour national en accueillant la 12ème Conférence des Gouverneurs. Sous la houlette de la gouverneure Fifi Masuka, l’organisation de l’événement s’était distinguée par son efficacité. Kolwezi, dotée d’infrastructures modernes dont plusieurs ont été fraîchement inaugurées, a offert un cadre adapté à cette conférence de haut niveau. A Kolwezi, le président de la République avait inauguré en 2025 le Village des Congrès implanté sur 60 305 m². Cette infrastructure comprend une salle de congrès de 1 500 places, 34 bureaux, plusieurs salles de réunion, un motel et terrasses. Elle positionne Kolwezi comme un hub de conférences internationales sur les thèmes miniers, culturels et économiques. Il y a également une Salle polyvalente du Gouvernorat : bâtie sur 2 896 m². Avec une capacité de 1 500 places, elle répond à la demande d’un espace public moderne pour les grands événements institutionnels. Le président Félix Tshisekedi avait aussi coupé le ruban symbolique du nouveau bâtiment administratif du gouvernorat. D’une superficie de 4 827 m², composé de deux blocs (R+1 et R+2), ce bâtiment abrite 61 bureaux, salles de réunion, ascenseur. Objectif : améliorer l’efficience et la gouvernance publique dans cette province. La modernisation de l’Hôpital général de référence de Mwangeji, un bâtiment de la Commission électorale nationale indépendante (CENI), un centre moderne de niveau tertiaire de 200 lits, entièrement équipé pour les diagnostics spécialisés et interventions chirurgicales font partie des projets développés en marge de la conférence des gouverneurs.
La réalisation la plus emblématique, c’était la nouvelle aérogare de l’Aéroport international de Kolwezi. Construite selon les normes de l’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI), dotée de passerelles satellitaires, salons VIP, services domestiques et internationaux, cette aérogare symbolise l’ouverture de Kolwezi vers le monde et un effort vers la modernisation du transport aérien dans la région. Le vice‑Premier ministre, ministre des Transports et Voies de communication, Jean‑Pierre Bemba, avait salué son rôle dans la connectivité et le désenclavement du Lualaba. Ce membre du gouvernement avait même promis une homologation de cette infrastructure au rang des aéroports internationaux.
Il y a eu également des travaux routiers. Aux portes de Kolwezi, un échangeur routier a été construit sur fonds propres de la province. Une route asphaltée sur 2,5 km avec un séparateur en béton, deux ponts (58 m et 27 m), éclairage public et aménagement paysager, ce projet améliore sensiblement la circulation urbaine et la sécurité routière dans cette ville minière. Ce système de bretelles routières va renforcer la fluidité du trafic dans une ville appelée à recevoir touristes et hommes d’affaires. Il y a aussi l’Institut supérieur pédagogique de Kolwezi (ISP) inauguré en marge de la conférence des gouverneurs.
Le 15 juin 2025, la Première ministre Judith Suminwa avait inauguré deux ouvrages d’une importance capitale pour la province. Il s’agissait des ponts Ludi et Lufupa. Le pont Ludi est chargé d’histoire, car il a été détruit par dynamite en 1978 lors de la guerre de 80 jours à l’époque de feu Maréchal Mobutu. Depuis 48 ans, cette infrastructure n’avait plus été reconstruite. Il fallait attendre l’arrivée de Félix Tshisekedi à la tête du pays et de Fifi Masuka à la tête de la province pour voir ces ouvrages sortir de terre. « Aujourd’hui, avec ce pont, sur une portée de 35 mètres, les véhicules vont pouvoir passer sur deux bandes et rejoindre Dilolo. Donc, c’est un raccourci qu’on pourra avoir entre Dilolo, passer vers Kolwezi et continuer ensuite vers les autres territoires. Et je pense que c’est vraiment une bonne chose », avait expliqué Judith Suminwa, en marge de l’inauguration du pont Ludi. Grâce à l’influence liée à l’organisation de cette 12ème conférence, la province du Lualaba s’est vu transformée. Même si le chemin vers le développement reste encore long.
Après Kolwezi, Bandundu, Matadi et Kananga attendent…
Après la ville de Kolwezi, l’espace Grand Bandundu, plus précisément la ville de Bandundu, chef-lieu de la province du Kwilu, c’est désormais au tour de la ville de Matadi, chef-lieu de la province du Kongo Central, d’accueillir la 14ᵉ session de la Conférence des gouverneurs au mois de décembre 2026. Les autorités provinciales du Kongo Central intensifient déjà les travaux d’infrastructures pour améliorer l’image de la province et répondre aux enjeux de développement local. Le stade Lumumba, dans la ville de Matadi, est en cours de finition pour permettre son inauguration en décembre 2026. Parmi les projets prioritaires figurent également la modernisation des axes routiers stratégiques reliant les principaux quartiers de Matadi, ainsi que la réhabilitation des infrastructures d’accueil destinées aux délégations provinciales. Des travaux d’assainissement urbain ont également été lancés pour lutter contre l’insalubrité et fluidifier la circulation dans cette ville au relief escarpé.
Le Kongo Central connaît aussi d’importants travaux d’infrastructures routières, notamment la construction de la route Moanda–Yema (23 km), la modernisation de l’axe Manterne-Tshela-Singini (avec enrobés et drainage), et le projet de rocades à Kasangulu avec la pose de poutres du pont Mfuti, visant à désenclaver la région. Cet ouvrage de 120 mètres de portée recevra au total 28 travées de 45 tonnes chacune. L’organisation de la 14ème session de la conférence des gouverneurs à Matadi donne un coup d’accélérateur à ces projets de développement.
Matadi n’est pas la seule ville à s’apprêter. Lors de la clôture de la 13ème Conférence à Bandundu, le chef de l’État, Félix Tshisekedi, a annoncé également le lieu retenu pour la 15ᵉsession de cette conférence. Après l’édition de Matadi, au Kongo Central, il a jeté son dévolu sur la ville de Kananga, chef-lieu de la province du Kasaï Central, comme site devant accueillir ce rendez-vous annuel entre le gouvernement central et les responsables des institutions provinciales. Déjà à Kananga, les travaux d’un aéroport moderne évoluent à grand pas.
Assurer un suivi sur les recommandations liées aux infrastructures
A l’issue de la 13ème session de la conférence, plusieurs commissions ont formulé des recommandations. La Commission chargée de la reconstruction et des infrastructures a formulé 21 recommandations, notamment le réaménagement d’au moins 100 km de routes rurales dans chaque province, la construction ou la réhabilitation et l’équipement des camps en voie de spoliation dans toutes les provinces, l’accélération de la réhabilitation et de la construction des aéroports de Beni, Gemena, Lisala, Tshikapa et Lodja. Elle recommande également de construire ou d’aménager au moins deux aérodromes à vocation rurale dans les 26 provinces et de bitumer au moins 100 km de routes nationales par province afin d’améliorer la connectivité entre les routes nationales et les routes rurales. Pour améliorer le niveau d’exécution des recommandations, plusieurs perspectives ont été identifiées : renforcer les mécanismes de suivi et d’évaluation, améliorer la mobilisation et la prévisibilité des financements, et impliquer davantage les gouverneurs dans la mise en œuvre des projets structurants, notamment le Programme de développement local des 145 territoires.
Bien plus qu’un simple rendez-vous institutionnel, la Conférence des gouverneurs s’impose progressivement comme un catalyseur de développement pour les provinces congolaises. À l’approche de cet événement majeur, les exécutifs provinciaux redoublent d’efforts pour moderniser leurs infrastructures et améliorer les conditions d’accueil. En définitive, cette conférence des gouverneurs apparaît comme une opportunité rare pour impulser le développement local en RDC. Encore faut-il que cet élan dépasse le cadre événementiel pour s’ancrer dans une vision à long terme, au bénéfice de toutes les provinces.
Heshima
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Assainissement de Kinshasa : les défis qui attendent le général Kasongo Kabwik à la tête de la Task Force
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2 jours agoon
juin 1, 2026By
La redaction
Face à la persistance de l’insalubrité dans la capitale congolaise, le président de la République, Félix Tshisekedi, a mis en place une Task Force spéciale pour accélérer les opérations de salubrité publique. Celle-ci sera coordonnée par le lieutenant-général Jean-Pierre Kasongo Kabwik, commandant du Service national, avec l’appui d’experts du gouvernement central et de l’Hôtel de Ville de Kinshasa. Après les résultats palpables obtenus à la tête du Service national, l’un des officiers les plus sollicités par le chef de l’État devra faire face à une montagne de défis. Heshima Magazine revient sur quelques-uns d’entre eux.
Sept ans après son arrivée au pouvoir, Félix Tshisekedi s’est montré particulièrement remonté face au statu quo qui prévaut à Kinshasa en matière d’insalubrité et d’embouteillages. Le samedi 23 mai, lors d’une tournée d’inspection de plusieurs chantiers dans la capitale, il n’a pas caché sa colère devant le même constat d’insalubrité. À l’étape du Marché central de Kinshasa, communément appelé « Zando », où il a pu mesurer l’ampleur des défis liés à l’assainissement et à l’état des espaces publics, le président de la République n’a pas mâché ses mots : « Toutes ces routes que l’on a réhabilitées devraient-elles rester dans cet état ? Gare à vous si je retrouve encore la même saleté que j’ai vue hier ! », s’est-il emporté en s’adressant au ministre provincial des Infrastructures, Alain Tshilungu.
Une semaine plus tard, la décision est tombée : la salubrité de la ville a été confiée à une Task Force placée sous l’autorité de la Présidence de la République et coordonnée par le général Jean-Pierre Kasongo Kabwik. L’annonce officielle de cette décision est intervenue le vendredi 29 mai, à l’issue du Conseil des ministres. À travers cette nomination stratégique, les autorités entendent impulser une nouvelle dynamique dans la gestion de la salubrité urbaine.
Une Task Force pluridisciplinaire sera prochainement déployée dans les quatre districts de Kinshasa. Placée sous l’autorité directe du président Tshisekedi et pilotée par le lieutenant-général Jean-Pierre Kasongo Kabwik, cette structure réunira des experts issus de plusieurs ministères, notamment ceux de l’Intérieur, de la Défense, de l’Urbanisme, de la Santé publique, de l’Environnement ainsi que des Infrastructures et Travaux publics, en collaboration avec l’Hôtel de Ville.
Le nouveau comité d’assainissement aura pour mission de coordonner toutes les opérations de nettoyage. Il veillera à la réhabilitation des espaces publics dégradés ainsi qu’à l’évacuation efficace des déchets. Par ailleurs, un accent particulier sera mis sur la sensibilisation de la population au respect des règles d’hygiène et de salubrité. À travers cette approche intégrée, les autorités entendent restaurer durablement la propreté et l’ordre urbain dans la capitale.
Des défis urbains massifs
Le général Kasongo hérite d’une situation fortement dégradée : accumulation de déchets, caniveaux obstrués, occupation anarchique de l’espace public dans plusieurs communes et embouteillages monstres. Face à ces défis, le lieutenant-général devra privilégier des solutions structurelles. Pourtant, dans sa qualité de coordonnateur de la Task Force, il aura toujours besoin de l’appui des autorités disposant du pouvoir de décision, notamment le gouvernement provincial. Connaissant sa détermination à mener à bien les missions qui lui sont confiées, comme il l’a démontré à la tête du Service national, le coordonnateur de la Task Force pourrait être amené à empiéter sur certaines compétences traditionnellement dévolues à la ville. Mais un analyste de la question voit les choses autrement : « Le général Kasongo Kabwik agira au nom d’une institution supérieure à la ville. Il interviendra au nom et pour le compte de la Présidence de la République, institution dont relève le Service national », explique-t-il.
Les écueils à surmonter
Kinshasa compte environ 17 millions d’habitants et souffre depuis des années d’un système de gestion des déchets défaillant. L’expérience du Service national, centrée sur des centres pilotes et la polyvalence de la main-d’œuvre, devra être adaptée à l’échelle de toute la ville. Un autre défi majeur réside dans la coordination interinstitutionnelle. La Task Force associe le gouvernement central et l’Hôtel de Ville. Sa réussite dépendra de la capacité du général à harmoniser l’action des différents services urbains, souvent confrontés à un manque de moyens et de coordination.
Moyens financiers et adhésion de la population
Dans le domaine de l’assainissement comme dans celui de l’encadrement des Kuluna, la communication est cruciale. Bien qu’il soit rompu à cet exercice, le général aura besoin d’être accompagné par une stratégie de communication adaptée à ses nouvelles responsabilités. Une mauvaise perception des opérations de nettoyage ou des éventuelles mesures de déguerpissement pourrait susciter des résistances au sein de la population. Les moyens logistiques et financiers devront également suivre afin de faciliter cette tâche titanesque dans une ville qui n’a plus bénéficié d’une véritable politique structurée de salubrité depuis la fin, en 2015, du Programme d’assainissement et de réhabilitation de la ville de Kinshasa (PARAU), mis en œuvre avec l’appui de l’Union européenne sous le gouvernorat d’André Kimbuta.
Un profil qui rassure
Nommé général-major en juillet 2020, Jean-Pierre Kasongo Kabwik dirige le Service national depuis juillet 2018. Il est reconnu pour avoir transformé de nombreux délinquants juvéniles, communément appelés « Kuluna », en véritables « bâtisseurs de la République » au centre pilote de Kaniama Kasese. Le président Tshisekedi avait d’ailleurs salué publiquement ce travail en février 2022, soulignant que ces jeunes produisent aujourd’hui du maïs, des bancs scolaires et d’autres biens utiles à la nation.
A lire aussi : https://heshimardc.net/v1/2022/05/09/comprendre-le-service-national-entretien-exclusif-de-jp-kasongo-kabwik/
À son arrivée à la tête du Service national, il avait relancé les activités avec des moyens limités, allant jusqu’à récupérer les pièces de trois tracteurs en panne afin d’en remettre un en état de fonctionnement. Il a également piloté le transfert de Kuluna vers Kaniama Kasese, une opération qui avait suscité des critiques de la part du ministre des Droits humains en 2021. Jean-Pierre Kasongo avait alors défendu cette initiative en mettant en avant les conditions d’encadrement des jeunes, leur alimentation, leur formation ainsi que leurs activités sportives.
Cette expérience démontre que le Service national est parti de presque rien en 2018 pour devenir un outil opérationnel reconnu. Toutefois, l’assainissement de Kinshasa représente un défi d’une tout autre ampleur. La Task Force devra mobiliser des engins adaptés, du personnel qualifié et un financement durable, au-delà de l’effet d’annonce.
La nomination de Jean-Pierre Kasongo traduit la volonté des autorités de donner une nouvelle impulsion à la lutte contre l’insalubrité, l’un des principaux défis urbains de Kinshasa. La réussite de cette opération reposera sur l’implication conjointe des institutions et de la population. À ce niveau, l’engagement citoyen demeure un levier essentiel pour garantir des résultats durables. Pour l’heure, les habitants attendent un calendrier d’actions précis ainsi que des moyens concrets capables de produire des changements visibles sur le terrain. Reste à savoir si le modèle de Kaniama Kasese pourra être transposé avec succès à l’échelle d’une mégapole aussi complexe que Kinshasa.
Heshima Magazine
Nation
Kinshasa Kia Mona : le pari fou d’une nouvelle ville pour désengorger la capitale congolaise
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5 jours agoon
mai 29, 2026By
La redaction
Face à l’explosion démographique et aux embouteillages chroniques qui étouffent Kinshasa, les autorités congolaises ont lancé, depuis décembre 2025, « Kinshasa Kia Mona », un gigantesque projet d’extension urbaine à l’est de la capitale. Que sait-on réellement de ce mégaprojet inédit depuis l’indépendance ? Combien pourrait-il coûter à la République ? Tentative d’explication.
Kinshasa rêve plus grand. Beaucoup plus grand qu’on ne pouvait l’imaginer. Avec près de vingt millions d’habitants et une urbanisation galopante, la capitale congolaise suffoque sous le poids de sa propre croissance démographique. Embouteillages monstres, insuffisance des infrastructures, pénurie de logements et extension anarchique des quartiers périphériques illustrent les défis quotidiens auxquels sont confrontés les Kinois. Pour répondre à cette pression devenue difficilement maîtrisable, le gouvernement congolais a officiellement lancé le projet « Kinshasa Kia Mona », une nouvelle ville appelée à transformer durablement le paysage urbain de la mégapole.
Pourtant, au départ, le projet peinait à convaincre. Beaucoup d’initiatives similaires annoncées par le passé n’ont jamais véritablement vu le jour. C’est notamment le cas de Fatshi City, dévoilé en 2021. Porté par la société privée Bitec Consulting, ce projet ambitionnait de construire des cités modernes et connectées sur des sites militaires à Kinshasa et dans certaines provinces. Bien qu’approuvé par le président de la République, ce programme reste, à ce jour, largement inachevé.
Kinshasa Kia Mona, un projet à plus de 50 milliards USD
Cette fois, les autorités assurent vouloir passer à la vitesse supérieure. Kinshasa Kia Mona a été officiellement lancé en décembre 2025 par le président Félix Tshisekedi dans la commune de Maluku, à environ 45 kilomètres du centre-ville de Kinshasa. Estimé à plus de 50 milliards de dollars américains, le projet s’étendra sur près de 43 000 hectares. Il prévoit la construction de quartiers résidentiels modernes, de zones industrielles, d’infrastructures hospitalières, d’universités, de centres commerciaux ainsi que de vastes espaces verts.
Le site principal est situé à Menkao, dans la commune de Maluku. Le gouvernement congolais a également décidé d’intégrer une partie du groupement de Kingakati, près du parc de la Vallée de la N’sele, dans cette future ville.
À terme, Kinshasa Kia Mona pourrait accueillir jusqu’à cinq millions d’habitants. Son modèle de financement repose sur plusieurs mécanismes : partenariats public-privé (PPP), prêts bancaires, financements des banques de développement, modèles BOT (Build-Operate-Transfer), garanties foncières, levées de fonds et subventions publiques.
Au cœur du projet figure un vaste pôle industriel multisectoriel structuré autour de huit parcs spécialisés, allant des hautes technologies aux industries pharmaceutiques, en passant par la transformation agroalimentaire et l’économie circulaire.
Plus de 225 000 emplois annoncés
Selon les autorités congolaises, Kinshasa Kia Mona ambitionne également de devenir un puissant moteur économique. La première phase du projet prévoit notamment la construction d’une cité industrielle capable d’abriter jusqu’à 160 usines dès les premières années. À terme, plus de 225 000 emplois directs et indirects pourraient être créés, dont environ 30 000 dès la première phase du chantier. Les autorités présentent ce projet comme une réponse durable aux défis de l’urbanisation, mais aussi comme un symbole de modernisation et d’industrialisation de la RDC.
Cependant, plusieurs observateurs restent prudents. Certains experts s’interrogent sur la capacité réelle de l’État à financer durablement un projet aussi colossal dans un contexte marqué par les difficultés d’accès aux services de base dans plusieurs communes de Kinshasa. D’autres estiment que le succès de cette nouvelle ville dépendra surtout de la qualité des infrastructures routières, de l’accès à l’eau et à l’électricité, mais également de la transparence dans la gouvernance du projet.
Des entreprises chinoises privilégiées ?
La première pierre de la cité industrielle, portée par un consortium d’entreprises chinoises, a été posée en décembre 2025. Cette zone constitue la première phase de la gigantesque nouvelle ville.
Selon plusieurs sources, seuls 15 à 20 % des espaces industriels seraient ouverts à des investisseurs non chinois. Les projections sino-congolaises évoquent l’implantation de près d’un millier d’usines dans les cinq prochaines années.
Toutefois, les autorités congolaises assurent vouloir diversifier les partenaires. L’ancien ministre de l’Urbanisme et de l’Habitat, Alexis Gisaro Muvunyi, avait notamment précisé : « La Chine est peut-être entrée en premier dans la cité industrielle, mais cela ne représente qu’une petite partie des espaces à développer. Il y a de la place pour tout le monde. »
Dans cette logique, le coordinateur du projet, Thierry Katembwe, a multiplié les missions à l’étranger, notamment à Paris, à l’invitation du Medef. Selon plusieurs médias internationaux, ces démarches ont déjà permis la signature d’accords avec Dassault Systèmes, tandis que Bpifrance participe également au financement du projet. « Le projet n’est absolument pas uniquement chinois », a insisté Thierry Katembwe, évoquant également l’intérêt d’investisseurs américains, sud-africains, canadiens et congolais.
Un défi colossal
Derrière les ambitions affichées, le défi reste immense. Pour plusieurs urbanistes, la réussite de Kinshasa Kia Mona dépendra avant tout de la capacité des autorités à garantir la viabilité des infrastructures, la transparence des financements et l’accessibilité des logements pour les populations kinoises. Car Kinshasa traîne déjà une longue histoire de projets urbains ambitieux restés inachevés ou freinés par des difficultés de gouvernance.
Si cette nouvelle ville pourrait offrir un second souffle à une capitale saturée, un autre défi majeur demeure : celui du coût des logements. Leur accessibilité déterminera en grande partie la capacité réelle du projet à désengorger l’ancien centre-ville.
Avec Kinshasa Kia Mona, la RDC veut tourner une page et offrir à sa capitale un nouveau visage. Entre rêve futuriste et immense défi de réalisation, cette ville nouvelle pourrait devenir soit le symbole de la modernisation congolaise, soit rejoindre la longue liste des grands projets africains confrontés aux réalités du terrain. Une chose est sûre : à Kinshasa, l’avenir semble désormais se construire vers l’est.
Heshima Magazine
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Préparation chamboulée, supporters bloqués en RDC : quand Ebola perturbe le rêve mondialiste des Léopards
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6 jours agoon
mai 28, 2026By
La redaction
À quelques semaines de la Coupe du monde 2026, la résurgence du virus Ebola en République démocratique du Congo (RDC) bouleverse la préparation des Léopards. Entre restrictions sanitaires, stages annulés, refus de visas aux supporters congolais vivant au pays et inquiétudes internationales, la sélection congolaise voit son parcours vers le Mondial fragilisé par une nouvelle crise sanitaire.
La République démocratique du Congo vit une situation paradoxale. Alors que le pays célèbre sa qualification historique à la Coupe du monde 2026, une résurgence du virus Ebola menace aujourd’hui de perturber l’aventure des Léopards sur la scène internationale. Depuis plusieurs semaines, les autorités sanitaires congolaises et l’Organisation mondiale de la santé (OMS) alertent sur une flambée inquiétante de la souche Bundibugyo du virus Ebola dans l’est du pays. Selon l’OMS, la propagation de l’épidémie est désormais jugée « très élevée » au niveau national.
Jusqu’au 25 mai, 101 cas avaient été confirmés, dont 10 décès, en RDC, avec comme épicentre la zone de santé de Mongbwalu, dans le territoire de Djugu, en Ituri, au nord-est du pays. « Mais nous savons que l’épidémie en RDC est bien plus vaste. Il y a désormais plus de 900 cas suspects et 220 décès suspects », a précisé Tedros Adhanom Ghebreyesus, directeur général de l’OMS.
Une épidémie qui perturbe le rêve mondialiste des Léopards
Face à cette situation, les conséquences dépassent désormais le seul cadre sanitaire. Le football congolais, en pleine euphorie après sa qualification au Mondial, se retrouve directement affecté.
Les États-Unis ont imposé une période d’isolement aux joueurs avant leur entrée sur le sol américain. Une mesure qui suscite la polémique, d’autant plus que la totalité des joueurs convoqués par le sélectionneur Sébastien Desabre ne vivent pas en RDC. Leur dernier séjour au pays remonte au début du mois d’avril à Kinshasa, loin de l’épicentre actuel de l’épidémie, et avant même la déclaration officielle de la maladie, intervenue le 15 mai.
Malgré cela, les joueurs se conforment déjà au protocole sanitaire mis en place. Deux bulles sanitaires ont été organisées en Belgique. La première regroupe les joueurs et une partie du staff technique déjà présents en Europe. La seconde concerne les membres du staff arrivés de Kinshasa, notamment les entraîneurs adjoints ainsi que Dodo Landu, team manager de l’équipe nationale.
Stage de préparation annulé à Kinshasa
La Fédération congolaise de football (FECOFA) a dû annuler le stage de préparation prévu à Kinshasa, ainsi qu’une cérémonie officielle d’adieux aux supporters et de décoration des Léopards programmée le 26 mai dernier.
Les activités prévues dans la capitale, notamment une conférence de presse du sélectionneur Sébastien Desabre et une rencontre avec les supporters, ont été suspendues pour des raisons sanitaires. Les Léopards ont ainsi été contraints de délocaliser leur préparation en Belgique afin d’éviter d’éventuelles restrictions de voyage imposées par les autorités américaines.
Des supporters vivant au pays privés du Mondial
Les États-Unis, pays hôte du Mondial avec le Canada et le Mexique, ont renforcé les mesures de contrôle pour les voyageurs en provenance de la RDC, de l’Ouganda et du Soudan du Sud. Washington a notamment imposé une période d’isolement de 21 jours pour certaines personnes ayant séjourné dans les zones concernées. Or, les Léopards sont également portés par des supporters infatigables venus du pays. Plusieurs groupes de soutien aux fauves congolais ne pourront finalement pas se rendre à la Coupe du monde.
Le gouvernement congolais tente actuellement un difficile rattrapage diplomatique en vue du deuxième match des Léopards prévu à Guadalajara, au Mexique. Mais il sera compliqué pour les autorités mexicaines d’accorder des visas aux supporters congolais dans le contexte sanitaire actuel. Le supporter congolais Michel Kuka Mboladinga dit « Lumumba Vea », devenu célèbre lors de la CAN 2025 pour son hommage à Patrice Emery Lumumba, avait déjà manqué la finale des barrages intercontinentaux contre la Jamaïque, au Mexique, en raison d’un problème de visa.
Reste à savoir si ce dernier pourra bénéficier d’une exception cette fois-ci, malgré les restrictions prises par les États-Unis, le Canada et probablement le Mexique.
En RDC, des supporters entre fierté et inquiétude
Même si aucun scénario d’exclusion de la RDC du tournoi n’a été officiellement évoqué par la FIFA, l’inquiétude grandit autour de l’impact de cette crise sanitaire sur la participation congolaise. À Kinshasa, de nombreux supporters oscillent entre fierté de voir la RDC participer à sa première Coupe du monde moderne et inquiétude face à un virus qui menace de perturber ce rêve mondialiste. « Nous sommes déjà très fiers de notre qualification. Nous aurions dû vivre cette phase finale comme une fête. Mais malheureusement, les joueurs seront privés de la majorité de leurs supporters restés au pays. Le gouvernement devrait trouver un moyen de mobiliser les Congolais de la diaspora pour remplir les tribunes de Houston, aux États-Unis, lors du match RDC-Portugal », a déclaré Marcus Kitoto, un supporter rencontré à Kinshasa.
La FIFA affirme suivre la situation de près en collaboration avec les autorités sanitaires internationales et la FECOFA. Une possibilité de remboursement des billets est déjà évoquée pour certains Congolais qui s’étaient déjà procuré le précieux sésame.
Au-delà du football, cette crise sanitaire rappelle une réalité plus profonde : en RDC, les grandes ambitions nationales restent souvent confrontées à des défis sanitaires, sécuritaires et sociaux majeurs. Et à l’approche du Mondial 2026, les Léopards devront désormais livrer un double combat : celui du terrain et celui contre une épidémie qui menace de ternir le rêve de toute une nation.
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