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Église catholique en RDC : entre foi, politique et contre-pouvoir

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L’Église catholique en République démocratique du Congo (RDC) occupe une place singulière dans la vie spirituelle, sociale et politique du pays. Si son rôle de défenseur des droits humains et de médiatrice dans les crises est souvent salué, il est également sujet à débat. Certains estiment qu’en s’impliquant aussi activement dans les affaires politiques, l’Église dépasse ses prérogatives spirituelles pour endosser une posture proche de celle d’un parti d’opposition, soulevant des interrogations sur la pertinence de cette démarche.

Dans de nombreux pays du monde, l’église catholique se concentre davantage sur des questions éthiques et morales, limitant son intervention politique à des plaidoyers indirects ou à des conseils spirituels. En RDC, cependant, elle va bien au-delà. Par ses prises de position publiques, ses appels à la mobilisation et son rôle de médiatrice, elle s’implique directement dans la gestion des affaires publiques.

Cette implication soulève des critiques. Certains observateurs considèrent que l’église catholique, en adoptant une posture ouvertement critique vis-à-vis des régimes successifs, risque de se comporter comme une force politique concurrente. Elle prend souvent des positions qui, bien que justifiées moralement, donnent l’impression qu’elle agit comme un parti d’opposition. Cette situation brouille la ligne entre son rôle spirituel et son rôle politique, exposant ses leaders à des accusations de partialité.

« À César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu »

Cette critique trouve écho dans les Évangiles, notamment dans la célèbre phrase de Jésus : « À César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu » (Matthieu 22:21). Ce passage, souvent cité dans les débats sur la séparation entre l’Église et l’État, enseigne une distinction claire entre les domaines spirituel et temporel. Jésus répondait à une question piège sur le paiement des impôts à l’autorité romaine. En affirmant que les fidèles doivent respecter leurs obligations civiles tout en restant fidèles à Dieu, il soulignait la nécessité de respecter les sphères respectives de la politique et de la religion.

Appliquée au contexte de la RDC, cette maxime pourrait inviter l’église catholique à recentrer son action sur ses missions spirituelles et sociales, tout en laissant les affaires strictement politiques aux acteurs institutionnels et à la société civile. Son rôle ne devrait pas être de se substituer à l’État ou de devenir un acteur politique de premier plan, mais plutôt de jouer un rôle de guide moral, en inspirant des valeurs de justice et de paix sans franchir les limites de son mandat spirituel.

Une influence légitime, mais des dérives possibles

L’argument selon lequel l’église devrait se limiter à un rôle spirituel repose sur plusieurs éléments. D’abord, son implication politique peut miner sa crédibilité en tant qu’autorité morale neutre. Lorsque qu’elle prend des positions tranchées ou semble s’aligner avec certains camps politiques, elle risque de diviser ses fidèles, qui ne partagent pas nécessairement les mêmes opinions politiques.

Ensuite, en se positionnant comme un contre-pouvoir systématique, elle donne l’impression qu’elle cherche à combler un vide institutionnel, ou à prendre la place de l’opposition qu’elle juge faible, ce qui peut la détourner de ses missions premières. En RDC, cette situation est exacerbée par la faiblesse des institutions étatiques, qui pousse souvent l’église catholique à intervenir là où l’État échoue. Toutefois, ce rôle de substitution ne devrait pas l’amener à adopter des pratiques qui rappellent celles d’un parti politique.

Enfin, cette posture peut être perçue comme une contradiction avec l’enseignement biblique. Jésus lui-même n’a pas cherché à défier directement les autorités romaines ou à s’immiscer dans la gouvernance politique de son époque, préférant prêcher un message de transformation intérieure et spirituelle.

Engagée dans un contexte particulier

Dans un pays marqué par des décennies de mauvaise gouvernance, de conflits armés et d’institutions fragiles, l’église a souvent été perçue comme l’un des rares acteurs capables de représenter les intérêts du peuple. Son engagement trouve sa légitimité dans sa proximité avec les communautés locales et dans l’absence d’une société civile suffisamment forte pour tenir tête aux régimes autoritaires.

Ainsi, si elle dépasse parfois son rôle spirituel, elle répond aussi à un vide institutionnel qui la contraint à assumer des responsabilités exceptionnelles. Toutefois, ce pragmatisme ne doit pas servir de justification pour une implication politique systématique ou prolongée. Le risque est qu’elle perde sa singularité et sa mission universelle en devenant un acteur parmi d’autres dans l’arène politique.

Alliances stratégiques avec l’opposition politique

Un aspect marquant de l’engagement de l’église catholique en RDC réside dans ses relations complexes avec l’opposition politique. Depuis les années Mobutu, l’église a souvent été perçue comme une alliée indirecte de l’opposition, jouant un rôle de relais lorsqu’elle peinait à mobiliser la population.

Ce soutien s’est illustré de manière saisissante sous le régime de Joseph Kabila, notamment lors des tentatives de modification de la constitution vers la fin de son mandat. Face à une opposition fragmentée et souvent à bout de souffle, l’église catholique a pris les devants en organisant des manifestations pacifiques tous les dimanches après les messes, appelant les fidèles à défendre les principes de justice et de respect de la Constitution.

Cette mobilisation massive, orchestrée avec une discipline remarquable, a exercé une pression considérable sur le régime, le forçant à renoncer au projet controversé de modification de la Constitution dans le but de maintenir Joseph kabila au pouvoir. Ce rôle actif a contribué à créer les conditions qui ont permis l’alternance politique et l’arrivée d’un opposant, Félix Tshisekedi, à la présidence.

Cependant, loin de s’aligner sur ce dernier après son accession au pouvoir, l’église catholique a maintenu sa posture critique, notamment en s’opposant à de nouvelles initiatives perçues comme contraires à l’intérêt général, telles que le changement de la constitution.

Cette dynamique illustre la capacité de l’église à jouer un rôle d’équilibriste, entre soutien circonstanciel à l’opposition et vigilance permanente vis-à-vis du pouvoir en place. En agissant comme un véritable contre-pouvoir, elle met en lumière la faiblesse structurelle de l’opposition politique en RDC, tout en affirmant son engagement en faveur d’une gouvernance plus éthique et transparente.

Implication politique marquante

L’un des épisodes les plus emblématiques de l’implication politique de l’église catholique en RDC est la Conférence nationale souveraine (CNS) tenue entre 1991 et 1992. Elle est d’abord présidée un court moment par Kalonji Mutambai wa Pasteur Kabongo.

Sous la direction du cardinal Laurent Monsengwo, cette assemblée avait pour objectif de poser les bases d’une transition démocratique dans un pays alors gouverné d’une main de fer par Mobutu Sese Seko. En présidant cette conférence, Monsengwo n’a pas seulement assumé un rôle spirituel, mais s’est positionné comme un acteur clé du processus politique, jouant un rôle pivot dans la redéfinition des institutions du pays. La CNS a permis l’adoption d’une nouvelle constitution et la création d’un gouvernement de transition, bien que ses résultats aient été limités par les manœuvres dilatoires du régime de Mobutu.

Un autre exemple de l’implication directe de l’église catholique dans les affaires politiques remonte à la crise post-électorale de 2018. À travers la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO), les évêques catholiques ont joué un rôle de médiation entre les différents acteurs politiques. Leur implication a été décisive pour éviter une escalade de la violence et pour poser les bases d’un consensus fragile qui a permis l’alternance politique.

Ces exemples montrent que, dans certaines circonstances, l’église catholique en RDC n’hésite pas à occuper une position hautement politique pour défendre l’intérêt général. Cependant, ce rôle, bien qu’efficace dans certains cas, suscite des débats sur la place que devrait occuper une institution religieuse dans un État démocratique.

La tendance humaine à oublier Dieu

La Bible regorge de récits illustrant la tendance humaine à se tourner vers Dieu dans les moments de difficulté et à l’oublier lorsque les choses s’améliorent. Un exemple frappant se trouve dans le livre des Juges, où il est écrit : « Ils abandonnèrent l’Éternel, le Dieu de leurs pères, qui les avait fait sortir du pays d’Égypte » (Juges 2:12, Louis Segond). Ce cycle de retour à Dieu en temps de crise, suivi d’un éloignement en période de prospérité, est un thème récurrent dans les écritures.

Cette dynamique peut être comparée à l’attitude de certains leaders politiques congolais, qui sollicitent le soutien de l’église catholique lorsqu’ils sont dans l’opposition, mais s’en détournent une fois au pouvoir.

Lors des crises sous le régime de Joseph Kabila, l’opposition politique a largement profité des mobilisations orchestrées par l’église pour dénoncer les dérives autoritaires. Toutefois, depuis que certains de ces opposants sont arrivés aux commandes, ils semblent moins enclins à collaborer avec une institution dont ils percevaient jadis la neutralité comme un atout. Cette ingratitude, souvent relevée par les clergés, reflète une contradiction entre les valeurs prônées aux côtés de l’église et les pratiques observées une fois le pouvoir acquis.

Un autre passage pertinent est tiré du livre de Deutéronome : « Garde-toi d’oublier l’Éternel, ton Dieu, en n’observant pas ses commandements, ses ordonnances et ses lois que je te prescris aujourd’hui » (Deutéronome 8:11, Louis Segond). Ce verset avertit contre l’orgueil qui peut surgir lorsque les difficultés disparaissent et que les bénédictions abondent. Cette mise en garde biblique illustre également le risque d’un éloignement des principes éthiques et spirituels sous l’effet du pouvoir ou du confort politique.

Jusqu’où peut-elle s’impliquer dans la politique ?

Face à ces constats, une question demeure : jusqu’où l’église catholique peut-elle s’impliquer dans les affaires politiques sans compromettre son intégrité spirituelle ? Si des figures comme le cardinal Laurent Monsengwo ou l’abbé Apollinaire Malu-Malu ont joué des rôles politiques de premier plan, ces exemples doivent-ils être perçus comme des exceptions justifiées par des crises spécifiques, ou comme une normalisation de l’implication de l’église dans la gouvernance d’un État ?

La position de Monsengwo à la tête de la CNS ou celle de Malu-Malu dans l’organisation des élections de 2006 sont des cas emblématiques où le clergé a su répondre à des besoins pressants de leadership dans un contexte de vide institutionnel. Cependant, cette implication n’est pas sans risques. D’une part, elle peut renforcer l’image d’une église catholique omniprésente, ce qui pourrait aliéner une partie de la population ou des fidèles ne partageant pas les orientations politiques qu’elle soutient implicitement. D’autre part, elle ouvre la voie à une confusion entre les rôles religieux et civils, brouillant davantage la frontière entre Église et État.

En définitive, l’église catholique en RDC se trouve dans une position délicate. Son engagement en faveur de la justice et des droits fondamentaux reste essentiel dans un pays où les institutions étatiques peinent à assumer pleinement leurs responsabilités. Toutefois, pour préserver son rôle de guide moral universel, elle doit éviter de devenir une force politique à part entière, et s’efforcer de demeurer un arbitre impartial, capable d’accompagner la société congolaise dans sa quête de justice et de paix sans sacrifier sa mission spirituelle.

Heshima

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Kabila-Bemba : les racines d’une rancune interminable ?

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Depuis la fin de la présidentielle de 2006 remportée par Joseph Kabila face à son principal challenger Jean-Pierre Bemba, un climat de méfiance s’était installé entre les deux hommes. Ce qui avait conduit à des affrontements en plein Kinshasa entre l’armée et la garde rapprochée de celui qui fut un des vice-présidents de la République démocratique du Congo (RDC). Heshima Magazine revient sur les origines d’un conflit qui semble persister à ce jour.

À 62 ans, Jean-Pierre Bemba semble avoir tout connu : l’enfance d’un fils à papa, l’exil, la rébellion, la vice-présidence, la passion d’une campagne électorale en tant que challenger principal du président sortant, la prison à La Haye, puis le retour aux affaires sous Félix Tshisekedi. Après le conflit sanglant que certains spécialistes ont qualifié de « première guerre mondiale africaine » entre 1998 et 2002, Jean-Pierre Bemba se révèle comme une pièce maîtresse des accords de paix de Sun-City, qui ont mis fin à cette guerre en RDC. Un accord qui a marqué le retour à la démocratie. Le chef du Mouvement de libération du Congo (MLC) occupe à ce titre l’un des quatre postes de vice-présidents, en charge de l’économie et des finances.

Très vite, il s’impose comme le principal rival du jeune président Joseph Kabila, âgé seulement de 35 ans et qui a succédé à son père assassiné début 2001. Les deux hommes se retrouvent au second tour de l’élection présidentielle de 2006, la première élection démocratique du pays depuis l’indépendance en 1960, bien que d’autres scrutins aient eu lieu auparavant dans un cadre plus controversé. Au terme d’une campagne tendue au cours de laquelle Bemba n’a eu de cesse de mettre l’accent sur sa « congolité » face aux origines prétendument douteuses de son adversaire, c’est finalement Joseph Kabila qui l’emporte avec 58 % des suffrages.

Des résultats contestés par le MLC

Bemba conteste les résultats, avant finalement d’accepter de mener une opposition « républicaine ». Il sera élu sénateur en janvier 2007. Le gouvernement de Kabila lui demandera alors de se libérer de sa garde rapprochée composée essentiellement de ses éléments issus de la rébellion. Bemba le percevra comme une menace à sa sécurité, les deux hommes ne se faisant plus confiance l’un et l’autre. Un ultimatum sera alors donné par l’armée pour le 15 mars 2007. Mais la garde du chairman du MLC n’a pas bougé d’un seul iota. Le 22 mars, un assaut finira par être lancé contre la résidence de Bemba et ses bureaux se trouvant sur le Boulevard du 30 Juin, à Kinshasa. Bilan : au moins 200 morts, civils et militaires compris. Bemba va finalement se retrancher à l’ambassade d’Afrique du Sud, avant de s’envoler plus tard pour le Portugal.

Kabila a-t-il manigancé l’arrestation de Bemba ?

En mai 2008, alors qu’il était dans sa résidence de Rhode-Saint-Genèse à Bruxelles, Jean-Pierre Bemba est arrêté puis transféré à la Cour pénale internationale (CPI) de La Haye, aux Pays-Bas. Il est poursuivi pour « crimes contre l’humanité et crimes de guerre » commis par des hommes qu’il commandait en République centrafricaine, voisine de la RDC, en 2002 et 2003. Mais la main noire de Joseph Kabila plane. Certains opposants l’accusent de vouloir se débarrasser d’un adversaire gênant. Ce dernier et François Bozizé, ayant chacun un rival commun – Bemba pour Kabila et Ange Félix Patassé pour Bozizé –, auraient ainsi renforcé leur rapprochement. Certains analystes estiment que le dossier de l’arrestation de Jean-Pierre Bemba aurait été motivé par ces deux chefs d’État.

Patassé, le témoin manquant…

En avril 2011, l’ancien président centrafricain Ange Félix Patassé décède en exil au Cameroun. Il était et restera le grand absent du procès de Jean-Pierre Bemba devant la CPI. En RDC, une partie de l’opinion congolaise ne comprenait pas comment Bemba affrontait seul ce dossier, sans qu’Ange Félix Patassé, à qui il prêtait main-forte contre la rébellion de Bozizé, n’ait été convoqué par cette juridiction internationale. Pourtant, les troupes de Bemba étaient parties défendre Ange-Félix Patassé d’un coup d’État. Cette question hantera le procès de Bemba au point de faire réagir un fonctionnaire de la CPI.

« Évidemment, nous continuons nos enquêtes en République centrafricaine. Nous ne nous arrêterons pas là », avait réagi Pascal Turlan, conseiller en coopération pour le procureur de la CPI. Mais jusqu’à l’acquittement de Bemba en 2018, la CPI n’avait presque plus fait allusion à cet aspect de l’enquête.

Un acquittement au goût de revanche contre Kabila

Le 8 juin 2018, la Chambre d’appel a décidé, à la majorité, d’acquitter Jean-Pierre Bemba Gombo des charges de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité. Bemba va alors quitter ses co-pensionnaires de taille tels que l’ancien président ivoirien Laurent Gbagbo. Contrairement à ce qui est parfois mentionné, Charles Taylor n’était pas détenu à la CPI, mais à La Haye sous mandat du Tribunal spécial pour la Sierra Leone.

Pressé par le temps, il tente de prendre sa revanche en briguant la présidentielle de décembre 2018. Mais « Baïmoto » rencontre encore un nouveau blocage : sa candidature est rejetée par la CENI alors dirigée par l’actuel rebelle, Corneille Nangaa. Pour Bemba, c’est une preuve supplémentaire que l’on s’acharne contre lui. Il apporte alors son soutien à la candidature commune de l’opposition incarnée par Martin Fayulu.

Allié indéfectible de Tshisekedi

Après la présidentielle, c’est Félix Tshisekedi qui est proclamé vainqueur. Bemba reste dans l’opposition, avant d’intégrer finalement l’Union sacrée de la Nation après les concertations nationales ayant mené à la rupture de la coalition entre Félix Tshisekedi et Joseph Kabila. Au sein de cette alliance, il occupera les postes de vice-Premier ministre, ministre de la Défense nationale puis celui des Transports. C’est depuis cette position qu’il enverra plus de coups à Joseph Kabila, soupçonné d’être derrière la rébellion de l’Alliance Fleuve Congo (AFC) de Corneille Nangaa, alliée au M23.

Le 5 mars 2025, Jean-Pierre Bemba a accusé l’ancien président d’être l’instigateur des rebelles du M23, soutenus par le Rwanda, ainsi que ceux de l’AFC. En plus de soutenir l’AFC/M23, Bemba dit détenir des preuves selon lesquelles Joseph Kabila est également derrière les miliciens Mobondo, actifs dans les provinces du Maï-Ndombe, du Kwilu, du Kwango, du Kongo Central et dans une partie de Kinshasa. Dans la foulée d’un autre meeting, Bemba a encore remis en cause la nationalité congolaise de Joseph Kabila, réveillant un vieux démon autour de la « congolité » du quatrième président de la RDC. Décidément, les rancœurs entre les deux personnalités sont loin de prendre fin.

Heshima

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Tollé en RDC après le meurtre d’un policier « PCR » impliquant des agents de la Première ministre

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Fiston Kabeya Senda, brigadier de première classe de la Police de circulation routière (PCR), est décédé le 31 mars 2025 à Kinshasa, en République démocratique du Congo, dans des circonstances qui ont provoqué une onde de choc à travers le pays. Selon le témoignage de son collègue, ce père de famille aurait été torturé et tué par des membres de sécurité de la Première ministre, Judith Suminwa Tuluka, après une altercation liée au passage de son cortège roulant à contresens. Une enquête militaire est en cours, tandis que les réseaux sociaux s’enflamment, exigeant justice pour cet agent perçu comme un serviteur dévoué de la nation.

Un incident aux circonstances troublantes

L’incident s’est déroulé dans la soirée du 31 mars 2025, alors que Kabeya Senda régulait la circulation dans une artère animée de Kinshasa. D’après un collègue présent sur les lieux, le cortège de la Première ministre empruntait un sens interdit, une pratique parfois tolérée pour les hauts responsables en raison de mesures de sécurité. « La Première ministre roulait à sens unique. Nous avons frayé un chemin pour faire passer son cortège. Dix minutes après, la suite de son convoi est revenue avec à son bord un major en charge de sa sécurité. Ils ont arrêté notre collègue Kabeya Senda, l’ont torturé sur place, puis emmené vers l’auditorat militaire. Il est mort là-bas », a rapporté ce témoin. Le corps de la victime repose actuellement à la morgue de l’Hôpital du Camp Kokolo. Une vidéo, devenue virale mais non authentifiée, montre un homme presque dénudé battu avec une rare violence par des policiers, alimentant les soupçons qu’il s’agirait de Kabeya Senda.

Réactions officielles et appel au calme

Face à l’émoi suscité, la Police nationale congolaise (PNC) a réagi rapidement par un communiqué lu par Julien Mavungu Mangoma, du Service d’information et de communication. « Nous appelons la population à ne pas céder à la manipulation et à la désinformation tant que les circonstances exactes de la mort de ce policier ne sont pas élucidées », a-t-il déclaré. La justice militaire a été saisie, et des enquêtes sont en cours pour identifier les auteurs de cet « acte odieux » et les traduire en justice. À ce jour, aucune déclaration officielle n’a émané du bureau de la Première ministre, laissant planer des questions sur sa connaissance ou son implication dans les agissements de son service de sécurité, composé probablement d’agents de police spécialisée.

Un policier dévoué victime d’abus de pouvoir ?

Fiston Kabeya Senda était un brigadier au sein de la PCR, chargé de faire respecter les règles de circulation dans une ville où le chaos routier est monnaie courante. Selon des collègues et des publications sur X, il était convaincu de travailler « avec amour pour son pays », un dévouement rappelé par ses supérieurs qui insistaient sur l’égalité devant la loi, même pour les convois officiels. Ce zèle aurait-il signé son arrêt de mort ? L’incident soulève un débat plus large sur les privilèges accordés aux cortèges des hauts responsables. Si aucune loi publique ne détaille ces exemptions en RDC, des pratiques similaires dans d’autres pays permettent aux officiels d’outrepasser les règles pour des raisons de sécurité, une coutume qui, ici, aurait dégénéré en violence.

Une indignation massive sur les réseaux sociaux

Depuis l’annonce du meurtre le 1er avril 2025, les réactions fusent sur X, où des milliers de Congolais expriment leur colère et demandent justice. « Père de famille, il a accepté de servir son pays dans des conditions mille fois moins bonnes que celles des privilégiés de la République », déplore @Aimé Ntambwe, un internaute. Un autre utilisateur, @Katsuva_R, écrit : « Tué par la garde de la Première ministre Judith Suminwa, Fiston Kabeya était un policier convaincu de travailler avec amour pour son pays ! Son péché mortel a été d’interpeller son cortège. » De son côté, @alfreddiomba3 exige : « Que la justice soit rendue pour Kabeya Senda, sauvagement tué par un officier de la sécurité de Suminwa. » Ces messages traduisent un ras-le-bol face aux abus présumés des élites, dans un pays où les inégalités et la brutalité policière sont régulièrement dénoncées.

Un parallèle avec l’affaire Dolly Makambo

Certains internautes établissent un parallèle avec le cas de Dolly Makambo, ancien ministre provincial de l’Intérieur de Kinshasa, condamné en 2021 à dix ans de prison ferme pour avoir incité son garde du corps à tuer un administrateur de santé en 2019. La justice militaire avait alors estimé que l’officiel portait une responsabilité directe dans l’acte de son subordonné. Dans le cas de Kabeya Senda, une question clé demeure : Judith Suminwa était-elle informée du retour de son cortège pour punir le policier ? Si les enquêtes confirment l’implication de son chef de sécurité, cela pourrait ouvrir la voie à une responsabilité juridique ou politique, un précédent que beaucoup surveillent de près.

Un débat sur les privilèges et la justice

Au-delà du drame, cet incident ravive les tensions autour des privilèges des mandataires publics en RDC. Pourquoi certains officiels brûlent-ils les feux rouges ou roulent-ils à contresens, au mépris des règles qu’ils imposent aux citoyens ? Dans une ville comme Kinshasa, où la circulation est un défi quotidien, ces pratiques exacerbent le sentiment d’injustice. Alors que l’enquête progresse, les Congolais attendent des réponses claires et des sanctions exemplaires, dans un climat de défiance croissante envers les institutions.

Heshima

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RDC : Washington envisage un mandat de la MONUSCO adapté à la crise actuelle

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Le 27 mars 2025, le Conseil de sécurité des Nations Unies a tenu une nouvelle session sur la crise sécuritaire en République démocratique du Congo (RDC). Le représentant permanent de Kinshasa à l’ONU a accusé le Rwanda d’avoir plus de la moitié de son armée sur le sol congolais. De son côté, Kigali épingle la mauvaise gouvernance du gouvernement congolais et l’accuse de collaborer avec les Forces démocratiques pour la libération du Rwanda (FDLR) pour déstabiliser son pays. Face à l’occupation des villes congolaises, les États-Unis proposent un mandat de la MONUSCO plus adapté à la situation.

Devant le Conseil de sécurité, Kinshasa et Kigali se sont encore retrouvés nez à nez. Le représentant permanent de la RDC à l’ONU, Zénon Mukongo, a déclaré que plus de la moitié de l’armée rwandaise était déployée sur le territoire congolais. « Et ce, sans le consentement de l’État congolais. Le droit à la légitime défense ne saurait être évoqué comme justification d’une invasion armée ni de la création d’une administration parallèle sur le territoire d’un État souverain », a déclaré ce diplomate de la RDC près de l’ONU. Il a également indiqué que les militaires rwandais ont enlevé des patients, des gardes malades sur les lits de l’hôpital, les ont torturés, puis tués sans sommation. « Il y a eu des milliers de morts et de déplacés internes. Des villes entières ravagées, de Walikale à Kamanyola en passant par Bunagana et Masisi-Centre […] dans un contexte globalement chaotique », a ajouté Zénon Mukongo. Ce dernier a aussi accusé les forces de défense rwandaises et leurs supplétifs de l’AFC-M23 d’avoir chassé des populations de leurs foyers et instauré « une administration parallèle », en violation de la souveraineté de la RDC.

De son côté, le Rwanda, par le biais de son ministre des Affaires étrangères, a accusé la RDC de collaborer avec les combattants des FDLR pour déstabiliser le Rwanda. Dans la foulée, il a dénoncé la mauvaise gouvernance du régime de Kinshasa, qu’il juge responsable des conflits sécuritaires actuels en RDC. Pour lui, le Rwanda n’avait pas initié le conflit, mais en subissait le poids. Il a attribué les causes profondes aux activités des combattants des FDLR. Une force pourtant résiduelle et quasi-inexistante pour inquiéter le Rwanda. Il a évoqué la persécution des Congolais parlant le Kinyarwanda, notamment les communautés tutsies.

Un mandat de la MONUSCO adapté à la réalité

Lors de cette session, Washington a plaidé pour un mandat de la Mission des Nations Unies pour la stabilisation en République démocratique du Congo (MONUSCO) plus adapté à la nouvelle donne du terrain. Pour les États-Unis, la MONUSCO devrait être renforcée, refusant les accusations du Rwanda sur une complicité des casques bleus avec les FDLR. « Les États-Unis dénoncent les discours mensongers du gouvernement rwandais accusant la MONUSCO de soutenir les FDLR », a déclaré la représentante de Washington au Conseil de sécurité. Elle propose une modification du mandat de la force onusienne en RDC pour l’adapter à la réalité du terrain actuel.

Exigence d’un cessez-le-feu inconditionnel

En convoquant cette session, l’ONU voulait avoir un rapport sur l’évolution de la situation sécuritaire dans l’Est de la RDC et dans la région des Grands Lacs. Le portrait dressé par la représentante spéciale du Secrétaire général de l’ONU en RDC, Bintou Keita, reste alarmant. Pour la patronne de la MONUSCO, la rébellion de l’AFC/M23 « vise la Tshopo et le Maniema ». Elle a décrit une situation humanitaire toujours préoccupante dans les zones occupées par la rébellion tout en plaidant pour la réouverture des aéroports de Goma, au Nord-Kivu, et de Kavumu, dans le Sud-Kivu. Elle a aussi appelé à orienter « tous les efforts vers un cessez-le-feu inconditionnel ».

À Goma, le M23 facilite le départ de SAMIDRC

Pendant ce temps, ce vendredi 28 mars, à Goma, une réunion s’est tenue entre les chefs d’état-major des forces de défense de la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC) et la direction de l’Alliance Fleuve Congo/Mouvement du 23 Mars (AFC/M23). Cette rencontre avait pour but de discuter des modalités du retrait immédiat de la force régionale de la SADC (SAMIDRC) de la ville de Goma. Les éléments de cette force régionale sont restés bloqués à Goma depuis la chute de la ville, en janvier dernier. Un sommet de la SADC tenu récemment à Harare, au Zimbabwe, avait mis un terme à leur mandat en RDC. Sultani Makenga a signé un accord sur le départ immédiat de cette force de la ville de Goma. Les deux parties (AFC/M23 et SADC) ont réaffirmé leurs engagements en faveur d’un cessez-le-feu et d’un retrait sans condition de la SAMIDRC. L’AFC/M23 a accepté de faciliter le « départ immédiat » de ces troupes de la SADC avec leurs armes et équipements. Mais les matériels militaires des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) capturés par cette rébellion resteront entre leurs mains.

Heshima

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