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État de la Nation : la révision constitutionnelle et la guerre parmi les sujets attendus dans le discours de Tshisekedi

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Ce mercredi 11 décembre 2024, le président de la République démocratique du Congo (RDC), Félix Tshisekedi, s’adresse aux députés et sénateurs réunis en congrès. Le chef de l’État va présenter l’état de la Nation dans son allocution. Des sujets brûlants de l’heure, tels que le projet de révision de la Constitution ou encore la guerre dans la partie Est du pays, figurent parmi les sujets très attendus par les Congolais.

Le président Félix Tshisekedi prononce son tout premier discours du genre depuis le début de son deuxième quinquennat. Cette allocution intervient dans un contexte complexe, marqué par des défis sécuritaires persistants dans l’Est du pays, une situation économique intenable pour plusieurs ménages et des attentes pressantes concernant la clarification de son projet de révision de la Constitution. Le chef de l’État pourra aussi faire un bilan de ses différents projets, notamment le Programme de développement local des 145 territoires (PDL-145 T), l’évolution de la gratuité de l’enseignement, la stabilité du cadre macro-économique et la couverture santé universelle.

Guerre dans l’Est du pays

Depuis 2021, l’est de la RDC, précisément le Nord-Kivu, est en proie à des conflits armés d’une intensité accrue. Les rebelles du M23, soutenus par le Rwanda, occupent aujourd’hui le double du territoire qu’ils avaient conquis en 2012. Depuis lors, les efforts de paix entrepris par le gouvernement congolais n’ont toujours pas abouti. C’est ainsi que l’allocution de Félix Tshisekedi est très attendue sur ce sujet. Les Congolais voudront également savoir ce que peut réserver la rencontre de Luanda, en Angola, entre le chef de l’État de la RDC et le président rwandais, Paul Kagame.

La cherté de la vie en RDC

Interpellé lors de plusieurs de ses meetings, y compris au Stade des Martyrs, au sujet de l’inflation de la monnaie face au dollar américain, Félix Tshisekedi devra donner des réponses concernant la cherté de la vie. Depuis août, le gouvernement tente de baisser les prix des produits de première nécessité sur les marchés. Le lundi 9 décembre, la Première ministre a rencontré les grands importateurs pour convenir d’une baisse des prix qui devrait être effective dès le 10 décembre. Cette mesure concerne neuf produits alimentaires prioritaires, à savoir le riz, le lait en poudre, le sucre, la farine de maïs, la viande, le poulet et le chinchard. Le ministre congolais de l’Économie nationale, Daniel Mukoko Samba, s’en est personnellement rendu compte, le 10 décembre, lors de la ronde qu’il a effectuée dans les grands dépôts d’importation de ces produits. D’autres aspects sociaux, comme l’emploi des jeunes, sont également attendus dans ce discours.

Révision constitutionnelle

En octobre, lors de son séjour à Kisangani, chef-lieu de la province de la Tshopo, le chef de l’État a ouvert un débat qui déchaîne les passions jusqu’à ce jour. Il s’agit de la révision ou du changement de la Constitution. Pour Félix Tshisekedi, la Constitution actuelle a été rédigée à l’étranger par des étrangers. Il faudrait aux Congolais une constitution adaptée à leurs réalités, avait-il déclaré. « Pour changer le nombre de mandats présidentiels, il faut que vous, le peuple, puissiez le décider ; ce n’est pas la tâche du président. L’actuelle Constitution n’est pas bonne, elle a été d’ailleurs rédigée dans un pays étranger », avait-il clamé devant une foule réunie à la place de la Poste, dans la ville boyomaise. Il avait également épinglé d’autres points, comme la lourdeur dans la mise en place des institutions ou l’élection des gouverneurs de province.

Mais sa ligne de défense d’un tel projet de révision ou de changement de la loi fondamentale n’est toujours pas claire. Quelles sont les dispositions qui poussent le chef de l’État à penser au changement de la loi plutôt qu’à sa révision ? Peut-être que des Congolais pourront trouver des arguments dans son allocution de ce mercredi. La tenue de ce congrès offre ainsi l’occasion au chef de l’État d’exposer clairement devant les élus du peuple et les sénateurs son projet de révision et/ou de changement de la Constitution.

Heshima

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RDC : Ces dix événements qui ont marqué l’année 2025

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L’année 2025 aura été une année difficile sur le plan sécuritaire pour la République démocratique du Congo (RDC). Cette année, qui arrive à son terme, a été ponctuée par plusieurs événements marquants. Heshima Magazine revient sur dix d’entre eux.

En 2025, le pays a perdu le contrôle de deux de ses importantes capitales régionales occupées par les rebelles de l’Alliance Fleuve Congo/Mouvement du 23 mars (AFC/M23). Dès le 13 janvier, le célèbre catcheur congolais Edingwe « Moto na Ngenge », de son vrai nom Louis Mapima Mbaka, est décédé à Casablanca, au Maroc, à l’âge de 73 ans, provoquant une grande émotion en RDC où il était une légende, avec des hommages nationaux qui ont suivi son rapatriement à Kinshasa fin février 2025. En dehors de ce cas de décès, voici une rétrospective d’une année riche en événements notamment sur les situations sociales, les inondations et le sport.   

24 janvier : Mort du général Peter Cirimwami

Dès l’entame de l’année, la RDC a été confrontée à une aggravation de la situation sécuritaire dans sa partie Est. Le général major Peter Cirimwami Nkuba, officier des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) et gouverneur militaire intérimaire de la province de Nord-Kivu, a été tué le 24 janvier après avoir été touché par balles la veille près de Sake, une cité située près de la ville de Goma. L’incident a eu lieu alors que le gouverneur militaire s’était déplacé vers la ligne de front à l’ouest de Goma. Sérieusement blessé, il a été pris en charge d’abord à Goma puis évacué dans la nuit vers Kinshasa. Inhumé huit mois plus tard avec un colonel tombé également sur la ligne de front au Sud-Kivu, Peter Cirimwami Nkuba a été élevé au rang de grand officier et commandeur dans l’ordre national des héros nationaux Kabila-Lumumba par le président de la République, Félix Tshisekedi. La cérémonie, qui a eu lieu au Palais du peuple, en plein cœur de la capitale congolaise, a été ponctuée de nombreux hommages.

27 janvier 2025 : Chute de la ville de Goma

Le 27 janvier, Goma, la capitale du Nord-Kivu, est tombée aux mains des rebelles de l’AFC/M23, soutenus par l’armée rwandaise. L’offensive avait démarré depuis le 23 janvier. La chute de cette ville a marqué une escalade significative du conflit dans l’Est du pays. Symbole stratégique, politique et économique, la capitale du Nord-Kivu est devenue l’épicentre d’une onde de choc aux répercussions nationales et régionales. Cette prise de la ville la plus importante de l’Est du pays a entraîné une crise humanitaire et politique, avec des appels à l’aide internationale et des protestations en RDC. A Kinshasa, cette offensive éclair et brutale a provoqué des émeutes populaires contre certaines ambassades occidentales, notamment celles de la France et de la Belgique. L’ambassade du Rwanda dont le pays participe aux hostilités aux côtés des rebelles du M23 a été aussi attaquée.

A Goma, la ville traverse toujours une épreuve difficile près d’une année après son occupation. Ces combats avaient provoqué de nouveaux déplacements massifs de populations, s’ajoutant à des camps déjà saturés autour de la ville. Des familles entières avaient fui sans ressources, cherchant refuge dans des écoles, des églises ou à même les routes menant vers le Sud-Kivu. Malgré le démantèlement par la force des camps des déplacés autour de la ville de Goma, certaines familles, en rentrant chez elles, ont trouvé des occupants inconnus dans leurs champs et parfois dans leurs maisons. Kinshasa a dénoncé une « implantation » des populations inconnues dans les zones contrôlées par le Rwanda via le M23 au détriment des autochtones. Des voix discordantes sont systématiquement réduites au silence. C’est le cas de l’artiste musicien Katembo Idengo, alias « Delcato », tué le 13 février 2025 par des rebelles du M23 à Goma, alors qu’il était en train de tourner un clip d’une chanson dénonçant l’occupation des villes de l’Est du pays par ces rebelles appuyés par le Rwanda.

De leur côté, les organisations humanitaires ont alerté sur des pénuries critiques de nourriture, d’eau potable et de médicaments, aggravées par l’insécurité et la fermeture de plusieurs axes d’approvisionnement. Les hôpitaux de Goma, déjà fragilisés, ont peiné à faire face à l’afflux de blessés. L’accès aux soins est devenu un luxe, alors que le risque d’épidémies augmente dans les zones de regroupement improvisées. Les enfants, particulièrement vulnérables, sont exposés à la malnutrition, aux violences et à l’interruption brutale de leur scolarité. Cette chute de la ville a provoqué des milliers de morts civils. Au-delà de l’urgence humanitaire, cette situation d’occupation ravive les tensions régionales et les craintes d’une escalade majeure du conflit. Les accusations de soutiens extérieurs au M23 refont surface, compliquant davantage les efforts diplomatiques pour stabiliser la région.  

14 février : Chute de Bukavu

Après la ville de Goma et des combats dans certains territoires du Sud-Kivu, la ville de Bukavu, chef-lieu de la province du Sud-Kivu, est finalement tombée le 14 février. Des combattants de l’AFC/M23 ont marché et roulé dans le centre-ville sans résistance. Contrairement à Goma, Bukavu était tombée sans combat. Il s’agit de la deuxième grande ville du pays à être passée sous contrôle des rebelles dans cette région riche en minerais. Plus d’une dizaine de jours après l’occupation de cette ville, une attaque à la grenade a été perpétrée en marge d’un meeting de l’AFC/M23 organisé à la Place de l’indépendance à Bukavu. Cet attentat a entraîné la mort d’une dizaine de personnes et fait une soixantaine de blessés. A Goma, comme à Bukavu, les rebelles ont installé des administrations parallèles.     

Avril 2025 : Des inondations meurtrières à Kinshasa

Des pluies diluviennes se sont abattues sur Kinshasa, le 5 avril, causant la mort d’une trentaine de personnes et paralysant la capitale du pays. Des habitants circulaient en pirogue ou à la nage dans des avenues transformées en rivières. Après les pluies, les eaux ont progressivement monté, dévastant plusieurs quartiers périphériques et défavorisés de Kinshasa, mégapole de plus de 17 millions d’habitants et marquée par une urbanisation anarchique. Des quartiers les plus touchés étaient Debonhomme, Salongo et une partie de Kingabwa mais aussi Ndanu dans la commune de Limete, ainsi que d’autres zones fragiles dans les communes de Mont-Ngafula, Matete et N’djili.

Au total, 5 300 ménages des sinistrés de ces inondations ont été indemnisés par l’Etat congolais et ramenés à leurs domiciles, d’après le compte-rendu du 55ème Conseil des ministres.

Juin 2025 : Accord de paix signé le 27 juin

Après l’occupation de Goma et Bukavu, Kinshasa et Kigali ont signé un accord de paix. Représentés par leurs ministres des Affaires étrangères respectifs, la République démocratique du Congo et le Rwanda ont signé, le 27 juin 2025 à Washington, un accord en présence du secrétaire d’Etat des Etats-Unis, Marco Rubio. Signé par Mme Thérèse Kayikwamba Wagner, ministre congolaise des Affaires étrangères, et Olivier Nduhungirehe, son homologue rwandais, cet accord comprend deux volets majeurs : sécuritaire et économique. Il prévoit notamment le respect de l’intégrité territoriale des deux pays, la cessation des hostilités entre leurs armées, ainsi que l’engagement mutuel de ne plus soutenir des groupes armés comme les FDLR ou l’AFC/M23. Il inclut également la mise en place d’un mécanisme conjoint de coordination sécuritaire fondé sur le concept d’opérations adopté à Luanda en octobre 2024. Cet accord bilatéral de paix entre la RDC et le Rwanda est signé sous médiation des États-Unis et vise à apaiser les tensions régionales dans les Grands Lacs.

Septembre 2025 : Condamnation de Constant Mutamba

L’ancien ministre de la Justice et Garde des sceaux, Constant Mutamba, a été condamné le 2 septembre 2025 à 3 ans de travaux forcés. Il a écopé également de 5 ans d’interdiction de vote et d’éligibilité. Cette sentence a été également confirmée en appel. Le verdict de la Cour de cassation de la République démocratique du Congo l’a reconnu coupable de détournement de fonds alloués à la construction d’une prison à Kisangani, dans la province de la Tshopo, dans le nord-est de la RDC. L’ancien ministre de la Justice a également été exclu de toute fonction publique, et sommé de restituer 19 millions de dollars détournés.

Septembre 2025 : Condamnation par contumace de Joseph Kabila

L’ancien président de la RDC, Joseph Kabila – 54 ans – a été condamné à mort par contumace par la Haute Cour militaire de Kinshasa en septembre 2025. Il était poursuivi pour trahison et crimes de guerre, notamment pour son lien présumé avec le groupe rebelle AFC/M23. Il a été jugé coupable d’intelligence avec le Rwanda, complot et participation à un mouvement insurrectionnel. Joseph Kabila, qui n’était pas présent à son procès dans la capitale Kinshasa et n’y était pas non plus représenté, a finalement réapparu à Nairobi, au Kenya, créant une coalition d’opposition dénommée « Sauvons la RDC » en octobre dernier. Une plateforme qui réunit certains opposants en exil notamment Franck Diongo, Jean-Claude Mvuemba et Augustin Matata Ponyo.

Novembre 2025 : La RDC remporte la finale des barrages africains pour le mondial  

L’année 2025 a vu aussi les Léopards de la République démocratique du Congo réaliser un exploit historique en battant en finale des barrages africains les Super Eagles du Nigeria pour la dernière place de la qualification à la Coupe du monde 2026. Après un match nul (1-1) dans le temps réglementaire, les Léopards ont réussi à se défaire du Nigeria sur tirs au but. Une victoire majeure pour la qualification à la Coupe du monde 2026. Les hommes de Sébastien Desabre ne sont qu’à un match de la phase finale de la Coupe du monde qui aura lieu en juin prochain aux Etats-Unis, Mexique et Canada. En mars prochain, ils affronteront en finale des barrages intercontinentaux le gagnant du match Jamaïque-Nouvelle-Calédonie qui se jouera au Mexique. Après plus de 51 ans, jamais la RDC n’était aussi proche d’une qualification au mondial.

Décembre 2025 : Accord de paix ratifié par Tshisekedi et Kagame

Après avoir été signé le 27 juin par les ministres des Affaires étrangères de deux pays en conflit, l’Accord de paix de Washington a été ratifié le 4 décembre par les présidents congolais, Félix Tshisekedi, et rwandais, Paul Kagame, en présence du président américain Donald Trump. Félix Tshisekedi s’est engagé solennellement à mettre en œuvre, « en toute sincérité », l’ensemble des obligations qui en découlent. Le chef de l’État congolais a exprimé l’espoir que, avec le même sérieux, le Rwanda respectera pleinement la lettre et l’esprit des engagements pris à Washington. Mais seulement quelques jours après, les rebelles de l’AFC/M23 appuyés par l’armée rwandaise ont pris le contrôle de la ville d’Uvira, au Sud-Kivu. Malgré les appels au retrait de ces troupes par les Etats-Unis, l’armée congolaise affirme que ces rebelles n’ont pas quitté totalement la ville d’Uvira. Cette ville stratégique peut donner accès à la province du Tanganyika.        

15 décembre : Roger Lumbala condamné à 30 ans de prison 

L’ancien chef rebelle et ministre congolais, Roger Lumbala, a été condamné, le15 décembre, à 30 ans de réclusion criminelle par la Cour d’assises de Paris, en France. Il a été reconnu coupable de complicité de crimes contre l’humanité, pour avoir ordonné, aidé ou encouragé ses troupes lors de l’opération « Effacer le tableau » dans les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri. Son rôle dans les crimes commis dans ces deux régions de la République démocratique du Congo entre 2002 et 2003 a été épinglé tout au long du procès. Le parquet avait requis la réclusion à perpétuité, mais les juges ont prononcé une peine de 30 ans. C’est la première fois qu’un ancien rebelle congolais soit jugé par la France. Des ONG des droits de l’homme parlent d’une avancée majeure pour les droits des victimes des conflits armés en RDC.     

Heshima Magazine

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RDC : entre progrès tangibles et défis persistants dans la lutte contre le Sida

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Ce 1er décembre 2025, le monde célèbre la journée internationale de lutte contre le Sida. Alors que la République démocratique du Congo enregistre des avancées notables dans la prévention et la prise en charge de ce fléau, de nombreux défis continuent d’entraver l’accès équitable aux soins et la réduction durable des nouvelles infections. Entre efforts gouvernementaux, partenariats internationaux et réalités du terrain, la lutte reste à la croisée des chemins.

Depuis plusieurs années, la RDC s’efforce de renforcer sa riposte contre le VIH/Sida à travers une combinaison de politiques publiques, de programmes communautaires et de soutiens internationaux. Les progrès sont réels : davantage de centres de dépistage ont été ouverts dans les zones urbaines et rurales, la sensibilisation s’intensifie auprès des jeunes grâce aux campagnes éducatives, et l’accès aux antirétroviraux (ARV) s’est globalement amélioré, permettant à de nombreuses personnes vivant avec le VIH de mener une vie plus stable.

Le pays connaît, depuis 2010, une baisse constante du taux de prévalence de la maladie. Sur 103 millions d’habitants, environ 600 000 seulement vivent avec le VIH, selon l’ONUSIDA. La RDC continue de fournir des efforts pour l’élimination totale de cette maladie à l’horizon 2030. Cette année, la commémoration s’est déroulée sous le thème : « Sur le chemin des droits ». Cette thématique souligne l’importance des droits humains dans la lutte contre le VIH/sida. D’après le dernier rapport de l’ONUSIDA, publié en prélude à cette commémoration, le monde peut atteindre l’objectif convenu de mettre fin au Sida en tant que menace pour la santé publique d’ici à 2030. Mais à condition que les dirigeants protègent les droits humains de toutes les personnes vivant avec le VIH ou exposées au risque d’infection par le virus.

Fragilité des infrastructures sanitaires… 

Les organisations communautaires jouent un rôle essentiel dans cette dynamique. Souvent en première ligne, elles facilitent le dépistage volontaire, accompagnent les patients dans l’observance thérapeutique et luttent contre la stigmatisation qui reste l’un des obstacles les plus tenaces. Dans certains territoires enclavés, ces structures sont même la seule passerelle entre les populations et les services de santé. Cependant, la progression reste inégale. Les infrastructures sanitaires demeurent fragiles, particulièrement dans les provinces affectées par les conflits ou les difficultés logistiques. Le manque de personnel formé, les ruptures sporadiques de stocks d’ARV, ainsi que les barrières culturelles et socioéconomiques compromettent encore l’efficacité de la prise en charge. Les adolescentes et jeunes femmes, plus exposées au risque d’infection, nécessitent des programmes ciblés encore insuffisamment déployés.

La stigmatisation sociale, quant à elle, sape silencieusement les avancées. Beaucoup hésitent encore à se faire dépister ou à suivre leur traitement par crainte du rejet familial ou communautaire. Les efforts de sensibilisation doivent donc s’intensifier pour ancrer la compréhension que le VIH est une maladie chronique gérable, et non une fatalité.

Un relâchement constaté

Le dernier rapport de l’ONUSIDA sur le taux de prévalence de la maladie en RDC date de 2022. Ce rapport souligne que le nombre de nouvelles contaminations dans le pays a chuté de 58 % depuis 2010, et les décès de 72 %. Le taux de prévalence reste faible (0,6 %), soit environ 600 000 personnes atteintes du VIH pour 103 millions d’habitants. Depuis 2018, 83 % des personnes connaissent leur statut sérologique et 82 % des malades sont sous traitement antirétroviral (ARV).

Ces chiffres encourageants ont cependant créé un relâchement de la part du gouvernement. L’État congolais a, depuis, cessé le dépistage généralisé pour se concentrer sur les populations les plus à risque. Il s’agit des travailleuses du sexe, des usagers de drogues injectables, des hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes (homosexuels), des personnes tuberculeuses, ainsi que des femmes enceintes et allaitantes. Malgré la baisse du taux de personnes infectées, rappelait Heshima Magazine en 2024, les chiffres de la RDC restent tout de même élevés par rapport à d’autres pays où la lutte contre cette pandémie est menée sans relâche. C’est le cas de la Namibie, où le pays a réussi à réaliser 99 % des naissances sans transmission du VIH. Le taux de prévalence de la maladie chez les adultes diminue également. En France, le taux de personnes infectées est de 200 000 pour 68 millions d’habitants, soit 0,4 %.

Entre optimisme mesuré et vigilance constante, la RDC poursuit sa lutte contre le Sida. Les acquis sont précieux, mais fragiles. Pour espérer un avenir où le VIH ne sera plus une menace majeure, il faudra non seulement renforcer les moyens, mais surtout consolider la confiance, l’information et la solidarité au cœur des communautés.

Heshima

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Procès Lumbala à Paris : Bemba devrait-il s’en inquiéter ?

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Jugé depuis le 12 novembre 2025 devant la Cour d’assises de Paris, l’ex-chef rebelle congolais Roger Lumbala est poursuivi pour complicité présumée de crimes contre l’humanité commis en 2002-2003 dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC). Dans ce procès inédit, Lumbala réclame la comparution – même par visioconférence – de Jean-Pierre Bemba, à l’époque chef d’un mouvement armé allié (Mouvement de libération du Congo, MLC), pour tenter de le disculper. Mais la justice française n’a jusqu’à présent cité aucun autre Congolais, Jean-Pierre Bemba compris.

Depuis le 24 novembre, la Cour d’assises de Paris a entamé l’écoute des victimes notamment des membres des communautés pygmées d’Épulu et de Mambasa qui ont livré des récits accablants : viols, exécutions sommaires, tortures et pillages durant l’opération « Effacer le tableau » exécutée entre 2002 et 2003. La plupart de ces victimes sont venues d’Epulu, Mambasa et de la région d’Isiro dans les provinces de l’Ituri et Haut-Uélé (deux entités de l’ancienne Province Orientale) et défilent devant les juges français pour témoigner et réclamer justice. Plusieurs ONG de défense des droits humains, nationales et internationales, se sont constituées parties civiles. Elles saluent l’ouverture de ce procès, après des décennies d’impunité, comme un tournant vers la justice pour les victimes.

Procès historique et polémique

Le procès Lumbala a débuté le 12 novembre 2025 à Paris, ce qui est une première : jamais un Congolais n’avait été jugé en France pour des crimes commis en RDC sur la base du principe de compétence universelle. L’ancien chef du groupe armé Rassemblement Congolais pour la Démocratie-National (RCD‑N) est accusé d’avoir participé à l’opération dite « Effacer le tableau », marquée entre 2002 et 2003 par des exactions – meurtres, viols, pillages, travaux forcés – contre des populations civiles, notamment des communautés Nande et Pygmées.

À l’ouverture, la défense a contesté la compétence de la justice française pour juger des faits commis en RDC et dénoncé ce qu’elle considère comme un « néo-colonialisme judiciaire ». Pour sa part, Lumbala a refusé de comparaître et demandé le retrait de ses avocats, dénonçant une « justice illégitime ». Malgré ces résistances, la Cour d’assises de Paris s’est déclarée compétente le 21 novembre 2025, rejetant l’exception soulevée par la défense.

L’appel à témoignage de Bemba…

Dans une lettre datée du 16 novembre et adressée à Jean-Pierre Bemba, actuel vice-premier ministre congolais en charge des Transports, Lumbala l’a sollicité pour venir témoigner, même par visioconférence, en sa faveur. Il affirme qu’il n’a exercé aucune autorité militaire directe lors des faits reprochés, mais qu’il avait seulement apposé sa signature sur des accords conclus par Bemba et d’autres responsables. L’objectif : que Bemba éclaire la justice française sur la chaîne de commandement et la nature des ordres donnés en 2002-2003. Roger Lumbala demande aussi que plusieurs anciens cadres de son ancien mouvement soient appelés comme témoins.

Mais selon le greffe de la Cour d’assises de Paris, ni Jean-Pierre Bemba, ni un autre haut responsable congolais – en l’occurrence Constant Ndima – n’ont été formellement cités dans la procédure comme prévenus, témoins ou parties à convocation. Les avocats de Lumbala eux-mêmes ont dit leur surprise face aux rumeurs circulant sur les réseaux sociaux évoquant l’implication de Bemba dans l’affaire, le qualifiant de « poison rwandais ».

Justice, vérité… ou impasse ?

Le procès de Roger Lumbala s’inscrit dans un cadre inédit, celui de la compétence universelle, et représente pour beaucoup une opportunité longtemps attendue pour rendre justice aux victimes de l’Est de la RDC. Toutefois, l’issue reste incertaine. Au procès, des noms ne cessent d’être cités, notamment ceux de Jean-Pierre Bemba et du général Constant Ndima, occupant actuellement des responsabilités au sein des institutions du pays.

L’appel à un témoignage de Jean-Pierre Bemba – symbole pour certains d’un lien crucial entre les commanditaires et les exécutants – risque de ne jamais déboucher : la justice française n’a pas retenu son nom dans la procédure, et sa comparution n’est pour l’instant pas envisagée. Jean-Pierre Bemba ne devrait donc pas s’en inquiéter au stade actuel de la procédure. Lui qui avait été jugé à la Cour pénale internationale (CPI) pour des faits de crimes de guerre et crime contre l’humanité prétendument commis en République centrafricaine pendant sa rébellion. Mais l’homme avait été finalement acquitté de ces charges.        

Dans ces conditions, le procès Lumbala pourrait se heurter à un manque de « chaines de responsabilité » claires. Même si des victimes ont témoigné, l’absence de responsables congolais devant la barre pourrait fragiliser la vérité judiciaire. Mais pour les ONG et les parties civiles, le simple fait que des survivants puissent s’exprimer devant un tribunal international constitue déjà une avancée – modeste, mais réelle. Ce procès peut aussi ouvrir la voie à d’autres, surtout pour les crimes documentés dans le rapport Mapping des Nations Unies. Le docteur Denis Mukwege – prix Nobel de la paix – n’a jamais cessé d’évoquer ce document et demandé la fin de l’impunité pour des auteurs cités dans ce rapport. 

Heshima

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