Depuis plusieurs décennies, l’Est de la République démocratique du Congo demeure le théâtre de violences armées récurrentes. Entre rivalités pour le contrôle des ressources naturelles, présence de groupes armés et tensions régionales, cette instabilité continue d’avoir de lourdes conséquences sur les populations civiles et le développement du pays. Les solutions envisagées actuellement par le président de la République, Félix Tshisekedi, peuvent-elles mettre définitivement un terme à ces trois décennies de violences ? Tentative de réponse.
La situation sécuritaire dans l’Est de la République démocratique du Congo reste l’une des crises les plus complexes et prolongées du continent africain. Les provinces du Nord-Kivu, du Sud-Kivu et de l’Ituri sont régulièrement secouées par des affrontements entre groupes armés, forces gouvernementales et parfois des acteurs étrangers. Plusieurs facteurs expliquent cette insécurité chronique. D’abord, la présence de nombreux groupes armés locaux et étrangers qui se disputent le contrôle des territoires et des ressources naturelles, notamment l’or, le coltan et d’autres minerais stratégiques. Ces ressources, essentielles pour l’économie mondiale, alimentent souvent une économie de guerre et renforcent les capacités de ces groupes.
Ensuite, les tensions communautaires et les conflits fonciers contribuent également à l’instabilité. Dans certaines zones, les rivalités entre communautés pour l’accès à la terre et au pouvoir local exacerbent les violences. C’est le cas de Hema et Lendu dans la province de l’Ituri. À cela s’ajoute la faiblesse de l’autorité de l’État dans certaines régions, où les institutions publiques peinent à assurer la sécurité et les services de base.
Les conséquences de cette situation sont dramatiques pour les populations. Des milliers de civils sont victimes de violences, tandis que des millions d’autres sont contraints de fuir leurs villages pour se réfugier dans des camps de déplacés. L’insécurité perturbe aussi l’agriculture, le commerce et l’éducation, aggravant la pauvreté et freinant le développement local.
Des solutions envisagées sous Tshisekedi
La crise sécuritaire qui secoue l’Est de la RDC demeure l’un des défis majeurs pour les autorités congolaises et leurs partenaires internationaux. Pour de nombreux analystes de cette situation chronique, la première solution passe par le renforcement des capacités des forces de défense et de sécurité de la RDC. Une armée mieux formée, mieux équipée et mieux encadrée pourrait jouer un rôle déterminant dans la protection des populations et la restauration de l’autorité de l’État dans les zones sous influence des groupes armés. Sur ce point, Félix Tshisekedi a mis en place à travers le gouvernement et le parlement une loi de programmation militaire qui assure une montée en puissance des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC).
Cette loi de programmation militaire prévoit que 30 % du budget général de l’Etat soit alloué aux forces de défense et de sécurité. Ces crédits visent à renforcer l’équipement militaire, améliorer la logistique et assurer une meilleure prise en charge du personnel militaire et policier. Ces chiffres représentent une progression par rapport au budget précédent qui consacrait 13,12 % pour l’ensemble de défense, sécurité publique et justice.
Une présence efficace de la police
La RDC a entamé depuis quelques années un processus de réforme profonde du secteur de la sécurité. Après la loi de Programmation militaire, le gouvernement avait présenté en mai 2025 un projet de loi ambitieux au Parlement pour refonder la Police nationale congolaise (PNC) une institution souvent critiquée pour des dérapages et divers abus. Pour réformer cette grosse machine de sécurité, le gouvernement met des grands moyens : 2,3 milliards de dollars sont prévus sur cinq ans, soit de 2025 à 2029. Le 16 mai 2025, le vice-premier ministre, ministre de l’Intérieur et Sécurité Jacquemain Shabani avait défendu ce projet de loi à l’Assemblée nationale. Le texte prévoit un programme de réformes qui va nécessiter la mobilisation de moyens considérables. Il prévoit de former 90 000 policiers pour renforcer l’effectif.
En sous-effectif quasi permanent, la police a toujours du mal à accomplir efficacement sa mission régalienne. Il se constate une répartition inégale des effectifs sur le territoire national. Au Sud-Kivu, par exemple, après le départ des casques bleus pakistanais, la Police nationale congolaise n’avait pas pu réoccuper pleinement la province. Fin avril 2024, plus de la moitié des 115 policiers censés occuper la base de Kamanyola l’avaient désertée, selon le constat d’un journaliste de l’Agence France-Presse (AFP). Le peu de policiers qui restaient se plaignaient de leurs conditions de vie et de l’absence de rémunération. « Un policier qui passe deux jours sans manger alors qu’il a une arme, ça devient facile pour lui d’attaquer de paisibles citoyens » pour se ravitailler, dénonçait Joe Wendo, un acteur de la société civile locale.
Pour une paix durable, les provinces de l’Ituri, du Nord et du Sud-Kivu devraient bénéficier d’un nombre considérable de policiers pour assurer l’autorité de l’Etat dans les parties ayant subi l’insécurité des groupes armés.
Des programmes fonctionnels de démobilisation
La réintégration de certains combattants à travers des programmes de désarmement, démobilisation et réinsertion (DDR) pourrait contribuer à réduire la violence sur le terrain. Ce processus doit cependant s’accompagner d’efforts de réconciliation entre communautés, souvent divisées par des rivalités anciennes liées à la terre, à l’identité ou au pouvoir local. Ces programmes de démobilisation doivent être fonctionnels pour assurer que les combattants démobilisés ne retourneront plus dans la brousse pour reprendre des activités subversives.
En parallèle, plusieurs experts insistent aussi sur la nécessité d’un dialogue politique inclusif au niveau du pays mais aussi de la région. La coopération régionale apparaît également comme un levier essentiel. Les tensions et les accusations mutuelles entre pays voisins compliquent souvent la résolution du conflit. Un dialogue sincère et une collaboration sécuritaire renforcée entre les États de la région pourraient permettre de limiter le soutien ou la circulation des groupes armés à travers les frontières. C’est aussi le sens de l’Accord de Washington signé entre le Rwanda et la RDC le 27 juin et paraphé le 4 décembre 2025 par les présidents Paul Kagame du Rwanda et Félix Tshisekedi.
Par ailleurs, la gouvernance des ressources naturelles constitue un enjeu majeur. Une exploitation transparente et réglementée des minerais stratégiques, combinée à une lutte efficace contre les circuits illégaux, pourrait réduire le financement des groupes armés et favoriser une meilleure redistribution des richesses au profit des populations locales. Il faut couper le pont du pillage des ressources naturelles effectué par le Rwanda et l’Ouganda.
Si la pacification de l’Est de la RDC représente un défi majeur, elle reste une condition essentielle pour garantir la sécurité des populations et ouvrir la voie à un développement durable. Seule une approche combinant action militaire, dialogue politique et réformes économiques permettra d’espérer une paix durable dans cette région meurtrie. Et Julien Paluku, ancien gouverneur du Nord-Kivu et ministre du Commerce extérieur, a pris le risque d’annoncer que la rébellion de l’AFC/M23 est la dernière en RDC. « Le gouvernement et le président de la République ont coupé toutes les branches qui servaient de prétexte au Rwanda » pour attaquer la RDC, a-t-il déclaré. Les accords de Washington, qui ont un volet économique important, pourraient aussi changer l’histoire de cette région congolaise meurtrie depuis 30 ans.
Heshima Magazine