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Consultations politiques en RDC : la maigre moisson d’Eberande

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Lancées depuis le 24 mars 2025 sous la direction du conseiller spécial en matière de sécurité du président Félix Tshisekedi, ces consultations politiques n’ont pas réussi à séduire officiellement l’opposition. Elles ont en majorité tourné autour des leaders de l’Union sacrée de la Nation, la plateforme déjà au pouvoir. Au moment de leur clôture, ce mardi 8 avril, aucun opposant majeur n’a été consulté officiellement. Une maigre moisson qui risque d’étouffer dans l’œuf l’idée de la formation d’un gouvernement de large union nationale voulue par le chef de l’Etat congolais pour résoudre la crise sécuritaire qui frappe l’Est du pays.

Le conseiller spécial en matière de sécurité, Désiré Cashmir Eberande, s’était fixé comme ambition de rassembler les fils et filles du pays en vue de faire face à la crise sécuritaire qui sévit en République démocratique du Congo (RDC) depuis près de quatre ans. Cette crise s’est aggravée avec la chute des villes clés de l’Est du pays, notamment Goma et Bukavu tombées aux mains des rebelles du Mouvement du 23 mars (AFC/M23). Mais au cours de ces deux semaines de consultations, ni Joseph Kabila ni ses caciques, ni Martin Fayulu, ni Matata Ponyo ou encore Moïse Katumbi n’ont pu être consultés. Certains acteurs majeurs de la crise sécuritaire actuelle n’ont pas été consultés non plus.

Parmi les opposants qui se sont présentés à ces échanges figure Moïse Moni Della Idi, un proche de Moïse Katumbi, mais qui n’est pas membre d’Ensemble pour la République. Il y a aussi eu Kudura Kasongo, le député Gratien Iracan, membre d’Ensemble pour la République sous suspension depuis plusieurs mois. En dehors de ces opposants, il y a aussi Jeannot Lompempe, qui affirmait représenter le Front commun pour le Congo (FCC) de Joseph Kabila. Mais très vite, la plateforme de Joseph Kabila avait réagi, estimant dans un communiqué que « Jeannot Lompempe n’est qu’un imposteur et ne peut représenter le FCC ». En marge de la célébration du 23ème anniversaire du Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie (PPRD), son secrétaire permanent Emmanuel Ramazani Shadary a réitéré le refus de la famille politique de Joseph Kabila de participer à ces consultations. « Vous avez la majorité, vous avez déboulonné le FCC. Qui peut donc vous interdire, vous, garant de la nation, de consulter la population ? », a taquiné Shadary, tentant de reprendre à sa guise une phrase de Félix Tshisekedi lorsqu’il battait campagne pour le changement de la Constitution.

La majorité s’est consultée elle-même

Pendant qu’il fallait ratisser large du côté de l’opposition, c’est plutôt la majorité au pouvoir qui a été consultée en grande partie. Parmi les forces politiques qui se sont présentées chez Eberande, il y avait notamment l’Action des Alliés et Union pour la Nation Congolaise (A/A UNC) de Vital Kamerhe (32 députés), l’Alliance des Forces Démocratiques du Congo et Alliés (AFDC-A) de Modeste Bahati (30 députés), ainsi que le Mouvement de Libération du Congo (MLC) de Jean-Pierre Bemba, ainsi que ses alliés (23 députés). Jean-Michel Sama Lukonde, Christophe Mboso ainsi qu’Augustin Kabuya ont également été consultés.

Changer le format des discussions

Arrivé fin mandat en 2016, le président Joseph Kabila avait tenté de résoudre par un dialogue la crise de légitimité qui naissait du fait de la fin de son mandat constitutionnel sans la tenue des nouvelles élections. Mais son initiative de contrôler ce dialogue en imposant un médiateur, le Togolais Edem Kodjo, n’a pas permis de résoudre la crise. Le gouvernement issu de ce dialogue et dirigé par Samy Badibanga n’avait travaillé que six mois avant d’être remplacé par un nouveau gouvernement issu du dialogue plus ou moins consensuel organisé par la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO) en décembre 2016.

Au regard de la crise actuelle, certains observateurs pensent que Félix Tshisekedi devrait encore repenser son format des discussions. « Un gouvernement d’union nationale ne résoudra pas tout en RDC », a déclaré l’actuel président de la CENCO, Monseigneur Fulgence Muteba. Si les consultations n’atteignent pas l’objectif souhaité, à savoir la formation d’un gouvernement d’union nationale, Félix Tshisekedi pourrait donc trouver des stratégies supplémentaires pour fédérer davantage les Congolais. Sauf si les consultations politiques se poursuivent après ce 8 avril, de manière informelle.

Heshima

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Candidature de Juliana Lumumba à l’OIF : Kinshasa intensifie son lobbying auprès des Etats francophones  

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La République démocratique du Congo (RDC) intensifie ses manœuvres diplomatiques pour soutenir la candidature de Juliana Lumumba à la tête de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF). Ce lobbying international commence par des palais présidentiels africains. Une stratégie feutrée, mais résolue, qui mise sur les réseaux d’influence et les cercles décisionnels francophones en Afrique et dans le reste du monde.  

Brazzaville, Dakar, Conakry, Lomé, Praia, Nouakchott, l’offensive de Kinshasa auprès des Etats francophones africains est fulgurante. Depuis l’annonce officielle de la candidature de Juliana Lumumba en février 2026, Kinshasa a enclenché une véritable machine diplomatique. Présentée comme candidate de la République démocratique du Congo au poste de secrétaire générale de l’Organisation internationale de la Francophonie, Mme Juliana Amato Lumumba bénéficie d’un soutien institutionnel total, impulsé au plus haut niveau de l’État. Le 19 mars 2026, le président Félix Tshisekedi a officiellement lancé sa campagne lors d’une cérémonie à Kinshasa, engageant l’ensemble de l’appareil diplomatique congolais derrière cette candidature. Cette mobilisation traduit une ambition claire : repositionner la RDC comme acteur central de la Francophonie mondiale.

Dans les coulisses, la stratégie adoptée s’apparente à une « diplomatie des palais ». Selon les orientations définies au sommet de l’État, la campagne repose sur une série de consultations bilatérales, de rencontres ciblées avec les dirigeants des pays membres et d’un travail d’influence auprès des cercles décisionnels. Une feuille de route a été élaborée pour convaincre les 90 États et gouvernements de l’organisation, avec une vision articulée autour d’une « Francophonie des peuples » et de projets de transformation numérique, éducative et culturelle.

Juliana Lumumba fait le tour des palais

Le gouvernement de la République démocratique du Congo semble orienter sa stratégie vers une tournée dans plusieurs capitales des pays francophones. L’objectif est de présenter Juliana Lumumba comme candidate de la République démocratique du Congo au poste de secrétaire générale de l’OIF. Dans ce cadre, et en vue de l’élection prévue lors du Sommet de la Francophonie, qui se tiendra au Cambodge les 15 et 16 novembre 2026, Kinshasa intensifie sa diplomatie. Le Chef de l’État, Félix Tshisekedi, a dépêché le 31 mars dernier, à Brazzaville, une délégation auprès de son homologue Denis Sassou-Nguesso. Cette délégation était conduite par Crispin Mbadu, vice-ministre chargé de la Francophonie et de la diaspora congolaise. « Avant de commencer cette tournée, il était nécessaire de passer par Brazzaville pour avoir non seulement la bénédiction du [patriarche, Denis Sassou Nguesso] mais les conseils, les orientations et solliciter le soutien sans faille de cette candidature », avait déclaré Crispin Mbadu après avoir rencontré le président congolais.  

Dans la délégation,Crispin Mbadu s’était fait accompagner de la candidate JulianaLumumba. Elle en a profité pour étaler sa vision de la Francophonie : « je prône une Francophonie vivante, une Francophonie unie, une Francophonie plus inclusive, une Francophonie des peuples ». Elle privilégie une Francophonie de grandeur, d’unité, d’ouverture vers l’autre, plus solidaire et plus inclusive.Ce message est transmis à plusieurs capitales francophones africaines déjà parcourues par la délégation congolaise pour promouvoir cette candidature. C’est le cas de Brazzaville, Dakar, Conakry, Lomé, Praia et Nouakchott.

Le nom de Lumumba va-t-il peser sur la balance ?

Pour Kinshasa, cette candidature dépasse le cadre individuel. Fille de Patrice Lumumba, figure emblématique de l’indépendance du pays, Juliana Lumumba incarne une continuité historique et une légitimité politique forte. Diplômée en sciences politiques à Paris et figure de la vie publique en RDC, son parcours ministériel et international est également mis en avant pour crédibiliser son profil auprès des partenaires francophones.

Sa candidature au poste de secrétaire général de l’OIF s’inscrit dans une logique visant à contrer un éventuel troisième mandat de l’ancienne ministre rwandaise des Affaires étrangères, Louise Mushikiwabo, actuelle secrétaire générale de l’organisation, dont la candidature pour un nouveau mandat a été annoncée par le gouvernement rwandais. Elle devra également faire face à la candidature de la Mauritanienne Dr Coumba Bâ, ministre-conseillère du président Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani et envoyée spéciale auprès de l’institution.

Sur le plan interne, cette initiative suscite un rare consensus. Même au sein de l’opposition, certaines voix saluent un choix « symbolique et judicieux », appelant à un soutien sans faille pour maximiser les chances de succès de la candidate congolaise. Mais la bataille s’annonce complexe. Dans un contexte de recomposition de la Francophonie et de rivalités entre États, Kinshasa devra transformer son activisme diplomatique en alliances concrètes. Le poids démographique de la RDC – souvent présenté comme le plus grand pays francophone – constitue un argument clé, mais ne garantit pas à lui seul l’issue du scrutin. « La RDC ne peut pas lancer une candidature sans mobiliser les moyens nécessaires à sa réussite », a assuré le Secrétaire général aux Affaires étrangères, Apollinaire Langba. Ce dernier a affirmé que la RDC a pris toutes les dispositions nécessaires pour soutenir efficacement sa candidate. 

Pour le Délégué général à la Francophonie, Mabiala Ma-Umba, la candidature de la RDC est le fruit d’une réflexion approfondie, tenant compte de tous les paramètres nécessaires à sa réussite. Il juge le contexte actuel favorable au positionnement du pays sur la scène internationale.

Heshima

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Accueil des migrants des États-Unis en RDC : Kinshasa marginalise le rôle de Kigali auprès de Washington ?

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En acceptant d’accueillir des migrants expulsés des États-Unis, la République démocratique du Congo (RDC) s’invite dans un dispositif jusque-là utilisé par le Rwanda. Derrière ce choix qui soulève des controverses au sein de l’opinion congolaise, Kinshasa cherche non seulement à consolider ses rapports avec Washington mais aussi à priver Kigali des leviers qui lui rendaient indispensable aux yeux des Etats-Unis. Analyse.  

Quelques jours après des fuites d’information révélées notamment par Jeune Afrique, le gouvernement congolais a officialisé l’accueil, dès ce mois d’avril, de ressortissants de pays tiers, dans le cadre d’un partenariat avec les États-Unis. Dans un communiqué publié le 5 avril 2026, Kinshasa a annoncé la mise en place d’un dispositif d’accueil temporaire pour des ressortissants de pays tiers, relevant des mécanismes migratoires des États-Unis. Le gouvernement insiste sur le caractère humanitaire et souverain de l’opération, d’autant plus que la question de l’externalisation des politiques migratoires américaines se pose avec acuité. Le document du ministère de la Communication et Médias précise d’emblée que les sites d’hébergement ont été identifiés au sein de la « ville-province de Kinshasa » pour assurer un suivi administratif et sécuritaire optimal de ces migrants.

Court-circuiter Kigali…

Mais au-delà de la dimension migratoire, ce choix traduit une recomposition diplomatique. Jusqu’ici, le Rwanda apparaissait comme l’un des partenaires africains privilégiés des États-Unis dans ce type d’accords. Kigali avait notamment accepté d’accueillir des migrants expulsés dès 2025, avec un appui financier américain à la clé. Il avait tenté un accord similaire avec Londres, avant que la justice britannique ne rejette le projet. En s’inscrivant à son tour dans ce dispositif, Kinshasa vient concurrencer directement ce positionnement rwandais. Une manière, selon plusieurs analystes, de réduire l’influence de Kigali auprès de Washington, au moment même où les relations entre la RDC et le Rwanda restent profondément tendues, notamment autour du conflit dans l’est congolais et du rôle de Kigali dans le soutien aux rebelles de l’AFC-M23 qui occupent une partie de l’Est du pays.

Ce repositionnement intervient aussi dans un contexte où les États-Unis cherchent à renforcer leur présence stratégique dans la région des Grands Lacs. Washington a récemment joué un rôle central dans les discussions de paix entre la RDC et le Rwanda, tout en poursuivant des intérêts liés à la stabilité régionale et à l’accès aux ressources naturelles congolaises. En acceptant d’accueillir des migrants, Kinshasa pourrait donc amoindrir ce rôle de Kigali auprès de Washington. La RDC envoie aussi un signal politique fort : celui d’un partenaire prêt à coopérer sur des dossiers sensibles pour les États-Unis. Une posture qui pourrait renforcer son poids diplomatique face à Kigali, mais aussi lui permettre de négocier davantage de soutien sécuritaire et économique de la part de Washington.

La société civile congolaise inquiète…

Cette mesure n’est pas du goût d’une partie de la société civile. À travers une lettre ouverte, datée du 5 avril 2026, adressée au président de la République, Félix Tshisekedi, l’organisation de défense des droits humains « Justicia Asbl » a exprimé ses « préoccupations » à la suite du communiqué du ministère de la Communication et Médias annonçant la mise en place d’un dispositif d’accueil temporaire de ces ressortissants des pays tiers refoulés des États-Unis.

Dans cette correspondance, cette ONG indique avoir pris connaissance « avec stupéfaction » de cette annonce. Tout en reconnaissant l’esprit de « solidarité traditionnel du pays », l’organisation citoyenne souligne les risques liés à une telle initiative, rappelant les précédents historiques liés à l’accueil des réfugiés dans la région des Grands Lacs, notamment après le génocide rwandais de 1994. Une hospitalité qui a eu des conséquences « durables » sur la RDC, d’après cette ONG. Plus de 30 ans après, le pays continue de faire face à des défis sécuritaires et humanitaires issus de cette période. La structure pense que cette expérience devrait servir de leçon dans la gestion des engagements actuels. 

De son côté, Jonas Tshiombela, président de la Nouvelle Société civile du Congo (NSCC), estime que cette décision du gouvernement est une « erreur » politique. « C’est une erreur politique grave. La RDC n’est pas un laboratoire d’expérimentation de politique internationale des Etats-Unis. », a déclaré Jonas Tshiombela à Tv5 Monde. « Un pays qui gère des millions de déplacés internes peut-il se permettre d’accueillir ceux des autres ? », s’interroge-t-on dans ces milieux de la société civile.     

Prévenant les critiques sur une éventuelle perte de contrôle de ses frontières, le gouvernement congolais révèle que cette initiative s’inscrit dans le respect de sa « souveraineté ». Kinshasa réfute les termes de « relocalisation permanente » ou d’externalisation des politiques migratoires étrangères en RDC. Dans son communiqué, le gouvernement précise que le Trésor public congolais ne déboursera pas un centime dans ce dossier. C’est le gouvernement américain qui assurera la « prise en charge logistique et technique » via des structures spécialisées. Pour Kinshasa, il s’agit avant tout de faire preuve de « solidarité internationale » et de respecter ses engagements en matière de protection des droits des migrants.

Malgré ces précisions, plusieurs questions restent en suspens. En ce qui concerne la durée réelle de ce « séjour temporaire » ? Quel est le profil exact des ressortissants concernés ? Si le gouvernement assure conserver la « pleine maîtrise » des admissions et des renvois, la gestion de tels flux migratoires, souvent complexes, représentera un test de taille pour les services de sécurité et l’administration congolaise.

Heshima

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Simon Kimbangu, retour sur une figure anticoloniale majeure de l’histoire de la RDC

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Au cœur de l’histoire de la République démocratique du Congo, un nom continue de résonner comme celui d’un homme à la fois mystique et profondément politique : Simon Kimbangu. Prophète pour les uns, résistant pour les autres, il incarne aujourd’hui encore une forme de contestation spirituelle face à l’ordre colonial belge du début du XXe siècle. Septante-deux ans après sa mort, une journée fériée lui a été officiellement dédiée par le gouvernement congolais suite à son combat notamment pour la conscience africaine.      

Le 6 avril 2026, la République démocratique du Congo a commémoré le combat de Simon Kimbangu. A Nkamba, siège de l’Eglise kimbanguiste, le président de la République, Félix Tshisekedi et son épouse, Denise Nyakeru, ont célébré le 105ème anniversaire du Kimbanguisme débuté le 6 avril 1921. Depuis 2023, le président de la République, Félix Tshisekedi, avait décrété, par son ordonnance numéro 23/042 du 30 mars, le 6 avril de chaque année comme jour férié légal au pays, en souvenir du combat de Simon Kimbangu et de la conscience africaine.

Le 6 avril 2026, soit trois ans après, le chef de l’Etat congolais annonce une autre nouvelle aux Kimbanguistes : « Aujourd’hui, je suis venu vous saluer parce que, comme vous le savez, c’est un jour spécial. Car, le 6 avril de chaque année est déclaré un jour férié partout en RDC. Ainsi, après notre entretien de tout à l’heure avec le Chef spirituel, Tata Simon Kimbangu Kiangani, j’ai pris une autre nouvelle décision. C’est celle de doter la cité de Nkamba, d’un statut spécial. Ce statut spécial est que la Cité de Nkamba devra devenir une ville Sainte ».

Depuis les années 1969, le Kimbanguisme reçoit une attention politique particulière. Mais qui était Simon Kimbangu pour les Congolais ? Un militant anticolonial ou un prophète comme tant d’autres ?  

Kimbangu : de l’ouvrier à une figure de résistance

Né en environ 1887, à Nkamba, un village situé dans l’actuelle province du Kongo Central en République démocratique du Congo (anciennement Congo belge), Simon Kimbangu grandit dans une société bouleversée par la domination coloniale. Il essaie sans succès de devenir catéchiste dans une mission baptiste. Ouvrier dans les huileries de Kinshasa vers 1920, il entre en contact avec des militants américains anticolonialistes, rappelle Antoine Lion, historien et chargé de cours à l’Institut catholique de Paris. « De retour dans son village natal de Nkamba en avril 1921, il commence à prêcher le Royaume de Dieu et l’observance de la monogamie. Il se révèle comme thaumaturge et multiplie les guérisons. Nkamba devient le centre d’un pèlerinage permanent et se voit désigner par Kimbangu comme la Nouvelle Jérusalem. Celui-ci promet le retour du Christ sur terre et l’avènement d’un nouvel âge d’or », explique l’historien dans une biographie consacrée à cette figure anticolonialiste congolaise.

Sa condamnation à mort…

A Nkamba, le 6 avril 1921, il affirme avoir reçu une mission divine : prêcher la foi chrétienne et libérer son peuple des oppressions spirituelles et sociales. Rapidement, ses prédications attirent des foules immenses. Mais derrière le message religieux, les autorités coloniales belges perçoivent une menace politique grandissante. Le mouvement qu’il initie, qui donnera naissance au Kimbanguisme plus tard, prône une forme d’émancipation qui dépasse le cadre strict de la religion. En valorisant la dignité africaine et en rejetant certaines pratiques imposées par les missionnaires européens, Kimbangu devient une figure de résistance. Son influence inquiète au point que l’administration coloniale décide de l’arrêter la même année, en septembre.

Condamné à mort, sa peine est finalement commuée en détention à perpétuité. Il passera 30 ans en prison à Élisabethville (aujourd’hui Lubumbashi), loin de ses fidèles, jusqu’à sa mort en 1951. Pourtant, son message ne disparaît pas. Au contraire, il se propage clandestinement et contribue à nourrir les aspirations indépendantistes qui mèneront à l’indépendance du pays le 30 juin 1960. Aujourd’hui, Simon Kimbangu est reconnu comme un pionnier de la lutte anticoloniale en Afrique centrale. Son héritage dépasse le cadre religieux : il est devenu un symbole de résistance culturelle et d’affirmation identitaire pour des millions de Congolais. En 2023, la journée du 6 avril qui correspond à la date du début de son combat ou de son ministère est désormais fériée en RDC, en mémoire du « Combat de Simon Kimbangu et de la Conscience Africaine ».

Le Kimbanguisme traverse les frontières  

Après la mort de Simon Kimbangu, son souvenir est resté vivace : dès 1921, divers mouvements religieux se réclament de Kimbangu et de son enseignement. Ces sectes et mouvements messianiques partagent un même fond de croyances, où le culte des ancêtres voisine avec l’héritage biblique et baptiste. Après des années de persécutions et de clandestinité de ses fidèles, le kimbanguisme sort de l’ombre sous l’influence des fils de Simon, notamment Joseph Diangienda Kuntima puis de Salomon Dialungana Kiangani comme chef spirituel. À la veille de l’indépendance du Congo belge (1960), sa branche « officielle » devient l’Église de Jésus-Christ sur la terre selon Simon Kimbangu (E.J.C.S.K.). Cette communauté spirituelle se structure et grandit, regroupant plusieurs centaines de milliers de fidèles au Congo-Kinshasa et dans la région de Brazzaville, en République du Congo. Le mouvement va s’implanter jusqu’en Angola voisin. L’Église de Jésus-Christ sur la terre selon Simon Kimbangu est la première Église noire à être admise au Conseil œcuménique des Églises en 1969.

En 2026, l’Eglise résiste malgré des dissensions familiales

A la mort des fils de Simon Kimbangu, l’Eglise a été reprises par ses petits-fils. Mais une dissension va naitre au début des années 2000. L’Eglise « mère » va être dirigée par le petit-fils homonyme de Simon Kimbangu, Simon Kimbangu Kiangani et garde le siège principal de Nkamba. La branche dissidente appelée communément « aile Monkoto » va installer son siège à Kinshasa. En juillet 2025, les petits enfants du prophète restés à Kinshasa avaient décidé de se rendre à Nkamba, au Kongo Central, pour faire la paix avec leur frère, Simon Kimbangu Kiangani. Au cours d’une conférence de presse tenue, le 25 juillet 2025 à Kinshasa, le trio des lignées de Charles Kisolokele et Joseph Diangienda avaient annoncé leur voyage vers Nkamba pour sceller cette réconciliation, 23 ans après la brouille. Ils disaient répondre à l’appel à l’unité lancé par leur frère Simon Kimbangu Kiangani depuis le 8 juillet 2024.

Depuis 2001, les brouilles avaient commencé au sein de l’Eglise Kimbanguiste. Cette division se manifeste par l’existence de deux factions principales, qui ont des visions différentes sur la gouvernance et la direction de l’Eglise. Cette séparation a commencé après la mort de Joseph Diangienda, le fils de Simon Kimbangu, en 1992, et s’est intensifiée après le décès de Salomon Dialungana, le dernier fils survivant du prophète, en 2001. Ce qui a consacré officiellement le schisme en 2002.

Dans une époque où les figures historiques sont souvent réinterrogées, Simon Kimbangu demeure une référence incontournable. À la croisée de la foi et de la lutte politique, il rappelle que la quête de liberté en Afrique s’est aussi écrite dans les consciences et les croyances, bien avant de se concrétiser sur le terrain politique. Pour ses fidèles, Simon Kimbangu s’est sacrifié pour libérer les Congolais des autorités coloniales belges. Véritable figure de résistance, son combat est vu comme un éveil de la conscience africaine.

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