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Jean-Marc Kabund : entre tactique politique, audace et précipitation…
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La redaction
Dans l’arène tumultueuse de la politique congolaise, Jean-Marc Kabund s’impose comme un électron libre, une figure inclassable, à la fois stratège, franc-tireur et provocateur. Tantôt homme d’appareil, tantôt opposant virulent, son parcours épouse les contradictions d’un pays miné par les trahisons, les ambitions et les ruptures. À 44 ans, ce natif de Lubumbashi a démarré sa carrière politique au sein de l’Union pour la Démocratie et le Progrès Social (UDPS), dont il fut l’un des piliers avant d’en devenir l’un des plus farouches critiques.
De son engagement précoce dans l’opposition à sa rupture fracassante avec Félix Tshisekedi, en passant par la prison, la création de son propre parti et son retour dans le paysage politique en 2025, Kabund incarne une certaine idée du militantisme congolais : rugueux, inflexible, et profondément enraciné dans la colère populaire. Son tempérament fougueux, parfois à la limite de l’impulsivité, a forgé sa légende autant qu’il a alimenté ses déboires. De son comportement, comme où il trouait les pneus de véhicules roulant à contre-sens ou lorsqu’il défié la sécurité de la sœur de Félix Tshisekedi dont le véhicule rouler à contre-sens, illustrent un homme prêt à tout pour faire respecter ses principes.
Aux racines de la dissidence : la jeunesse d’un insurgé
Jean-Marc Kabund est né le 3 février 1981 à Lubumbashi, au Katanga, dans un Congo encore dominé par le régime autoritaire de Mobutu Sese Seko. Enfant d’un pays à genoux, il grandit dans une société étouffée par la répression et marquée par la débâcle économique. Il entame des études supérieures à l’Université de Lubumbashi, où il se forme en droit, tout en étant attiré par le discours de contestation porté par Étienne Tshisekedi.
En 2003, alors que la transition post-guerre peine à stabiliser le pays, Kabund s’engage dans l’UDPS. À 22 ans, il choisit le chemin de l’opposition radicale. Très vite, il devient l’un des animateurs les plus visibles des mobilisations contre les fraudes électorales et les violences d’État. Son style direct, son énergie et son langage populaire séduisent la base. « C’était un garçon têtu, mais brave. Il osait ce que beaucoup refusaient de faire », se souvient un ancien militant de l’UDPS à Matete.
L’homme fort de l’appareil UDPS
L’année 2016 marque un tournant. À la faveur de luttes intestines, Kabund est nommé Secrétaire Général de l’UDPS, en remplacement de Bruno Mavungu. À ce poste stratégique, il s’impose comme le maître d’œuvre de la réorganisation du parti. Lorsque Étienne Tshisekedi décède en février 2017, Kabund prend les rênes de la formation en tant que président intérimaire. C’est lui qui orchestre l’arrivée de Félix Tshisekedi à la tête du parti, non sans tensions.
« Il a verrouillé toutes les structures pour faire place nette autour de Félix », confie un ancien cadre du parti. La base le suit, les adversaires internes sont marginalisés. Mais derrière cette loyauté affichée, un ressentiment s’installe. Kabund ne supporte pas d’être relégué à un rôle secondaire alors qu’il estime avoir façonné l’ascension du président. En 2018, il est élu député national pour la circonscription de Mont-Amba à Kinshasa et devient premier vice-président de l’Assemblée nationale, consolidant sa stature politique.
L’ultimatum qui changea tout
Novembre 2018 restera comme le mois où Jean-Marc Kabund redéfinit les règles du jeu politique. Alors que Genève s’apprêtait à sceller l’unité de l’opposition autour de Martin Fayulu, le secrétaire général de l’UDPS lance un coup de tonnerre. Son discours en lingala, martelé dans les rues de Limete, résonne comme une déclaration de guerre contre les accords conclus sans la base. L’ultimatum donné à son président de parti Félix Tshisekedi révèle un Kabund à la fois arrogant, visionnaire et intraitable, capable de sacrifier l’unité de l’opposition sur l’autel de l’ambition partisane. Ce coup de force, s’il offre la présidence à son camp, scelle aussi les divisions qui affaibliront durablement les adversaires de Tshisekedi.
Face à la pression, Félix Tshisekedi se désolidarise de l’accord de Genève. La candidature commune de l’opposition vole en éclats. Kabund assume : « C’était le prix à payer pour préserver notre identité. » Mais le coup est rude pour la cohésion de l’opposition. Martin Fayulu accuse l’UDPS de « trahison historique », et Moïse Katumbi ne cache pas son amertume. Pour beaucoup, Kabund a privilégié la victoire de son camp au détriment d’une transition inclusive.
La coalition FCC-CACH : un mariage sans amour
Après l’investiture de Félix Tshisekedi, un accord est scellé avec le Front Commun pour le Congo (FCC) de Joseph Kabila. Un pacte de gouvernance imposé par la réalité parlementaire, mais que Kabund n’a jamais digéré. Il qualifie le gouvernement issu de cette coalition de « FCC déguisé », dénonçant une mainmise persistante de Kabila sur les institutions. Dans un élan provocateur, il déclare publiquement que son parti pourrait « pousser Kabila à l’exil et que ce dernier traverserait le fleuve Congo à la nage en direction de Congo Brazzaville » et menaçant de fouiller le passé des dirigeants de l’ancien régime et exposer leurs manœuvres, une menace qui illustre son style combatif.
À Kikwit, en novembre 2020, il explose : « La coalition FCC-CACH se conjugue désormais au passé. Le Congo ne peut plus être l’otage d’un ancien président. » Sa déclaration précède la rupture officielle et les consultations qui mèneront à la création de l’Union sacrée. Une nouvelle fois, Kabund prend de vitesse le chef de l’État. « Il parle sans consulter, comme s’il était co-président », ironise Bertin Mubonzi, cadre de l’UNC. Mais sur le terrain, la base l’applaudit. Kabund a capté le ras-le-bol d’un peuple exaspéré par la paralysie institutionnelle.
Destitution du Palais du peuple : le revers
En mai 2020, Kabund est destitué de son poste de premier vice-président de l’Assemblée nationale, un revers majeur orchestré par le FCC. La destitution est précipitée par un SMS envoyé à un proche de Kabila, dans lequel Kabund critique une parade politique de l’ancien président le 28 avril, perçue comme une tentative d’éclipser Tshisekedi. Irrité, Kabila ordonne aux parlementaires FCC de voter pour son éviction, effective le 25 mai 2020. Malgré les protestations de ses partisans, cette décision marque un tournant, révélant les tensions au sein de la coalition et l’isolement croissant de Kabund.
Jeanine Mabunda : la revanche au Palais du peuple
En décembre 2020, Jeanine Mabunda, présidente de l’Assemblée nationale et figure du FCC, est destituée à la suite d’une pétition soutenue par Kabund. C’est une manœuvre savamment orchestrée, perçue comme une revanche personnelle après sa propre éviction. « Il a fait de cette destitution un combat personnel », commente un député de l’opposition. Pour ses partisans, c’est une démonstration de force : Kabund, même affaibli, a réussi à faire tomber l’un des piliers de Kabila. Cette victoire renforce son aura, mais nourrit aussi l’image d’un homme vindicatif, prêt à défier quiconque se dresse sur son chemin.
La rupture : de fidèle à ennemi du régime
En 2022, le fossé avec Tshisekedi devient infranchissable. Kabund s’en prend directement au chef de l’État, l’accusant d’« incompétence notoire » et de « dérive monarchique ». Il fustige la taxe RAM comme un racket d’État, dénonce les nominations fondées sur le tribalisme et pointe du doigt l’enrichissement de certains proches du président. Il va jusqu’à qualifier Tshisekedi de « danger pour l’État » lors du lancement de son parti, l’Alliance pour le Changement, en juillet 2022.
Son exclusion de l’UDPS, actée en février 2022, résulte de ces critiques et de désaccords stratégiques. Kabund, frustré par son rôle secondaire et par la direction du parti, choisit de rompre avec son camp historique, une décision perçue comme une trahison par certains cadres. Le 19 juillet 2022, il annonce la création de l’Alliance pour le Changement, une formation destinée à incarner « l’alternative éthique ». Dans les jours qui suivent, il est arrêté, poursuivi pour outrage au chef de l’État, et condamné à sept ans de prison en septembre 2023. Pour Amnesty International, il s’agit d’un « cas manifeste d’instrumentalisation de la justice à des fins politiques ».
Une détention qui cristallise
À Makala, Kabund devient une figure de l’opposition incarcérée. Pour ses partisans, il est un prisonnier politique ; pour ses détracteurs, un pyromane en quête de revanche. « Il a franchi la ligne rouge. Quand on touche au sommet, il faut s’attendre à la foudre », commente un ancien conseiller présidentiel. Son absence est un coup dur pour son jeune parti, qui peine à s’organiser. Mais son image ne s’éteint pas. Sur les réseaux sociaux, ses discours circulent, ses anciens propos sont cités, ses portraits brandis dans les manifestations estudiantines.
Le retour en politique : offensive d’un rescapé
Le 21 février 2025, Kabund est libéré, probablement grâce à une grâce présidentielle négociée discrètement. Mais il ne fait aucune concession. Depuis sa résidence de Limete, il déclare : « Le peuple congolais mérite autre chose que la misère, la guerre et le clientélisme. Ce régime a trahi l’espoir. » Il accuse Tshisekedi de favoriser un système tribal, critique les accords miniers signés avec les puissances étrangères, et réclame le retour en RDC de figures exilées. « Il parle comme en 2006. Il n’a pas changé. C’est sa force, mais aussi sa limite », analyse un professeur de sciences politiques à l’Université de Kinshasa.
Un opposant aux marges, mais influent
Aujourd’hui, Kabund évolue en marge des grandes coalitions. Ni membre de Lamuka, ni allié de Moïse Katumbi, il reste seul, un choix stratégique pour incarner une rupture totale. « Il ne croit plus aux compromis », estime un cadre de son parti. Ses messages sur le réseau social X sont massivement partagés, surtout parmi les jeunes diplômés au chômage et les vendeurs du secteur informel. Ses critiques sur l’inefficacité du pouvoir en Ituri et au Nord-Kivu, sur la dollarisation de l’économie ou sur la dépendance aux bailleurs des fonds trouvent un écho dans les couches populaires. Cependant, son discours reste flou sur des questions clés comme la réforme foncière, la fiscalité ou la politique régionale.
Un avenir suspendu entre éclat et isolement
À 44 ans, Jean-Marc Kabund est à la croisée des chemins. Il peut devenir l’un des leaders de l’opposition post-Tshisekedi, à condition de structurer son parti, de nouer des alliances et de se départir de sa posture solitaire. À défaut, il risque de rester une voix isolée, certes puissante, mais sans ancrage électoral. Son défi est clair : transformer la colère qu’il canalise en projet politique crédible. Sa capacité à mobiliser, à parler vrai, à incarner une rupture est réelle. Mais sans appareil solide, sans discours de gouvernance, il pourrait rester cantonné à la contestation. « Kabund est un homme de conviction, mais la politique est aussi un art d’équilibre », note un observateur de l’Union africaine.
Le paradoxe Kabund
Jean-Marc Kabund incarne les tensions d’une démocratie congolaise inachevée. Fidèle à son engagement, mais inflexible. Proche du peuple, mais isolé du pouvoir. Héros pour les uns, provocateur pour les autres, il demeure une pièce maîtresse de l’échiquier politique. Son histoire, marquée par la loyauté, la trahison, le pouvoir, la prison, la gloire et l’oubli, reste celle d’un homme qui a défié les conventions, parfois à ses dépens. À lui maintenant de prouver qu’il peut transcender le rôle de tribun pour devenir une alternative politique solide. Dans un pays où la stabilité reste fragile, sa trajectoire pourrait bien, une fois encore, rebattre les cartes.
Heshima
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Léopards de la RDC : Après l’exploit, l’heure de la confirmation
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3 semaines agoon
juillet 7, 2026By
La redaction
Ils sont revenus. Par la grande porte. Après 52 ans d’absence, les Léopards de la République Démocratique du Congo ont foulé les pelouses américaines du Mondial 2026 avec la détermination de ceux qui n’ont plus rien à perdre. Si l’aventure s’est achevée en seizièmes de finale face à l’Angleterre, elle a laissé un héritage bien plus précieux qu’un simple bilan comptable.
Le retour d’un géant endormi
Pour la RDC, 100 millions d’habitants et une culture footballistique parmi les plus riches du continent, cette qualification était bien plus qu’un exploit sportif. Elle mettait fin à cinq décennies d’attente, depuis l’épopée du Zaïre en 1974, et consacrait le travail de reconstruction engagé sous la houlette de Sébastien Desabre.
Le parcours qualificatif avait déjà valeur de test. Placés dans le groupe B aux côtés du Sénégal, les Léopards ont terminé deuxièmes avec 22 points avant d’écarter le Cameroun puis le Nigeria en barrages. Le dernier obstacle, la Jamaïque, fut franchi en prolongation grâce à Axel Tuanzebe, envoyant toute une nation en délire.
Un Mondial qui change tout
Le groupe K promettait un baptême du feu : Portugal, Colombie et Ouzbékistan. Face aux favoris portugais au NRG Stadium de Houston, les Léopards n’ont pas tremblé. Menés dès la 6e minute, ils ont égalisé juste avant la pause par Yoane Wissa sur corner, pour arracher un nul historique (1-1).
Le sélectionneur adjoint Rafael Hamidi résumait l’exploit : « Ce score de parité face au Portugal, c’était à prendre si on nous l’avait proposé avant le coup d’envoi ». La presse congolaise saluait un système en 3-5-2 particulièrement solide, la discipline collective et les transitions rapides.
Qualifiés pour les seizièmes de finale, les Léopards ont longtemps fait douter l’Angleterre, menant jusqu’à la 76e minute avant de s’incliner 2-1 dans les dernières secondes. Un scénario cruel qui a rappelé les limites d’un groupe prometteur mais encore en apprentissage des grands rendez-vous.
Les enseignements d’une expérience unique
Ce Mondial a livré plusieurs enseignements pour l’avenir. D’abord, une force mentale confirmée. Les barrages contre le Cameroun et le Nigeria avaient déjà forgé ce groupe, capable de rester lucide sous pression. Face au Portugal, les Léopards ont prouvé qu’ils pouvaient rivaliser avec les meilleures nations.
Ensuite, des fragilités structurelles. Comme la Côte d’Ivoire, le Sénégal ou le Japon, la RDC a cédé dans les dernières minutes face à l’Angleterre. Loïc Aumont, spécialiste de la performance, analyse : « Ces sélections possèdent les qualités techniques et physiques. Ce qui fait basculer un match, c’est la gestion des émotions lorsque la pression atteint son maximum ». Un déficit d’expérience à ce niveau que seul le temps et les répétitions pourront combler.
Cap sur la CAN 2027 : un trophée à portée de griffes ?
L’objectif est désormais clair : les Léopards doivent viser le titre lors de la prochaine Coupe d’Afrique des Nations, organisée en 2027 au Kenya, en Ouganda et en Tanzanie.
Le contexte est favorable. Cette génération, portée par Chancel Mbemba, son capitaine de 31 ans, possède une identité de jeu forte et un vécu commun exceptionnel. Le vivier de talents, évoluant pour beaucoup dans les meilleurs championnats européens, n’a jamais été aussi riche.
Le chemin qualificatif pour la CAN 2027 s’annonce abordable, avec un groupe E composé de la Guinée équatoriale, de la Sierra Leone et du Zimbabwe. Mais les Léopards savent désormais qu’aucune montagne n’est insurmontable, comme l’écrivait la presse congolaise avant le choc contre le Portugal : « Aucune montagne n’est insurmontable quand on est déterminé ».
Le défi de la régularité
Si le rêve est permis, la réalité impose de rester humble. Le Mondial a montré que l’écart avec les meilleures nations s’est considérablement réduit, mais que la gestion des moments décisifs reste le nerf de la guerre. Les Léopards devront transformer l’essai en confirmant leur niveau sur la durée, avec un calendrier international exigeant et des joueurs à préserver.
Sébastien Desabre, l’artisan de ce renouveau, aura à cœur de capitaliser sur cette expérience unique pour faire franchir un nouveau palier à sa sélection. La CAN 2027 sera le test ultime : plus qu’une performance, c’est un trophée que la RDC attend. Le message des supporters est clair, comme le résumait un journaliste avant le Mondial : « On ne vous demande pas de dominer le Portugal, mais juste de sortir un match de malade du début à la fin ». Pour la CAN 2027, on leur demande désormais de ramener la coupe à la maison.
Heshima Magazine
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Opposition, CENCO et ECC en consultations au Burundi : Évariste Ndayishimiye dans la peau de Lourenço ?
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3 semaines agoon
juillet 6, 2026By
La redactionUne délégation réunissant des responsables de la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO), de l’Église du Christ au Congo (ECC) et plusieurs figures de l’opposition congolaise séjourne à Bujumbura, au Burundi, pour des consultations consacrées à la crise sécuritaire dans l’Est de la République démocratique du Congo. Organisée à l’invitation du président burundais Évariste Ndayishimiye, cette rencontre alimente les spéculations sur l’émergence d’un nouveau cadre de dialogue politique autour de la paix et de la stabilité dans la région.
Une nouvelle séquence diplomatique s’ouvre dans la recherche d’une issue à la crise qui secoue l’Est de la République démocratique du Congo. Une délégation composée de responsables de la CENCO, de l’ECC ainsi que de plusieurs leaders de l’opposition est arrivée à Bujumbura pour prendre part à des consultations consacrées à la situation sécuritaire et politique en RDC.
Cette mission répond à une invitation du président burundais Évariste Ndayishimiye, qui assure actuellement la présidence en exercice de l’Union africaine (UA). Déjà engagé dans plusieurs initiatives diplomatiques régionales, le chef de l’État burundais entend poursuivre ses efforts afin de rapprocher les différentes parties prenantes et de favoriser une solution politique durable. La délégation est composée du pasteur André Bokundoa, président de l’ECC, du pasteur Éric Senga, de Mgr Donatien Nshole, secrétaire général de la CENCO, ainsi que des opposants Martin Fayulu, Delly Sesanga et Dieudonné Bolengetenge. Les membres de cette mission ont quitté Kinshasa dans la nuit du samedi 4 au dimanche 5 juillet 2026 à bord d’un vol régulier d’Ethiopian Airlines à destination de la capitale burundaise.
Évariste Ndayishimiye dans la peau de Lourenço ?
Cette initiative, qui intervient alors que plusieurs processus de médiation restent inachevés, soulève une interrogation majeure : Évariste Ndayishimiye cherche-t-il à reprendre le flambeau laissé par João Lourenço ou à insuffler une nouvelle dynamique sous l’égide de l’Union africaine ?
Alors que l’Angola avait été mandaté pour faciliter un dialogue intercongolais, la multiplication des divergences avec les autorités congolaises sur le format et le cadre de ces discussions a progressivement conduit le projet dans l’impasse. D’où cette question que se posent plusieurs observateurs de la crise congolaise : João Lourenço a-t-il jeté l’éponge ?
Officiellement mandaté en février dernier pour mener des consultations en vue d’un dialogue politique en RDC, le président angolais peine à concrétiser son initiative et se fait de plus en plus discret. S’il n’a pas officiellement renoncé à sa mission, plusieurs sources diplomatiques citées par Jeune Afrique indiquent que le processus est, pour l’heure, au point mort.
Les consultations de Bujumbura interviennent alors que les combats se poursuivent dans l’Est de la RDC. Plusieurs localités des provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu restent sous le contrôle de l’armée rwandaise et de ses alliés de l’AFC/M23, selon les autorités congolaises, tandis que les initiatives diplomatiques se multiplient pour tenter d’enrayer une crise qui perdure depuis plusieurs années.
Les prémices d’un dialogue inclusif ?
Au-delà de la dimension sécuritaire, la présence conjointe des représentants des Églises et de l’opposition politique confère à ces consultations une portée particulière. Depuis plusieurs mois, la CENCO et l’ECC plaident en faveur d’un dialogue inclusif susceptible de restaurer la cohésion nationale et de créer les conditions d’une paix durable. Leur implication, aux côtés de figures de l’opposition, pourrait traduire une volonté d’élargir les concertations au-delà des seuls canaux gouvernementaux. Selon plusieurs observateurs, cette démarche pourrait également préparer le terrain à un dialogue politique plus large, associant les différentes sensibilités politiques et sociales du pays. Lors de sa récente visite à Kinshasa, le président Évariste Ndayishimiye avait d’ailleurs exprimé son souhait de rencontrer les responsables de l’opposition congolaise avant la marche dite « pacifique » de l’opposition, initialement prévue le 8 juillet puis reportée au 22 juillet. Cette manifestation vise à réclamer la démission du président Félix Tshisekedi, que ses opposants accusent de vouloir modifier la Constitution afin de se maintenir au pouvoir au-delà de 2028, année marquant la fin de son second et dernier mandat.
Si aucun détail officiel n’a encore filtré sur le contenu des échanges à Bujumbura, ces consultations témoignent de la volonté des acteurs régionaux de maintenir la dynamique diplomatique afin de favoriser une désescalade et de rechercher une solution négociée à la crise qui continue de déstabiliser l’Est de la RDC. Reste à savoir si cette initiative débouchera sur un véritable processus de dialogue ou ne constituera qu’une étape supplémentaire dans les multiples médiations en cours. Une chose est certaine : en réunissant autour d’une même table les Églises, l’opposition politique et un acteur régional désormais au premier plan, Bujumbura pourrait devenir le point de départ d’une nouvelle séquence diplomatique dont les développements seront suivis de près, tant en RDC que dans l’ensemble de la région des Grands Lacs.
Heshima Magazine
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ADF : douze années de terreur dans l’Est de la RDC
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4 semaines agoon
juin 29, 2026By
La redaction
Massacres de civils, enlèvements, déplacements de populations et attaques répétées contre les forces de sécurité. Depuis 2014, les Forces démocratiques alliées (ADF) se sont imposées comme l’un des groupes armés les plus meurtriers de l’Est de la République démocratique du Congo (RDC). D’abord rébellion ougandaise réfugiée dans les forêts du Nord-Kivu, le mouvement a progressivement muté pour devenir une organisation terroriste redoutée, responsable de milliers de morts et d’une insécurité persistante dans les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri.
L’histoire des ADF ne commence pas en République démocratique du Congo. Le groupe est créé au milieu des années 1990 en Ouganda par Jamil Mukulu, un opposant au régime du président Yoweri Museveni. Sous la pression de l’armée ougandaise, les rebelles traversent rapidement la frontière et trouvent refuge dans les régions montagneuses et forestières de l’Est congolais, où ils établissent leurs bases arrière. Pendant plusieurs années, les ADF demeurent relativement discrètes, vivant du trafic de ressources naturelles, du commerce illicite et de diverses activités économiques locales. Mais à partir de 2014, la situation bascule. Après une vaste offensive militaire des Forces armées de la RDC (FARDC) contre leurs bastions, le groupe adopte une stratégie de représailles particulièrement violente contre les populations civiles.
Entre octobre 2014 et aujourd’hui, les territoires de Beni, Lubero, Mambasa et Irumu deviennent le théâtre de massacres à répétition. Hommes, femmes et enfants sont tués lors d’attaques nocturnes souvent menées à l’arme blanche. Des villages entiers sont incendiés, tandis que des centaines de personnes sont enlevées. Selon plusieurs organisations nationales et internationales de défense des droits humains, les ADF sont responsables de milliers de morts au cours de la dernière décennie. Le territoire de Beni, dans la province du Nord-Kivu, est particulièrement touché, au point de devenir l’un des symboles de l’insécurité chronique qui frappe l’Est du pays.
De la rébellion au terrorisme…
Au fil des années, le mouvement évolue également sur le plan idéologique. À partir de 2017, plusieurs rapports des Nations unies et d’organismes spécialisés font état d’un rapprochement entre certaines factions des ADF et l’organisation djihadiste État islamique. En 2019, l’État islamique revendique officiellement plusieurs attaques menées dans l’Est de la RDC à travers sa branche dite « Province d’Afrique centrale » (ISCAP). Cette affiliation, contestée à ses débuts par certains experts, se confirme progressivement par la propagande diffusée par les réseaux de l’État islamique et par l’évolution des modes opératoires du groupe. Malgré cela, les ADF conservent des caractéristiques locales fortes, enracinées dans les réalités sécuritaires et économiques de la région des Grands Lacs.
Opérations conjointes « Shujaa »
Face à cette menace, les autorités congolaises ont multiplié les opérations militaires. En mai 2021, le gouvernement instaure l’état de siège dans les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri afin de renforcer la lutte contre les groupes armés. Quelques mois plus tard, la RDC et l’Ouganda lancent conjointement l’opération militaire « Shujaa » pour traquer les combattants ADF dans leurs sanctuaires forestiers.
Malgré près de cinq ans d’efforts conjoints de la RDC et de l’Ouganda dans le cadre de l’opération Shujaa, les zones débarrassées des combattants des ADF sont régulièrement réinfiltrées en l’espace de quelques semaines. Cette situation s’explique notamment par la solidité du système de succession interne du groupe prévue à l’avance, qui lui permet d’avoir une relève rapide du commandement lorsque des dirigeants sont neutralisés. Des allégations de collusion avec des acteurs étatiques, la faiblesse de la gouvernance et l’insuffisance de la protection des civils aggravent également le problème.
L’opération Shujaa repose sur des offensives conjointes, qui vont des opérations de combat mobiles au renseignement humain, visant à démanteler les structures de commandement des ADF et à rétablir l’autorité de l’État dans les zones occupées. Au-delà des approches cinétiques, elle entend soutenir la stabilisation, notamment par la construction de routes et la réinsertion des personnes enlevées. Toutefois, sa stratégie intègre peu d’approches préventives capables de neutraliser les ADF et reste réactive.
Ces offensives permettent de démanteler plusieurs camps rebelles et d’éliminer certains commandants. Toutefois, les ADF démontrent une forte capacité d’adaptation. Fragmentés en petites unités mobiles, leurs combattants continuent de mener des attaques meurtrières contre les civils et les positions militaires. Aujourd’hui encore, malgré les efforts militaires et les initiatives régionales de stabilisation, les ADF figurent parmi les principaux acteurs de l’insécurité dans l’Est de la RDC. Le groupe demeure particulièrement actif dans les zones frontalières entre le Nord-Kivu et l’Ituri, où les populations vivent sous la menace permanente d’incursions armées. Douze ans après le début des massacres de grande ampleur à Beni, la question des ADF reste l’un des défis sécuritaires majeurs de la République démocratique du Congo. Derrière les statistiques et les rapports se trouvent des milliers de familles endeuillées, des villages détruits et des communautés déplacées. Tant que cette menace persistera, la paix durable dans l’Est du pays demeurera un objectif difficile à atteindre, malgré les efforts déployés par les autorités congolaises et leurs partenaires régionaux.
Groupe armé le plus meurtrier en mai 2026
Les ADF ont été responsables du plus grand nombre de victimes civiles dans l’est de la République démocratique du Congo au cours du mois de mai 2026. C’est ce que révèle un rapport publié par l’Institut congolais de recherche sur la politique, la gouvernance et la violence, Ebuteli, qui fait état d’une recrudescence alarmante des attaques contre les populations civiles, notamment dans les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri. L’insécurité continue de faire des ravages dans l’Est de la République démocratique du Congo.
Dans son dernier rapport sur la situation sécuritaire, Ebuteli indique que les ADF demeurent le groupe armé le plus meurtrier de la région, avec au moins 190 civils tués au cours du seul mois de mai 2026. Ce bilan représente une augmentation spectaculaire par rapport au mois d’avril, où 53 victimes civiles avaient été enregistrées. Selon le rapport, cette recrudescence des violences s’est traduite par au moins 36 attaques attribuées aux rebelles ougandais, actifs principalement dans les territoires de Beni, Mambasa, Irumu et Lubero. Les assaillants ont multiplié les incursions meurtrières dans plusieurs villages, ciblant des populations civiles souvent sans défense.
L’un des faits marquants du mois a été le retour des attaques dans la ville de Beni. Dans la nuit du 30 au 31 mai, des combattants ADF ont mené plusieurs incursions simultanées dans la ville et ses environs, causant la mort d’au moins 26 civils. Il s’agit de la première attaque documentée dans la zone urbaine de Beni depuis 2023. Le rapport souligne également que les ADF ont intensifié leurs opérations malgré les offensives conjointes menées par les Forces armées de la RDC (FARDC) et l’armée ougandaise dans le cadre de l’opération Shujaa. Les chercheurs estiment que plusieurs de ces massacres pourraient constituer des représailles aux pressions militaires exercées contre le groupe armé.
Pendant ce temps, d’autres groupes armés restent actifs dans la région. En Ituri, la CODECO et l’URDPC poursuivent leurs activités criminelles, tandis que dans le Nord-Kivu et le Sud-Kivu, les affrontements entre le M23 et divers groupes armés locaux continuent d’alimenter l’instabilité. Toutefois, aucun de ces acteurs n’a atteint le niveau de violence meurtrière enregistré par les ADF au cours du mois de mai.
Alors que les populations de l’est de la RDC espèrent un retour durable de la paix, les conclusions du rapport d’Ebuteli rappellent l’ampleur du défi sécuritaire auquel le pays reste confronté. La montée en puissance des attaques des ADF, combinée à la persistance de multiples foyers de violence, continue de faire peser une lourde menace sur les civils, premiers victimes d’un conflit qui semble loin de s’essouffler.
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