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Jean-Marc Kabund : entre tactique politique, audace et précipitation…
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La redaction
Dans l’arène tumultueuse de la politique congolaise, Jean-Marc Kabund s’impose comme un électron libre, une figure inclassable, à la fois stratège, franc-tireur et provocateur. Tantôt homme d’appareil, tantôt opposant virulent, son parcours épouse les contradictions d’un pays miné par les trahisons, les ambitions et les ruptures. À 44 ans, ce natif de Lubumbashi a démarré sa carrière politique au sein de l’Union pour la Démocratie et le Progrès Social (UDPS), dont il fut l’un des piliers avant d’en devenir l’un des plus farouches critiques.
De son engagement précoce dans l’opposition à sa rupture fracassante avec Félix Tshisekedi, en passant par la prison, la création de son propre parti et son retour dans le paysage politique en 2025, Kabund incarne une certaine idée du militantisme congolais : rugueux, inflexible, et profondément enraciné dans la colère populaire. Son tempérament fougueux, parfois à la limite de l’impulsivité, a forgé sa légende autant qu’il a alimenté ses déboires. De son comportement, comme où il trouait les pneus de véhicules roulant à contre-sens ou lorsqu’il défié la sécurité de la sœur de Félix Tshisekedi dont le véhicule rouler à contre-sens, illustrent un homme prêt à tout pour faire respecter ses principes.
Aux racines de la dissidence : la jeunesse d’un insurgé
Jean-Marc Kabund est né le 3 février 1981 à Lubumbashi, au Katanga, dans un Congo encore dominé par le régime autoritaire de Mobutu Sese Seko. Enfant d’un pays à genoux, il grandit dans une société étouffée par la répression et marquée par la débâcle économique. Il entame des études supérieures à l’Université de Lubumbashi, où il se forme en droit, tout en étant attiré par le discours de contestation porté par Étienne Tshisekedi.
En 2003, alors que la transition post-guerre peine à stabiliser le pays, Kabund s’engage dans l’UDPS. À 22 ans, il choisit le chemin de l’opposition radicale. Très vite, il devient l’un des animateurs les plus visibles des mobilisations contre les fraudes électorales et les violences d’État. Son style direct, son énergie et son langage populaire séduisent la base. « C’était un garçon têtu, mais brave. Il osait ce que beaucoup refusaient de faire », se souvient un ancien militant de l’UDPS à Matete.
L’homme fort de l’appareil UDPS
L’année 2016 marque un tournant. À la faveur de luttes intestines, Kabund est nommé Secrétaire Général de l’UDPS, en remplacement de Bruno Mavungu. À ce poste stratégique, il s’impose comme le maître d’œuvre de la réorganisation du parti. Lorsque Étienne Tshisekedi décède en février 2017, Kabund prend les rênes de la formation en tant que président intérimaire. C’est lui qui orchestre l’arrivée de Félix Tshisekedi à la tête du parti, non sans tensions.
« Il a verrouillé toutes les structures pour faire place nette autour de Félix », confie un ancien cadre du parti. La base le suit, les adversaires internes sont marginalisés. Mais derrière cette loyauté affichée, un ressentiment s’installe. Kabund ne supporte pas d’être relégué à un rôle secondaire alors qu’il estime avoir façonné l’ascension du président. En 2018, il est élu député national pour la circonscription de Mont-Amba à Kinshasa et devient premier vice-président de l’Assemblée nationale, consolidant sa stature politique.
L’ultimatum qui changea tout
Novembre 2018 restera comme le mois où Jean-Marc Kabund redéfinit les règles du jeu politique. Alors que Genève s’apprêtait à sceller l’unité de l’opposition autour de Martin Fayulu, le secrétaire général de l’UDPS lance un coup de tonnerre. Son discours en lingala, martelé dans les rues de Limete, résonne comme une déclaration de guerre contre les accords conclus sans la base. L’ultimatum donné à son président de parti Félix Tshisekedi révèle un Kabund à la fois arrogant, visionnaire et intraitable, capable de sacrifier l’unité de l’opposition sur l’autel de l’ambition partisane. Ce coup de force, s’il offre la présidence à son camp, scelle aussi les divisions qui affaibliront durablement les adversaires de Tshisekedi.
Face à la pression, Félix Tshisekedi se désolidarise de l’accord de Genève. La candidature commune de l’opposition vole en éclats. Kabund assume : « C’était le prix à payer pour préserver notre identité. » Mais le coup est rude pour la cohésion de l’opposition. Martin Fayulu accuse l’UDPS de « trahison historique », et Moïse Katumbi ne cache pas son amertume. Pour beaucoup, Kabund a privilégié la victoire de son camp au détriment d’une transition inclusive.
La coalition FCC-CACH : un mariage sans amour
Après l’investiture de Félix Tshisekedi, un accord est scellé avec le Front Commun pour le Congo (FCC) de Joseph Kabila. Un pacte de gouvernance imposé par la réalité parlementaire, mais que Kabund n’a jamais digéré. Il qualifie le gouvernement issu de cette coalition de « FCC déguisé », dénonçant une mainmise persistante de Kabila sur les institutions. Dans un élan provocateur, il déclare publiquement que son parti pourrait « pousser Kabila à l’exil et que ce dernier traverserait le fleuve Congo à la nage en direction de Congo Brazzaville » et menaçant de fouiller le passé des dirigeants de l’ancien régime et exposer leurs manœuvres, une menace qui illustre son style combatif.
À Kikwit, en novembre 2020, il explose : « La coalition FCC-CACH se conjugue désormais au passé. Le Congo ne peut plus être l’otage d’un ancien président. » Sa déclaration précède la rupture officielle et les consultations qui mèneront à la création de l’Union sacrée. Une nouvelle fois, Kabund prend de vitesse le chef de l’État. « Il parle sans consulter, comme s’il était co-président », ironise Bertin Mubonzi, cadre de l’UNC. Mais sur le terrain, la base l’applaudit. Kabund a capté le ras-le-bol d’un peuple exaspéré par la paralysie institutionnelle.
Destitution du Palais du peuple : le revers
En mai 2020, Kabund est destitué de son poste de premier vice-président de l’Assemblée nationale, un revers majeur orchestré par le FCC. La destitution est précipitée par un SMS envoyé à un proche de Kabila, dans lequel Kabund critique une parade politique de l’ancien président le 28 avril, perçue comme une tentative d’éclipser Tshisekedi. Irrité, Kabila ordonne aux parlementaires FCC de voter pour son éviction, effective le 25 mai 2020. Malgré les protestations de ses partisans, cette décision marque un tournant, révélant les tensions au sein de la coalition et l’isolement croissant de Kabund.
Jeanine Mabunda : la revanche au Palais du peuple
En décembre 2020, Jeanine Mabunda, présidente de l’Assemblée nationale et figure du FCC, est destituée à la suite d’une pétition soutenue par Kabund. C’est une manœuvre savamment orchestrée, perçue comme une revanche personnelle après sa propre éviction. « Il a fait de cette destitution un combat personnel », commente un député de l’opposition. Pour ses partisans, c’est une démonstration de force : Kabund, même affaibli, a réussi à faire tomber l’un des piliers de Kabila. Cette victoire renforce son aura, mais nourrit aussi l’image d’un homme vindicatif, prêt à défier quiconque se dresse sur son chemin.
La rupture : de fidèle à ennemi du régime
En 2022, le fossé avec Tshisekedi devient infranchissable. Kabund s’en prend directement au chef de l’État, l’accusant d’« incompétence notoire » et de « dérive monarchique ». Il fustige la taxe RAM comme un racket d’État, dénonce les nominations fondées sur le tribalisme et pointe du doigt l’enrichissement de certains proches du président. Il va jusqu’à qualifier Tshisekedi de « danger pour l’État » lors du lancement de son parti, l’Alliance pour le Changement, en juillet 2022.
Son exclusion de l’UDPS, actée en février 2022, résulte de ces critiques et de désaccords stratégiques. Kabund, frustré par son rôle secondaire et par la direction du parti, choisit de rompre avec son camp historique, une décision perçue comme une trahison par certains cadres. Le 19 juillet 2022, il annonce la création de l’Alliance pour le Changement, une formation destinée à incarner « l’alternative éthique ». Dans les jours qui suivent, il est arrêté, poursuivi pour outrage au chef de l’État, et condamné à sept ans de prison en septembre 2023. Pour Amnesty International, il s’agit d’un « cas manifeste d’instrumentalisation de la justice à des fins politiques ».
Une détention qui cristallise
À Makala, Kabund devient une figure de l’opposition incarcérée. Pour ses partisans, il est un prisonnier politique ; pour ses détracteurs, un pyromane en quête de revanche. « Il a franchi la ligne rouge. Quand on touche au sommet, il faut s’attendre à la foudre », commente un ancien conseiller présidentiel. Son absence est un coup dur pour son jeune parti, qui peine à s’organiser. Mais son image ne s’éteint pas. Sur les réseaux sociaux, ses discours circulent, ses anciens propos sont cités, ses portraits brandis dans les manifestations estudiantines.
Le retour en politique : offensive d’un rescapé
Le 21 février 2025, Kabund est libéré, probablement grâce à une grâce présidentielle négociée discrètement. Mais il ne fait aucune concession. Depuis sa résidence de Limete, il déclare : « Le peuple congolais mérite autre chose que la misère, la guerre et le clientélisme. Ce régime a trahi l’espoir. » Il accuse Tshisekedi de favoriser un système tribal, critique les accords miniers signés avec les puissances étrangères, et réclame le retour en RDC de figures exilées. « Il parle comme en 2006. Il n’a pas changé. C’est sa force, mais aussi sa limite », analyse un professeur de sciences politiques à l’Université de Kinshasa.
Un opposant aux marges, mais influent
Aujourd’hui, Kabund évolue en marge des grandes coalitions. Ni membre de Lamuka, ni allié de Moïse Katumbi, il reste seul, un choix stratégique pour incarner une rupture totale. « Il ne croit plus aux compromis », estime un cadre de son parti. Ses messages sur le réseau social X sont massivement partagés, surtout parmi les jeunes diplômés au chômage et les vendeurs du secteur informel. Ses critiques sur l’inefficacité du pouvoir en Ituri et au Nord-Kivu, sur la dollarisation de l’économie ou sur la dépendance aux bailleurs des fonds trouvent un écho dans les couches populaires. Cependant, son discours reste flou sur des questions clés comme la réforme foncière, la fiscalité ou la politique régionale.
Un avenir suspendu entre éclat et isolement
À 44 ans, Jean-Marc Kabund est à la croisée des chemins. Il peut devenir l’un des leaders de l’opposition post-Tshisekedi, à condition de structurer son parti, de nouer des alliances et de se départir de sa posture solitaire. À défaut, il risque de rester une voix isolée, certes puissante, mais sans ancrage électoral. Son défi est clair : transformer la colère qu’il canalise en projet politique crédible. Sa capacité à mobiliser, à parler vrai, à incarner une rupture est réelle. Mais sans appareil solide, sans discours de gouvernance, il pourrait rester cantonné à la contestation. « Kabund est un homme de conviction, mais la politique est aussi un art d’équilibre », note un observateur de l’Union africaine.
Le paradoxe Kabund
Jean-Marc Kabund incarne les tensions d’une démocratie congolaise inachevée. Fidèle à son engagement, mais inflexible. Proche du peuple, mais isolé du pouvoir. Héros pour les uns, provocateur pour les autres, il demeure une pièce maîtresse de l’échiquier politique. Son histoire, marquée par la loyauté, la trahison, le pouvoir, la prison, la gloire et l’oubli, reste celle d’un homme qui a défié les conventions, parfois à ses dépens. À lui maintenant de prouver qu’il peut transcender le rôle de tribun pour devenir une alternative politique solide. Dans un pays où la stabilité reste fragile, sa trajectoire pourrait bien, une fois encore, rebattre les cartes.
Heshima
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Culture : De Wendo Kolosoy à Fally Ipupa, l’histoire de l’Ordre national du Léopard
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juin 11, 2026By
La redaction
Depuis l’époque du Zaïre, les distinctions honorifiques constituent l’un des plus hauts symboles de reconnaissance de l’État congolais envers ses citoyens les plus méritants. Parmi elles, l’Ordre national du Léopard occupe une place particulière dans l’histoire institutionnelle du pays. Longtemps réservé aux personnalités ayant rendu des services exceptionnels à la Nation, cet ordre connaît aujourd’hui un regain d’intérêt avec la récente décoration du chanteur Fally Ipupa. Retour sur l’histoire de cette distinction, ses implications civiques et les figures de la musique congolaise qui ont été honorées par l’État.
L’histoire récente de l’Ordre national du Léopard s’est enrichie d’un nouveau chapitre avec la décoration de Fally Ipupa. Par ordonnance présidentielle annoncée le 3 juin 2026, l’artiste a été élevé au grade de Chevalier de l’Ordre national du Léopard et a également reçu la Médaille d’or du Mérite des Arts, Sciences et Lettres. Cette distinction intervient après les deux concerts historiques donnés par l’artiste au Stade de France, les 2 et 3 mai 2026, un exploit salué par les autorités congolaises comme une contribution majeure au rayonnement international de la culture congolaise.
Lors de la cérémonie officielle organisée à la Cité de l’Union africaine à Kinshasa, le 6 juin 2026, le président Félix Tshisekedi a souligné que cette reconnaissance ne récompensait pas seulement un artiste, mais également « un parcours, une discipline, une constance et une capacité à faire voyager l’âme congolaise au-delà des frontières ». En devenant Chevalier de l’Ordre national du Léopard, Fally Ipupa rejoint ainsi le cercle des personnalités distinguées pour leur contribution exceptionnelle au prestige de la République.
Les origines de la politique des distinctions honorifiques
La politique des distinctions honorifiques en République démocratique du Congo trouve ses fondements dans les premières années de l’indépendance. Sous le régime du président Mobutu Sese Seko, plusieurs ordres nationaux sont institués afin de récompenser les citoyens ayant contribué à la grandeur du pays.
Créé par l’ordonnance-loi n° 66-330 du 24 mai 1966, l’Ordre national du Léopard devient rapidement la plus prestigieuse distinction honorifique du Zaïre. L’ordre comprend alors cinq grades : Chevalier, Officier, Commandeur, Grand Officier et Grand Cordon. Le président de la République en est le Grand Chancelier.
Le léopard, symbole de puissance et d’autorité, mais aussi animal emblématique du pays, est choisi pour incarner l’excellence, le patriotisme et le service rendu à la Nation. Au fil des décennies, cette distinction est attribuée à des personnalités politiques, diplomatiques, militaires, scientifiques, sportives et culturelles ayant marqué l’histoire nationale.
De l’Ordre du Léopard à l’Ordre des Héros nationaux
Après la chute du régime de Mobutu en 1997, l’Ordre national du Léopard cesse progressivement d’être attribué. Le président Laurent-Désiré Kabila n’y accorde que peu d’attention. En 2002, sous la présidence de Joseph Kabila, est institué l’Ordre national des Héros nationaux Kabila-Lumumba par la loi n° 009/2002 du 5 août 2002. Cette nouvelle distinction devient la principale référence honorifique de la République, mettant à l’honneur les figures fondatrices de la nation congolaise. Durant cette période, plusieurs artistes, écrivains et opérateurs culturels seront décorés pour leur contribution à la promotion du patrimoine culturel national.
Les grandes décorations du monde culturel
L’une des plus importantes campagnes de distinction du secteur culturel intervient en décembre 2015. À cette occasion, 90 artistes, écrivains et opérateurs culturels sont honorés par l’État congolais. La cérémonie, présidée par Aubin Minaku, alors président de l’Assemblée nationale, récompense des personnalités issues de différents domaines : musique, littérature, théâtre, photographie, critique culturelle et arts plastiques. Parmi les bénéficiaires figurent notamment Simaro Lutumba, Papa Wemba, Werrason, Reddy Amisi, Tshala Muana, Bozi Boziana, JB Mpiana, Jean Goubald Kalala, Jossart Nyoka Longo, Didier Mumengi, Yoka Lye Mudaba, Nseka N’Sele dit Nseman-o-Lutu ou encore Tantu Meyi.
Des chroniqueurs de renom tels que Zacharie Bababaswe, Manda Tchebwa et Bolemba wa Bolemba figurent également parmi les récipiendaires. Cette cérémonie demeure l’une des plus importantes opérations de reconnaissance des acteurs culturels jamais organisées en RDC.
Le retour de l’Ordre national du Léopard
Avec l’adoption de la Constitution de 2006, plusieurs symboles historiques de l’État congolais font progressivement leur retour. Ainsi, les équipes nationales retrouvent en 2007 l’appellation de « Léopards », abandonnant celle de « Simba » adoptée à la fin des années 1990. Toutefois, l’Ordre national des Héros nationaux Kabila-Lumumba demeure la principale distinction officielle pendant les présidences de Joseph Kabila.
En décembre 2025, le Parlement adopte une réforme réhabilitant l’Ordre national du Léopard. Cette décision marque un retour à l’une des plus anciennes traditions honorifiques de la République. Quelques mois plus tard, Fally Ipupa figure parmi les premiers bénéficiaires de cette renaissance dans le secteur culturel.
Les avantages des mérites civiques
Au-delà de leur caractère protocolaire, les distinctions nationales poursuivent plusieurs objectifs. Elles permettent de reconnaître officiellement les citoyens dont les réalisations contribuent au développement ou au rayonnement du pays. Pour les récipiendaires, ces décorations représentent une consécration morale et symbolique. Elles témoignent de la confiance de la République et renforcent la légitimité de leur action auprès de l’opinion publique. Les mérites civiques participent également à la promotion des valeurs de citoyenneté, de patriotisme, d’excellence et d’engagement. En distinguant des parcours exemplaires, l’État encourage la jeunesse à s’investir davantage dans la construction nationale.
Une reconnaissance qui implique des responsabilités
Toutefois, l’honneur accordé par la République s’accompagne d’obligations morales. Les personnalités décorées deviennent des références publiques dont les actes et les prises de position sont observés avec attention. Elles sont appelées à préserver une conduite conforme aux valeurs républicaines, à promouvoir l’image du pays et à poursuivre leur contribution au développement national.
Dans son allocution, Fally Ipupa a lui-même reconnu cette responsabilité : « Aujourd’hui, je reçois cette distinction avec humilité. Je la reçois avec reconnaissance. Je la reçois surtout comme une responsabilité supplémentaire : celle de continuer à servir la culture congolaise, à promouvoir l’excellence et à contribuer au rayonnement de notre beau pays. » Cette dimension de responsabilité explique pourquoi les textes officiels évoquent systématiquement les « services éminemment rendus à la Nation » comme fondement de l’attribution des distinctions honorifiques.
Wendo Kolosoy, une reconnaissance tardive mais historique
Considéré comme l’un des pères de la rumba congolaise moderne, Wendo Kolosoy reçoit en 2004 les insignes de Grand officier de l’Ordre national des Héros nationaux Kabila-Lumumba. Cette distinction lui est décernée sous la présidence de Joseph Kabila en reconnaissance de son immense contribution à la musique et à la culture congolaises. Déjà octogénaire au moment de cette décoration, l’artiste voit enfin l’État reconnaître officiellement son rôle fondateur dans l’histoire de la musique congolaise moderne. Auteur du mythique « Marie-Louise » en 1948, Wendo Kolosoy a influencé plusieurs générations de musiciens, de Franco Luambo à Papa Wemba, jusqu’aux artistes contemporains. Décédé le 28 juillet 2008 à Kinshasa, il demeure l’une des figures les plus emblématiques du patrimoine culturel national.
Contrairement à Wendo Kolosoy, décoré en 2004 par l’État congolais, aucune source officielle consultée ne permet d’affirmer avec certitude que Joseph Kabasele alias Grand Kallé, pourtant considéré comme le père de la musique congolaise moderne, ait bénéficié d’une décoration nationale de son vivant. Cette absence de reconnaissance officielle est souvent citée parmi les paradoxes de l’histoire culturelle congolaise, au regard de l’immense contribution de l’auteur d’“Indépendance Cha-Cha” au rayonnement du Congo.
Une distinction réservée à des personnalités d’exception
Le prestige de cette distinction se mesure également à travers les personnalités qui l’ont reçue au cours de l’histoire. Parmi elles figurent notamment Jean Bolikango, l’ancien président égyptien Hosni Moubarak ou encore le légendaire footballeur Ndaye Mulamba. En octobre 1969, le président Mobutu décerne également l’Ordre national du Léopard aux astronautes de la mission Apollo 11 : Neil Armstrong, Michael Collins et Buzz Aldrin, premiers hommes à avoir accompli la conquête lunaire. C’est dans cette prestigieuse tradition que s’inscrit désormais Fally Ipupa N’simba, nouvelle figure culturelle honorée par la République démocratique du Congo.
À travers l’Ordre national du Léopard et les autres distinctions honorifiques, la République démocratique du Congo perpétue une tradition de reconnaissance des citoyens qui participent à son prestige et à son développement. Plus qu’un simple insigne, le mérite civique demeure un pacte moral entre la Nation et ceux qu’elle choisit d’honorer. Dans un pays où la culture constitue l’un des principaux instruments de rayonnement international, la décoration d’artistes tels que Fally Ipupa rappelle que la musique, au même titre que la science, le sport ou le service public, peut devenir un véritable acte de citoyenneté et de promotion nationale.
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Changement de constitution : l’Église protestante se démarque des catholiques en prônant un cadre national et apaisé
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2 jours agoon
juin 9, 2026By
La redaction
Alors que le débat sur une éventuelle réforme de la Constitution continue de diviser la classe politique et l’opinion publique en République démocratique du Congo (RDC), l’Église du Christ au Congo (ECC) a adopté une position qui se distingue sensiblement de celle de l’Église catholique. Réunie à Kinshasa dans le cadre de sa 66ᵉ session extraordinaire, l’Église protestante appelle à l’ouverture d’un cadre national inclusif et apaisé pour examiner toute initiative de réforme constitutionnelle. Une position qui ne fait pas l’unanimité, notamment au sein de l’opposition politique.
Dans une déclaration rendue publique le dimanche 7 juin, l’ECC estime qu’une éventuelle réforme de la loi fondamentale doit impérativement respecter les dispositions constitutionnelles en vigueur et s’inscrire dans une démarche consensuelle. L’institution protestante souligne notamment la nécessité d’un « cadre national inclusif et apaisé », conformément aux articles 5, 218, 219 et 220 de la Constitution congolaise.
L’organisation dirigée par le révérend André-Gédéon Bokundoa Bo-Likabe invite les acteurs politiques à privilégier le dialogue démocratique et la recherche du consensus. Selon l’ECC, les tensions qui entourent actuellement la question constitutionnelle exigent davantage de concertation que de confrontation. Elle appelle ainsi les différentes parties prenantes à « construire des ponts » à travers un dialogue national susceptible de déboucher sur des solutions durables pour le pays.
L’ECC s’écarte-t-elle de la CENCO ?
Habituée à agir de concert avec l’Église catholique sur les grandes questions politiques nationales, l’Église protestante a, sur ce dossier, adopté une position distincte de celle de la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO).
Cette posture contraste avec celle exprimée depuis plusieurs mois par les évêques catholiques, qui ont multiplié les mises en garde contre l’opportunité d’ouvrir un chantier constitutionnel dans le contexte actuel, marqué par les défis sécuritaires et politiques. En mars dernier, la CENCO jugeait « hasardeux » le débat sur la révision de la Constitution, estimant que les priorités nationales se situent ailleurs, notamment dans la recherche de la paix et la stabilisation de l’Est du pays.
Seth Kikuni accuse l’ECC de « neutralité complaisante »
Dans une lettre ouverte adressée aux responsables de l’ECC, notamment aux révérends André-Gédéon Bokundoa et Éric Senga, l’opposant Seth Kikuni critique vivement la déclaration issue de la 66ᵉ session extraordinaire de cette institution religieuse concernant le débat sur la réforme constitutionnelle en République démocratique du Congo.
L’ancien candidat à l’élection présidentielle reproche à l’ECC d’avoir considéré comme « pertinentes et constructives » les différentes réflexions sur une éventuelle révision de la Constitution. Selon lui, une telle position revient à placer sur un même pied d’égalité la défense de l’ordre constitutionnel et les initiatives visant à le modifier.
Pour Seth Kikuni, le contexte actuel, marqué par l’insécurité, les déplacements de populations et les difficultés socio-économiques, ne justifie pas l’ouverture d’un débat sur la Constitution. Il soutient que les préoccupations prioritaires des Congolais demeurent la paix, la sécurité, l’éducation, les infrastructures et l’amélioration des conditions de vie.
L’opposant appelle ainsi l’ECC à adopter une position plus ferme en faveur du respect strict des articles 218, 219 et 220 de la Constitution. Il exhorte également l’Église à abandonner ce qu’il qualifie de « neutralité complaisante » et à assumer pleinement son rôle prophétique en s’opposant clairement à toute initiative susceptible de remettre en cause les acquis démocratiques.
Des partisans de l’Union sacrée saluent l’ECC
À l’inverse, certains partisans du pouvoir saluent la position de l’ECC qui tranche, selon eux, avec celle de l’Église catholique. Steve Mbikayi, président du Parti travailliste (PT), pense que cette position de l’ECC est à encourager. Cet homme politique défend depuis quelques mois un remplacement de la Constitution de 2006 taxée de « transitoire ». Dans une tribune publiée sous le numéro 228 de sa série de cartes blanches, Steve Mbikayi défend une thèse qui s’écarte de l’interprétation dominante des juristes : la Constitution de 2006 serait, dans son essence, un texte transitoire et non l’expression définitive de la souveraineté populaire congolaise. Une manière, selon ses détracteurs, de plaider en faveur de son remplacement par une nouvelle loi fondamentale.
L’argument central de Steve Mbikayi repose sur les conditions d’élaboration du texte fondamental. Rédigée par d’anciens belligérants à l’issue d’un processus de paix, la Constitution de 2006 a été promulguée par le président Joseph Kabila, qui ne disposait pas, à l’époque, d’un mandat issu d’élections démocratiques ordinaires. Ses rédacteurs n’avaient pas non plus reçu de mandat direct du peuple. Pour l’auteur, ces conditions rapprochent davantage ce texte des constitutions issues de périodes de transition ou de rupture institutionnelle que d’une constitution élaborée selon les standards classiques de la démocratie représentative.
ECC, une approche plus prudente sur un sujet sensible
Dès 2024, alors que les discussions sur un éventuel changement ou une révision de la Constitution commençaient à prendre de l’ampleur, l’ECC avait déjà adopté une approche plus prudente que celle de l’Église catholique. L’institution protestante plaidait alors pour un « cadre consensuel et apaisé » afin de traiter les questions touchant à l’intérêt supérieur de la Nation, tout en annonçant une réflexion interne destinée à formuler des propositions consensuelles.
Cette différence d’approche ne signifie toutefois pas une rupture entre les deux principales confessions chrétiennes du pays. L’ECC et la CENCO continuent de collaborer sur plusieurs dossiers nationaux, notamment à travers leur initiative commune du « Pacte social pour la paix et le bien-vivre ensemble », lancée au début de l’année 2025 afin de promouvoir le dialogue et la cohésion nationale.
Alors que le débat constitutionnel demeure l’un des sujets les plus sensibles de la scène politique congolaise, la prise de position de l’ECC pourrait contribuer à relancer les appels à une concertation nationale. Reste à savoir si cette voie du dialogue inclusif trouvera un écho auprès des acteurs politiques dans un contexte où les positions demeurent fortement polarisées.
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RDC-Danemark (0-0) : un premier test rassurant, mais des réglages offensifs à trouver avant le Mondial
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6 jours agoon
juin 5, 2026By
La redactionPour son premier match de préparation à la Coupe du monde 2026, la République démocratique du Congo a tenu en échec le Danemark (0-0), mercredi 3 juin à Liège, en Belgique. Face à une sélection européenne réputée pour sa discipline tactique, les Léopards ont affiché de la solidité et de l’organisation, tout en révélant quelques limites dans l’animation offensive. Un deuxième rendez-vous est prévu le 9 juin en Espagne contre le Chili avant leur entrée en lice au Mondial.
Le résultat brut ne raconte pas tout de ce premier match de préparation. Certes, les Léopards n’ont pas trouvé le chemin des filets face au Danemark, mais ce match nul vierge constitue un premier enseignement encourageant dans la préparation de la RDC à sa première Coupe du monde depuis 1974. Face à une équipe danoise classée parmi les nations les plus compétitives d’Europe, les hommes de Sébastien Desabre ont démontré leur capacité à rivaliser dans l’intensité et l’organisation collective. Sur le plan défensif, les Congolais ont livré une prestation sérieuse. Le bloc est resté compact, limitant les espaces et contenant efficacement les offensives danoises. Si les Scandinaves se sont procuré quelques occasions dangereuses, notamment sur des frappes ayant trouvé les montants, la RDC a su faire preuve de solidité pour préserver sa cage inviolée.
L’autre motif de satisfaction réside dans la discipline tactique affichée durant les 90 minutes. Les Léopards n’ont jamais semblé dépassés malgré la qualité technique de leur adversaire. Cette capacité à rester organisés sera précieuse lors du Mondial, où ils devront affronter des sélections du calibre du Portugal et de la Colombie.
Le secteur offensif, seul véritable chantier
En revanche, l’animation offensive demeure un chantier ouvert. Cédric Bakambu s’est procuré l’une des meilleures occasions congolaises, mais l’efficacité dans le dernier geste a fait défaut. Tout au long de la rencontre, les transitions ont parfois manqué de vitesse et de précision, tandis que les derniers choix offensifs n’ont pas toujours été les plus judicieux. Plusieurs observateurs ont relevé un manque de percussion dans les trente derniers mètres, un aspect que le staff technique devra corriger rapidement afin de gagner en efficacité avant le début de la compétition.
Ce premier test avait justement pour objectif d’évaluer le niveau réel des Léopards face à une opposition européenne exigeante. De ce point de vue, la mission est accomplie. La RDC a démontré qu’elle possédait les ressources collectives nécessaires pour tenir tête à un adversaire mieux classé sur l’échiquier mondial, tout en identifiant les secteurs nécessitant encore des ajustements avant le grand rendez-vous américain.
Desabre satisfait et promet une montée en puissance
Après un début de rencontre marqué par une certaine prudence, les Léopards ont progressivement pris confiance et sont parvenus à mieux se projeter vers l’avant. Cette montée en puissance leur a permis de se créer plusieurs opportunités, dont la plus nette est venue de Cédric Bakambu. Bien servi dans la surface, l’attaquant du Betis Séville s’est retrouvé en excellente position, mais a buté sur le gardien danois, auteur d’une intervention décisive.
Pour le sélectionneur Sébastien Desabre, cette prestation reste néanmoins encourageante. Le technicien français estime que son équipe dispose encore d’une marge de progression avant l’échéance du 17 juin à Houston face au Portugal. « C’est un match qui s’est joué sur des détails. Nous aurions pu remporter la rencontre et nous avons également concédé quelques frappes lointaines qui auraient pu nous mettre en difficulté. Dans l’ensemble, il y a des choses à améliorer, bien évidemment. Nous avions choisi cette équipe du Danemark parce qu’elle est très athlétique, très dynamique et composée de joueurs évoluant dans des championnats de haut niveau. Au regard de l’intensité mise par les deux équipes, c’était un match de très bon niveau pour une rencontre amicale », a déclaré Sébastien Desabre en conférence de presse d’après-match.
Face au Chili, un test grandeur nature avant le Portugal
Après plusieurs incertitudes liées à des préoccupations sanitaires autour du virus Ebola, le match amical entre la RDC et le Chili, initialement prévu à Marbella, a finalement été délocalisé à Malaga, toujours en Espagne. Selon plusieurs sources, la rencontre devrait se disputer à huis clos afin de limiter les risques liés à l’affluence du public. Quelques jours auparavant, l’organisation du match avait été compromise par l’intervention des autorités locales espagnoles.
Dans un décret officiel, Juan Franco, maire de La Línea de la Concepción, commune andalouse située à proximité de Gibraltar, avait interdit la tenue de la rencontre dans sa municipalité. « Je viens de signer le décret par lequel n’est pas autorisée la tenue du match prévu le 9 juin prochain au stade municipal entre les sélections de la République démocratique du Congo et du Chili », avait-il déclaré dans un message audio diffusé par sa mairie.
Finalement maintenu dans une autre ville, ce duel face au Chili représentera un test particulièrement intéressant pour les Léopards. Il constituera notamment un point de comparaison indirect avec le Portugal, premier adversaire de la RDC au Mondial. En effet, la sélection chilienne doit affronter le Portugal le 6 juin dans le cadre de sa préparation. Cette confrontation permettra au staff congolais de disposer d’éléments de référence supplémentaires avant l’entrée en lice des Léopards, tout en évaluant leur niveau face à un adversaire qui aura lui-même croisé le fer avec les Portugais quelques jours auparavant.
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