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AFC/M23 : Corneille Nangaa entre enchères et désespoir
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1 an agoon
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La redaction
Le processus de paix enclenché par l’administration Trump entre la République démocratique du Congo (RDC) et le Rwanda n’est visiblement pas du goût du coordonnateur de l’Alliance Fleuve Congo (AFC), plateforme politico-militaire comprenant le Mouvement du 23 mars (M23) soutenu par Kigali. Nangaa affirme vouloir continuer la guerre jusqu’au départ du président Félix Tshisekedi et rejette les discussions sur un deal minier entre la RDC et Washington. Une enchère qui peut traduire la frustration d’un homme qui rêvait grand.
La région de l’Est de la RDC est le théâtre de conflits armés depuis des décennies, marquée par des tensions persistantes entre la RDC et le Rwanda. Ces affrontements trouvent leurs racines dans les séquelles des guerres des années 1990, notamment le génocide rwandais de 1994, qui a entraîné des flux de réfugiés et des luttes pour le contrôle des ressources dans les provinces du Nord et Sud-Kivu. Le M23, apparu en 2012 et relancé ces dernières années avec le soutien de Kigali, est l’un des nombreux groupes armés impliqués dans des violences ayant causé des déplacements massifs de populations. Les négociations de paix actuelles entre la RDC et le Rwanda s’inscrivent dans une tentative de mettre fin à ces cycles de conflits et de stabiliser une région riche en minerais mais fragilisée par l’insécurité.
Devant le miroir, dans son QG de Goma, Corneille Nangaa se serait déjà fait une image de lui, puissant et conquérant le pouvoir à Kinshasa. Mais les négociations de Doha et de Washington ont refroidi ses ardeurs, d’où sa colère suivie d’une surenchère guerrière. Sa dernière interview accordée au média britannique The Telegraph illustre un homme partagé entre deux extrêmes : la témérité pour une conquête de l’impérium et un désespoir d’avoir loupé ce coche. Cela, au point de se dresser sur le chemin de l’administration américaine en refusant les accords de paix en cours de préparation mais aussi le deal minier en vue entre Kinshasa et Washington.
En scrutant ses propos, l’ancien président de la Commission électorale nationale indépendante (CENI) n’arrive toujours pas à se départir du présumé « deal » signé entre le président Félix Tshisekedi et son prédécesseur Joseph Kabila après l’élection présidentielle de 2018. Pour Nangaa, l’actuel chef de l’État ne peut rien signer au nom de la RDC, ne respectant pas, selon lui, des engagements. « Il n’est pas fiable », a-t-il lancé. « Tout ce qu’il acceptera aujourd’hui sera vite oublié », enchaîne Nangaa. Même si Kinshasa et Washington signent un accord, « le peuple congolais s’y opposera ». Corneille Nangaa estime par ailleurs que les Américains ont le droit de conclure ce genre d’accord, mais « ils doivent s’adresser aux bonnes personnes et aujourd’hui, les bonnes personnes à qui s’adresser sont les membres de l’Alliance Fleuve Congo ». Puisque ce n’est pas lui qui signe avec Washington, Nangaa a rejeté les appels à la fin des violences et promet de continuer sa rébellion jusqu’à Kinshasa.
Une surenchère pour négocier en position de force ?
Une autre lecture de la sortie médiatique de Corneille Nangaa suggère que son refus des négociations pourrait être une stratégie délibérée de surenchère. En rejetant publiquement les pourparlers, Nangaa pourrait chercher à faire pression sur Kinshasa et ses partenaires internationaux pour obtenir des concessions plus avantageuses. Le contrôle de villes stratégiques comme Goma et Bukavu, ainsi que des territoires riches en ressources minières, confère à l’AFC/M23 un levier économique et politique significatif. En laissant entendre qu’il pourrait se contenter de maintenir ces territoires sous son emprise, une sorte de « proto-État » autonome, Nangaa envoie un message clair : déposer les armes a un prix, et ce prix doit être à la hauteur des gains économiques et politiques que représente le statu quo. Cette posture pourrait viser à forcer le gouvernement congolais à offrir des garanties substantielles, comme une amnistie élargie, une intégration politique ou militaire, un poste politique de premier plan, voire une reconnaissance de certains acquis territoriaux, pour convaincre l’AFC/M23 de renoncer à la lutte armée. Une telle stratégie, bien que risquée, reflète la volonté de Nangaa de négocier en position de force, tout en capitalisant sur les ressources et l’influence que son mouvement tire des zones sous son contrôle.
Les derniers soubresauts de la mort de l’AFC ?
La réaction de Corneille Nangaa pourrait aussi traduire un malaise. Son avenir politique après la rébellion ne semble pas toujours pris en compte. Sa réaction pourrait être perçue comme les derniers soubresauts de la mort programmée de son mouvement insurrectionnel, l’AFC. Des négociations en cours à Doha et à Washington n’ont visiblement pas encore répondu à ses ambitions personnelles. Si les accords de paix entre la RDC et le Rwanda aboutissent, l’AFC n’aura plus de soutien militaire. Ce qui rend ce mouvement fragile. Le M23, comparativement à l’AFC, a des revendications identitaires. Les hommes de Sultani Makenga n’ont jamais rêvé de prendre le pouvoir à Kinshasa, avant leur alliance avec Corneille Nangaa. Ce qui pourrait provoquer un schisme entre l’AFC et le M23 au cas où ce dernier trouve des réponses à ses revendications identitaires.
Qu’est-ce que Nangaa peut gagner dans ces négociations ?
Condamné à mort le 8 août 2024 par la Cour militaire de Kinshasa-Gombe, le coordonnateur de l’AFC/M23 a été reconnu coupable de crimes de guerre, de trahison et de participation à un mouvement insurrectionnel. Parmi les autres personnes condamnées, il y a notamment Sultani Makenga et Bertrand Bisimwa, respectivement responsables militaire et civil de la branche M23. La justice militaire avait également ordonné « l’arrestation immédiate » de Nangaa, jugé par contumace, et la « confiscation de ses biens ».
Ces condamnations à mort pourraient être utilisées par le gouvernement comme monnaie d’échange dans les discussions en cours à Doha, au Qatar. Kinshasa, qui négocie également en position de faiblesse après avoir perdu le contrôle des villes clés comme Goma et Bukavu, pourrait faire d’énormes concessions aux rebelles. Une loi d’amnistie pourrait être votée au Parlement afin de disculper Corneille Nangaa et les autres cadres de l’AFC/M23 sous sanctions judiciaires. Mais une telle concession risque de ne pas être suffisante pour les rebelles. La prime à l’impunité pourrait aller jusqu’à les intégrer au sein du gouvernement en ce qui concerne des rebelles civils et au sein des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) pour des combattants du M23. Cependant, de telles concessions pourraient susciter un tollé au sein de l’opinion congolaise.
Implications des négociations de paix pour les acteurs impliqués
Les pourparlers entre la RDC et le Rwanda portent des enjeux majeurs pour les différentes parties. Pour la RDC, un accord pourrait mettre fin aux violences dans l’Est et permettre une reconstruction économique et sociale. Pour le Rwanda, qui soutient toujours des groupes comme le M23 pour maintenir son influence régionale, un accord pourrait signifier une réduction de cette emprise, mais aussi une normalisation des relations avec son voisin. Pour le M23 et l’AFC, la fin du soutien rwandais risquerait d’affaiblir leurs capacités militaires et politiques, les obligeant à revoir leurs stratégies. Les populations locales, principales victimes des violences, pourraient enfin espérer une accalmie, bien que la mise en œuvre d’un tel accord reste incertaine face aux rivalités historiques et aux intérêts économiques en jeu.
Possible récupération de ses biens confisqués
Au-delà d’un éventuel gain politique, Corneille Nangaa pourrait d’abord militer pour la récupération de ses innombrables biens dont la majorité ont été confisqués par la justice. Il s’agit de plusieurs villas situées sur le Boulevard Tshatshi à Gombe ou à Ma Campagne (Ngaliema), des concessions et des appartements situés dans d’autres quartiers huppés de Kinshasa, y compris l’hôtel Castelo, sur Pince de Liège, à Gombe. Tous ces biens ont d’abord été mis en vente avant d’être placés finalement sous la responsabilité du ministère de la Justice.
Une source encore non authentifiée évoque une « note confidentielle » transmise par Corneille Nangaa au ministre des Affaires étrangères rwandais, Olivier Nduhungirehe, en prévision de la signature d’un accord de paix entre la RDC et le Rwanda aux États-Unis. Corneille Nangaa voudrait savoir le sort qui lui est réservé dans ces discussions interétatiques. Cette note porterait notamment sur la récupération de ses biens et l’abandon des charges judiciaires qui pèsent sur lui.
Nangaa, le basculement de la vie d’un technocrate
Né en 1970 à Bagboya, dans la province du Haut-Uele, Corneille Nangaa Yobeluo a eu une trajectoire politique insoupçonnée. Le basculement vers l’extrême est arrivé en décembre 2023, lorsqu’il annonce la création de l’Alliance Fleuve Congo (AFC) depuis Nairobi, au Kenya. « Tout le monde est un peu pris de court : on a connu le Corneille Nangaa expert électoral, le Corneille Nangaa opposant politique, on découvre aujourd’hui le Corneille Nangaa rebelle, même s’il réfute l’usage de ce terme et préfère se présenter comme un “révolutionnaire” », rappelle Jeune Afrique dans un décryptage vidéo consacré à cet homme politique proche de Joseph Kabila.
Ce technocrate formé à la faculté de l’économie de l’Université de Kinshasa a joué un rôle dans l’organisation des élections de 2018, marquées par de multiples accusations de fraude, faisant de lui déjà une figure controversée. C’est au terme de ces élections qu’il se rapproche du nouveau président élu, Félix Tshisekedi, dont il devient un allié éphémère avant de se retourner contre lui.
En sa qualité de président de la CENI, Corneille Nangaa avait proclamé M. Tshisekedi vainqueur de cette présidentielle. La page électorale tournée, l’homme s’attendait visiblement à plus de récompense de la part du successeur de Joseph Kabila. La raison : il se vante d’avoir été dans les secrets des dieux au moment de la signature d’un « deal » entre Joseph Kabila et Félix Tshisekedi. Ce dernier aurait été préféré à Martin Fayulu supposé vrai vainqueur de la présidentielle mais qui ne présentait aucune garantie de sécurité pour le régime sortant. Depuis Goma, Nangaa a confirmé qu’il y a bien eu un accord entre Félix Tshisekedi et son prédécesseur. D’ailleurs, il ne cessait de le répéter depuis son départ du pays pour l’exil. « Monsieur Tshisekedi devrait se regarder dans un miroir avant de parler de l’accord qui le lie à son prédécesseur. Il s’agit d’un acte d’État qui ne peut être remis en cause par des simples sautes d’humeur. En politique, nier sa signature est extrêmement dangereux. Tout ce que je déplore, c’est cette superficialité avec laquelle le président Tshisekedi répond de ses engagements », avait-il expliqué avant de formaliser sa rébellion en décembre 2023. Une frustration qui démontre qu’il a rejoint la rébellion du M23 pour se venger d’un « deal » non respecté.
Nangaa et son rêve de remplacer Tshisekedi
Après avoir été séduit par l’avancée fulgurante du M23 dans les Kivu, menaçant la ville de Kisangani, Corneille Nangaa ne faisait plus mystère de son rêve : atteindre Kinshasa et détruire le « monstre » qu’il aurait lui-même créé. Galvanisé par des thuriféraires comme Henry Magie Walifetu – membre du PPRD de Joseph Kabila ayant rejoint également la rébellion – Corneille Nangaa pensait déjà prendre le pouvoir à Kinshasa. Ce rêve est en passe de tomber à l’eau après les discussions entamées entre la RDC et le Rwanda à Washington, aux États-Unis. Le pays de « Mille collines », qui a été le principal artificier dans cette crise qui embrase l’Est de la RDC, pourrait tourner le dos à Nangaa, un allié de circonstance pour Kigali. Voir le Rwanda conclure un accord de paix avec la RDC, autour du 2 mai prochain, constitue la fin d’un soutien politique et militaire à l’AFC/M23. Et, peut-être, la fin d’un rêve. Félix Tshisekedi, qui a finalement tendu la main aux rebelles, restera aux commandes de ce pays-continent encore pendant 3 ans et 7 mois. Sauf un coup de théâtre contre la République !
Les motivations de Nangaa et les conséquences possibles
Les motivations de Corneille Nangaa semblent multiples. Elles pourraient mêler des ambitions politiques personnelles à un désir de revanche contre Félix Tshisekedi, qu’il accuse d’avoir trahi un accord passé et de lui avoir pris ses carrés miniers. Certains observateurs estiment également que Nangaa chercherait à défendre les intérêts de ses partisans au sein de l’AFC, dans un contexte où sa condamnation à mort limite ses options. Ses actions, notamment son rejet des négociations de paix, pourraient prolonger les violences dans l’Est de la RDC et compliquer les efforts de stabilisation. Cependant, si les pourparlers aboutissent et que le Rwanda retire son soutien, Nangaa risque de se retrouver isolé, fragilisant davantage son mouvement et ses aspirations.
Heshima
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Léopards de la RDC : Après l’exploit, l’heure de la confirmation
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3 semaines agoon
juillet 7, 2026By
La redaction
Ils sont revenus. Par la grande porte. Après 52 ans d’absence, les Léopards de la République Démocratique du Congo ont foulé les pelouses américaines du Mondial 2026 avec la détermination de ceux qui n’ont plus rien à perdre. Si l’aventure s’est achevée en seizièmes de finale face à l’Angleterre, elle a laissé un héritage bien plus précieux qu’un simple bilan comptable.
Le retour d’un géant endormi
Pour la RDC, 100 millions d’habitants et une culture footballistique parmi les plus riches du continent, cette qualification était bien plus qu’un exploit sportif. Elle mettait fin à cinq décennies d’attente, depuis l’épopée du Zaïre en 1974, et consacrait le travail de reconstruction engagé sous la houlette de Sébastien Desabre.
Le parcours qualificatif avait déjà valeur de test. Placés dans le groupe B aux côtés du Sénégal, les Léopards ont terminé deuxièmes avec 22 points avant d’écarter le Cameroun puis le Nigeria en barrages. Le dernier obstacle, la Jamaïque, fut franchi en prolongation grâce à Axel Tuanzebe, envoyant toute une nation en délire.
Un Mondial qui change tout
Le groupe K promettait un baptême du feu : Portugal, Colombie et Ouzbékistan. Face aux favoris portugais au NRG Stadium de Houston, les Léopards n’ont pas tremblé. Menés dès la 6e minute, ils ont égalisé juste avant la pause par Yoane Wissa sur corner, pour arracher un nul historique (1-1).
Le sélectionneur adjoint Rafael Hamidi résumait l’exploit : « Ce score de parité face au Portugal, c’était à prendre si on nous l’avait proposé avant le coup d’envoi ». La presse congolaise saluait un système en 3-5-2 particulièrement solide, la discipline collective et les transitions rapides.
Qualifiés pour les seizièmes de finale, les Léopards ont longtemps fait douter l’Angleterre, menant jusqu’à la 76e minute avant de s’incliner 2-1 dans les dernières secondes. Un scénario cruel qui a rappelé les limites d’un groupe prometteur mais encore en apprentissage des grands rendez-vous.
Les enseignements d’une expérience unique
Ce Mondial a livré plusieurs enseignements pour l’avenir. D’abord, une force mentale confirmée. Les barrages contre le Cameroun et le Nigeria avaient déjà forgé ce groupe, capable de rester lucide sous pression. Face au Portugal, les Léopards ont prouvé qu’ils pouvaient rivaliser avec les meilleures nations.
Ensuite, des fragilités structurelles. Comme la Côte d’Ivoire, le Sénégal ou le Japon, la RDC a cédé dans les dernières minutes face à l’Angleterre. Loïc Aumont, spécialiste de la performance, analyse : « Ces sélections possèdent les qualités techniques et physiques. Ce qui fait basculer un match, c’est la gestion des émotions lorsque la pression atteint son maximum ». Un déficit d’expérience à ce niveau que seul le temps et les répétitions pourront combler.
Cap sur la CAN 2027 : un trophée à portée de griffes ?
L’objectif est désormais clair : les Léopards doivent viser le titre lors de la prochaine Coupe d’Afrique des Nations, organisée en 2027 au Kenya, en Ouganda et en Tanzanie.
Le contexte est favorable. Cette génération, portée par Chancel Mbemba, son capitaine de 31 ans, possède une identité de jeu forte et un vécu commun exceptionnel. Le vivier de talents, évoluant pour beaucoup dans les meilleurs championnats européens, n’a jamais été aussi riche.
Le chemin qualificatif pour la CAN 2027 s’annonce abordable, avec un groupe E composé de la Guinée équatoriale, de la Sierra Leone et du Zimbabwe. Mais les Léopards savent désormais qu’aucune montagne n’est insurmontable, comme l’écrivait la presse congolaise avant le choc contre le Portugal : « Aucune montagne n’est insurmontable quand on est déterminé ».
Le défi de la régularité
Si le rêve est permis, la réalité impose de rester humble. Le Mondial a montré que l’écart avec les meilleures nations s’est considérablement réduit, mais que la gestion des moments décisifs reste le nerf de la guerre. Les Léopards devront transformer l’essai en confirmant leur niveau sur la durée, avec un calendrier international exigeant et des joueurs à préserver.
Sébastien Desabre, l’artisan de ce renouveau, aura à cœur de capitaliser sur cette expérience unique pour faire franchir un nouveau palier à sa sélection. La CAN 2027 sera le test ultime : plus qu’une performance, c’est un trophée que la RDC attend. Le message des supporters est clair, comme le résumait un journaliste avant le Mondial : « On ne vous demande pas de dominer le Portugal, mais juste de sortir un match de malade du début à la fin ». Pour la CAN 2027, on leur demande désormais de ramener la coupe à la maison.
Heshima Magazine
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Opposition, CENCO et ECC en consultations au Burundi : Évariste Ndayishimiye dans la peau de Lourenço ?
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3 semaines agoon
juillet 6, 2026By
La redactionUne délégation réunissant des responsables de la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO), de l’Église du Christ au Congo (ECC) et plusieurs figures de l’opposition congolaise séjourne à Bujumbura, au Burundi, pour des consultations consacrées à la crise sécuritaire dans l’Est de la République démocratique du Congo. Organisée à l’invitation du président burundais Évariste Ndayishimiye, cette rencontre alimente les spéculations sur l’émergence d’un nouveau cadre de dialogue politique autour de la paix et de la stabilité dans la région.
Une nouvelle séquence diplomatique s’ouvre dans la recherche d’une issue à la crise qui secoue l’Est de la République démocratique du Congo. Une délégation composée de responsables de la CENCO, de l’ECC ainsi que de plusieurs leaders de l’opposition est arrivée à Bujumbura pour prendre part à des consultations consacrées à la situation sécuritaire et politique en RDC.
Cette mission répond à une invitation du président burundais Évariste Ndayishimiye, qui assure actuellement la présidence en exercice de l’Union africaine (UA). Déjà engagé dans plusieurs initiatives diplomatiques régionales, le chef de l’État burundais entend poursuivre ses efforts afin de rapprocher les différentes parties prenantes et de favoriser une solution politique durable. La délégation est composée du pasteur André Bokundoa, président de l’ECC, du pasteur Éric Senga, de Mgr Donatien Nshole, secrétaire général de la CENCO, ainsi que des opposants Martin Fayulu, Delly Sesanga et Dieudonné Bolengetenge. Les membres de cette mission ont quitté Kinshasa dans la nuit du samedi 4 au dimanche 5 juillet 2026 à bord d’un vol régulier d’Ethiopian Airlines à destination de la capitale burundaise.
Évariste Ndayishimiye dans la peau de Lourenço ?
Cette initiative, qui intervient alors que plusieurs processus de médiation restent inachevés, soulève une interrogation majeure : Évariste Ndayishimiye cherche-t-il à reprendre le flambeau laissé par João Lourenço ou à insuffler une nouvelle dynamique sous l’égide de l’Union africaine ?
Alors que l’Angola avait été mandaté pour faciliter un dialogue intercongolais, la multiplication des divergences avec les autorités congolaises sur le format et le cadre de ces discussions a progressivement conduit le projet dans l’impasse. D’où cette question que se posent plusieurs observateurs de la crise congolaise : João Lourenço a-t-il jeté l’éponge ?
Officiellement mandaté en février dernier pour mener des consultations en vue d’un dialogue politique en RDC, le président angolais peine à concrétiser son initiative et se fait de plus en plus discret. S’il n’a pas officiellement renoncé à sa mission, plusieurs sources diplomatiques citées par Jeune Afrique indiquent que le processus est, pour l’heure, au point mort.
Les consultations de Bujumbura interviennent alors que les combats se poursuivent dans l’Est de la RDC. Plusieurs localités des provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu restent sous le contrôle de l’armée rwandaise et de ses alliés de l’AFC/M23, selon les autorités congolaises, tandis que les initiatives diplomatiques se multiplient pour tenter d’enrayer une crise qui perdure depuis plusieurs années.
Les prémices d’un dialogue inclusif ?
Au-delà de la dimension sécuritaire, la présence conjointe des représentants des Églises et de l’opposition politique confère à ces consultations une portée particulière. Depuis plusieurs mois, la CENCO et l’ECC plaident en faveur d’un dialogue inclusif susceptible de restaurer la cohésion nationale et de créer les conditions d’une paix durable. Leur implication, aux côtés de figures de l’opposition, pourrait traduire une volonté d’élargir les concertations au-delà des seuls canaux gouvernementaux. Selon plusieurs observateurs, cette démarche pourrait également préparer le terrain à un dialogue politique plus large, associant les différentes sensibilités politiques et sociales du pays. Lors de sa récente visite à Kinshasa, le président Évariste Ndayishimiye avait d’ailleurs exprimé son souhait de rencontrer les responsables de l’opposition congolaise avant la marche dite « pacifique » de l’opposition, initialement prévue le 8 juillet puis reportée au 22 juillet. Cette manifestation vise à réclamer la démission du président Félix Tshisekedi, que ses opposants accusent de vouloir modifier la Constitution afin de se maintenir au pouvoir au-delà de 2028, année marquant la fin de son second et dernier mandat.
Si aucun détail officiel n’a encore filtré sur le contenu des échanges à Bujumbura, ces consultations témoignent de la volonté des acteurs régionaux de maintenir la dynamique diplomatique afin de favoriser une désescalade et de rechercher une solution négociée à la crise qui continue de déstabiliser l’Est de la RDC. Reste à savoir si cette initiative débouchera sur un véritable processus de dialogue ou ne constituera qu’une étape supplémentaire dans les multiples médiations en cours. Une chose est certaine : en réunissant autour d’une même table les Églises, l’opposition politique et un acteur régional désormais au premier plan, Bujumbura pourrait devenir le point de départ d’une nouvelle séquence diplomatique dont les développements seront suivis de près, tant en RDC que dans l’ensemble de la région des Grands Lacs.
Heshima Magazine
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ADF : douze années de terreur dans l’Est de la RDC
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4 semaines agoon
juin 29, 2026By
La redaction
Massacres de civils, enlèvements, déplacements de populations et attaques répétées contre les forces de sécurité. Depuis 2014, les Forces démocratiques alliées (ADF) se sont imposées comme l’un des groupes armés les plus meurtriers de l’Est de la République démocratique du Congo (RDC). D’abord rébellion ougandaise réfugiée dans les forêts du Nord-Kivu, le mouvement a progressivement muté pour devenir une organisation terroriste redoutée, responsable de milliers de morts et d’une insécurité persistante dans les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri.
L’histoire des ADF ne commence pas en République démocratique du Congo. Le groupe est créé au milieu des années 1990 en Ouganda par Jamil Mukulu, un opposant au régime du président Yoweri Museveni. Sous la pression de l’armée ougandaise, les rebelles traversent rapidement la frontière et trouvent refuge dans les régions montagneuses et forestières de l’Est congolais, où ils établissent leurs bases arrière. Pendant plusieurs années, les ADF demeurent relativement discrètes, vivant du trafic de ressources naturelles, du commerce illicite et de diverses activités économiques locales. Mais à partir de 2014, la situation bascule. Après une vaste offensive militaire des Forces armées de la RDC (FARDC) contre leurs bastions, le groupe adopte une stratégie de représailles particulièrement violente contre les populations civiles.
Entre octobre 2014 et aujourd’hui, les territoires de Beni, Lubero, Mambasa et Irumu deviennent le théâtre de massacres à répétition. Hommes, femmes et enfants sont tués lors d’attaques nocturnes souvent menées à l’arme blanche. Des villages entiers sont incendiés, tandis que des centaines de personnes sont enlevées. Selon plusieurs organisations nationales et internationales de défense des droits humains, les ADF sont responsables de milliers de morts au cours de la dernière décennie. Le territoire de Beni, dans la province du Nord-Kivu, est particulièrement touché, au point de devenir l’un des symboles de l’insécurité chronique qui frappe l’Est du pays.
De la rébellion au terrorisme…
Au fil des années, le mouvement évolue également sur le plan idéologique. À partir de 2017, plusieurs rapports des Nations unies et d’organismes spécialisés font état d’un rapprochement entre certaines factions des ADF et l’organisation djihadiste État islamique. En 2019, l’État islamique revendique officiellement plusieurs attaques menées dans l’Est de la RDC à travers sa branche dite « Province d’Afrique centrale » (ISCAP). Cette affiliation, contestée à ses débuts par certains experts, se confirme progressivement par la propagande diffusée par les réseaux de l’État islamique et par l’évolution des modes opératoires du groupe. Malgré cela, les ADF conservent des caractéristiques locales fortes, enracinées dans les réalités sécuritaires et économiques de la région des Grands Lacs.
Opérations conjointes « Shujaa »
Face à cette menace, les autorités congolaises ont multiplié les opérations militaires. En mai 2021, le gouvernement instaure l’état de siège dans les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri afin de renforcer la lutte contre les groupes armés. Quelques mois plus tard, la RDC et l’Ouganda lancent conjointement l’opération militaire « Shujaa » pour traquer les combattants ADF dans leurs sanctuaires forestiers.
Malgré près de cinq ans d’efforts conjoints de la RDC et de l’Ouganda dans le cadre de l’opération Shujaa, les zones débarrassées des combattants des ADF sont régulièrement réinfiltrées en l’espace de quelques semaines. Cette situation s’explique notamment par la solidité du système de succession interne du groupe prévue à l’avance, qui lui permet d’avoir une relève rapide du commandement lorsque des dirigeants sont neutralisés. Des allégations de collusion avec des acteurs étatiques, la faiblesse de la gouvernance et l’insuffisance de la protection des civils aggravent également le problème.
L’opération Shujaa repose sur des offensives conjointes, qui vont des opérations de combat mobiles au renseignement humain, visant à démanteler les structures de commandement des ADF et à rétablir l’autorité de l’État dans les zones occupées. Au-delà des approches cinétiques, elle entend soutenir la stabilisation, notamment par la construction de routes et la réinsertion des personnes enlevées. Toutefois, sa stratégie intègre peu d’approches préventives capables de neutraliser les ADF et reste réactive.
Ces offensives permettent de démanteler plusieurs camps rebelles et d’éliminer certains commandants. Toutefois, les ADF démontrent une forte capacité d’adaptation. Fragmentés en petites unités mobiles, leurs combattants continuent de mener des attaques meurtrières contre les civils et les positions militaires. Aujourd’hui encore, malgré les efforts militaires et les initiatives régionales de stabilisation, les ADF figurent parmi les principaux acteurs de l’insécurité dans l’Est de la RDC. Le groupe demeure particulièrement actif dans les zones frontalières entre le Nord-Kivu et l’Ituri, où les populations vivent sous la menace permanente d’incursions armées. Douze ans après le début des massacres de grande ampleur à Beni, la question des ADF reste l’un des défis sécuritaires majeurs de la République démocratique du Congo. Derrière les statistiques et les rapports se trouvent des milliers de familles endeuillées, des villages détruits et des communautés déplacées. Tant que cette menace persistera, la paix durable dans l’Est du pays demeurera un objectif difficile à atteindre, malgré les efforts déployés par les autorités congolaises et leurs partenaires régionaux.
Groupe armé le plus meurtrier en mai 2026
Les ADF ont été responsables du plus grand nombre de victimes civiles dans l’est de la République démocratique du Congo au cours du mois de mai 2026. C’est ce que révèle un rapport publié par l’Institut congolais de recherche sur la politique, la gouvernance et la violence, Ebuteli, qui fait état d’une recrudescence alarmante des attaques contre les populations civiles, notamment dans les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri. L’insécurité continue de faire des ravages dans l’Est de la République démocratique du Congo.
Dans son dernier rapport sur la situation sécuritaire, Ebuteli indique que les ADF demeurent le groupe armé le plus meurtrier de la région, avec au moins 190 civils tués au cours du seul mois de mai 2026. Ce bilan représente une augmentation spectaculaire par rapport au mois d’avril, où 53 victimes civiles avaient été enregistrées. Selon le rapport, cette recrudescence des violences s’est traduite par au moins 36 attaques attribuées aux rebelles ougandais, actifs principalement dans les territoires de Beni, Mambasa, Irumu et Lubero. Les assaillants ont multiplié les incursions meurtrières dans plusieurs villages, ciblant des populations civiles souvent sans défense.
L’un des faits marquants du mois a été le retour des attaques dans la ville de Beni. Dans la nuit du 30 au 31 mai, des combattants ADF ont mené plusieurs incursions simultanées dans la ville et ses environs, causant la mort d’au moins 26 civils. Il s’agit de la première attaque documentée dans la zone urbaine de Beni depuis 2023. Le rapport souligne également que les ADF ont intensifié leurs opérations malgré les offensives conjointes menées par les Forces armées de la RDC (FARDC) et l’armée ougandaise dans le cadre de l’opération Shujaa. Les chercheurs estiment que plusieurs de ces massacres pourraient constituer des représailles aux pressions militaires exercées contre le groupe armé.
Pendant ce temps, d’autres groupes armés restent actifs dans la région. En Ituri, la CODECO et l’URDPC poursuivent leurs activités criminelles, tandis que dans le Nord-Kivu et le Sud-Kivu, les affrontements entre le M23 et divers groupes armés locaux continuent d’alimenter l’instabilité. Toutefois, aucun de ces acteurs n’a atteint le niveau de violence meurtrière enregistré par les ADF au cours du mois de mai.
Alors que les populations de l’est de la RDC espèrent un retour durable de la paix, les conclusions du rapport d’Ebuteli rappellent l’ampleur du défi sécuritaire auquel le pays reste confronté. La montée en puissance des attaques des ADF, combinée à la persistance de multiples foyers de violence, continue de faire peser une lourde menace sur les civils, premiers victimes d’un conflit qui semble loin de s’essouffler.
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