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Rupture de la coalition CACH-FCC : retour sur une implosion qui a fragilisé la RDC
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La redaction
Le 24 janvier 2019, Félix Tshisekedi accède à la présidence, marquant une alternance historique. Mais l’alliance qu’il forme avec le FCC de Joseph Kabila, censée garantir la stabilité, se transforme rapidement en un champ de tensions. Blocages institutionnels, luttes d’influence et sabotages politiques minent la coalition. De mars 2019 à décembre 2020, la rupture devient inévitable. Cette fracture, en libérant Tshisekedi de la tutelle du FCC, bouleverse durablement l’équilibre politique. Elle ouvre aussi la voie à des secousses sécuritaires majeures, dont la résurgence du M23, évoquée par Kabila lui-même dans une tribune publiée en février 2025 dans le Sunday Times. Heshima Magazine remonte le fil d’une crise qui a redéfini le pouvoir à Kinshasa et fragilisé le pays dans une certaine mesure.
24 janvier 2019 : la capitale Kinshasa est en ébullition. Au Palais de la Nation, pour la première fois dans l’histoire du pays, le Congo vit sa première passation pacifique du pouvoir. Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo prête serment devant la Cour constitutionnelle. Son prédécesseur, Joseph Kabila, assiste à la cérémonie, marquant ainsi un moment historique : la toute première passation pacifique du pouvoir depuis l’indépendance du pays en 1960. Les deux présidents, assis côte à côte, sourient, échangent des regards complices et semblent unis dans une volonté commune de stabiliser le pays. Ce jour-là, la scène projette l’image d’un Congo apaisé, brièvement tourné vers l’avenir. »
Les premiers mois du mandat de Tshisekedi renforcent cette impression d’entente cordiale. En 2019, une vidéo virale sur les réseaux sociaux montre Félix Tshisekedi accueillant Joseph Kabila dans sa résidence privée de Nsele. Le déjeuner qu’ils partagent, en présence de certains de leurs proches collaborateurs (Antoine Ghonda, Kazadi Nyembo, Néhémie Mwilanya et François Beya) illustre une entente parfaite et une volonté manifeste de maintenir une collaboration étroite entre les deux sphères du pouvoir. Ce moment, largement relayé par la presse congolaise, est perçu comme un signe de détente politique, voire de partenariat assumé. En apparence, tout est soigné ; mais en profondeur, un équilibre délicat semble s’installer entre l’ancien et le nouveau président.
Pourtant, cette harmonie repose sur des bases institutionnelles fragiles. L’élection de décembre 2018, qui voit Tshisekedi proclamé vainqueur avec 38,57 % des voix par la CENI, est vivement contestée par le clan Martin Fayulu, qui revendique la victoire avec plus de 60 % des suffrages. Beaucoup suspectent alors un accord secret entre Tshisekedi et Kabila, destiné à garantir une transition sans heurts et la préservation des intérêts de ce dernier.
Le Front commun pour le Congo (FCC), la plateforme dirigée par Kabila, a assuré une mainmise sur les institutions : 342 des 500 sièges à l’Assemblée nationale, une domination dans les assemblées provinciales, et un contrôle important du Sénat. Ce déséquilibre politique contraint Félix Tshisekedi à gouverner en coalition avec sa plateforme CACH (Cap pour le changement), fondée avec Vital Kamerhe, dans une cohabitation plus subie que réellement choisie. Avant de quitter ses fonctions, Kabila nomme 26 ambassadeurs, verrouille certains postes clés et maintient ses réseaux dans les services de sécurité et la justice. Comme le souligne le chercheur Roger-Claude Liwanga dans Jeune Afrique, cette stratégie relève de la « tactique du salami » : céder symboliquement le pouvoir tout en conservant les leviers réels du contrôle.
Dans ce contexte, l’apparente complicité entre Tshisekedi et Kabila dissimule des lignes de fracture profondes qui ne tarderont pas à resurgir.
Les premières fissures : élections sénatoriales et gouverneurs
En mars 2019, une rencontre à Kinshasa scelle l’accord de coalition CACH-FCC, censé unir les deux camps. Mais les élections sénatoriales du même mois révèlent des tensions profondes. Le FCC s’adjuge 91 des 108 sièges, consolidant son emprise, mais des accusations de corruption massive éclatent. Le média congolais en ligne, Politico.cd, rapporte des achats de votes à 50 000 dollars, provoquant le retrait de candidats indignés. À Goma, un indépendant dénonce une offre similaire, soulignant l’ampleur des pratiques.
Simultanément, les élections des gouverneurs provinciaux exacerbent les fractures. Dans le Haut-Katanga et le Lualaba, des fraudes similaires provoquent des manifestations. À Lubumbashi, des militants UDPS vandalisent des bureaux de vote, dénonçant des gouverneurs FCC élus par corruption, selon Radio Okapi. Ces incidents, reflétant la mainmise du FCC sur les provinces, amplifient la méfiance de CACH.
Le 18 mars, Tshisekedi suspend l’installation des sénateurs et reporte les élections des gouverneurs, invoquant des enquêtes sur la fraude. Cette décision, saluée par la société civile, déclenche une tempête. Deux jours plus tard, des manifestations UDPS à Kinshasa dégénèrent, causant la mort d’un militant de 24 ans. Les images de pneus brûlés et de gaz lacrymogènes, diffusées sur les réseaux sociaux, illustrent un climat explosif. Le FCC, via Néhémie Mwilanya, rejette toute remise en question des scrutins, amplifiant les tensions. Sous pression, Tshisekedi lève la suspension début avril, un recul perçu comme une concession forcée. Jean-Marc Kabund, président intérimaire de l’UDPS, dénonce un « système corrompu hérité de Kabila ».

Un discours qui secoue Kinshasa
En avril 2019, Tshisekedi s’envole pour Washington, où il prononce un discours retentissant au Council on Foreign Relations. “Je suis là pour déboulonner le système dictatorial qui était en place”, déclare-t-il, accusant le régime de Kabila d’avoir “retardé le pays avec la corruption, la gabegie et l’impunité”. Ce message, applaudi par le secrétaire d’État américain Mike Pompeo, positionne Tshisekedi comme un réformateur audacieux sur la scène internationale. À Kinshasa, cependant, il déclenche une tempête. Le FCC, par la voix de Néhémie Mwilanya, condamne des propos “militants” et “irresponsables” qui, selon lui, rompent l’esprit de la coalition. Le PPRD (parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie), parti phare du FCC, va plus loin, accusant Tshisekedi de rallier des soutiens étrangers, notamment américains, pour marginaliser Kabila. Cette critique trahit la crainte du FCC de voir Tshisekedi s’émanciper grâce à des alliances internationales, d’autant que les États-Unis avaient imposé des sanctions à des proches de Kabila sous l’administration Trump.
Dans les rangs de l’UDPS, le discours est accueilli comme une bouffée d’oxygène. Jean-Marc Kabund déclare : “Le président a dit la vérité que tout le monde connaît. La corruption sous Kabila a asphyxié le Congo.” À Limete, fief historique de l’UDPS, les militants se rassemblent, brandissant des portraits de Tshisekedi et scandant des slogans contre l’héritage kabiliste. Mais cette ferveur accentue la méfiance du FCC, qui y voit une déclaration de guerre implicite. Moins de trois mois après l’investiture, la coalition révèle son incapacité à réconcilier deux visions opposées : Tshisekedi, porté par un élan de rupture, et le FCC, arc-bouté sur la préservation du statu quo.
Une guerre des nominations et tensions économiques

La désignation d’Albert Yuma par Joseph Kabila comme Premier ministre en avril 2019 est rejetée par Félix Tshisekedi. Ce veto, influencé par des pressions internationales dénonçant la gestion opaque de Yuma, entraîne une crise politique. Mwilanya accuse Tshisekedi de céder aux intérêts étrangers, tandis que le PPRD rompt les négociations. À Kinshasa, des militants de l’UDPS manifestent en scandant : « Yuma, dehors ! » L’UDPS soutient fermement Tshisekedi, Kabund questionnant publiquement pourquoi le Premier ministre ne pourrait pas provenir de CACH. Après des semaines de négociations, Kabila recule, proposant Sylvestre Ilunga, un autre fidèle du FCC, comme Premier ministre. Ce compromis tactique ne masque pas la volonté du FCC de dominer le futur gouvernement.
Parallèlement, des tensions émergent autour des contrats miniers. Tshisekedi pousse pour renégocier les accords signés sous Kabila, notamment avec des firmes chinoises, selon Global Witness (2020). Le FCC, défendant les intérêts de l’élite kabiliste, s’oppose, arguant que ces révisions menacent la stabilité économique. Ces désaccords, bien que moins visibles, alimentent la méfiance.
L’imposition de Jeanine Mabunda à la présidence de l’Assemblée nationale, sans concertation avec CACH, est un autre affront. Mabunda ralentit les réformes, notamment sur la transparence financière, renforçant l’image d’un Tshisekedi entravé. Kabund questionne pourquoi le Premier ministre ne vient pas de CACH, reflétant les frustrations de l’UDPS.
Blocages des ordonnances et gratuité de l’éducation
En juillet 2019, Tshisekedi signe des ordonnances nommant de nouveaux dirigeants à la SNCC et à la Gécamines, dont Gabriel Kyungu wa Kumwanza, proche de Moïse Katumbi. La ministre FCC du Portefeuille, Wivine Mumba, refuse de notifier ces nominations, arguant qu’elles nécessitent le contreseing d’Ilunga. Le PPRD déclare les ordonnances « nulles », humiliant Tshisekedi. Kabund dénonce un « coup contre la Constitution », et des manifestations UDPS éclatent à Kinshasa.
Simultanément, la gratuité de l’éducation, promesse phare de Tshisekedi, rencontre des résistances. Des gouverneurs FCC, notamment dans le Kasaï et le Katanga, critiquent son financement, selon Jeune Afrique (septembre 2019). À Mbuji-Mayi, des grèves d’enseignants non payés dégénèrent en affrontements, reflétant l’incapacité de la coalition à concilier ses priorités. Ces tensions, exacerbées par le contrôle FCC des budgets provinciaux, fragilisent la réforme.
Un gouvernement sous domination FCC et crises régionales
En août 2019, le gouvernement Ilunga est formé, avec le FCC s’arrogeant les ministères stratégiques (défense, justice, finances, mines). Kabund dénonce un « gouvernement FCC déguisé ». À Lubumbashi, des militants CACH manifestent, exigeant un partage équitable. À Kingakati, Kabila appelle ses cadres à préserver ses « acquis », selon Politico.cd.
Dans le Kasaï, des violences intercommunautaires à Kamuesha font des dizaines de morts en juin-juillet 2019. L’UDPS accuse des gouverneurs FCC de manipuler les milices, tandis que le FCC pointe la désorganisation de CACH. Ces conflits, bien que régionaux, illustrent l’échec de la coalition à pacifier le pays.
Les massacres de Beni par les ADF, tuant plus de 600 civils en 2019-2020 (Human Rights Watch), amplifient les tensions. L’UDPS accuse les réseaux FCC dans l’armée de passivité, voire de complicité. Alexis Thambwe Mwamba rejette ces allégations, accusant Tshisekedi de politiser la tragédie. Ces querelles sécuritaires renforcent la méfiance sur le contrôle des FARDC.
Violences, rivalités internes et mobilisations citoyennes
En novembre 2019, Kabund menace de « fouiner » dans les affaires du FCC, déclenchant des violences. À Kolwezi, des manifestants brûlent des effigies de Tshisekedi, dénonçant les retards dans le financement de la gratuité de l’éducation. À Kinshasa, les sièges de l’UDPS et du PPRD sont vandalisés. Ces affrontements traduisent l’échec de la coalition.
Des mouvements citoyens comme Filimbi et Éveil Patriotique, absents des négociations CACH-FCC, organisent des sit-ins à Goma et Bukavu, dénonçant la corruption du FCC et la passivité de Tshisekedi. Réprimées par la police, ces actions amplifient la pression sociale.
Au sein du FCC, des rivalités émergent. Évariste Boshab et Emmanuel Ramazani Shadary critiquent Mwilanya pour sa gestion autoritaire, selon un article de Jeune Afrique publié en octobre 2020, ces fissures, bien que discrètes, fragilisent le FCC face aux consultations futures de Tshisekedi.
Menace de dissolution et budget 2020
En janvier 2020, lors d’un discours à Londres devant la diaspora congolaise, Tshisekedi lance un ultimatum : il dissoudra l’Assemblée nationale si les ministres FCC continuent de saper son autorité. Cette menace, prononcée alors que le FCC bloque des dossiers comme le financement de l’éducation, reflète sa frustration. Jeanine Mabunda contre-attaque en agitant le spectre d’une “haute trahison”, menaçant à demi-mot une mise en accusation du président Tshisekedi, dans une manœuvre rarissime qui aurait nécessité l’aval des deux chambres du Parlement. De son côté, Alexis Thambwe Mwamba, président du Sénat et figure clé du FCC, balaie la menace d’un revers, la qualifiant de “provocation inutile”. Le PPRD, pilier du camp Kabila, entre en ordre de bataille, mobilisant ses cadres et dénonçant ce qu’il considère comme une “dérive autoritaire” du chef de l’État. À l’opposé, l’UDPS monte en pression, organisant des manifestations dans les rues de Kinshasa, au cri de “Dissolution maintenant !”, galvanisée par la perspective de renverser l’équilibre institutionnel hérité de l’accord FCC-CACH.
Si la dissolution de l’Assemblée nationale ne se matérialise pas immédiatement, l’effet est psychologique : Tshisekedi brise un tabou et montre qu’il est prêt à utiliser toutes les prérogatives présidentielles, y compris les plus explosives, pour desserrer l’étau du FCC. Ce moment marque un tournant : le président n’est plus seulement en cohabitation, il amorce une confrontation.
Le budget 2020, retardé par Mabunda, devient un autre point de friction. Le FCC exige des fonds pour ses provinces, provoquant des manifestations UDPS à Kinshasa en décembre 2019. Kabund dénonce un « sabotage économique », reflétant l’incapacité de la coalition à aligner ses priorités.
La crise du Covid-19 : une bataille politique
En mars 2020, Tshisekedi décrète l’état d’urgence face à la pandémie de COVID-19, isolant Kinshasa et interdisant les rassemblements. Cette mesure, initialement consensuelle, devient un point de friction lorsque Tshisekedi propose de prolonger l’état d’urgence, nécessitant l’approbation du Congrès. Jean-Marc Kabund s’oppose à la convocation du Congrès, estimant son coût à 7 millions de dollars, une somme exorbitante en temps de crise. Le FCC, qui contrôle le Congrès, insiste pour une réunion, voyant une opportunité de réaffirmer son influence. La fermeture temporaire du siège du parlement par le ministre CACH de l’Intérieur et sécurité, justifiée par des motifs sanitaires, est dénoncée par le FCC comme une “atteinte à la démocratie” tendant à l’empêcher de convoquer le congrès. Jeanine Mabunda qualifie la mesure de “tentative de museler le Parlement”, tandis que Kabund rétorque que “la santé des Congolais prime sur les calculs politiques”. Cette crise transforme une urgence sanitaire en bataille institutionnelle.
Destitution de Kabund et grèves publiques

En mai 2020, une pétition déposée par le député Jean-Jacques Mamba, soutenu par le FCC, vise Jean-Marc Kabund, accusé d’avoir terni l’image de l’Assemblée par ses déclarations sur le coût du Congrès. La destitution de Kabund, votée par une majorité écrasante et confirmée par une Cour constitutionnelle proche du FCC, est célébrée par le FCC comme une “victoire de la démocratie”. L’UDPS dénonce un “complot politique” pour affaiblir Tshisekedi. À Kinshasa, des militants de l’UDPS brûlent des pneus et bloquent des artères, dénonçant un “coup parlementaire”. L’arrestation de Mamba pour “faux et usage de faux” dans la collecte des signatures de ladite pétition attise les tensions, chaque camp accusant l’autre d’instrumentaliser la justice.
La même période des grèves de magistrats et de médecins, protestant contre leurs conditions et le blocage des budgets par le FCC, paralysent Kinshasa et Mbuji-Mayi (Radio Okapi, octobre 2019-mai 2020). Ces mouvements, bien que périphériques, reflètent l’incapacité de la coalition à répondre aux attentes sociales.
Justice sous pression et bataille pour le contrôle de la BCC
En juin 2020, alors que la coalition FCC-CACH tangue déjà sur des désaccords profonds, une violente tempête politique s’abat sur le pays autour d’un sujet explosif : l’indépendance de la justice. Le dépôt à l’Assemblée nationale de trois propositions de lois par les députés FCC Aubin Minaku et Gary Sakata, visant à renforcer les pouvoirs du ministre de la Justice sur les magistrats du parquet, met le feu aux poudres. La société civile, le Syndicat autonome des magistrats, la CENCO et des mouvements comme la LUCHA dénoncent unanimement une tentative de mainmise politique, une résurgence rampante de l’autoritarisme kabiliste. Kinshasa s’embrase. À Goma également, des manifestations spontanées se tiennent aux abords du Palais de justice, dans une atmosphère de défi populaire. Des effigies d’Aubin Minaku sont brûlées, des résidences de cadres du FCC ciblées.
Au sein du gouvernement, la tension est électrique. Le 26 juin, lors d’un Conseil des ministres, les membres découvrent, stupéfaits, que le vice-Premier ministre en charge de la Justice, Célestin Tunda Ya Kasende, a déjà transmis un avis favorable sur ces propositions de lois, sans en référer au préalable au gouvernement. Un acte qualifié d’« initiative personnelle » par la Présidence, qui dénonce alors un « manque de sincérité » du ministre. Le chef de l’État, visiblement ulcéré, quitte la réunion pour une conférence de l’Union africaine, mais laisse derrière lui une atmosphère plombée.
Le lendemain, l’affaire prend une tournure spectaculaire. Aux alentours de 14h, des policiers lourdement armés se présentent au domicile de Tunda avec un mandat d’amener. Le ministre résiste, s’enferme chez lui, multiplie les appels. Puis finit par se rendre, après avoir été, selon ses propres mots, « rassuré par la hiérarchie ». Dans la soirée, devant les cadres du PPRD, Tunda confie : « Yemeyi [lui-même] m’a dit : il ne faut pas avoir peur de quoi que ce soit. » Il sera libéré après quelques heures d’audition.
Cette interpellation, très médiatisée, provoque une levée de boucliers dans les rangs du FCC. Emmanuel Ramazani Shadary, furieux, s’adresse à la presse : « Personne ne peut nous intimider. Parce qu’il a défendu sa position de manière démocratique, on l’a traité comme un malfrat. La police a encerclé sa maison, comme si c’était un assassin ! Où allons-nous dans ce pays ? On veut instaurer une dictature plus forte que celle de Mobutu. Mais au PPRD, nous disons non ! »
La réaction du Premier ministre Sylvestre Ilunga Ilunkamba, fidèle au Front Commun pour le Congo (FCC), ne s’est pas fait attendre. Dans une déclaration ferme, il condamne une arrestation jugée « brutale et arbitraire » de son vice-Premier ministre, Célestin Tunda Ya Kasende. Il en appelle directement au président Félix Tshisekedi, l’invitant à veiller scrupuleusement au respect du secret entourant les délibérations du Conseil des ministres. À ses yeux, aucun membre du gouvernement ne devrait être inquiété pour des opinions exprimées dans ce cadre, protégé par le principe de collégialité.
Le chef du gouvernement va plus loin, exigeant l’ouverture d’une action disciplinaire contre les magistrats à l’origine de l’interpellation de Tunda, signe d’un malaise institutionnel profond entre les deux pôles du pouvoir exécutif.
Face à la tempête politique, Célestin Tunda choisit la porte de sortie. Le 11 juillet, il présente sa démission, invoquant la nécessité de « préserver la sérénité » des institutions. Mais derrière cette formulation diplomatique, peu se laissent tromper : ce départ ressemble à une sanction déguisée, infligée après une véritable mise en scène d’humiliation publique.
Quelques jours plus tôt, une déclaration maladroite de Tunda à la télévision avait déjà semé le trouble. En qualifiant le président de la République de « Boss » et de « coach », ses propos avaient suscité des remous au sein de la Présidence, perçus comme une ironie mal placée, voire une provocation à peine voilée.
Dans l’opinion, cet épisode révèle au grand jour les lignes de fracture au sein de la coalition. Le bras de fer autour de la justice devient le symbole d’un affrontement plus large : celui d’un président qui veut marquer son autorité face à un allié devenu encombrant. La fracture est désormais béante.
Parallèlement, la Banque centrale devient un autre champ de bataille. Tshisekedi tente de nommer un gouverneur aligné sur CACH, mais le FCC défend Déogratias Mutombo, retardant les réformes monétaires et exacerbant l’inflation. Ces querelles économiques soulignent les enjeux financiers de la coalition.
Nominations dans l’armée : une lutte pour le contrôle sécuritaire
En juillet 2020, Félix Tshisekedi signe une série d’ordonnances présidentielles procédant à un remaniement majeur au sein des Forces armées de la RDC (FARDC), des services de renseignement et de la police nationale, dans une tentative audacieuse de reprendre le contrôle du secteur sécuritaire, longtemps dominé par les loyalistes de Joseph Kabila. Annoncées le 17 juillet à la télévision nationale, ces nominations incluent des figures clés : le général Gabriel Amisi, surnommé « Tango Four », remplace le général John Numbi, proche de Kabila et sous sanctions internationales pour violations des droits humains, au poste d’inspecteur général des FARDC. Le général Fall Sikabwe Asinda est promu chef d’état-major de l’armée de terre, tandis que Michel Mandiangu prend la tête des renseignements militaires, succédant au général Delphin Kahimbi, décédé dans des circonstances troubles. D’autres officiers, comme le général Jean-Claude Yav, sont placés à des postes stratégiques au sein de la maison militaire du président.
Ces décisions, saluées par des partenaires internationaux comme les États-Unis, Tibor Nagy, assistant du secrétaire d’État, y voyant un engagement pour les droits humains, visent à réduire l’influence des réseaux kabilistes dans l’appareil sécuritaire, tout en consolidant l’autorité de Tshisekedi en tant que commandant suprême des FARDC. Cependant, elles déclenchent une crise institutionnelle majeure du fait qu’elles ne sont pas contresignées par le Premier ministre Sylvestre Ilunga Ilunkamba, membre du FCC. À la place, elles portent la signature du vice-Premier ministre et ministre de l’Intérieur, Gilbert Kankonde Malamba, membre de l’UDPS (CACH), qui assure l’intérim d’Ilunga, alors en mission à Lubumbashi du 16 au 19 juillet.
Le recours à Kankonde s’appuie sur une lettre d’Ilunga datée du 16 juillet, confiant l’intérim à Kankonde pour les affaires courantes. Cependant, le FCC conteste la légalité de ce contreseing, arguant que les nominations dans l’armée et les services de sécurité, en raison de leur portée stratégique, requièrent l’aval explicite du Premier ministre titulaire. Le 21 juillet, Ilunga, par la voix de son porte-parole Albert Lieke Milay, exprime sa « stupéfaction » face à des ordonnances qu’il découvre via les médias. Il dénonce une « violation de la Constitution » et demande une rencontre urgente avec Tshisekedi pour « clarifier cette situation préoccupante », soulignant que le contreseing garantit l’équilibre des pouvoirs au sein de la coalition.
Le FCC, par l’entremise de son coordinateur Néhémie Mwilanya, va plus loin, accusant CACH d’avoir orchestré ces nominations dans le dos d’Ilunga, en profitant de son absence pour marginaliser les intérêts du FCC. Dans une conférence de presse à Kinshasa, Mwilanya déclare : « Ces ordonnances, préparées en catimini, sont une tentative de s’emparer des leviers sécuritaires par la force ». Le PPRD, fer de lance du FCC, mobilise ses cadres, dénonçant une « dérive autoritaire » de Tshisekedi, tandis que Jeanine Mabunda et Alexis Thambwe Mwamba, respectivement présidente de l’Assemblée nationale et président du Sénat, boycottent les cérémonies liées aux nominations judiciaires concomitantes, en signe de protestation.
CACH, de son côté, défend la légalité et la nécessité des ordonnances. Gilbert Kankonde affirme avoir agi dans le cadre de son intérim, invoquant un précédent de 2018 où un ministre avait contresigné pour Kabila sans controverse. L’UDPS présente les nominations comme une étape cruciale pour réformer un appareil sécuritaire gangréné par la corruption et l’allégeance à l’ancien régime. Jean-Marc Kabund, soutient l’éviction de figures comme John Numbi, symbole de l’héritage kabiliste. À Kinshasa, des militants de l’UDPS organisent des rassemblements spontanés, scandant « Fatshi, libère l’armée ! », voyant dans ces nominations une affirmation de l’autorité présidentielle.
La crise amplifie les frictions au sein de la coalition. Le FCC perçoit l’éviction de Numbi et le choix de figures comme Amisi comme une tentative de Tshisekedi de construire une base loyale dans l’armée, au détriment des équilibres de la coalition. La non-réunion entre Ilunga et Tshisekedi, malgré les demandes du Premier ministre, traduit une rupture du dialogue. Un conseiller présidentiel, cité par Jeune Afrique, confirme qu’« aucun tête-à-tête hors Conseil des ministres n’est envisagé », signe d’un fossé irréparable. Cette crise, survenant juste avant les nominations controversées à la Cour constitutionnelle, renforce la détermination de Tshisekedi à s’émanciper du FCC, préparant le terrain pour les consultations de l’Union Sacrée lancées en novembre 2020.
La bataille pour la CENI
En juillet 2020, la désignation de Ronsard Malonda, proche de Kabila, à la tête de la CENI par l’Assemblée nationale, alors dominée par le FCC, attise les craintes de manipulation électorale pour 2023. CACH accuse le FCC et la présidente de l’Assemblée nationale Jeanine Mabunda de vouloir verrouiller le processus électoral. Tshisekedi retarde l’entérinement, provoquant des manifestations violentes à Kinshasa et Lubumbashi. Le FCC défend Malonda comme un “choix technique”, mais cette justification peine à convaincre. Kabund évoque alors la possibilité de mobiliser la base militante pour empêcher cette nomination, ce qui se traduit par des manifestations massives à Kinshasa et Lubumbashi. Ces manifestations, qui prennent rapidement une tournure violente, sont marquées par des affrontements avec la police, et font plusieurs blessés. La situation dégénère, illustrant la gravité de la crise politique en cours.
Cette crise illustre la lutte pour le contrôle des élections, un enjeu crucial dans un pays où les scrutins sont souvent contestés.
Une Cour constitutionnelle contestée
La crise institutionnelle qui éclate en juillet 2020 autour de la Cour constitutionnelle trouve son origine dans un épisode aussi discret que déterminant : la démission controversée de son président, Benoît Lwamba. En poste depuis plusieurs années et perçu comme proche du Front Commun pour le Congo (FCC), Lwamba est reçu en toute discrétion par le président Félix Tshisekedi au Palais de la Nation, à la surprise générale. Quelques jours plus tard, une lettre de démission de Lwamba est rendue publique, officiellement pour des raisons de santé. Mais le timing intrigue, tout comme les circonstances opaques de cette démarche. Très vite, des voix s’élèvent au sein du FCC pour contester l’authenticité de cette démission, accusant la Présidence d’avoir exercé des pressions pour obtenir le retrait du magistrat. Lwamba lui-même, dans un courrier ambigu adressé à ses collègues, affirme n’avoir pas encore formellement quitté ses fonctions, semant le doute sur la validité du processus.
Dans ce climat d’incertitude, Tshisekedi prend acte du départ de Lwamba et, sans attendre le contreseing du Premier ministre Sylvestre Ilunga, nomme un nouveau juge en remplacement, ainsi que deux autres magistrats censés combler des postes vacants. Ces ordonnances présidentielles, non contresignées comme l’exige la Constitution, déclenchent une tempête politique. Le FCC y voit un passage en force et parle d’un “coup constitutionnel” destiné à remodeler la Cour pour la rendre favorable à Tshisekedi en prévision des futurs arbitrages politiques et électoraux. Le Premier ministre Ilunga, fidèle à Joseph Kabila, dénonce des actes “nuls et de nul effet” et alerte sur un grave précédent qui remettrait en cause l’équilibre des institutions.
Côté CACH, la défense est tout aussi frontale : les nouvelles nominations sont présentées comme un acte de rupture salutaire avec une justice longtemps inféodée au régime précédent. Jean-Marc Kabund, alors vice-président de l’Assemblée nationale, estime que « la Cour constitutionnelle, sous l’emprise du FCC, n’a cessé de servir les intérêts d’un seul homme ». Pour l’UDPS, il s’agit d’un moment clé dans la refondation de l’État, où le pouvoir judiciaire doit enfin s’émanciper des chaînes politiques.
Le 21 octobre, les trois nouveaux juges prêtent serment lors d’une cérémonie solennelle au Palais du peuple. Les parlementaires FCC boycottent l’événement, dénonçant une “violation flagrante de la Constitution” et une “dérive autoritaire”. Jeanine Mabunda et Alexis Thambwe Mwamba, à l’époque respectivement présidente de l’Assemblée nationale et président du Sénat, publient une déclaration conjointe appelant à une “résistance institutionnelle” face à ce qu’ils perçoivent comme un accaparement des leviers de pouvoir par Tshisekedi.
Dans la rue pourtant, le climat est tout autre. Des partisans du chef de l’État se rassemblent à Kinshasa pour célébrer ce qu’ils considèrent comme une victoire symbolique contre le système Kabila. Les slogans “Justice libre, justice forte” se répandent comme un mot d’ordre populaire. Pour beaucoup, cette recomposition de la Cour constitutionnelle représente l’un des actes fondateurs du tournant post-Kabila. Mais pour l’opposition, elle symbolise une entorse grave à la légalité républicaine, et marque le début d’une concentration inquiétante des pouvoirs autour du président Tshisekedi.
La chute des piliers du FCC
En novembre 2020, la coalition CACH-FCC, minée par deux années de luttes intestines, s’effondre sous le poids de ses contradictions. Félix Tshisekedi, lassé des blocages orchestrés par le FCC de Joseph Kabila, lance les consultations nationales pour l’Union Sacrée de la Nation, une initiative visant à recomposer une majorité sans son ancien partenaire. Ce tournant, préparé par une vague de mécontentement populaire contre l’inertie institutionnelle, s’appuie sur la frustration des Congolais face à la corruption, l’insécurité dans l’est et l’incapacité du gouvernement à concrétiser les promesses de réformes, comme la gratuité de l’éducation. Les consultations, menées avec des leaders politiques, religieux et sociaux, dont l’archevêque Fridolin Ambongo et Moïse Katumbi, fracturent le FCC, attirant des dissidents séduits par la perspective d’un nouveau partage du pouvoir. Dans ce contexte explosif, trois figures emblématiques du FCC Jeanine Mabunda, présidente de l’Assemblée nationale, Alexis Thambwe Mwamba, président du Sénat, et Sylvestre Ilunga, Premier ministre, sont balayées entre décembre 2020 et février 2021, marquant la fin de l’hégémonie kabiliste et l’ascension de Tshisekedi comme maître du jeu politique à Kinshasa.
Jeanine Mabunda : la chute d’un symbole kabiliste

Jeanine Mabunda, élue présidente de l’Assemblée nationale en avril 2019, incarne la mainmise du FCC sur le pouvoir législatif. Fidèle de Kabila et ancienne ministre, elle est perçue par CACH comme un obstacle aux réformes de Tshisekedi, notamment sur la transparence financière et la gratuité de l’éducation. Son boycott des nominations judiciaires de Tshisekedi en juillet 2020, aux côtés du Sénat, exacerbe les tensions, tandis que sa gestion autoritaire de l’Assemblée aliène même certains députés FCC. À l’automne 2020, les consultations de l’Union Sacrée, lancées le 2 novembre, ébranlent la majorité FCC, avec des défections de poids comme celle de Didi Manara, président du groupe parlementaire PPRD à l’époque et ancien gouverneur du Maniema. La grogne populaire, alimentée par des mouvements citoyens comme la LUCHA, s’intensifie, dénonçant une Assemblée inféodée à Kabila et déconnectée des aspirations du peuple.
Le 7 décembre 2020, une pétition pour la destitution de Mabunda soutenue par 237 signatures, dépassant largement les 125 requises, est déposée. Ce document, fruit d’intenses tractations menées par l’Union Sacrée, accuse Mabunda de « gestion opaque », « incompétence » et « sabotage des initiatives présidentielles ». Les dissidents du FCC, jouent un rôle clé, rejoints par des alliés de Katumbi et de Bemba. Le 10 décembre, la session plénière au Palais du Peuple se déroule dans un climat électrique. Des militants de l’UDPS, massés aux abords, scandent « Mabunda, dégage ! », tandis que des échauffourées avec la police éclatent, faisant plusieurs blessés selon Radio Okapi. À l’intérieur, les débats sont houleux : les députés FCC, menés par Néhémie Mwilanya, dénoncent un « coup de force anticonstitutionnel », mais leur camp, miné par les défections, s’effrite. Le vote, retransmis en direct, voit 281 députés, sur 483 présents, approuver la destitution, un résultat écrasant qui sidère le FCC. Mabunda, évincée, quitte l’hémicycle sous les huées des pro-Tshisekedi.
La chute de Mabunda, relayée par Politico.cd comme une « victoire historique » pour Tshisekedi, démantèle le contrôle du FCC sur l’Assemblée. Christophe Mboso, un transfuge du FCC rallié à l’Union Sacrée, doyen des députés, dirige le bureau provisoire dès le 11 décembre, avant d’être élu en février 2021 président de l’Assemblée nationale en remplacement de Mabunda. Cette transition galvanise les militants de l’UDPS, qui organisent des cortèges à Limete, brandissant des portraits de Tshisekedi. Cependant, le FCC, par la voix de Raymond Tshibanda, condamne une « chasse aux sorcières » et accuse Tshisekedi de manipuler les institutions. La destitution, bien que saluée comme un pas vers la réforme, accentue la polarisation, les cadres FCC menaçant de « résister par tous les moyens ».
Alexis Thambwe Mwamba : le Sénat cède sous la pression
Alexis Thambwe Mwamba, président du Sénat depuis juillet 2019, est un pilier du FCC, connu pour son passé de ministre sous Kabila et son rôle dans la consolidation de l’influence kabiliste. Son boycott des nominations judiciaires de Tshisekedi en juillet 2020, aux côtés de Mabunda, et ses déclarations provocatrices, qualifiant la menace de dissolution de Tshisekedi de « provocation inutile », attisent l’hostilité de CACH. En janvier 2021, la chute de Mabunda et la motion contre Ilunga fragilisent le Sénat, dernier bastion du FCC. Les consultations de l’Union Sacrée, prolongées après décembre, attirent des sénateurs FCC, comme Modeste Bahati Lukwebo, séduits par des promesses de pouvoir. La pression populaire s’intensifie, avec des manifestations à Goma et Bukavu dénonçant un Sénat « au service de Kabila ».
Le 2 février 2021, une motion de censure est déposée contre Thambwe Mwamba par 54 sénateurs, dont des dissidents du FCC et des alliés de l’Union Sacrée. La pétition, initiée par le sénateur MLC Valentin Gerengo, reproche à Thambwe Mwamba une « gestion autoritaire », des « irrégularités financières » et un « manque de collaboration » avec les réformes de Tshisekedi. Les débats, prévus pour le 5 février, sont précédés d’une mobilisation massive. À Kinshasa, des jeunes de la LUCHA brûlent des effigies de Thambwe Mwamba, tandis que des vidéos virales sur les réseaux sociaux montrent des pancartes proclamant « Le Sénat au peuple ! ». Conscient de son isolement, Thambwe Mwamba, conseillé par ses proches, anticipe l’humiliation d’un vote défavorable. Le 5 février, il annonce sa démission dans une lettre aux sénateurs, invoquant le besoin de « préserver la dignité du Sénat » face à une « campagne d’acharnement ». Cette capitulation, annoncée sans débat, surprend même ses adversaires, qui s’attendaient à une bataille parlementaire.
La démission de Thambwe Mwamba, couverte par Jeune Afrique comme un « séisme institutionnel », consacre la mainmise de l’Union Sacrée sur le Parlement. Le 2 mars 2021, Modeste Bahati Lukwebo, un ex-FCC rallié à Tshisekedi, est élu président du Sénat avec 78 voix sur 108, confirmant le basculement de la chambre haute. À Lubumbashi, des militants pro-Tshisekedi célèbrent, voyant dans ce changement la fin d’un Sénat « verrouillé par Kabila ». Le FCC, par la voix d’Emmanuel Ramazani Shadary, dénonce une « instrumentalisation des institutions » et appelle à une « résistance légale ». Pour les analystes, comme le politologue congolais Pierre Mbuyi, la chute de Thambwe Mwamba illustre la stratégie de Tshisekedi : exploiter les rivalités internes du FCC pour recomposer les équilibres de pouvoir.
Sylvestre Ilunga : la motion qui brise le gouvernement FCC
Sylvestre Ilunga Ilunkamba, Premier ministre depuis août 2019, est un fidèle de Kabila, imposé par le FCC pour limiter l’influence de Tshisekedi. Son gouvernement, dominé par le FCC, est accusé par CACH de saboter les réformes présidentielles, notamment sur l’éducation et la lutte contre la corruption. Les tensions culminent en 2020 avec le refus d’Ilunga de contresigner les ordonnances de Tshisekedi sur l’armée et la justice, perçu comme une tentative de préserver l’emprise kabiliste. La formation de l’Union Sacrée, qui prive le FCC de sa majorité parlementaire, place Ilunga dans une position intenable. En janvier 2021, la destitution de Mabunda et la défection de dizaines de députés FCC, attirés par les promesses de Tshisekedi, scellent son sort. La crise économique, marquée par l’inflation et l’insécurité croissante dans l’est, alimente la colère populaire contre son gouvernement.
Le 25 janvier 2021, une motion de censure est déposée contre Ilunga par le député Chérubin Okende de Ensemble pour la République de Katumbi, soutenue par 301 signatures, reflet de la nouvelle majorité de l’Union Sacrée. La motion accuse Ilunga d’« incompétence », de « blocage des réformes » et de « mauvaise gestion » face à la crise économique et sécuritaire. Ilunga tente de contrer l’offensive en dénonçant l’illégalité de la session extraordinaire, convoquée hors période parlementaire régulière. Dans une lettre adressée à Tshisekedi le 26 janvier, il argue que la motion viole la Constitution et refuse de se présenter à l’Assemblée. Mais la pression est irrésistible : le 27 janvier, la session plénière, présidée par Christophe Mboso, se tient sous haute tension. À l’extérieur, des milliers de militants de l’UDPS et de mouvements citoyens, rassemblés près du Palais du Peuple, scandent « Ilunga, dehors ! », tandis que la police déploie des gaz lacrymogènes pour disperser la foule. Le vote, retransmis en direct, est sans appel : 367 députés, sur 382 votants, approuvent la censure, un score écrasant qui humilie le FCC. Ilunga, acculé, présente sa démission le 29 janvier, dans une allocution où il défend son bilan tout en fustigeant une « chasse aux sorcières ».
La chute d’Ilunga, relayée par Heshima Magazine comme la « fin du joug FCC », marque la fin du gouvernement kabiliste. Le 15 février 2021, Jean-Michel Sama Lukonde, un jeune cadre du Katanga et membre de l’Union Sacrée, est nommé Premier ministre, incarnant un renouveau aligné sur les priorités de Tshisekedi. À Kinshasa, des scènes de liesse envahissent Gombe et Limete, avec des pancartes proclamant « Fatshi libère le Congo ! ». Le FCC, par la voix de Néhémie Mwilanya, dénonce un « coup d’État parlementaire » et appelle à une mobilisation de ses bases, mais ces appels, relayés timidement, trahissent son affaiblissement. La transition vers un gouvernement Lukonde, formé en avril 2021, ouvre la voie à des réformes, mais la persistance de l’insécurité dans l’est, avec la résurgence du M23, rappelle les limites de cette victoire institutionnelle.
Rupture et création de l’Union sacrée de la nation
Face à l’escalade des tensions entre les deux coalitions alliées, Tshisekedi initie, en novembre 2020, des consultations nationales dans le but de constituer l’Union Sacrée de la Nation, une nouvelle majorité excluant le FCC. À travers des rencontres avec des leaders politiques, religieux et sociaux, tels que l’archevêque Fridolin Ambongo, le représentant légal de l’église Kimbaguiste,… il s’efforce de rallier à sa cause des dissidents FCC et PPRD et des figures de l’opposition, dont Moïse Katumbi et Jean-Pierre Bemba.
Le 6 décembre 2020, dans un discours retransmis en direct par plusieurs médias et face à l’indignation grandissante, Tshisekedi, le regard déterminé et le ton ferme, annonce la fin de la coalition CACH-FCC, dénonçant les “blocages systématiques” du FCC. S’adressant ensuite à la population congolaise dans les quatre langues nationales, il l’appelle à l’accompagner dans cette nouvelle décision pour un avenir meilleur. À l’issue de son discours, tel un scénario digne d’un film, sans un regard en arrière, il tourne le dos aux caméras avec une démarche assurée, un homme qui s’affirme et prend ses distances avec la coalition. Ce geste, puissant autant que son discours, marque une rupture nette. Sa décision, perçue comme un acte audacieux, déclenche une tempête politique déjà en gestation. Le FCC riposte, qualifiant la décision de “coup d’État constitutionnel”, mais une grande partie de la population, épuisée par la paralysie, soutient Tshisekedi. La même nuit, des scènes de liesse éclatent partout dans le pays : automobilistes et motards klaxonnent pour manifester leur joie, tandis que d’autres s’entassent dans les rues, chantant la fin de la coalition. « Tshisekedi a courageusement mis fin à une coalition paralysante. Ce vent de renouveau redonne espoir au peuple », a déclaré Léon Vitho wa Vitho, habitant de Kinshasa/Upn.
Le camp Tshisekedi aboutit à un nouveau gouvernement en 2021, dirigé par Jean-Michel Sama Lukonde, marquant ainsi la fin de l’hégémonie du FCC.
La résurgence du M23, une revanche de Kabila ?
La rupture, bien que libératrice, fragilise l’appareil sécuritaire. Cette instabilité est exploitée par le M23, qui réémerge fin 2021 dans le Nord-Kivu. Soutenu par le Rwanda, selon les rapports de l’ONU, le groupe profite des faiblesses de l’appareil sécuritaire, miné par l’obstructionnisme du FCC sous la coalition. Le contrôle du FCC sur la défense et les services de renseignement avait entravé les réformes de Tshisekedi, laissant l’est vulnérable. La transition vers l’Union Sacrée, bien que nécessaire, crée un vide institutionnel que le M23 exploite, s’emparant de territoires et déplaçant des millions de civils.
Dans sa tribune de février 2025, Kabila lie la crise du M23 à son exclusion du pouvoir, suggérant que son régime maintenait une stabilité fragile via des arrangements opaques avec des acteurs régionaux comme le Rwanda. Cette affirmation, tout en critiquant Tshisekedi, soulève des questions sur son propre rôle. Les liens historiques de Kabila avec le Rwanda, forgés durant la deuxième guerre du Congo, alimentent les soupçons de complicité tacite dans la résurgence du M23. En suggérant que son exclusion a déstabilisé la RDC, Kabila admet implicitement une influence sur les dynamiques rebelles, une admission troublante qui jette une ombre sur son héritage.
Un séisme politique aux conséquences durables
La destitution de Mabunda, Thambwe Mwamba et Ilunga consacre la fin de l’hégémonie du FCC, mais à un coût élevé. Ces événements, orchestrés par l’Union Sacrée et soutenus par une mobilisation populaire sans précédent, permettent à Tshisekedi de s’émanciper de l’ombre de Kabila, mais ils alimentent les accusations de « dérive autoritaire » portées par le FCC. Dans sa tribune de février 2025, publiée dans le Sunday Times, Kabila lie ces bouleversements à une « instabilité institutionnelle » ayant favorisé la résurgence du M23, une affirmation qui, tout en critiquant Tshisekedi, trahit son propre rôle dans l’obstructionnisme passé. Pour la RDC, ce séisme politique ouvre une ère de réformes, mais aussi de vulnérabilités, dans un pays où la quête de pouvoir à Kinshasa se paie souvent au prix du chaos dans l’Est.
Un chapitre clos, des blessures béantes
L’implosion de la coalition CACH-FCC demeure un tournant majeur dans la saga politique tumultueuse de la RDC. La rupture audacieuse de Félix Tshisekedi avec le FCC de Joseph Kabila a libéré sa présidence, ouvrant la voie à des réformes telles que la gratuité de l’éducation et une justice en quête d’indépendance. Mais cette émancipation a eu un coût élevé. Les batailles institutionnelles marquées par des fraudes électorales, des guerres de nominations et des affrontements parlementaires ont révélé la fragilité d’une nation tiraillée entre un élan réformateur et des structures de pouvoir enracinées. La chute des piliers du FCC, comme Jeanine Mabunda, Alexis Thambwe Mwamba et Sylvestre Ilunga, a scellé le triomphe de Tshisekedi, mais les cicatrices de cette fracture persistent. La tribune de Kabila en février 2025 dans le Sunday Times, liant son exclusion à la résurgence du M23, jette une ombre sur son héritage tout en suggérant des liens troubles avec des acteurs régionaux. Alors que la RDC lutte contre l’instabilité persistante dans l’Est, l’épopée CACH-FCC rappelle une vérité amère : le pouvoir conquis dans l’arène politique de Kinshasa se paie souvent au prix du chaos aux frontières fragiles du pays, rendant la quête de stabilité particulièrement ardue dans un pays fracturé.
Heshima Magazine
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Nation
Léopards de la RDC : Après l’exploit, l’heure de la confirmation
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1 semaine agoon
juillet 7, 2026By
La redaction
Ils sont revenus. Par la grande porte. Après 52 ans d’absence, les Léopards de la République Démocratique du Congo ont foulé les pelouses américaines du Mondial 2026 avec la détermination de ceux qui n’ont plus rien à perdre. Si l’aventure s’est achevée en seizièmes de finale face à l’Angleterre, elle a laissé un héritage bien plus précieux qu’un simple bilan comptable.
Le retour d’un géant endormi
Pour la RDC, 100 millions d’habitants et une culture footballistique parmi les plus riches du continent, cette qualification était bien plus qu’un exploit sportif. Elle mettait fin à cinq décennies d’attente, depuis l’épopée du Zaïre en 1974, et consacrait le travail de reconstruction engagé sous la houlette de Sébastien Desabre.
Le parcours qualificatif avait déjà valeur de test. Placés dans le groupe B aux côtés du Sénégal, les Léopards ont terminé deuxièmes avec 22 points avant d’écarter le Cameroun puis le Nigeria en barrages. Le dernier obstacle, la Jamaïque, fut franchi en prolongation grâce à Axel Tuanzebe, envoyant toute une nation en délire.
Un Mondial qui change tout
Le groupe K promettait un baptême du feu : Portugal, Colombie et Ouzbékistan. Face aux favoris portugais au NRG Stadium de Houston, les Léopards n’ont pas tremblé. Menés dès la 6e minute, ils ont égalisé juste avant la pause par Yoane Wissa sur corner, pour arracher un nul historique (1-1).
Le sélectionneur adjoint Rafael Hamidi résumait l’exploit : « Ce score de parité face au Portugal, c’était à prendre si on nous l’avait proposé avant le coup d’envoi ». La presse congolaise saluait un système en 3-5-2 particulièrement solide, la discipline collective et les transitions rapides.
Qualifiés pour les seizièmes de finale, les Léopards ont longtemps fait douter l’Angleterre, menant jusqu’à la 76e minute avant de s’incliner 2-1 dans les dernières secondes. Un scénario cruel qui a rappelé les limites d’un groupe prometteur mais encore en apprentissage des grands rendez-vous.
Les enseignements d’une expérience unique
Ce Mondial a livré plusieurs enseignements pour l’avenir. D’abord, une force mentale confirmée. Les barrages contre le Cameroun et le Nigeria avaient déjà forgé ce groupe, capable de rester lucide sous pression. Face au Portugal, les Léopards ont prouvé qu’ils pouvaient rivaliser avec les meilleures nations.
Ensuite, des fragilités structurelles. Comme la Côte d’Ivoire, le Sénégal ou le Japon, la RDC a cédé dans les dernières minutes face à l’Angleterre. Loïc Aumont, spécialiste de la performance, analyse : « Ces sélections possèdent les qualités techniques et physiques. Ce qui fait basculer un match, c’est la gestion des émotions lorsque la pression atteint son maximum ». Un déficit d’expérience à ce niveau que seul le temps et les répétitions pourront combler.
Cap sur la CAN 2027 : un trophée à portée de griffes ?
L’objectif est désormais clair : les Léopards doivent viser le titre lors de la prochaine Coupe d’Afrique des Nations, organisée en 2027 au Kenya, en Ouganda et en Tanzanie.
Le contexte est favorable. Cette génération, portée par Chancel Mbemba, son capitaine de 31 ans, possède une identité de jeu forte et un vécu commun exceptionnel. Le vivier de talents, évoluant pour beaucoup dans les meilleurs championnats européens, n’a jamais été aussi riche.
Le chemin qualificatif pour la CAN 2027 s’annonce abordable, avec un groupe E composé de la Guinée équatoriale, de la Sierra Leone et du Zimbabwe. Mais les Léopards savent désormais qu’aucune montagne n’est insurmontable, comme l’écrivait la presse congolaise avant le choc contre le Portugal : « Aucune montagne n’est insurmontable quand on est déterminé ».
Le défi de la régularité
Si le rêve est permis, la réalité impose de rester humble. Le Mondial a montré que l’écart avec les meilleures nations s’est considérablement réduit, mais que la gestion des moments décisifs reste le nerf de la guerre. Les Léopards devront transformer l’essai en confirmant leur niveau sur la durée, avec un calendrier international exigeant et des joueurs à préserver.
Sébastien Desabre, l’artisan de ce renouveau, aura à cœur de capitaliser sur cette expérience unique pour faire franchir un nouveau palier à sa sélection. La CAN 2027 sera le test ultime : plus qu’une performance, c’est un trophée que la RDC attend. Le message des supporters est clair, comme le résumait un journaliste avant le Mondial : « On ne vous demande pas de dominer le Portugal, mais juste de sortir un match de malade du début à la fin ». Pour la CAN 2027, on leur demande désormais de ramener la coupe à la maison.
Heshima Magazine
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Opposition, CENCO et ECC en consultations au Burundi : Évariste Ndayishimiye dans la peau de Lourenço ?
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1 semaine agoon
juillet 6, 2026By
La redactionUne délégation réunissant des responsables de la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO), de l’Église du Christ au Congo (ECC) et plusieurs figures de l’opposition congolaise séjourne à Bujumbura, au Burundi, pour des consultations consacrées à la crise sécuritaire dans l’Est de la République démocratique du Congo. Organisée à l’invitation du président burundais Évariste Ndayishimiye, cette rencontre alimente les spéculations sur l’émergence d’un nouveau cadre de dialogue politique autour de la paix et de la stabilité dans la région.
Une nouvelle séquence diplomatique s’ouvre dans la recherche d’une issue à la crise qui secoue l’Est de la République démocratique du Congo. Une délégation composée de responsables de la CENCO, de l’ECC ainsi que de plusieurs leaders de l’opposition est arrivée à Bujumbura pour prendre part à des consultations consacrées à la situation sécuritaire et politique en RDC.
Cette mission répond à une invitation du président burundais Évariste Ndayishimiye, qui assure actuellement la présidence en exercice de l’Union africaine (UA). Déjà engagé dans plusieurs initiatives diplomatiques régionales, le chef de l’État burundais entend poursuivre ses efforts afin de rapprocher les différentes parties prenantes et de favoriser une solution politique durable. La délégation est composée du pasteur André Bokundoa, président de l’ECC, du pasteur Éric Senga, de Mgr Donatien Nshole, secrétaire général de la CENCO, ainsi que des opposants Martin Fayulu, Delly Sesanga et Dieudonné Bolengetenge. Les membres de cette mission ont quitté Kinshasa dans la nuit du samedi 4 au dimanche 5 juillet 2026 à bord d’un vol régulier d’Ethiopian Airlines à destination de la capitale burundaise.
Évariste Ndayishimiye dans la peau de Lourenço ?
Cette initiative, qui intervient alors que plusieurs processus de médiation restent inachevés, soulève une interrogation majeure : Évariste Ndayishimiye cherche-t-il à reprendre le flambeau laissé par João Lourenço ou à insuffler une nouvelle dynamique sous l’égide de l’Union africaine ?
Alors que l’Angola avait été mandaté pour faciliter un dialogue intercongolais, la multiplication des divergences avec les autorités congolaises sur le format et le cadre de ces discussions a progressivement conduit le projet dans l’impasse. D’où cette question que se posent plusieurs observateurs de la crise congolaise : João Lourenço a-t-il jeté l’éponge ?
Officiellement mandaté en février dernier pour mener des consultations en vue d’un dialogue politique en RDC, le président angolais peine à concrétiser son initiative et se fait de plus en plus discret. S’il n’a pas officiellement renoncé à sa mission, plusieurs sources diplomatiques citées par Jeune Afrique indiquent que le processus est, pour l’heure, au point mort.
Les consultations de Bujumbura interviennent alors que les combats se poursuivent dans l’Est de la RDC. Plusieurs localités des provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu restent sous le contrôle de l’armée rwandaise et de ses alliés de l’AFC/M23, selon les autorités congolaises, tandis que les initiatives diplomatiques se multiplient pour tenter d’enrayer une crise qui perdure depuis plusieurs années.
Les prémices d’un dialogue inclusif ?
Au-delà de la dimension sécuritaire, la présence conjointe des représentants des Églises et de l’opposition politique confère à ces consultations une portée particulière. Depuis plusieurs mois, la CENCO et l’ECC plaident en faveur d’un dialogue inclusif susceptible de restaurer la cohésion nationale et de créer les conditions d’une paix durable. Leur implication, aux côtés de figures de l’opposition, pourrait traduire une volonté d’élargir les concertations au-delà des seuls canaux gouvernementaux. Selon plusieurs observateurs, cette démarche pourrait également préparer le terrain à un dialogue politique plus large, associant les différentes sensibilités politiques et sociales du pays. Lors de sa récente visite à Kinshasa, le président Évariste Ndayishimiye avait d’ailleurs exprimé son souhait de rencontrer les responsables de l’opposition congolaise avant la marche dite « pacifique » de l’opposition, initialement prévue le 8 juillet puis reportée au 22 juillet. Cette manifestation vise à réclamer la démission du président Félix Tshisekedi, que ses opposants accusent de vouloir modifier la Constitution afin de se maintenir au pouvoir au-delà de 2028, année marquant la fin de son second et dernier mandat.
Si aucun détail officiel n’a encore filtré sur le contenu des échanges à Bujumbura, ces consultations témoignent de la volonté des acteurs régionaux de maintenir la dynamique diplomatique afin de favoriser une désescalade et de rechercher une solution négociée à la crise qui continue de déstabiliser l’Est de la RDC. Reste à savoir si cette initiative débouchera sur un véritable processus de dialogue ou ne constituera qu’une étape supplémentaire dans les multiples médiations en cours. Une chose est certaine : en réunissant autour d’une même table les Églises, l’opposition politique et un acteur régional désormais au premier plan, Bujumbura pourrait devenir le point de départ d’une nouvelle séquence diplomatique dont les développements seront suivis de près, tant en RDC que dans l’ensemble de la région des Grands Lacs.
Heshima Magazine
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ADF : douze années de terreur dans l’Est de la RDC
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2 semaines agoon
juin 29, 2026By
La redaction
Massacres de civils, enlèvements, déplacements de populations et attaques répétées contre les forces de sécurité. Depuis 2014, les Forces démocratiques alliées (ADF) se sont imposées comme l’un des groupes armés les plus meurtriers de l’Est de la République démocratique du Congo (RDC). D’abord rébellion ougandaise réfugiée dans les forêts du Nord-Kivu, le mouvement a progressivement muté pour devenir une organisation terroriste redoutée, responsable de milliers de morts et d’une insécurité persistante dans les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri.
L’histoire des ADF ne commence pas en République démocratique du Congo. Le groupe est créé au milieu des années 1990 en Ouganda par Jamil Mukulu, un opposant au régime du président Yoweri Museveni. Sous la pression de l’armée ougandaise, les rebelles traversent rapidement la frontière et trouvent refuge dans les régions montagneuses et forestières de l’Est congolais, où ils établissent leurs bases arrière. Pendant plusieurs années, les ADF demeurent relativement discrètes, vivant du trafic de ressources naturelles, du commerce illicite et de diverses activités économiques locales. Mais à partir de 2014, la situation bascule. Après une vaste offensive militaire des Forces armées de la RDC (FARDC) contre leurs bastions, le groupe adopte une stratégie de représailles particulièrement violente contre les populations civiles.
Entre octobre 2014 et aujourd’hui, les territoires de Beni, Lubero, Mambasa et Irumu deviennent le théâtre de massacres à répétition. Hommes, femmes et enfants sont tués lors d’attaques nocturnes souvent menées à l’arme blanche. Des villages entiers sont incendiés, tandis que des centaines de personnes sont enlevées. Selon plusieurs organisations nationales et internationales de défense des droits humains, les ADF sont responsables de milliers de morts au cours de la dernière décennie. Le territoire de Beni, dans la province du Nord-Kivu, est particulièrement touché, au point de devenir l’un des symboles de l’insécurité chronique qui frappe l’Est du pays.
De la rébellion au terrorisme…
Au fil des années, le mouvement évolue également sur le plan idéologique. À partir de 2017, plusieurs rapports des Nations unies et d’organismes spécialisés font état d’un rapprochement entre certaines factions des ADF et l’organisation djihadiste État islamique. En 2019, l’État islamique revendique officiellement plusieurs attaques menées dans l’Est de la RDC à travers sa branche dite « Province d’Afrique centrale » (ISCAP). Cette affiliation, contestée à ses débuts par certains experts, se confirme progressivement par la propagande diffusée par les réseaux de l’État islamique et par l’évolution des modes opératoires du groupe. Malgré cela, les ADF conservent des caractéristiques locales fortes, enracinées dans les réalités sécuritaires et économiques de la région des Grands Lacs.
Opérations conjointes « Shujaa »
Face à cette menace, les autorités congolaises ont multiplié les opérations militaires. En mai 2021, le gouvernement instaure l’état de siège dans les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri afin de renforcer la lutte contre les groupes armés. Quelques mois plus tard, la RDC et l’Ouganda lancent conjointement l’opération militaire « Shujaa » pour traquer les combattants ADF dans leurs sanctuaires forestiers.
Malgré près de cinq ans d’efforts conjoints de la RDC et de l’Ouganda dans le cadre de l’opération Shujaa, les zones débarrassées des combattants des ADF sont régulièrement réinfiltrées en l’espace de quelques semaines. Cette situation s’explique notamment par la solidité du système de succession interne du groupe prévue à l’avance, qui lui permet d’avoir une relève rapide du commandement lorsque des dirigeants sont neutralisés. Des allégations de collusion avec des acteurs étatiques, la faiblesse de la gouvernance et l’insuffisance de la protection des civils aggravent également le problème.
L’opération Shujaa repose sur des offensives conjointes, qui vont des opérations de combat mobiles au renseignement humain, visant à démanteler les structures de commandement des ADF et à rétablir l’autorité de l’État dans les zones occupées. Au-delà des approches cinétiques, elle entend soutenir la stabilisation, notamment par la construction de routes et la réinsertion des personnes enlevées. Toutefois, sa stratégie intègre peu d’approches préventives capables de neutraliser les ADF et reste réactive.
Ces offensives permettent de démanteler plusieurs camps rebelles et d’éliminer certains commandants. Toutefois, les ADF démontrent une forte capacité d’adaptation. Fragmentés en petites unités mobiles, leurs combattants continuent de mener des attaques meurtrières contre les civils et les positions militaires. Aujourd’hui encore, malgré les efforts militaires et les initiatives régionales de stabilisation, les ADF figurent parmi les principaux acteurs de l’insécurité dans l’Est de la RDC. Le groupe demeure particulièrement actif dans les zones frontalières entre le Nord-Kivu et l’Ituri, où les populations vivent sous la menace permanente d’incursions armées. Douze ans après le début des massacres de grande ampleur à Beni, la question des ADF reste l’un des défis sécuritaires majeurs de la République démocratique du Congo. Derrière les statistiques et les rapports se trouvent des milliers de familles endeuillées, des villages détruits et des communautés déplacées. Tant que cette menace persistera, la paix durable dans l’Est du pays demeurera un objectif difficile à atteindre, malgré les efforts déployés par les autorités congolaises et leurs partenaires régionaux.
Groupe armé le plus meurtrier en mai 2026
Les ADF ont été responsables du plus grand nombre de victimes civiles dans l’est de la République démocratique du Congo au cours du mois de mai 2026. C’est ce que révèle un rapport publié par l’Institut congolais de recherche sur la politique, la gouvernance et la violence, Ebuteli, qui fait état d’une recrudescence alarmante des attaques contre les populations civiles, notamment dans les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri. L’insécurité continue de faire des ravages dans l’Est de la République démocratique du Congo.
Dans son dernier rapport sur la situation sécuritaire, Ebuteli indique que les ADF demeurent le groupe armé le plus meurtrier de la région, avec au moins 190 civils tués au cours du seul mois de mai 2026. Ce bilan représente une augmentation spectaculaire par rapport au mois d’avril, où 53 victimes civiles avaient été enregistrées. Selon le rapport, cette recrudescence des violences s’est traduite par au moins 36 attaques attribuées aux rebelles ougandais, actifs principalement dans les territoires de Beni, Mambasa, Irumu et Lubero. Les assaillants ont multiplié les incursions meurtrières dans plusieurs villages, ciblant des populations civiles souvent sans défense.
L’un des faits marquants du mois a été le retour des attaques dans la ville de Beni. Dans la nuit du 30 au 31 mai, des combattants ADF ont mené plusieurs incursions simultanées dans la ville et ses environs, causant la mort d’au moins 26 civils. Il s’agit de la première attaque documentée dans la zone urbaine de Beni depuis 2023. Le rapport souligne également que les ADF ont intensifié leurs opérations malgré les offensives conjointes menées par les Forces armées de la RDC (FARDC) et l’armée ougandaise dans le cadre de l’opération Shujaa. Les chercheurs estiment que plusieurs de ces massacres pourraient constituer des représailles aux pressions militaires exercées contre le groupe armé.
Pendant ce temps, d’autres groupes armés restent actifs dans la région. En Ituri, la CODECO et l’URDPC poursuivent leurs activités criminelles, tandis que dans le Nord-Kivu et le Sud-Kivu, les affrontements entre le M23 et divers groupes armés locaux continuent d’alimenter l’instabilité. Toutefois, aucun de ces acteurs n’a atteint le niveau de violence meurtrière enregistré par les ADF au cours du mois de mai.
Alors que les populations de l’est de la RDC espèrent un retour durable de la paix, les conclusions du rapport d’Ebuteli rappellent l’ampleur du défi sécuritaire auquel le pays reste confronté. La montée en puissance des attaques des ADF, combinée à la persistance de multiples foyers de violence, continue de faire peser une lourde menace sur les civils, premiers victimes d’un conflit qui semble loin de s’essouffler.
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