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RDC : Quel avenir pour les Wazalendo en cas d’accord de paix avec le Rwanda ?
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1 an agoon
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La redaction
Le gouvernement de la République démocratique du Congo (RDC) et celui du Rwanda négocient depuis quelques mois un accord de paix à Washington, aux États-Unis. Parallèlement, des négociations se font avec le Mouvement du 23 mars (M23) à Doha, au Qatar. La seule question qui reste en suspens, c’est celle de l’avenir des Wazalendo (patriotes en swahili) après la fin du conflit. Une question qui soulève de nombreux enjeux sécuritaires, politiques et sociaux.
Depuis 2022, les « Wazalendo » – des groupes d’autodéfense populaires – combattent aux côtés des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) dans la lutte contre le M23 et l’armée rwandaise dans l’est de la RDC. En 2023, le gouvernement a formalisé cette collaboration en instituant une Réserve armée de la défense (RAD) dans laquelle sont insérés certains groupes de ces Wazalendo. Depuis le début des discussions de paix à Doha, sous l’égide de l’émir du Qatar, la rébellion de l’AFC/M23 a cessé sa progression fulgurante vers d’autres villes congolaises. Certains de ses responsables politiques et militaires discutent avec la délégation du gouvernement dans cette monarchie du Golfe Persique. Pourtant, sur le théâtre du conflit, les armes n’ont jamais cessé de crépiter. Mi-avril 2025, une action de guérilla livrée en solo sans l’appui des FARDC a semé la panique à Goma, Walikale, Nyiragongo, Kavumu, Walungu et Mwenga. Ces miliciens Wazalendo ont affronté les rebelles du M23 pendant trois jours d’affilée.
Dans un communiqué de l’AFC/M23, cette rébellion accuse la coalition des forces de la SADC (SAMIDRC), les FARDC, les Wazalendo et les FDLR (un groupe armé composé de hutus rwandais formé par d’anciens génocidaires) d’avoir attaqué leurs positions notamment à Goma. Une accusation démentie par l’armée congolaise. Ce scénario a esquissé les défis sécuritaires majeurs qui attendent le pays après les accords de paix qui pourraient être signés avec le Rwanda et le M23.
Maï Maï hier, Wazalendo aujourd’hui…
Les Maï-Maï d’hier, les Wazalendo d’aujourd’hui… Ces groupes d’autodéfense ne sont pas tous nés pendant la guerre du M23 appuyé par l’armée rwandaise. Si certains ont vu le jour suite à un besoin de défendre leur terre, d’autres existaient avant l’aggravation de ce conflit. Ils s’appelaient des groupes Maï-Maï, remontant parfois depuis la première et la deuxième guerre du Congo (1996-2003). Ces Maï-Maï d’hier ont pris le nom de Wazalendo aujourd’hui. Ce phénomène Wazalendo, comme le décrit William Amuri Yakutumba, commandant des forces Wazalendo de la Coalition nationale du peuple pour la souveraineté du Congo (CNPSC), est né en 1996 à la suite des guerres à répétition que connaît la RDC.
« Lorsque la population de l’est, se retrouvait abandonnée à elle-même, sans aucune sécurité et lorsque l’est du pays avait été envahi par le Rwanda, l’Ouganda et le Burundi, c’est ainsi que la population a pris l’initiative de prendre les armes pour combattre cette agression étrangère », a-t-il expliqué à la BBC. William Amuri Yakutumba fait référence à des groupes armés tels que le Rassemblement Congolais pour la Démocratie (RCD-Goma) d’Azarias Ruberwa soutenu par le Rwanda, le Congrès national pour la défense du peuple (CNDP) de Laurent Nkunda et soutenu toujours par Kigali, le M23 et ses factions (M23-1 et M23-2), coalisé avec l’Alliance Fleuve Congo (AFC) de Corneille Nangaa bénéficiant également du total soutien du régime de Paul Kagame.
Devenus proches de l’armée nationale, ces miliciens sont organisés aujourd’hui en équipes, sections, pelotons, compagnies, bataillons, brigades et autres pour tenir tête face à des groupes armés soutenus par le Rwanda. Leur objectif principal, selon Yakutumba, c’est la protection du sol, du sous-sol, de l’environnement, de la faune et la flore, bref, la protection de l’intégrité territoriale contre toute sorte d’agression étrangère.
Cette description de Yakutumba a été faite également par cet institut de recherche. Pour Ebuteli, se servir de groupes armés pour en combattre d’autres n’est pas une nouveauté au Congo. Ces chercheurs rappellent qu’en 1998, Kinshasa a soutenu des groupes armés Maï-Maï et FDLR pour lutter contre le RCD soutenu par le Rwanda. La RDC et le Rwanda ont ensuite fait cause commune, entre 2015 et 2020, pour tenter d’éradiquer les FDLR, un groupe d’anciens génocidaires rwandais, en utilisant le groupe armé congolais NDC-Rénové.
Un fardeau pour les années à venir
La gestion des Wazalendo, particulièrement après ce conflit actif avec le M23, soulève de nombreux enjeux sécuritaires, politiques et sociaux. Sur le plan sécuritaire, un rapport de l’Institut de recherche Ebuteli rendu public le 16 mai dernier à Kinshasa, évoque également des risques dans la gestion de ces groupes armés. Ebuteli note que le soutien aux groupes armés locaux constituera une « lourde hypothèque politique pour les années à venir ». Pour cet institut de recherche spécialisé dans les questions des Grands Lacs, ce phénomène militarise davantage la société, aggrave la crise humanitaire et enracine le conflit. Ce rapport conclut en soulignant l’importance à long terme de réformer l’État congolais, ses forces de sécurité et son approche du conflit pour éviter de sous-traiter des groupes qui eux-mêmes pourront constituer demain une autre source de l’insécurité pour la population civile. Le gouvernement, qui compte gérer ces groupes armés comme une réserve de l’armée régulière ne saura intégrer tous ceux qui ont pris les armes dans ce conflit. « Ceux qui ont pris le goût dans le maniement d’armes et qui ne seront pas pris en charge correctement par l’État deviendront un danger pour la population sur le plan de la criminalité », estime Isaac Mayenge, un analyste des dynamiques sécuritaires dans la région touchée.
Les Wazalendo veulent-ils se couvrir de leurs crimes passés ?
Avant de s’appeler Wazalendo, ces groupes armés se battaient déjà entre eux, ou contre l’armée régulière pour le contrôle de leur territoire, rappelle le journaliste français Christophe Rigaud. Ce dernier qualifie de « pari hautement risqué » le fait pour le président Félix Tshisekedi d’avoir fait de ces miliciens des supplétifs des FARDC. Pour Ebuteli, les motivations des Wazalendo sont diverses : un sentiment nationaliste, la possibilité d’accéder à des financements et à des postes au sein de l’armée nationale, et éventuellement de garantir l’impunité pour leurs crimes passés.
Certains parmi les leaders des Wazalendo étaient déjà dans le collimateur de la justice. Mais leur comportement « patriotique » dans cette guerre contre le M23 et le Rwanda a fait taire l’envie des poursuites judiciaires. Ce qui peut être perçu comme une façon pour ces seigneurs de guerre de se couvrir de leurs crimes passés. C’est le cas de Janvier Karairi, chef de l’APCLS (Alliance des patriotes pour un Congo libre et souverain), un groupe armé opérant dans le Nord-Kivu, précisément à Masisi avant sa conquête par le M23. L’APCLS est impliquée dans des crimes et des violations des droits de l’homme, et Janvier Karairi est accusé de contribuer à ces crimes en les planifiant, les dirigeant ou les commettant. Il est même sous sanctions internationales, notamment de l’Union européenne.
Un processus de désarmement souhaité
Après ce conflit, au plan social, le gouvernement devrait sérieusement organiser le processus de désarmement pour tous ces volontaires qui ont pris les armes et qui ne seront pas retenus au sein de la réserve armée. Félix Tshisekedi avait mis en place le Programme de désarmement, démobilisation, relèvement communautaire et stabilisation (P-DDRCS). Il vise à désarmer, démobiliser et réintégrer les ex-combattants dans la vie civile, tout en soutenant le développement communautaire et la stabilisation du pays. Mais ce programme bat encore de l’aile. Plusieurs ex-combattants désarmés retournent encore dans la brousse. « Nous sommes parfois abandonnés dans des camps sans nourriture ni un travail pour survivre », raconte un ex-démobilisé qui a retrouvé son groupe armé en Ituri.
Avec le phénomène Wazalendo, le programme de démobilisation a pratiquement disparu dans plusieurs coins des provinces du Nord et Sud-Kivu. Mais il est clair que c’est une question qui devra être prise en compte dans un processus de paix, quel qu’il soit. Cette question des Wazalendo fait encore partie de l’équation sécuritaire à résoudre après les accords de paix envisagés avec le Rwanda et le M23.
Heshima
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Léopards de la RDC : Après l’exploit, l’heure de la confirmation
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2 semaines agoon
juillet 7, 2026By
La redaction
Ils sont revenus. Par la grande porte. Après 52 ans d’absence, les Léopards de la République Démocratique du Congo ont foulé les pelouses américaines du Mondial 2026 avec la détermination de ceux qui n’ont plus rien à perdre. Si l’aventure s’est achevée en seizièmes de finale face à l’Angleterre, elle a laissé un héritage bien plus précieux qu’un simple bilan comptable.
Le retour d’un géant endormi
Pour la RDC, 100 millions d’habitants et une culture footballistique parmi les plus riches du continent, cette qualification était bien plus qu’un exploit sportif. Elle mettait fin à cinq décennies d’attente, depuis l’épopée du Zaïre en 1974, et consacrait le travail de reconstruction engagé sous la houlette de Sébastien Desabre.
Le parcours qualificatif avait déjà valeur de test. Placés dans le groupe B aux côtés du Sénégal, les Léopards ont terminé deuxièmes avec 22 points avant d’écarter le Cameroun puis le Nigeria en barrages. Le dernier obstacle, la Jamaïque, fut franchi en prolongation grâce à Axel Tuanzebe, envoyant toute une nation en délire.
Un Mondial qui change tout
Le groupe K promettait un baptême du feu : Portugal, Colombie et Ouzbékistan. Face aux favoris portugais au NRG Stadium de Houston, les Léopards n’ont pas tremblé. Menés dès la 6e minute, ils ont égalisé juste avant la pause par Yoane Wissa sur corner, pour arracher un nul historique (1-1).
Le sélectionneur adjoint Rafael Hamidi résumait l’exploit : « Ce score de parité face au Portugal, c’était à prendre si on nous l’avait proposé avant le coup d’envoi ». La presse congolaise saluait un système en 3-5-2 particulièrement solide, la discipline collective et les transitions rapides.
Qualifiés pour les seizièmes de finale, les Léopards ont longtemps fait douter l’Angleterre, menant jusqu’à la 76e minute avant de s’incliner 2-1 dans les dernières secondes. Un scénario cruel qui a rappelé les limites d’un groupe prometteur mais encore en apprentissage des grands rendez-vous.
Les enseignements d’une expérience unique
Ce Mondial a livré plusieurs enseignements pour l’avenir. D’abord, une force mentale confirmée. Les barrages contre le Cameroun et le Nigeria avaient déjà forgé ce groupe, capable de rester lucide sous pression. Face au Portugal, les Léopards ont prouvé qu’ils pouvaient rivaliser avec les meilleures nations.
Ensuite, des fragilités structurelles. Comme la Côte d’Ivoire, le Sénégal ou le Japon, la RDC a cédé dans les dernières minutes face à l’Angleterre. Loïc Aumont, spécialiste de la performance, analyse : « Ces sélections possèdent les qualités techniques et physiques. Ce qui fait basculer un match, c’est la gestion des émotions lorsque la pression atteint son maximum ». Un déficit d’expérience à ce niveau que seul le temps et les répétitions pourront combler.
Cap sur la CAN 2027 : un trophée à portée de griffes ?
L’objectif est désormais clair : les Léopards doivent viser le titre lors de la prochaine Coupe d’Afrique des Nations, organisée en 2027 au Kenya, en Ouganda et en Tanzanie.
Le contexte est favorable. Cette génération, portée par Chancel Mbemba, son capitaine de 31 ans, possède une identité de jeu forte et un vécu commun exceptionnel. Le vivier de talents, évoluant pour beaucoup dans les meilleurs championnats européens, n’a jamais été aussi riche.
Le chemin qualificatif pour la CAN 2027 s’annonce abordable, avec un groupe E composé de la Guinée équatoriale, de la Sierra Leone et du Zimbabwe. Mais les Léopards savent désormais qu’aucune montagne n’est insurmontable, comme l’écrivait la presse congolaise avant le choc contre le Portugal : « Aucune montagne n’est insurmontable quand on est déterminé ».
Le défi de la régularité
Si le rêve est permis, la réalité impose de rester humble. Le Mondial a montré que l’écart avec les meilleures nations s’est considérablement réduit, mais que la gestion des moments décisifs reste le nerf de la guerre. Les Léopards devront transformer l’essai en confirmant leur niveau sur la durée, avec un calendrier international exigeant et des joueurs à préserver.
Sébastien Desabre, l’artisan de ce renouveau, aura à cœur de capitaliser sur cette expérience unique pour faire franchir un nouveau palier à sa sélection. La CAN 2027 sera le test ultime : plus qu’une performance, c’est un trophée que la RDC attend. Le message des supporters est clair, comme le résumait un journaliste avant le Mondial : « On ne vous demande pas de dominer le Portugal, mais juste de sortir un match de malade du début à la fin ». Pour la CAN 2027, on leur demande désormais de ramener la coupe à la maison.
Heshima Magazine
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Opposition, CENCO et ECC en consultations au Burundi : Évariste Ndayishimiye dans la peau de Lourenço ?
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2 semaines agoon
juillet 6, 2026By
La redactionUne délégation réunissant des responsables de la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO), de l’Église du Christ au Congo (ECC) et plusieurs figures de l’opposition congolaise séjourne à Bujumbura, au Burundi, pour des consultations consacrées à la crise sécuritaire dans l’Est de la République démocratique du Congo. Organisée à l’invitation du président burundais Évariste Ndayishimiye, cette rencontre alimente les spéculations sur l’émergence d’un nouveau cadre de dialogue politique autour de la paix et de la stabilité dans la région.
Une nouvelle séquence diplomatique s’ouvre dans la recherche d’une issue à la crise qui secoue l’Est de la République démocratique du Congo. Une délégation composée de responsables de la CENCO, de l’ECC ainsi que de plusieurs leaders de l’opposition est arrivée à Bujumbura pour prendre part à des consultations consacrées à la situation sécuritaire et politique en RDC.
Cette mission répond à une invitation du président burundais Évariste Ndayishimiye, qui assure actuellement la présidence en exercice de l’Union africaine (UA). Déjà engagé dans plusieurs initiatives diplomatiques régionales, le chef de l’État burundais entend poursuivre ses efforts afin de rapprocher les différentes parties prenantes et de favoriser une solution politique durable. La délégation est composée du pasteur André Bokundoa, président de l’ECC, du pasteur Éric Senga, de Mgr Donatien Nshole, secrétaire général de la CENCO, ainsi que des opposants Martin Fayulu, Delly Sesanga et Dieudonné Bolengetenge. Les membres de cette mission ont quitté Kinshasa dans la nuit du samedi 4 au dimanche 5 juillet 2026 à bord d’un vol régulier d’Ethiopian Airlines à destination de la capitale burundaise.
Évariste Ndayishimiye dans la peau de Lourenço ?
Cette initiative, qui intervient alors que plusieurs processus de médiation restent inachevés, soulève une interrogation majeure : Évariste Ndayishimiye cherche-t-il à reprendre le flambeau laissé par João Lourenço ou à insuffler une nouvelle dynamique sous l’égide de l’Union africaine ?
Alors que l’Angola avait été mandaté pour faciliter un dialogue intercongolais, la multiplication des divergences avec les autorités congolaises sur le format et le cadre de ces discussions a progressivement conduit le projet dans l’impasse. D’où cette question que se posent plusieurs observateurs de la crise congolaise : João Lourenço a-t-il jeté l’éponge ?
Officiellement mandaté en février dernier pour mener des consultations en vue d’un dialogue politique en RDC, le président angolais peine à concrétiser son initiative et se fait de plus en plus discret. S’il n’a pas officiellement renoncé à sa mission, plusieurs sources diplomatiques citées par Jeune Afrique indiquent que le processus est, pour l’heure, au point mort.
Les consultations de Bujumbura interviennent alors que les combats se poursuivent dans l’Est de la RDC. Plusieurs localités des provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu restent sous le contrôle de l’armée rwandaise et de ses alliés de l’AFC/M23, selon les autorités congolaises, tandis que les initiatives diplomatiques se multiplient pour tenter d’enrayer une crise qui perdure depuis plusieurs années.
Les prémices d’un dialogue inclusif ?
Au-delà de la dimension sécuritaire, la présence conjointe des représentants des Églises et de l’opposition politique confère à ces consultations une portée particulière. Depuis plusieurs mois, la CENCO et l’ECC plaident en faveur d’un dialogue inclusif susceptible de restaurer la cohésion nationale et de créer les conditions d’une paix durable. Leur implication, aux côtés de figures de l’opposition, pourrait traduire une volonté d’élargir les concertations au-delà des seuls canaux gouvernementaux. Selon plusieurs observateurs, cette démarche pourrait également préparer le terrain à un dialogue politique plus large, associant les différentes sensibilités politiques et sociales du pays. Lors de sa récente visite à Kinshasa, le président Évariste Ndayishimiye avait d’ailleurs exprimé son souhait de rencontrer les responsables de l’opposition congolaise avant la marche dite « pacifique » de l’opposition, initialement prévue le 8 juillet puis reportée au 22 juillet. Cette manifestation vise à réclamer la démission du président Félix Tshisekedi, que ses opposants accusent de vouloir modifier la Constitution afin de se maintenir au pouvoir au-delà de 2028, année marquant la fin de son second et dernier mandat.
Si aucun détail officiel n’a encore filtré sur le contenu des échanges à Bujumbura, ces consultations témoignent de la volonté des acteurs régionaux de maintenir la dynamique diplomatique afin de favoriser une désescalade et de rechercher une solution négociée à la crise qui continue de déstabiliser l’Est de la RDC. Reste à savoir si cette initiative débouchera sur un véritable processus de dialogue ou ne constituera qu’une étape supplémentaire dans les multiples médiations en cours. Une chose est certaine : en réunissant autour d’une même table les Églises, l’opposition politique et un acteur régional désormais au premier plan, Bujumbura pourrait devenir le point de départ d’une nouvelle séquence diplomatique dont les développements seront suivis de près, tant en RDC que dans l’ensemble de la région des Grands Lacs.
Heshima Magazine
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ADF : douze années de terreur dans l’Est de la RDC
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3 semaines agoon
juin 29, 2026By
La redaction
Massacres de civils, enlèvements, déplacements de populations et attaques répétées contre les forces de sécurité. Depuis 2014, les Forces démocratiques alliées (ADF) se sont imposées comme l’un des groupes armés les plus meurtriers de l’Est de la République démocratique du Congo (RDC). D’abord rébellion ougandaise réfugiée dans les forêts du Nord-Kivu, le mouvement a progressivement muté pour devenir une organisation terroriste redoutée, responsable de milliers de morts et d’une insécurité persistante dans les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri.
L’histoire des ADF ne commence pas en République démocratique du Congo. Le groupe est créé au milieu des années 1990 en Ouganda par Jamil Mukulu, un opposant au régime du président Yoweri Museveni. Sous la pression de l’armée ougandaise, les rebelles traversent rapidement la frontière et trouvent refuge dans les régions montagneuses et forestières de l’Est congolais, où ils établissent leurs bases arrière. Pendant plusieurs années, les ADF demeurent relativement discrètes, vivant du trafic de ressources naturelles, du commerce illicite et de diverses activités économiques locales. Mais à partir de 2014, la situation bascule. Après une vaste offensive militaire des Forces armées de la RDC (FARDC) contre leurs bastions, le groupe adopte une stratégie de représailles particulièrement violente contre les populations civiles.
Entre octobre 2014 et aujourd’hui, les territoires de Beni, Lubero, Mambasa et Irumu deviennent le théâtre de massacres à répétition. Hommes, femmes et enfants sont tués lors d’attaques nocturnes souvent menées à l’arme blanche. Des villages entiers sont incendiés, tandis que des centaines de personnes sont enlevées. Selon plusieurs organisations nationales et internationales de défense des droits humains, les ADF sont responsables de milliers de morts au cours de la dernière décennie. Le territoire de Beni, dans la province du Nord-Kivu, est particulièrement touché, au point de devenir l’un des symboles de l’insécurité chronique qui frappe l’Est du pays.
De la rébellion au terrorisme…
Au fil des années, le mouvement évolue également sur le plan idéologique. À partir de 2017, plusieurs rapports des Nations unies et d’organismes spécialisés font état d’un rapprochement entre certaines factions des ADF et l’organisation djihadiste État islamique. En 2019, l’État islamique revendique officiellement plusieurs attaques menées dans l’Est de la RDC à travers sa branche dite « Province d’Afrique centrale » (ISCAP). Cette affiliation, contestée à ses débuts par certains experts, se confirme progressivement par la propagande diffusée par les réseaux de l’État islamique et par l’évolution des modes opératoires du groupe. Malgré cela, les ADF conservent des caractéristiques locales fortes, enracinées dans les réalités sécuritaires et économiques de la région des Grands Lacs.
Opérations conjointes « Shujaa »
Face à cette menace, les autorités congolaises ont multiplié les opérations militaires. En mai 2021, le gouvernement instaure l’état de siège dans les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri afin de renforcer la lutte contre les groupes armés. Quelques mois plus tard, la RDC et l’Ouganda lancent conjointement l’opération militaire « Shujaa » pour traquer les combattants ADF dans leurs sanctuaires forestiers.
Malgré près de cinq ans d’efforts conjoints de la RDC et de l’Ouganda dans le cadre de l’opération Shujaa, les zones débarrassées des combattants des ADF sont régulièrement réinfiltrées en l’espace de quelques semaines. Cette situation s’explique notamment par la solidité du système de succession interne du groupe prévue à l’avance, qui lui permet d’avoir une relève rapide du commandement lorsque des dirigeants sont neutralisés. Des allégations de collusion avec des acteurs étatiques, la faiblesse de la gouvernance et l’insuffisance de la protection des civils aggravent également le problème.
L’opération Shujaa repose sur des offensives conjointes, qui vont des opérations de combat mobiles au renseignement humain, visant à démanteler les structures de commandement des ADF et à rétablir l’autorité de l’État dans les zones occupées. Au-delà des approches cinétiques, elle entend soutenir la stabilisation, notamment par la construction de routes et la réinsertion des personnes enlevées. Toutefois, sa stratégie intègre peu d’approches préventives capables de neutraliser les ADF et reste réactive.
Ces offensives permettent de démanteler plusieurs camps rebelles et d’éliminer certains commandants. Toutefois, les ADF démontrent une forte capacité d’adaptation. Fragmentés en petites unités mobiles, leurs combattants continuent de mener des attaques meurtrières contre les civils et les positions militaires. Aujourd’hui encore, malgré les efforts militaires et les initiatives régionales de stabilisation, les ADF figurent parmi les principaux acteurs de l’insécurité dans l’Est de la RDC. Le groupe demeure particulièrement actif dans les zones frontalières entre le Nord-Kivu et l’Ituri, où les populations vivent sous la menace permanente d’incursions armées. Douze ans après le début des massacres de grande ampleur à Beni, la question des ADF reste l’un des défis sécuritaires majeurs de la République démocratique du Congo. Derrière les statistiques et les rapports se trouvent des milliers de familles endeuillées, des villages détruits et des communautés déplacées. Tant que cette menace persistera, la paix durable dans l’Est du pays demeurera un objectif difficile à atteindre, malgré les efforts déployés par les autorités congolaises et leurs partenaires régionaux.
Groupe armé le plus meurtrier en mai 2026
Les ADF ont été responsables du plus grand nombre de victimes civiles dans l’est de la République démocratique du Congo au cours du mois de mai 2026. C’est ce que révèle un rapport publié par l’Institut congolais de recherche sur la politique, la gouvernance et la violence, Ebuteli, qui fait état d’une recrudescence alarmante des attaques contre les populations civiles, notamment dans les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri. L’insécurité continue de faire des ravages dans l’Est de la République démocratique du Congo.
Dans son dernier rapport sur la situation sécuritaire, Ebuteli indique que les ADF demeurent le groupe armé le plus meurtrier de la région, avec au moins 190 civils tués au cours du seul mois de mai 2026. Ce bilan représente une augmentation spectaculaire par rapport au mois d’avril, où 53 victimes civiles avaient été enregistrées. Selon le rapport, cette recrudescence des violences s’est traduite par au moins 36 attaques attribuées aux rebelles ougandais, actifs principalement dans les territoires de Beni, Mambasa, Irumu et Lubero. Les assaillants ont multiplié les incursions meurtrières dans plusieurs villages, ciblant des populations civiles souvent sans défense.
L’un des faits marquants du mois a été le retour des attaques dans la ville de Beni. Dans la nuit du 30 au 31 mai, des combattants ADF ont mené plusieurs incursions simultanées dans la ville et ses environs, causant la mort d’au moins 26 civils. Il s’agit de la première attaque documentée dans la zone urbaine de Beni depuis 2023. Le rapport souligne également que les ADF ont intensifié leurs opérations malgré les offensives conjointes menées par les Forces armées de la RDC (FARDC) et l’armée ougandaise dans le cadre de l’opération Shujaa. Les chercheurs estiment que plusieurs de ces massacres pourraient constituer des représailles aux pressions militaires exercées contre le groupe armé.
Pendant ce temps, d’autres groupes armés restent actifs dans la région. En Ituri, la CODECO et l’URDPC poursuivent leurs activités criminelles, tandis que dans le Nord-Kivu et le Sud-Kivu, les affrontements entre le M23 et divers groupes armés locaux continuent d’alimenter l’instabilité. Toutefois, aucun de ces acteurs n’a atteint le niveau de violence meurtrière enregistré par les ADF au cours du mois de mai.
Alors que les populations de l’est de la RDC espèrent un retour durable de la paix, les conclusions du rapport d’Ebuteli rappellent l’ampleur du défi sécuritaire auquel le pays reste confronté. La montée en puissance des attaques des ADF, combinée à la persistance de multiples foyers de violence, continue de faire peser une lourde menace sur les civils, premiers victimes d’un conflit qui semble loin de s’essouffler.
Heshima Magazine




























































