Nous rejoindre

Nation

A Goma, Kabila plante le décor d’un bras de fer avec Kinshasa      

Published

on

Le 23 mai 2025, l’ancien président de la République démocratique du Congo (RDC) Joseph Kabila a prononcé une allocution solennelle adressée à la nation congolaise depuis l’étranger. Dans son discours, l’ex-chef de l’Etat a critiqué vertement la gouvernance de son successeur sans le citer et a notamment proposé la « fin de la dictature ». Une adresse qui a suscité une vague de réactions. Mais au-delà de ce discours, comment l’ex-Raïs compte-t-il se comporter après avoir été mis en accusation par la justice militaire ? Après son arrivée à Goma, dimanche 25 mai, le risque d’un bras de fer avec Kinshasa semble être planté. Décryptage. 

 Crâne rasé, menton imberbe, la moustache soigneusement coiffée, sa chaire de discours estampillée des armoiries du pays, le « body language » de Joseph Kabila dégageait une certaine solennité le vendredi soir quand la vidéo de son allocution a été diffusée sur les réseaux sociaux. Pendant 45 minutes, les Congolais ont découvert un discours de défi et une grande charge dirigée contre le président de la République, Félix Tshisekedi. En rappelant son statut d’ancien militaire lié au serment de « sacrifice suprême » et en matérialisant sa volonté de se rendre à Goma – une ville occupée par les rebelles de l’AFC/M23 dont il est accusé de soutenir – Joseph Kabila a bien assumé son bras de fer avec le gouvernement congolais au lendemain de la levée de ses immunités au Sénat.        

L’ancien chef de l’Etat a justifié sa longue réserve de 6 ans par un souci de ne pas alimenter les polémiques, malgré ce qu’il qualifie de provocations et d’atteintes répétées à sa dignité. Il a affirmé   parler « par devoir », face à une situation de crise qu’il juge « existentielle » pour la nation congolaise. Joseph Kabila a dressé un portrait peu flatteur de la gouvernance de son successeur. Il a notamment dénoncé le retour de la dette publique qui a dépassé, à ce jour, la barre de 10 milliards de dollars, dénonçant notamment la corruption au pays.  

Revenant sur l’accord qui avait scellé la coalition entre son camp politique et ses partenaires d’alternance après les élections de 2018, l’ancien chef de l’État a affirmé que sa seule motivation était l’intérêt supérieur de la nation, et que cet accord visait à garantir la stabilité ainsi qu’un fonctionnement harmonieux des institutions.

Un pacte pourtant volatilisé en décembre 2020, avec la chute du bureau de l’Assemblée nationale alors dirigé par sa proche Jeanine Mabunda, puis, dans les mois suivants, celles du Premier ministre Sylvestre Ilunga et du président du Sénat Alexis Thambwe Mwamba.

L’ex-raïs a en outre accusé son ancien partenaire politique d’avoir violé la Constitution, parlant même d’un « coup d’État constitutionnel » pour avoir renversé une majorité en cours de législature.

Menace d’un « enjeu existentiel » pour la RDC : prélude à une partition ?

Dans son discours à la fois martial et énigmatique, Joseph Kabila a justifié son installation prochaine à Goma, ville sous contrôle des rebelles du M23 soutenus par le Rwanda, comme un acte de « patriotisme » face à un défi qu’il qualifie d’ »existentiel » pour la nation congolaise. Une déclaration lourde de sous-entendus, qui relance les craintes d’une possible fragmentation du pays.

En évoquant une menace vitale ni pour lui, ni pour sa famille, mais pour la RDC, Kabila laisse planer un doute glaçant : la crise sécuritaire dans l’Est signerait-elle la fin de la RDC dans sa forme actuelle ? Sous couvert d’alarme patriotique, l’ancien chef de l’État agite-t-il le spectre d’une balkanisation, où les régions minières de l’Est, sous influence rwandaise, deviendraient une entité autonome ?

Son choix de s’établir à Goma, érigée en « capitale » par les insurgés, nourrit les spéculations. Joue-t-il les médiateurs, ou incarne-t-il déjà l’épicentre d’un pouvoir parallèle ? La manœuvre rappelle les scénarios à la soudanaise, où deux pôles rivaux (Khartoum et Port-Soudan) se partagent un pays fracturé. En s’affichant aux côtés d’une rébellion proxy de Kigali, Kabila légitime-t-il une gouvernance alternative, sapant l’autorité de Kinshasa ?

Son appel à « sauver le pays » sonne comme un calcul politique à haut risque : soit le pouvoir central cède à ses exigences, soit la RDC s’expose à une reconfiguration violente de ses frontières. Une rhétorique qui, loin d’éteindre l’incendie, attise les divisions et pourrait précipiter une guerre froide interne avec en arrière-plan, l’ombre tutélaire du Rwanda.

Alors que les tensions géopolitiques régionales atteignent un paroxysme, la RDC se retrouve à un carrefour critique : la survie de son unité territoriale est en jeu. La suite dépendra de la réponse et de la gestion de cette crise par Kinshasa et probablement de calculs inavoués de ceux qui, à l’Est comme à Kigali, tirent les ficelles de cette crise.

Un « Pacte citoyen » au contenu insurrectionnel

Dans les dernières minutes de son allocution, Joseph Kabila a proposé un « pacte citoyen » pour, selon lui, « sortir le pays de l’impasse ». Un discours calibré où l’ancien président mêle diagnostics sévères et propositions ambitieuses, mais dont la première mesure a immédiatement fait réagir : il appelle à « mettre fin à la dictature, mieux, à la tyrannie » de Félix Tshisekedi. Une formule qui sonne comme un appel à la révolte, à l’insurrection. De quoi surprendre, alors que le pouvoir en place est issu d’élections reconnues par la communauté internationale. « C’est un discours incendiaire. On ne renverse pas un régime légal issu des urnes. », analyse un observateur congolais sur X.

Parmi ses autres axes avancés figurent le rétablissement de l’autorité étatique sur l’ensemble du territoire, l’expulsion des forces étrangères, ou encore la restauration des libertés fondamentales. L’ex-chef de l’État plaide aussi pour une refonte économique, insistant sur une gestion rigoureuse des ressources et une meilleure redistribution des richesses.

Un discours-programme qui, s’il se veut rassembleur, laisse perplexe tant Kabila lui-même incarne pour beaucoup bien plus que les dérives qu’il dénonce aujourd’hui.

Face au discours de Kabila, Kabuya loupe le coche

Alors que la réaction du secrétaire général de l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS), Augustin Kabuya, se faisait attendre, l’homme a réagi dimanche 25 mai en estimant que l’ancien président Joseph Kabila est un « un sujet rwandais » et l’a accusé d’avoir soutenu les rebelles du M23. Une réplique sur l’identité présumée étrangère de l’ancien président déjà entendue par les Congolais. « Un disque rayé », ajoute Michael Tshibangu, communicateur du parti Ensemble pour la République de Moïse Katumbi.

Dans sa réplique, Augustin Kabuya n’a pas proposé grand-chose, loupant le coche devant les combattants du parti à Limete. « Laissez les Congolais traiter leurs problèmes. Lui, c’est un sujet rwandais. Il était là pour nous infiltrer », a-t-il insisté, avant d’expliquer que les relations entretenues avec Joseph Kabila et le président rwandais Paul Kagame sous le régime Tshisekedi relevaient d’une « stratégie politique » visant à éviter un conflit armé à Kinshasa, et non pas d’« amour ».

Augustin Kabuya a aussi diffusé des images des violences contre les manifestants sous Joseph Kabila comme preuve de sa dictature. Mais la grande réplique face au discours de l’ancien président est venue plutôt des membres des institutions.

Fwamba, Kashal et Mapamboli portent la charge de la réplique 

Le ministre des Finances, Doudou Fwamba, a indiqué que le régime de Joseph Kabila a pillé le pays avec une gestion des finances peu orthodoxe. « Des actifs miniers cédés à vil prix pour des intérêts privés durant 18 ans, des milliards de dollars américains de royalties issues des joint-ventures concédées à des amis étrangers, des centaines de millions de dollars retirés directement de la Banque Centrale du Congo pour une destination inconnue, comme le cas des 350 millions USD de pas de porte de la SICOMINES, des millions de dollars de fonds publics octroyés en cadeau pour la création d’entreprises privées familiales », a-t-il répliqué.

L’argentier national a aussi rappelé des morts, des assassinats qui, selon lui, sont des crimes contre l’humanité : « comme les massacres des adeptes de Bundu Dia Kongo, Mukungubila, Kamwina Nsapu, des pauvres citoyens lâchement abattus lors des manifestations pro-démocratie… »

Doudou Fwamba rappelle que sous le règne de l’ancien président, les enseignants étaient clochardisés, avec un salaire misérable de 45 à 60 dollars par mois. « Nos vaillants militaires des FARDC avec une rémunération de mendiants, des professeurs d’université sans assurance maladie ni autres garanties sociales ; des sociétés publiques démantelées pour appartenir à une seule famille », a-t-il souligné.

De son côté, le vice-Premier ministre, ministre de la Fonction publique, Jean-Pierre Lihau, ne comprend pas la logique de Joseph Kabila et parle d’une « ineptie ». Après 18 ans d’un long règne absolu et stérile, écrit-il, on a quand même le toupet de se présenter en donneur de leçons, avec « un paquet de vieilles recettes, un peu comme pour se moquer du peuple et justifier l’injustifiable ! Le peuple congolais n’est plus dupe ! ».

Au sujet de la dette publique que Joseph Kabila affirme avoir maîtrisée en 2010 avec l’initiative PPTE (Pays pauvres très endettés), le député national Flory Mapomboli estime que la dette publique actuelle n’est pas exagérée. « Quant à la dette publique qui aurait été stabilisée en 2010, il sied de préciser qu’en cette année [2010], celle-ci représentait 26 % du PIB. Ce ratio est de près de 16 % en 2024. Où se trouve le surendettement entre les deux périodes susmentionnées ? Personne ne pourra me contredire sur ces chiffres, avec lesquels il est presque impossible de faire du populisme », a-t-il précisé.

Cet ancien cadre au ministère des Finances explique que, dans une économie, le niveau de vie de la population se mesure par un indicateur pertinent, à savoir le PIB par habitant. « Ce dernier a progressé de 24 % en USD courants entre 2018 et 2024, passant respectivement de 557 à 693 USD », a-t-il assuré, s’insurgeant contre la « manipulation » et la « mauvaise foi » de Joseph Kabila.

A Goma, Kabila va-t-il assumer le leadership de la rébellion ?

Après son arrivée à Goma, Joseph Kabila envoie deux messages au régime de Félix Tshisekedi : son refus de se laisser intimider par la menace de poursuites en justice et sa volonté d’assumer un rôle de leader dans les négociations en cours pour mettre fin au conflit dans l’est du pays.

Lors d’un point de presse à Goma, quelques heures avant l’arrivée de Joseph Kabila dans la ville occupée, Bertrand Bisimwa – leader politique du Mouvement du 23 mars (M23) – a déclaré que l’AFC/M23 n’avait pas de revendications à soumettre à Kinshasa. Ils ont déjà dépassé ce cap et sont dans une étape de révolution. Le porte-parole militaire du M23, Willy Ngoma, annonçant l’arrivée en « zone libérée » de Joseph Kabila, a également évoqué cette même révolution.

Cela laisse penser que Joseph Kabila semble vouloir prendre, assumer, le leadership de cette rébellion après le déclenchement des poursuites à son encontre. « Il a tenté de se faire une place de leader dans l’opposition politique civile, mais il a été ignoré par Kinshasa. Il tient désormais à jouer un rôle dans cette crise », explique un analyste politique.

Aux côtés des rebelles à Goma, Joseph Kabila va incarner une présence encombrante pour le gouvernement congolais. Va-t-il s’offrir un bain de foule à Goma pour se faire une image de Kabila populaire ? Cette hypothèse est possible, car l’homme surfe sur la crise actuelle pour tenter de revenir au-devant de la scène politique.

« Il n’y a pas de nostalgie populaire forte pour Kabila dans le pays », expliquait Trésor Kibangula, analyste politique à l’institut de recherche congolais Ebuteli. Pour lui, si la population n’a pas cette nostalgie pour la personne de Kabila, l’homme aurait néanmoins « conservé des relais dans l’armée ».

Avec cette arrivée officielle à Goma, Joseph Kabila risque de ne plus pouvoir cacher une proximité dont on lui reproche avec Paul Kagame et la rébellion de l’AFC/M23. « Il s’assume », comme l’avait prédit le vice-président de son parti, le PPRD, Aubin Minaku. Un bout de phrase parmi tant d’autres qui lui avaient valu une audition à l’auditorat militaire.

Heshima 

Continue Reading

Nation

Léopards de la RDC : Après l’exploit, l’heure de la confirmation

Published

on

Ils sont revenus. Par la grande porte. Après 52 ans d’absence, les Léopards de la République Démocratique du Congo ont foulé les pelouses américaines du Mondial 2026 avec la détermination de ceux qui n’ont plus rien à perdre. Si l’aventure s’est achevée en seizièmes de finale face à l’Angleterre, elle a laissé un héritage bien plus précieux qu’un simple bilan comptable.

Le retour d’un géant endormi

Pour la RDC, 100 millions d’habitants et une culture footballistique parmi les plus riches du continent, cette qualification était bien plus qu’un exploit sportif. Elle mettait fin à cinq décennies d’attente, depuis l’épopée du Zaïre en 1974, et consacrait le travail de reconstruction engagé sous la houlette de Sébastien Desabre.

Le parcours qualificatif avait déjà valeur de test. Placés dans le groupe B aux côtés du Sénégal, les Léopards ont terminé deuxièmes avec 22 points avant d’écarter le Cameroun puis le Nigeria en barrages. Le dernier obstacle, la Jamaïque, fut franchi en prolongation grâce à Axel Tuanzebe, envoyant toute une nation en délire.

Un Mondial qui change tout

Le groupe K promettait un baptême du feu : Portugal, Colombie et Ouzbékistan. Face aux favoris portugais au NRG Stadium de Houston, les Léopards n’ont pas tremblé. Menés dès la 6e minute, ils ont égalisé juste avant la pause par Yoane Wissa sur corner, pour arracher un nul historique (1-1).

Le sélectionneur adjoint Rafael Hamidi résumait l’exploit : « Ce score de parité face au Portugal, c’était à prendre si on nous l’avait proposé avant le coup d’envoi ». La presse congolaise saluait un système en 3-5-2 particulièrement solide, la discipline collective et les transitions rapides.

Qualifiés pour les seizièmes de finale, les Léopards ont longtemps fait douter l’Angleterre, menant jusqu’à la 76e minute avant de s’incliner 2-1 dans les dernières secondes. Un scénario cruel qui a rappelé les limites d’un groupe prometteur mais encore en apprentissage des grands rendez-vous.

Les enseignements d’une expérience unique

Ce Mondial a livré plusieurs enseignements pour l’avenir. D’abord, une force mentale confirmée. Les barrages contre le Cameroun et le Nigeria avaient déjà forgé ce groupe, capable de rester lucide sous pression. Face au Portugal, les Léopards ont prouvé qu’ils pouvaient rivaliser avec les meilleures nations.

Ensuite, des fragilités structurelles. Comme la Côte d’Ivoire, le Sénégal ou le Japon, la RDC a cédé dans les dernières minutes face à l’Angleterre. Loïc Aumont, spécialiste de la performance, analyse : « Ces sélections possèdent les qualités techniques et physiques. Ce qui fait basculer un match, c’est la gestion des émotions lorsque la pression atteint son maximum ». Un déficit d’expérience à ce niveau que seul le temps et les répétitions pourront combler.

Cap sur la CAN 2027 : un trophée à portée de griffes ?

L’objectif est désormais clair : les Léopards doivent viser le titre lors de la prochaine Coupe d’Afrique des Nations, organisée en 2027 au Kenya, en Ouganda et en Tanzanie.

Le contexte est favorable. Cette génération, portée par Chancel Mbemba, son capitaine de 31 ans, possède une identité de jeu forte et un vécu commun exceptionnel. Le vivier de talents, évoluant pour beaucoup dans les meilleurs championnats européens, n’a jamais été aussi riche.

Le chemin qualificatif pour la CAN 2027 s’annonce abordable, avec un groupe E composé de la Guinée équatoriale, de la Sierra Leone et du Zimbabwe. Mais les Léopards savent désormais qu’aucune montagne n’est insurmontable, comme l’écrivait la presse congolaise avant le choc contre le Portugal : « Aucune montagne n’est insurmontable quand on est déterminé ».

Le défi de la régularité

Si le rêve est permis, la réalité impose de rester humble. Le Mondial a montré que l’écart avec les meilleures nations s’est considérablement réduit, mais que la gestion des moments décisifs reste le nerf de la guerre. Les Léopards devront transformer l’essai en confirmant leur niveau sur la durée, avec un calendrier international exigeant et des joueurs à préserver.

Sébastien Desabre, l’artisan de ce renouveau, aura à cœur de capitaliser sur cette expérience unique pour faire franchir un nouveau palier à sa sélection. La CAN 2027 sera le test ultime : plus qu’une performance, c’est un trophée que la RDC attend. Le message des supporters est clair, comme le résumait un journaliste avant le Mondial : « On ne vous demande pas de dominer le Portugal, mais juste de sortir un match de malade du début à la fin ». Pour la CAN 2027, on leur demande désormais de ramener la coupe à la maison.

Heshima Magazine

Continue Reading

Nation

Opposition, CENCO et ECC en consultations au Burundi : Évariste Ndayishimiye dans la peau de Lourenço ?

Published

on

Une délégation réunissant des responsables de la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO), de l’Église du Christ au Congo (ECC) et plusieurs figures de l’opposition congolaise séjourne à Bujumbura, au Burundi, pour des consultations consacrées à la crise sécuritaire dans l’Est de la République démocratique du Congo. Organisée à l’invitation du président burundais Évariste Ndayishimiye, cette rencontre alimente les spéculations sur l’émergence d’un nouveau cadre de dialogue politique autour de la paix et de la stabilité dans la région.

Une nouvelle séquence diplomatique s’ouvre dans la recherche d’une issue à la crise qui secoue l’Est de la République démocratique du Congo. Une délégation composée de responsables de la CENCO, de l’ECC ainsi que de plusieurs leaders de l’opposition est arrivée à Bujumbura pour prendre part à des consultations consacrées à la situation sécuritaire et politique en RDC.

Cette mission répond à une invitation du président burundais Évariste Ndayishimiye, qui assure actuellement la présidence en exercice de l’Union africaine (UA). Déjà engagé dans plusieurs initiatives diplomatiques régionales, le chef de l’État burundais entend poursuivre ses efforts afin de rapprocher les différentes parties prenantes et de favoriser une solution politique durable. La délégation est composée du pasteur André Bokundoa, président de l’ECC, du pasteur Éric Senga, de Mgr Donatien Nshole, secrétaire général de la CENCO, ainsi que des opposants Martin Fayulu, Delly Sesanga et Dieudonné Bolengetenge. Les membres de cette mission ont quitté Kinshasa dans la nuit du samedi 4 au dimanche 5 juillet 2026 à bord d’un vol régulier d’Ethiopian Airlines à destination de la capitale burundaise.

Évariste Ndayishimiye dans la peau de Lourenço ?

Cette initiative, qui intervient alors que plusieurs processus de médiation restent inachevés, soulève une interrogation majeure : Évariste Ndayishimiye cherche-t-il à reprendre le flambeau laissé par João Lourenço ou à insuffler une nouvelle dynamique sous l’égide de l’Union africaine ?

Alors que l’Angola avait été mandaté pour faciliter un dialogue intercongolais, la multiplication des divergences avec les autorités congolaises sur le format et le cadre de ces discussions a progressivement conduit le projet dans l’impasse. D’où cette question que se posent plusieurs observateurs de la crise congolaise : João Lourenço a-t-il jeté l’éponge ?

Officiellement mandaté en février dernier pour mener des consultations en vue d’un dialogue politique en RDC, le président angolais peine à concrétiser son initiative et se fait de plus en plus discret. S’il n’a pas officiellement renoncé à sa mission, plusieurs sources diplomatiques citées par Jeune Afrique indiquent que le processus est, pour l’heure, au point mort.

Les consultations de Bujumbura interviennent alors que les combats se poursuivent dans l’Est de la RDC. Plusieurs localités des provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu restent sous le contrôle de l’armée rwandaise et de ses alliés de l’AFC/M23, selon les autorités congolaises, tandis que les initiatives diplomatiques se multiplient pour tenter d’enrayer une crise qui perdure depuis plusieurs années.

Les prémices d’un dialogue inclusif ?

Au-delà de la dimension sécuritaire, la présence conjointe des représentants des Églises et de l’opposition politique confère à ces consultations une portée particulière. Depuis plusieurs mois, la CENCO et l’ECC plaident en faveur d’un dialogue inclusif susceptible de restaurer la cohésion nationale et de créer les conditions d’une paix durable. Leur implication, aux côtés de figures de l’opposition, pourrait traduire une volonté d’élargir les concertations au-delà des seuls canaux gouvernementaux. Selon plusieurs observateurs, cette démarche pourrait également préparer le terrain à un dialogue politique plus large, associant les différentes sensibilités politiques et sociales du pays. Lors de sa récente visite à Kinshasa, le président Évariste Ndayishimiye avait d’ailleurs exprimé son souhait de rencontrer les responsables de l’opposition congolaise avant la marche dite « pacifique » de l’opposition, initialement prévue le 8 juillet puis reportée au 22 juillet. Cette manifestation vise à réclamer la démission du président Félix Tshisekedi, que ses opposants accusent de vouloir modifier la Constitution afin de se maintenir au pouvoir au-delà de 2028, année marquant la fin de son second et dernier mandat.

Si aucun détail officiel n’a encore filtré sur le contenu des échanges à Bujumbura, ces consultations témoignent de la volonté des acteurs régionaux de maintenir la dynamique diplomatique afin de favoriser une désescalade et de rechercher une solution négociée à la crise qui continue de déstabiliser l’Est de la RDC. Reste à savoir si cette initiative débouchera sur un véritable processus de dialogue ou ne constituera qu’une étape supplémentaire dans les multiples médiations en cours. Une chose est certaine : en réunissant autour d’une même table les Églises, l’opposition politique et un acteur régional désormais au premier plan, Bujumbura pourrait devenir le point de départ d’une nouvelle séquence diplomatique dont les développements seront suivis de près, tant en RDC que dans l’ensemble de la région des Grands Lacs.

Heshima Magazine

Continue Reading

Nation

ADF : douze années de terreur dans l’Est de la RDC

Published

on

Massacres de civils, enlèvements, déplacements de populations et attaques répétées contre les forces de sécurité. Depuis 2014, les Forces démocratiques alliées (ADF) se sont imposées comme l’un des groupes armés les plus meurtriers de l’Est de la République démocratique du Congo (RDC). D’abord rébellion ougandaise réfugiée dans les forêts du Nord-Kivu, le mouvement a progressivement muté pour devenir une organisation terroriste redoutée, responsable de milliers de morts et d’une insécurité persistante dans les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri.

L’histoire des ADF ne commence pas en République démocratique du Congo. Le groupe est créé au milieu des années 1990 en Ouganda par Jamil Mukulu, un opposant au régime du président Yoweri Museveni. Sous la pression de l’armée ougandaise, les rebelles traversent rapidement la frontière et trouvent refuge dans les régions montagneuses et forestières de l’Est congolais, où ils établissent leurs bases arrière. Pendant plusieurs années, les ADF demeurent relativement discrètes, vivant du trafic de ressources naturelles, du commerce illicite et de diverses activités économiques locales. Mais à partir de 2014, la situation bascule. Après une vaste offensive militaire des Forces armées de la RDC (FARDC) contre leurs bastions, le groupe adopte une stratégie de représailles particulièrement violente contre les populations civiles.

Entre octobre 2014 et aujourd’hui, les territoires de Beni, Lubero, Mambasa et Irumu deviennent le théâtre de massacres à répétition. Hommes, femmes et enfants sont tués lors d’attaques nocturnes souvent menées à l’arme blanche. Des villages entiers sont incendiés, tandis que des centaines de personnes sont enlevées. Selon plusieurs organisations nationales et internationales de défense des droits humains, les ADF sont responsables de milliers de morts au cours de la dernière décennie. Le territoire de Beni, dans la province du Nord-Kivu, est particulièrement touché, au point de devenir l’un des symboles de l’insécurité chronique qui frappe l’Est du pays.

De la rébellion au terrorisme…

Au fil des années, le mouvement évolue également sur le plan idéologique. À partir de 2017, plusieurs rapports des Nations unies et d’organismes spécialisés font état d’un rapprochement entre certaines factions des ADF et l’organisation djihadiste État islamique. En 2019, l’État islamique revendique officiellement plusieurs attaques menées dans l’Est de la RDC à travers sa branche dite « Province d’Afrique centrale » (ISCAP). Cette affiliation, contestée à ses débuts par certains experts, se confirme progressivement par la propagande diffusée par les réseaux de l’État islamique et par l’évolution des modes opératoires du groupe. Malgré cela, les ADF conservent des caractéristiques locales fortes, enracinées dans les réalités sécuritaires et économiques de la région des Grands Lacs.

Opérations conjointes « Shujaa » 

Face à cette menace, les autorités congolaises ont multiplié les opérations militaires. En mai 2021, le gouvernement instaure l’état de siège dans les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri afin de renforcer la lutte contre les groupes armés. Quelques mois plus tard, la RDC et l’Ouganda lancent conjointement l’opération militaire « Shujaa » pour traquer les combattants ADF dans leurs sanctuaires forestiers.

Malgré près de cinq ans d’efforts conjoints de la RDC et de l’Ouganda dans le cadre de l’opération Shujaa, les zones débarrassées des combattants des ADF sont régulièrement réinfiltrées en l’espace de quelques semaines. Cette situation s’explique notamment par la solidité du système de succession interne du groupe prévue à l’avance, qui lui permet d’avoir une relève rapide du commandement lorsque des dirigeants sont neutralisés. Des allégations de collusion avec des acteurs étatiques, la faiblesse de la gouvernance et l’insuffisance de la protection des civils aggravent également le problème.

L’opération Shujaa repose sur des offensives conjointes, qui vont des opérations de combat mobiles au renseignement humain, visant à démanteler les structures de commandement des ADF et à rétablir l’autorité de l’État dans les zones occupées. Au-delà des approches cinétiques, elle entend soutenir la stabilisation, notamment par la construction de routes et la réinsertion des personnes enlevées. Toutefois, sa stratégie intègre peu d’approches préventives capables de neutraliser les ADF et reste réactive.

Ces offensives permettent de démanteler plusieurs camps rebelles et d’éliminer certains commandants. Toutefois, les ADF démontrent une forte capacité d’adaptation. Fragmentés en petites unités mobiles, leurs combattants continuent de mener des attaques meurtrières contre les civils et les positions militaires. Aujourd’hui encore, malgré les efforts militaires et les initiatives régionales de stabilisation, les ADF figurent parmi les principaux acteurs de l’insécurité dans l’Est de la RDC. Le groupe demeure particulièrement actif dans les zones frontalières entre le Nord-Kivu et l’Ituri, où les populations vivent sous la menace permanente d’incursions armées. Douze ans après le début des massacres de grande ampleur à Beni, la question des ADF reste l’un des défis sécuritaires majeurs de la République démocratique du Congo. Derrière les statistiques et les rapports se trouvent des milliers de familles endeuillées, des villages détruits et des communautés déplacées. Tant que cette menace persistera, la paix durable dans l’Est du pays demeurera un objectif difficile à atteindre, malgré les efforts déployés par les autorités congolaises et leurs partenaires régionaux.

Groupe armé le plus meurtrier en mai 2026

Les ADF ont été responsables du plus grand nombre de victimes civiles dans l’est de la République démocratique du Congo au cours du mois de mai 2026. C’est ce que révèle un rapport publié par l’Institut congolais de recherche sur la politique, la gouvernance et la violence, Ebuteli, qui fait état d’une recrudescence alarmante des attaques contre les populations civiles, notamment dans les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri. L’insécurité continue de faire des ravages dans l’Est de la République démocratique du Congo.

Dans son dernier rapport sur la situation sécuritaire, Ebuteli indique que les ADF demeurent le groupe armé le plus meurtrier de la région, avec au moins 190 civils tués au cours du seul mois de mai 2026. Ce bilan représente une augmentation spectaculaire par rapport au mois d’avril, où 53 victimes civiles avaient été enregistrées. Selon le rapport, cette recrudescence des violences s’est traduite par au moins 36 attaques attribuées aux rebelles ougandais, actifs principalement dans les territoires de Beni, Mambasa, Irumu et Lubero. Les assaillants ont multiplié les incursions meurtrières dans plusieurs villages, ciblant des populations civiles souvent sans défense.

L’un des faits marquants du mois a été le retour des attaques dans la ville de Beni. Dans la nuit du 30 au 31 mai, des combattants ADF ont mené plusieurs incursions simultanées dans la ville et ses environs, causant la mort d’au moins 26 civils. Il s’agit de la première attaque documentée dans la zone urbaine de Beni depuis 2023. Le rapport souligne également que les ADF ont intensifié leurs opérations malgré les offensives conjointes menées par les Forces armées de la RDC (FARDC) et l’armée ougandaise dans le cadre de l’opération Shujaa. Les chercheurs estiment que plusieurs de ces massacres pourraient constituer des représailles aux pressions militaires exercées contre le groupe armé.

Pendant ce temps, d’autres groupes armés restent actifs dans la région. En Ituri, la CODECO et l’URDPC poursuivent leurs activités criminelles, tandis que dans le Nord-Kivu et le Sud-Kivu, les affrontements entre le M23 et divers groupes armés locaux continuent d’alimenter l’instabilité. Toutefois, aucun de ces acteurs n’a atteint le niveau de violence meurtrière enregistré par les ADF au cours du mois de mai.

Alors que les populations de l’est de la RDC espèrent un retour durable de la paix, les conclusions du rapport d’Ebuteli rappellent l’ampleur du défi sécuritaire auquel le pays reste confronté. La montée en puissance des attaques des ADF, combinée à la persistance de multiples foyers de violence, continue de faire peser une lourde menace sur les civils, premiers victimes d’un conflit qui semble loin de s’essouffler.

Heshima Magazine

Continue Reading

NOUS SOMMES AUSSI SUR FACEBOOK

Trending

You cannot copy content of this page

WeCreativez WhatsApp Support
Notre rédaction est là pour répondre à toutes vos préoccupations. N'hésitez pas !
👋Bonjour, comment puis-je vous aider ?