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RDC : Tshisekedi et les réalisations qui pourront marquer son passage à la tête du pays

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Le président de la République démocratique du Congo (RDC) est à 3 ans et demi de la fin officielle de son mandat. Si le secteur de la sécurité continue d’être son plus grand goulot d’étranglement pour l’instant, Félix Tshisekedi a cependant des réalisations qui pourraient marquer à vie son passage à la tête du pays. Heshima Magazine fait un focus sur les projets qui auront un impact non négligeable après son passage à la tête du pays.

Le 24 janvier 2019, Félix Tshisekedi Tshilombo prête serment comme président de la RDC. Il a remplacé à ce poste Joseph Kabila qui était au pouvoir depuis 2001. En janvier 2024, le fils de l’opposant historique, Étienne Tshisekedi, rempile pour un second mandat. Mais ce nouveau bail au Palais de la Nation rencontre de graves problèmes sécuritaires. Le Mouvement du 23 mars (M23), soutenu par l’armée rwandaise, a pris le contrôle de deux villes clés des provinces du Nord-Kivu et Sud-Kivu. Cette situation sécuritaire perturbe les efforts économiques et politiques déployés durant ses 6 années au pouvoir. Mais à côté de ce problème de sécurité, Félix Tshisekedi est en passe d’accomplir certains projets majeurs qui pourraient rester mémorables dans l’histoire du pays.

Gratuité de l’enseignement de base

Sous le mandat de Félix Tshisekedi, la RDC a instauré la gratuité de l’enseignement primaire, permettant à entre 3,5 et 4 millions d’enfants d’accéder à l’école. Cette initiative a été soutenue par un financement de la Banque mondiale. Bien que consignée dans la Constitution du pays, la gratuité de l’enseignement n’était pas appliquée sous le règne du président Joseph Kabila. Sa matérialisation rapide par Félix Tshisekedi avait suscité une certaine hostilité dans le camp politique de son prédécesseur. « Quand vous écoutez qu’on parle de la gratuité de l’enseignement, sachez que c’est notre programme, le programme de Joseph Kabila. La gratuité de l’enseignement est reconnue dans la Constitution. Et la Constitution a été promulguée par Joseph Kabila », avait déclaré en octobre 2019, Emmanuel Ramazani Shadary, secrétaire permanent de l’ex-parti présidentiel.

Cette gratuité de l’enseignement de base demeure une mesure phare du gouvernement. Même si son application rencontre des défis persistants, cette mesure pourrait réduire sensiblement l’analphabétisme dans le pays. Dans la prochaine décennie, il y aura très peu de jeunes sans éducation de base. Ce qui pourrait rehausser le niveau d’alphabétisme. Près de 4 millions d’enfants ont rejoint l’école en cinq ans grâce à la gratuité, portant le nombre total d’enfants scolarisés à plus de 6 millions, selon les chiffres partagés notamment par la Banque mondiale. Cette réforme capitale a suscité d’autres besoins, notamment celui du nombre d’écoles et de salles de classe pour accueillir les nouveaux élèves de plus en plus nombreux dans des salles surchargées.

Le gouvernement a alors entrepris une extension du réseau scolaire. Le nombre d’écoles publiques prises en charge par l’État a augmenté de 55 %, passant de 41 739 à 64 889. Il s’est ensuite posé le défi de l’amélioration des salaires des enseignants. Après plusieurs travaux avec les syndicats des enseignants, le salaire moyen d’un enseignant est passé de près de 160 000 à près de 409 000 francs, soit une augmentation mensuelle de 238 %. Mais le travail reste encore à faire quant à la rémunération de ces professionnels de la craie qui estiment toujours que leurs salaires sont insuffisants et que les conditions de travail sont encore difficiles. Mais dans l’ensemble, cette réforme majeure marquera le passage de Félix Tshisekedi à la tête de ce pays, pourvu que cette gratuité de l’école soit pérennisée après son mandat.

Gratuité de la maternité, un projet à pérenniser

La gratuité de la maternité a été instaurée en septembre 2023 dans le cadre de la Couverture Santé Universelle (CSU), avec pour objectif de réduire la mortalité maternelle et infantile. Près de deux ans après son lancement, le bilan présente des avancées notables, mais aussi plusieurs défis à surmonter, notamment celui de l’accessibilité de ce service sur l’ensemble du territoire de la RDC. Cette gratuité des accouchements est désormais effective dans 13 provinces, avec une extension prévue à l’ensemble du pays d’ici fin 2025. D’après le bilan à mi-parcours de ce projet présenté par Félix Tshisekedi dans son discours sur l’état de la Nation en décembre 2024, plus de 1,3 million de femmes ont accouché gratuitement dans 4 300 établissements de santé, dont 1 155 ont été équipés pour améliorer la qualité des soins. Dans des hôpitaux qui appliquent le programme de gratuité de la maternité à Mbuji-Mayi, dans la province du Kasaï-Oriental, le nombre d’accouchements est passé de 12 en janvier à 80 en mars 2024, illustrant une demande accrue liée à la gratuité.

Le PDL-145T, un immense projet pour la postérité

Depuis l’indépendance du pays en 1960, aucun projet de développement n’a eu l’envergure du Programme de Développement Local des 145 Territoires (PDL-145T) lancé par le cinquième président de l’histoire de ce pays. Ce projet, en cours de réalisation avec un budget de 1,6 milliard de dollars, vise à améliorer le cadre de vie des populations rurales en rapprochant l’administration des administrés avec en toile de fond : construction des bureaux des administrateurs des territoires, construction des écoles publiques dans chaque territoire et construction des centres de santé. Avec ce budget d’environ 1,6 milliard de dollars, ce programme projette de sortir 25 millions de Congolais de la pauvreté et de la précarité en créant notamment des routes de desserte agricole pour permettre d’évacuer les produits vivriers partant des zones rurales vers les grands centres de consommation.

Au 25 mars 2025, lors d’une réunion d’évaluation présidée par le ministre des Finances, Doudou Fwamba Likunde Li-Botayi, il a été rapporté que plus de 40 % des infrastructures prévues avaient été achevées. Le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD) a livré 334 écoles, 54 bâtiments administratifs et 245 centres de santé, soit un total de 631 infrastructures sur les 764 prévues. Le Bureau Central de Coordination (BCeCo) a également réalisé 190 écoles, 112 centres de santé et 16 bâtiments administratifs, atteignant un taux d’exécution de 82 %. La Cellule d’Exécution des Financements en Faveur des États Fragiles (CFEF) a également atteint un taux d’exécution de 82 %. Le gouvernement devrait se battre pour atteindre les 60 % de réalisation qui restent. Pour l’instant, des défis sécuritaires freinent également l’exécution totale de ce programme. Dans des provinces telles que l’Ituri, les travaux ont été suspendus pendant plus de trois mois en raison des conflits armés. Dans le territoire de Djugu, plusieurs infrastructures ont été détruites, retardant ainsi les projets. Dans la province de Tanganyika, bien que 77 infrastructures soient en cours de construction, des retards ont été observés, nécessitant une supervision accrue pour assurer le respect des délais. Le coût initial du programme, estimé à 1,66 milliard USD, a augmenté à 2,138 milliards USD, soit une hausse de 28,79 %, en raison de l’extension des travaux et de certaines contraintes liées à leur mise en œuvre. « Il y a beaucoup d’ouvrages qui ont été réceptionnés. Je peux dire que nous sommes à plus de 40 % des ouvrages dans leur ensemble », a résumé Doudou Fwamba, ministre des Finances, soulignant que plusieurs contraintes sur le terrain sont en voie d’être surmontées.

En 2025, le gouvernement congolais a identifié la réhabilitation de 38 000 km de routes agricoles comme une priorité dans le cadre de la deuxième phase du programme. Cette initiative vise à améliorer l’accès aux marchés pour les produits agricoles, stimulant ainsi la croissance économique locale. Ce projet, une fois qu’il crée des centres d’intérêt locaux, pourrait freiner l’exode rural aggravé par la précarité et les mauvaises conditions socio-économiques dans les milieux ruraux.

Port en eau profonde de Banana, un projet historique concrétisé

En posant la première pierre pour la construction de ce port, le 31 janvier 2022, Félix Tshisekedi a ainsi lancé la matérialisation d’un projet historique. Depuis 1863, l’idée de l’érection d’un port en eau profonde à Banana avait germé. Sous la colonisation, les Belges nourrissaient la même idée. Mais ce projet n’avait pas bénéficié de grandes avancées en termes d’études de faisabilité. En 1972, le gouvernement, sous le régime du maréchal Mobutu, mettra en place l’Organisation pour l’Équipement de Banana-Kinshasa (OEBK), un organisme pour, entre autres, assurer le développement d’un port en eau profonde à Banana, étudier la possibilité de construire un chemin de fer et un pont sur le fleuve Congo au niveau de Matadi. Mais ce port n’avait toujours pas vu le jour. Sous Joseph Kabila, l’idée de cette infrastructure avait été évoquée sans toutefois la concrétiser.

À son arrivée au pouvoir, Félix Tshisekedi a cherché des partenaires aux Émirats arabes unis pour financer ce projet. C’est DP World, une société des Émirats arabes unis, qui est à l’œuvre. Cela, pour un coût d’un peu plus d’un milliard de dollars de manière globale. Malgré la lenteur observée, les travaux de construction évoluent. Une fois réalisé, ce port sera donc une nouvelle porte d’entrée au continent africain. La première phase du projet prévoit la construction d’un quai de 600 mètres de long et d’une plateforme de stockage de 25 hectares. Celle-ci aura une capacité annuelle de plus de 300 000 conteneurs, soit plus de 1,3 million de tonnes de marchandises. DP World se chargera non seulement de la construction du port, mais aussi des zones industrielles associées.

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Croissance record en RDC : le paradoxe d’une richesse qui peine à réduire la pauvreté

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Avec l’une des plus fortes croissances économiques d’Afrique subsaharienne en 2025, la République démocratique du Congo (RDC) affiche des performances macroéconomiques impressionnantes. D’après le Fonds monétaire international (FMI), la RDC est en passe de devenir la cinquième économie de la région, devançant l’Ethiopie en termes de PIB. Pourtant, cette dynamique contraste avec une pauvreté toujours largement répandue, révélant les limites d’un modèle de croissance peu inclusif.

À première vue, les chiffres donnent le tournis : le pays a réalisé 5,5% de croissance, en baisse par rapport à 2024, mais qui reste supérieure à la moyenne d’Afrique subsaharienne chiffrée à 3,5%, d’après le dernier rapport de la Banque mondiale publié en mars 2026. Tirée par les exportations de cobalt et de cuivre, la République démocratique du Congo enregistre une croissance soutenue, saluée par les institutions financières internationales. Sur les tableaux des analystes, le pays apparaît comme une locomotive régionale, notamment au regard de son fort potentiel des ressources naturelles.

D’après les dernières projections du FMI publiées lors des Assemblées de printemps à Washington, la République démocratique du Congo devrait franchir un cap symbolique en 2026 en dépassant l’Éthiopie pour devenir la cinquième économie d’Afrique subsaharienne en termes de produit intérieur brut (PIB). Cette institution financière prévoit que le produit intérieur brut (PIB) de la RDC atteindra 123 milliards de dollars en 2026, contre 122 milliards pour l’Éthiopie. L’Afrique du Sud reste la première économie de la région, suivie du Nigeria, de l’Angola et du Kenya. Bien que l’écart d’un milliard de dollars reste marginal entre les deux pays, cela a été suffisant pour repositionner la RDC dans le cercle restreint de 5 économies d’Afrique sub-saharienne. La RDC profite notamment de la forte demande mondiale en métaux destinés aux batteries pour renflouer son économie et booster sa croissance.

Un paradoxe avec le vécu des Congolais  

Mais en RDC, cette embellie semble lointaine dans le vécu quotidien des Congolais. Dans les marchés populaires à Kinshasa, des Kinois jonglent avec des prix qui grimpent parfois plus vite que leurs revenus. « La vie est devenue plus dure », confie une mère de famille, entre deux clients. « On parle de croissance, mais nous, on ne la voit pas. » Ce sentiment est largement partagé dans la plupart des villes du pays, à Kinshasa en particulier où la majorité de la population vit de l’informel.

Malgré les milliards générés par le secteur minier, les retombées peinent à irriguer l’ensemble de l’économie. Les emplois créés restent insuffisants, souvent précaires, et concentrés dans des zones spécifiques. Dans les provinces, l’absence d’infrastructures de base – routes, hôpitaux, électricité, eau potable – freine toute dynamique de développement local.

Une croissance peu inclusive 

Le taux de croissance constaté s’explique par une demande mondiale élevée en minerais stratégiques, essentiels à la transition énergétique et aux technologies modernes. Sur le papier, les indicateurs sont au vert : augmentation du produit intérieur brut, afflux d’investissements étrangers et amélioration relative des réserves de change. Le pays confirme ainsi son statut de géant économique potentiel sur le continent. Mais derrière ces chiffres encourageants, la réalité sociale reste préoccupante. Une large partie de la population continue de vivre sous le seuil de pauvreté, avec un accès limité aux services de base tels que l’éducation, la santé, l’eau et l’électricité.

En 2022, environ 73% de la population de la RDC (soit 71,8 millions de personnes) vivait dans une pauvreté extrême, avec moins de 2,15 dollars par jour. En conséquence, environ un quart des personnes vivant dans l’extrême pauvreté dans les pays à faible revenu en Afrique en 2022 vivaient en RDC. En 2025, ces chiffres n’ont pas évolué dans le sens positif. D’après le rapport 2025 de la Banque mondiale, seuls 66% des Congolais en âge de travailler ont un emploi et plus de 81% de la population vit encore sous le seuil de pauvreté. Malgré ses richesses naturelles, une écrasante partie de la population de la RDC vit encore dans des conditions précaires, illustrant les limites d’un modèle de croissance peu inclusif.

Pour certains experts, le problème n’est pas tant la croissance que sa nature. « C’est une croissance extractive, peu redistributive », explique un économiste. C’est-à-dire, une richesse produite en grande partie par et pour un nombre limité d’acteurs, sans véritable effet d’entraînement sur le reste de la société. À cela s’ajoutent des défis bien connus : gouvernance fragile, corruption persistante, et insuffisance des investissements publics dans les secteurs sociaux. Résultat, les inégalités se creusent et la promesse d’un mieux-être collectif tarde à se concrétiser. La forte dépendance à l’industrie extractive, peu intensive en main-d’œuvre, limite l’impact de la croissance sur l’emploi. Parallèlement, la pression démographique accentue les tensions : des millions de jeunes arrivent chaque année sur le marché du travail, sans perspectives suffisantes.

Pourtant, des pistes existent. Diversifier l’économie, soutenir l’agriculture, investir dans l’éducation et la santé, ou encore renforcer la transparence dans la gestion des ressources naturelles : autant de leviers susceptibles de transformer la croissance en progrès tangible pour la population.D’après le rapport de l’Enquête sur les conditions de vie des ménages publié le 12 février 2026 à Kinshasa par l’Institut national de la statistique (INS), près de 68 % de la population vit toujours sous le seuil de pauvreté. Cela indique que plus de 64 millions de Congolais vivent avec moins de 5 000 francs congolais (2 dollars) par jour. Des provinces telles que le Kasaï, le Kwilu et le Tanganyika sont les plus durement touchées par cette extrême pauvreté.

Les causes éventuelles d’une pauvreté persistante  

La RDC, souvent décrite comme un « scandale géologique » en raison de l’abondance de ses ressources naturelles, reste confrontée à un taux de pauvreté parmi les plus élevés au monde. Cette situation paradoxale s’explique par plusieurs facteurs. D’abord, l’instabilité politique et les conflits armés récurrents dans l’est du pays fragilisent les structures économiques et sociales. Ensuite, les infrastructures insuffisantes telles que les routes, l’accès à l’électricité, les services de santé et d’éducation, limitent fortement les opportunités de développement, notamment en zones rurales où vit la majorité de la population.

Par ailleurs, la dépendance de l’économie congolaise à l’exploitation minière, souvent peu redistributive, accentue les inégalités. Si le secteur génère d’importants revenus, ceux-ci bénéficient encore trop peu aux populations locales. La corruption et la gouvernance défaillante sont également pointées du doigt comme des obstacles majeurs à une meilleure répartition des richesses. Face à ces défis, des initiatives émergent. Le gouvernement actuel, avec l’appui de partenaires internationaux, multiplie les programmes sociaux et les projets d’infrastructures. Des efforts sont également entrepris pour diversifier l’économie, notamment dans l’agriculture et l’entrepreneuriat local. Toutefois, les résultats restent encore limités au regard de l’ampleur des besoins.

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RDC-Ouganda : les dessous d’une collaboration sur fond de méfiance

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L’armée ougandaise (UPDF) a annoncé, fin mars 2026, son intention de se retirer de plusieurs positions dans le territoire de Lubero, au Nord-Kivu et jusqu’à Mahagi, en Ituri. Ce désengagement, confirmé par le chef d’état-major Muhoozi Kainerugaba, se fera, selon lui, en coordination avec Kinshasa, juste après le retrait des rebelles du M23 de la zone. Bien avant cette annonce qui, du reste, n’est pas officialisée, l’Ouganda voulait obtenir la démission du gouverneur militaire de l’Ituri. Une stratégie de pression sur Kinshasa qui interroge sur les véritables motivations de Kampala. Son intervention militaire aux côtés des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) dans la traque des rebelles ADF pourrait bien cacher d’autres motivations, essentiellement économiques.   

L’UPDF (Uganda People’s Defence Force) est déployée en Ituri, dans le nord-est de la RDC dans le cadre de l’opération Shujaa depuis fin 2021, collaborant avec les FARDC contre les rebelles ougandais de l’Alliance des forces démocratiques (ADF). Cette mutualisation FARDC-UPDF vise à neutraliser ce groupe armé qui a fait allégeance à l’Etat islamique. Ce groupe est présent en Ituri et au Nord-Kivu. Officiellement, il s’agit de combattre l’insécurité. Cependant, cette présence vise également à sécuriser les intérêts économiques ougandais (routes, or, bois et pétrole du lac Albert).

A ce jour, cette mutualisation des forces n’a pas permis d’arrêter les attaques des ADF contre des civils aussi bien en Ituri qu’au Nord-Kivu. Loin de renforcer la sécurité des Congolais et des Ougandais dans les zones frontalières, cette alliance semble avant tout servir les intérêts économiques ougandais, notamment en matière d’exportation d’or. 

Les chiffres d’exportation d’or explosent en Ouganda

L’Ouganda n’est pas un producteur massif d’or. Cependant, il enregistre des chiffres record sur l’exportation de ce minerai. Une croissance due à l’augmentation des prix mais surtout au trafic favorisé par l’instabilité de la région, principalement dans l’Est de la RDC. L’Ouganda a vu ses revenus d’exportation d’or atteindre des chiffres records. Selon la Banque d’Ouganda, en 2019, ces revenus s’élevaient à 1,26 milliard de dollars, les exportations d’or ont ensuite culminé à 2,3 milliards de dollars en 2023, puis à 3,3 milliards de dollars en 2024. D’après des prévisions pour 2025, ces revenus devraient atteindre 6,4 milliards de dollars. 

Cette croissance est principalement due à l’augmentation du prix de l’or, qui avoisinait l’année dernière 5.000 dollars l’once. L’or représente désormais 47% des revenus d’exportation de l’Ouganda, surpassant largement d’autres produits phares comme le café et le cacao. Malgré ces chiffres impressionnants, l’Ouganda n’est pas devenu un producteur massif d’or, note TV5 Monde. Lors d’un récent forum économique, le gouverneur adjoint de la Banque centrale ougandaise, Augustus Nuwagaba, a admis que l’or exporté par le pays pourrait ne pas provenir de ses propres mines. « Il se peut qu’il ne soit pas à nous », avait-il déclaré. Mais d’où vient l’or exporté par l’Ouganda ?

L’insécurité en RDC profite à l’économie ougandaise 

L’Ouganda profite du trafic d’or en provenance de pays voisins, notamment de la RDC. Riche en ressources aurifères, ce pays partage une frontière avec l’Ouganda dans des zones comme l’Ituri et le Nord-Kivu. Ces régions sont non seulement riches en or, mais aussi en proie à des conflits armés. Ce qui favorise le trafic de ce métal jaune notamment vers l’Ouganda. En Ituri, par exemple, l’or est très présent, particulièrement dans les territoires de Djugu, Mahagi et Mambasa, s’appuyant sur des gisements historiques (Kilo-Moto). Cette ressource, exploitée à la fois de manière artisanale et industrielle, alimente une économie de guerre contrôlée en partie par des groupes armés et réseaux criminels, générant d’importants flux financiers illicites. Selon l’étude d’une ONG anti-corruption, environ 95 % de l’or exporté depuis l’Ouganda est illicite.  

En état de siège depuis plus de 4 ans, la province de l’Ituri n’a pas toujours recouvré la paix totalement. Le gouverneur militaire, le lieutenant-général Johnny Luboya entretient des rapports tendus avec des trafiquants d’or. L’Ouganda également n’apprécie pas cet officier congolais. Le chef d’état-major de l’armée ougandaise, le général Muhoozi Kainerugaba ne cache pas son hostilité envers ce gouverneur militaire, appelant parfois à son arrestation sur les réseaux sociaux. L’Ouganda a même formulé une demande formelle pour solliciter son remplacement. D’après les informations révélées par Africa Intelligence, le pouvoir de Félix Tshisekedi a rejeté ces demandes de l’armée ougandaise, qui réclamait l’éviction de ce gouverneur militaire.

Sécuriser ses investissements pétroliers

En dehors du trafic d’or à son avantage, l’Ouganda vise aussi la sécurisation de ses intérêts économiques dans la région. Des intérêts qui empiètent sur la zone d’influence du voisin rwandais, estime le rapport d’un groupe d’experts de l’ONU publié en août 2024. En dehors des intérêts sécuritaires, le gouvernement ougandais se concentre sur la sécurisation de ses investissements pétroliers et le renforcement des réseaux commerciaux vers la RDC, où ses exportations formelles ont représenté en 2019 « 156 millions de dollars » et les exportations informelles, constituées en majorité de biens industriels, « 330 millions de dollars ».

Des accointances avec le M23 et la CRP

La collaboration militaire entre la RDC et l’Ouganda s’opère dans un climat de méfiance, avec des allégations de soutien de Kampala à d’autres groupes rebelles, comme le M23 mais aussi la Convention pour la révolution populaire (CRP) de Thomas Lubanga. Ce dernier s’est même exilé en Ouganda mais son groupe mène des combats contre l’armée congolaise en Ituri. L’Ouganda a joué un rôle discret mais documenté dans la résurgence du M23, en facilitant le retour de son chef militaire en RDC en 2017 et en servant de vivier de recrutement pour la rébellion, selon un rapport publié en avril 2026 par le Congo Research Group (CRG) et le Center on International Cooperation (CIC) de l’Université de New York. Ce document note également que des officiers de l’armée ougandaise (UPDF) ont également été signalés comme participant aux sessions de formation militaire dispensées aux recrues du M23 dans le camp de Tchanzu, en RDC, aux côtés d’officiers des Forces de défense rwandaises en 2021. Mais ce rapport ne précise pas la nature exacte des arrangements entre Kampala et le M23. Difficile de savoir si ces facilitations reflètent une politique délibérée de Kampala ou il s’agit simplement des initiatives individuelles de la part de certains officiers militaires ougandais.

Depuis le lancement de ces opérations dénommées « Shuuja » visant à neutraliser les ADF, les autorités congolaises et ougandaises affichent officiellement une volonté commune de restaurer la paix. Malgré des engagements répétés en faveur d’une coopération sécuritaire renforcée, les relations entre la République démocratique du Congo et l’Ouganda restent marquées par une profonde méfiance, notamment en ce qui concerne leurs opérations militaires conjointes dans l’est du pays. Malgré ce climat de méfiance, Kinshasa et Kampala poursuivent cette collaboration. Le 21 juin dernier, le président congolais Félix Tshisekedi avait reçu à la Cité de l’Union africaine, à Kinshasa, le général Muhoozi Kainerugaba, fils du président Yoweri Kaguta Museveni et chef d’état-major de l’armée. La veille de cette rencontre, le 20 juin, les responsables des armées de deux pays avaient signé un accord pour poursuivre leur opération militaire conjointe contre les rebelles ADF.

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RDC : comment le gouvernement compte utiliser les fonds de 1,25 milliard USD d’eurobonds ?

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La République démocratique du Congo a mobilisé 1,25 milliard de dollars sur les marchés financiers internationaux à travers une émission d’eurobonds le 9 avril 2026. Lors d’une conférence de presse tenue le 13 avril à Kinshasa, le ministre des Finances, Doudou Fwamba, a présenté les projets prioritaires à financer, dans un contexte de besoins urgents pour soutenir le développement économique et social du pays.

L’émission d’eurobonds réalisée par la République démocratique du Congo s’inscrit dans une stratégie de diversification des sources de financement. Selon le ministère des Finances, cette levée de fonds vise principalement à financer des projets d’infrastructures, notamment dans les transports et l’énergie, considérés comme des leviers essentiels de croissance. Près de la moitié des projets prévus dans ce financement concernent la ville de Kinshasa, capitale du pays, confrontée à une démographie galopante sans moyens de transport et autres infrastructures de base. Une partie de fonds levés vise à construire un nouveau terminal de 49 000 m² à l’aéroport de N’djili, capable d’accueillir 5 millions de passagers par an.

Quelque 300 kilomètres de routes sont également prévus, ainsi qu’une rocade de 31 kilomètres avec échangeurs et ponts. Les autres investissements visent le développement d’un réseau de lignes de transmission électrique de 330 KV permettant une connexion entre la Zambie et la « ceinture de cuivre » de la RDC, une centrale hydroélectrique de 64 mégawatts et des réseaux de distribution dans la province du Kasaï-Central.

Dans d’autres villes du pays, ces fonds vont également financer la création de centres de formation professionnelle précisément dans quatre villes. Il y a aussi la modernisation de la route entre la ville de Kisangani, chef-lieu de la province de la Tshopo, et Beni, dans la province du Nord-Kivu, longue de 750 kilomètres.

Des craintes sur la transparence de fonds persistent…

Si le gouvernement met en avant des investissements structurants, experts et institutions appellent à la transparence dans la gestion de ces fonds mais aussi à la prudence face aux risques de surendettement. D’après des analyses de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international, la RDC fait face à un déficit important en infrastructures, ce qui freine son développement économique. Les investissements dans les routes, les barrages et les réseaux électriques pourraient ainsi améliorer la connectivité et soutenir l’industrialisation, en particulier dans les zones minières. Mais la gestion de ces réalisations pose de doute quant à la transparence. « Nous voulons un témoin, le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), pour assurer le suivi de la gestion de ces ressources. Nous allons, pour la transparence, informer la population sur l’affectation du 1,25 milliard mobilisé. D’ici un an, nous inviterons les investisseurs à constater concrètement les réalisations. », a répondu Doudou Fwamba face aux craintes sur la transparence dans la gestion de ces fonds. Ces craintes sont exprimées suite à des précédents en Afrique subsaharienne qui montrent que l’absence de suivi rigoureux peut limiter l’impact réel de tels financements sur les conditions de vie des populations. La Banque africaine de développement (BAD) souligne, dans certains de ses rapports, que l’efficacité de la dépense publique reste un enjeu clé pour maximiser les retombées économiques.

Eurobonds, la RDC très crédible sur le marché ?

Le pays a accompli un pas de plus en accédant aux marchés internationaux des capitaux. C’est un moyen pour la RDC de diversifier ses sources de financements. Plusieurs facteurs ont joué pour la réussite de cette opération. Coordonnée notamment par la Rawbank au niveau de la région, cette opération d’eurobonds est la conséquence d’une discipline budgétaire observée ces derniers temps au pays.

Le faible niveau d’endettement public de la RDC a aussi pesé en faveur de Kinshasa dans les calculs des investisseurs. Kinshasa n’avait soumis que des demandes pour 1,25 milliard de dollars, mais a reçu des soumissions frôlant les 5 milliards de dollars. Le ministre des Finances justifie le refus du fonds supplémentaire par le fait que le gouvernement n’avait en main que des projets avec étude de faisabilité coutant le 1,25 milliard de dollars sollicité. « Nous ne pouvions pas accepter toutes ces soumissions. Nous n’avions que des projets avec des études de faisabilité pour le montant sollicité », a fait savoir le ministre des Finances qui s’est réjoui non pas du milliard reçu mais de la « crédibilité certifiée » que le pays a gagné dans ce processus. Doudou Fwamba célèbre donc la « reconnaissance des efforts » du président Félix Tshisekedi et l’entrée « très réussie » de la RDC dans la finance internationale.

Pour réussir cette opération, la Rawbank, première banque de la RDC, a agi aux côtés des leaders mondiaux tels que Citigroup et Standard Chartered Bank comme arrangeurs et coordinateurs des souscriptions au niveau global. « Nous sommes fiers d’avoir accompagné cette opération, qui ouvre la voie à de nouveaux financements internationaux, y compris pour les émetteurs non souverains », a déclaré Mustafa Rawji, directeur général de la Rawbank. Avec cet emprunt, le taux d’endettement du pays passe de 18,1 % à 19,5 % du PIB, un niveau toujours inférieur à celui de pays comme la Namibie, l’Angola ou le Kenya. Kinshasa prévoit de constituer des provisions annuelles pour son remboursement.

Si les 1,25 milliard de dollars d’eurobonds offrent à la République démocratique du Congo une opportunité d’accélérer son développement, leur réussite dépendra de la capacité du gouvernement à conjuguer discipline budgétaire, transparence et efficacité dans l’exécution des projets, sous le regard attentif des partenaires comme le Fonds monétaire international et la Banque mondiale.

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