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RDC : Tshisekedi et les réalisations qui pourront marquer son passage à la tête du pays

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Le président de la République démocratique du Congo (RDC) est à 3 ans et demi de la fin officielle de son mandat. Si le secteur de la sécurité continue d’être son plus grand goulot d’étranglement pour l’instant, Félix Tshisekedi a cependant des réalisations qui pourraient marquer à vie son passage à la tête du pays. Heshima Magazine fait un focus sur les projets qui auront un impact non négligeable après son passage à la tête du pays.

Le 24 janvier 2019, Félix Tshisekedi Tshilombo prête serment comme président de la RDC. Il a remplacé à ce poste Joseph Kabila qui était au pouvoir depuis 2001. En janvier 2024, le fils de l’opposant historique, Étienne Tshisekedi, rempile pour un second mandat. Mais ce nouveau bail au Palais de la Nation rencontre de graves problèmes sécuritaires. Le Mouvement du 23 mars (M23), soutenu par l’armée rwandaise, a pris le contrôle de deux villes clés des provinces du Nord-Kivu et Sud-Kivu. Cette situation sécuritaire perturbe les efforts économiques et politiques déployés durant ses 6 années au pouvoir. Mais à côté de ce problème de sécurité, Félix Tshisekedi est en passe d’accomplir certains projets majeurs qui pourraient rester mémorables dans l’histoire du pays.

Gratuité de l’enseignement de base

Sous le mandat de Félix Tshisekedi, la RDC a instauré la gratuité de l’enseignement primaire, permettant à entre 3,5 et 4 millions d’enfants d’accéder à l’école. Cette initiative a été soutenue par un financement de la Banque mondiale. Bien que consignée dans la Constitution du pays, la gratuité de l’enseignement n’était pas appliquée sous le règne du président Joseph Kabila. Sa matérialisation rapide par Félix Tshisekedi avait suscité une certaine hostilité dans le camp politique de son prédécesseur. « Quand vous écoutez qu’on parle de la gratuité de l’enseignement, sachez que c’est notre programme, le programme de Joseph Kabila. La gratuité de l’enseignement est reconnue dans la Constitution. Et la Constitution a été promulguée par Joseph Kabila », avait déclaré en octobre 2019, Emmanuel Ramazani Shadary, secrétaire permanent de l’ex-parti présidentiel.

Cette gratuité de l’enseignement de base demeure une mesure phare du gouvernement. Même si son application rencontre des défis persistants, cette mesure pourrait réduire sensiblement l’analphabétisme dans le pays. Dans la prochaine décennie, il y aura très peu de jeunes sans éducation de base. Ce qui pourrait rehausser le niveau d’alphabétisme. Près de 4 millions d’enfants ont rejoint l’école en cinq ans grâce à la gratuité, portant le nombre total d’enfants scolarisés à plus de 6 millions, selon les chiffres partagés notamment par la Banque mondiale. Cette réforme capitale a suscité d’autres besoins, notamment celui du nombre d’écoles et de salles de classe pour accueillir les nouveaux élèves de plus en plus nombreux dans des salles surchargées.

Le gouvernement a alors entrepris une extension du réseau scolaire. Le nombre d’écoles publiques prises en charge par l’État a augmenté de 55 %, passant de 41 739 à 64 889. Il s’est ensuite posé le défi de l’amélioration des salaires des enseignants. Après plusieurs travaux avec les syndicats des enseignants, le salaire moyen d’un enseignant est passé de près de 160 000 à près de 409 000 francs, soit une augmentation mensuelle de 238 %. Mais le travail reste encore à faire quant à la rémunération de ces professionnels de la craie qui estiment toujours que leurs salaires sont insuffisants et que les conditions de travail sont encore difficiles. Mais dans l’ensemble, cette réforme majeure marquera le passage de Félix Tshisekedi à la tête de ce pays, pourvu que cette gratuité de l’école soit pérennisée après son mandat.

Gratuité de la maternité, un projet à pérenniser

La gratuité de la maternité a été instaurée en septembre 2023 dans le cadre de la Couverture Santé Universelle (CSU), avec pour objectif de réduire la mortalité maternelle et infantile. Près de deux ans après son lancement, le bilan présente des avancées notables, mais aussi plusieurs défis à surmonter, notamment celui de l’accessibilité de ce service sur l’ensemble du territoire de la RDC. Cette gratuité des accouchements est désormais effective dans 13 provinces, avec une extension prévue à l’ensemble du pays d’ici fin 2025. D’après le bilan à mi-parcours de ce projet présenté par Félix Tshisekedi dans son discours sur l’état de la Nation en décembre 2024, plus de 1,3 million de femmes ont accouché gratuitement dans 4 300 établissements de santé, dont 1 155 ont été équipés pour améliorer la qualité des soins. Dans des hôpitaux qui appliquent le programme de gratuité de la maternité à Mbuji-Mayi, dans la province du Kasaï-Oriental, le nombre d’accouchements est passé de 12 en janvier à 80 en mars 2024, illustrant une demande accrue liée à la gratuité.

Le PDL-145T, un immense projet pour la postérité

Depuis l’indépendance du pays en 1960, aucun projet de développement n’a eu l’envergure du Programme de Développement Local des 145 Territoires (PDL-145T) lancé par le cinquième président de l’histoire de ce pays. Ce projet, en cours de réalisation avec un budget de 1,6 milliard de dollars, vise à améliorer le cadre de vie des populations rurales en rapprochant l’administration des administrés avec en toile de fond : construction des bureaux des administrateurs des territoires, construction des écoles publiques dans chaque territoire et construction des centres de santé. Avec ce budget d’environ 1,6 milliard de dollars, ce programme projette de sortir 25 millions de Congolais de la pauvreté et de la précarité en créant notamment des routes de desserte agricole pour permettre d’évacuer les produits vivriers partant des zones rurales vers les grands centres de consommation.

Au 25 mars 2025, lors d’une réunion d’évaluation présidée par le ministre des Finances, Doudou Fwamba Likunde Li-Botayi, il a été rapporté que plus de 40 % des infrastructures prévues avaient été achevées. Le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD) a livré 334 écoles, 54 bâtiments administratifs et 245 centres de santé, soit un total de 631 infrastructures sur les 764 prévues. Le Bureau Central de Coordination (BCeCo) a également réalisé 190 écoles, 112 centres de santé et 16 bâtiments administratifs, atteignant un taux d’exécution de 82 %. La Cellule d’Exécution des Financements en Faveur des États Fragiles (CFEF) a également atteint un taux d’exécution de 82 %. Le gouvernement devrait se battre pour atteindre les 60 % de réalisation qui restent. Pour l’instant, des défis sécuritaires freinent également l’exécution totale de ce programme. Dans des provinces telles que l’Ituri, les travaux ont été suspendus pendant plus de trois mois en raison des conflits armés. Dans le territoire de Djugu, plusieurs infrastructures ont été détruites, retardant ainsi les projets. Dans la province de Tanganyika, bien que 77 infrastructures soient en cours de construction, des retards ont été observés, nécessitant une supervision accrue pour assurer le respect des délais. Le coût initial du programme, estimé à 1,66 milliard USD, a augmenté à 2,138 milliards USD, soit une hausse de 28,79 %, en raison de l’extension des travaux et de certaines contraintes liées à leur mise en œuvre. « Il y a beaucoup d’ouvrages qui ont été réceptionnés. Je peux dire que nous sommes à plus de 40 % des ouvrages dans leur ensemble », a résumé Doudou Fwamba, ministre des Finances, soulignant que plusieurs contraintes sur le terrain sont en voie d’être surmontées.

En 2025, le gouvernement congolais a identifié la réhabilitation de 38 000 km de routes agricoles comme une priorité dans le cadre de la deuxième phase du programme. Cette initiative vise à améliorer l’accès aux marchés pour les produits agricoles, stimulant ainsi la croissance économique locale. Ce projet, une fois qu’il crée des centres d’intérêt locaux, pourrait freiner l’exode rural aggravé par la précarité et les mauvaises conditions socio-économiques dans les milieux ruraux.

Port en eau profonde de Banana, un projet historique concrétisé

En posant la première pierre pour la construction de ce port, le 31 janvier 2022, Félix Tshisekedi a ainsi lancé la matérialisation d’un projet historique. Depuis 1863, l’idée de l’érection d’un port en eau profonde à Banana avait germé. Sous la colonisation, les Belges nourrissaient la même idée. Mais ce projet n’avait pas bénéficié de grandes avancées en termes d’études de faisabilité. En 1972, le gouvernement, sous le régime du maréchal Mobutu, mettra en place l’Organisation pour l’Équipement de Banana-Kinshasa (OEBK), un organisme pour, entre autres, assurer le développement d’un port en eau profonde à Banana, étudier la possibilité de construire un chemin de fer et un pont sur le fleuve Congo au niveau de Matadi. Mais ce port n’avait toujours pas vu le jour. Sous Joseph Kabila, l’idée de cette infrastructure avait été évoquée sans toutefois la concrétiser.

À son arrivée au pouvoir, Félix Tshisekedi a cherché des partenaires aux Émirats arabes unis pour financer ce projet. C’est DP World, une société des Émirats arabes unis, qui est à l’œuvre. Cela, pour un coût d’un peu plus d’un milliard de dollars de manière globale. Malgré la lenteur observée, les travaux de construction évoluent. Une fois réalisé, ce port sera donc une nouvelle porte d’entrée au continent africain. La première phase du projet prévoit la construction d’un quai de 600 mètres de long et d’une plateforme de stockage de 25 hectares. Celle-ci aura une capacité annuelle de plus de 300 000 conteneurs, soit plus de 1,3 million de tonnes de marchandises. DP World se chargera non seulement de la construction du port, mais aussi des zones industrielles associées.

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Léopards de la RDC : Après l’exploit, l’heure de la confirmation

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Ils sont revenus. Par la grande porte. Après 52 ans d’absence, les Léopards de la République Démocratique du Congo ont foulé les pelouses américaines du Mondial 2026 avec la détermination de ceux qui n’ont plus rien à perdre. Si l’aventure s’est achevée en seizièmes de finale face à l’Angleterre, elle a laissé un héritage bien plus précieux qu’un simple bilan comptable.

Le retour d’un géant endormi

Pour la RDC, 100 millions d’habitants et une culture footballistique parmi les plus riches du continent, cette qualification était bien plus qu’un exploit sportif. Elle mettait fin à cinq décennies d’attente, depuis l’épopée du Zaïre en 1974, et consacrait le travail de reconstruction engagé sous la houlette de Sébastien Desabre.

Le parcours qualificatif avait déjà valeur de test. Placés dans le groupe B aux côtés du Sénégal, les Léopards ont terminé deuxièmes avec 22 points avant d’écarter le Cameroun puis le Nigeria en barrages. Le dernier obstacle, la Jamaïque, fut franchi en prolongation grâce à Axel Tuanzebe, envoyant toute une nation en délire.

Un Mondial qui change tout

Le groupe K promettait un baptême du feu : Portugal, Colombie et Ouzbékistan. Face aux favoris portugais au NRG Stadium de Houston, les Léopards n’ont pas tremblé. Menés dès la 6e minute, ils ont égalisé juste avant la pause par Yoane Wissa sur corner, pour arracher un nul historique (1-1).

Le sélectionneur adjoint Rafael Hamidi résumait l’exploit : « Ce score de parité face au Portugal, c’était à prendre si on nous l’avait proposé avant le coup d’envoi ». La presse congolaise saluait un système en 3-5-2 particulièrement solide, la discipline collective et les transitions rapides.

Qualifiés pour les seizièmes de finale, les Léopards ont longtemps fait douter l’Angleterre, menant jusqu’à la 76e minute avant de s’incliner 2-1 dans les dernières secondes. Un scénario cruel qui a rappelé les limites d’un groupe prometteur mais encore en apprentissage des grands rendez-vous.

Les enseignements d’une expérience unique

Ce Mondial a livré plusieurs enseignements pour l’avenir. D’abord, une force mentale confirmée. Les barrages contre le Cameroun et le Nigeria avaient déjà forgé ce groupe, capable de rester lucide sous pression. Face au Portugal, les Léopards ont prouvé qu’ils pouvaient rivaliser avec les meilleures nations.

Ensuite, des fragilités structurelles. Comme la Côte d’Ivoire, le Sénégal ou le Japon, la RDC a cédé dans les dernières minutes face à l’Angleterre. Loïc Aumont, spécialiste de la performance, analyse : « Ces sélections possèdent les qualités techniques et physiques. Ce qui fait basculer un match, c’est la gestion des émotions lorsque la pression atteint son maximum ». Un déficit d’expérience à ce niveau que seul le temps et les répétitions pourront combler.

Cap sur la CAN 2027 : un trophée à portée de griffes ?

L’objectif est désormais clair : les Léopards doivent viser le titre lors de la prochaine Coupe d’Afrique des Nations, organisée en 2027 au Kenya, en Ouganda et en Tanzanie.

Le contexte est favorable. Cette génération, portée par Chancel Mbemba, son capitaine de 31 ans, possède une identité de jeu forte et un vécu commun exceptionnel. Le vivier de talents, évoluant pour beaucoup dans les meilleurs championnats européens, n’a jamais été aussi riche.

Le chemin qualificatif pour la CAN 2027 s’annonce abordable, avec un groupe E composé de la Guinée équatoriale, de la Sierra Leone et du Zimbabwe. Mais les Léopards savent désormais qu’aucune montagne n’est insurmontable, comme l’écrivait la presse congolaise avant le choc contre le Portugal : « Aucune montagne n’est insurmontable quand on est déterminé ».

Le défi de la régularité

Si le rêve est permis, la réalité impose de rester humble. Le Mondial a montré que l’écart avec les meilleures nations s’est considérablement réduit, mais que la gestion des moments décisifs reste le nerf de la guerre. Les Léopards devront transformer l’essai en confirmant leur niveau sur la durée, avec un calendrier international exigeant et des joueurs à préserver.

Sébastien Desabre, l’artisan de ce renouveau, aura à cœur de capitaliser sur cette expérience unique pour faire franchir un nouveau palier à sa sélection. La CAN 2027 sera le test ultime : plus qu’une performance, c’est un trophée que la RDC attend. Le message des supporters est clair, comme le résumait un journaliste avant le Mondial : « On ne vous demande pas de dominer le Portugal, mais juste de sortir un match de malade du début à la fin ». Pour la CAN 2027, on leur demande désormais de ramener la coupe à la maison.

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Opposition, CENCO et ECC en consultations au Burundi : Évariste Ndayishimiye dans la peau de Lourenço ?

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Une délégation réunissant des responsables de la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO), de l’Église du Christ au Congo (ECC) et plusieurs figures de l’opposition congolaise séjourne à Bujumbura, au Burundi, pour des consultations consacrées à la crise sécuritaire dans l’Est de la République démocratique du Congo. Organisée à l’invitation du président burundais Évariste Ndayishimiye, cette rencontre alimente les spéculations sur l’émergence d’un nouveau cadre de dialogue politique autour de la paix et de la stabilité dans la région.

Une nouvelle séquence diplomatique s’ouvre dans la recherche d’une issue à la crise qui secoue l’Est de la République démocratique du Congo. Une délégation composée de responsables de la CENCO, de l’ECC ainsi que de plusieurs leaders de l’opposition est arrivée à Bujumbura pour prendre part à des consultations consacrées à la situation sécuritaire et politique en RDC.

Cette mission répond à une invitation du président burundais Évariste Ndayishimiye, qui assure actuellement la présidence en exercice de l’Union africaine (UA). Déjà engagé dans plusieurs initiatives diplomatiques régionales, le chef de l’État burundais entend poursuivre ses efforts afin de rapprocher les différentes parties prenantes et de favoriser une solution politique durable. La délégation est composée du pasteur André Bokundoa, président de l’ECC, du pasteur Éric Senga, de Mgr Donatien Nshole, secrétaire général de la CENCO, ainsi que des opposants Martin Fayulu, Delly Sesanga et Dieudonné Bolengetenge. Les membres de cette mission ont quitté Kinshasa dans la nuit du samedi 4 au dimanche 5 juillet 2026 à bord d’un vol régulier d’Ethiopian Airlines à destination de la capitale burundaise.

Évariste Ndayishimiye dans la peau de Lourenço ?

Cette initiative, qui intervient alors que plusieurs processus de médiation restent inachevés, soulève une interrogation majeure : Évariste Ndayishimiye cherche-t-il à reprendre le flambeau laissé par João Lourenço ou à insuffler une nouvelle dynamique sous l’égide de l’Union africaine ?

Alors que l’Angola avait été mandaté pour faciliter un dialogue intercongolais, la multiplication des divergences avec les autorités congolaises sur le format et le cadre de ces discussions a progressivement conduit le projet dans l’impasse. D’où cette question que se posent plusieurs observateurs de la crise congolaise : João Lourenço a-t-il jeté l’éponge ?

Officiellement mandaté en février dernier pour mener des consultations en vue d’un dialogue politique en RDC, le président angolais peine à concrétiser son initiative et se fait de plus en plus discret. S’il n’a pas officiellement renoncé à sa mission, plusieurs sources diplomatiques citées par Jeune Afrique indiquent que le processus est, pour l’heure, au point mort.

Les consultations de Bujumbura interviennent alors que les combats se poursuivent dans l’Est de la RDC. Plusieurs localités des provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu restent sous le contrôle de l’armée rwandaise et de ses alliés de l’AFC/M23, selon les autorités congolaises, tandis que les initiatives diplomatiques se multiplient pour tenter d’enrayer une crise qui perdure depuis plusieurs années.

Les prémices d’un dialogue inclusif ?

Au-delà de la dimension sécuritaire, la présence conjointe des représentants des Églises et de l’opposition politique confère à ces consultations une portée particulière. Depuis plusieurs mois, la CENCO et l’ECC plaident en faveur d’un dialogue inclusif susceptible de restaurer la cohésion nationale et de créer les conditions d’une paix durable. Leur implication, aux côtés de figures de l’opposition, pourrait traduire une volonté d’élargir les concertations au-delà des seuls canaux gouvernementaux. Selon plusieurs observateurs, cette démarche pourrait également préparer le terrain à un dialogue politique plus large, associant les différentes sensibilités politiques et sociales du pays. Lors de sa récente visite à Kinshasa, le président Évariste Ndayishimiye avait d’ailleurs exprimé son souhait de rencontrer les responsables de l’opposition congolaise avant la marche dite « pacifique » de l’opposition, initialement prévue le 8 juillet puis reportée au 22 juillet. Cette manifestation vise à réclamer la démission du président Félix Tshisekedi, que ses opposants accusent de vouloir modifier la Constitution afin de se maintenir au pouvoir au-delà de 2028, année marquant la fin de son second et dernier mandat.

Si aucun détail officiel n’a encore filtré sur le contenu des échanges à Bujumbura, ces consultations témoignent de la volonté des acteurs régionaux de maintenir la dynamique diplomatique afin de favoriser une désescalade et de rechercher une solution négociée à la crise qui continue de déstabiliser l’Est de la RDC. Reste à savoir si cette initiative débouchera sur un véritable processus de dialogue ou ne constituera qu’une étape supplémentaire dans les multiples médiations en cours. Une chose est certaine : en réunissant autour d’une même table les Églises, l’opposition politique et un acteur régional désormais au premier plan, Bujumbura pourrait devenir le point de départ d’une nouvelle séquence diplomatique dont les développements seront suivis de près, tant en RDC que dans l’ensemble de la région des Grands Lacs.

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ADF : douze années de terreur dans l’Est de la RDC

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Massacres de civils, enlèvements, déplacements de populations et attaques répétées contre les forces de sécurité. Depuis 2014, les Forces démocratiques alliées (ADF) se sont imposées comme l’un des groupes armés les plus meurtriers de l’Est de la République démocratique du Congo (RDC). D’abord rébellion ougandaise réfugiée dans les forêts du Nord-Kivu, le mouvement a progressivement muté pour devenir une organisation terroriste redoutée, responsable de milliers de morts et d’une insécurité persistante dans les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri.

L’histoire des ADF ne commence pas en République démocratique du Congo. Le groupe est créé au milieu des années 1990 en Ouganda par Jamil Mukulu, un opposant au régime du président Yoweri Museveni. Sous la pression de l’armée ougandaise, les rebelles traversent rapidement la frontière et trouvent refuge dans les régions montagneuses et forestières de l’Est congolais, où ils établissent leurs bases arrière. Pendant plusieurs années, les ADF demeurent relativement discrètes, vivant du trafic de ressources naturelles, du commerce illicite et de diverses activités économiques locales. Mais à partir de 2014, la situation bascule. Après une vaste offensive militaire des Forces armées de la RDC (FARDC) contre leurs bastions, le groupe adopte une stratégie de représailles particulièrement violente contre les populations civiles.

Entre octobre 2014 et aujourd’hui, les territoires de Beni, Lubero, Mambasa et Irumu deviennent le théâtre de massacres à répétition. Hommes, femmes et enfants sont tués lors d’attaques nocturnes souvent menées à l’arme blanche. Des villages entiers sont incendiés, tandis que des centaines de personnes sont enlevées. Selon plusieurs organisations nationales et internationales de défense des droits humains, les ADF sont responsables de milliers de morts au cours de la dernière décennie. Le territoire de Beni, dans la province du Nord-Kivu, est particulièrement touché, au point de devenir l’un des symboles de l’insécurité chronique qui frappe l’Est du pays.

De la rébellion au terrorisme…

Au fil des années, le mouvement évolue également sur le plan idéologique. À partir de 2017, plusieurs rapports des Nations unies et d’organismes spécialisés font état d’un rapprochement entre certaines factions des ADF et l’organisation djihadiste État islamique. En 2019, l’État islamique revendique officiellement plusieurs attaques menées dans l’Est de la RDC à travers sa branche dite « Province d’Afrique centrale » (ISCAP). Cette affiliation, contestée à ses débuts par certains experts, se confirme progressivement par la propagande diffusée par les réseaux de l’État islamique et par l’évolution des modes opératoires du groupe. Malgré cela, les ADF conservent des caractéristiques locales fortes, enracinées dans les réalités sécuritaires et économiques de la région des Grands Lacs.

Opérations conjointes « Shujaa » 

Face à cette menace, les autorités congolaises ont multiplié les opérations militaires. En mai 2021, le gouvernement instaure l’état de siège dans les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri afin de renforcer la lutte contre les groupes armés. Quelques mois plus tard, la RDC et l’Ouganda lancent conjointement l’opération militaire « Shujaa » pour traquer les combattants ADF dans leurs sanctuaires forestiers.

Malgré près de cinq ans d’efforts conjoints de la RDC et de l’Ouganda dans le cadre de l’opération Shujaa, les zones débarrassées des combattants des ADF sont régulièrement réinfiltrées en l’espace de quelques semaines. Cette situation s’explique notamment par la solidité du système de succession interne du groupe prévue à l’avance, qui lui permet d’avoir une relève rapide du commandement lorsque des dirigeants sont neutralisés. Des allégations de collusion avec des acteurs étatiques, la faiblesse de la gouvernance et l’insuffisance de la protection des civils aggravent également le problème.

L’opération Shujaa repose sur des offensives conjointes, qui vont des opérations de combat mobiles au renseignement humain, visant à démanteler les structures de commandement des ADF et à rétablir l’autorité de l’État dans les zones occupées. Au-delà des approches cinétiques, elle entend soutenir la stabilisation, notamment par la construction de routes et la réinsertion des personnes enlevées. Toutefois, sa stratégie intègre peu d’approches préventives capables de neutraliser les ADF et reste réactive.

Ces offensives permettent de démanteler plusieurs camps rebelles et d’éliminer certains commandants. Toutefois, les ADF démontrent une forte capacité d’adaptation. Fragmentés en petites unités mobiles, leurs combattants continuent de mener des attaques meurtrières contre les civils et les positions militaires. Aujourd’hui encore, malgré les efforts militaires et les initiatives régionales de stabilisation, les ADF figurent parmi les principaux acteurs de l’insécurité dans l’Est de la RDC. Le groupe demeure particulièrement actif dans les zones frontalières entre le Nord-Kivu et l’Ituri, où les populations vivent sous la menace permanente d’incursions armées. Douze ans après le début des massacres de grande ampleur à Beni, la question des ADF reste l’un des défis sécuritaires majeurs de la République démocratique du Congo. Derrière les statistiques et les rapports se trouvent des milliers de familles endeuillées, des villages détruits et des communautés déplacées. Tant que cette menace persistera, la paix durable dans l’Est du pays demeurera un objectif difficile à atteindre, malgré les efforts déployés par les autorités congolaises et leurs partenaires régionaux.

Groupe armé le plus meurtrier en mai 2026

Les ADF ont été responsables du plus grand nombre de victimes civiles dans l’est de la République démocratique du Congo au cours du mois de mai 2026. C’est ce que révèle un rapport publié par l’Institut congolais de recherche sur la politique, la gouvernance et la violence, Ebuteli, qui fait état d’une recrudescence alarmante des attaques contre les populations civiles, notamment dans les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri. L’insécurité continue de faire des ravages dans l’Est de la République démocratique du Congo.

Dans son dernier rapport sur la situation sécuritaire, Ebuteli indique que les ADF demeurent le groupe armé le plus meurtrier de la région, avec au moins 190 civils tués au cours du seul mois de mai 2026. Ce bilan représente une augmentation spectaculaire par rapport au mois d’avril, où 53 victimes civiles avaient été enregistrées. Selon le rapport, cette recrudescence des violences s’est traduite par au moins 36 attaques attribuées aux rebelles ougandais, actifs principalement dans les territoires de Beni, Mambasa, Irumu et Lubero. Les assaillants ont multiplié les incursions meurtrières dans plusieurs villages, ciblant des populations civiles souvent sans défense.

L’un des faits marquants du mois a été le retour des attaques dans la ville de Beni. Dans la nuit du 30 au 31 mai, des combattants ADF ont mené plusieurs incursions simultanées dans la ville et ses environs, causant la mort d’au moins 26 civils. Il s’agit de la première attaque documentée dans la zone urbaine de Beni depuis 2023. Le rapport souligne également que les ADF ont intensifié leurs opérations malgré les offensives conjointes menées par les Forces armées de la RDC (FARDC) et l’armée ougandaise dans le cadre de l’opération Shujaa. Les chercheurs estiment que plusieurs de ces massacres pourraient constituer des représailles aux pressions militaires exercées contre le groupe armé.

Pendant ce temps, d’autres groupes armés restent actifs dans la région. En Ituri, la CODECO et l’URDPC poursuivent leurs activités criminelles, tandis que dans le Nord-Kivu et le Sud-Kivu, les affrontements entre le M23 et divers groupes armés locaux continuent d’alimenter l’instabilité. Toutefois, aucun de ces acteurs n’a atteint le niveau de violence meurtrière enregistré par les ADF au cours du mois de mai.

Alors que les populations de l’est de la RDC espèrent un retour durable de la paix, les conclusions du rapport d’Ebuteli rappellent l’ampleur du défi sécuritaire auquel le pays reste confronté. La montée en puissance des attaques des ADF, combinée à la persistance de multiples foyers de violence, continue de faire peser une lourde menace sur les civils, premiers victimes d’un conflit qui semble loin de s’essouffler.

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