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Migration des Congolais vers l’étranger : Comment freiner la fuite des cerveaux ?
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1 an agoon
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La redaction
La question de l’immigration est revenue au centre des débats depuis quelques mois, notamment aux Etats-Unis. Les Congolais de la République démocratique du Congo (RDC) font désormais partie des pays dont les ressortissants sont menacés d’interdiction d’entrée sur le territoire américain. En dehors des voyages motivés par les études, les affaires ou le tourisme, le reste de l’émigration des Congolais est motivée par des raisons sécuritaires ou économiques. Ce qui devrait questionner la gouvernance des dirigeants congolais. L’amélioration des conditions de vie sur le plan local pourrait réduire cet exode qui s’accompagne d’une fuite des cerveaux.
« J’ai terminé mes études depuis 2014 à l’Université pédagogique nationale (UPN) mais il n’y a pas des débouchés au pays qui puissent aider à construire une vie sur place. J’ai tenté de voyager pour essayer de trouver mieux en France. Après quelques mois de défense de mon dossier, j’ai reçu des documents pouvant me permettre de travailler », explique Trésor, un Congolais qui vit désormais dans une région française. Son cas ressemble bien à celui des milliers d’autres Congolais ou d’Africains en général qui remuent ciel et terre pour rejoindre le vieux continent et tenter de mener une meilleure vie.
A côté de cet exemple figure celui des migrants qui fuient des situations désastreuses dans leurs pays d’origine comme par exemple les conflits armés dans l’Est de la RDC, des situations de violences ou l’injustice sociale dans d’autres pays. Certains empruntent les voies légales pour voyager alors que d’autres arrivent en Europe sans passer par un service consulaire pour demander un visa. Ils arpentent des chemins sinueux et dangereux du Sahel au Maghreb pour atteindre la Méditerranée. « Moi je ne connais pas comment on monte dans un avion ni comment on demande un visa. Je suis arrivé en Europe en traversant des frontières africaines jusqu’en Allemagne, avant de venir m’installer en France », témoigne un autre Congolais qui vante son courage après avoir vécu des dures épreuves dans le Sahara.
Une émigration qui s’accompagne d’une fuite des cerveaux
L’émigration vers l’Europe ou l’Amérique du nord est de plus en plus constatée. Ce phénomène s’accompagne d’une fuite des cerveaux. Cette émigration a des causes multiples, notamment le manque d’opportunités d’emploi, l’instabilité politique et des salaires plus attractifs à l’étranger. Les conséquences incluent une pénurie de main-d’œuvre qualifiée sur le plan local, un affaiblissement des institutions et un frein au développement. Pour fuir la misère et le manque d’opportunité d’emploi, des migrants congolais s’installent même à Chypre afin de tenter de rejoindre l’Union européenne. Les demandes d’asiles dans les pays francophones d’Europe de l’Ouest ont exposé ces dernières années. Floribert Mvumbi, médecin gynécologue, qui travaillait dans un hôpital public à Kinshasa, a rejoint un pays d’Europe. « Le salaire que percevait en tant que spécialiste ne me permettait pas de nouer les deux bouts. Je vivais une vie de précarité alors que j’ai fait plus de 8 ans d’étude de médecine », a-t-il relaté. Ce spécialiste a finalement décidé de quitter la RDC pour exercer son métier outre-méditerranée.
En Belgique, les demandes d’asile des Congolais explosent
En juillet 2024, la Belgique a rapporté que 650 Congolais ont demandé l’asile sur son sol uniquement pour le premier semestre de 2024. Selon Freddy Roossmont, directeur de l’Office des étrangers belge, la Belgique reçoit en moyenne 100 demandes d’asile de Congolais par mois. Une demande qui est sans cesse en hausse depuis un temps.Entre 2021 et 2022, les demandes d’asiles étaient passées de274 à 603 pour toute l’année alors qu’en 2024, le pays a atteint 650 demandes uniquement pour un semestre. Ces chiffres font figurer la RDC dans le top 10 des pays d’où viennent les demandes d’asile. Pour décourager certaines demandes farfelues, le taux de reconnaissance des demandes introduites est descendu de 30 à 13% en 2022. « Nous devons absolument éviter que les gens pensent qu’une procédure d’asile leur permettra sans plus de rester en Belgique. Bien sûr, ceux qui ont besoin de protection l’obtiendront dans notre pays. Toutes les places d’accueil qu’il y a en Belgique, nous en avons besoin pour accueillir les personnes qui fuient effectivement une guerre ou un conflit. Il n’y a pas de places en surplus. J’essaie d’éviter que les gens viennent en Belgique avec de fausses attentes », avait expliqué en janvier 2023 Nicole De Moor, secrétaire d’Etat à l’Asile et à la Migration.
Selon le Commissariat général aux réfugiés et aux apatrides (CGRA) en Belgique, entre janvier et juin 2022, neuf ressortissants congolais avaient été rapatriés vers Kinshasa. Puis, le 9 novembre 2022, la Belgique avait organisé un « vol spécial » pour rapatrier 14 Congolais dont les demandes d’asile avaient été déboutées et qui refusaient de rentrer volontairement au pays. Ce vol a été organisé par l’Office des étrangers de la Belgique, avec le soutien de l’Agence de surveillance des frontières européennes (Frontex).
Europe et Etats-Unis : le flux sans cesse croissant de migrants africains
D’après le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), plus de 100 000 Africains ont traversé la Méditerranée en 2021 en direction de l’Europe. Ce phénomène d’immigration irrégulière des Africains vers l’Europe est devenu croissant ces dernières années. Fin mai 2025, aux Etats-Unis, l’administration Trump a interdit aux ressortissants de 12 pays d’accéder sur le territoire américain dont 7 Etats africains parmi lesquels figurent la République du Congo et le Tchad. Mi-juin, les Etats-Unis ont encore annoncé une nouvelle liste de 36 pays qui risquent de se retrouver sur ce « travel ban ». Parmi ces Etats, on compte la RDC et le Nigeria.
Pour la première mesure concernant les douze pays, Donald Trump a justifié sa décision par une attaque terroriste perpétrée par un Egyptien, âgé de 45 ans, à Boulder, dans le Colorado, dans l’Ouest du pays. Cette attaque, d’après le président américain, aurait mis en évidence les « dangers extrêmes que représente pour les États-Unis l’entrée de ressortissants étrangers qui n’ont pas été correctement contrôlés ». Selon la Maison Blanche, cette mesure vise à « protéger » le pays de « terroristes étrangers ». Mais aucun ressortissant des pays ciblés n’a été arrêté pour terrorisme. Certains analystes pensent que ces décisions sont à mettre dans la rhétorique anti-migrant développée par Donald Trump.
Lors d’une rencontre avec la Première ministre italienne, Georgia Meloni, Donald Trump avait tenu des propos polémiques en évoquant la situation à la frontière sud des États-Unis. Il avait affirmé que plusieurs pays étrangers auraient volontairement libéré des prisonniers pour qu’ils migrent vers les États-Unis. « Et pas seulement en Amérique du Sud, mais aussi en Afrique, le Congo. Beaucoup de gens viennent du Congo. Je ne sais pas pourquoi, mais ils sont venus, » avait déclaré Donald Trump, sans évoquer la moindre preuve. Mais parmi d’autres raisons évoquées par son administration, certains pays sanctionnés ne seraient pas en mesure de fournir des « documents d’identité fiables » ou auraient « trop de fraude dans l’administration ». Pour d’autres, un nombre important de leurs ressortissants aux États-Unis auraient « dépassé la date limite de leur visa ».
Comment stopper cet exode ?
S’il est difficile d’arrêter totalement l’immigration économique ou sociale, il est cependant possible de réduire sensiblement ce flux migratoire qui comporte également une fuite importante de cerveaux pour les pays concernés, la RDC en particulier. Cet exode concerne les citoyens de deux ordres : ceux qui fuient des conditions socio-économiques du pays et ceux dont la vie est menacée par des conflits armés ou d’autres types de menace. « Le gouvernement est en mesure de trouver des solutions sur la stabilité politique et sécuritaire mais aussi économique », estime un agent congolais ayant requis l’anonymat, travaillant à l’Organisation internationale pour la migration (OIM). Selon lui, dans les statistiques générales, les pays les plus stables sur le plan politique, économique et sécuritaire comptent moins de migrants à l’international, sauf ceux qui partent pour des raisons classiques comme le tourisme, les études ou les affaires. C’est notamment le cas de l’Afrique du Sud, Ile Maurice, de la Namibie et du Botswana. « En RDC, dans le secteur de la santé, beaucoup de médecins qui sont partis se spécialiser à l’étranger restent dans ces pays européens, estimant que les conditions au pays ne sont pas meilleures. Il y a aussi certains qui entreprennent à l’étranger. Le pays perd des revenus fiscaux potentiels des personnes qualifiées qui s’installent à l’étranger », relate un médecin boursier de l’Etat congolais qui poursuit ses études de socialisation en médicine au Maroc. Pourtant, il y a pénurie de médecins au pays. Sur ce point, le ministre de la Santé, Samuel-Roger Kamba a promis une politique d’incitation au retour des médecins en RDC mais aussi un programme de bourse pour ceux qui doivent être formés dans d’autres pays.
Créer des conditions qui découragent l’exode définitif
Le gouvernement congolais devrait créer des programmes incitatifs pour que les Congolais de l’étranger reviennent enseigner, investir ou partager leurs compétences avec ceux restés au pays. Penser à simplifier les procédures administratives pour ce retour. Par exemple, l’autorisation de la double nationalité,la réduction des taxes locales, faciliter la politique de logement dans les villes et les villages pour mieux inciter au retour de ces fils et filles du pays. Il y a aussi la création des conditions nécessaires pour l’éclosion des compétences sur le plan local. La modernisation des universités et l’amélioration des conditions d’études peuvent réduire les départs liés à des raisons d’étude. Le gouvernement devrait également penser à la promotion d’une formation adaptée au marché local, c’est-à-dire, l’orientation des cursus vers les besoins réels du pays.
Heshima
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Léopards de la RDC : Après l’exploit, l’heure de la confirmation
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3 semaines agoon
juillet 7, 2026By
La redaction
Ils sont revenus. Par la grande porte. Après 52 ans d’absence, les Léopards de la République Démocratique du Congo ont foulé les pelouses américaines du Mondial 2026 avec la détermination de ceux qui n’ont plus rien à perdre. Si l’aventure s’est achevée en seizièmes de finale face à l’Angleterre, elle a laissé un héritage bien plus précieux qu’un simple bilan comptable.
Le retour d’un géant endormi
Pour la RDC, 100 millions d’habitants et une culture footballistique parmi les plus riches du continent, cette qualification était bien plus qu’un exploit sportif. Elle mettait fin à cinq décennies d’attente, depuis l’épopée du Zaïre en 1974, et consacrait le travail de reconstruction engagé sous la houlette de Sébastien Desabre.
Le parcours qualificatif avait déjà valeur de test. Placés dans le groupe B aux côtés du Sénégal, les Léopards ont terminé deuxièmes avec 22 points avant d’écarter le Cameroun puis le Nigeria en barrages. Le dernier obstacle, la Jamaïque, fut franchi en prolongation grâce à Axel Tuanzebe, envoyant toute une nation en délire.
Un Mondial qui change tout
Le groupe K promettait un baptême du feu : Portugal, Colombie et Ouzbékistan. Face aux favoris portugais au NRG Stadium de Houston, les Léopards n’ont pas tremblé. Menés dès la 6e minute, ils ont égalisé juste avant la pause par Yoane Wissa sur corner, pour arracher un nul historique (1-1).
Le sélectionneur adjoint Rafael Hamidi résumait l’exploit : « Ce score de parité face au Portugal, c’était à prendre si on nous l’avait proposé avant le coup d’envoi ». La presse congolaise saluait un système en 3-5-2 particulièrement solide, la discipline collective et les transitions rapides.
Qualifiés pour les seizièmes de finale, les Léopards ont longtemps fait douter l’Angleterre, menant jusqu’à la 76e minute avant de s’incliner 2-1 dans les dernières secondes. Un scénario cruel qui a rappelé les limites d’un groupe prometteur mais encore en apprentissage des grands rendez-vous.
Les enseignements d’une expérience unique
Ce Mondial a livré plusieurs enseignements pour l’avenir. D’abord, une force mentale confirmée. Les barrages contre le Cameroun et le Nigeria avaient déjà forgé ce groupe, capable de rester lucide sous pression. Face au Portugal, les Léopards ont prouvé qu’ils pouvaient rivaliser avec les meilleures nations.
Ensuite, des fragilités structurelles. Comme la Côte d’Ivoire, le Sénégal ou le Japon, la RDC a cédé dans les dernières minutes face à l’Angleterre. Loïc Aumont, spécialiste de la performance, analyse : « Ces sélections possèdent les qualités techniques et physiques. Ce qui fait basculer un match, c’est la gestion des émotions lorsque la pression atteint son maximum ». Un déficit d’expérience à ce niveau que seul le temps et les répétitions pourront combler.
Cap sur la CAN 2027 : un trophée à portée de griffes ?
L’objectif est désormais clair : les Léopards doivent viser le titre lors de la prochaine Coupe d’Afrique des Nations, organisée en 2027 au Kenya, en Ouganda et en Tanzanie.
Le contexte est favorable. Cette génération, portée par Chancel Mbemba, son capitaine de 31 ans, possède une identité de jeu forte et un vécu commun exceptionnel. Le vivier de talents, évoluant pour beaucoup dans les meilleurs championnats européens, n’a jamais été aussi riche.
Le chemin qualificatif pour la CAN 2027 s’annonce abordable, avec un groupe E composé de la Guinée équatoriale, de la Sierra Leone et du Zimbabwe. Mais les Léopards savent désormais qu’aucune montagne n’est insurmontable, comme l’écrivait la presse congolaise avant le choc contre le Portugal : « Aucune montagne n’est insurmontable quand on est déterminé ».
Le défi de la régularité
Si le rêve est permis, la réalité impose de rester humble. Le Mondial a montré que l’écart avec les meilleures nations s’est considérablement réduit, mais que la gestion des moments décisifs reste le nerf de la guerre. Les Léopards devront transformer l’essai en confirmant leur niveau sur la durée, avec un calendrier international exigeant et des joueurs à préserver.
Sébastien Desabre, l’artisan de ce renouveau, aura à cœur de capitaliser sur cette expérience unique pour faire franchir un nouveau palier à sa sélection. La CAN 2027 sera le test ultime : plus qu’une performance, c’est un trophée que la RDC attend. Le message des supporters est clair, comme le résumait un journaliste avant le Mondial : « On ne vous demande pas de dominer le Portugal, mais juste de sortir un match de malade du début à la fin ». Pour la CAN 2027, on leur demande désormais de ramener la coupe à la maison.
Heshima Magazine
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Opposition, CENCO et ECC en consultations au Burundi : Évariste Ndayishimiye dans la peau de Lourenço ?
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3 semaines agoon
juillet 6, 2026By
La redactionUne délégation réunissant des responsables de la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO), de l’Église du Christ au Congo (ECC) et plusieurs figures de l’opposition congolaise séjourne à Bujumbura, au Burundi, pour des consultations consacrées à la crise sécuritaire dans l’Est de la République démocratique du Congo. Organisée à l’invitation du président burundais Évariste Ndayishimiye, cette rencontre alimente les spéculations sur l’émergence d’un nouveau cadre de dialogue politique autour de la paix et de la stabilité dans la région.
Une nouvelle séquence diplomatique s’ouvre dans la recherche d’une issue à la crise qui secoue l’Est de la République démocratique du Congo. Une délégation composée de responsables de la CENCO, de l’ECC ainsi que de plusieurs leaders de l’opposition est arrivée à Bujumbura pour prendre part à des consultations consacrées à la situation sécuritaire et politique en RDC.
Cette mission répond à une invitation du président burundais Évariste Ndayishimiye, qui assure actuellement la présidence en exercice de l’Union africaine (UA). Déjà engagé dans plusieurs initiatives diplomatiques régionales, le chef de l’État burundais entend poursuivre ses efforts afin de rapprocher les différentes parties prenantes et de favoriser une solution politique durable. La délégation est composée du pasteur André Bokundoa, président de l’ECC, du pasteur Éric Senga, de Mgr Donatien Nshole, secrétaire général de la CENCO, ainsi que des opposants Martin Fayulu, Delly Sesanga et Dieudonné Bolengetenge. Les membres de cette mission ont quitté Kinshasa dans la nuit du samedi 4 au dimanche 5 juillet 2026 à bord d’un vol régulier d’Ethiopian Airlines à destination de la capitale burundaise.
Évariste Ndayishimiye dans la peau de Lourenço ?
Cette initiative, qui intervient alors que plusieurs processus de médiation restent inachevés, soulève une interrogation majeure : Évariste Ndayishimiye cherche-t-il à reprendre le flambeau laissé par João Lourenço ou à insuffler une nouvelle dynamique sous l’égide de l’Union africaine ?
Alors que l’Angola avait été mandaté pour faciliter un dialogue intercongolais, la multiplication des divergences avec les autorités congolaises sur le format et le cadre de ces discussions a progressivement conduit le projet dans l’impasse. D’où cette question que se posent plusieurs observateurs de la crise congolaise : João Lourenço a-t-il jeté l’éponge ?
Officiellement mandaté en février dernier pour mener des consultations en vue d’un dialogue politique en RDC, le président angolais peine à concrétiser son initiative et se fait de plus en plus discret. S’il n’a pas officiellement renoncé à sa mission, plusieurs sources diplomatiques citées par Jeune Afrique indiquent que le processus est, pour l’heure, au point mort.
Les consultations de Bujumbura interviennent alors que les combats se poursuivent dans l’Est de la RDC. Plusieurs localités des provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu restent sous le contrôle de l’armée rwandaise et de ses alliés de l’AFC/M23, selon les autorités congolaises, tandis que les initiatives diplomatiques se multiplient pour tenter d’enrayer une crise qui perdure depuis plusieurs années.
Les prémices d’un dialogue inclusif ?
Au-delà de la dimension sécuritaire, la présence conjointe des représentants des Églises et de l’opposition politique confère à ces consultations une portée particulière. Depuis plusieurs mois, la CENCO et l’ECC plaident en faveur d’un dialogue inclusif susceptible de restaurer la cohésion nationale et de créer les conditions d’une paix durable. Leur implication, aux côtés de figures de l’opposition, pourrait traduire une volonté d’élargir les concertations au-delà des seuls canaux gouvernementaux. Selon plusieurs observateurs, cette démarche pourrait également préparer le terrain à un dialogue politique plus large, associant les différentes sensibilités politiques et sociales du pays. Lors de sa récente visite à Kinshasa, le président Évariste Ndayishimiye avait d’ailleurs exprimé son souhait de rencontrer les responsables de l’opposition congolaise avant la marche dite « pacifique » de l’opposition, initialement prévue le 8 juillet puis reportée au 22 juillet. Cette manifestation vise à réclamer la démission du président Félix Tshisekedi, que ses opposants accusent de vouloir modifier la Constitution afin de se maintenir au pouvoir au-delà de 2028, année marquant la fin de son second et dernier mandat.
Si aucun détail officiel n’a encore filtré sur le contenu des échanges à Bujumbura, ces consultations témoignent de la volonté des acteurs régionaux de maintenir la dynamique diplomatique afin de favoriser une désescalade et de rechercher une solution négociée à la crise qui continue de déstabiliser l’Est de la RDC. Reste à savoir si cette initiative débouchera sur un véritable processus de dialogue ou ne constituera qu’une étape supplémentaire dans les multiples médiations en cours. Une chose est certaine : en réunissant autour d’une même table les Églises, l’opposition politique et un acteur régional désormais au premier plan, Bujumbura pourrait devenir le point de départ d’une nouvelle séquence diplomatique dont les développements seront suivis de près, tant en RDC que dans l’ensemble de la région des Grands Lacs.
Heshima Magazine
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ADF : douze années de terreur dans l’Est de la RDC
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4 semaines agoon
juin 29, 2026By
La redaction
Massacres de civils, enlèvements, déplacements de populations et attaques répétées contre les forces de sécurité. Depuis 2014, les Forces démocratiques alliées (ADF) se sont imposées comme l’un des groupes armés les plus meurtriers de l’Est de la République démocratique du Congo (RDC). D’abord rébellion ougandaise réfugiée dans les forêts du Nord-Kivu, le mouvement a progressivement muté pour devenir une organisation terroriste redoutée, responsable de milliers de morts et d’une insécurité persistante dans les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri.
L’histoire des ADF ne commence pas en République démocratique du Congo. Le groupe est créé au milieu des années 1990 en Ouganda par Jamil Mukulu, un opposant au régime du président Yoweri Museveni. Sous la pression de l’armée ougandaise, les rebelles traversent rapidement la frontière et trouvent refuge dans les régions montagneuses et forestières de l’Est congolais, où ils établissent leurs bases arrière. Pendant plusieurs années, les ADF demeurent relativement discrètes, vivant du trafic de ressources naturelles, du commerce illicite et de diverses activités économiques locales. Mais à partir de 2014, la situation bascule. Après une vaste offensive militaire des Forces armées de la RDC (FARDC) contre leurs bastions, le groupe adopte une stratégie de représailles particulièrement violente contre les populations civiles.
Entre octobre 2014 et aujourd’hui, les territoires de Beni, Lubero, Mambasa et Irumu deviennent le théâtre de massacres à répétition. Hommes, femmes et enfants sont tués lors d’attaques nocturnes souvent menées à l’arme blanche. Des villages entiers sont incendiés, tandis que des centaines de personnes sont enlevées. Selon plusieurs organisations nationales et internationales de défense des droits humains, les ADF sont responsables de milliers de morts au cours de la dernière décennie. Le territoire de Beni, dans la province du Nord-Kivu, est particulièrement touché, au point de devenir l’un des symboles de l’insécurité chronique qui frappe l’Est du pays.
De la rébellion au terrorisme…
Au fil des années, le mouvement évolue également sur le plan idéologique. À partir de 2017, plusieurs rapports des Nations unies et d’organismes spécialisés font état d’un rapprochement entre certaines factions des ADF et l’organisation djihadiste État islamique. En 2019, l’État islamique revendique officiellement plusieurs attaques menées dans l’Est de la RDC à travers sa branche dite « Province d’Afrique centrale » (ISCAP). Cette affiliation, contestée à ses débuts par certains experts, se confirme progressivement par la propagande diffusée par les réseaux de l’État islamique et par l’évolution des modes opératoires du groupe. Malgré cela, les ADF conservent des caractéristiques locales fortes, enracinées dans les réalités sécuritaires et économiques de la région des Grands Lacs.
Opérations conjointes « Shujaa »
Face à cette menace, les autorités congolaises ont multiplié les opérations militaires. En mai 2021, le gouvernement instaure l’état de siège dans les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri afin de renforcer la lutte contre les groupes armés. Quelques mois plus tard, la RDC et l’Ouganda lancent conjointement l’opération militaire « Shujaa » pour traquer les combattants ADF dans leurs sanctuaires forestiers.
Malgré près de cinq ans d’efforts conjoints de la RDC et de l’Ouganda dans le cadre de l’opération Shujaa, les zones débarrassées des combattants des ADF sont régulièrement réinfiltrées en l’espace de quelques semaines. Cette situation s’explique notamment par la solidité du système de succession interne du groupe prévue à l’avance, qui lui permet d’avoir une relève rapide du commandement lorsque des dirigeants sont neutralisés. Des allégations de collusion avec des acteurs étatiques, la faiblesse de la gouvernance et l’insuffisance de la protection des civils aggravent également le problème.
L’opération Shujaa repose sur des offensives conjointes, qui vont des opérations de combat mobiles au renseignement humain, visant à démanteler les structures de commandement des ADF et à rétablir l’autorité de l’État dans les zones occupées. Au-delà des approches cinétiques, elle entend soutenir la stabilisation, notamment par la construction de routes et la réinsertion des personnes enlevées. Toutefois, sa stratégie intègre peu d’approches préventives capables de neutraliser les ADF et reste réactive.
Ces offensives permettent de démanteler plusieurs camps rebelles et d’éliminer certains commandants. Toutefois, les ADF démontrent une forte capacité d’adaptation. Fragmentés en petites unités mobiles, leurs combattants continuent de mener des attaques meurtrières contre les civils et les positions militaires. Aujourd’hui encore, malgré les efforts militaires et les initiatives régionales de stabilisation, les ADF figurent parmi les principaux acteurs de l’insécurité dans l’Est de la RDC. Le groupe demeure particulièrement actif dans les zones frontalières entre le Nord-Kivu et l’Ituri, où les populations vivent sous la menace permanente d’incursions armées. Douze ans après le début des massacres de grande ampleur à Beni, la question des ADF reste l’un des défis sécuritaires majeurs de la République démocratique du Congo. Derrière les statistiques et les rapports se trouvent des milliers de familles endeuillées, des villages détruits et des communautés déplacées. Tant que cette menace persistera, la paix durable dans l’Est du pays demeurera un objectif difficile à atteindre, malgré les efforts déployés par les autorités congolaises et leurs partenaires régionaux.
Groupe armé le plus meurtrier en mai 2026
Les ADF ont été responsables du plus grand nombre de victimes civiles dans l’est de la République démocratique du Congo au cours du mois de mai 2026. C’est ce que révèle un rapport publié par l’Institut congolais de recherche sur la politique, la gouvernance et la violence, Ebuteli, qui fait état d’une recrudescence alarmante des attaques contre les populations civiles, notamment dans les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri. L’insécurité continue de faire des ravages dans l’Est de la République démocratique du Congo.
Dans son dernier rapport sur la situation sécuritaire, Ebuteli indique que les ADF demeurent le groupe armé le plus meurtrier de la région, avec au moins 190 civils tués au cours du seul mois de mai 2026. Ce bilan représente une augmentation spectaculaire par rapport au mois d’avril, où 53 victimes civiles avaient été enregistrées. Selon le rapport, cette recrudescence des violences s’est traduite par au moins 36 attaques attribuées aux rebelles ougandais, actifs principalement dans les territoires de Beni, Mambasa, Irumu et Lubero. Les assaillants ont multiplié les incursions meurtrières dans plusieurs villages, ciblant des populations civiles souvent sans défense.
L’un des faits marquants du mois a été le retour des attaques dans la ville de Beni. Dans la nuit du 30 au 31 mai, des combattants ADF ont mené plusieurs incursions simultanées dans la ville et ses environs, causant la mort d’au moins 26 civils. Il s’agit de la première attaque documentée dans la zone urbaine de Beni depuis 2023. Le rapport souligne également que les ADF ont intensifié leurs opérations malgré les offensives conjointes menées par les Forces armées de la RDC (FARDC) et l’armée ougandaise dans le cadre de l’opération Shujaa. Les chercheurs estiment que plusieurs de ces massacres pourraient constituer des représailles aux pressions militaires exercées contre le groupe armé.
Pendant ce temps, d’autres groupes armés restent actifs dans la région. En Ituri, la CODECO et l’URDPC poursuivent leurs activités criminelles, tandis que dans le Nord-Kivu et le Sud-Kivu, les affrontements entre le M23 et divers groupes armés locaux continuent d’alimenter l’instabilité. Toutefois, aucun de ces acteurs n’a atteint le niveau de violence meurtrière enregistré par les ADF au cours du mois de mai.
Alors que les populations de l’est de la RDC espèrent un retour durable de la paix, les conclusions du rapport d’Ebuteli rappellent l’ampleur du défi sécuritaire auquel le pays reste confronté. La montée en puissance des attaques des ADF, combinée à la persistance de multiples foyers de violence, continue de faire peser une lourde menace sur les civils, premiers victimes d’un conflit qui semble loin de s’essouffler.
Heshima Magazine




























































