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Migration des Congolais vers l’étranger : Comment freiner la fuite des cerveaux ?
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10 mois agoon
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La redaction
La question de l’immigration est revenue au centre des débats depuis quelques mois, notamment aux Etats-Unis. Les Congolais de la République démocratique du Congo (RDC) font désormais partie des pays dont les ressortissants sont menacés d’interdiction d’entrée sur le territoire américain. En dehors des voyages motivés par les études, les affaires ou le tourisme, le reste de l’émigration des Congolais est motivée par des raisons sécuritaires ou économiques. Ce qui devrait questionner la gouvernance des dirigeants congolais. L’amélioration des conditions de vie sur le plan local pourrait réduire cet exode qui s’accompagne d’une fuite des cerveaux.
« J’ai terminé mes études depuis 2014 à l’Université pédagogique nationale (UPN) mais il n’y a pas des débouchés au pays qui puissent aider à construire une vie sur place. J’ai tenté de voyager pour essayer de trouver mieux en France. Après quelques mois de défense de mon dossier, j’ai reçu des documents pouvant me permettre de travailler », explique Trésor, un Congolais qui vit désormais dans une région française. Son cas ressemble bien à celui des milliers d’autres Congolais ou d’Africains en général qui remuent ciel et terre pour rejoindre le vieux continent et tenter de mener une meilleure vie.
A côté de cet exemple figure celui des migrants qui fuient des situations désastreuses dans leurs pays d’origine comme par exemple les conflits armés dans l’Est de la RDC, des situations de violences ou l’injustice sociale dans d’autres pays. Certains empruntent les voies légales pour voyager alors que d’autres arrivent en Europe sans passer par un service consulaire pour demander un visa. Ils arpentent des chemins sinueux et dangereux du Sahel au Maghreb pour atteindre la Méditerranée. « Moi je ne connais pas comment on monte dans un avion ni comment on demande un visa. Je suis arrivé en Europe en traversant des frontières africaines jusqu’en Allemagne, avant de venir m’installer en France », témoigne un autre Congolais qui vante son courage après avoir vécu des dures épreuves dans le Sahara.
Une émigration qui s’accompagne d’une fuite des cerveaux
L’émigration vers l’Europe ou l’Amérique du nord est de plus en plus constatée. Ce phénomène s’accompagne d’une fuite des cerveaux. Cette émigration a des causes multiples, notamment le manque d’opportunités d’emploi, l’instabilité politique et des salaires plus attractifs à l’étranger. Les conséquences incluent une pénurie de main-d’œuvre qualifiée sur le plan local, un affaiblissement des institutions et un frein au développement. Pour fuir la misère et le manque d’opportunité d’emploi, des migrants congolais s’installent même à Chypre afin de tenter de rejoindre l’Union européenne. Les demandes d’asiles dans les pays francophones d’Europe de l’Ouest ont exposé ces dernières années. Floribert Mvumbi, médecin gynécologue, qui travaillait dans un hôpital public à Kinshasa, a rejoint un pays d’Europe. « Le salaire que percevait en tant que spécialiste ne me permettait pas de nouer les deux bouts. Je vivais une vie de précarité alors que j’ai fait plus de 8 ans d’étude de médecine », a-t-il relaté. Ce spécialiste a finalement décidé de quitter la RDC pour exercer son métier outre-méditerranée.
En Belgique, les demandes d’asile des Congolais explosent
En juillet 2024, la Belgique a rapporté que 650 Congolais ont demandé l’asile sur son sol uniquement pour le premier semestre de 2024. Selon Freddy Roossmont, directeur de l’Office des étrangers belge, la Belgique reçoit en moyenne 100 demandes d’asile de Congolais par mois. Une demande qui est sans cesse en hausse depuis un temps.Entre 2021 et 2022, les demandes d’asiles étaient passées de274 à 603 pour toute l’année alors qu’en 2024, le pays a atteint 650 demandes uniquement pour un semestre. Ces chiffres font figurer la RDC dans le top 10 des pays d’où viennent les demandes d’asile. Pour décourager certaines demandes farfelues, le taux de reconnaissance des demandes introduites est descendu de 30 à 13% en 2022. « Nous devons absolument éviter que les gens pensent qu’une procédure d’asile leur permettra sans plus de rester en Belgique. Bien sûr, ceux qui ont besoin de protection l’obtiendront dans notre pays. Toutes les places d’accueil qu’il y a en Belgique, nous en avons besoin pour accueillir les personnes qui fuient effectivement une guerre ou un conflit. Il n’y a pas de places en surplus. J’essaie d’éviter que les gens viennent en Belgique avec de fausses attentes », avait expliqué en janvier 2023 Nicole De Moor, secrétaire d’Etat à l’Asile et à la Migration.
Selon le Commissariat général aux réfugiés et aux apatrides (CGRA) en Belgique, entre janvier et juin 2022, neuf ressortissants congolais avaient été rapatriés vers Kinshasa. Puis, le 9 novembre 2022, la Belgique avait organisé un « vol spécial » pour rapatrier 14 Congolais dont les demandes d’asile avaient été déboutées et qui refusaient de rentrer volontairement au pays. Ce vol a été organisé par l’Office des étrangers de la Belgique, avec le soutien de l’Agence de surveillance des frontières européennes (Frontex).
Europe et Etats-Unis : le flux sans cesse croissant de migrants africains
D’après le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), plus de 100 000 Africains ont traversé la Méditerranée en 2021 en direction de l’Europe. Ce phénomène d’immigration irrégulière des Africains vers l’Europe est devenu croissant ces dernières années. Fin mai 2025, aux Etats-Unis, l’administration Trump a interdit aux ressortissants de 12 pays d’accéder sur le territoire américain dont 7 Etats africains parmi lesquels figurent la République du Congo et le Tchad. Mi-juin, les Etats-Unis ont encore annoncé une nouvelle liste de 36 pays qui risquent de se retrouver sur ce « travel ban ». Parmi ces Etats, on compte la RDC et le Nigeria.
Pour la première mesure concernant les douze pays, Donald Trump a justifié sa décision par une attaque terroriste perpétrée par un Egyptien, âgé de 45 ans, à Boulder, dans le Colorado, dans l’Ouest du pays. Cette attaque, d’après le président américain, aurait mis en évidence les « dangers extrêmes que représente pour les États-Unis l’entrée de ressortissants étrangers qui n’ont pas été correctement contrôlés ». Selon la Maison Blanche, cette mesure vise à « protéger » le pays de « terroristes étrangers ». Mais aucun ressortissant des pays ciblés n’a été arrêté pour terrorisme. Certains analystes pensent que ces décisions sont à mettre dans la rhétorique anti-migrant développée par Donald Trump.
Lors d’une rencontre avec la Première ministre italienne, Georgia Meloni, Donald Trump avait tenu des propos polémiques en évoquant la situation à la frontière sud des États-Unis. Il avait affirmé que plusieurs pays étrangers auraient volontairement libéré des prisonniers pour qu’ils migrent vers les États-Unis. « Et pas seulement en Amérique du Sud, mais aussi en Afrique, le Congo. Beaucoup de gens viennent du Congo. Je ne sais pas pourquoi, mais ils sont venus, » avait déclaré Donald Trump, sans évoquer la moindre preuve. Mais parmi d’autres raisons évoquées par son administration, certains pays sanctionnés ne seraient pas en mesure de fournir des « documents d’identité fiables » ou auraient « trop de fraude dans l’administration ». Pour d’autres, un nombre important de leurs ressortissants aux États-Unis auraient « dépassé la date limite de leur visa ».
Comment stopper cet exode ?
S’il est difficile d’arrêter totalement l’immigration économique ou sociale, il est cependant possible de réduire sensiblement ce flux migratoire qui comporte également une fuite importante de cerveaux pour les pays concernés, la RDC en particulier. Cet exode concerne les citoyens de deux ordres : ceux qui fuient des conditions socio-économiques du pays et ceux dont la vie est menacée par des conflits armés ou d’autres types de menace. « Le gouvernement est en mesure de trouver des solutions sur la stabilité politique et sécuritaire mais aussi économique », estime un agent congolais ayant requis l’anonymat, travaillant à l’Organisation internationale pour la migration (OIM). Selon lui, dans les statistiques générales, les pays les plus stables sur le plan politique, économique et sécuritaire comptent moins de migrants à l’international, sauf ceux qui partent pour des raisons classiques comme le tourisme, les études ou les affaires. C’est notamment le cas de l’Afrique du Sud, Ile Maurice, de la Namibie et du Botswana. « En RDC, dans le secteur de la santé, beaucoup de médecins qui sont partis se spécialiser à l’étranger restent dans ces pays européens, estimant que les conditions au pays ne sont pas meilleures. Il y a aussi certains qui entreprennent à l’étranger. Le pays perd des revenus fiscaux potentiels des personnes qualifiées qui s’installent à l’étranger », relate un médecin boursier de l’Etat congolais qui poursuit ses études de socialisation en médicine au Maroc. Pourtant, il y a pénurie de médecins au pays. Sur ce point, le ministre de la Santé, Samuel-Roger Kamba a promis une politique d’incitation au retour des médecins en RDC mais aussi un programme de bourse pour ceux qui doivent être formés dans d’autres pays.
Créer des conditions qui découragent l’exode définitif
Le gouvernement congolais devrait créer des programmes incitatifs pour que les Congolais de l’étranger reviennent enseigner, investir ou partager leurs compétences avec ceux restés au pays. Penser à simplifier les procédures administratives pour ce retour. Par exemple, l’autorisation de la double nationalité,la réduction des taxes locales, faciliter la politique de logement dans les villes et les villages pour mieux inciter au retour de ces fils et filles du pays. Il y a aussi la création des conditions nécessaires pour l’éclosion des compétences sur le plan local. La modernisation des universités et l’amélioration des conditions d’études peuvent réduire les départs liés à des raisons d’étude. Le gouvernement devrait également penser à la promotion d’une formation adaptée au marché local, c’est-à-dire, l’orientation des cursus vers les besoins réels du pays.
Heshima
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Croissance record en RDC : le paradoxe d’une richesse qui peine à réduire la pauvreté
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1 jour agoon
avril 20, 2026By
La redaction
Avec l’une des plus fortes croissances économiques d’Afrique subsaharienne en 2025, la République démocratique du Congo (RDC) affiche des performances macroéconomiques impressionnantes. D’après le Fonds monétaire international (FMI), la RDC est en passe de devenir la cinquième économie de la région, devançant l’Ethiopie en termes de PIB. Pourtant, cette dynamique contraste avec une pauvreté toujours largement répandue, révélant les limites d’un modèle de croissance peu inclusif.
À première vue, les chiffres donnent le tournis : le pays a réalisé 5,5% de croissance, en baisse par rapport à 2024, mais qui reste supérieure à la moyenne d’Afrique subsaharienne chiffrée à 3,5%, d’après le dernier rapport de la Banque mondiale publié en mars 2026. Tirée par les exportations de cobalt et de cuivre, la République démocratique du Congo enregistre une croissance soutenue, saluée par les institutions financières internationales. Sur les tableaux des analystes, le pays apparaît comme une locomotive régionale, notamment au regard de son fort potentiel des ressources naturelles.
D’après les dernières projections du FMI publiées lors des Assemblées de printemps à Washington, la République démocratique du Congo devrait franchir un cap symbolique en 2026 en dépassant l’Éthiopie pour devenir la cinquième économie d’Afrique subsaharienne en termes de produit intérieur brut (PIB). Cette institution financière prévoit que le produit intérieur brut (PIB) de la RDC atteindra 123 milliards de dollars en 2026, contre 122 milliards pour l’Éthiopie. L’Afrique du Sud reste la première économie de la région, suivie du Nigeria, de l’Angola et du Kenya. Bien que l’écart d’un milliard de dollars reste marginal entre les deux pays, cela a été suffisant pour repositionner la RDC dans le cercle restreint de 5 économies d’Afrique sub-saharienne. La RDC profite notamment de la forte demande mondiale en métaux destinés aux batteries pour renflouer son économie et booster sa croissance.
Un paradoxe avec le vécu des Congolais
Mais en RDC, cette embellie semble lointaine dans le vécu quotidien des Congolais. Dans les marchés populaires à Kinshasa, des Kinois jonglent avec des prix qui grimpent parfois plus vite que leurs revenus. « La vie est devenue plus dure », confie une mère de famille, entre deux clients. « On parle de croissance, mais nous, on ne la voit pas. » Ce sentiment est largement partagé dans la plupart des villes du pays, à Kinshasa en particulier où la majorité de la population vit de l’informel.
Malgré les milliards générés par le secteur minier, les retombées peinent à irriguer l’ensemble de l’économie. Les emplois créés restent insuffisants, souvent précaires, et concentrés dans des zones spécifiques. Dans les provinces, l’absence d’infrastructures de base – routes, hôpitaux, électricité, eau potable – freine toute dynamique de développement local.
Une croissance peu inclusive
Le taux de croissance constaté s’explique par une demande mondiale élevée en minerais stratégiques, essentiels à la transition énergétique et aux technologies modernes. Sur le papier, les indicateurs sont au vert : augmentation du produit intérieur brut, afflux d’investissements étrangers et amélioration relative des réserves de change. Le pays confirme ainsi son statut de géant économique potentiel sur le continent. Mais derrière ces chiffres encourageants, la réalité sociale reste préoccupante. Une large partie de la population continue de vivre sous le seuil de pauvreté, avec un accès limité aux services de base tels que l’éducation, la santé, l’eau et l’électricité.
En 2022, environ 73% de la population de la RDC (soit 71,8 millions de personnes) vivait dans une pauvreté extrême, avec moins de 2,15 dollars par jour. En conséquence, environ un quart des personnes vivant dans l’extrême pauvreté dans les pays à faible revenu en Afrique en 2022 vivaient en RDC. En 2025, ces chiffres n’ont pas évolué dans le sens positif. D’après le rapport 2025 de la Banque mondiale, seuls 66% des Congolais en âge de travailler ont un emploi et plus de 81% de la population vit encore sous le seuil de pauvreté. Malgré ses richesses naturelles, une écrasante partie de la population de la RDC vit encore dans des conditions précaires, illustrant les limites d’un modèle de croissance peu inclusif.
Pour certains experts, le problème n’est pas tant la croissance que sa nature. « C’est une croissance extractive, peu redistributive », explique un économiste. C’est-à-dire, une richesse produite en grande partie par et pour un nombre limité d’acteurs, sans véritable effet d’entraînement sur le reste de la société. À cela s’ajoutent des défis bien connus : gouvernance fragile, corruption persistante, et insuffisance des investissements publics dans les secteurs sociaux. Résultat, les inégalités se creusent et la promesse d’un mieux-être collectif tarde à se concrétiser. La forte dépendance à l’industrie extractive, peu intensive en main-d’œuvre, limite l’impact de la croissance sur l’emploi. Parallèlement, la pression démographique accentue les tensions : des millions de jeunes arrivent chaque année sur le marché du travail, sans perspectives suffisantes.
Pourtant, des pistes existent. Diversifier l’économie, soutenir l’agriculture, investir dans l’éducation et la santé, ou encore renforcer la transparence dans la gestion des ressources naturelles : autant de leviers susceptibles de transformer la croissance en progrès tangible pour la population.D’après le rapport de l’Enquête sur les conditions de vie des ménages publié le 12 février 2026 à Kinshasa par l’Institut national de la statistique (INS), près de 68 % de la population vit toujours sous le seuil de pauvreté. Cela indique que plus de 64 millions de Congolais vivent avec moins de 5 000 francs congolais (2 dollars) par jour. Des provinces telles que le Kasaï, le Kwilu et le Tanganyika sont les plus durement touchées par cette extrême pauvreté.
Les causes éventuelles d’une pauvreté persistante
La RDC, souvent décrite comme un « scandale géologique » en raison de l’abondance de ses ressources naturelles, reste confrontée à un taux de pauvreté parmi les plus élevés au monde. Cette situation paradoxale s’explique par plusieurs facteurs. D’abord, l’instabilité politique et les conflits armés récurrents dans l’est du pays fragilisent les structures économiques et sociales. Ensuite, les infrastructures insuffisantes telles que les routes, l’accès à l’électricité, les services de santé et d’éducation, limitent fortement les opportunités de développement, notamment en zones rurales où vit la majorité de la population.
Par ailleurs, la dépendance de l’économie congolaise à l’exploitation minière, souvent peu redistributive, accentue les inégalités. Si le secteur génère d’importants revenus, ceux-ci bénéficient encore trop peu aux populations locales. La corruption et la gouvernance défaillante sont également pointées du doigt comme des obstacles majeurs à une meilleure répartition des richesses. Face à ces défis, des initiatives émergent. Le gouvernement actuel, avec l’appui de partenaires internationaux, multiplie les programmes sociaux et les projets d’infrastructures. Des efforts sont également entrepris pour diversifier l’économie, notamment dans l’agriculture et l’entrepreneuriat local. Toutefois, les résultats restent encore limités au regard de l’ampleur des besoins.
Heshima Magazine
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RDC-Ouganda : les dessous d’une collaboration sur fond de méfiance
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4 jours agoon
avril 17, 2026By
La redaction
L’armée ougandaise (UPDF) a annoncé, fin mars 2026, son intention de se retirer de plusieurs positions dans le territoire de Lubero, au Nord-Kivu et jusqu’à Mahagi, en Ituri. Ce désengagement, confirmé par le chef d’état-major Muhoozi Kainerugaba, se fera, selon lui, en coordination avec Kinshasa, juste après le retrait des rebelles du M23 de la zone. Bien avant cette annonce qui, du reste, n’est pas officialisée, l’Ouganda voulait obtenir la démission du gouverneur militaire de l’Ituri. Une stratégie de pression sur Kinshasa qui interroge sur les véritables motivations de Kampala. Son intervention militaire aux côtés des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) dans la traque des rebelles ADF pourrait bien cacher d’autres motivations, essentiellement économiques.
L’UPDF (Uganda People’s Defence Force) est déployée en Ituri, dans le nord-est de la RDC dans le cadre de l’opération Shujaa depuis fin 2021, collaborant avec les FARDC contre les rebelles ougandais de l’Alliance des forces démocratiques (ADF). Cette mutualisation FARDC-UPDF vise à neutraliser ce groupe armé qui a fait allégeance à l’Etat islamique. Ce groupe est présent en Ituri et au Nord-Kivu. Officiellement, il s’agit de combattre l’insécurité. Cependant, cette présence vise également à sécuriser les intérêts économiques ougandais (routes, or, bois et pétrole du lac Albert).
A ce jour, cette mutualisation des forces n’a pas permis d’arrêter les attaques des ADF contre des civils aussi bien en Ituri qu’au Nord-Kivu. Loin de renforcer la sécurité des Congolais et des Ougandais dans les zones frontalières, cette alliance semble avant tout servir les intérêts économiques ougandais, notamment en matière d’exportation d’or.
Les chiffres d’exportation d’or explosent en Ouganda
L’Ouganda n’est pas un producteur massif d’or. Cependant, il enregistre des chiffres record sur l’exportation de ce minerai. Une croissance due à l’augmentation des prix mais surtout au trafic favorisé par l’instabilité de la région, principalement dans l’Est de la RDC. L’Ouganda a vu ses revenus d’exportation d’or atteindre des chiffres records. Selon la Banque d’Ouganda, en 2019, ces revenus s’élevaient à 1,26 milliard de dollars, les exportations d’or ont ensuite culminé à 2,3 milliards de dollars en 2023, puis à 3,3 milliards de dollars en 2024. D’après des prévisions pour 2025, ces revenus devraient atteindre 6,4 milliards de dollars.
Cette croissance est principalement due à l’augmentation du prix de l’or, qui avoisinait l’année dernière 5.000 dollars l’once. L’or représente désormais 47% des revenus d’exportation de l’Ouganda, surpassant largement d’autres produits phares comme le café et le cacao. Malgré ces chiffres impressionnants, l’Ouganda n’est pas devenu un producteur massif d’or, note TV5 Monde. Lors d’un récent forum économique, le gouverneur adjoint de la Banque centrale ougandaise, Augustus Nuwagaba, a admis que l’or exporté par le pays pourrait ne pas provenir de ses propres mines. « Il se peut qu’il ne soit pas à nous », avait-il déclaré. Mais d’où vient l’or exporté par l’Ouganda ?
L’insécurité en RDC profite à l’économie ougandaise
L’Ouganda profite du trafic d’or en provenance de pays voisins, notamment de la RDC. Riche en ressources aurifères, ce pays partage une frontière avec l’Ouganda dans des zones comme l’Ituri et le Nord-Kivu. Ces régions sont non seulement riches en or, mais aussi en proie à des conflits armés. Ce qui favorise le trafic de ce métal jaune notamment vers l’Ouganda. En Ituri, par exemple, l’or est très présent, particulièrement dans les territoires de Djugu, Mahagi et Mambasa, s’appuyant sur des gisements historiques (Kilo-Moto). Cette ressource, exploitée à la fois de manière artisanale et industrielle, alimente une économie de guerre contrôlée en partie par des groupes armés et réseaux criminels, générant d’importants flux financiers illicites. Selon l’étude d’une ONG anti-corruption, environ 95 % de l’or exporté depuis l’Ouganda est illicite.
En état de siège depuis plus de 4 ans, la province de l’Ituri n’a pas toujours recouvré la paix totalement. Le gouverneur militaire, le lieutenant-général Johnny Luboya entretient des rapports tendus avec des trafiquants d’or. L’Ouganda également n’apprécie pas cet officier congolais. Le chef d’état-major de l’armée ougandaise, le général Muhoozi Kainerugaba ne cache pas son hostilité envers ce gouverneur militaire, appelant parfois à son arrestation sur les réseaux sociaux. L’Ouganda a même formulé une demande formelle pour solliciter son remplacement. D’après les informations révélées par Africa Intelligence, le pouvoir de Félix Tshisekedi a rejeté ces demandes de l’armée ougandaise, qui réclamait l’éviction de ce gouverneur militaire.
Sécuriser ses investissements pétroliers
En dehors du trafic d’or à son avantage, l’Ouganda vise aussi la sécurisation de ses intérêts économiques dans la région. Des intérêts qui empiètent sur la zone d’influence du voisin rwandais, estime le rapport d’un groupe d’experts de l’ONU publié en août 2024. En dehors des intérêts sécuritaires, le gouvernement ougandais se concentre sur la sécurisation de ses investissements pétroliers et le renforcement des réseaux commerciaux vers la RDC, où ses exportations formelles ont représenté en 2019 « 156 millions de dollars » et les exportations informelles, constituées en majorité de biens industriels, « 330 millions de dollars ».
Des accointances avec le M23 et la CRP
La collaboration militaire entre la RDC et l’Ouganda s’opère dans un climat de méfiance, avec des allégations de soutien de Kampala à d’autres groupes rebelles, comme le M23 mais aussi la Convention pour la révolution populaire (CRP) de Thomas Lubanga. Ce dernier s’est même exilé en Ouganda mais son groupe mène des combats contre l’armée congolaise en Ituri. L’Ouganda a joué un rôle discret mais documenté dans la résurgence du M23, en facilitant le retour de son chef militaire en RDC en 2017 et en servant de vivier de recrutement pour la rébellion, selon un rapport publié en avril 2026 par le Congo Research Group (CRG) et le Center on International Cooperation (CIC) de l’Université de New York. Ce document note également que des officiers de l’armée ougandaise (UPDF) ont également été signalés comme participant aux sessions de formation militaire dispensées aux recrues du M23 dans le camp de Tchanzu, en RDC, aux côtés d’officiers des Forces de défense rwandaises en 2021. Mais ce rapport ne précise pas la nature exacte des arrangements entre Kampala et le M23. Difficile de savoir si ces facilitations reflètent une politique délibérée de Kampala ou il s’agit simplement des initiatives individuelles de la part de certains officiers militaires ougandais.
Depuis le lancement de ces opérations dénommées « Shuuja » visant à neutraliser les ADF, les autorités congolaises et ougandaises affichent officiellement une volonté commune de restaurer la paix. Malgré des engagements répétés en faveur d’une coopération sécuritaire renforcée, les relations entre la République démocratique du Congo et l’Ouganda restent marquées par une profonde méfiance, notamment en ce qui concerne leurs opérations militaires conjointes dans l’est du pays. Malgré ce climat de méfiance, Kinshasa et Kampala poursuivent cette collaboration. Le 21 juin dernier, le président congolais Félix Tshisekedi avait reçu à la Cité de l’Union africaine, à Kinshasa, le général Muhoozi Kainerugaba, fils du président Yoweri Kaguta Museveni et chef d’état-major de l’armée. La veille de cette rencontre, le 20 juin, les responsables des armées de deux pays avaient signé un accord pour poursuivre leur opération militaire conjointe contre les rebelles ADF.
Heshima Magazine
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RDC : comment le gouvernement compte utiliser les fonds de 1,25 milliard USD d’eurobonds ?
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1 semaine agoon
avril 14, 2026By
La redaction
La République démocratique du Congo a mobilisé 1,25 milliard de dollars sur les marchés financiers internationaux à travers une émission d’eurobonds le 9 avril 2026. Lors d’une conférence de presse tenue le 13 avril à Kinshasa, le ministre des Finances, Doudou Fwamba, a présenté les projets prioritaires à financer, dans un contexte de besoins urgents pour soutenir le développement économique et social du pays.
L’émission d’eurobonds réalisée par la République démocratique du Congo s’inscrit dans une stratégie de diversification des sources de financement. Selon le ministère des Finances, cette levée de fonds vise principalement à financer des projets d’infrastructures, notamment dans les transports et l’énergie, considérés comme des leviers essentiels de croissance. Près de la moitié des projets prévus dans ce financement concernent la ville de Kinshasa, capitale du pays, confrontée à une démographie galopante sans moyens de transport et autres infrastructures de base. Une partie de fonds levés vise à construire un nouveau terminal de 49 000 m² à l’aéroport de N’djili, capable d’accueillir 5 millions de passagers par an.
Quelque 300 kilomètres de routes sont également prévus, ainsi qu’une rocade de 31 kilomètres avec échangeurs et ponts. Les autres investissements visent le développement d’un réseau de lignes de transmission électrique de 330 KV permettant une connexion entre la Zambie et la « ceinture de cuivre » de la RDC, une centrale hydroélectrique de 64 mégawatts et des réseaux de distribution dans la province du Kasaï-Central.
Dans d’autres villes du pays, ces fonds vont également financer la création de centres de formation professionnelle précisément dans quatre villes. Il y a aussi la modernisation de la route entre la ville de Kisangani, chef-lieu de la province de la Tshopo, et Beni, dans la province du Nord-Kivu, longue de 750 kilomètres.
Des craintes sur la transparence de fonds persistent…
Si le gouvernement met en avant des investissements structurants, experts et institutions appellent à la transparence dans la gestion de ces fonds mais aussi à la prudence face aux risques de surendettement. D’après des analyses de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international, la RDC fait face à un déficit important en infrastructures, ce qui freine son développement économique. Les investissements dans les routes, les barrages et les réseaux électriques pourraient ainsi améliorer la connectivité et soutenir l’industrialisation, en particulier dans les zones minières. Mais la gestion de ces réalisations pose de doute quant à la transparence. « Nous voulons un témoin, le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), pour assurer le suivi de la gestion de ces ressources. Nous allons, pour la transparence, informer la population sur l’affectation du 1,25 milliard mobilisé. D’ici un an, nous inviterons les investisseurs à constater concrètement les réalisations. », a répondu Doudou Fwamba face aux craintes sur la transparence dans la gestion de ces fonds. Ces craintes sont exprimées suite à des précédents en Afrique subsaharienne qui montrent que l’absence de suivi rigoureux peut limiter l’impact réel de tels financements sur les conditions de vie des populations. La Banque africaine de développement (BAD) souligne, dans certains de ses rapports, que l’efficacité de la dépense publique reste un enjeu clé pour maximiser les retombées économiques.
Eurobonds, la RDC très crédible sur le marché ?
Le pays a accompli un pas de plus en accédant aux marchés internationaux des capitaux. C’est un moyen pour la RDC de diversifier ses sources de financements. Plusieurs facteurs ont joué pour la réussite de cette opération. Coordonnée notamment par la Rawbank au niveau de la région, cette opération d’eurobonds est la conséquence d’une discipline budgétaire observée ces derniers temps au pays.
Le faible niveau d’endettement public de la RDC a aussi pesé en faveur de Kinshasa dans les calculs des investisseurs. Kinshasa n’avait soumis que des demandes pour 1,25 milliard de dollars, mais a reçu des soumissions frôlant les 5 milliards de dollars. Le ministre des Finances justifie le refus du fonds supplémentaire par le fait que le gouvernement n’avait en main que des projets avec étude de faisabilité coutant le 1,25 milliard de dollars sollicité. « Nous ne pouvions pas accepter toutes ces soumissions. Nous n’avions que des projets avec des études de faisabilité pour le montant sollicité », a fait savoir le ministre des Finances qui s’est réjoui non pas du milliard reçu mais de la « crédibilité certifiée » que le pays a gagné dans ce processus. Doudou Fwamba célèbre donc la « reconnaissance des efforts » du président Félix Tshisekedi et l’entrée « très réussie » de la RDC dans la finance internationale.
Pour réussir cette opération, la Rawbank, première banque de la RDC, a agi aux côtés des leaders mondiaux tels que Citigroup et Standard Chartered Bank comme arrangeurs et coordinateurs des souscriptions au niveau global. « Nous sommes fiers d’avoir accompagné cette opération, qui ouvre la voie à de nouveaux financements internationaux, y compris pour les émetteurs non souverains », a déclaré Mustafa Rawji, directeur général de la Rawbank. Avec cet emprunt, le taux d’endettement du pays passe de 18,1 % à 19,5 % du PIB, un niveau toujours inférieur à celui de pays comme la Namibie, l’Angola ou le Kenya. Kinshasa prévoit de constituer des provisions annuelles pour son remboursement.
Si les 1,25 milliard de dollars d’eurobonds offrent à la République démocratique du Congo une opportunité d’accélérer son développement, leur réussite dépendra de la capacité du gouvernement à conjuguer discipline budgétaire, transparence et efficacité dans l’exécution des projets, sous le regard attentif des partenaires comme le Fonds monétaire international et la Banque mondiale.
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