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Dix-sept ans sans porte‑parole en RDC : l’opposition politique amputée de son rôle institutionnel

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En 2007, la République démocratique du Congo (RDC) adoptait la Loi n° 07/008 du 4 décembre, destinée à institutionnaliser le rôle de l’opposition politique, notamment par la désignation d’un porte-parole officiel. Pourtant, dix-sept ans plus tard, ce poste reste vacant, révélant les tensions persistantes au sein du paysage démocratique congolais. Quels obstacles ont empêché la désignation de ce représentant lors des cycles électoraux de 2011, 2018 et 2023 ? Quelles conséquences ce vide institutionnel engendre-t-il pour l’équilibre des pouvoirs en RDC ? Heshima Magazine décrypte les enjeux de cette paralysie, symptôme des défis de la démocratie congolaise.

La Loi n° 07/008 établit un cadre juridique pour l’opposition politique en RDC. Selon l’article 19, le porte-parole de l’opposition, qui n’est pas nécessairement parlementaire, doit être désigné par consensus par les députés et sénateurs de l’opposition. En l’absence de consensus, un vote au scrutin majoritaire à deux tours est organisé dans le mois suivant l’investiture du gouvernement, sous la facilitation des bureaux de l’Assemblée nationale et du Sénat. L’article 21 confère à ce porte-parole le rang de ministre d’État, avec des avantages et immunités correspondants, soulignant l’importance de ce rôle pour garantir une opposition structurée et influente.

Ce cadre, inspiré de certains modèles démocratiques internationaux, vise à doter l’opposition d’une voix légitime pour critiquer le gouvernement, proposer des alternatives et participer au dialogue politique. Cependant, malgré cette clarté légale, la mise en œuvre de cette disposition est restée lettre morte, révélant des obstacles structurels et politiques que nous examinons à travers les cycles électoraux successifs.

2011-2012 : les premières divisions post-électorales

Les élections de 2011, marquées par des accusations de fraude généralisée, ont jeté les bases d’une opposition profondément divisée. Selon un rapport de la Fondation Carter, ces élections ont été « calamiteuses », avec des irrégularités qui ont exacerbé les tensions politiques. Dans ce contexte, la désignation du porte-parole, prévue pour le 9 juin 2012, n’a pas eu lieu. Malgré l’expiration du délai prévu, aucun consensus sur le chef de file des opposants ne s’était dégagé. Étienne Tshisekedi, ancien président du parti l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS), décédé en 2017, qui revendiquait la victoire à la présidentielle, a rejeté le rôle de porte-parole, se considérant comme le « président élu ». Son parti a soutenu cette position, avec Eugène Diomi, porte-parole de la « Majorité présidentielle populaire », affirmant que Tshisekedi devait être reconnu comme chef de l’État.

Pendant ce temps, Vital Kamerhe, leader du parti l’Union pour la nation congolaise (UNC), a été désigné comme candidat au poste de porte-parole par son parti, illustrant les divergences stratégiques au sein de l’opposition. Certains partis de l’opposition, comme l’UNC, étaient même prêts à participer au processus parlementaire requis à cet effet, tandis que d’autres, comme l’UDPS, boycottaient les institutions, les jugeant illégitimes. Cette fracture a empêché tout consensus, et le délai légal est passé sans résultat.

2018-2019 : une nouvelle impasse après des élections contestées

Les élections de 2018, qui ont historiquement porté un opposant au pouvoir, Félix Tshisekedi, ont ravivé les tensions. Martin Fayulu, également opposant et candidat de la coalition Lamuka, a dénoncé un « putsch électoral », refusant de reconnaître les résultats. Dans ce climat, la désignation du porte-parole a de nouveau échoué. En 2019, le groupe parlementaire MS-G7, affilié à Moïse Katumbi, a tenté de relancer le processus sans y parvenir.

L’inaction des bureaux parlementaires, contrôlés à l’époque par la coalition pro-Kabila, a été un obstacle majeur. De plus, Fayulu et d’autres opposants, comme Lisanga Bonganga, ont dénoncé une « machination » visant à marginaliser l’opposition. Cette période a également vu des propositions alternatives, comme celle de Katumbi et Jean-Pierre Bemba pour un mandat rotatif de deux ans, mais cette idée n’a pas abouti.

2023-2024 : une opposition toujours fracturée

Les élections de 2023, également contestées comme toutes les précédentes, ont amplifié les divisions. Moïse Katumbi, fort de ses 70 élus au Parlement, a cherché à faire avancer la désignation du porte-parole. En juin 2024, son parti, Ensemble pour la République, a même proposé un règlement intérieur pour l’opposition et a sollicité l’avis de Martin Fayulu. Cependant, ce dernier a rejeté cette démarche, la qualifiant d’« inopportune » et refusant de reconnaître les institutions issues des élections de 2023, qu’il considérait comme un « simulacre ».

La même période, d’autres figures, comme Constant Mutamba, se sont positionnées pour le poste, tandis qu’Adolphe Muzito a rejoint Katumbi pour soutenir ladite démarche. En revanche, d’autres partis de l’opposition comme l’Engagement citoyen (ECiDé) de Fayulu et l’ Ensemble national des valeureux œuvrant pour la liberté (Envol) de Delly Sesanga se sont opposés à toute désignation, arguant que les conditions d’unité n’étaient pas réunies pour une telle démarche. Cette fragmentation persistante, combinée à l’inaction institutionnelle, maintient le statu quo.

Les raisons profondes de l’échec

La fragmentation de l’opposition est le principal obstacle à la désignation du porte-parole. Comme le note le média Habari RDC, les partis de l’opposition ont du mal à accorder leurs violons. Chaque leader poursuit des objectifs distincts : Fayulu privilégie une opposition « radicale », tandis que Katumbi adopterait une approche plus institutionnelle. Cette divergence est illustrée par les propos de Tshivuadi Mukwalukusa, qui déclare au site d’informations Congo Durable : « Si le porte-parole vient de l’opposition républicaine (Katumbi), l’autre opposition plus dure contestera ».

Une autre raison des échecs répétés tient au rôle des bureaux de l’Assemblée nationale et du Sénat, toujours contrôlés par les régimes au pouvoir, qui n’ont jamais facilité le processus de désignation. Le site Congo Indépendant va jusqu’à ironiser sur cette situation avec un titre évocateur : « Offre d’emploi : l’opposition cherche son Porte-parole ». Une passivité analysée comme une stratégie délibérée pour maintenir une opposition divisée et affaiblie.

Contestation de la légitimité électorale

Chaque cycle électoral en RDC a été marqué par des contestations, fragilisant la reconnaissance des institutions par l’opposition. En 2006, Jean-Pierre Bemba a rejeté les résultats ayant porté Joseph Kabila au pouvoir, mettant fin à une transition historique marquée par un partage inédit du pouvoir (modèle 1+4 : un président et quatre vice-présidents). En 2011, Étienne Tshisekedi a refusé de reconnaître sa défaite, allant jusqu’à s’autoproclamer « président élu » et à prêter serment dans sa résidence devant ses partisans. En 2018, Martin Fayulu a dénoncé un « putsch électoral », rejetant la légitimité des institutions issues du scrutin et se présentant comme le véritable vainqueur, une position qui l’a empêché de jouer le rôle de porte-parole de l’opposition. En 2023, la contestation d’une partie de l’opposition des résultats des élections bloque toute possibilité d’union autour d’un processus institutionnel, perpétuant ainsi une crise de représentation.

Conséquences pour la démocratie congolaise

L’absence d’un porte-parole officiel affaiblit l’opposition, la privant d’une voix unifiée pour critiquer le gouvernement et proposer des alternatives. Le média spécialisé dans l’actualité de la RDC et de l’Afrique centrale Afrikarabia souligne que l’opposition a besoin de se parler au-delà des divergences. Cette fragmentation profite au pouvoir, qui n’a pas à affronter une opposition structurée, comme le note le site congolais Ouragan.cd : Le porte-parolat crée le schisme à l’opposition.

Sur le plan institutionnel, ce vide nuit à l’équilibre des pouvoirs prévu par la Constitution. En 2024, le président Félix Tshisekedi a appelé les députés à appliquer la loi, mais cette déclaration n’a pas été suivie d’actions concrètes. Dans un pays confronté à des crises électorales et sécuritaires, cette faiblesse institutionnelle est particulièrement préoccupante.

Vers une solution ?

Des efforts récents montrent une volonté de débloquer la situation. En 2014, l’ancien député national Clément Kanku a proposé une modification de ladite loi pour attribuer automatiquement le poste au parti avec le plus d’élus, une idée visant à réduire les querelles internes. Cette réforme n’a pas abouti, mais elle reflète le besoin d’une solution pragmatique.

En 2024, des figures comme Christian Mwando Nsimba, ancien ministre du Plan et député national du parti de Katumbi, se sont positionnées pour le poste de porte-parole de l’opposition, affirmant, en réaction à l’appel du président de la République que « celui-ci n’a aucun rôle dans cette désignation ». Au regard de tous ces blocages, des propositions radicales émergent, comme celle du journal congolais Forum des As de supprimer le poste du budget national, témoignent de la frustration face à ce blocage devenu permanent.

Un défi pour l’avenir

L’absence d’un porte-parole de l’opposition en RDC, malgré un cadre légal clair depuis 2007, est un symptôme des maux qui rongent la politique congolaise : divisions internes, méfiance envers les institutions et répression persistante. La loi sur le statut de l’opposition politique représente une ambition démocratique louable, mais sa mise en œuvre exige un sursaut de volonté collective. Sans une opposition unie et des institutions engagées, la RDC risque de voir son système démocratique stagner, privant ses citoyens d’un contre-pouvoir efficace. La question demeure : qui parviendra à unifier cette opposition disparate pour donner vie à cette loi ? L’avenir politique du pays en dépend.

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Léopards de la RDC : Après l’exploit, l’heure de la confirmation

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Ils sont revenus. Par la grande porte. Après 52 ans d’absence, les Léopards de la République Démocratique du Congo ont foulé les pelouses américaines du Mondial 2026 avec la détermination de ceux qui n’ont plus rien à perdre. Si l’aventure s’est achevée en seizièmes de finale face à l’Angleterre, elle a laissé un héritage bien plus précieux qu’un simple bilan comptable.

Le retour d’un géant endormi

Pour la RDC, 100 millions d’habitants et une culture footballistique parmi les plus riches du continent, cette qualification était bien plus qu’un exploit sportif. Elle mettait fin à cinq décennies d’attente, depuis l’épopée du Zaïre en 1974, et consacrait le travail de reconstruction engagé sous la houlette de Sébastien Desabre.

Le parcours qualificatif avait déjà valeur de test. Placés dans le groupe B aux côtés du Sénégal, les Léopards ont terminé deuxièmes avec 22 points avant d’écarter le Cameroun puis le Nigeria en barrages. Le dernier obstacle, la Jamaïque, fut franchi en prolongation grâce à Axel Tuanzebe, envoyant toute une nation en délire.

Un Mondial qui change tout

Le groupe K promettait un baptême du feu : Portugal, Colombie et Ouzbékistan. Face aux favoris portugais au NRG Stadium de Houston, les Léopards n’ont pas tremblé. Menés dès la 6e minute, ils ont égalisé juste avant la pause par Yoane Wissa sur corner, pour arracher un nul historique (1-1).

Le sélectionneur adjoint Rafael Hamidi résumait l’exploit : « Ce score de parité face au Portugal, c’était à prendre si on nous l’avait proposé avant le coup d’envoi ». La presse congolaise saluait un système en 3-5-2 particulièrement solide, la discipline collective et les transitions rapides.

Qualifiés pour les seizièmes de finale, les Léopards ont longtemps fait douter l’Angleterre, menant jusqu’à la 76e minute avant de s’incliner 2-1 dans les dernières secondes. Un scénario cruel qui a rappelé les limites d’un groupe prometteur mais encore en apprentissage des grands rendez-vous.

Les enseignements d’une expérience unique

Ce Mondial a livré plusieurs enseignements pour l’avenir. D’abord, une force mentale confirmée. Les barrages contre le Cameroun et le Nigeria avaient déjà forgé ce groupe, capable de rester lucide sous pression. Face au Portugal, les Léopards ont prouvé qu’ils pouvaient rivaliser avec les meilleures nations.

Ensuite, des fragilités structurelles. Comme la Côte d’Ivoire, le Sénégal ou le Japon, la RDC a cédé dans les dernières minutes face à l’Angleterre. Loïc Aumont, spécialiste de la performance, analyse : « Ces sélections possèdent les qualités techniques et physiques. Ce qui fait basculer un match, c’est la gestion des émotions lorsque la pression atteint son maximum ». Un déficit d’expérience à ce niveau que seul le temps et les répétitions pourront combler.

Cap sur la CAN 2027 : un trophée à portée de griffes ?

L’objectif est désormais clair : les Léopards doivent viser le titre lors de la prochaine Coupe d’Afrique des Nations, organisée en 2027 au Kenya, en Ouganda et en Tanzanie.

Le contexte est favorable. Cette génération, portée par Chancel Mbemba, son capitaine de 31 ans, possède une identité de jeu forte et un vécu commun exceptionnel. Le vivier de talents, évoluant pour beaucoup dans les meilleurs championnats européens, n’a jamais été aussi riche.

Le chemin qualificatif pour la CAN 2027 s’annonce abordable, avec un groupe E composé de la Guinée équatoriale, de la Sierra Leone et du Zimbabwe. Mais les Léopards savent désormais qu’aucune montagne n’est insurmontable, comme l’écrivait la presse congolaise avant le choc contre le Portugal : « Aucune montagne n’est insurmontable quand on est déterminé ».

Le défi de la régularité

Si le rêve est permis, la réalité impose de rester humble. Le Mondial a montré que l’écart avec les meilleures nations s’est considérablement réduit, mais que la gestion des moments décisifs reste le nerf de la guerre. Les Léopards devront transformer l’essai en confirmant leur niveau sur la durée, avec un calendrier international exigeant et des joueurs à préserver.

Sébastien Desabre, l’artisan de ce renouveau, aura à cœur de capitaliser sur cette expérience unique pour faire franchir un nouveau palier à sa sélection. La CAN 2027 sera le test ultime : plus qu’une performance, c’est un trophée que la RDC attend. Le message des supporters est clair, comme le résumait un journaliste avant le Mondial : « On ne vous demande pas de dominer le Portugal, mais juste de sortir un match de malade du début à la fin ». Pour la CAN 2027, on leur demande désormais de ramener la coupe à la maison.

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Opposition, CENCO et ECC en consultations au Burundi : Évariste Ndayishimiye dans la peau de Lourenço ?

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Une délégation réunissant des responsables de la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO), de l’Église du Christ au Congo (ECC) et plusieurs figures de l’opposition congolaise séjourne à Bujumbura, au Burundi, pour des consultations consacrées à la crise sécuritaire dans l’Est de la République démocratique du Congo. Organisée à l’invitation du président burundais Évariste Ndayishimiye, cette rencontre alimente les spéculations sur l’émergence d’un nouveau cadre de dialogue politique autour de la paix et de la stabilité dans la région.

Une nouvelle séquence diplomatique s’ouvre dans la recherche d’une issue à la crise qui secoue l’Est de la République démocratique du Congo. Une délégation composée de responsables de la CENCO, de l’ECC ainsi que de plusieurs leaders de l’opposition est arrivée à Bujumbura pour prendre part à des consultations consacrées à la situation sécuritaire et politique en RDC.

Cette mission répond à une invitation du président burundais Évariste Ndayishimiye, qui assure actuellement la présidence en exercice de l’Union africaine (UA). Déjà engagé dans plusieurs initiatives diplomatiques régionales, le chef de l’État burundais entend poursuivre ses efforts afin de rapprocher les différentes parties prenantes et de favoriser une solution politique durable. La délégation est composée du pasteur André Bokundoa, président de l’ECC, du pasteur Éric Senga, de Mgr Donatien Nshole, secrétaire général de la CENCO, ainsi que des opposants Martin Fayulu, Delly Sesanga et Dieudonné Bolengetenge. Les membres de cette mission ont quitté Kinshasa dans la nuit du samedi 4 au dimanche 5 juillet 2026 à bord d’un vol régulier d’Ethiopian Airlines à destination de la capitale burundaise.

Évariste Ndayishimiye dans la peau de Lourenço ?

Cette initiative, qui intervient alors que plusieurs processus de médiation restent inachevés, soulève une interrogation majeure : Évariste Ndayishimiye cherche-t-il à reprendre le flambeau laissé par João Lourenço ou à insuffler une nouvelle dynamique sous l’égide de l’Union africaine ?

Alors que l’Angola avait été mandaté pour faciliter un dialogue intercongolais, la multiplication des divergences avec les autorités congolaises sur le format et le cadre de ces discussions a progressivement conduit le projet dans l’impasse. D’où cette question que se posent plusieurs observateurs de la crise congolaise : João Lourenço a-t-il jeté l’éponge ?

Officiellement mandaté en février dernier pour mener des consultations en vue d’un dialogue politique en RDC, le président angolais peine à concrétiser son initiative et se fait de plus en plus discret. S’il n’a pas officiellement renoncé à sa mission, plusieurs sources diplomatiques citées par Jeune Afrique indiquent que le processus est, pour l’heure, au point mort.

Les consultations de Bujumbura interviennent alors que les combats se poursuivent dans l’Est de la RDC. Plusieurs localités des provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu restent sous le contrôle de l’armée rwandaise et de ses alliés de l’AFC/M23, selon les autorités congolaises, tandis que les initiatives diplomatiques se multiplient pour tenter d’enrayer une crise qui perdure depuis plusieurs années.

Les prémices d’un dialogue inclusif ?

Au-delà de la dimension sécuritaire, la présence conjointe des représentants des Églises et de l’opposition politique confère à ces consultations une portée particulière. Depuis plusieurs mois, la CENCO et l’ECC plaident en faveur d’un dialogue inclusif susceptible de restaurer la cohésion nationale et de créer les conditions d’une paix durable. Leur implication, aux côtés de figures de l’opposition, pourrait traduire une volonté d’élargir les concertations au-delà des seuls canaux gouvernementaux. Selon plusieurs observateurs, cette démarche pourrait également préparer le terrain à un dialogue politique plus large, associant les différentes sensibilités politiques et sociales du pays. Lors de sa récente visite à Kinshasa, le président Évariste Ndayishimiye avait d’ailleurs exprimé son souhait de rencontrer les responsables de l’opposition congolaise avant la marche dite « pacifique » de l’opposition, initialement prévue le 8 juillet puis reportée au 22 juillet. Cette manifestation vise à réclamer la démission du président Félix Tshisekedi, que ses opposants accusent de vouloir modifier la Constitution afin de se maintenir au pouvoir au-delà de 2028, année marquant la fin de son second et dernier mandat.

Si aucun détail officiel n’a encore filtré sur le contenu des échanges à Bujumbura, ces consultations témoignent de la volonté des acteurs régionaux de maintenir la dynamique diplomatique afin de favoriser une désescalade et de rechercher une solution négociée à la crise qui continue de déstabiliser l’Est de la RDC. Reste à savoir si cette initiative débouchera sur un véritable processus de dialogue ou ne constituera qu’une étape supplémentaire dans les multiples médiations en cours. Une chose est certaine : en réunissant autour d’une même table les Églises, l’opposition politique et un acteur régional désormais au premier plan, Bujumbura pourrait devenir le point de départ d’une nouvelle séquence diplomatique dont les développements seront suivis de près, tant en RDC que dans l’ensemble de la région des Grands Lacs.

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ADF : douze années de terreur dans l’Est de la RDC

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Massacres de civils, enlèvements, déplacements de populations et attaques répétées contre les forces de sécurité. Depuis 2014, les Forces démocratiques alliées (ADF) se sont imposées comme l’un des groupes armés les plus meurtriers de l’Est de la République démocratique du Congo (RDC). D’abord rébellion ougandaise réfugiée dans les forêts du Nord-Kivu, le mouvement a progressivement muté pour devenir une organisation terroriste redoutée, responsable de milliers de morts et d’une insécurité persistante dans les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri.

L’histoire des ADF ne commence pas en République démocratique du Congo. Le groupe est créé au milieu des années 1990 en Ouganda par Jamil Mukulu, un opposant au régime du président Yoweri Museveni. Sous la pression de l’armée ougandaise, les rebelles traversent rapidement la frontière et trouvent refuge dans les régions montagneuses et forestières de l’Est congolais, où ils établissent leurs bases arrière. Pendant plusieurs années, les ADF demeurent relativement discrètes, vivant du trafic de ressources naturelles, du commerce illicite et de diverses activités économiques locales. Mais à partir de 2014, la situation bascule. Après une vaste offensive militaire des Forces armées de la RDC (FARDC) contre leurs bastions, le groupe adopte une stratégie de représailles particulièrement violente contre les populations civiles.

Entre octobre 2014 et aujourd’hui, les territoires de Beni, Lubero, Mambasa et Irumu deviennent le théâtre de massacres à répétition. Hommes, femmes et enfants sont tués lors d’attaques nocturnes souvent menées à l’arme blanche. Des villages entiers sont incendiés, tandis que des centaines de personnes sont enlevées. Selon plusieurs organisations nationales et internationales de défense des droits humains, les ADF sont responsables de milliers de morts au cours de la dernière décennie. Le territoire de Beni, dans la province du Nord-Kivu, est particulièrement touché, au point de devenir l’un des symboles de l’insécurité chronique qui frappe l’Est du pays.

De la rébellion au terrorisme…

Au fil des années, le mouvement évolue également sur le plan idéologique. À partir de 2017, plusieurs rapports des Nations unies et d’organismes spécialisés font état d’un rapprochement entre certaines factions des ADF et l’organisation djihadiste État islamique. En 2019, l’État islamique revendique officiellement plusieurs attaques menées dans l’Est de la RDC à travers sa branche dite « Province d’Afrique centrale » (ISCAP). Cette affiliation, contestée à ses débuts par certains experts, se confirme progressivement par la propagande diffusée par les réseaux de l’État islamique et par l’évolution des modes opératoires du groupe. Malgré cela, les ADF conservent des caractéristiques locales fortes, enracinées dans les réalités sécuritaires et économiques de la région des Grands Lacs.

Opérations conjointes « Shujaa » 

Face à cette menace, les autorités congolaises ont multiplié les opérations militaires. En mai 2021, le gouvernement instaure l’état de siège dans les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri afin de renforcer la lutte contre les groupes armés. Quelques mois plus tard, la RDC et l’Ouganda lancent conjointement l’opération militaire « Shujaa » pour traquer les combattants ADF dans leurs sanctuaires forestiers.

Malgré près de cinq ans d’efforts conjoints de la RDC et de l’Ouganda dans le cadre de l’opération Shujaa, les zones débarrassées des combattants des ADF sont régulièrement réinfiltrées en l’espace de quelques semaines. Cette situation s’explique notamment par la solidité du système de succession interne du groupe prévue à l’avance, qui lui permet d’avoir une relève rapide du commandement lorsque des dirigeants sont neutralisés. Des allégations de collusion avec des acteurs étatiques, la faiblesse de la gouvernance et l’insuffisance de la protection des civils aggravent également le problème.

L’opération Shujaa repose sur des offensives conjointes, qui vont des opérations de combat mobiles au renseignement humain, visant à démanteler les structures de commandement des ADF et à rétablir l’autorité de l’État dans les zones occupées. Au-delà des approches cinétiques, elle entend soutenir la stabilisation, notamment par la construction de routes et la réinsertion des personnes enlevées. Toutefois, sa stratégie intègre peu d’approches préventives capables de neutraliser les ADF et reste réactive.

Ces offensives permettent de démanteler plusieurs camps rebelles et d’éliminer certains commandants. Toutefois, les ADF démontrent une forte capacité d’adaptation. Fragmentés en petites unités mobiles, leurs combattants continuent de mener des attaques meurtrières contre les civils et les positions militaires. Aujourd’hui encore, malgré les efforts militaires et les initiatives régionales de stabilisation, les ADF figurent parmi les principaux acteurs de l’insécurité dans l’Est de la RDC. Le groupe demeure particulièrement actif dans les zones frontalières entre le Nord-Kivu et l’Ituri, où les populations vivent sous la menace permanente d’incursions armées. Douze ans après le début des massacres de grande ampleur à Beni, la question des ADF reste l’un des défis sécuritaires majeurs de la République démocratique du Congo. Derrière les statistiques et les rapports se trouvent des milliers de familles endeuillées, des villages détruits et des communautés déplacées. Tant que cette menace persistera, la paix durable dans l’Est du pays demeurera un objectif difficile à atteindre, malgré les efforts déployés par les autorités congolaises et leurs partenaires régionaux.

Groupe armé le plus meurtrier en mai 2026

Les ADF ont été responsables du plus grand nombre de victimes civiles dans l’est de la République démocratique du Congo au cours du mois de mai 2026. C’est ce que révèle un rapport publié par l’Institut congolais de recherche sur la politique, la gouvernance et la violence, Ebuteli, qui fait état d’une recrudescence alarmante des attaques contre les populations civiles, notamment dans les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri. L’insécurité continue de faire des ravages dans l’Est de la République démocratique du Congo.

Dans son dernier rapport sur la situation sécuritaire, Ebuteli indique que les ADF demeurent le groupe armé le plus meurtrier de la région, avec au moins 190 civils tués au cours du seul mois de mai 2026. Ce bilan représente une augmentation spectaculaire par rapport au mois d’avril, où 53 victimes civiles avaient été enregistrées. Selon le rapport, cette recrudescence des violences s’est traduite par au moins 36 attaques attribuées aux rebelles ougandais, actifs principalement dans les territoires de Beni, Mambasa, Irumu et Lubero. Les assaillants ont multiplié les incursions meurtrières dans plusieurs villages, ciblant des populations civiles souvent sans défense.

L’un des faits marquants du mois a été le retour des attaques dans la ville de Beni. Dans la nuit du 30 au 31 mai, des combattants ADF ont mené plusieurs incursions simultanées dans la ville et ses environs, causant la mort d’au moins 26 civils. Il s’agit de la première attaque documentée dans la zone urbaine de Beni depuis 2023. Le rapport souligne également que les ADF ont intensifié leurs opérations malgré les offensives conjointes menées par les Forces armées de la RDC (FARDC) et l’armée ougandaise dans le cadre de l’opération Shujaa. Les chercheurs estiment que plusieurs de ces massacres pourraient constituer des représailles aux pressions militaires exercées contre le groupe armé.

Pendant ce temps, d’autres groupes armés restent actifs dans la région. En Ituri, la CODECO et l’URDPC poursuivent leurs activités criminelles, tandis que dans le Nord-Kivu et le Sud-Kivu, les affrontements entre le M23 et divers groupes armés locaux continuent d’alimenter l’instabilité. Toutefois, aucun de ces acteurs n’a atteint le niveau de violence meurtrière enregistré par les ADF au cours du mois de mai.

Alors que les populations de l’est de la RDC espèrent un retour durable de la paix, les conclusions du rapport d’Ebuteli rappellent l’ampleur du défi sécuritaire auquel le pays reste confronté. La montée en puissance des attaques des ADF, combinée à la persistance de multiples foyers de violence, continue de faire peser une lourde menace sur les civils, premiers victimes d’un conflit qui semble loin de s’essouffler.

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