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Corruption en RDC : comment l’administration publique étouffe le progrès

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La République démocratique du Congo (RDC) est un pays béni par une abondance de ressources naturelles, allant du cobalt au cuivre, en passant par les forêts luxuriantes. Pourtant, cette richesse contraste cruellement avec la pauvreté endémique qui touche la majorité de ses 100 millions d’habitants. Au centre de ce paradoxe se trouve la corruption, un fléau profondément enraciné dans l’administration publique, qui asphyxie le progrès et prive les citoyens des fruits de leur patrimoine national. Selon un rapport de la société civile congolaise publié en 2022, la RDC perd environ 15 milliards de dollars chaque année en raison de la fraude, de la corruption et de la mauvaise gestion par des agents de l’État. Heshima Magazine explore comment la corruption des fonctionnaires, agents publics et mandataires de l’État entrave le développement, affecte les services essentiels et compromet l’avenir du pays, tout en examinant les efforts déployés pour y remédier.

La corruption au sein de l’administration publique en RDC est omniprésente, prenant des formes variées, des pots-de-vin quotidiens aux détournements massifs de fonds publics. Les citoyens doivent souvent payer des fonctionnaires pour accéder à des services de base, qu’il s’agisse d’obtenir un permis, un passeport, un certificat ou une audience judiciaire. Le Baromètre mondial de la corruption de Transparency International révèle que 75 % des Congolais ayant interagi avec la police au cours de l’année précédente ont dû verser un pot-de-vin, le taux le plus élevé parmi les 35 pays africains étudiés. Une étude de 2023 par RCN Justice & Démocratie indique que 82 % des Congolais ont été confrontés à la corruption dans leurs interactions avec les services publics, dans divers secteurs.

Des cas marquants illustrent l’ampleur du problème. Vital Kamerhe, ancien chef de cabinet du président Félix Tshisekedi, a été condamné en 2020 à 20 ans de travaux forcés pour avoir détourné 50 millions de dollars de fonds publics destinés à des projets sociaux. Sa libération en décembre 2021, après seulement 18 mois à la suite de l’annulation de sa condamnation par la Cour de Cassation, a suscité des doutes sur l’engagement à punir les hauts fonctionnaires. Plus récemment, en mai 2025, l’ancien Premier ministre Augustin Matata Ponyo, introuvable depuis l’arrêt de la Cour Constitutionnelle, a été condamné à 10 ans pour le détournement de 245 millions de dollars dans le projet agro-industriel Bukanga-Lonzo, un exemple flagrant d’abus par des mandataires de l’État.

Le phénomène des emplois fictifs est particulièrement alarmant. Une enquête de 2019 a révélé que 5 000 comptes de fonctionnaires fictifs, liés à des réseaux mafieux, ont été bloqués, drainant des ressources publiques. En 2023, une autre enquête a identifié 500 salariés fictifs dans le corps médical, détournant des fonds destinés à la santé publique. Le népotisme et le clientélisme aggravent la situation, comme en témoigne la suspension en 2023 de deux secrétaires généraux de la fonction publique pour affectation frauduleuse de nouvelles unités, une pratique favorisant des alliés politiques. Dans l’armée, une tentative de corruption de l’Inspection Générale des Finances (IGF) par des officiers de la FARDC, jugée en mars 2024 par la Haute Cour Militaire, montre cependant des efforts pour couvrir des irrégularités financières, révélant la profondeur des réseaux corrompus.

Impact sur les services publics

La corruption des agents publics a un impact dévastateur sur les services essentiels, touchant la santé, l’éducation, les infrastructures, la justice, l’armée et la police.

Dans le secteur de la santé, les patients doivent souvent payer des pots-de-vin à des fonctionnaires hospitaliers pour accéder à des soins censés être gratuits ou subventionnés. Une étude de 2022 dans le Journal of Public Health souligne que la corruption réduit l’accès aux soins, augmente les coûts et compromet la qualité. Marie, une mère de trois enfants à Kinshasa, témoigne : « Quand mon fils est tombé gravement malade, le médecin de l’hôpital public a exigé 20 dollars en plus des frais médicaux avant de l’examiner en priorité. Nous avons dû emprunter de l’argent, sinon il n’aurait pas été soigné en urgence. » Une enquête de 2023 a révélé 500 salariés fictifs dans le corps médical, drainant des fonds destinés aux hôpitaux, réduisant le personnel réel et la qualité des soins.

Dans l’éducation, les fonctionnaires imposent des frais illégaux pour l’inscription ou les examens, limitant l’accès à l’enseignement, surtout pour les familles pauvres. Jean, un enseignant à Lubumbashi, confie : « Beaucoup d’élèves abandonnent parce qu’ils ne peuvent pas payer les frais supplémentaires exigés par les directeurs. C’est une tragédie pour notre avenir. » Des emplois fictifs dans l’administration scolaire, bien que moins documentés, sont signalés dans des rapports, drainant des fonds destinés à l’éducation.

Les infrastructures souffrent également. Les fonds alloués à la construction de routes, de ponts ou d’écoles sont souvent détournés par des fonctionnaires, entraînant des projets inachevés ou de mauvaise qualité. Par exemple, des routes financées par des budgets publics s’effondrent rapidement en raison de matériaux inadéquats, conséquence de la corruption dans l’attribution des marchés publics. Une enquête de l’IGF en 2023 a révélé des irrégularités dans l’attribution de contrats publics, favorisant des entreprises liées à des fonctionnaires.

Le système judiciaire est gangréné par la corruption, avec des magistrats monnayant des verdicts ou prolongeant les délais. Le rapport RCN 2023 note que 60 % des citoyens perçoivent le système judiciaire comme corrompu, rendant l’accès à la justice difficile pour les citoyens ordinaires. Des cas de corruption judiciaire, comme des juges acceptant des pots-de-vin pour libérer des accusés, sapent l’État de droit.

Dans le domaine de la sécurité, l’armée et la police sont particulièrement touchées. Des généraux de la FARDC détournent des fonds, comme des salaires de soldats, affaiblissant la sécurité nationale. Human Rights Watch rapporte en 2023 des officiers impliqués dans le trafic illégal de minerais, enrichissant des réseaux mafieux. La tentative de corruption de l’IGF par des officiers en 2024 illustre les efforts pour couvrir ces pratiques. Dans la police, les agents exigent des pots-de-vin pour des services comme l’enregistrement de plaintes, avec 75 % des interactions impliquant des paiements, sapant la sécurité publique. Un rapport de l’UNJHRO en 2022 documente des cas d’extorsion par des officiers, aggravant l’insécurité. Ces pratiques privent les Congolais de leurs droits fondamentaux et entravent le développement national.

Conséquences économiques

La corruption des agents publics a des répercussions économiques profondes, freinant la croissance et aggravant la pauvreté. Malgré ses richesses minières, la RDC se classe 183e sur 190 dans l’indice Ease of Doing Business de la Banque Mondiale, reflétant un environnement commercial hostile où les pots-de-vin et les pratiques opaques des fonctionnaires découragent les investisseurs étrangers.

Le secteur minier, pilier de l’économie congolaise, est particulièrement touché. Bien que la RDC soit l’un des plus grands producteurs mondiaux de cobalt et de cuivre, les revenus profitent principalement à une élite restreinte de fonctionnaires corrompus. Le cas de Glencore illustre comment des entreprises multinationales et des fonctionnaires locaux s’entendent pour détourner des fonds, privant le pays de ressources vitales. En 2011, un partenaire commercial de l’entreprise Suisse Glencore a versé des pots-de-vin à des agents publics congolais pour faciliter l’acquisition de participations minoritaires dans deux sociétés minières appartenant à la Gécamines, contournant les procédures légales. Cette affaire a éclaboussée Glencore, qui a été condamné par la Suisse à une amende de 2 millions de francs suisses et à une créance compensatrice de 150 millions de dollars à l’État congolais pour ne pas avoir empêché ces pratiques. En décembre 2022, un règlement de 180 millions de dollars a été conclu avec la RDC pour des actes de corruption entre 2007 et 2018, impliquant des fonctionnaires. Ces paiements, bien que significatifs, n’ont pas pleinement compensé la perte de revenus publics, qui auraient pu financer des services essentiels.

Selon un rapport de la Banque mondiale, la mauvaise gestion des ressources naturelles par des fonctionnaires empêche la RDC de réaliser son potentiel économique, avec une allocation des ressources publiques souvent basée sur des opportunités de pots-de-vin plutôt que sur l’intérêt public. Cela se traduit par des projets inachevés, des infrastructures dégradées et une économie stagnante, aggravant la pauvreté de 64 % des Congolais.

Ramifications sociales et politiques

La corruption des fonctionnaires exacerbe les inégalités sociales, concentrant la richesse entre une élite de mandataires publics, tandis que 64 % des Congolais vivent sous le seuil de pauvreté. Cette disparité alimente le mécontentement social et les tensions, menaçant la stabilité du pays. Sur le plan politique, elle mine les institutions démocratiques. L’analyste politique Justin Ngiese observe : « La nomination à des postes clés de personnalités impliquées dans des affaires de corruption banalise ces pratiques et envoie un signal préoccupant. »

La corruption des agents publics dans les processus électoraux constitue un obstacle majeur à la démocratie. En mai 2025, l’Institut Ebuteli a dénoncé des détournements de machines à voter et des ingérences politiques par des agents de la Commission électorale nationale indépendante (CENI) et des juges de la Cour constitutionnelle. Malgré des recommandations pour restructurer la CENI, peu de progrès ont été réalisés à ce jour, sapant la confiance citoyenne et la crédibilité au niveau internationale.

Efforts pour combattre la corruption

Depuis son arrivée au pouvoir en 2019, le président Félix Tshisekedi a fait de la lutte contre la corruption des agents publics une priorité. C’est ainsi que l’Ordonnance n° 17/03 du 20 mars 2020 a créé l’Agence de Prévention et de Lutte contre la Corruption (APLC), chargée de coordonner les efforts nationaux sur ce sujet. Cependant, l’APLC a été entachée par des scandales. Son premier coordonnateur, Ghislain Kikangala (juin 2020 – juin 2021), a été arrêté en décembre 2020 pour extorsion de 30 000 USD auprès d’Access Bank. Relâché après 24 heures, il a été remplacé pour « préserver l’image de l’agence ». Son successeur, Thierry Mbulamoko (juin 2021 – octobre 2023), a été suspendu pour une tentative de détournement de 36 millions de USD via le cabinet Centurion Law Group, impliquant un litige illégal avec l’État.

Malgré ces revers, l’APLC a lancé des initiatives prometteuses. Sa Stratégie nationale de lutte contre la corruption (2022) vise à réduire la corruption de 60 % d’ici 2026 à travers quatre axes : prévention, répression, détection et sensibilisation, incluant la digitalisation de l’administration et des audits renforcés. En juin 2025, lors d’une conférence à Vienne, le coordonnateur adjoint Michel Victor Lessay a présenté ces efforts, plaidant pour des réformes législatives et une coopération internationale. La ligne bleue 158 permet aux citoyens de dénoncer anonymement la corruption. En juin 2024, le député national Zapamba a déposé une proposition de loi anti-corruption pour aligner le code pénal sur les conventions internationales. En avril 2025, une mesure obligeant tous les agents publics à déclarer leur patrimoine a été adoptée, visant à détecter les enrichissements illicites, bien que freinée par un manque de ressources.

L’Inspection Générale des Finances (IGF) joue un rôle clé. En 2023, Jean-Pierre Lihau, ministre de la Fonction publique, a bloqué les paiements de salaires à des fonctionnaires fictifs, basés sur un rapport de l’IGF, empêchant des détournements. En 2023, deux secrétaires généraux ont été suspendus pour affectation frauduleuse, montrant des efforts pour sanctionner les fonctionnaires corrompus. Des poursuites judiciaires contre des fonctionnaires indélicats ont été lancées, comme rapporté en mai 2023. En décembre 2024, une conférence à Kinshasa a réuni des délégations eouvrant dans le domaine de lutte contre la corruption pour renforcer la collaboration. La société civile, notamment la Ligue Congolaise de Lutte contre la Corruption (LICOCO), aide les citoyens via son Bureau d’assistance juridique et de citoyenneté (CAJAC), particulièrement contre la corruption policière. Cependant, l’impunité et le manque de ressources limitent ces efforts. Un lanceur d’alerte sous couvert d’anonymat, résume : « Dénoncer la corruption est un combat épuisant, mais essentiel pour l’intérêt public. »

Bataille perdue d’avance contre la corruption ?

La corruption des agents publics, fonctionnaires et mandataires de l’État en RDC est un obstacle majeur au progrès. Elle prive les citoyens de services essentiels, freine la croissance économique, aggrave les inégalités et érode la confiance dans les institutions. Des initiatives comme la stratégie nationale de l’APLC, la ligne bleue 158, la déclaration obligatoire de patrimoine, les enquêtes de l’IGF et les poursuites contre des figures comme Matata Ponyo offrent des lueurs d’espoir. Cependant, les scandales impliquant les coordonnateurs de l’APLC et les défis d’application des réformes montrent que, sans une réforme institutionnelle profonde, une application rigoureuse des lois et une volonté politique soutenue, leur impact restera limité. Renforcer la transparence, protéger les lanceurs d’alerte et promouvoir une culture de responsabilité sont cruciaux pour libérer la RDC de l’emprise de la corruption et ouvrir la voie à un avenir prospère.

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Changement de constitution : l’Église protestante se démarque des catholiques en prônant un cadre national et apaisé

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Alors que le débat sur une éventuelle réforme de la Constitution continue de diviser la classe politique et l’opinion publique en République démocratique du Congo (RDC), l’Église du Christ au Congo (ECC) a adopté une position qui se distingue sensiblement de celle de l’Église catholique. Réunie à Kinshasa dans le cadre de sa 66ᵉ session extraordinaire, l’Église protestante appelle à l’ouverture d’un cadre national inclusif et apaisé pour examiner toute initiative de réforme constitutionnelle. Une position qui ne fait pas l’unanimité, notamment au sein de l’opposition politique.

Dans une déclaration rendue publique le dimanche 7 juin, l’ECC estime qu’une éventuelle réforme de la loi fondamentale doit impérativement respecter les dispositions constitutionnelles en vigueur et s’inscrire dans une démarche consensuelle. L’institution protestante souligne notamment la nécessité d’un « cadre national inclusif et apaisé », conformément aux articles 5, 218, 219 et 220 de la Constitution congolaise.

L’organisation dirigée par le révérend André-Gédéon Bokundoa Bo-Likabe invite les acteurs politiques à privilégier le dialogue démocratique et la recherche du consensus. Selon l’ECC, les tensions qui entourent actuellement la question constitutionnelle exigent davantage de concertation que de confrontation. Elle appelle ainsi les différentes parties prenantes à « construire des ponts » à travers un dialogue national susceptible de déboucher sur des solutions durables pour le pays.

L’ECC s’écarte-t-elle de la CENCO ?

Habituée à agir de concert avec l’Église catholique sur les grandes questions politiques nationales, l’Église protestante a, sur ce dossier, adopté une position distincte de celle de la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO).

Cette posture contraste avec celle exprimée depuis plusieurs mois par les évêques catholiques, qui ont multiplié les mises en garde contre l’opportunité d’ouvrir un chantier constitutionnel dans le contexte actuel, marqué par les défis sécuritaires et politiques. En mars dernier, la CENCO jugeait « hasardeux » le débat sur la révision de la Constitution, estimant que les priorités nationales se situent ailleurs, notamment dans la recherche de la paix et la stabilisation de l’Est du pays.

Seth Kikuni accuse l’ECC de « neutralité complaisante »

Dans une lettre ouverte adressée aux responsables de l’ECC, notamment aux révérends André-Gédéon Bokundoa et Éric Senga, l’opposant Seth Kikuni critique vivement la déclaration issue de la 66ᵉ session extraordinaire de cette institution religieuse concernant le débat sur la réforme constitutionnelle en République démocratique du Congo.

L’ancien candidat à l’élection présidentielle reproche à l’ECC d’avoir considéré comme « pertinentes et constructives » les différentes réflexions sur une éventuelle révision de la Constitution. Selon lui, une telle position revient à placer sur un même pied d’égalité la défense de l’ordre constitutionnel et les initiatives visant à le modifier.

Pour Seth Kikuni, le contexte actuel, marqué par l’insécurité, les déplacements de populations et les difficultés socio-économiques, ne justifie pas l’ouverture d’un débat sur la Constitution. Il soutient que les préoccupations prioritaires des Congolais demeurent la paix, la sécurité, l’éducation, les infrastructures et l’amélioration des conditions de vie.

L’opposant appelle ainsi l’ECC à adopter une position plus ferme en faveur du respect strict des articles 218, 219 et 220 de la Constitution. Il exhorte également l’Église à abandonner ce qu’il qualifie de « neutralité complaisante » et à assumer pleinement son rôle prophétique en s’opposant clairement à toute initiative susceptible de remettre en cause les acquis démocratiques.

Des partisans de l’Union sacrée saluent l’ECC

À l’inverse, certains partisans du pouvoir saluent la position de l’ECC qui tranche, selon eux, avec celle de l’Église catholique. Steve Mbikayi, président du Parti travailliste (PT), pense que cette position de l’ECC est à encourager. Cet homme politique défend depuis quelques mois un remplacement de la Constitution de 2006 taxée de « transitoire ». Dans une tribune publiée sous le numéro 228 de sa série de cartes blanches, Steve Mbikayi défend une thèse qui s’écarte de l’interprétation dominante des juristes : la Constitution de 2006 serait, dans son essence, un texte transitoire et non l’expression définitive de la souveraineté populaire congolaise. Une manière, selon ses détracteurs, de plaider en faveur de son remplacement par une nouvelle loi fondamentale.

L’argument central de Steve Mbikayi repose sur les conditions d’élaboration du texte fondamental. Rédigée par d’anciens belligérants à l’issue d’un processus de paix, la Constitution de 2006 a été promulguée par le président Joseph Kabila, qui ne disposait pas, à l’époque, d’un mandat issu d’élections démocratiques ordinaires. Ses rédacteurs n’avaient pas non plus reçu de mandat direct du peuple. Pour l’auteur, ces conditions rapprochent davantage ce texte des constitutions issues de périodes de transition ou de rupture institutionnelle que d’une constitution élaborée selon les standards classiques de la démocratie représentative.

ECC, une approche plus prudente sur un sujet sensible

Dès 2024, alors que les discussions sur un éventuel changement ou une révision de la Constitution commençaient à prendre de l’ampleur, l’ECC avait déjà adopté une approche plus prudente que celle de l’Église catholique. L’institution protestante plaidait alors pour un « cadre consensuel et apaisé » afin de traiter les questions touchant à l’intérêt supérieur de la Nation, tout en annonçant une réflexion interne destinée à formuler des propositions consensuelles.

Cette différence d’approche ne signifie toutefois pas une rupture entre les deux principales confessions chrétiennes du pays. L’ECC et la CENCO continuent de collaborer sur plusieurs dossiers nationaux, notamment à travers leur initiative commune du « Pacte social pour la paix et le bien-vivre ensemble », lancée au début de l’année 2025 afin de promouvoir le dialogue et la cohésion nationale.

Alors que le débat constitutionnel demeure l’un des sujets les plus sensibles de la scène politique congolaise, la prise de position de l’ECC pourrait contribuer à relancer les appels à une concertation nationale. Reste à savoir si cette voie du dialogue inclusif trouvera un écho auprès des acteurs politiques dans un contexte où les positions demeurent fortement polarisées.

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RDC-Danemark (0-0) : un premier test rassurant, mais des réglages offensifs à trouver avant le Mondial

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Pour son premier match de préparation à la Coupe du monde 2026, la République démocratique du Congo a tenu en échec le Danemark (0-0), mercredi 3 juin à Liège, en Belgique. Face à une sélection européenne réputée pour sa discipline tactique, les Léopards ont affiché de la solidité et de l’organisation, tout en révélant quelques limites dans l’animation offensive. Un deuxième rendez-vous est prévu le 9 juin en Espagne contre le Chili avant leur entrée en lice au Mondial.

Le résultat brut ne raconte pas tout de ce premier match de préparation. Certes, les Léopards n’ont pas trouvé le chemin des filets face au Danemark, mais ce match nul vierge constitue un premier enseignement encourageant dans la préparation de la RDC à sa première Coupe du monde depuis 1974. Face à une équipe danoise classée parmi les nations les plus compétitives d’Europe, les hommes de Sébastien Desabre ont démontré leur capacité à rivaliser dans l’intensité et l’organisation collective. Sur le plan défensif, les Congolais ont livré une prestation sérieuse. Le bloc est resté compact, limitant les espaces et contenant efficacement les offensives danoises. Si les Scandinaves se sont procuré quelques occasions dangereuses, notamment sur des frappes ayant trouvé les montants, la RDC a su faire preuve de solidité pour préserver sa cage inviolée.

L’autre motif de satisfaction réside dans la discipline tactique affichée durant les 90 minutes. Les Léopards n’ont jamais semblé dépassés malgré la qualité technique de leur adversaire. Cette capacité à rester organisés sera précieuse lors du Mondial, où ils devront affronter des sélections du calibre du Portugal et de la Colombie.

Le secteur offensif, seul véritable chantier

En revanche, l’animation offensive demeure un chantier ouvert. Cédric Bakambu s’est procuré l’une des meilleures occasions congolaises, mais l’efficacité dans le dernier geste a fait défaut. Tout au long de la rencontre, les transitions ont parfois manqué de vitesse et de précision, tandis que les derniers choix offensifs n’ont pas toujours été les plus judicieux. Plusieurs observateurs ont relevé un manque de percussion dans les trente derniers mètres, un aspect que le staff technique devra corriger rapidement afin de gagner en efficacité avant le début de la compétition.

Ce premier test avait justement pour objectif d’évaluer le niveau réel des Léopards face à une opposition européenne exigeante. De ce point de vue, la mission est accomplie. La RDC a démontré qu’elle possédait les ressources collectives nécessaires pour tenir tête à un adversaire mieux classé sur l’échiquier mondial, tout en identifiant les secteurs nécessitant encore des ajustements avant le grand rendez-vous américain.

Desabre satisfait et promet une montée en puissance

Après un début de rencontre marqué par une certaine prudence, les Léopards ont progressivement pris confiance et sont parvenus à mieux se projeter vers l’avant. Cette montée en puissance leur a permis de se créer plusieurs opportunités, dont la plus nette est venue de Cédric Bakambu. Bien servi dans la surface, l’attaquant du Betis Séville s’est retrouvé en excellente position, mais a buté sur le gardien danois, auteur d’une intervention décisive.

Pour le sélectionneur Sébastien Desabre, cette prestation reste néanmoins encourageante. Le technicien français estime que son équipe dispose encore d’une marge de progression avant l’échéance du 17 juin à Houston face au Portugal. « C’est un match qui s’est joué sur des détails. Nous aurions pu remporter la rencontre et nous avons également concédé quelques frappes lointaines qui auraient pu nous mettre en difficulté. Dans l’ensemble, il y a des choses à améliorer, bien évidemment. Nous avions choisi cette équipe du Danemark parce qu’elle est très athlétique, très dynamique et composée de joueurs évoluant dans des championnats de haut niveau. Au regard de l’intensité mise par les deux équipes, c’était un match de très bon niveau pour une rencontre amicale », a déclaré Sébastien Desabre en conférence de presse d’après-match.

Face au Chili, un test grandeur nature avant le Portugal

Après plusieurs incertitudes liées à des préoccupations sanitaires autour du virus Ebola, le match amical entre la RDC et le Chili, initialement prévu à Marbella, a finalement été délocalisé à Malaga, toujours en Espagne. Selon plusieurs sources, la rencontre devrait se disputer à huis clos afin de limiter les risques liés à l’affluence du public. Quelques jours auparavant, l’organisation du match avait été compromise par l’intervention des autorités locales espagnoles.

Dans un décret officiel, Juan Franco, maire de La Línea de la Concepción, commune andalouse située à proximité de Gibraltar, avait interdit la tenue de la rencontre dans sa municipalité. « Je viens de signer le décret par lequel n’est pas autorisée la tenue du match prévu le 9 juin prochain au stade municipal entre les sélections de la République démocratique du Congo et du Chili », avait-il déclaré dans un message audio diffusé par sa mairie.

Finalement maintenu dans une autre ville, ce duel face au Chili représentera un test particulièrement intéressant pour les Léopards. Il constituera notamment un point de comparaison indirect avec le Portugal, premier adversaire de la RDC au Mondial. En effet, la sélection chilienne doit affronter le Portugal le 6 juin dans le cadre de sa préparation. Cette confrontation permettra au staff congolais de disposer d’éléments de référence supplémentaires avant l’entrée en lice des Léopards, tout en évaluant leur niveau face à un adversaire qui aura lui-même croisé le fer avec les Portugais quelques jours auparavant.

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RDC : Après la « ville morte » du 3 juin, l’opposition est-elle toujours « ya pete » ?

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La journée « ville morte » observée le 3 juin à Kinshasa, à l’appel de la coalition de l’opposition C64, a fortement ralenti les activités dans plusieurs quartiers de la capitale de la République démocratique du Congo (RDC). Entre commerces fermés, circulation réduite et présence sécuritaire renforcée, cette mobilisation apparaît comme un indicateur majeur de la capacité de l’opposition à peser dans le débat politique national autour de la question constitutionnelle. Et ce, alors qu’il y a un peu plus de trois ans, le président de la République, Félix Tshisekedi, qualifiait son opposition de « ya pete » (« molle » ou « faible » en lingala).

Kinshasa s’est réveillée au ralenti le mercredi 3 juin 2026. Dès les premières heures de la matinée, plusieurs artères habituellement animées ont présenté un visage inhabituel : peu de véhicules sur les routes, des marchés partiellement fermés, des écoles peu fréquentées et une activité économique visiblement réduite dans plusieurs communes de la capitale.

Cette journée de « ville morte » avait été décrétée par la Coalition Article 64 pour la défense de l’ordre constitutionnel (C64), formée autour de plusieurs leaders de l’opposition, notamment Martin Fayulu, Moïse Katumbi, Delly Sesanga et Matata Ponyo. Cette plateforme, créée en mai dernier, entend protester contre les initiatives perçues comme susceptibles d’ouvrir la voie à une révision de la Constitution et de permettre à Félix Tshisekedi de briguer un troisième mandat présidentiel. Contrairement aux marches populaires traditionnellement organisées par les forces politiques, les organisateurs ont privilégié une stratégie de retrait collectif, invitant les citoyens à rester chez eux et à suspendre leurs activités quotidiennes.

Les constats effectués dans plusieurs communes de Kinshasa ont révélé une adhésion variable, mais perceptible, au mot d’ordre. Dans certaines zones, la circulation est restée faible pendant une bonne partie de la matinée, tandis que les forces de sécurité ont été déployées de manière visible sur les principaux axes routiers. Les autorités, de leur côté, avaient appelé les fonctionnaires et les travailleurs à vaquer normalement à leurs occupations.

Retour du rapport de force entre pouvoir et opposition ?

Longtemps restée en retrait durant le premier mandat de Félix Tshisekedi, l’opposition semblait avoir perdu sa capacité de mobilisation populaire. L’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS) se vantait alors d’être la seule force politique capable de mobiliser les foules, comme elle le faisait lorsqu’elle était dans l’opposition. Depuis l’accession de Félix Tshisekedi au pouvoir en janvier 2019, les formations opposées au régime ont progressivement perdu de leur influence, notamment à Kinshasa, longtemps considérée comme un bastion de la contestation politique.

Fils de l’opposant historique Étienne Tshisekedi, le chef de l’État avait popularisé une formule devenue célèbre : « opposition ya pete ». Une opposition molle, faible, voire symbolique. Une manière de souligner le contraste avec l’opposition combative qu’avaient incarnée pendant plusieurs décennies l’UDPS et son leader emblématique. « En clair, entre cette opposition-là et l’opposition actuelle, il n’y a pas photo. C’est comme le jour et la nuit », analysait en 2023 l’éditorialiste José Nawej.

Convaincue de faire face à une « opposition ya pete », la majorité présidentielle a progressivement remis sur la table le débat sur la révision constitutionnelle et, selon ses détracteurs, la perspective d’un troisième mandat. Pourtant, les manifestations de janvier 2015 avaient déjà démontré qu’une rue kinoise en colère pouvait rapidement rebattre les cartes politiques.

L’organisation de la ville morte du 3 juin pourrait ainsi marquer un tournant dans le rapport de force. Pour de nombreux observateurs, l’enjeu dépassait largement la seule contestation institutionnelle. Cette journée constituait avant tout un test grandeur nature de la capacité de mobilisation d’une opposition longtemps sous-estimée par le pouvoir et qui cherche aujourd’hui à se repositionner dans le paysage politique congolais.

Une victoire pour l’opposition

Dans les rangs de l’opposition, le sentiment dominant est celui de la satisfaction. Le président du parti Envol, Delly Sesanga, a salué ce qu’il considère comme une réussite de la mobilisation, tout en adressant une critique à peine voilée au pouvoir. « À mains nues, nous l’avons plaqué au sol », a-t-il écrit sur sa page Facebook. Par cette formule, l’ancien député national entend souligner l’impact de l’appel lancé par la coalition C64 contre le projet de révision constitutionnelle qu’elle attribue au camp présidentiel.

Dans une autre déclaration, l’ancien député national Ados Ndombasi Banikina, président national du parti Alternative 2028 et membre cofondateur de la Coalition Article 64, a affirmé que cette journée avait été un succès et s’était déroulée dans le calme. Selon lui, la population a respecté les consignes de la coalition sans recourir à la violence, aux actes de vandalisme ou aux destructions de biens publics et privés. « Sans casser ni brûler les bus Transco, sans intimider les compatriotes, sans caillasser les véhicules des citoyens, sans brûler le siège d’un parti politique adverse, sans lapider les policiers ni piller les magasins, la population a observé les consignes de la Coalition Article 64 », a-t-il déclaré.

Pour ce responsable politique, cette mobilisation constitue une démonstration de maturité démocratique. Il a également appelé l’UDPS à tirer les leçons de cette journée, accusant certaines structures proches du parti présidentiel de promouvoir des méthodes violentes dans l’espace politique.

Le mot d’ordre semble passer…

Si l’opposition estime avoir démontré sa capacité d’influence auprès d’une partie importante de la population kinoise, le camp présidentiel minimise l’impact de l’opération et souligne la reprise progressive des activités au cours de la journée. Comme souvent dans les confrontations politiques, chaque camp revendique une lecture favorable des événements.

Au-delà des chiffres et des interprétations partisanes, la ville morte du 3 juin restera comme un moment révélateur de l’état du rapport de force politique en République démocratique du Congo. Pour l’opposition, elle représente une occasion de mesurer son ancrage populaire et sa capacité de mobilisation. Pour le pouvoir, elle constitue un baromètre de la portée réelle du discours contestataire.

Une chose est certaine : dans le débat sur l’avenir institutionnel du pays, cette journée aura servi de test politique dont les enseignements continueront d’alimenter les stratégies des différents acteurs dans les mois à venir. Il s’agissait d’un premier test majeur pour l’opposition congolaise, qui cherche désormais à imposer un rapport de force à Félix Tshisekedi, dont le mandat arrivera à échéance dans deux ans. Ses adversaires accusent déjà ses partisans de vouloir modifier la Constitution afin de lui permettre de demeurer à la tête du pays.

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