Nation
Corruption en RDC : comment l’administration publique étouffe le progrès
Published
10 mois agoon
By
La redaction
La République démocratique du Congo (RDC) est un pays béni par une abondance de ressources naturelles, allant du cobalt au cuivre, en passant par les forêts luxuriantes. Pourtant, cette richesse contraste cruellement avec la pauvreté endémique qui touche la majorité de ses 100 millions d’habitants. Au centre de ce paradoxe se trouve la corruption, un fléau profondément enraciné dans l’administration publique, qui asphyxie le progrès et prive les citoyens des fruits de leur patrimoine national. Selon un rapport de la société civile congolaise publié en 2022, la RDC perd environ 15 milliards de dollars chaque année en raison de la fraude, de la corruption et de la mauvaise gestion par des agents de l’État. Heshima Magazine explore comment la corruption des fonctionnaires, agents publics et mandataires de l’État entrave le développement, affecte les services essentiels et compromet l’avenir du pays, tout en examinant les efforts déployés pour y remédier.
La corruption au sein de l’administration publique en RDC est omniprésente, prenant des formes variées, des pots-de-vin quotidiens aux détournements massifs de fonds publics. Les citoyens doivent souvent payer des fonctionnaires pour accéder à des services de base, qu’il s’agisse d’obtenir un permis, un passeport, un certificat ou une audience judiciaire. Le Baromètre mondial de la corruption de Transparency International révèle que 75 % des Congolais ayant interagi avec la police au cours de l’année précédente ont dû verser un pot-de-vin, le taux le plus élevé parmi les 35 pays africains étudiés. Une étude de 2023 par RCN Justice & Démocratie indique que 82 % des Congolais ont été confrontés à la corruption dans leurs interactions avec les services publics, dans divers secteurs.
Des cas marquants illustrent l’ampleur du problème. Vital Kamerhe, ancien chef de cabinet du président Félix Tshisekedi, a été condamné en 2020 à 20 ans de travaux forcés pour avoir détourné 50 millions de dollars de fonds publics destinés à des projets sociaux. Sa libération en décembre 2021, après seulement 18 mois à la suite de l’annulation de sa condamnation par la Cour de Cassation, a suscité des doutes sur l’engagement à punir les hauts fonctionnaires. Plus récemment, en mai 2025, l’ancien Premier ministre Augustin Matata Ponyo, introuvable depuis l’arrêt de la Cour Constitutionnelle, a été condamné à 10 ans pour le détournement de 245 millions de dollars dans le projet agro-industriel Bukanga-Lonzo, un exemple flagrant d’abus par des mandataires de l’État.
Le phénomène des emplois fictifs est particulièrement alarmant. Une enquête de 2019 a révélé que 5 000 comptes de fonctionnaires fictifs, liés à des réseaux mafieux, ont été bloqués, drainant des ressources publiques. En 2023, une autre enquête a identifié 500 salariés fictifs dans le corps médical, détournant des fonds destinés à la santé publique. Le népotisme et le clientélisme aggravent la situation, comme en témoigne la suspension en 2023 de deux secrétaires généraux de la fonction publique pour affectation frauduleuse de nouvelles unités, une pratique favorisant des alliés politiques. Dans l’armée, une tentative de corruption de l’Inspection Générale des Finances (IGF) par des officiers de la FARDC, jugée en mars 2024 par la Haute Cour Militaire, montre cependant des efforts pour couvrir des irrégularités financières, révélant la profondeur des réseaux corrompus.
Impact sur les services publics
La corruption des agents publics a un impact dévastateur sur les services essentiels, touchant la santé, l’éducation, les infrastructures, la justice, l’armée et la police.
Dans le secteur de la santé, les patients doivent souvent payer des pots-de-vin à des fonctionnaires hospitaliers pour accéder à des soins censés être gratuits ou subventionnés. Une étude de 2022 dans le Journal of Public Health souligne que la corruption réduit l’accès aux soins, augmente les coûts et compromet la qualité. Marie, une mère de trois enfants à Kinshasa, témoigne : « Quand mon fils est tombé gravement malade, le médecin de l’hôpital public a exigé 20 dollars en plus des frais médicaux avant de l’examiner en priorité. Nous avons dû emprunter de l’argent, sinon il n’aurait pas été soigné en urgence. » Une enquête de 2023 a révélé 500 salariés fictifs dans le corps médical, drainant des fonds destinés aux hôpitaux, réduisant le personnel réel et la qualité des soins.
Dans l’éducation, les fonctionnaires imposent des frais illégaux pour l’inscription ou les examens, limitant l’accès à l’enseignement, surtout pour les familles pauvres. Jean, un enseignant à Lubumbashi, confie : « Beaucoup d’élèves abandonnent parce qu’ils ne peuvent pas payer les frais supplémentaires exigés par les directeurs. C’est une tragédie pour notre avenir. » Des emplois fictifs dans l’administration scolaire, bien que moins documentés, sont signalés dans des rapports, drainant des fonds destinés à l’éducation.
Les infrastructures souffrent également. Les fonds alloués à la construction de routes, de ponts ou d’écoles sont souvent détournés par des fonctionnaires, entraînant des projets inachevés ou de mauvaise qualité. Par exemple, des routes financées par des budgets publics s’effondrent rapidement en raison de matériaux inadéquats, conséquence de la corruption dans l’attribution des marchés publics. Une enquête de l’IGF en 2023 a révélé des irrégularités dans l’attribution de contrats publics, favorisant des entreprises liées à des fonctionnaires.
Le système judiciaire est gangréné par la corruption, avec des magistrats monnayant des verdicts ou prolongeant les délais. Le rapport RCN 2023 note que 60 % des citoyens perçoivent le système judiciaire comme corrompu, rendant l’accès à la justice difficile pour les citoyens ordinaires. Des cas de corruption judiciaire, comme des juges acceptant des pots-de-vin pour libérer des accusés, sapent l’État de droit.
Dans le domaine de la sécurité, l’armée et la police sont particulièrement touchées. Des généraux de la FARDC détournent des fonds, comme des salaires de soldats, affaiblissant la sécurité nationale. Human Rights Watch rapporte en 2023 des officiers impliqués dans le trafic illégal de minerais, enrichissant des réseaux mafieux. La tentative de corruption de l’IGF par des officiers en 2024 illustre les efforts pour couvrir ces pratiques. Dans la police, les agents exigent des pots-de-vin pour des services comme l’enregistrement de plaintes, avec 75 % des interactions impliquant des paiements, sapant la sécurité publique. Un rapport de l’UNJHRO en 2022 documente des cas d’extorsion par des officiers, aggravant l’insécurité. Ces pratiques privent les Congolais de leurs droits fondamentaux et entravent le développement national.
Conséquences économiques
La corruption des agents publics a des répercussions économiques profondes, freinant la croissance et aggravant la pauvreté. Malgré ses richesses minières, la RDC se classe 183e sur 190 dans l’indice Ease of Doing Business de la Banque Mondiale, reflétant un environnement commercial hostile où les pots-de-vin et les pratiques opaques des fonctionnaires découragent les investisseurs étrangers.
Le secteur minier, pilier de l’économie congolaise, est particulièrement touché. Bien que la RDC soit l’un des plus grands producteurs mondiaux de cobalt et de cuivre, les revenus profitent principalement à une élite restreinte de fonctionnaires corrompus. Le cas de Glencore illustre comment des entreprises multinationales et des fonctionnaires locaux s’entendent pour détourner des fonds, privant le pays de ressources vitales. En 2011, un partenaire commercial de l’entreprise Suisse Glencore a versé des pots-de-vin à des agents publics congolais pour faciliter l’acquisition de participations minoritaires dans deux sociétés minières appartenant à la Gécamines, contournant les procédures légales. Cette affaire a éclaboussée Glencore, qui a été condamné par la Suisse à une amende de 2 millions de francs suisses et à une créance compensatrice de 150 millions de dollars à l’État congolais pour ne pas avoir empêché ces pratiques. En décembre 2022, un règlement de 180 millions de dollars a été conclu avec la RDC pour des actes de corruption entre 2007 et 2018, impliquant des fonctionnaires. Ces paiements, bien que significatifs, n’ont pas pleinement compensé la perte de revenus publics, qui auraient pu financer des services essentiels.
Selon un rapport de la Banque mondiale, la mauvaise gestion des ressources naturelles par des fonctionnaires empêche la RDC de réaliser son potentiel économique, avec une allocation des ressources publiques souvent basée sur des opportunités de pots-de-vin plutôt que sur l’intérêt public. Cela se traduit par des projets inachevés, des infrastructures dégradées et une économie stagnante, aggravant la pauvreté de 64 % des Congolais.
Ramifications sociales et politiques
La corruption des fonctionnaires exacerbe les inégalités sociales, concentrant la richesse entre une élite de mandataires publics, tandis que 64 % des Congolais vivent sous le seuil de pauvreté. Cette disparité alimente le mécontentement social et les tensions, menaçant la stabilité du pays. Sur le plan politique, elle mine les institutions démocratiques. L’analyste politique Justin Ngiese observe : « La nomination à des postes clés de personnalités impliquées dans des affaires de corruption banalise ces pratiques et envoie un signal préoccupant. »
La corruption des agents publics dans les processus électoraux constitue un obstacle majeur à la démocratie. En mai 2025, l’Institut Ebuteli a dénoncé des détournements de machines à voter et des ingérences politiques par des agents de la Commission électorale nationale indépendante (CENI) et des juges de la Cour constitutionnelle. Malgré des recommandations pour restructurer la CENI, peu de progrès ont été réalisés à ce jour, sapant la confiance citoyenne et la crédibilité au niveau internationale.
Efforts pour combattre la corruption
Depuis son arrivée au pouvoir en 2019, le président Félix Tshisekedi a fait de la lutte contre la corruption des agents publics une priorité. C’est ainsi que l’Ordonnance n° 17/03 du 20 mars 2020 a créé l’Agence de Prévention et de Lutte contre la Corruption (APLC), chargée de coordonner les efforts nationaux sur ce sujet. Cependant, l’APLC a été entachée par des scandales. Son premier coordonnateur, Ghislain Kikangala (juin 2020 – juin 2021), a été arrêté en décembre 2020 pour extorsion de 30 000 USD auprès d’Access Bank. Relâché après 24 heures, il a été remplacé pour « préserver l’image de l’agence ». Son successeur, Thierry Mbulamoko (juin 2021 – octobre 2023), a été suspendu pour une tentative de détournement de 36 millions de USD via le cabinet Centurion Law Group, impliquant un litige illégal avec l’État.
Malgré ces revers, l’APLC a lancé des initiatives prometteuses. Sa Stratégie nationale de lutte contre la corruption (2022) vise à réduire la corruption de 60 % d’ici 2026 à travers quatre axes : prévention, répression, détection et sensibilisation, incluant la digitalisation de l’administration et des audits renforcés. En juin 2025, lors d’une conférence à Vienne, le coordonnateur adjoint Michel Victor Lessay a présenté ces efforts, plaidant pour des réformes législatives et une coopération internationale. La ligne bleue 158 permet aux citoyens de dénoncer anonymement la corruption. En juin 2024, le député national Zapamba a déposé une proposition de loi anti-corruption pour aligner le code pénal sur les conventions internationales. En avril 2025, une mesure obligeant tous les agents publics à déclarer leur patrimoine a été adoptée, visant à détecter les enrichissements illicites, bien que freinée par un manque de ressources.
L’Inspection Générale des Finances (IGF) joue un rôle clé. En 2023, Jean-Pierre Lihau, ministre de la Fonction publique, a bloqué les paiements de salaires à des fonctionnaires fictifs, basés sur un rapport de l’IGF, empêchant des détournements. En 2023, deux secrétaires généraux ont été suspendus pour affectation frauduleuse, montrant des efforts pour sanctionner les fonctionnaires corrompus. Des poursuites judiciaires contre des fonctionnaires indélicats ont été lancées, comme rapporté en mai 2023. En décembre 2024, une conférence à Kinshasa a réuni des délégations eouvrant dans le domaine de lutte contre la corruption pour renforcer la collaboration. La société civile, notamment la Ligue Congolaise de Lutte contre la Corruption (LICOCO), aide les citoyens via son Bureau d’assistance juridique et de citoyenneté (CAJAC), particulièrement contre la corruption policière. Cependant, l’impunité et le manque de ressources limitent ces efforts. Un lanceur d’alerte sous couvert d’anonymat, résume : « Dénoncer la corruption est un combat épuisant, mais essentiel pour l’intérêt public. »
Bataille perdue d’avance contre la corruption ?
La corruption des agents publics, fonctionnaires et mandataires de l’État en RDC est un obstacle majeur au progrès. Elle prive les citoyens de services essentiels, freine la croissance économique, aggrave les inégalités et érode la confiance dans les institutions. Des initiatives comme la stratégie nationale de l’APLC, la ligne bleue 158, la déclaration obligatoire de patrimoine, les enquêtes de l’IGF et les poursuites contre des figures comme Matata Ponyo offrent des lueurs d’espoir. Cependant, les scandales impliquant les coordonnateurs de l’APLC et les défis d’application des réformes montrent que, sans une réforme institutionnelle profonde, une application rigoureuse des lois et une volonté politique soutenue, leur impact restera limité. Renforcer la transparence, protéger les lanceurs d’alerte et promouvoir une culture de responsabilité sont cruciaux pour libérer la RDC de l’emprise de la corruption et ouvrir la voie à un avenir prospère.
Heshima Magazine
You may like
Nation
Croissance record en RDC : le paradoxe d’une richesse qui peine à réduire la pauvreté
Published
1 jour agoon
avril 20, 2026By
La redaction
Avec l’une des plus fortes croissances économiques d’Afrique subsaharienne en 2025, la République démocratique du Congo (RDC) affiche des performances macroéconomiques impressionnantes. D’après le Fonds monétaire international (FMI), la RDC est en passe de devenir la cinquième économie de la région, devançant l’Ethiopie en termes de PIB. Pourtant, cette dynamique contraste avec une pauvreté toujours largement répandue, révélant les limites d’un modèle de croissance peu inclusif.
À première vue, les chiffres donnent le tournis : le pays a réalisé 5,5% de croissance, en baisse par rapport à 2024, mais qui reste supérieure à la moyenne d’Afrique subsaharienne chiffrée à 3,5%, d’après le dernier rapport de la Banque mondiale publié en mars 2026. Tirée par les exportations de cobalt et de cuivre, la République démocratique du Congo enregistre une croissance soutenue, saluée par les institutions financières internationales. Sur les tableaux des analystes, le pays apparaît comme une locomotive régionale, notamment au regard de son fort potentiel des ressources naturelles.
D’après les dernières projections du FMI publiées lors des Assemblées de printemps à Washington, la République démocratique du Congo devrait franchir un cap symbolique en 2026 en dépassant l’Éthiopie pour devenir la cinquième économie d’Afrique subsaharienne en termes de produit intérieur brut (PIB). Cette institution financière prévoit que le produit intérieur brut (PIB) de la RDC atteindra 123 milliards de dollars en 2026, contre 122 milliards pour l’Éthiopie. L’Afrique du Sud reste la première économie de la région, suivie du Nigeria, de l’Angola et du Kenya. Bien que l’écart d’un milliard de dollars reste marginal entre les deux pays, cela a été suffisant pour repositionner la RDC dans le cercle restreint de 5 économies d’Afrique sub-saharienne. La RDC profite notamment de la forte demande mondiale en métaux destinés aux batteries pour renflouer son économie et booster sa croissance.
Un paradoxe avec le vécu des Congolais
Mais en RDC, cette embellie semble lointaine dans le vécu quotidien des Congolais. Dans les marchés populaires à Kinshasa, des Kinois jonglent avec des prix qui grimpent parfois plus vite que leurs revenus. « La vie est devenue plus dure », confie une mère de famille, entre deux clients. « On parle de croissance, mais nous, on ne la voit pas. » Ce sentiment est largement partagé dans la plupart des villes du pays, à Kinshasa en particulier où la majorité de la population vit de l’informel.
Malgré les milliards générés par le secteur minier, les retombées peinent à irriguer l’ensemble de l’économie. Les emplois créés restent insuffisants, souvent précaires, et concentrés dans des zones spécifiques. Dans les provinces, l’absence d’infrastructures de base – routes, hôpitaux, électricité, eau potable – freine toute dynamique de développement local.
Une croissance peu inclusive
Le taux de croissance constaté s’explique par une demande mondiale élevée en minerais stratégiques, essentiels à la transition énergétique et aux technologies modernes. Sur le papier, les indicateurs sont au vert : augmentation du produit intérieur brut, afflux d’investissements étrangers et amélioration relative des réserves de change. Le pays confirme ainsi son statut de géant économique potentiel sur le continent. Mais derrière ces chiffres encourageants, la réalité sociale reste préoccupante. Une large partie de la population continue de vivre sous le seuil de pauvreté, avec un accès limité aux services de base tels que l’éducation, la santé, l’eau et l’électricité.
En 2022, environ 73% de la population de la RDC (soit 71,8 millions de personnes) vivait dans une pauvreté extrême, avec moins de 2,15 dollars par jour. En conséquence, environ un quart des personnes vivant dans l’extrême pauvreté dans les pays à faible revenu en Afrique en 2022 vivaient en RDC. En 2025, ces chiffres n’ont pas évolué dans le sens positif. D’après le rapport 2025 de la Banque mondiale, seuls 66% des Congolais en âge de travailler ont un emploi et plus de 81% de la population vit encore sous le seuil de pauvreté. Malgré ses richesses naturelles, une écrasante partie de la population de la RDC vit encore dans des conditions précaires, illustrant les limites d’un modèle de croissance peu inclusif.
Pour certains experts, le problème n’est pas tant la croissance que sa nature. « C’est une croissance extractive, peu redistributive », explique un économiste. C’est-à-dire, une richesse produite en grande partie par et pour un nombre limité d’acteurs, sans véritable effet d’entraînement sur le reste de la société. À cela s’ajoutent des défis bien connus : gouvernance fragile, corruption persistante, et insuffisance des investissements publics dans les secteurs sociaux. Résultat, les inégalités se creusent et la promesse d’un mieux-être collectif tarde à se concrétiser. La forte dépendance à l’industrie extractive, peu intensive en main-d’œuvre, limite l’impact de la croissance sur l’emploi. Parallèlement, la pression démographique accentue les tensions : des millions de jeunes arrivent chaque année sur le marché du travail, sans perspectives suffisantes.
Pourtant, des pistes existent. Diversifier l’économie, soutenir l’agriculture, investir dans l’éducation et la santé, ou encore renforcer la transparence dans la gestion des ressources naturelles : autant de leviers susceptibles de transformer la croissance en progrès tangible pour la population.D’après le rapport de l’Enquête sur les conditions de vie des ménages publié le 12 février 2026 à Kinshasa par l’Institut national de la statistique (INS), près de 68 % de la population vit toujours sous le seuil de pauvreté. Cela indique que plus de 64 millions de Congolais vivent avec moins de 5 000 francs congolais (2 dollars) par jour. Des provinces telles que le Kasaï, le Kwilu et le Tanganyika sont les plus durement touchées par cette extrême pauvreté.
Les causes éventuelles d’une pauvreté persistante
La RDC, souvent décrite comme un « scandale géologique » en raison de l’abondance de ses ressources naturelles, reste confrontée à un taux de pauvreté parmi les plus élevés au monde. Cette situation paradoxale s’explique par plusieurs facteurs. D’abord, l’instabilité politique et les conflits armés récurrents dans l’est du pays fragilisent les structures économiques et sociales. Ensuite, les infrastructures insuffisantes telles que les routes, l’accès à l’électricité, les services de santé et d’éducation, limitent fortement les opportunités de développement, notamment en zones rurales où vit la majorité de la population.
Par ailleurs, la dépendance de l’économie congolaise à l’exploitation minière, souvent peu redistributive, accentue les inégalités. Si le secteur génère d’importants revenus, ceux-ci bénéficient encore trop peu aux populations locales. La corruption et la gouvernance défaillante sont également pointées du doigt comme des obstacles majeurs à une meilleure répartition des richesses. Face à ces défis, des initiatives émergent. Le gouvernement actuel, avec l’appui de partenaires internationaux, multiplie les programmes sociaux et les projets d’infrastructures. Des efforts sont également entrepris pour diversifier l’économie, notamment dans l’agriculture et l’entrepreneuriat local. Toutefois, les résultats restent encore limités au regard de l’ampleur des besoins.
Heshima Magazine
Nation
RDC-Ouganda : les dessous d’une collaboration sur fond de méfiance
Published
4 jours agoon
avril 17, 2026By
La redaction
L’armée ougandaise (UPDF) a annoncé, fin mars 2026, son intention de se retirer de plusieurs positions dans le territoire de Lubero, au Nord-Kivu et jusqu’à Mahagi, en Ituri. Ce désengagement, confirmé par le chef d’état-major Muhoozi Kainerugaba, se fera, selon lui, en coordination avec Kinshasa, juste après le retrait des rebelles du M23 de la zone. Bien avant cette annonce qui, du reste, n’est pas officialisée, l’Ouganda voulait obtenir la démission du gouverneur militaire de l’Ituri. Une stratégie de pression sur Kinshasa qui interroge sur les véritables motivations de Kampala. Son intervention militaire aux côtés des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) dans la traque des rebelles ADF pourrait bien cacher d’autres motivations, essentiellement économiques.
L’UPDF (Uganda People’s Defence Force) est déployée en Ituri, dans le nord-est de la RDC dans le cadre de l’opération Shujaa depuis fin 2021, collaborant avec les FARDC contre les rebelles ougandais de l’Alliance des forces démocratiques (ADF). Cette mutualisation FARDC-UPDF vise à neutraliser ce groupe armé qui a fait allégeance à l’Etat islamique. Ce groupe est présent en Ituri et au Nord-Kivu. Officiellement, il s’agit de combattre l’insécurité. Cependant, cette présence vise également à sécuriser les intérêts économiques ougandais (routes, or, bois et pétrole du lac Albert).
A ce jour, cette mutualisation des forces n’a pas permis d’arrêter les attaques des ADF contre des civils aussi bien en Ituri qu’au Nord-Kivu. Loin de renforcer la sécurité des Congolais et des Ougandais dans les zones frontalières, cette alliance semble avant tout servir les intérêts économiques ougandais, notamment en matière d’exportation d’or.
Les chiffres d’exportation d’or explosent en Ouganda
L’Ouganda n’est pas un producteur massif d’or. Cependant, il enregistre des chiffres record sur l’exportation de ce minerai. Une croissance due à l’augmentation des prix mais surtout au trafic favorisé par l’instabilité de la région, principalement dans l’Est de la RDC. L’Ouganda a vu ses revenus d’exportation d’or atteindre des chiffres records. Selon la Banque d’Ouganda, en 2019, ces revenus s’élevaient à 1,26 milliard de dollars, les exportations d’or ont ensuite culminé à 2,3 milliards de dollars en 2023, puis à 3,3 milliards de dollars en 2024. D’après des prévisions pour 2025, ces revenus devraient atteindre 6,4 milliards de dollars.
Cette croissance est principalement due à l’augmentation du prix de l’or, qui avoisinait l’année dernière 5.000 dollars l’once. L’or représente désormais 47% des revenus d’exportation de l’Ouganda, surpassant largement d’autres produits phares comme le café et le cacao. Malgré ces chiffres impressionnants, l’Ouganda n’est pas devenu un producteur massif d’or, note TV5 Monde. Lors d’un récent forum économique, le gouverneur adjoint de la Banque centrale ougandaise, Augustus Nuwagaba, a admis que l’or exporté par le pays pourrait ne pas provenir de ses propres mines. « Il se peut qu’il ne soit pas à nous », avait-il déclaré. Mais d’où vient l’or exporté par l’Ouganda ?
L’insécurité en RDC profite à l’économie ougandaise
L’Ouganda profite du trafic d’or en provenance de pays voisins, notamment de la RDC. Riche en ressources aurifères, ce pays partage une frontière avec l’Ouganda dans des zones comme l’Ituri et le Nord-Kivu. Ces régions sont non seulement riches en or, mais aussi en proie à des conflits armés. Ce qui favorise le trafic de ce métal jaune notamment vers l’Ouganda. En Ituri, par exemple, l’or est très présent, particulièrement dans les territoires de Djugu, Mahagi et Mambasa, s’appuyant sur des gisements historiques (Kilo-Moto). Cette ressource, exploitée à la fois de manière artisanale et industrielle, alimente une économie de guerre contrôlée en partie par des groupes armés et réseaux criminels, générant d’importants flux financiers illicites. Selon l’étude d’une ONG anti-corruption, environ 95 % de l’or exporté depuis l’Ouganda est illicite.
En état de siège depuis plus de 4 ans, la province de l’Ituri n’a pas toujours recouvré la paix totalement. Le gouverneur militaire, le lieutenant-général Johnny Luboya entretient des rapports tendus avec des trafiquants d’or. L’Ouganda également n’apprécie pas cet officier congolais. Le chef d’état-major de l’armée ougandaise, le général Muhoozi Kainerugaba ne cache pas son hostilité envers ce gouverneur militaire, appelant parfois à son arrestation sur les réseaux sociaux. L’Ouganda a même formulé une demande formelle pour solliciter son remplacement. D’après les informations révélées par Africa Intelligence, le pouvoir de Félix Tshisekedi a rejeté ces demandes de l’armée ougandaise, qui réclamait l’éviction de ce gouverneur militaire.
Sécuriser ses investissements pétroliers
En dehors du trafic d’or à son avantage, l’Ouganda vise aussi la sécurisation de ses intérêts économiques dans la région. Des intérêts qui empiètent sur la zone d’influence du voisin rwandais, estime le rapport d’un groupe d’experts de l’ONU publié en août 2024. En dehors des intérêts sécuritaires, le gouvernement ougandais se concentre sur la sécurisation de ses investissements pétroliers et le renforcement des réseaux commerciaux vers la RDC, où ses exportations formelles ont représenté en 2019 « 156 millions de dollars » et les exportations informelles, constituées en majorité de biens industriels, « 330 millions de dollars ».
Des accointances avec le M23 et la CRP
La collaboration militaire entre la RDC et l’Ouganda s’opère dans un climat de méfiance, avec des allégations de soutien de Kampala à d’autres groupes rebelles, comme le M23 mais aussi la Convention pour la révolution populaire (CRP) de Thomas Lubanga. Ce dernier s’est même exilé en Ouganda mais son groupe mène des combats contre l’armée congolaise en Ituri. L’Ouganda a joué un rôle discret mais documenté dans la résurgence du M23, en facilitant le retour de son chef militaire en RDC en 2017 et en servant de vivier de recrutement pour la rébellion, selon un rapport publié en avril 2026 par le Congo Research Group (CRG) et le Center on International Cooperation (CIC) de l’Université de New York. Ce document note également que des officiers de l’armée ougandaise (UPDF) ont également été signalés comme participant aux sessions de formation militaire dispensées aux recrues du M23 dans le camp de Tchanzu, en RDC, aux côtés d’officiers des Forces de défense rwandaises en 2021. Mais ce rapport ne précise pas la nature exacte des arrangements entre Kampala et le M23. Difficile de savoir si ces facilitations reflètent une politique délibérée de Kampala ou il s’agit simplement des initiatives individuelles de la part de certains officiers militaires ougandais.
Depuis le lancement de ces opérations dénommées « Shuuja » visant à neutraliser les ADF, les autorités congolaises et ougandaises affichent officiellement une volonté commune de restaurer la paix. Malgré des engagements répétés en faveur d’une coopération sécuritaire renforcée, les relations entre la République démocratique du Congo et l’Ouganda restent marquées par une profonde méfiance, notamment en ce qui concerne leurs opérations militaires conjointes dans l’est du pays. Malgré ce climat de méfiance, Kinshasa et Kampala poursuivent cette collaboration. Le 21 juin dernier, le président congolais Félix Tshisekedi avait reçu à la Cité de l’Union africaine, à Kinshasa, le général Muhoozi Kainerugaba, fils du président Yoweri Kaguta Museveni et chef d’état-major de l’armée. La veille de cette rencontre, le 20 juin, les responsables des armées de deux pays avaient signé un accord pour poursuivre leur opération militaire conjointe contre les rebelles ADF.
Heshima Magazine
Nation
RDC : comment le gouvernement compte utiliser les fonds de 1,25 milliard USD d’eurobonds ?
Published
7 jours agoon
avril 14, 2026By
La redaction
La République démocratique du Congo a mobilisé 1,25 milliard de dollars sur les marchés financiers internationaux à travers une émission d’eurobonds le 9 avril 2026. Lors d’une conférence de presse tenue le 13 avril à Kinshasa, le ministre des Finances, Doudou Fwamba, a présenté les projets prioritaires à financer, dans un contexte de besoins urgents pour soutenir le développement économique et social du pays.
L’émission d’eurobonds réalisée par la République démocratique du Congo s’inscrit dans une stratégie de diversification des sources de financement. Selon le ministère des Finances, cette levée de fonds vise principalement à financer des projets d’infrastructures, notamment dans les transports et l’énergie, considérés comme des leviers essentiels de croissance. Près de la moitié des projets prévus dans ce financement concernent la ville de Kinshasa, capitale du pays, confrontée à une démographie galopante sans moyens de transport et autres infrastructures de base. Une partie de fonds levés vise à construire un nouveau terminal de 49 000 m² à l’aéroport de N’djili, capable d’accueillir 5 millions de passagers par an.
Quelque 300 kilomètres de routes sont également prévus, ainsi qu’une rocade de 31 kilomètres avec échangeurs et ponts. Les autres investissements visent le développement d’un réseau de lignes de transmission électrique de 330 KV permettant une connexion entre la Zambie et la « ceinture de cuivre » de la RDC, une centrale hydroélectrique de 64 mégawatts et des réseaux de distribution dans la province du Kasaï-Central.
Dans d’autres villes du pays, ces fonds vont également financer la création de centres de formation professionnelle précisément dans quatre villes. Il y a aussi la modernisation de la route entre la ville de Kisangani, chef-lieu de la province de la Tshopo, et Beni, dans la province du Nord-Kivu, longue de 750 kilomètres.
Des craintes sur la transparence de fonds persistent…
Si le gouvernement met en avant des investissements structurants, experts et institutions appellent à la transparence dans la gestion de ces fonds mais aussi à la prudence face aux risques de surendettement. D’après des analyses de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international, la RDC fait face à un déficit important en infrastructures, ce qui freine son développement économique. Les investissements dans les routes, les barrages et les réseaux électriques pourraient ainsi améliorer la connectivité et soutenir l’industrialisation, en particulier dans les zones minières. Mais la gestion de ces réalisations pose de doute quant à la transparence. « Nous voulons un témoin, le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), pour assurer le suivi de la gestion de ces ressources. Nous allons, pour la transparence, informer la population sur l’affectation du 1,25 milliard mobilisé. D’ici un an, nous inviterons les investisseurs à constater concrètement les réalisations. », a répondu Doudou Fwamba face aux craintes sur la transparence dans la gestion de ces fonds. Ces craintes sont exprimées suite à des précédents en Afrique subsaharienne qui montrent que l’absence de suivi rigoureux peut limiter l’impact réel de tels financements sur les conditions de vie des populations. La Banque africaine de développement (BAD) souligne, dans certains de ses rapports, que l’efficacité de la dépense publique reste un enjeu clé pour maximiser les retombées économiques.
Eurobonds, la RDC très crédible sur le marché ?
Le pays a accompli un pas de plus en accédant aux marchés internationaux des capitaux. C’est un moyen pour la RDC de diversifier ses sources de financements. Plusieurs facteurs ont joué pour la réussite de cette opération. Coordonnée notamment par la Rawbank au niveau de la région, cette opération d’eurobonds est la conséquence d’une discipline budgétaire observée ces derniers temps au pays.
Le faible niveau d’endettement public de la RDC a aussi pesé en faveur de Kinshasa dans les calculs des investisseurs. Kinshasa n’avait soumis que des demandes pour 1,25 milliard de dollars, mais a reçu des soumissions frôlant les 5 milliards de dollars. Le ministre des Finances justifie le refus du fonds supplémentaire par le fait que le gouvernement n’avait en main que des projets avec étude de faisabilité coutant le 1,25 milliard de dollars sollicité. « Nous ne pouvions pas accepter toutes ces soumissions. Nous n’avions que des projets avec des études de faisabilité pour le montant sollicité », a fait savoir le ministre des Finances qui s’est réjoui non pas du milliard reçu mais de la « crédibilité certifiée » que le pays a gagné dans ce processus. Doudou Fwamba célèbre donc la « reconnaissance des efforts » du président Félix Tshisekedi et l’entrée « très réussie » de la RDC dans la finance internationale.
Pour réussir cette opération, la Rawbank, première banque de la RDC, a agi aux côtés des leaders mondiaux tels que Citigroup et Standard Chartered Bank comme arrangeurs et coordinateurs des souscriptions au niveau global. « Nous sommes fiers d’avoir accompagné cette opération, qui ouvre la voie à de nouveaux financements internationaux, y compris pour les émetteurs non souverains », a déclaré Mustafa Rawji, directeur général de la Rawbank. Avec cet emprunt, le taux d’endettement du pays passe de 18,1 % à 19,5 % du PIB, un niveau toujours inférieur à celui de pays comme la Namibie, l’Angola ou le Kenya. Kinshasa prévoit de constituer des provisions annuelles pour son remboursement.
Si les 1,25 milliard de dollars d’eurobonds offrent à la République démocratique du Congo une opportunité d’accélérer son développement, leur réussite dépendra de la capacité du gouvernement à conjuguer discipline budgétaire, transparence et efficacité dans l’exécution des projets, sous le regard attentif des partenaires comme le Fonds monétaire international et la Banque mondiale.
Heshima Magazine
Trending
-
Nation3 semaines agoFinale barrage RDC-Jamaïque : les Léopards face à l’histoire !
-
Nation2 semaines agoAccueil des migrants des États-Unis en RDC : Kinshasa marginalise le rôle de Kigali auprès de Washington ?
-
Nation2 semaines agoDébat sur le changement de Constitution : sous Tshisekedi, la rue peut-elle encore gronder ?
-
Nation4 semaines agoRDC : la crise du carburant aux portes de Kinshasa ?
-
Nation2 semaines agoSimon Kimbangu, retour sur une figure anticoloniale majeure de l’histoire de la RDC
-
Nation3 semaines agoMondial 2026 : Ce passé sombre de 1974 que les Léopards devraient corriger en juin prochain
-
Nation4 semaines agoRDC : Tshisekedi veut relacer le Grand Inga, un géant énergétique freiné depuis un demi-siècle
-
Nation3 semaines agoConférence des gouverneurs en RDC : un accélérateur pour le développement local ?




























































