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RDC : Après sa démission, Kamerhe va-t-il rejoindre l’opposition ?
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La redaction
Alors que les députés devaient voter sa destitution lors d’une plénière le 22 septembre 2025, Vital Kamerhe a anticipé en démissionnant de ses fonctions de président de l’Assemblée nationale. Bien que dans son discours l’homme ait renouvelé son soutien au chef de l’État, cet allié de première heure de Félix Tshisekedi va-t-il rester longtemps dans l’Union sacrée de la Nation ? Certains observateurs le redoutent…
Vital Kamerhe a annoncé sa démission devant la conférence des présidents de commissions et de groupes parlementaires. Il a déclaré : « J’ai décidé devant 110 millions de Congolais que ma petite personne ne doit pas bloquer une grande institution, comme l’Assemblée nationale ». VK a rappelé que c’est lui, porté par l’amour de la patrie, qui a « activement œuvré » à l’avènement de l’alternance pacifique de 2018 en faveur de l’actuel chef de l’État. Le président de l’Union pour la Nation Congolaise (UNC), qui a fait une alliance stratégique à Nairobi avec Félix Tshisekedi après avoir tourné le dos au conclave de l’opposition à Genève, se sent comme un pionnier méconnu du pouvoir de Félix Tshisekedi. « Aujourd’hui, je me réjouis de constater que nombreux sont ceux qui nous ont rejoints et ont épousé cette conviction que nous étions si peu à partager en son temps : celle d’une refondation de notre État autour du président Félix Tshisekedi », a-t-il déclaré en direction des membres de l’Union sacrée devenus aujourd’hui plus « tshisekedistes ».
Une pétition massive et des griefs multiples
La pression sur Kamerhe était devenue insoutenable. Selon plusieurs médias, la pétition contre lui avait recueilli 262 signatures, bien au-delà de la majorité requise par le règlement intérieur. Cette mobilisation historique incluait un nombre significatif de députés de sa propre majorité, illustrant l’ampleur de la rupture avec son camp.
À la tête des frondeurs se trouvait Crispin Mbindule, député membre de l’UDPS-Tshisekedi et ironiquement ancien cadre de l’UNC de Kamerhe. Les pétitionnaires reprochaient au bureau Kamerhe une « gestion opaque » des finances de l’institution, le « blocage du contrôle parlementaire », la « non-prise en compte de la situation sociale des députés », ainsi que dix mois d’arriérés dans les frais de fonctionnement et la couverture médicale des élus.
Malgré sa démission, l’élu de Bukavu dénonce des irrégularités dans la pétition qui le visait. Le désormais ex-président de l’Assemblée nationale décèle, selon lui, un vice de forme majeur : l’un des signataires, le numéro 42, ne figurerait pas sur la liste actualisée des parlementaires de la législature en cours. Pourtant, le règlement intérieur est clair : l’article 31 stipule que la mise en cause d’un membre du bureau ne peut émaner que des députés nationaux. Pour Kamerhe, c’est bien clair : cette pétition « n’est pas l’œuvre exclusive de députés nationaux ».
Les tentatives d’apaisement qui ont échoué
Confronté à cette fronde, Kamerhe avait tenté une stratégie d’apaisement. Le 15 septembre, en séance plénière, il avait présenté des excuses publiques à ses collègues, reconnaissant que ses paroles ou son comportement avaient pu les heurter. Mais cette démarche n’avait pas convaincu. Pour Crispin Mbindule, ces excuses sonnaient comme un aveu : « Monsieur Kamerhe a demandé pardon, il doit savoir que nous ne pardonnons pas. Nous poursuivons notre procédure législative ».
L’épisode avait même pris une tournure inédite : l’administration parlementaire avait subitement fermé ses portes le jour du dépôt de la pétition, laissant planer le soupçon d’une manœuvre dilatoire. Mais la détermination des signataires avait prévalu avec l’intervention d’un huissier de justice pour valider le dépôt.
Tshisekedi fait le « Ponce Pilate »
Depuis New York où il séjournait pour la 80ème Assemblée générale des Nations Unies, Félix Tshisekedi a commenté la démission de Vital Kamerhe. Il nie avoir été à la base de ce départ et évoque « une cuisine interne » entre les députés et leur bureau. « S’ils ont décidé de défier leur président, c’est leur cuisine interne. Mon rôle à moi est que les droits de tout le monde soient respectés et que la stabilité de l’institution elle-même soit sauvegardée, c’est ce qui m’importe », a-t-il déclaré en répondant à une question de la presse.
Le président avait pourtant organisé une réunion interinstitutionnelle début septembre 2025 au Palais de la Nation, rassemblant Vital Kamerhe, Lukonde Sama (président du Sénat), la Première ministre Judith Suminwa, ainsi que Dieudonné Kamuleta (président du conseil supérieur de la magistrature et président de la Cour Constitutionnelle), pour tracer une feuille de route commune face aux tensions parlementaires. Le mot d’ordre était que « la rentrée parlementaire se fasse dans la sérénité, le calme ».
Quant à savoir si Vital Kamerhe pourrait quitter la majorité pour l’opposition, le chef de l’État lui laisse un champ libre : « Sauf si Monsieur Vital Kamerhe en décide autrement mais je ne vois pas pourquoi. Parce que je ne suis pas à la base justement de sa démission ni de ses problèmes, je ne vois pas pourquoi il va vouloir me tourner le dos, je n’y suis pour rien. » Félix Tshisekedi dit continuer à le considérer comme « un allié, comme un frère ». Le chef de l’État congolais laisse donc à son allié de décider de la trajectoire politique à prendre.
L’Accord de Nairobi : un pacte trahi ?
L’histoire politique de Félix Tshisekedi et Vital Kamerhe est marquée par l’accord de Nairobi signé en novembre 2018. Cet accord, scellant une alliance pour conquérir le pouvoir après leur retrait de l’accord de Genève qui désignait Martin Fayulu comme candidat commun de l’opposition, prévoyait un partage équilibré des responsabilités.
En 2018, Félix Tshisekedi avait promis : « Nous allons gouverner ensemble, et tous au même niveau sans qu’il y ait un qui essaie de mater l’autre ». L’accord désignait même Kamerhe comme directeur de campagne et Premier ministre en cas de victoire.
Cependant, les termes de cet engagement n’ont jamais été respectés, Kamerhe n’ayant pas obtenu le soutien de Tshisekedi en 2023 comme candidat président de la République. Vital Kamerhe n’a pas non plus obtenu la Primature après la fin de la coalition de gouvernance FCC-CACH entre Félix Tshisekedi et l’ancien président de la République, Joseph Kabila. Le chef de l’État a préféré nommer Jean-Michel Sama Lukonde après le départ de Sylvestre Ilunga Ilunkamba.
Ce déséquilibre a souvent nourri une rivalité latente. De nombreux partisans de Vital Kamerhe estiment avoir été systématiquement lésés par l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS) dans cet accord.
Un complot orchestré ?
Selon le média Congo Forum, certains kameristes évoquent un « plan savamment orchestré » pour se débarrasser d’un allié devenu trop influent. Un récent article de Jeune Afrique avait mis en lumière le rôle présumé de Tony Kanku et Guy Loando, qui auraient favorisé la montée rapide de la pétition contre Kamerhe, agissant potentiellement au nom du président Félix Tshisekedi.
Le secrétaire général de l’UDPS, Augustin Kabuya, avait reçu une délégation de l’UNC conduite par Billy Kambale le 21 septembre 2025. Cette délégation avait relevé que plusieurs responsables impliqués dans l’affaire Kamerhe étaient membres de l’UDPS : Crispin Mbindule (initiateur de la pétition), Jean-Claude Tshilumbayi (premier vice-président qui devait présider la plénière), et Peter Kazadi (président de la commission spéciale). Kabuya avait promis de « réagir aux préoccupations soulevées » après analyse.
Kamerhe et la répétition de l’histoire…
L’histoire se répète pour Vital Kamerhe. Comme le souligne 7sur7.cd, « 15 ans, jour pour jour, Vital Kamerhe avait démissionné de sa fonction de président de l’Assemblée nationale » en 2009. Alors secrétaire général du PPRD de Joseph Kabila, il avait été contraint à la démission après avoir critiqué la décision de Joseph kabila autorisant l’entrée des troupes rwandaises sur le sol congolais sans information préalable du Parlement.
Selon les câbles diplomatiques américains révélés par WikiLeaks, Joseph Kabila aurait même usé de pressions, dont de « très copieux pots-de-vin » (200 000 dollars par membre du bureau) et de possibles menaces, pour obtenir la démission de Kamerhe en 2009. L’ambassadeur américain de l’époque avait établi que Kabila voyait en Kamerhe « un sérieux rival potentiel » et que ce dernier « venait de franchir la ligne rouge ».
En décembre 2010, Vital Kamerhe avait basculé dans l’opposition et lancé son propre parti politique, l’UNC, se portant candidat à l’élection présidentielle du 28 novembre 2011, se classant troisième avec 7,74% des suffrages.
En mai 2024, dans le cadre de son alliance avec Félix Tshisekedi, Vital Kamerhe retrouvait, quinze ans après, le perchoir de l’Assemblée nationale. Candidat unique de la majorité présidentielle, il avait été élu avec 371 voix lors de l’installation du bureau définitif. Mais à peine un an plus tard, l’histoire s’est accélérée : menacé de destitution, il a préféré devancer l’inévitable en présentant sa démission, son sort étant déjà scellé. »
Des signes de désalignement
Le politologue Christian Moleka, contacté par l’AFP, explique que « plusieurs prises de position de Vital Kamerhe sur des questions centrales comme la réforme constitutionnelle ou le dialogue politique ont été perçues comme s’éloignant des positions du président Tshisekedi ». Cette perception d’un « désalignement » progressif avec le pouvoir a alimenté les critiques contre lui.
Zacharie Bababaswe, opérateur politique et député provincial du Kasaï-Central, estime que Vital Kamerhe a « navigué à contre-courant et a commis plusieurs erreurs impardonnables ». « Il a profité du perchoir et de son statut de président de l’Assemblée nationale pour passer des messages personnels qui sont contre la vision du président et de son gouvernement », explique-t-il, l’accusant notamment d’avoir utilisé un voyage officiel pour rencontrer à Paris des représentants de Joseph Kabila et de l’ancien président sud-africain, Thabo Mbeki.
Kamerhe va-t-il rejoindre l’opposition ?
La démission de Vital Kamerhe ouvre désormais plusieurs interrogations sur son avenir politique. Les possibles ambitions présidentielles pour 2028 vont désormais animer le camp Kamerhe. « Il est presque certain que Félix Tshisekedi ne laissera pas la voie libre à Vital Kamerhe pour jouer le rôle de dauphin en 2028. Si Kamerhe veut être candidat, il doit batailler seul ou en coalition avec d’autres forces politiques, probablement de l’opposition », explique Jean-Claude Elebe, un politologue congolais.
Le précédent de 2009-2010 reste dans tous les esprits. Après sa première démission forcée, Kamerhe avait quitté le PPRD de Kabila pour créer l’UNC et rejoindre l’opposition. Sa démission s’était accompagnée d’une rapide réorientation politique qui l’avait mené vers la candidature présidentielle de 2011.
Cette fois-ci, bien qu’il ait réitéré sa « loyauté à servir la nation aux côtés de Félix Tshisekedi », les observateurs s’interrogent sur la sincérité de cet engagement après une telle humiliation politique.
Le départ de Vital Kamerhe ouvre également la voie à des nouvelles ambitions au sein de l’Assemblée nationale. D’aucuns veulent voir un ressortissant de l’Équateur ou de la Grande Orientale prendre la direction de cette chambre législative. Mais rien n’est encore décidé, et la recomposition des équilibres politiques au sein de l’Union sacrée pourrait prendre du temps.
L’avenir politique de Vital Kamerhe reste donc incertain, mais son parcours passé suggère qu’un homme de sa trempe politique ne restera pas longtemps dans l’ombre. La question n’est plus de savoir s’il quittera l’Union sacrée, mais plutôt quand et dans quelles conditions il le fera.
Heshima Magazine
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Croissance record en RDC : le paradoxe d’une richesse qui peine à réduire la pauvreté
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1 jour agoon
avril 20, 2026By
La redaction
Avec l’une des plus fortes croissances économiques d’Afrique subsaharienne en 2025, la République démocratique du Congo (RDC) affiche des performances macroéconomiques impressionnantes. D’après le Fonds monétaire international (FMI), la RDC est en passe de devenir la cinquième économie de la région, devançant l’Ethiopie en termes de PIB. Pourtant, cette dynamique contraste avec une pauvreté toujours largement répandue, révélant les limites d’un modèle de croissance peu inclusif.
À première vue, les chiffres donnent le tournis : le pays a réalisé 5,5% de croissance, en baisse par rapport à 2024, mais qui reste supérieure à la moyenne d’Afrique subsaharienne chiffrée à 3,5%, d’après le dernier rapport de la Banque mondiale publié en mars 2026. Tirée par les exportations de cobalt et de cuivre, la République démocratique du Congo enregistre une croissance soutenue, saluée par les institutions financières internationales. Sur les tableaux des analystes, le pays apparaît comme une locomotive régionale, notamment au regard de son fort potentiel des ressources naturelles.
D’après les dernières projections du FMI publiées lors des Assemblées de printemps à Washington, la République démocratique du Congo devrait franchir un cap symbolique en 2026 en dépassant l’Éthiopie pour devenir la cinquième économie d’Afrique subsaharienne en termes de produit intérieur brut (PIB). Cette institution financière prévoit que le produit intérieur brut (PIB) de la RDC atteindra 123 milliards de dollars en 2026, contre 122 milliards pour l’Éthiopie. L’Afrique du Sud reste la première économie de la région, suivie du Nigeria, de l’Angola et du Kenya. Bien que l’écart d’un milliard de dollars reste marginal entre les deux pays, cela a été suffisant pour repositionner la RDC dans le cercle restreint de 5 économies d’Afrique sub-saharienne. La RDC profite notamment de la forte demande mondiale en métaux destinés aux batteries pour renflouer son économie et booster sa croissance.
Un paradoxe avec le vécu des Congolais
Mais en RDC, cette embellie semble lointaine dans le vécu quotidien des Congolais. Dans les marchés populaires à Kinshasa, des Kinois jonglent avec des prix qui grimpent parfois plus vite que leurs revenus. « La vie est devenue plus dure », confie une mère de famille, entre deux clients. « On parle de croissance, mais nous, on ne la voit pas. » Ce sentiment est largement partagé dans la plupart des villes du pays, à Kinshasa en particulier où la majorité de la population vit de l’informel.
Malgré les milliards générés par le secteur minier, les retombées peinent à irriguer l’ensemble de l’économie. Les emplois créés restent insuffisants, souvent précaires, et concentrés dans des zones spécifiques. Dans les provinces, l’absence d’infrastructures de base – routes, hôpitaux, électricité, eau potable – freine toute dynamique de développement local.
Une croissance peu inclusive
Le taux de croissance constaté s’explique par une demande mondiale élevée en minerais stratégiques, essentiels à la transition énergétique et aux technologies modernes. Sur le papier, les indicateurs sont au vert : augmentation du produit intérieur brut, afflux d’investissements étrangers et amélioration relative des réserves de change. Le pays confirme ainsi son statut de géant économique potentiel sur le continent. Mais derrière ces chiffres encourageants, la réalité sociale reste préoccupante. Une large partie de la population continue de vivre sous le seuil de pauvreté, avec un accès limité aux services de base tels que l’éducation, la santé, l’eau et l’électricité.
En 2022, environ 73% de la population de la RDC (soit 71,8 millions de personnes) vivait dans une pauvreté extrême, avec moins de 2,15 dollars par jour. En conséquence, environ un quart des personnes vivant dans l’extrême pauvreté dans les pays à faible revenu en Afrique en 2022 vivaient en RDC. En 2025, ces chiffres n’ont pas évolué dans le sens positif. D’après le rapport 2025 de la Banque mondiale, seuls 66% des Congolais en âge de travailler ont un emploi et plus de 81% de la population vit encore sous le seuil de pauvreté. Malgré ses richesses naturelles, une écrasante partie de la population de la RDC vit encore dans des conditions précaires, illustrant les limites d’un modèle de croissance peu inclusif.
Pour certains experts, le problème n’est pas tant la croissance que sa nature. « C’est une croissance extractive, peu redistributive », explique un économiste. C’est-à-dire, une richesse produite en grande partie par et pour un nombre limité d’acteurs, sans véritable effet d’entraînement sur le reste de la société. À cela s’ajoutent des défis bien connus : gouvernance fragile, corruption persistante, et insuffisance des investissements publics dans les secteurs sociaux. Résultat, les inégalités se creusent et la promesse d’un mieux-être collectif tarde à se concrétiser. La forte dépendance à l’industrie extractive, peu intensive en main-d’œuvre, limite l’impact de la croissance sur l’emploi. Parallèlement, la pression démographique accentue les tensions : des millions de jeunes arrivent chaque année sur le marché du travail, sans perspectives suffisantes.
Pourtant, des pistes existent. Diversifier l’économie, soutenir l’agriculture, investir dans l’éducation et la santé, ou encore renforcer la transparence dans la gestion des ressources naturelles : autant de leviers susceptibles de transformer la croissance en progrès tangible pour la population.D’après le rapport de l’Enquête sur les conditions de vie des ménages publié le 12 février 2026 à Kinshasa par l’Institut national de la statistique (INS), près de 68 % de la population vit toujours sous le seuil de pauvreté. Cela indique que plus de 64 millions de Congolais vivent avec moins de 5 000 francs congolais (2 dollars) par jour. Des provinces telles que le Kasaï, le Kwilu et le Tanganyika sont les plus durement touchées par cette extrême pauvreté.
Les causes éventuelles d’une pauvreté persistante
La RDC, souvent décrite comme un « scandale géologique » en raison de l’abondance de ses ressources naturelles, reste confrontée à un taux de pauvreté parmi les plus élevés au monde. Cette situation paradoxale s’explique par plusieurs facteurs. D’abord, l’instabilité politique et les conflits armés récurrents dans l’est du pays fragilisent les structures économiques et sociales. Ensuite, les infrastructures insuffisantes telles que les routes, l’accès à l’électricité, les services de santé et d’éducation, limitent fortement les opportunités de développement, notamment en zones rurales où vit la majorité de la population.
Par ailleurs, la dépendance de l’économie congolaise à l’exploitation minière, souvent peu redistributive, accentue les inégalités. Si le secteur génère d’importants revenus, ceux-ci bénéficient encore trop peu aux populations locales. La corruption et la gouvernance défaillante sont également pointées du doigt comme des obstacles majeurs à une meilleure répartition des richesses. Face à ces défis, des initiatives émergent. Le gouvernement actuel, avec l’appui de partenaires internationaux, multiplie les programmes sociaux et les projets d’infrastructures. Des efforts sont également entrepris pour diversifier l’économie, notamment dans l’agriculture et l’entrepreneuriat local. Toutefois, les résultats restent encore limités au regard de l’ampleur des besoins.
Heshima Magazine
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RDC-Ouganda : les dessous d’une collaboration sur fond de méfiance
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4 jours agoon
avril 17, 2026By
La redaction
L’armée ougandaise (UPDF) a annoncé, fin mars 2026, son intention de se retirer de plusieurs positions dans le territoire de Lubero, au Nord-Kivu et jusqu’à Mahagi, en Ituri. Ce désengagement, confirmé par le chef d’état-major Muhoozi Kainerugaba, se fera, selon lui, en coordination avec Kinshasa, juste après le retrait des rebelles du M23 de la zone. Bien avant cette annonce qui, du reste, n’est pas officialisée, l’Ouganda voulait obtenir la démission du gouverneur militaire de l’Ituri. Une stratégie de pression sur Kinshasa qui interroge sur les véritables motivations de Kampala. Son intervention militaire aux côtés des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) dans la traque des rebelles ADF pourrait bien cacher d’autres motivations, essentiellement économiques.
L’UPDF (Uganda People’s Defence Force) est déployée en Ituri, dans le nord-est de la RDC dans le cadre de l’opération Shujaa depuis fin 2021, collaborant avec les FARDC contre les rebelles ougandais de l’Alliance des forces démocratiques (ADF). Cette mutualisation FARDC-UPDF vise à neutraliser ce groupe armé qui a fait allégeance à l’Etat islamique. Ce groupe est présent en Ituri et au Nord-Kivu. Officiellement, il s’agit de combattre l’insécurité. Cependant, cette présence vise également à sécuriser les intérêts économiques ougandais (routes, or, bois et pétrole du lac Albert).
A ce jour, cette mutualisation des forces n’a pas permis d’arrêter les attaques des ADF contre des civils aussi bien en Ituri qu’au Nord-Kivu. Loin de renforcer la sécurité des Congolais et des Ougandais dans les zones frontalières, cette alliance semble avant tout servir les intérêts économiques ougandais, notamment en matière d’exportation d’or.
Les chiffres d’exportation d’or explosent en Ouganda
L’Ouganda n’est pas un producteur massif d’or. Cependant, il enregistre des chiffres record sur l’exportation de ce minerai. Une croissance due à l’augmentation des prix mais surtout au trafic favorisé par l’instabilité de la région, principalement dans l’Est de la RDC. L’Ouganda a vu ses revenus d’exportation d’or atteindre des chiffres records. Selon la Banque d’Ouganda, en 2019, ces revenus s’élevaient à 1,26 milliard de dollars, les exportations d’or ont ensuite culminé à 2,3 milliards de dollars en 2023, puis à 3,3 milliards de dollars en 2024. D’après des prévisions pour 2025, ces revenus devraient atteindre 6,4 milliards de dollars.
Cette croissance est principalement due à l’augmentation du prix de l’or, qui avoisinait l’année dernière 5.000 dollars l’once. L’or représente désormais 47% des revenus d’exportation de l’Ouganda, surpassant largement d’autres produits phares comme le café et le cacao. Malgré ces chiffres impressionnants, l’Ouganda n’est pas devenu un producteur massif d’or, note TV5 Monde. Lors d’un récent forum économique, le gouverneur adjoint de la Banque centrale ougandaise, Augustus Nuwagaba, a admis que l’or exporté par le pays pourrait ne pas provenir de ses propres mines. « Il se peut qu’il ne soit pas à nous », avait-il déclaré. Mais d’où vient l’or exporté par l’Ouganda ?
L’insécurité en RDC profite à l’économie ougandaise
L’Ouganda profite du trafic d’or en provenance de pays voisins, notamment de la RDC. Riche en ressources aurifères, ce pays partage une frontière avec l’Ouganda dans des zones comme l’Ituri et le Nord-Kivu. Ces régions sont non seulement riches en or, mais aussi en proie à des conflits armés. Ce qui favorise le trafic de ce métal jaune notamment vers l’Ouganda. En Ituri, par exemple, l’or est très présent, particulièrement dans les territoires de Djugu, Mahagi et Mambasa, s’appuyant sur des gisements historiques (Kilo-Moto). Cette ressource, exploitée à la fois de manière artisanale et industrielle, alimente une économie de guerre contrôlée en partie par des groupes armés et réseaux criminels, générant d’importants flux financiers illicites. Selon l’étude d’une ONG anti-corruption, environ 95 % de l’or exporté depuis l’Ouganda est illicite.
En état de siège depuis plus de 4 ans, la province de l’Ituri n’a pas toujours recouvré la paix totalement. Le gouverneur militaire, le lieutenant-général Johnny Luboya entretient des rapports tendus avec des trafiquants d’or. L’Ouganda également n’apprécie pas cet officier congolais. Le chef d’état-major de l’armée ougandaise, le général Muhoozi Kainerugaba ne cache pas son hostilité envers ce gouverneur militaire, appelant parfois à son arrestation sur les réseaux sociaux. L’Ouganda a même formulé une demande formelle pour solliciter son remplacement. D’après les informations révélées par Africa Intelligence, le pouvoir de Félix Tshisekedi a rejeté ces demandes de l’armée ougandaise, qui réclamait l’éviction de ce gouverneur militaire.
Sécuriser ses investissements pétroliers
En dehors du trafic d’or à son avantage, l’Ouganda vise aussi la sécurisation de ses intérêts économiques dans la région. Des intérêts qui empiètent sur la zone d’influence du voisin rwandais, estime le rapport d’un groupe d’experts de l’ONU publié en août 2024. En dehors des intérêts sécuritaires, le gouvernement ougandais se concentre sur la sécurisation de ses investissements pétroliers et le renforcement des réseaux commerciaux vers la RDC, où ses exportations formelles ont représenté en 2019 « 156 millions de dollars » et les exportations informelles, constituées en majorité de biens industriels, « 330 millions de dollars ».
Des accointances avec le M23 et la CRP
La collaboration militaire entre la RDC et l’Ouganda s’opère dans un climat de méfiance, avec des allégations de soutien de Kampala à d’autres groupes rebelles, comme le M23 mais aussi la Convention pour la révolution populaire (CRP) de Thomas Lubanga. Ce dernier s’est même exilé en Ouganda mais son groupe mène des combats contre l’armée congolaise en Ituri. L’Ouganda a joué un rôle discret mais documenté dans la résurgence du M23, en facilitant le retour de son chef militaire en RDC en 2017 et en servant de vivier de recrutement pour la rébellion, selon un rapport publié en avril 2026 par le Congo Research Group (CRG) et le Center on International Cooperation (CIC) de l’Université de New York. Ce document note également que des officiers de l’armée ougandaise (UPDF) ont également été signalés comme participant aux sessions de formation militaire dispensées aux recrues du M23 dans le camp de Tchanzu, en RDC, aux côtés d’officiers des Forces de défense rwandaises en 2021. Mais ce rapport ne précise pas la nature exacte des arrangements entre Kampala et le M23. Difficile de savoir si ces facilitations reflètent une politique délibérée de Kampala ou il s’agit simplement des initiatives individuelles de la part de certains officiers militaires ougandais.
Depuis le lancement de ces opérations dénommées « Shuuja » visant à neutraliser les ADF, les autorités congolaises et ougandaises affichent officiellement une volonté commune de restaurer la paix. Malgré des engagements répétés en faveur d’une coopération sécuritaire renforcée, les relations entre la République démocratique du Congo et l’Ouganda restent marquées par une profonde méfiance, notamment en ce qui concerne leurs opérations militaires conjointes dans l’est du pays. Malgré ce climat de méfiance, Kinshasa et Kampala poursuivent cette collaboration. Le 21 juin dernier, le président congolais Félix Tshisekedi avait reçu à la Cité de l’Union africaine, à Kinshasa, le général Muhoozi Kainerugaba, fils du président Yoweri Kaguta Museveni et chef d’état-major de l’armée. La veille de cette rencontre, le 20 juin, les responsables des armées de deux pays avaient signé un accord pour poursuivre leur opération militaire conjointe contre les rebelles ADF.
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RDC : comment le gouvernement compte utiliser les fonds de 1,25 milliard USD d’eurobonds ?
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7 jours agoon
avril 14, 2026By
La redaction
La République démocratique du Congo a mobilisé 1,25 milliard de dollars sur les marchés financiers internationaux à travers une émission d’eurobonds le 9 avril 2026. Lors d’une conférence de presse tenue le 13 avril à Kinshasa, le ministre des Finances, Doudou Fwamba, a présenté les projets prioritaires à financer, dans un contexte de besoins urgents pour soutenir le développement économique et social du pays.
L’émission d’eurobonds réalisée par la République démocratique du Congo s’inscrit dans une stratégie de diversification des sources de financement. Selon le ministère des Finances, cette levée de fonds vise principalement à financer des projets d’infrastructures, notamment dans les transports et l’énergie, considérés comme des leviers essentiels de croissance. Près de la moitié des projets prévus dans ce financement concernent la ville de Kinshasa, capitale du pays, confrontée à une démographie galopante sans moyens de transport et autres infrastructures de base. Une partie de fonds levés vise à construire un nouveau terminal de 49 000 m² à l’aéroport de N’djili, capable d’accueillir 5 millions de passagers par an.
Quelque 300 kilomètres de routes sont également prévus, ainsi qu’une rocade de 31 kilomètres avec échangeurs et ponts. Les autres investissements visent le développement d’un réseau de lignes de transmission électrique de 330 KV permettant une connexion entre la Zambie et la « ceinture de cuivre » de la RDC, une centrale hydroélectrique de 64 mégawatts et des réseaux de distribution dans la province du Kasaï-Central.
Dans d’autres villes du pays, ces fonds vont également financer la création de centres de formation professionnelle précisément dans quatre villes. Il y a aussi la modernisation de la route entre la ville de Kisangani, chef-lieu de la province de la Tshopo, et Beni, dans la province du Nord-Kivu, longue de 750 kilomètres.
Des craintes sur la transparence de fonds persistent…
Si le gouvernement met en avant des investissements structurants, experts et institutions appellent à la transparence dans la gestion de ces fonds mais aussi à la prudence face aux risques de surendettement. D’après des analyses de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international, la RDC fait face à un déficit important en infrastructures, ce qui freine son développement économique. Les investissements dans les routes, les barrages et les réseaux électriques pourraient ainsi améliorer la connectivité et soutenir l’industrialisation, en particulier dans les zones minières. Mais la gestion de ces réalisations pose de doute quant à la transparence. « Nous voulons un témoin, le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), pour assurer le suivi de la gestion de ces ressources. Nous allons, pour la transparence, informer la population sur l’affectation du 1,25 milliard mobilisé. D’ici un an, nous inviterons les investisseurs à constater concrètement les réalisations. », a répondu Doudou Fwamba face aux craintes sur la transparence dans la gestion de ces fonds. Ces craintes sont exprimées suite à des précédents en Afrique subsaharienne qui montrent que l’absence de suivi rigoureux peut limiter l’impact réel de tels financements sur les conditions de vie des populations. La Banque africaine de développement (BAD) souligne, dans certains de ses rapports, que l’efficacité de la dépense publique reste un enjeu clé pour maximiser les retombées économiques.
Eurobonds, la RDC très crédible sur le marché ?
Le pays a accompli un pas de plus en accédant aux marchés internationaux des capitaux. C’est un moyen pour la RDC de diversifier ses sources de financements. Plusieurs facteurs ont joué pour la réussite de cette opération. Coordonnée notamment par la Rawbank au niveau de la région, cette opération d’eurobonds est la conséquence d’une discipline budgétaire observée ces derniers temps au pays.
Le faible niveau d’endettement public de la RDC a aussi pesé en faveur de Kinshasa dans les calculs des investisseurs. Kinshasa n’avait soumis que des demandes pour 1,25 milliard de dollars, mais a reçu des soumissions frôlant les 5 milliards de dollars. Le ministre des Finances justifie le refus du fonds supplémentaire par le fait que le gouvernement n’avait en main que des projets avec étude de faisabilité coutant le 1,25 milliard de dollars sollicité. « Nous ne pouvions pas accepter toutes ces soumissions. Nous n’avions que des projets avec des études de faisabilité pour le montant sollicité », a fait savoir le ministre des Finances qui s’est réjoui non pas du milliard reçu mais de la « crédibilité certifiée » que le pays a gagné dans ce processus. Doudou Fwamba célèbre donc la « reconnaissance des efforts » du président Félix Tshisekedi et l’entrée « très réussie » de la RDC dans la finance internationale.
Pour réussir cette opération, la Rawbank, première banque de la RDC, a agi aux côtés des leaders mondiaux tels que Citigroup et Standard Chartered Bank comme arrangeurs et coordinateurs des souscriptions au niveau global. « Nous sommes fiers d’avoir accompagné cette opération, qui ouvre la voie à de nouveaux financements internationaux, y compris pour les émetteurs non souverains », a déclaré Mustafa Rawji, directeur général de la Rawbank. Avec cet emprunt, le taux d’endettement du pays passe de 18,1 % à 19,5 % du PIB, un niveau toujours inférieur à celui de pays comme la Namibie, l’Angola ou le Kenya. Kinshasa prévoit de constituer des provisions annuelles pour son remboursement.
Si les 1,25 milliard de dollars d’eurobonds offrent à la République démocratique du Congo une opportunité d’accélérer son développement, leur réussite dépendra de la capacité du gouvernement à conjuguer discipline budgétaire, transparence et efficacité dans l’exécution des projets, sous le regard attentif des partenaires comme le Fonds monétaire international et la Banque mondiale.
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