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Main tendue de Tshisekedi à Kagame : Les dessous des cartes d’un revirement diplomatique

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La surprenante main tendue du président de la République démocratique du Congo (RDC), Félix Tshisekedi, à son homologue rwandais, Paul Kagame, en marge de la deuxième édition du forum Global Gateway en Belgique ne cesse de susciter des réactions aussi bien dans son pays qu’à l’étranger. Et ce, alors que l’est de la RDC est toujours occupé par la rébellion de l’Alliance Fleuve Congo/Mouvement du 23 mars (AFC/M23), soutenue par le Rwanda. Pression internationale, échec militaire, crainte d’un renversement de son pouvoir ? Les hypothèses foisonnent pour tenter de comprendre cette posture du chef de l’État congolais dans un forum « inapproprié » pour le sujet.

Jeudi 9 octobre, Félix Tshisekedi a fait la une des réseaux sociaux en RDC. Les Congolais semblaient partagés entre indignation et manque d’une vision claire sur la politique sécuritaire dans l’est du pays. Au cœur de cet emballement médiatique : une main tendue de Tshisekedi à Paul Kagame pour faire « la paix des braves ». Le président congolais a proposé de travailler ensemble avec Kigali. « À aucun moment, je n’ai affiché une attitude belliqueuse quelle qu’elle soit à l’égard du Rwanda, de l’Ouganda ou de l’un de nos neuf voisins. Aujourd’hui, nous vivons cette situation et nous sommes les deux seuls capables d’arrêter cette escalade », s’est-il adressé à Paul Kagame, présent dans ce forum. Ce discours a été perçu par certains comme un acte de capitulation, une incohérence pour d’autres.

L’un des premiers à réagir, c’est l’opposant congolais Delly Sesanga. « De la moindre escarmouche à ça… », s’est-il moqué. L’expression utilisée renvoie directement à la promesse tonitruante de la campagne de 2023, lorsque Félix Tshisekedi, candidat à sa propre succession, annonçait vouloir « réunir les deux chambres du Parlement en congrès » et demander l’autorisation de « déclarer la guerre au Rwanda » si, « à la moindre escarmouche », un « seul Congolais, pas deux » était tué. « Tout ça pour ça ! », s’est-il exclamé. « Où est le sérieux ? Où est la ligne ? Le gâchis incarné. Un président à géométrie variable, qui change de position au gré des applaudissements et des voyages, n’inspire ni confiance ni respect », a-t-il ajouté.

Le vendredi 10 octobre, devant les Congolais de la diaspora à Bruxelles, Félix Tshisekedi a défendu sa position tenue au forum Global Gateway : la paix des braves « n’est pas une faiblesse ». Pour le chef de l’État congolais, les critiques négatives de Kigali – qui a qualifié de « comédie politique ridicule » sa main tendue – ne comptent pas. « Je sais que cela a troublé, je ne tiens pas compte de ce qui est sorti, je sais qu’ils vont réfléchir et me faire une offre, c’est ce que j’attends », a-t-il déclaré aux Congolais de Bruxelles. La réplique de Kigali ne s’est pas fait attendre : « Il pourra toujours attendre jusqu’aux calendes grecques ».

À Kinshasa, le porte-parole du gouvernement, Patrick Muyaya, passe à la télé et à la radio pour défendre la position du chef de l’État. Le président Tshisekedi a mis son homologue « devant ses responsabilités », défend Patrick Muyaya sur les ondes de Top Congo FM. Selon lui, certains Congolais évoquent une chose et son contraire. Le président de la République avait toujours tendu la main au Rwanda pour faire la paix depuis le début de son mandat, lorsqu’il avait visité les neuf pays voisins de la RDC pour parler de la paix.

Une position due aux échecs militaires ?

Depuis le début du conflit en 2021 jusqu’à ses proportions inquiétantes en 2025, avec l’occupation de Goma et de Bukavu, les Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) n’ont jamais réussi à récupérer un seul centimètre des portions occupées par l’AFC/M23, soutenue par le Rwanda. Malgré un effectif supérieur aux rebelles, l’armée congolaise n’a pas réussi à inverser la tendance ces quatre dernières années. Pourtant, Félix Tshisekedi et son gouvernement ont presque triplé le budget de défense, passant d’environ 300 millions à plus d’un milliard de dollars. La qualité du commandement des troupes n’a pas suivi malgré ces efforts. L’armée a d’ailleurs subi un dernier revers en septembre avec la prise de la cité stratégique de Nzibira, située dans le territoire de Walungu, au Sud-Kivu. La perte de Nzibira – cité riche en cassitérite et carrefour de plusieurs voies vers d’autres provinces – est considérée comme un revers opérationnel majeur par les forces vives locales.

D’après des experts, le budget et le nombre de troupes ne sont pas à eux seuls déterminants pour parvenir à une armée puissante. La « corruption systémique » est considérée comme l’une des principales raisons de la faiblesse de l’armée congolaise, selon Alain De Neve, chercheur au Royal Higher Institute for Defence (RHID) à Bruxelles. « Divers rapports font état de la disparition de fonds destinés aux salaires et à la logistique. Cela explique pourquoi le moral des troupes est si bas et pourquoi les désertions sont fréquentes. Dans certains cas, les soldats ont même recours au pillage ou au racket de la population locale pour survivre », a-t-il expliqué. La tentative de riposte avec des drones de combat CH4 n’a pas fait évoluer le conflit en faveur de la RDC. Et cela, en dépit du budget déboursé pour maintenir la présence de 120 employés de la société militaire privée Agemira à Kinshasa et à Kisangani pour s’occuper de ces drones, selon le dernier rapport du groupe d’experts de l’ONU sur la situation sécuritaire en RDC. Cette situation de faiblesse militaire pourrait aussi dicter la ligne diplomatique conciliante tenue par Félix Tshisekedi vis-à-vis de Kigali.

L’Accord de Washington piétine…

Le 27 juin, un accord de paix a été signé entre Kinshasa et Kigali à Washington, sous médiation américaine. Cet accord avait suscité un espoir de paix à Kinshasa. Mais sa mise en œuvre piétine. Kinshasa accuse Kigali de mauvaise foi dans la mise en œuvre de cet engagement. Sur le théâtre des opérations, les affrontements se sont intensifiés dans les territoires de Walungu et de Kabare, à la limite avec Mwenga et Shabunda. À Walikale, l’AFC/M23 tente toujours de s’emparer de Pinga, chef-lieu du territoire de Walikale. Pour les autorités congolaises, ces revers militaires dépassent les capacités du mouvement rebelle AFC/M23. Kinshasa estime que ce groupe ne dispose ni des effectifs ni de la logistique nécessaires pour résister à son armée nationale, y compris face aux frappes aériennes. Le gouvernement persiste donc à accuser Kigali d’être derrière ces avancées rebelles. Dans ce contexte, la RDC a refusé de signer le cadre économique régional prévu par l’Accord de Washington, arguant que le Rwanda maintient encore des troupes sur son sol. Désormais, Kinshasa a conditionné son paraphe du document au retrait des troupes rwandaises de son sol. Mais pour le Rwanda, la responsabilité du statu quo revient à la RDC. Kigali dénonce donc la persistance de liens entre les FARDC et les Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), un groupe armé rwandais hostile au régime de Paul Kagame. La première étape d’une opération censée démanteler ces liens devait débuter en octobre, mais aucune avancée concrète n’a encore été constatée, ce qui contribue à bloquer la mise en œuvre de l’accord. Kinshasa a accepté de démarrer l’opération de neutralisation des FDLR, que personne n’arrive à localiser avec précision. Depuis le 10 octobre, l’armée congolaise, à travers un communiqué, a appelé ces rebelles rwandais à se rendre sans violence aux FARDC ou à la MONUSCO. Une décision saluée par Washington et Bruxelles.

Menace de renversement du régime de Kinshasa

L’attitude de Félix Tshisekedi pourrait également être influencée par l’escalade incessante de la violence dans l’est du pays. Lors d’un message à ses nouvelles recrues, Sultani Makenga, coordonnateur militaire de l’AFC/M23, a évoqué un renversement du régime de Félix Tshisekedi comme objectif de la rébellion. Selon lui, dans peu de temps, ils mettront fin à cette « mauvaise » gouvernance : « Notre armée se bat pour le changement dans ce pays. Notre pays a été détruit pendant longtemps par le gouvernement de Kinshasa dirigé par Félix Tshisekedi […]. Il fait des Congolais des réfugiés, transformant notre pays en propriété privée. » Cette rébellion a clairement rappelé que l’objectif du mouvement et de ce recrutement de plus de 700 nouveaux combattants est de « renverser le pouvoir de Kinshasa ». Le pouvoir montre parfois des signes d’inquiétude face à la dynamique militaire du M23. Entre l’exigence du retrait des troupes rwandaises du sol congolais, l’abandon des zones conquises par l’AFC/M23 et le retour des réfugiés, la marche vers la paix reste encore longue.

Tendre la main à Kagame pour éviter la balkanisation

À Kinshasa, certains politiques soutiennent la démarche de Tshisekedi, mais qui devait, selon eux, se solder par un dialogue national pour éviter la balkanisation du pays. « La paix des braves est à ce prix », soupire Moïse Moni Della, qui se réclame désormais du camp de la patrie après avoir été proche de l’opposant Moïse Katumbi. Pour lui, « le pays est menacé de “Yougoslavisation”, la cohésion nationale est un impératif politique ».

D’aucuns diront qu’il faut toujours négocier en position de force, explique Moni Della, cela se fera car la RDC a une vocation de puissance. « Si c’est le prix à payer pour que notre beau, riche et grand pays puisse retrouver la paix et éviter la balkanisation, je soutiens la démarche du président Félix Tshisekedi au nom du Camp de la patrie », a-t-il fait savoir. Félix Tshisekedi reçoit également le soutien des institutions dans sa démarche avec Kigali. « Le président de la République n’a cessé de ménager ses efforts pour assurer la stabilité et le développement de notre pays. C’est dans ce contexte qu’il a tendu la main au président rwandais lors de son intervention à la deuxième édition du Global Gateway forum organisée à Bruxelles par l’Union européenne. L’appel lancé par le président de la République à son homologue rwandais vise essentiellement l’arrêt des violences et le développement économique de la région des Grands Lacs en ce que celui qui parraine et soutient les M23 », a déclaré la Première ministre, Judith Suminwa, lors de la réunion du conseil des ministres tenue le 10 octobre dernier.

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Léopards de la RDC : Après l’exploit, l’heure de la confirmation

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Ils sont revenus. Par la grande porte. Après 52 ans d’absence, les Léopards de la République Démocratique du Congo ont foulé les pelouses américaines du Mondial 2026 avec la détermination de ceux qui n’ont plus rien à perdre. Si l’aventure s’est achevée en seizièmes de finale face à l’Angleterre, elle a laissé un héritage bien plus précieux qu’un simple bilan comptable.

Le retour d’un géant endormi

Pour la RDC, 100 millions d’habitants et une culture footballistique parmi les plus riches du continent, cette qualification était bien plus qu’un exploit sportif. Elle mettait fin à cinq décennies d’attente, depuis l’épopée du Zaïre en 1974, et consacrait le travail de reconstruction engagé sous la houlette de Sébastien Desabre.

Le parcours qualificatif avait déjà valeur de test. Placés dans le groupe B aux côtés du Sénégal, les Léopards ont terminé deuxièmes avec 22 points avant d’écarter le Cameroun puis le Nigeria en barrages. Le dernier obstacle, la Jamaïque, fut franchi en prolongation grâce à Axel Tuanzebe, envoyant toute une nation en délire.

Un Mondial qui change tout

Le groupe K promettait un baptême du feu : Portugal, Colombie et Ouzbékistan. Face aux favoris portugais au NRG Stadium de Houston, les Léopards n’ont pas tremblé. Menés dès la 6e minute, ils ont égalisé juste avant la pause par Yoane Wissa sur corner, pour arracher un nul historique (1-1).

Le sélectionneur adjoint Rafael Hamidi résumait l’exploit : « Ce score de parité face au Portugal, c’était à prendre si on nous l’avait proposé avant le coup d’envoi ». La presse congolaise saluait un système en 3-5-2 particulièrement solide, la discipline collective et les transitions rapides.

Qualifiés pour les seizièmes de finale, les Léopards ont longtemps fait douter l’Angleterre, menant jusqu’à la 76e minute avant de s’incliner 2-1 dans les dernières secondes. Un scénario cruel qui a rappelé les limites d’un groupe prometteur mais encore en apprentissage des grands rendez-vous.

Les enseignements d’une expérience unique

Ce Mondial a livré plusieurs enseignements pour l’avenir. D’abord, une force mentale confirmée. Les barrages contre le Cameroun et le Nigeria avaient déjà forgé ce groupe, capable de rester lucide sous pression. Face au Portugal, les Léopards ont prouvé qu’ils pouvaient rivaliser avec les meilleures nations.

Ensuite, des fragilités structurelles. Comme la Côte d’Ivoire, le Sénégal ou le Japon, la RDC a cédé dans les dernières minutes face à l’Angleterre. Loïc Aumont, spécialiste de la performance, analyse : « Ces sélections possèdent les qualités techniques et physiques. Ce qui fait basculer un match, c’est la gestion des émotions lorsque la pression atteint son maximum ». Un déficit d’expérience à ce niveau que seul le temps et les répétitions pourront combler.

Cap sur la CAN 2027 : un trophée à portée de griffes ?

L’objectif est désormais clair : les Léopards doivent viser le titre lors de la prochaine Coupe d’Afrique des Nations, organisée en 2027 au Kenya, en Ouganda et en Tanzanie.

Le contexte est favorable. Cette génération, portée par Chancel Mbemba, son capitaine de 31 ans, possède une identité de jeu forte et un vécu commun exceptionnel. Le vivier de talents, évoluant pour beaucoup dans les meilleurs championnats européens, n’a jamais été aussi riche.

Le chemin qualificatif pour la CAN 2027 s’annonce abordable, avec un groupe E composé de la Guinée équatoriale, de la Sierra Leone et du Zimbabwe. Mais les Léopards savent désormais qu’aucune montagne n’est insurmontable, comme l’écrivait la presse congolaise avant le choc contre le Portugal : « Aucune montagne n’est insurmontable quand on est déterminé ».

Le défi de la régularité

Si le rêve est permis, la réalité impose de rester humble. Le Mondial a montré que l’écart avec les meilleures nations s’est considérablement réduit, mais que la gestion des moments décisifs reste le nerf de la guerre. Les Léopards devront transformer l’essai en confirmant leur niveau sur la durée, avec un calendrier international exigeant et des joueurs à préserver.

Sébastien Desabre, l’artisan de ce renouveau, aura à cœur de capitaliser sur cette expérience unique pour faire franchir un nouveau palier à sa sélection. La CAN 2027 sera le test ultime : plus qu’une performance, c’est un trophée que la RDC attend. Le message des supporters est clair, comme le résumait un journaliste avant le Mondial : « On ne vous demande pas de dominer le Portugal, mais juste de sortir un match de malade du début à la fin ». Pour la CAN 2027, on leur demande désormais de ramener la coupe à la maison.

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Opposition, CENCO et ECC en consultations au Burundi : Évariste Ndayishimiye dans la peau de Lourenço ?

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Une délégation réunissant des responsables de la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO), de l’Église du Christ au Congo (ECC) et plusieurs figures de l’opposition congolaise séjourne à Bujumbura, au Burundi, pour des consultations consacrées à la crise sécuritaire dans l’Est de la République démocratique du Congo. Organisée à l’invitation du président burundais Évariste Ndayishimiye, cette rencontre alimente les spéculations sur l’émergence d’un nouveau cadre de dialogue politique autour de la paix et de la stabilité dans la région.

Une nouvelle séquence diplomatique s’ouvre dans la recherche d’une issue à la crise qui secoue l’Est de la République démocratique du Congo. Une délégation composée de responsables de la CENCO, de l’ECC ainsi que de plusieurs leaders de l’opposition est arrivée à Bujumbura pour prendre part à des consultations consacrées à la situation sécuritaire et politique en RDC.

Cette mission répond à une invitation du président burundais Évariste Ndayishimiye, qui assure actuellement la présidence en exercice de l’Union africaine (UA). Déjà engagé dans plusieurs initiatives diplomatiques régionales, le chef de l’État burundais entend poursuivre ses efforts afin de rapprocher les différentes parties prenantes et de favoriser une solution politique durable. La délégation est composée du pasteur André Bokundoa, président de l’ECC, du pasteur Éric Senga, de Mgr Donatien Nshole, secrétaire général de la CENCO, ainsi que des opposants Martin Fayulu, Delly Sesanga et Dieudonné Bolengetenge. Les membres de cette mission ont quitté Kinshasa dans la nuit du samedi 4 au dimanche 5 juillet 2026 à bord d’un vol régulier d’Ethiopian Airlines à destination de la capitale burundaise.

Évariste Ndayishimiye dans la peau de Lourenço ?

Cette initiative, qui intervient alors que plusieurs processus de médiation restent inachevés, soulève une interrogation majeure : Évariste Ndayishimiye cherche-t-il à reprendre le flambeau laissé par João Lourenço ou à insuffler une nouvelle dynamique sous l’égide de l’Union africaine ?

Alors que l’Angola avait été mandaté pour faciliter un dialogue intercongolais, la multiplication des divergences avec les autorités congolaises sur le format et le cadre de ces discussions a progressivement conduit le projet dans l’impasse. D’où cette question que se posent plusieurs observateurs de la crise congolaise : João Lourenço a-t-il jeté l’éponge ?

Officiellement mandaté en février dernier pour mener des consultations en vue d’un dialogue politique en RDC, le président angolais peine à concrétiser son initiative et se fait de plus en plus discret. S’il n’a pas officiellement renoncé à sa mission, plusieurs sources diplomatiques citées par Jeune Afrique indiquent que le processus est, pour l’heure, au point mort.

Les consultations de Bujumbura interviennent alors que les combats se poursuivent dans l’Est de la RDC. Plusieurs localités des provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu restent sous le contrôle de l’armée rwandaise et de ses alliés de l’AFC/M23, selon les autorités congolaises, tandis que les initiatives diplomatiques se multiplient pour tenter d’enrayer une crise qui perdure depuis plusieurs années.

Les prémices d’un dialogue inclusif ?

Au-delà de la dimension sécuritaire, la présence conjointe des représentants des Églises et de l’opposition politique confère à ces consultations une portée particulière. Depuis plusieurs mois, la CENCO et l’ECC plaident en faveur d’un dialogue inclusif susceptible de restaurer la cohésion nationale et de créer les conditions d’une paix durable. Leur implication, aux côtés de figures de l’opposition, pourrait traduire une volonté d’élargir les concertations au-delà des seuls canaux gouvernementaux. Selon plusieurs observateurs, cette démarche pourrait également préparer le terrain à un dialogue politique plus large, associant les différentes sensibilités politiques et sociales du pays. Lors de sa récente visite à Kinshasa, le président Évariste Ndayishimiye avait d’ailleurs exprimé son souhait de rencontrer les responsables de l’opposition congolaise avant la marche dite « pacifique » de l’opposition, initialement prévue le 8 juillet puis reportée au 22 juillet. Cette manifestation vise à réclamer la démission du président Félix Tshisekedi, que ses opposants accusent de vouloir modifier la Constitution afin de se maintenir au pouvoir au-delà de 2028, année marquant la fin de son second et dernier mandat.

Si aucun détail officiel n’a encore filtré sur le contenu des échanges à Bujumbura, ces consultations témoignent de la volonté des acteurs régionaux de maintenir la dynamique diplomatique afin de favoriser une désescalade et de rechercher une solution négociée à la crise qui continue de déstabiliser l’Est de la RDC. Reste à savoir si cette initiative débouchera sur un véritable processus de dialogue ou ne constituera qu’une étape supplémentaire dans les multiples médiations en cours. Une chose est certaine : en réunissant autour d’une même table les Églises, l’opposition politique et un acteur régional désormais au premier plan, Bujumbura pourrait devenir le point de départ d’une nouvelle séquence diplomatique dont les développements seront suivis de près, tant en RDC que dans l’ensemble de la région des Grands Lacs.

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ADF : douze années de terreur dans l’Est de la RDC

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Massacres de civils, enlèvements, déplacements de populations et attaques répétées contre les forces de sécurité. Depuis 2014, les Forces démocratiques alliées (ADF) se sont imposées comme l’un des groupes armés les plus meurtriers de l’Est de la République démocratique du Congo (RDC). D’abord rébellion ougandaise réfugiée dans les forêts du Nord-Kivu, le mouvement a progressivement muté pour devenir une organisation terroriste redoutée, responsable de milliers de morts et d’une insécurité persistante dans les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri.

L’histoire des ADF ne commence pas en République démocratique du Congo. Le groupe est créé au milieu des années 1990 en Ouganda par Jamil Mukulu, un opposant au régime du président Yoweri Museveni. Sous la pression de l’armée ougandaise, les rebelles traversent rapidement la frontière et trouvent refuge dans les régions montagneuses et forestières de l’Est congolais, où ils établissent leurs bases arrière. Pendant plusieurs années, les ADF demeurent relativement discrètes, vivant du trafic de ressources naturelles, du commerce illicite et de diverses activités économiques locales. Mais à partir de 2014, la situation bascule. Après une vaste offensive militaire des Forces armées de la RDC (FARDC) contre leurs bastions, le groupe adopte une stratégie de représailles particulièrement violente contre les populations civiles.

Entre octobre 2014 et aujourd’hui, les territoires de Beni, Lubero, Mambasa et Irumu deviennent le théâtre de massacres à répétition. Hommes, femmes et enfants sont tués lors d’attaques nocturnes souvent menées à l’arme blanche. Des villages entiers sont incendiés, tandis que des centaines de personnes sont enlevées. Selon plusieurs organisations nationales et internationales de défense des droits humains, les ADF sont responsables de milliers de morts au cours de la dernière décennie. Le territoire de Beni, dans la province du Nord-Kivu, est particulièrement touché, au point de devenir l’un des symboles de l’insécurité chronique qui frappe l’Est du pays.

De la rébellion au terrorisme…

Au fil des années, le mouvement évolue également sur le plan idéologique. À partir de 2017, plusieurs rapports des Nations unies et d’organismes spécialisés font état d’un rapprochement entre certaines factions des ADF et l’organisation djihadiste État islamique. En 2019, l’État islamique revendique officiellement plusieurs attaques menées dans l’Est de la RDC à travers sa branche dite « Province d’Afrique centrale » (ISCAP). Cette affiliation, contestée à ses débuts par certains experts, se confirme progressivement par la propagande diffusée par les réseaux de l’État islamique et par l’évolution des modes opératoires du groupe. Malgré cela, les ADF conservent des caractéristiques locales fortes, enracinées dans les réalités sécuritaires et économiques de la région des Grands Lacs.

Opérations conjointes « Shujaa » 

Face à cette menace, les autorités congolaises ont multiplié les opérations militaires. En mai 2021, le gouvernement instaure l’état de siège dans les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri afin de renforcer la lutte contre les groupes armés. Quelques mois plus tard, la RDC et l’Ouganda lancent conjointement l’opération militaire « Shujaa » pour traquer les combattants ADF dans leurs sanctuaires forestiers.

Malgré près de cinq ans d’efforts conjoints de la RDC et de l’Ouganda dans le cadre de l’opération Shujaa, les zones débarrassées des combattants des ADF sont régulièrement réinfiltrées en l’espace de quelques semaines. Cette situation s’explique notamment par la solidité du système de succession interne du groupe prévue à l’avance, qui lui permet d’avoir une relève rapide du commandement lorsque des dirigeants sont neutralisés. Des allégations de collusion avec des acteurs étatiques, la faiblesse de la gouvernance et l’insuffisance de la protection des civils aggravent également le problème.

L’opération Shujaa repose sur des offensives conjointes, qui vont des opérations de combat mobiles au renseignement humain, visant à démanteler les structures de commandement des ADF et à rétablir l’autorité de l’État dans les zones occupées. Au-delà des approches cinétiques, elle entend soutenir la stabilisation, notamment par la construction de routes et la réinsertion des personnes enlevées. Toutefois, sa stratégie intègre peu d’approches préventives capables de neutraliser les ADF et reste réactive.

Ces offensives permettent de démanteler plusieurs camps rebelles et d’éliminer certains commandants. Toutefois, les ADF démontrent une forte capacité d’adaptation. Fragmentés en petites unités mobiles, leurs combattants continuent de mener des attaques meurtrières contre les civils et les positions militaires. Aujourd’hui encore, malgré les efforts militaires et les initiatives régionales de stabilisation, les ADF figurent parmi les principaux acteurs de l’insécurité dans l’Est de la RDC. Le groupe demeure particulièrement actif dans les zones frontalières entre le Nord-Kivu et l’Ituri, où les populations vivent sous la menace permanente d’incursions armées. Douze ans après le début des massacres de grande ampleur à Beni, la question des ADF reste l’un des défis sécuritaires majeurs de la République démocratique du Congo. Derrière les statistiques et les rapports se trouvent des milliers de familles endeuillées, des villages détruits et des communautés déplacées. Tant que cette menace persistera, la paix durable dans l’Est du pays demeurera un objectif difficile à atteindre, malgré les efforts déployés par les autorités congolaises et leurs partenaires régionaux.

Groupe armé le plus meurtrier en mai 2026

Les ADF ont été responsables du plus grand nombre de victimes civiles dans l’est de la République démocratique du Congo au cours du mois de mai 2026. C’est ce que révèle un rapport publié par l’Institut congolais de recherche sur la politique, la gouvernance et la violence, Ebuteli, qui fait état d’une recrudescence alarmante des attaques contre les populations civiles, notamment dans les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri. L’insécurité continue de faire des ravages dans l’Est de la République démocratique du Congo.

Dans son dernier rapport sur la situation sécuritaire, Ebuteli indique que les ADF demeurent le groupe armé le plus meurtrier de la région, avec au moins 190 civils tués au cours du seul mois de mai 2026. Ce bilan représente une augmentation spectaculaire par rapport au mois d’avril, où 53 victimes civiles avaient été enregistrées. Selon le rapport, cette recrudescence des violences s’est traduite par au moins 36 attaques attribuées aux rebelles ougandais, actifs principalement dans les territoires de Beni, Mambasa, Irumu et Lubero. Les assaillants ont multiplié les incursions meurtrières dans plusieurs villages, ciblant des populations civiles souvent sans défense.

L’un des faits marquants du mois a été le retour des attaques dans la ville de Beni. Dans la nuit du 30 au 31 mai, des combattants ADF ont mené plusieurs incursions simultanées dans la ville et ses environs, causant la mort d’au moins 26 civils. Il s’agit de la première attaque documentée dans la zone urbaine de Beni depuis 2023. Le rapport souligne également que les ADF ont intensifié leurs opérations malgré les offensives conjointes menées par les Forces armées de la RDC (FARDC) et l’armée ougandaise dans le cadre de l’opération Shujaa. Les chercheurs estiment que plusieurs de ces massacres pourraient constituer des représailles aux pressions militaires exercées contre le groupe armé.

Pendant ce temps, d’autres groupes armés restent actifs dans la région. En Ituri, la CODECO et l’URDPC poursuivent leurs activités criminelles, tandis que dans le Nord-Kivu et le Sud-Kivu, les affrontements entre le M23 et divers groupes armés locaux continuent d’alimenter l’instabilité. Toutefois, aucun de ces acteurs n’a atteint le niveau de violence meurtrière enregistré par les ADF au cours du mois de mai.

Alors que les populations de l’est de la RDC espèrent un retour durable de la paix, les conclusions du rapport d’Ebuteli rappellent l’ampleur du défi sécuritaire auquel le pays reste confronté. La montée en puissance des attaques des ADF, combinée à la persistance de multiples foyers de violence, continue de faire peser une lourde menace sur les civils, premiers victimes d’un conflit qui semble loin de s’essouffler.

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