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Main tendue de Tshisekedi à Kagame : Les dessous des cartes d’un revirement diplomatique

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La surprenante main tendue du président de la République démocratique du Congo (RDC), Félix Tshisekedi, à son homologue rwandais, Paul Kagame, en marge de la deuxième édition du forum Global Gateway en Belgique ne cesse de susciter des réactions aussi bien dans son pays qu’à l’étranger. Et ce, alors que l’est de la RDC est toujours occupé par la rébellion de l’Alliance Fleuve Congo/Mouvement du 23 mars (AFC/M23), soutenue par le Rwanda. Pression internationale, échec militaire, crainte d’un renversement de son pouvoir ? Les hypothèses foisonnent pour tenter de comprendre cette posture du chef de l’État congolais dans un forum « inapproprié » pour le sujet.

Jeudi 9 octobre, Félix Tshisekedi a fait la une des réseaux sociaux en RDC. Les Congolais semblaient partagés entre indignation et manque d’une vision claire sur la politique sécuritaire dans l’est du pays. Au cœur de cet emballement médiatique : une main tendue de Tshisekedi à Paul Kagame pour faire « la paix des braves ». Le président congolais a proposé de travailler ensemble avec Kigali. « À aucun moment, je n’ai affiché une attitude belliqueuse quelle qu’elle soit à l’égard du Rwanda, de l’Ouganda ou de l’un de nos neuf voisins. Aujourd’hui, nous vivons cette situation et nous sommes les deux seuls capables d’arrêter cette escalade », s’est-il adressé à Paul Kagame, présent dans ce forum. Ce discours a été perçu par certains comme un acte de capitulation, une incohérence pour d’autres.

L’un des premiers à réagir, c’est l’opposant congolais Delly Sesanga. « De la moindre escarmouche à ça… », s’est-il moqué. L’expression utilisée renvoie directement à la promesse tonitruante de la campagne de 2023, lorsque Félix Tshisekedi, candidat à sa propre succession, annonçait vouloir « réunir les deux chambres du Parlement en congrès » et demander l’autorisation de « déclarer la guerre au Rwanda » si, « à la moindre escarmouche », un « seul Congolais, pas deux » était tué. « Tout ça pour ça ! », s’est-il exclamé. « Où est le sérieux ? Où est la ligne ? Le gâchis incarné. Un président à géométrie variable, qui change de position au gré des applaudissements et des voyages, n’inspire ni confiance ni respect », a-t-il ajouté.

Le vendredi 10 octobre, devant les Congolais de la diaspora à Bruxelles, Félix Tshisekedi a défendu sa position tenue au forum Global Gateway : la paix des braves « n’est pas une faiblesse ». Pour le chef de l’État congolais, les critiques négatives de Kigali – qui a qualifié de « comédie politique ridicule » sa main tendue – ne comptent pas. « Je sais que cela a troublé, je ne tiens pas compte de ce qui est sorti, je sais qu’ils vont réfléchir et me faire une offre, c’est ce que j’attends », a-t-il déclaré aux Congolais de Bruxelles. La réplique de Kigali ne s’est pas fait attendre : « Il pourra toujours attendre jusqu’aux calendes grecques ».

À Kinshasa, le porte-parole du gouvernement, Patrick Muyaya, passe à la télé et à la radio pour défendre la position du chef de l’État. Le président Tshisekedi a mis son homologue « devant ses responsabilités », défend Patrick Muyaya sur les ondes de Top Congo FM. Selon lui, certains Congolais évoquent une chose et son contraire. Le président de la République avait toujours tendu la main au Rwanda pour faire la paix depuis le début de son mandat, lorsqu’il avait visité les neuf pays voisins de la RDC pour parler de la paix.

Une position due aux échecs militaires ?

Depuis le début du conflit en 2021 jusqu’à ses proportions inquiétantes en 2025, avec l’occupation de Goma et de Bukavu, les Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) n’ont jamais réussi à récupérer un seul centimètre des portions occupées par l’AFC/M23, soutenue par le Rwanda. Malgré un effectif supérieur aux rebelles, l’armée congolaise n’a pas réussi à inverser la tendance ces quatre dernières années. Pourtant, Félix Tshisekedi et son gouvernement ont presque triplé le budget de défense, passant d’environ 300 millions à plus d’un milliard de dollars. La qualité du commandement des troupes n’a pas suivi malgré ces efforts. L’armée a d’ailleurs subi un dernier revers en septembre avec la prise de la cité stratégique de Nzibira, située dans le territoire de Walungu, au Sud-Kivu. La perte de Nzibira – cité riche en cassitérite et carrefour de plusieurs voies vers d’autres provinces – est considérée comme un revers opérationnel majeur par les forces vives locales.

D’après des experts, le budget et le nombre de troupes ne sont pas à eux seuls déterminants pour parvenir à une armée puissante. La « corruption systémique » est considérée comme l’une des principales raisons de la faiblesse de l’armée congolaise, selon Alain De Neve, chercheur au Royal Higher Institute for Defence (RHID) à Bruxelles. « Divers rapports font état de la disparition de fonds destinés aux salaires et à la logistique. Cela explique pourquoi le moral des troupes est si bas et pourquoi les désertions sont fréquentes. Dans certains cas, les soldats ont même recours au pillage ou au racket de la population locale pour survivre », a-t-il expliqué. La tentative de riposte avec des drones de combat CH4 n’a pas fait évoluer le conflit en faveur de la RDC. Et cela, en dépit du budget déboursé pour maintenir la présence de 120 employés de la société militaire privée Agemira à Kinshasa et à Kisangani pour s’occuper de ces drones, selon le dernier rapport du groupe d’experts de l’ONU sur la situation sécuritaire en RDC. Cette situation de faiblesse militaire pourrait aussi dicter la ligne diplomatique conciliante tenue par Félix Tshisekedi vis-à-vis de Kigali.

L’Accord de Washington piétine…

Le 27 juin, un accord de paix a été signé entre Kinshasa et Kigali à Washington, sous médiation américaine. Cet accord avait suscité un espoir de paix à Kinshasa. Mais sa mise en œuvre piétine. Kinshasa accuse Kigali de mauvaise foi dans la mise en œuvre de cet engagement. Sur le théâtre des opérations, les affrontements se sont intensifiés dans les territoires de Walungu et de Kabare, à la limite avec Mwenga et Shabunda. À Walikale, l’AFC/M23 tente toujours de s’emparer de Pinga, chef-lieu du territoire de Walikale. Pour les autorités congolaises, ces revers militaires dépassent les capacités du mouvement rebelle AFC/M23. Kinshasa estime que ce groupe ne dispose ni des effectifs ni de la logistique nécessaires pour résister à son armée nationale, y compris face aux frappes aériennes. Le gouvernement persiste donc à accuser Kigali d’être derrière ces avancées rebelles. Dans ce contexte, la RDC a refusé de signer le cadre économique régional prévu par l’Accord de Washington, arguant que le Rwanda maintient encore des troupes sur son sol. Désormais, Kinshasa a conditionné son paraphe du document au retrait des troupes rwandaises de son sol. Mais pour le Rwanda, la responsabilité du statu quo revient à la RDC. Kigali dénonce donc la persistance de liens entre les FARDC et les Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), un groupe armé rwandais hostile au régime de Paul Kagame. La première étape d’une opération censée démanteler ces liens devait débuter en octobre, mais aucune avancée concrète n’a encore été constatée, ce qui contribue à bloquer la mise en œuvre de l’accord. Kinshasa a accepté de démarrer l’opération de neutralisation des FDLR, que personne n’arrive à localiser avec précision. Depuis le 10 octobre, l’armée congolaise, à travers un communiqué, a appelé ces rebelles rwandais à se rendre sans violence aux FARDC ou à la MONUSCO. Une décision saluée par Washington et Bruxelles.

Menace de renversement du régime de Kinshasa

L’attitude de Félix Tshisekedi pourrait également être influencée par l’escalade incessante de la violence dans l’est du pays. Lors d’un message à ses nouvelles recrues, Sultani Makenga, coordonnateur militaire de l’AFC/M23, a évoqué un renversement du régime de Félix Tshisekedi comme objectif de la rébellion. Selon lui, dans peu de temps, ils mettront fin à cette « mauvaise » gouvernance : « Notre armée se bat pour le changement dans ce pays. Notre pays a été détruit pendant longtemps par le gouvernement de Kinshasa dirigé par Félix Tshisekedi […]. Il fait des Congolais des réfugiés, transformant notre pays en propriété privée. » Cette rébellion a clairement rappelé que l’objectif du mouvement et de ce recrutement de plus de 700 nouveaux combattants est de « renverser le pouvoir de Kinshasa ». Le pouvoir montre parfois des signes d’inquiétude face à la dynamique militaire du M23. Entre l’exigence du retrait des troupes rwandaises du sol congolais, l’abandon des zones conquises par l’AFC/M23 et le retour des réfugiés, la marche vers la paix reste encore longue.

Tendre la main à Kagame pour éviter la balkanisation

À Kinshasa, certains politiques soutiennent la démarche de Tshisekedi, mais qui devait, selon eux, se solder par un dialogue national pour éviter la balkanisation du pays. « La paix des braves est à ce prix », soupire Moïse Moni Della, qui se réclame désormais du camp de la patrie après avoir été proche de l’opposant Moïse Katumbi. Pour lui, « le pays est menacé de “Yougoslavisation”, la cohésion nationale est un impératif politique ».

D’aucuns diront qu’il faut toujours négocier en position de force, explique Moni Della, cela se fera car la RDC a une vocation de puissance. « Si c’est le prix à payer pour que notre beau, riche et grand pays puisse retrouver la paix et éviter la balkanisation, je soutiens la démarche du président Félix Tshisekedi au nom du Camp de la patrie », a-t-il fait savoir. Félix Tshisekedi reçoit également le soutien des institutions dans sa démarche avec Kigali. « Le président de la République n’a cessé de ménager ses efforts pour assurer la stabilité et le développement de notre pays. C’est dans ce contexte qu’il a tendu la main au président rwandais lors de son intervention à la deuxième édition du Global Gateway forum organisée à Bruxelles par l’Union européenne. L’appel lancé par le président de la République à son homologue rwandais vise essentiellement l’arrêt des violences et le développement économique de la région des Grands Lacs en ce que celui qui parraine et soutient les M23 », a déclaré la Première ministre, Judith Suminwa, lors de la réunion du conseil des ministres tenue le 10 octobre dernier.

Heshima

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Assainissement de Kinshasa : les défis qui attendent le général Kasongo Kabwik à la tête de la Task Force

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Face à la persistance de l’insalubrité dans la capitale congolaise, le président de la République, Félix Tshisekedi, a mis en place une Task Force spéciale pour accélérer les opérations de salubrité publique. Celle-ci sera coordonnée par le lieutenant-général Jean-Pierre Kasongo Kabwik, commandant du Service national, avec l’appui d’experts du gouvernement central et de l’Hôtel de Ville de Kinshasa. Après les résultats palpables obtenus à la tête du Service national, l’un des officiers les plus sollicités par le chef de l’État devra faire face à une montagne de défis. Heshima Magazine revient sur quelques-uns d’entre eux.

Sept ans après son arrivée au pouvoir, Félix Tshisekedi s’est montré particulièrement remonté face au statu quo qui prévaut à Kinshasa en matière d’insalubrité et d’embouteillages. Le samedi 23 mai, lors d’une tournée d’inspection de plusieurs chantiers dans la capitale, il n’a pas caché sa colère devant le même constat d’insalubrité. À l’étape du Marché central de Kinshasa, communément appelé « Zando », où il a pu mesurer l’ampleur des défis liés à l’assainissement et à l’état des espaces publics, le président de la République n’a pas mâché ses mots : « Toutes ces routes que l’on a réhabilitées devraient-elles rester dans cet état ? Gare à vous si je retrouve encore la même saleté que j’ai vue hier ! », s’est-il emporté en s’adressant au ministre provincial des Infrastructures, Alain Tshilungu.

Une semaine plus tard, la décision est tombée : la salubrité de la ville a été confiée à une Task Force placée sous l’autorité de la Présidence de la République et coordonnée par le général Jean-Pierre Kasongo Kabwik. L’annonce officielle de cette décision est intervenue le vendredi 29 mai, à l’issue du Conseil des ministres. À travers cette nomination stratégique, les autorités entendent impulser une nouvelle dynamique dans la gestion de la salubrité urbaine.

Une Task Force pluridisciplinaire sera prochainement déployée dans les quatre districts de Kinshasa. Placée sous l’autorité directe du président Tshisekedi et pilotée par le lieutenant-général Jean-Pierre Kasongo Kabwik, cette structure réunira des experts issus de plusieurs ministères, notamment ceux de l’Intérieur, de la Défense, de l’Urbanisme, de la Santé publique, de l’Environnement ainsi que des Infrastructures et Travaux publics, en collaboration avec l’Hôtel de Ville.

Le nouveau comité d’assainissement aura pour mission de coordonner toutes les opérations de nettoyage. Il veillera à la réhabilitation des espaces publics dégradés ainsi qu’à l’évacuation efficace des déchets. Par ailleurs, un accent particulier sera mis sur la sensibilisation de la population au respect des règles d’hygiène et de salubrité. À travers cette approche intégrée, les autorités entendent restaurer durablement la propreté et l’ordre urbain dans la capitale.

Des défis urbains massifs

Le général Kasongo hérite d’une situation fortement dégradée : accumulation de déchets, caniveaux obstrués, occupation anarchique de l’espace public dans plusieurs communes et embouteillages monstres. Face à ces défis, le lieutenant-général devra privilégier des solutions structurelles. Pourtant, dans sa qualité de coordonnateur de la Task Force, il aura toujours besoin de l’appui des autorités disposant du pouvoir de décision, notamment le gouvernement provincial. Connaissant sa détermination à mener à bien les missions qui lui sont confiées, comme il l’a démontré à la tête du Service national, le coordonnateur de la Task Force pourrait être amené à empiéter sur certaines compétences traditionnellement dévolues à la ville. Mais un analyste de la question voit les choses autrement : « Le général Kasongo Kabwik agira au nom d’une institution supérieure à la ville. Il interviendra au nom et pour le compte de la Présidence de la République, institution dont relève le Service national », explique-t-il.

Les écueils à surmonter

Kinshasa compte environ 17 millions d’habitants et souffre depuis des années d’un système de gestion des déchets défaillant. L’expérience du Service national, centrée sur des centres pilotes et la polyvalence de la main-d’œuvre, devra être adaptée à l’échelle de toute la ville. Un autre défi majeur réside dans la coordination interinstitutionnelle. La Task Force associe le gouvernement central et l’Hôtel de Ville. Sa réussite dépendra de la capacité du général à harmoniser l’action des différents services urbains, souvent confrontés à un manque de moyens et de coordination.

Moyens financiers et adhésion de la population

Dans le domaine de l’assainissement comme dans celui de l’encadrement des Kuluna, la communication est cruciale. Bien qu’il soit rompu à cet exercice, le général aura besoin d’être accompagné par une stratégie de communication adaptée à ses nouvelles responsabilités. Une mauvaise perception des opérations de nettoyage ou des éventuelles mesures de déguerpissement pourrait susciter des résistances au sein de la population. Les moyens logistiques et financiers devront également suivre afin de faciliter cette tâche titanesque dans une ville qui n’a plus bénéficié d’une véritable politique structurée de salubrité depuis la fin, en 2015, du Programme d’assainissement et de réhabilitation de la ville de Kinshasa (PARAU), mis en œuvre avec l’appui de l’Union européenne sous le gouvernorat d’André Kimbuta.

Un profil qui rassure

Nommé général-major en juillet 2020, Jean-Pierre Kasongo Kabwik dirige le Service national depuis juillet 2018. Il est reconnu pour avoir transformé de nombreux délinquants juvéniles, communément appelés « Kuluna », en véritables « bâtisseurs de la République » au centre pilote de Kaniama Kasese. Le président Tshisekedi avait d’ailleurs salué publiquement ce travail en février 2022, soulignant que ces jeunes produisent aujourd’hui du maïs, des bancs scolaires et d’autres biens utiles à la nation.

A lire aussi : https://heshimardc.net/v1/2022/05/09/comprendre-le-service-national-entretien-exclusif-de-jp-kasongo-kabwik/  

À son arrivée à la tête du Service national, il avait relancé les activités avec des moyens limités, allant jusqu’à récupérer les pièces de trois tracteurs en panne afin d’en remettre un en état de fonctionnement. Il a également piloté le transfert de Kuluna vers Kaniama Kasese, une opération qui avait suscité des critiques de la part du ministre des Droits humains en 2021. Jean-Pierre Kasongo avait alors défendu cette initiative en mettant en avant les conditions d’encadrement des jeunes, leur alimentation, leur formation ainsi que leurs activités sportives.

Cette expérience démontre que le Service national est parti de presque rien en 2018 pour devenir un outil opérationnel reconnu. Toutefois, l’assainissement de Kinshasa représente un défi d’une tout autre ampleur. La Task Force devra mobiliser des engins adaptés, du personnel qualifié et un financement durable, au-delà de l’effet d’annonce.

La nomination de Jean-Pierre Kasongo traduit la volonté des autorités de donner une nouvelle impulsion à la lutte contre l’insalubrité, l’un des principaux défis urbains de Kinshasa. La réussite de cette opération reposera sur l’implication conjointe des institutions et de la population. À ce niveau, l’engagement citoyen demeure un levier essentiel pour garantir des résultats durables. Pour l’heure, les habitants attendent un calendrier d’actions précis ainsi que des moyens concrets capables de produire des changements visibles sur le terrain. Reste à savoir si le modèle de Kaniama Kasese pourra être transposé avec succès à l’échelle d’une mégapole aussi complexe que Kinshasa.

Heshima Magazine 

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Kinshasa Kia Mona : le pari fou d’une nouvelle ville pour désengorger la capitale congolaise

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Face à l’explosion démographique et aux embouteillages chroniques qui étouffent Kinshasa, les autorités congolaises ont lancé, depuis décembre 2025, « Kinshasa Kia Mona », un gigantesque projet d’extension urbaine à l’est de la capitale. Que sait-on réellement de ce mégaprojet inédit depuis l’indépendance ? Combien pourrait-il coûter à la République ? Tentative d’explication.

Kinshasa rêve plus grand. Beaucoup plus grand qu’on ne pouvait l’imaginer. Avec près de vingt millions d’habitants et une urbanisation galopante, la capitale congolaise suffoque sous le poids de sa propre croissance démographique. Embouteillages monstres, insuffisance des infrastructures, pénurie de logements et extension anarchique des quartiers périphériques illustrent les défis quotidiens auxquels sont confrontés les Kinois. Pour répondre à cette pression devenue difficilement maîtrisable, le gouvernement congolais a officiellement lancé le projet « Kinshasa Kia Mona », une nouvelle ville appelée à transformer durablement le paysage urbain de la mégapole.

Pourtant, au départ, le projet peinait à convaincre. Beaucoup d’initiatives similaires annoncées par le passé n’ont jamais véritablement vu le jour. C’est notamment le cas de Fatshi City, dévoilé en 2021. Porté par la société privée Bitec Consulting, ce projet ambitionnait de construire des cités modernes et connectées sur des sites militaires à Kinshasa et dans certaines provinces. Bien qu’approuvé par le président de la République, ce programme reste, à ce jour, largement inachevé.

Kinshasa Kia Mona, un projet à plus de 50 milliards USD

Cette fois, les autorités assurent vouloir passer à la vitesse supérieure. Kinshasa Kia Mona a été officiellement lancé en décembre 2025 par le président Félix Tshisekedi dans la commune de Maluku, à environ 45 kilomètres du centre-ville de Kinshasa. Estimé à plus de 50 milliards de dollars américains, le projet s’étendra sur près de 43 000 hectares. Il prévoit la construction de quartiers résidentiels modernes, de zones industrielles, d’infrastructures hospitalières, d’universités, de centres commerciaux ainsi que de vastes espaces verts.

Le site principal est situé à Menkao, dans la commune de Maluku. Le gouvernement congolais a également décidé d’intégrer une partie du groupement de Kingakati, près du parc de la Vallée de la N’sele, dans cette future ville.

À terme, Kinshasa Kia Mona pourrait accueillir jusqu’à cinq millions d’habitants. Son modèle de financement repose sur plusieurs mécanismes : partenariats public-privé (PPP), prêts bancaires, financements des banques de développement, modèles BOT (Build-Operate-Transfer), garanties foncières, levées de fonds et subventions publiques.

Au cœur du projet figure un vaste pôle industriel multisectoriel structuré autour de huit parcs spécialisés, allant des hautes technologies aux industries pharmaceutiques, en passant par la transformation agroalimentaire et l’économie circulaire.

Plus de 225 000 emplois annoncés

Selon les autorités congolaises, Kinshasa Kia Mona ambitionne également de devenir un puissant moteur économique. La première phase du projet prévoit notamment la construction d’une cité industrielle capable d’abriter jusqu’à 160 usines dès les premières années. À terme, plus de 225 000 emplois directs et indirects pourraient être créés, dont environ 30 000 dès la première phase du chantier. Les autorités présentent ce projet comme une réponse durable aux défis de l’urbanisation, mais aussi comme un symbole de modernisation et d’industrialisation de la RDC.

Cependant, plusieurs observateurs restent prudents. Certains experts s’interrogent sur la capacité réelle de l’État à financer durablement un projet aussi colossal dans un contexte marqué par les difficultés d’accès aux services de base dans plusieurs communes de Kinshasa. D’autres estiment que le succès de cette nouvelle ville dépendra surtout de la qualité des infrastructures routières, de l’accès à l’eau et à l’électricité, mais également de la transparence dans la gouvernance du projet.

Des entreprises chinoises privilégiées ?

La première pierre de la cité industrielle, portée par un consortium d’entreprises chinoises, a été posée en décembre 2025. Cette zone constitue la première phase de la gigantesque nouvelle ville.

Selon plusieurs sources, seuls 15 à 20 % des espaces industriels seraient ouverts à des investisseurs non chinois. Les projections sino-congolaises évoquent l’implantation de près d’un millier d’usines dans les cinq prochaines années.

Toutefois, les autorités congolaises assurent vouloir diversifier les partenaires. L’ancien ministre de l’Urbanisme et de l’Habitat, Alexis Gisaro Muvunyi, avait notamment précisé : « La Chine est peut-être entrée en premier dans la cité industrielle, mais cela ne représente qu’une petite partie des espaces à développer. Il y a de la place pour tout le monde. »

Dans cette logique, le coordinateur du projet, Thierry Katembwe, a multiplié les missions à l’étranger, notamment à Paris, à l’invitation du Medef. Selon plusieurs médias internationaux, ces démarches ont déjà permis la signature d’accords avec Dassault Systèmes, tandis que Bpifrance participe également au financement du projet. « Le projet n’est absolument pas uniquement chinois », a insisté Thierry Katembwe, évoquant également l’intérêt d’investisseurs américains, sud-africains, canadiens et congolais.

Un défi colossal

Derrière les ambitions affichées, le défi reste immense. Pour plusieurs urbanistes, la réussite de Kinshasa Kia Mona dépendra avant tout de la capacité des autorités à garantir la viabilité des infrastructures, la transparence des financements et l’accessibilité des logements pour les populations kinoises. Car Kinshasa traîne déjà une longue histoire de projets urbains ambitieux restés inachevés ou freinés par des difficultés de gouvernance.

Si cette nouvelle ville pourrait offrir un second souffle à une capitale saturée, un autre défi majeur demeure : celui du coût des logements. Leur accessibilité déterminera en grande partie la capacité réelle du projet à désengorger l’ancien centre-ville.

Avec Kinshasa Kia Mona, la RDC veut tourner une page et offrir à sa capitale un nouveau visage. Entre rêve futuriste et immense défi de réalisation, cette ville nouvelle pourrait devenir soit le symbole de la modernisation congolaise, soit rejoindre la longue liste des grands projets africains confrontés aux réalités du terrain. Une chose est sûre : à Kinshasa, l’avenir semble désormais se construire vers l’est.

Heshima Magazine

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Préparation chamboulée, supporters bloqués en RDC : quand Ebola perturbe le rêve mondialiste des Léopards

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À quelques semaines de la Coupe du monde 2026, la résurgence du virus Ebola en République démocratique du Congo (RDC) bouleverse la préparation des Léopards. Entre restrictions sanitaires, stages annulés, refus de visas aux supporters congolais vivant au pays et inquiétudes internationales, la sélection congolaise voit son parcours vers le Mondial fragilisé par une nouvelle crise sanitaire.

La République démocratique du Congo vit une situation paradoxale. Alors que le pays célèbre sa qualification historique à la Coupe du monde 2026, une résurgence du virus Ebola menace aujourd’hui de perturber l’aventure des Léopards sur la scène internationale. Depuis plusieurs semaines, les autorités sanitaires congolaises et l’Organisation mondiale de la santé (OMS) alertent sur une flambée inquiétante de la souche Bundibugyo du virus Ebola dans l’est du pays. Selon l’OMS, la propagation de l’épidémie est désormais jugée « très élevée » au niveau national.

Jusqu’au 25 mai, 101 cas avaient été confirmés, dont 10 décès, en RDC, avec comme épicentre la zone de santé de Mongbwalu, dans le territoire de Djugu, en Ituri, au nord-est du pays. « Mais nous savons que l’épidémie en RDC est bien plus vaste. Il y a désormais plus de 900 cas suspects et 220 décès suspects », a précisé Tedros Adhanom Ghebreyesus, directeur général de l’OMS.

Une épidémie qui perturbe le rêve mondialiste des Léopards

Face à cette situation, les conséquences dépassent désormais le seul cadre sanitaire. Le football congolais, en pleine euphorie après sa qualification au Mondial, se retrouve directement affecté.

Les États-Unis ont imposé une période d’isolement aux joueurs avant leur entrée sur le sol américain. Une mesure qui suscite la polémique, d’autant plus que la totalité des joueurs convoqués par le sélectionneur Sébastien Desabre ne vivent pas en RDC. Leur dernier séjour au pays remonte au début du mois d’avril à Kinshasa, loin de l’épicentre actuel de l’épidémie, et avant même la déclaration officielle de la maladie, intervenue le 15 mai.

Malgré cela, les joueurs se conforment déjà au protocole sanitaire mis en place. Deux bulles sanitaires ont été organisées en Belgique. La première regroupe les joueurs et une partie du staff technique déjà présents en Europe. La seconde concerne les membres du staff arrivés de Kinshasa, notamment les entraîneurs adjoints ainsi que Dodo Landu, team manager de l’équipe nationale.

Stage de préparation annulé à Kinshasa

La Fédération congolaise de football (FECOFA) a dû annuler le stage de préparation prévu à Kinshasa, ainsi qu’une cérémonie officielle d’adieux aux supporters et de décoration des Léopards programmée le 26 mai dernier.

Les activités prévues dans la capitale, notamment une conférence de presse du sélectionneur Sébastien Desabre et une rencontre avec les supporters, ont été suspendues pour des raisons sanitaires. Les Léopards ont ainsi été contraints de délocaliser leur préparation en Belgique afin d’éviter d’éventuelles restrictions de voyage imposées par les autorités américaines.

Des supporters vivant au pays privés du Mondial

Les États-Unis, pays hôte du Mondial avec le Canada et le Mexique, ont renforcé les mesures de contrôle pour les voyageurs en provenance de la RDC, de l’Ouganda et du Soudan du Sud. Washington a notamment imposé une période d’isolement de 21 jours pour certaines personnes ayant séjourné dans les zones concernées. Or, les Léopards sont également portés par des supporters infatigables venus du pays. Plusieurs groupes de soutien aux fauves congolais ne pourront finalement pas se rendre à la Coupe du monde.

Le gouvernement congolais tente actuellement un difficile rattrapage diplomatique en vue du deuxième match des Léopards prévu à Guadalajara, au Mexique. Mais il sera compliqué pour les autorités mexicaines d’accorder des visas aux supporters congolais dans le contexte sanitaire actuel. Le supporter congolais Michel Kuka Mboladinga dit « Lumumba Vea », devenu célèbre lors de la CAN 2025 pour son hommage à Patrice Emery Lumumba, avait déjà manqué la finale des barrages intercontinentaux contre la Jamaïque, au Mexique, en raison d’un problème de visa.

Reste à savoir si ce dernier pourra bénéficier d’une exception cette fois-ci, malgré les restrictions prises par les États-Unis, le Canada et probablement le Mexique.

En RDC, des supporters entre fierté et inquiétude

Même si aucun scénario d’exclusion de la RDC du tournoi n’a été officiellement évoqué par la FIFA, l’inquiétude grandit autour de l’impact de cette crise sanitaire sur la participation congolaise. À Kinshasa, de nombreux supporters oscillent entre fierté de voir la RDC participer à sa première Coupe du monde moderne et inquiétude face à un virus qui menace de perturber ce rêve mondialiste. « Nous sommes déjà très fiers de notre qualification. Nous aurions dû vivre cette phase finale comme une fête. Mais malheureusement, les joueurs seront privés de la majorité de leurs supporters restés au pays. Le gouvernement devrait trouver un moyen de mobiliser les Congolais de la diaspora pour remplir les tribunes de Houston, aux États-Unis, lors du match RDC-Portugal », a déclaré Marcus Kitoto, un supporter rencontré à Kinshasa.

La FIFA affirme suivre la situation de près en collaboration avec les autorités sanitaires internationales et la FECOFA. Une possibilité de remboursement des billets est déjà évoquée pour certains Congolais qui s’étaient déjà procuré le précieux sésame.

Au-delà du football, cette crise sanitaire rappelle une réalité plus profonde : en RDC, les grandes ambitions nationales restent souvent confrontées à des défis sanitaires, sécuritaires et sociaux majeurs. Et à l’approche du Mondial 2026, les Léopards devront désormais livrer un double combat : celui du terrain et celui contre une épidémie qui menace de ternir le rêve de toute une nation.

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