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Le retour de Joseph Kabila sur la scène politique malgré sa condamnation : stratégie ou nostalgie ?
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9 mois agoon
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La redaction
Quelques semaines après sa condamnation à mort par contumace, Joseph Kabila a fait une réapparition remarquée à Nairobi. L’ancien président de la République démocratique du Congo (RDC), condamné pour trahison et crimes de guerre, a convoqué un conclave d’opposants les 14 et 15 octobre dans la capitale kenyane, donnant naissance à une nouvelle plateforme politique baptisée « Mouvement sauvons la RDC ». Cette résurgence soulève une question centrale : s’agit-il d’une stratégie politique minutieusement orchestrée ou d’une tentative nostalgique de reconquérir un pouvoir définitivement perdu ?
La Haute Cour militaire de Kinshasa a prononcé le 30 septembre 2025 une condamnation à mort contre Joseph Kabila, assortie d’une amende historique de 33 milliards de dollars américains. Le tribunal l’accuse d’être le chef véritable de l’Alliance Fleuve Congo (AFC), coalition politico-militaire dont le M23 constitue le bras armé dans l’est du pays.
Selon le général Joseph Mutombo, président de la Cour, Kabila aurait dirigé des réunions stratégiques, supervisé des camps d’entraînement et orchestré les hostilités qui ont déchiré les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu. Les accusations reposent notamment sur le témoignage d’Éric Nkuba Shebantu, conseiller stratégique et politique de Corneille Nangaa, président de la rébellion AFC actuellement emprisonné, qui a rapporté des propos de Joseph Kabila concernant un plan visant à s’opposer au président Félix Tshisekedi.
Absent tout au long du procès ouvert le 25 juillet 2025, Kabila n’a jamais comparu devant ses juges ni mandaté d’avocat pour le défendre. Cette absence alimente les controverses. Pour ses partisans, elle témoigne du caractère politique d’un procès visant à écarter un opposant de premier plan. Pour ses détracteurs, elle révèle son incapacité à répondre à des accusations étayées par des éléments concrets.
Nairobi, le retour par l’étranger
Kabila a choisi le Kenya pour orchestrer son retour politique. Le conclave de Nairobi a réuni une poignée de figures de l’opposition, dont l’ancien Premier ministre Augustin Matata Ponyo, lui aussi en délicatesse avec la justice congolaise, ainsi que des personnalités comme Franck Diongo, Jean-Claude Vuemba et des fidèles historiques tels que Raymond Tshibanda.
La déclaration finale du conclave reprend les critiques que Kabila adresse depuis plusieurs mois au pouvoir de Félix Tshisekedi : « dérive autoritaire, espace démocratique restreint, justice instrumentalisée et dégradation sécuritaire dans l’est du pays ». Le nouveau mouvement appelle à « mettre fin à la tyrannie » et à « restaurer l’autorité de l’État ».
Cependant, des figures majeures de l’opposition comme Moïse Katumbi et Martin Fayulu ont brillé par leur absence. Cette difficulté à rassembler largement pose la question de la viabilité de cette nouvelle plateforme et de sa capacité à constituer une alternative crédible, alors même qu’elle ne réunit pas nécessairement les figures de proue de l’opposition.
Les Forces Politiques Alliées de l’UDPS/Tshisekedi ont dénoncé la tenue de ce conclave à l’étranger, y voyant une complicité du Kenya dans une opération visant pourtant la déstabilisation de la RDC. Le choix de Nairobi plutôt que Kinshasa reflète aussi les difficultés de Kabila à y retourner sans être arrêté immédiatement compte tenu de sa condamnation.
Un passé qui divise et interroge
Le bilan de Joseph Kabila à la tête de la RDC pendant dix-huit ans fait l’objet d’appréciations contrastées. Ses partisans lui créditent d’avoir maintenu une certaine stabilité institutionnelle et d’avoir organisé les premières élections démocratiques depuis l’indépendance. Ses détracteurs dressent un tableau beaucoup plus sombre : corruption systémique, violations des droits humains, délabrement des infrastructures et enrichissement personnel.
L’enquête Congo Hold-Up, basée sur plus de 3,5 millions de documents bancaires fuités, a révélé des transferts financiers importants impliquant l’entourage présidentiel durant l’ère Kabila. Le maintien de son mandat deux ans au-delà de l’échéance constitutionnelle en 2016 reste une tache indélébile dans son bilan politique.
Plus troublant encore, des accusations persistent quant à ses liens avec le Rwanda. Certaines investigations affirment que, sous son règne, d’importantes sommes d’argent auraient été régulièrement détournées au profit du régime de Paul Kagame. Sa présence à Goma en mai 2025, puis à Bukavu, dans des zones partiellement contrôlées par le M23 venu du Rwanda, où son avion a atterri, a ravivé les soupçons de connivence. Non seulement avec les rebelles, mais surtout avec Kigali, accusé de soutenir activement le mouvement M23.
La question des liens Kabila-M23
Les accusations de collusion entre Joseph Kabila et le mouvement rebelle M23 constituent l’un des volets les plus sensibles du dossier, ternissant davantage son image tant au niveau national qu’international. Selon le gouvernement congolais, plusieurs éléments viendraient étayer ces soupçons, notamment des témoignages directs et surtout la présence très remarquée de l’ancien président à Goma et à Bukavu en mai 2025, en provenance du Rwanda. Le ministre de l’Intérieur, Jacquemain Shabani Lukoo, a dénoncé ce qu’il a qualifié de « choix délibéré de rentrer au pays par une ville sous contrôle de l’ennemi ». Des responsables de l’AFC se sont d’ailleurs « réjouis » publiquement de cette arrivée, un geste interprété par certains comme une confirmation implicite de liens politiques ou logistiques entre les deux parties.
Parallèlement, plusieurs enquêtes font état d’éventuels transferts financiers opérés mensuellement sous le régime Kabila au profit du gouvernement de Paul Kagame. Ces révélations, conjuguées à son passage par le Rwanda et à sa présence dans des zones sous influence du M23, ont ravivé les soupçons de connivence non seulement avec les rebelles, mais aussi avec Kigali, soutiens actif du mouvement.
Joseph Kabila, pour sa part, rejette catégoriquement toute implication. Il dénonce un « montage politique » visant, selon lui, à le discréditer et à masquer les échecs sécuritaires du pouvoir actuel.
Un capital politique limité
Si Kabila tente un retour, c’est aussi parce qu’il perçoit une faille dans le paysage politique congolais. L’opposition reste fragmentée et peine à s’unir autour d’une alternative crédible à Tshisekedi.
Cependant, les sondages et analyses suggèrent que Kabila ne bénéficie d’aucune nostalgie populaire significative. « Il n’y a pas de forte nostalgie pour Kabila dans le pays aujourd’hui », confirme un analyste politique cité par le journal allemand Deutsche Welle. La jeunesse congolaise, qui représente une part croissante de l’électorat, aspire à un renouvellement que l’ancien président peine à incarner.
Kabila tente de se positionner comme l’homme d’expérience capable de ramener la stabilité, mais son propre bilan conteste cette prétention. Son incapacité à résoudre les problèmes de l’est durant ses dix-huit années de règne affaiblit considérablement son argumentaire.
Les fragilités du régime Tshisekedi
Le gouvernement Tshisekedi fait face à des défis majeurs qui fragilisent sa position. La perte temporaire de Goma et Bukavu en janvier 2025 a constitué un revers militaire et symbolique important. La capacité des FARDC à reprendre durablement le contrôle de l’est demeure incertaine.
Sur le plan économique, les promesses de développement se heurtent aux réalités budgétaires. La mise en œuvre effective de la gratuité de l’enseignement et des soins de santé reste inégale selon les provinces. Les infrastructures, bien qu’en cours de réhabilitation, ne progressent pas au rythme espéré par la population.
Ces difficultés alimentent une certaine désillusion et ouvrent des espaces pour l’opposition, même si celle-ci peine à capitaliser sur ces faiblesses. Le président Tshisekedi doit démontrer sa capacité à tenir ses engagements d’ici 2028 pour conserver la confiance d’un électorat exigeant.
Le PPRD entre répression et résistance
Le PPRD, parti historique de Kabila, traverse une période difficile. La suspension de ses activités par les autorités en avril 2025, suivie de la réquisition de son siège, témoigne de la pression exercée par le pouvoir.
Le parti dénonce ces mesures comme une atteinte aux libertés fondamentales et une tentative de museler l’opposition. Le gouvernement justifie ces actions par des préoccupations sécuritaires, évoquant des liens entre le PPRD et la rebellion AFC/M23 dans l’est.
Le PPRD a néanmoins annoncé la reprise unilatérale de ses activités début mai 2025, défiant ainsi les autorités. Cette résistance témoigne d’une détermination à peser sur l’échiquier politique, avec ou sans Kabila à sa tête.
Élections 2028, un horizon incertain
Le retour de Kabila s’inscrit dans une perspective électorale claire : les élections générales de 2028. Cependant, plusieurs inconnues pèsent sur la tenue effective de ce scrutin dans un contexte de guerre à l’est.
Le président Tshisekedi s’est engagé à respecter le calendrier constitutionnel, contrairement à Kabila qui avait reporté les élections de deux ans en 2016. Cette différence de comportement constitue un marqueur important de la consolidation démocratique.
Des réformes électorales sont en cours pour améliorer la transparence du processus. Leur mise en œuvre effective déterminera la crédibilité du scrutin de 2028 et la confiance des acteurs politiques dans le processus.
Kabila espère probablement profiter d’un éventuel report des élections pour dénoncer une dérive autoritaire, se positionnant alors en défenseur de l’ordre constitutionnel. Un scénario paradoxal pour celui qui a maintenu son mandat au-delà de l’échéance légale, mais cohérent avec une stratégie opportuniste.
Une stratégie risquée aux résultats incertains
Le retour de Kabila relève autant du calcul politique que de la nostalgie du pouvoir. L’ancien président a identifié une fenêtre d’opportunité dans le contexte actuel et entend la saisir. Sa patience stratégique, acquise durant ses longues années au pouvoir, constitue son principal atout.
Sa stratégie repose sur plusieurs piliers : la victimisation en se présentant comme persécuté par une justice instrumentalisée, la légitimation historique en rappelant son rôle dans les transitions, et le positionnement en alternative face aux échecs du pouvoir actuel.
Cependant, cette stratégie comporte des risques majeurs. Son bilan contesté, ses liens avec le M23, et sa faible popularité constituent des handicaps difficilement surmontables. La communauté internationale reste également méfiante vis-à-vis d’un acteur susceptible de compliquer le processus de paix.
Face à lui, le président Tshisekedi bénéficie de la légitimité démocratique et d’un bilan contrasté mais avec des réalisations tangibles dans les secteurs sociaux et infrastructurels. Ses efforts pour défendre la souveraineté nationale, malgré les revers militaires, lui confèrent une stature de chef d’État responsable.
Entre stratégie et nostalgie
Le retour de Joseph Kabila sur la scène politique tient probablement des deux. Il y a chez lui une forme de nostalgie du pouvoir, commune à de nombreux anciens dirigeants. Mais il y a surtout un calcul politique, celui d’un homme qui pense avoir identifié une opportunité dans le chaos actuel.
Le conclave de Nairobi marque le début d’une longue bataille dont l’issue demeure incertaine. Kabila ne peut probablement pas revenir au pouvoir par les urnes dans l’immédiat, mais il peut espérer reconquérir une influence politique significative.
Reste à savoir si les Congolais, qui ont connu les difficultés de son long règne, sont prêts à lui offrir une seconde chance face à d’autres figures présidentiables comme Martin Fayulu, Jean-Pierre Bemba, Denis Mukwege ou Moïse Katumbi. La réponse à cette question dira si ce retour marque le début d’une nouvelle ère ou le dernier soubresaut d’un passé révolu. Entre ces deux lectures, une certitude s’impose : la scène politique congolaise demeure profondément divisée, et la route vers 2028 s’annonce tumultueuse pour tous les acteurs en présence.
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Léopards de la RDC : Après l’exploit, l’heure de la confirmation
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2 semaines agoon
juillet 7, 2026By
La redaction
Ils sont revenus. Par la grande porte. Après 52 ans d’absence, les Léopards de la République Démocratique du Congo ont foulé les pelouses américaines du Mondial 2026 avec la détermination de ceux qui n’ont plus rien à perdre. Si l’aventure s’est achevée en seizièmes de finale face à l’Angleterre, elle a laissé un héritage bien plus précieux qu’un simple bilan comptable.
Le retour d’un géant endormi
Pour la RDC, 100 millions d’habitants et une culture footballistique parmi les plus riches du continent, cette qualification était bien plus qu’un exploit sportif. Elle mettait fin à cinq décennies d’attente, depuis l’épopée du Zaïre en 1974, et consacrait le travail de reconstruction engagé sous la houlette de Sébastien Desabre.
Le parcours qualificatif avait déjà valeur de test. Placés dans le groupe B aux côtés du Sénégal, les Léopards ont terminé deuxièmes avec 22 points avant d’écarter le Cameroun puis le Nigeria en barrages. Le dernier obstacle, la Jamaïque, fut franchi en prolongation grâce à Axel Tuanzebe, envoyant toute une nation en délire.
Un Mondial qui change tout
Le groupe K promettait un baptême du feu : Portugal, Colombie et Ouzbékistan. Face aux favoris portugais au NRG Stadium de Houston, les Léopards n’ont pas tremblé. Menés dès la 6e minute, ils ont égalisé juste avant la pause par Yoane Wissa sur corner, pour arracher un nul historique (1-1).
Le sélectionneur adjoint Rafael Hamidi résumait l’exploit : « Ce score de parité face au Portugal, c’était à prendre si on nous l’avait proposé avant le coup d’envoi ». La presse congolaise saluait un système en 3-5-2 particulièrement solide, la discipline collective et les transitions rapides.
Qualifiés pour les seizièmes de finale, les Léopards ont longtemps fait douter l’Angleterre, menant jusqu’à la 76e minute avant de s’incliner 2-1 dans les dernières secondes. Un scénario cruel qui a rappelé les limites d’un groupe prometteur mais encore en apprentissage des grands rendez-vous.
Les enseignements d’une expérience unique
Ce Mondial a livré plusieurs enseignements pour l’avenir. D’abord, une force mentale confirmée. Les barrages contre le Cameroun et le Nigeria avaient déjà forgé ce groupe, capable de rester lucide sous pression. Face au Portugal, les Léopards ont prouvé qu’ils pouvaient rivaliser avec les meilleures nations.
Ensuite, des fragilités structurelles. Comme la Côte d’Ivoire, le Sénégal ou le Japon, la RDC a cédé dans les dernières minutes face à l’Angleterre. Loïc Aumont, spécialiste de la performance, analyse : « Ces sélections possèdent les qualités techniques et physiques. Ce qui fait basculer un match, c’est la gestion des émotions lorsque la pression atteint son maximum ». Un déficit d’expérience à ce niveau que seul le temps et les répétitions pourront combler.
Cap sur la CAN 2027 : un trophée à portée de griffes ?
L’objectif est désormais clair : les Léopards doivent viser le titre lors de la prochaine Coupe d’Afrique des Nations, organisée en 2027 au Kenya, en Ouganda et en Tanzanie.
Le contexte est favorable. Cette génération, portée par Chancel Mbemba, son capitaine de 31 ans, possède une identité de jeu forte et un vécu commun exceptionnel. Le vivier de talents, évoluant pour beaucoup dans les meilleurs championnats européens, n’a jamais été aussi riche.
Le chemin qualificatif pour la CAN 2027 s’annonce abordable, avec un groupe E composé de la Guinée équatoriale, de la Sierra Leone et du Zimbabwe. Mais les Léopards savent désormais qu’aucune montagne n’est insurmontable, comme l’écrivait la presse congolaise avant le choc contre le Portugal : « Aucune montagne n’est insurmontable quand on est déterminé ».
Le défi de la régularité
Si le rêve est permis, la réalité impose de rester humble. Le Mondial a montré que l’écart avec les meilleures nations s’est considérablement réduit, mais que la gestion des moments décisifs reste le nerf de la guerre. Les Léopards devront transformer l’essai en confirmant leur niveau sur la durée, avec un calendrier international exigeant et des joueurs à préserver.
Sébastien Desabre, l’artisan de ce renouveau, aura à cœur de capitaliser sur cette expérience unique pour faire franchir un nouveau palier à sa sélection. La CAN 2027 sera le test ultime : plus qu’une performance, c’est un trophée que la RDC attend. Le message des supporters est clair, comme le résumait un journaliste avant le Mondial : « On ne vous demande pas de dominer le Portugal, mais juste de sortir un match de malade du début à la fin ». Pour la CAN 2027, on leur demande désormais de ramener la coupe à la maison.
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Opposition, CENCO et ECC en consultations au Burundi : Évariste Ndayishimiye dans la peau de Lourenço ?
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2 semaines agoon
juillet 6, 2026By
La redactionUne délégation réunissant des responsables de la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO), de l’Église du Christ au Congo (ECC) et plusieurs figures de l’opposition congolaise séjourne à Bujumbura, au Burundi, pour des consultations consacrées à la crise sécuritaire dans l’Est de la République démocratique du Congo. Organisée à l’invitation du président burundais Évariste Ndayishimiye, cette rencontre alimente les spéculations sur l’émergence d’un nouveau cadre de dialogue politique autour de la paix et de la stabilité dans la région.
Une nouvelle séquence diplomatique s’ouvre dans la recherche d’une issue à la crise qui secoue l’Est de la République démocratique du Congo. Une délégation composée de responsables de la CENCO, de l’ECC ainsi que de plusieurs leaders de l’opposition est arrivée à Bujumbura pour prendre part à des consultations consacrées à la situation sécuritaire et politique en RDC.
Cette mission répond à une invitation du président burundais Évariste Ndayishimiye, qui assure actuellement la présidence en exercice de l’Union africaine (UA). Déjà engagé dans plusieurs initiatives diplomatiques régionales, le chef de l’État burundais entend poursuivre ses efforts afin de rapprocher les différentes parties prenantes et de favoriser une solution politique durable. La délégation est composée du pasteur André Bokundoa, président de l’ECC, du pasteur Éric Senga, de Mgr Donatien Nshole, secrétaire général de la CENCO, ainsi que des opposants Martin Fayulu, Delly Sesanga et Dieudonné Bolengetenge. Les membres de cette mission ont quitté Kinshasa dans la nuit du samedi 4 au dimanche 5 juillet 2026 à bord d’un vol régulier d’Ethiopian Airlines à destination de la capitale burundaise.
Évariste Ndayishimiye dans la peau de Lourenço ?
Cette initiative, qui intervient alors que plusieurs processus de médiation restent inachevés, soulève une interrogation majeure : Évariste Ndayishimiye cherche-t-il à reprendre le flambeau laissé par João Lourenço ou à insuffler une nouvelle dynamique sous l’égide de l’Union africaine ?
Alors que l’Angola avait été mandaté pour faciliter un dialogue intercongolais, la multiplication des divergences avec les autorités congolaises sur le format et le cadre de ces discussions a progressivement conduit le projet dans l’impasse. D’où cette question que se posent plusieurs observateurs de la crise congolaise : João Lourenço a-t-il jeté l’éponge ?
Officiellement mandaté en février dernier pour mener des consultations en vue d’un dialogue politique en RDC, le président angolais peine à concrétiser son initiative et se fait de plus en plus discret. S’il n’a pas officiellement renoncé à sa mission, plusieurs sources diplomatiques citées par Jeune Afrique indiquent que le processus est, pour l’heure, au point mort.
Les consultations de Bujumbura interviennent alors que les combats se poursuivent dans l’Est de la RDC. Plusieurs localités des provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu restent sous le contrôle de l’armée rwandaise et de ses alliés de l’AFC/M23, selon les autorités congolaises, tandis que les initiatives diplomatiques se multiplient pour tenter d’enrayer une crise qui perdure depuis plusieurs années.
Les prémices d’un dialogue inclusif ?
Au-delà de la dimension sécuritaire, la présence conjointe des représentants des Églises et de l’opposition politique confère à ces consultations une portée particulière. Depuis plusieurs mois, la CENCO et l’ECC plaident en faveur d’un dialogue inclusif susceptible de restaurer la cohésion nationale et de créer les conditions d’une paix durable. Leur implication, aux côtés de figures de l’opposition, pourrait traduire une volonté d’élargir les concertations au-delà des seuls canaux gouvernementaux. Selon plusieurs observateurs, cette démarche pourrait également préparer le terrain à un dialogue politique plus large, associant les différentes sensibilités politiques et sociales du pays. Lors de sa récente visite à Kinshasa, le président Évariste Ndayishimiye avait d’ailleurs exprimé son souhait de rencontrer les responsables de l’opposition congolaise avant la marche dite « pacifique » de l’opposition, initialement prévue le 8 juillet puis reportée au 22 juillet. Cette manifestation vise à réclamer la démission du président Félix Tshisekedi, que ses opposants accusent de vouloir modifier la Constitution afin de se maintenir au pouvoir au-delà de 2028, année marquant la fin de son second et dernier mandat.
Si aucun détail officiel n’a encore filtré sur le contenu des échanges à Bujumbura, ces consultations témoignent de la volonté des acteurs régionaux de maintenir la dynamique diplomatique afin de favoriser une désescalade et de rechercher une solution négociée à la crise qui continue de déstabiliser l’Est de la RDC. Reste à savoir si cette initiative débouchera sur un véritable processus de dialogue ou ne constituera qu’une étape supplémentaire dans les multiples médiations en cours. Une chose est certaine : en réunissant autour d’une même table les Églises, l’opposition politique et un acteur régional désormais au premier plan, Bujumbura pourrait devenir le point de départ d’une nouvelle séquence diplomatique dont les développements seront suivis de près, tant en RDC que dans l’ensemble de la région des Grands Lacs.
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ADF : douze années de terreur dans l’Est de la RDC
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3 semaines agoon
juin 29, 2026By
La redaction
Massacres de civils, enlèvements, déplacements de populations et attaques répétées contre les forces de sécurité. Depuis 2014, les Forces démocratiques alliées (ADF) se sont imposées comme l’un des groupes armés les plus meurtriers de l’Est de la République démocratique du Congo (RDC). D’abord rébellion ougandaise réfugiée dans les forêts du Nord-Kivu, le mouvement a progressivement muté pour devenir une organisation terroriste redoutée, responsable de milliers de morts et d’une insécurité persistante dans les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri.
L’histoire des ADF ne commence pas en République démocratique du Congo. Le groupe est créé au milieu des années 1990 en Ouganda par Jamil Mukulu, un opposant au régime du président Yoweri Museveni. Sous la pression de l’armée ougandaise, les rebelles traversent rapidement la frontière et trouvent refuge dans les régions montagneuses et forestières de l’Est congolais, où ils établissent leurs bases arrière. Pendant plusieurs années, les ADF demeurent relativement discrètes, vivant du trafic de ressources naturelles, du commerce illicite et de diverses activités économiques locales. Mais à partir de 2014, la situation bascule. Après une vaste offensive militaire des Forces armées de la RDC (FARDC) contre leurs bastions, le groupe adopte une stratégie de représailles particulièrement violente contre les populations civiles.
Entre octobre 2014 et aujourd’hui, les territoires de Beni, Lubero, Mambasa et Irumu deviennent le théâtre de massacres à répétition. Hommes, femmes et enfants sont tués lors d’attaques nocturnes souvent menées à l’arme blanche. Des villages entiers sont incendiés, tandis que des centaines de personnes sont enlevées. Selon plusieurs organisations nationales et internationales de défense des droits humains, les ADF sont responsables de milliers de morts au cours de la dernière décennie. Le territoire de Beni, dans la province du Nord-Kivu, est particulièrement touché, au point de devenir l’un des symboles de l’insécurité chronique qui frappe l’Est du pays.
De la rébellion au terrorisme…
Au fil des années, le mouvement évolue également sur le plan idéologique. À partir de 2017, plusieurs rapports des Nations unies et d’organismes spécialisés font état d’un rapprochement entre certaines factions des ADF et l’organisation djihadiste État islamique. En 2019, l’État islamique revendique officiellement plusieurs attaques menées dans l’Est de la RDC à travers sa branche dite « Province d’Afrique centrale » (ISCAP). Cette affiliation, contestée à ses débuts par certains experts, se confirme progressivement par la propagande diffusée par les réseaux de l’État islamique et par l’évolution des modes opératoires du groupe. Malgré cela, les ADF conservent des caractéristiques locales fortes, enracinées dans les réalités sécuritaires et économiques de la région des Grands Lacs.
Opérations conjointes « Shujaa »
Face à cette menace, les autorités congolaises ont multiplié les opérations militaires. En mai 2021, le gouvernement instaure l’état de siège dans les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri afin de renforcer la lutte contre les groupes armés. Quelques mois plus tard, la RDC et l’Ouganda lancent conjointement l’opération militaire « Shujaa » pour traquer les combattants ADF dans leurs sanctuaires forestiers.
Malgré près de cinq ans d’efforts conjoints de la RDC et de l’Ouganda dans le cadre de l’opération Shujaa, les zones débarrassées des combattants des ADF sont régulièrement réinfiltrées en l’espace de quelques semaines. Cette situation s’explique notamment par la solidité du système de succession interne du groupe prévue à l’avance, qui lui permet d’avoir une relève rapide du commandement lorsque des dirigeants sont neutralisés. Des allégations de collusion avec des acteurs étatiques, la faiblesse de la gouvernance et l’insuffisance de la protection des civils aggravent également le problème.
L’opération Shujaa repose sur des offensives conjointes, qui vont des opérations de combat mobiles au renseignement humain, visant à démanteler les structures de commandement des ADF et à rétablir l’autorité de l’État dans les zones occupées. Au-delà des approches cinétiques, elle entend soutenir la stabilisation, notamment par la construction de routes et la réinsertion des personnes enlevées. Toutefois, sa stratégie intègre peu d’approches préventives capables de neutraliser les ADF et reste réactive.
Ces offensives permettent de démanteler plusieurs camps rebelles et d’éliminer certains commandants. Toutefois, les ADF démontrent une forte capacité d’adaptation. Fragmentés en petites unités mobiles, leurs combattants continuent de mener des attaques meurtrières contre les civils et les positions militaires. Aujourd’hui encore, malgré les efforts militaires et les initiatives régionales de stabilisation, les ADF figurent parmi les principaux acteurs de l’insécurité dans l’Est de la RDC. Le groupe demeure particulièrement actif dans les zones frontalières entre le Nord-Kivu et l’Ituri, où les populations vivent sous la menace permanente d’incursions armées. Douze ans après le début des massacres de grande ampleur à Beni, la question des ADF reste l’un des défis sécuritaires majeurs de la République démocratique du Congo. Derrière les statistiques et les rapports se trouvent des milliers de familles endeuillées, des villages détruits et des communautés déplacées. Tant que cette menace persistera, la paix durable dans l’Est du pays demeurera un objectif difficile à atteindre, malgré les efforts déployés par les autorités congolaises et leurs partenaires régionaux.
Groupe armé le plus meurtrier en mai 2026
Les ADF ont été responsables du plus grand nombre de victimes civiles dans l’est de la République démocratique du Congo au cours du mois de mai 2026. C’est ce que révèle un rapport publié par l’Institut congolais de recherche sur la politique, la gouvernance et la violence, Ebuteli, qui fait état d’une recrudescence alarmante des attaques contre les populations civiles, notamment dans les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri. L’insécurité continue de faire des ravages dans l’Est de la République démocratique du Congo.
Dans son dernier rapport sur la situation sécuritaire, Ebuteli indique que les ADF demeurent le groupe armé le plus meurtrier de la région, avec au moins 190 civils tués au cours du seul mois de mai 2026. Ce bilan représente une augmentation spectaculaire par rapport au mois d’avril, où 53 victimes civiles avaient été enregistrées. Selon le rapport, cette recrudescence des violences s’est traduite par au moins 36 attaques attribuées aux rebelles ougandais, actifs principalement dans les territoires de Beni, Mambasa, Irumu et Lubero. Les assaillants ont multiplié les incursions meurtrières dans plusieurs villages, ciblant des populations civiles souvent sans défense.
L’un des faits marquants du mois a été le retour des attaques dans la ville de Beni. Dans la nuit du 30 au 31 mai, des combattants ADF ont mené plusieurs incursions simultanées dans la ville et ses environs, causant la mort d’au moins 26 civils. Il s’agit de la première attaque documentée dans la zone urbaine de Beni depuis 2023. Le rapport souligne également que les ADF ont intensifié leurs opérations malgré les offensives conjointes menées par les Forces armées de la RDC (FARDC) et l’armée ougandaise dans le cadre de l’opération Shujaa. Les chercheurs estiment que plusieurs de ces massacres pourraient constituer des représailles aux pressions militaires exercées contre le groupe armé.
Pendant ce temps, d’autres groupes armés restent actifs dans la région. En Ituri, la CODECO et l’URDPC poursuivent leurs activités criminelles, tandis que dans le Nord-Kivu et le Sud-Kivu, les affrontements entre le M23 et divers groupes armés locaux continuent d’alimenter l’instabilité. Toutefois, aucun de ces acteurs n’a atteint le niveau de violence meurtrière enregistré par les ADF au cours du mois de mai.
Alors que les populations de l’est de la RDC espèrent un retour durable de la paix, les conclusions du rapport d’Ebuteli rappellent l’ampleur du défi sécuritaire auquel le pays reste confronté. La montée en puissance des attaques des ADF, combinée à la persistance de multiples foyers de violence, continue de faire peser une lourde menace sur les civils, premiers victimes d’un conflit qui semble loin de s’essouffler.
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