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Rentrée parlementaire en RDC : la révision budgétaire au cœur de la session de mars
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4 mois agoon
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La redaction
Alors que la trésorerie publique traverse une période de fortes tensions, les parlementaires congolais reprennent le chemin de l’hémicycle ce 16 mars 2026. Au centre des attentes : une possible révision de la loi de finances afin d’adapter les priorités de l’État à une conjoncture économique et budgétaire particulièrement fragile. Les dépenses de sécurité et notamment la guerre au Moyen-Orient poussent le gouvernement à revoir sa copie du budget nationale.
La session ordinaire de mars du Parlement s’ouvre dans un contexte économique délicat en République démocratique du Congo. Les finances publiques sont soumises à une pression croissante, alimentée par des dépenses sécuritaires élevées, des engagements sociaux importants et un rythme de mobilisation des recettes jugé insuffisant par certains analystes. Au Palais du peuple, députés et sénateurs retrouvent l’hémicycle avec, à l’agenda implicite, la question de l’équilibre budgétaire. Au-delà de la ratification par le parlement des Accords de Washington lors de cette session de mars, plusieurs sources parlementaires évoquent déjà la nécessité d’une révision de la loi de finances afin de réaligner les prévisions budgétaires avec les réalités de la trésorerie de l’État.
Du côté du gouvernement, cette question n’est pas un mystère. Les dépenses de sécurité et la guerre qui frappe le Moyen-Orient pourraient conduire l’autorité budgétaire à revoir les chiffres du budget national promulgué en décembre 2025. Un projet de loi de finances rectificative est en cours d’élaboration au niveau du gouvernement. Des dépenses publiques seront réajustées dans cette loi de finances rectificative pour les adapter aux réalités de la trésorerie actuelle. « Vous savez bien dans quel contexte la loi de finances 2026 avait été votée par le Parlement. Il y avait un accord entre le Parlement et le gouvernement pour qu’à la première session de cette année, donc à la session de mars, le gouvernement puisse déposer une loi rectificative de finances afin de mieux tenir compte de l’évolution de certains paramètres économiques. Mais aussi, dans la situation dans laquelle nous nous trouvons depuis le déclenchement de la guerre en Iran, de prendre en compte l’impact de cette guerre sur l’économie nationale », avait déclaré Daniel Mukoko Samba en marge d’une rencontre avec le vice-Premier ministre, ministre du Budget, Adolphe Muzito.
Possible révision à la baisse du budget de 22 milliards USD
Le budget 2026, promulgué fin 2025, s’élève à 54 335,8 milliards de FC (environ 22 milliards USD), marquant une hausse de 17 % par rapport à 2025. Face à un contexte sécuritaire toujours préoccupant, notamment dans l’Est de la République démocratique du Congo, le gouvernement a consacré 11.896 milliards de francs congolais, soit près de 30% du budget général, aux forces de défense et de sécurité. Selon des économistes, la situation actuelle pourrait contraindre le gouvernement à procéder à des ajustements. Ceux-ci pourraient concerner à la fois la priorisation des dépenses publiques et la recherche de nouvelles marges de recettes, notamment à travers un renforcement de la mobilisation fiscale et douanière.
Dans les couloirs du Parlement, certains élus plaident également pour un contrôle plus strict de l’exécution budgétaire. « Cette session doit permettre d’évaluer l’utilisation des ressources publiques et de corriger ce qui doit l’être », confie un député de la majorité, estimant qu’une révision budgétaire pourrait devenir inévitable si les tensions de trésorerie persistent.
Des difficultés dans la paie des fonctionnaires
Depuis janvier 2026, les fonctionnaires de l’État font face à des retards récurrents dans le paiement de leurs salaires mensuels. Les causes de ces retards sont commentées de diverses manières dans l’environnement sociopolitique et économique congolais. Godé Mpoy, député national et professeur à la faculté des sciences économiques, estime que la cause serait plus profonde que certains semblent le minimiser. Lors de ses récents passages dans certains médias locaux, il a affirmé que la question du taux de change se situe au cœur du problème, précisant que la masse salariale avait été calculée sur la base d’un dollar à environ 2 850 francs congolais. Avec l’appréciation du franc congolais, les recettes en dollars, une fois converties en monnaie locale, rapporteraient moins que prévu. Ce décalage créerait un manque à gagner qui compliquerait le paiement régulier des agents.
Mais, de son côté, le gouvernement avait justifié ces retards par des ajustements techniques dans le système de paie. Le ministre des Finances, Doudou Fwamba, avait affirmé que le gouvernement dispose des moyens nécessaires et que tous les salaires seront payés, rejetant ainsi les allégations liées à des difficultés de trésorerie dans un contexte de dépenses croissantes, notamment celles liées à la sécurité et à l’agression rwandaise via la rébellion de l’AFC/M23 dans l’Est de la RDC.
Par contre, le Fonds monétaire international (FMI) qui est en programme avec le gouvernement, pointe l’augmentation de la masse salariale publique comme un risque budgétaire majeur. La hausse rapide des rémunérations, notamment dans les secteurs de l’éducation, de la santé et de la justice, pèse sur l’exécution du budget et réduit l’espace fiscal disponible, dans un contexte déjà contraint par l’augmentation des dépenses de sécurité, note le FMI.
Tshisekedi appelle à des mesures de résilience
Avec les pressions économiques extérieures liées notamment à la guerre au Moyen-Orient, les tensions économiques risquent de continuer. Lors du conseil des ministres du 13 mars 2026, le président de la République, Félix Tshisekedi a appelé le gouvernement à prendre des mesures face aux pressions économiques liées au conflit en Iran qui affecte aussi d’autres pays du Golfe. Bien que les fondamentaux économiques du pays demeurent globalement résilients, fait remarquer Félix Tshisekedi, cette conjoncture de guerre au Moyen-Orient exige vigilance, cohésion et réactivité. Le gouvernement est ainsi appelé à adopter une approche anticipative et coordonnée pour atténuer les effets de ces chocs externes, préserver la stabilité macroéconomique et protéger le pouvoir d’achat des citoyens.
A ce sujet, il a chargé la Première ministre de veiller à la mise en œuvre diligente, par les membres du gouvernement concernés, de plusieurs orientations, notamment d’examiner, par le vice-premier ministre, ministre de l’Économie nationale, la possibilité de prendre, si les circonstances l’exigent, des mesures temporaires relatives aux prix des denrées de première nécessité ; engager, sous la coordination du vice-premier ministre, ministre de l’Économie nationale, et du vice-premier ministre, ministre des Transports, en collaboration avec le ministre de l’Entrepreneuriat et du Développement des PME, des consultations avec les organisations professionnelles afin d’assurer une surveillance accrue des pratiques tarifaires dans le secteur des transports et d’identifier des mécanismes d’atténuation pour les petites et moyennes entreprises ;
garantir, sous la conduite de la ministre d’État en charge des Hydrocarbures, en coordination avec les ministres de l’Économie, du Budget et des Finances, la Réserve Stratégique générale la continuité de l’approvisionnement en carburant et examiner le renforcement des stocks stratégiques nationaux ; Organiser, par le ministère des Mines, en synergie avec les ministères des hydrocarbures, des finances une concertation avec les opérateurs miniers afin d’évaluer l’impact de la hausse des coûts énergétiques et préserver la stabilité des activités du secteur ; préparer, par le vice-premier ministre en charge du Budget et le ministre des Finances, des scénarios budgétaires actualisés pour l’exercice 2026 intégrant différentes hypothèses d’évolution de la conjoncture internationale ; assurer une coordination étroite entre le gouvernement et la Banque centrale du Congo afin de préserver la stabilité du taux de change et, le cas échéant, prendre des mesures appropriées pour une gestion optimale des réserves de change.
Par ailleurs, au-delà de la question budgétaire, cette session parlementaire de mars s’annonce dense. Elle devrait aussi être marquée par l’examen de plusieurs projets de loi économiques ainsi que par les traditionnelles missions de contrôle parlementaire, dans un climat politique où les attentes sociales restent fortes. Dans un pays où l’équilibre entre ambitions politiques et contraintes financières demeure fragile, la session parlementaire de mars pourrait ainsi devenir un moment clé pour redéfinir les priorités budgétaires de l’État et tenter de renforcer la stabilité dans la gestion des finances publiques.
Heshima
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Léopards de la RDC : Après l’exploit, l’heure de la confirmation
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1 semaine agoon
juillet 7, 2026By
La redaction
Ils sont revenus. Par la grande porte. Après 52 ans d’absence, les Léopards de la République Démocratique du Congo ont foulé les pelouses américaines du Mondial 2026 avec la détermination de ceux qui n’ont plus rien à perdre. Si l’aventure s’est achevée en seizièmes de finale face à l’Angleterre, elle a laissé un héritage bien plus précieux qu’un simple bilan comptable.
Le retour d’un géant endormi
Pour la RDC, 100 millions d’habitants et une culture footballistique parmi les plus riches du continent, cette qualification était bien plus qu’un exploit sportif. Elle mettait fin à cinq décennies d’attente, depuis l’épopée du Zaïre en 1974, et consacrait le travail de reconstruction engagé sous la houlette de Sébastien Desabre.
Le parcours qualificatif avait déjà valeur de test. Placés dans le groupe B aux côtés du Sénégal, les Léopards ont terminé deuxièmes avec 22 points avant d’écarter le Cameroun puis le Nigeria en barrages. Le dernier obstacle, la Jamaïque, fut franchi en prolongation grâce à Axel Tuanzebe, envoyant toute une nation en délire.
Un Mondial qui change tout
Le groupe K promettait un baptême du feu : Portugal, Colombie et Ouzbékistan. Face aux favoris portugais au NRG Stadium de Houston, les Léopards n’ont pas tremblé. Menés dès la 6e minute, ils ont égalisé juste avant la pause par Yoane Wissa sur corner, pour arracher un nul historique (1-1).
Le sélectionneur adjoint Rafael Hamidi résumait l’exploit : « Ce score de parité face au Portugal, c’était à prendre si on nous l’avait proposé avant le coup d’envoi ». La presse congolaise saluait un système en 3-5-2 particulièrement solide, la discipline collective et les transitions rapides.
Qualifiés pour les seizièmes de finale, les Léopards ont longtemps fait douter l’Angleterre, menant jusqu’à la 76e minute avant de s’incliner 2-1 dans les dernières secondes. Un scénario cruel qui a rappelé les limites d’un groupe prometteur mais encore en apprentissage des grands rendez-vous.
Les enseignements d’une expérience unique
Ce Mondial a livré plusieurs enseignements pour l’avenir. D’abord, une force mentale confirmée. Les barrages contre le Cameroun et le Nigeria avaient déjà forgé ce groupe, capable de rester lucide sous pression. Face au Portugal, les Léopards ont prouvé qu’ils pouvaient rivaliser avec les meilleures nations.
Ensuite, des fragilités structurelles. Comme la Côte d’Ivoire, le Sénégal ou le Japon, la RDC a cédé dans les dernières minutes face à l’Angleterre. Loïc Aumont, spécialiste de la performance, analyse : « Ces sélections possèdent les qualités techniques et physiques. Ce qui fait basculer un match, c’est la gestion des émotions lorsque la pression atteint son maximum ». Un déficit d’expérience à ce niveau que seul le temps et les répétitions pourront combler.
Cap sur la CAN 2027 : un trophée à portée de griffes ?
L’objectif est désormais clair : les Léopards doivent viser le titre lors de la prochaine Coupe d’Afrique des Nations, organisée en 2027 au Kenya, en Ouganda et en Tanzanie.
Le contexte est favorable. Cette génération, portée par Chancel Mbemba, son capitaine de 31 ans, possède une identité de jeu forte et un vécu commun exceptionnel. Le vivier de talents, évoluant pour beaucoup dans les meilleurs championnats européens, n’a jamais été aussi riche.
Le chemin qualificatif pour la CAN 2027 s’annonce abordable, avec un groupe E composé de la Guinée équatoriale, de la Sierra Leone et du Zimbabwe. Mais les Léopards savent désormais qu’aucune montagne n’est insurmontable, comme l’écrivait la presse congolaise avant le choc contre le Portugal : « Aucune montagne n’est insurmontable quand on est déterminé ».
Le défi de la régularité
Si le rêve est permis, la réalité impose de rester humble. Le Mondial a montré que l’écart avec les meilleures nations s’est considérablement réduit, mais que la gestion des moments décisifs reste le nerf de la guerre. Les Léopards devront transformer l’essai en confirmant leur niveau sur la durée, avec un calendrier international exigeant et des joueurs à préserver.
Sébastien Desabre, l’artisan de ce renouveau, aura à cœur de capitaliser sur cette expérience unique pour faire franchir un nouveau palier à sa sélection. La CAN 2027 sera le test ultime : plus qu’une performance, c’est un trophée que la RDC attend. Le message des supporters est clair, comme le résumait un journaliste avant le Mondial : « On ne vous demande pas de dominer le Portugal, mais juste de sortir un match de malade du début à la fin ». Pour la CAN 2027, on leur demande désormais de ramener la coupe à la maison.
Heshima Magazine
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Opposition, CENCO et ECC en consultations au Burundi : Évariste Ndayishimiye dans la peau de Lourenço ?
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1 semaine agoon
juillet 6, 2026By
La redactionUne délégation réunissant des responsables de la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO), de l’Église du Christ au Congo (ECC) et plusieurs figures de l’opposition congolaise séjourne à Bujumbura, au Burundi, pour des consultations consacrées à la crise sécuritaire dans l’Est de la République démocratique du Congo. Organisée à l’invitation du président burundais Évariste Ndayishimiye, cette rencontre alimente les spéculations sur l’émergence d’un nouveau cadre de dialogue politique autour de la paix et de la stabilité dans la région.
Une nouvelle séquence diplomatique s’ouvre dans la recherche d’une issue à la crise qui secoue l’Est de la République démocratique du Congo. Une délégation composée de responsables de la CENCO, de l’ECC ainsi que de plusieurs leaders de l’opposition est arrivée à Bujumbura pour prendre part à des consultations consacrées à la situation sécuritaire et politique en RDC.
Cette mission répond à une invitation du président burundais Évariste Ndayishimiye, qui assure actuellement la présidence en exercice de l’Union africaine (UA). Déjà engagé dans plusieurs initiatives diplomatiques régionales, le chef de l’État burundais entend poursuivre ses efforts afin de rapprocher les différentes parties prenantes et de favoriser une solution politique durable. La délégation est composée du pasteur André Bokundoa, président de l’ECC, du pasteur Éric Senga, de Mgr Donatien Nshole, secrétaire général de la CENCO, ainsi que des opposants Martin Fayulu, Delly Sesanga et Dieudonné Bolengetenge. Les membres de cette mission ont quitté Kinshasa dans la nuit du samedi 4 au dimanche 5 juillet 2026 à bord d’un vol régulier d’Ethiopian Airlines à destination de la capitale burundaise.
Évariste Ndayishimiye dans la peau de Lourenço ?
Cette initiative, qui intervient alors que plusieurs processus de médiation restent inachevés, soulève une interrogation majeure : Évariste Ndayishimiye cherche-t-il à reprendre le flambeau laissé par João Lourenço ou à insuffler une nouvelle dynamique sous l’égide de l’Union africaine ?
Alors que l’Angola avait été mandaté pour faciliter un dialogue intercongolais, la multiplication des divergences avec les autorités congolaises sur le format et le cadre de ces discussions a progressivement conduit le projet dans l’impasse. D’où cette question que se posent plusieurs observateurs de la crise congolaise : João Lourenço a-t-il jeté l’éponge ?
Officiellement mandaté en février dernier pour mener des consultations en vue d’un dialogue politique en RDC, le président angolais peine à concrétiser son initiative et se fait de plus en plus discret. S’il n’a pas officiellement renoncé à sa mission, plusieurs sources diplomatiques citées par Jeune Afrique indiquent que le processus est, pour l’heure, au point mort.
Les consultations de Bujumbura interviennent alors que les combats se poursuivent dans l’Est de la RDC. Plusieurs localités des provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu restent sous le contrôle de l’armée rwandaise et de ses alliés de l’AFC/M23, selon les autorités congolaises, tandis que les initiatives diplomatiques se multiplient pour tenter d’enrayer une crise qui perdure depuis plusieurs années.
Les prémices d’un dialogue inclusif ?
Au-delà de la dimension sécuritaire, la présence conjointe des représentants des Églises et de l’opposition politique confère à ces consultations une portée particulière. Depuis plusieurs mois, la CENCO et l’ECC plaident en faveur d’un dialogue inclusif susceptible de restaurer la cohésion nationale et de créer les conditions d’une paix durable. Leur implication, aux côtés de figures de l’opposition, pourrait traduire une volonté d’élargir les concertations au-delà des seuls canaux gouvernementaux. Selon plusieurs observateurs, cette démarche pourrait également préparer le terrain à un dialogue politique plus large, associant les différentes sensibilités politiques et sociales du pays. Lors de sa récente visite à Kinshasa, le président Évariste Ndayishimiye avait d’ailleurs exprimé son souhait de rencontrer les responsables de l’opposition congolaise avant la marche dite « pacifique » de l’opposition, initialement prévue le 8 juillet puis reportée au 22 juillet. Cette manifestation vise à réclamer la démission du président Félix Tshisekedi, que ses opposants accusent de vouloir modifier la Constitution afin de se maintenir au pouvoir au-delà de 2028, année marquant la fin de son second et dernier mandat.
Si aucun détail officiel n’a encore filtré sur le contenu des échanges à Bujumbura, ces consultations témoignent de la volonté des acteurs régionaux de maintenir la dynamique diplomatique afin de favoriser une désescalade et de rechercher une solution négociée à la crise qui continue de déstabiliser l’Est de la RDC. Reste à savoir si cette initiative débouchera sur un véritable processus de dialogue ou ne constituera qu’une étape supplémentaire dans les multiples médiations en cours. Une chose est certaine : en réunissant autour d’une même table les Églises, l’opposition politique et un acteur régional désormais au premier plan, Bujumbura pourrait devenir le point de départ d’une nouvelle séquence diplomatique dont les développements seront suivis de près, tant en RDC que dans l’ensemble de la région des Grands Lacs.
Heshima Magazine
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ADF : douze années de terreur dans l’Est de la RDC
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2 semaines agoon
juin 29, 2026By
La redaction
Massacres de civils, enlèvements, déplacements de populations et attaques répétées contre les forces de sécurité. Depuis 2014, les Forces démocratiques alliées (ADF) se sont imposées comme l’un des groupes armés les plus meurtriers de l’Est de la République démocratique du Congo (RDC). D’abord rébellion ougandaise réfugiée dans les forêts du Nord-Kivu, le mouvement a progressivement muté pour devenir une organisation terroriste redoutée, responsable de milliers de morts et d’une insécurité persistante dans les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri.
L’histoire des ADF ne commence pas en République démocratique du Congo. Le groupe est créé au milieu des années 1990 en Ouganda par Jamil Mukulu, un opposant au régime du président Yoweri Museveni. Sous la pression de l’armée ougandaise, les rebelles traversent rapidement la frontière et trouvent refuge dans les régions montagneuses et forestières de l’Est congolais, où ils établissent leurs bases arrière. Pendant plusieurs années, les ADF demeurent relativement discrètes, vivant du trafic de ressources naturelles, du commerce illicite et de diverses activités économiques locales. Mais à partir de 2014, la situation bascule. Après une vaste offensive militaire des Forces armées de la RDC (FARDC) contre leurs bastions, le groupe adopte une stratégie de représailles particulièrement violente contre les populations civiles.
Entre octobre 2014 et aujourd’hui, les territoires de Beni, Lubero, Mambasa et Irumu deviennent le théâtre de massacres à répétition. Hommes, femmes et enfants sont tués lors d’attaques nocturnes souvent menées à l’arme blanche. Des villages entiers sont incendiés, tandis que des centaines de personnes sont enlevées. Selon plusieurs organisations nationales et internationales de défense des droits humains, les ADF sont responsables de milliers de morts au cours de la dernière décennie. Le territoire de Beni, dans la province du Nord-Kivu, est particulièrement touché, au point de devenir l’un des symboles de l’insécurité chronique qui frappe l’Est du pays.
De la rébellion au terrorisme…
Au fil des années, le mouvement évolue également sur le plan idéologique. À partir de 2017, plusieurs rapports des Nations unies et d’organismes spécialisés font état d’un rapprochement entre certaines factions des ADF et l’organisation djihadiste État islamique. En 2019, l’État islamique revendique officiellement plusieurs attaques menées dans l’Est de la RDC à travers sa branche dite « Province d’Afrique centrale » (ISCAP). Cette affiliation, contestée à ses débuts par certains experts, se confirme progressivement par la propagande diffusée par les réseaux de l’État islamique et par l’évolution des modes opératoires du groupe. Malgré cela, les ADF conservent des caractéristiques locales fortes, enracinées dans les réalités sécuritaires et économiques de la région des Grands Lacs.
Opérations conjointes « Shujaa »
Face à cette menace, les autorités congolaises ont multiplié les opérations militaires. En mai 2021, le gouvernement instaure l’état de siège dans les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri afin de renforcer la lutte contre les groupes armés. Quelques mois plus tard, la RDC et l’Ouganda lancent conjointement l’opération militaire « Shujaa » pour traquer les combattants ADF dans leurs sanctuaires forestiers.
Malgré près de cinq ans d’efforts conjoints de la RDC et de l’Ouganda dans le cadre de l’opération Shujaa, les zones débarrassées des combattants des ADF sont régulièrement réinfiltrées en l’espace de quelques semaines. Cette situation s’explique notamment par la solidité du système de succession interne du groupe prévue à l’avance, qui lui permet d’avoir une relève rapide du commandement lorsque des dirigeants sont neutralisés. Des allégations de collusion avec des acteurs étatiques, la faiblesse de la gouvernance et l’insuffisance de la protection des civils aggravent également le problème.
L’opération Shujaa repose sur des offensives conjointes, qui vont des opérations de combat mobiles au renseignement humain, visant à démanteler les structures de commandement des ADF et à rétablir l’autorité de l’État dans les zones occupées. Au-delà des approches cinétiques, elle entend soutenir la stabilisation, notamment par la construction de routes et la réinsertion des personnes enlevées. Toutefois, sa stratégie intègre peu d’approches préventives capables de neutraliser les ADF et reste réactive.
Ces offensives permettent de démanteler plusieurs camps rebelles et d’éliminer certains commandants. Toutefois, les ADF démontrent une forte capacité d’adaptation. Fragmentés en petites unités mobiles, leurs combattants continuent de mener des attaques meurtrières contre les civils et les positions militaires. Aujourd’hui encore, malgré les efforts militaires et les initiatives régionales de stabilisation, les ADF figurent parmi les principaux acteurs de l’insécurité dans l’Est de la RDC. Le groupe demeure particulièrement actif dans les zones frontalières entre le Nord-Kivu et l’Ituri, où les populations vivent sous la menace permanente d’incursions armées. Douze ans après le début des massacres de grande ampleur à Beni, la question des ADF reste l’un des défis sécuritaires majeurs de la République démocratique du Congo. Derrière les statistiques et les rapports se trouvent des milliers de familles endeuillées, des villages détruits et des communautés déplacées. Tant que cette menace persistera, la paix durable dans l’Est du pays demeurera un objectif difficile à atteindre, malgré les efforts déployés par les autorités congolaises et leurs partenaires régionaux.
Groupe armé le plus meurtrier en mai 2026
Les ADF ont été responsables du plus grand nombre de victimes civiles dans l’est de la République démocratique du Congo au cours du mois de mai 2026. C’est ce que révèle un rapport publié par l’Institut congolais de recherche sur la politique, la gouvernance et la violence, Ebuteli, qui fait état d’une recrudescence alarmante des attaques contre les populations civiles, notamment dans les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri. L’insécurité continue de faire des ravages dans l’Est de la République démocratique du Congo.
Dans son dernier rapport sur la situation sécuritaire, Ebuteli indique que les ADF demeurent le groupe armé le plus meurtrier de la région, avec au moins 190 civils tués au cours du seul mois de mai 2026. Ce bilan représente une augmentation spectaculaire par rapport au mois d’avril, où 53 victimes civiles avaient été enregistrées. Selon le rapport, cette recrudescence des violences s’est traduite par au moins 36 attaques attribuées aux rebelles ougandais, actifs principalement dans les territoires de Beni, Mambasa, Irumu et Lubero. Les assaillants ont multiplié les incursions meurtrières dans plusieurs villages, ciblant des populations civiles souvent sans défense.
L’un des faits marquants du mois a été le retour des attaques dans la ville de Beni. Dans la nuit du 30 au 31 mai, des combattants ADF ont mené plusieurs incursions simultanées dans la ville et ses environs, causant la mort d’au moins 26 civils. Il s’agit de la première attaque documentée dans la zone urbaine de Beni depuis 2023. Le rapport souligne également que les ADF ont intensifié leurs opérations malgré les offensives conjointes menées par les Forces armées de la RDC (FARDC) et l’armée ougandaise dans le cadre de l’opération Shujaa. Les chercheurs estiment que plusieurs de ces massacres pourraient constituer des représailles aux pressions militaires exercées contre le groupe armé.
Pendant ce temps, d’autres groupes armés restent actifs dans la région. En Ituri, la CODECO et l’URDPC poursuivent leurs activités criminelles, tandis que dans le Nord-Kivu et le Sud-Kivu, les affrontements entre le M23 et divers groupes armés locaux continuent d’alimenter l’instabilité. Toutefois, aucun de ces acteurs n’a atteint le niveau de violence meurtrière enregistré par les ADF au cours du mois de mai.
Alors que les populations de l’est de la RDC espèrent un retour durable de la paix, les conclusions du rapport d’Ebuteli rappellent l’ampleur du défi sécuritaire auquel le pays reste confronté. La montée en puissance des attaques des ADF, combinée à la persistance de multiples foyers de violence, continue de faire peser une lourde menace sur les civils, premiers victimes d’un conflit qui semble loin de s’essouffler.
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