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L’AFC-M23 quitte les négociations à Doha, Washington appelle le Rwanda à retirer ses troupes de la RDC

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Les rebelles du Mouvement du 23 mars (M23), affiliés à l’Alliance Fleuve Congo (AFC), ont mis fin, le 22 avril 2025, à leur participation aux discussions directes avec le gouvernement congolais au Qatar. Il y a eu plusieurs points de désaccord, notamment les éléments à inscrire dans le communiqué conjoint sanctionnant ce premier round des pourparlers. Une impasse qui risque de relancer les hostilités sur le terrain. Cinq jours avant l’arrêt de ces discussions, soit le 17 avril 2025, Massad Boulos, conseiller spécial du président américain pour l’Afrique, a lancé un appel ferme au Rwanda, exhortant Kigali à mettre fin à tout soutien militaire à ce groupe rebelle et à retirer immédiatement ses troupes de l’Est de la République démocratique du Congo (RDC).

Conduite par son coordonnateur adjoint, Bertrand Bisimwa, la délégation de l’AFC-M23 a claqué la porte à Doha pour retourner à Goma, siège de leur rébellion. Après près de 3 semaines d’échanges, la délégation de Kinshasa et celle de l’AFC-M23 n’ont pas réussi à trouver un compromis. Des préalables fixés de part et d’autre n’ont pas permis de conclure ce premier round par un communiqué conjoint pouvant jeter les bases d’une prochaine rencontre pour entamer les discussions de fond. L’AFC-M23 refuse de voir le nom de Paul Kagame être mentionné dans le communiqué conjoint.

Selon des sources de Radio Okapi, les représentants du gouvernement congolais auraient insisté pour que le communiqué de Doha mentionne explicitement qu’il faisait suite à la rencontre entre les présidents Félix Tshisekedi et Paul Kagame. Mais l’AFC-M23 aurait rejeté cette requête, estimant que le différend entre Kinshasa et Kigali ne les concernait pas, la rébellion ayant ses propres revendications et motivations. D’après certains observateurs, cette exigence de Kinshasa viserait à cristalliser les liens qui existent déjà entre Kigali et cette rébellion. « Kinshasa veut garder des traces écrites au sujet de ces liens entre Paul Kagame et les rebelles de l’AFC-M23 », estime un analyste qui fait remarquer que cela pourrait aider à des actions futures.

L’AFC-M23 a aussi rejeté l’idée d’encourager les groupes armés à déposer les armes comme l’aurait souhaité la délégation de Kinshasa. De son côté, la délégation de Bertrand Bisimwa voudrait aussi que le gouvernement accède à leur demande de libérer les prisonniers soupçonnés d’appartenir à cette rébellion. Par ailleurs, l’AFC-M23 aurait également exigé le retrait des militaires des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) et de leurs partenaires, les combattants Wazalendo, de Walikale, un territoire réoccupé par l’armée après le retrait des rebelles sous pression de Washington.

Washington maintient la pression sur Kigali

Le 17 avril 2025, Massad Boulos, conseiller spécial du président américain pour l’Afrique, a lancé un appel ferme au Rwanda, exhortant Kigali à mettre fin à tout soutien militaire au groupe rebelle M23 et à retirer immédiatement ses troupes de l’Est de la RDC. Cette déclaration, prononcée lors d’un point de presse numérique depuis Washington, marque un tournant dans la position des États-Unis face à la crise qui ravage l’Est congolais depuis des décennies.

L’Est de la RDC, région riche en minerais stratégiques comme l’or, l’étain et le coltan, est en proie à des violences incessantes depuis plus de trente ans. Le M23, un groupe armé soutenu par le Rwanda, a intensifié ses opérations depuis novembre 2021, s’emparant notamment des villes de Goma (janvier 2025) et Bukavu (février 2025), chefs-lieux respectives des provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu. Ces offensives ont causé des milliers de morts et forcé des centaines de millions de personnes à fuir leurs foyers, aggravant une crise humanitaire déjà chronique.

Le Rwanda est accusé par la communauté internationale et des experts des Nations unies de déployer environ 4 000 soldats pour appuyer le M23. Kigali justifie ses actions par des préoccupations sécuritaires, notamment la menace posée par les Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), un groupe armé fondé par d’anciens Hutus impliqués dans le génocide de 1994, bien que son influence ait diminué.

Une position américaine plus affirmée

Lors de son intervention, Massad Boulos a réitéré la position des États-Unis : « Le M23 doit déposer les armes, et le Rwanda doit cesser tout soutien militaire à ce groupe tout en retirant ses troupes du territoire congolais. » Cette prise de position, appuyée par Corina Sanders, sous-secrétaire adjointe aux affaires africaines, contraste avec la retenue dont Washington avait fait preuve par le passé. En effet, le 8 avril à Kigali, Boulos avait évité de commenter directement le rôle du Rwanda, déclarant que les États-Unis « n’étaient pas impliqués dans ces détails ».

Ce changement de ton intervient après une série de rencontres diplomatiques avec les présidents congolais Félix Tshisekedi et rwandais Paul Kagame. Boulos a indiqué avoir abordé la question des FDLR avec Kagame, reconnaissant qu’il s’agit d’un « élément clé » pour Kigali. Toutefois, il a insisté sur la nécessité de mettre fin à un conflit qui « dure depuis trop longtemps » et d’utiliser « tous les moyens économiques et diplomatiques » pour promouvoir la paix.

Réactions et implications

La déclaration de Boulos a été largement relayée et saluée en RDC. Sur X (anciennement Twitter), plusieurs utilisateurs, dont le compte du site Média Congo @mediacongo et @cpgrdc, ont souligné la fermeté de la position américaine, y voyant un signal fort adressé à Kigali. Certains, comme @BadibangaTreso6, ont même évoqué des risques de sanctions contre le Rwanda si ce dernier ne se conforme pas aux exigences de Washington.

Cependant, les appels de la communauté internationale, y compris ceux des Nations unies, de l’Union européenne et de l’Union africaine, n’ont jusqu’à présent pas réussi à infléchir la position du Rwanda. Des tentatives de médiation, comme celle menée par l’Angola et le Kenya, ont échoué, le M23 poursuivant ses offensives. L’initiative surprise du Qatar en mars 2025 quant à elle a permis une rencontre en tête-à-tête entre Félix Tshisekedi et Paul Kagame. Doha a même démarré des discussions directes entre les délégations du M23 et de Kinshasa, avant que celles-ci ne tournent court le 22 avril.

Sanctions et pressions internationales

Washington a déjà pris des mesures contre les acteurs impliqués dans le conflit. En février 2025, les États-Unis ont imposé des sanctions financières contre James Kabarebe, ministre rwandais de l’intégration régionale, accusé d’« orchestrer le soutien » de l’armée rwandaise au M23. L’Union européenne a également sanctionné des chefs militaires rwandais et des dirigeants du M23 en mars, des mesures limitées qui, bien que saluées, n’ont pas encore freiné l’avancée du M23, qui continue de consolider son emprise sur les territoires conquis, mettant en place une administration parallèle. L’ONU, par la voix de son envoyé spécial Huang Xia, a récemment averti que le risque d’un « embrasement régional » était plus réel que jamais, une crainte partagée par de nombreux observateurs.

Vers une solution diplomatique ?

Malgré les échecs répétés des initiatives de paix, Massad Boulos a réaffirmé l’engagement des États-Unis à soutenir une solution diplomatique. Washington travaille en étroite collaboration avec la RDC pour renforcer les efforts de paix, comme en témoigne l’accord de partenariat stratégique évoqué lors des discussions entre Tshisekedi et l’administration américaine. Cet accord, qui inclut des volets économiques et sécuritaires, vise à stabiliser l’Est congolais tout en contrant l’influence rwandaise.

Le président togolais Faure Gnassingbé, nommé médiateur de l’Union africaine en avril 2025, pourrait également jouer un rôle clé, bien que l’UA soit critiquée pour son refus de désigner explicitement le Rwanda comme soutien du M23.

Entre pression internationale et immobilisme régional

L’appel de Massad Boulos reflète une volonté accrue des États-Unis de s’impliquer pleinement dans la résolution du conflit en RDC, mais son impact reste incertain face à l’intransigeance du Rwanda et à la complexité des dynamiques régionales. Alors que la crise humanitaire s’aggrave, avec des millions de déplacés et des violations massives des droits humains, la pression internationale sur Kigali devra s’accompagner de mesures concrètes pour espérer ramener la paix dans l’est de la RDC.

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Assainissement de Kinshasa : les défis qui attendent le général Kasongo Kabwik à la tête de la Task Force

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Face à la persistance de l’insalubrité dans la capitale congolaise, le président de la République, Félix Tshisekedi, a mis en place une Task Force spéciale pour accélérer les opérations de salubrité publique. Celle-ci sera coordonnée par le lieutenant-général Jean-Pierre Kasongo Kabwik, commandant du Service national, avec l’appui d’experts du gouvernement central et de l’Hôtel de Ville de Kinshasa. Après les résultats palpables obtenus à la tête du Service national, l’un des officiers les plus sollicités par le chef de l’État devra faire face à une montagne de défis. Heshima Magazine revient sur quelques-uns d’entre eux.

Sept ans après son arrivée au pouvoir, Félix Tshisekedi s’est montré particulièrement remonté face au statu quo qui prévaut à Kinshasa en matière d’insalubrité et d’embouteillages. Le samedi 23 mai, lors d’une tournée d’inspection de plusieurs chantiers dans la capitale, il n’a pas caché sa colère devant le même constat d’insalubrité. À l’étape du Marché central de Kinshasa, communément appelé « Zando », où il a pu mesurer l’ampleur des défis liés à l’assainissement et à l’état des espaces publics, le président de la République n’a pas mâché ses mots : « Toutes ces routes que l’on a réhabilitées devraient-elles rester dans cet état ? Gare à vous si je retrouve encore la même saleté que j’ai vue hier ! », s’est-il emporté en s’adressant au ministre provincial des Infrastructures, Alain Tshilungu.

Une semaine plus tard, la décision est tombée : la salubrité de la ville a été confiée à une Task Force placée sous l’autorité de la Présidence de la République et coordonnée par le général Jean-Pierre Kasongo Kabwik. L’annonce officielle de cette décision est intervenue le vendredi 29 mai, à l’issue du Conseil des ministres. À travers cette nomination stratégique, les autorités entendent impulser une nouvelle dynamique dans la gestion de la salubrité urbaine.

Une Task Force pluridisciplinaire sera prochainement déployée dans les quatre districts de Kinshasa. Placée sous l’autorité directe du président Tshisekedi et pilotée par le lieutenant-général Jean-Pierre Kasongo Kabwik, cette structure réunira des experts issus de plusieurs ministères, notamment ceux de l’Intérieur, de la Défense, de l’Urbanisme, de la Santé publique, de l’Environnement ainsi que des Infrastructures et Travaux publics, en collaboration avec l’Hôtel de Ville.

Le nouveau comité d’assainissement aura pour mission de coordonner toutes les opérations de nettoyage. Il veillera à la réhabilitation des espaces publics dégradés ainsi qu’à l’évacuation efficace des déchets. Par ailleurs, un accent particulier sera mis sur la sensibilisation de la population au respect des règles d’hygiène et de salubrité. À travers cette approche intégrée, les autorités entendent restaurer durablement la propreté et l’ordre urbain dans la capitale.

Des défis urbains massifs

Le général Kasongo hérite d’une situation fortement dégradée : accumulation de déchets, caniveaux obstrués, occupation anarchique de l’espace public dans plusieurs communes et embouteillages monstres. Face à ces défis, le lieutenant-général devra privilégier des solutions structurelles. Pourtant, dans sa qualité de coordonnateur de la Task Force, il aura toujours besoin de l’appui des autorités disposant du pouvoir de décision, notamment le gouvernement provincial. Connaissant sa détermination à mener à bien les missions qui lui sont confiées, comme il l’a démontré à la tête du Service national, le coordonnateur de la Task Force pourrait être amené à empiéter sur certaines compétences traditionnellement dévolues à la ville. Mais un analyste de la question voit les choses autrement : « Le général Kasongo Kabwik agira au nom d’une institution supérieure à la ville. Il interviendra au nom et pour le compte de la Présidence de la République, institution dont relève le Service national », explique-t-il.

Les écueils à surmonter

Kinshasa compte environ 17 millions d’habitants et souffre depuis des années d’un système de gestion des déchets défaillant. L’expérience du Service national, centrée sur des centres pilotes et la polyvalence de la main-d’œuvre, devra être adaptée à l’échelle de toute la ville. Un autre défi majeur réside dans la coordination interinstitutionnelle. La Task Force associe le gouvernement central et l’Hôtel de Ville. Sa réussite dépendra de la capacité du général à harmoniser l’action des différents services urbains, souvent confrontés à un manque de moyens et de coordination.

Moyens financiers et adhésion de la population

Dans le domaine de l’assainissement comme dans celui de l’encadrement des Kuluna, la communication est cruciale. Bien qu’il soit rompu à cet exercice, le général aura besoin d’être accompagné par une stratégie de communication adaptée à ses nouvelles responsabilités. Une mauvaise perception des opérations de nettoyage ou des éventuelles mesures de déguerpissement pourrait susciter des résistances au sein de la population. Les moyens logistiques et financiers devront également suivre afin de faciliter cette tâche titanesque dans une ville qui n’a plus bénéficié d’une véritable politique structurée de salubrité depuis la fin, en 2015, du Programme d’assainissement et de réhabilitation de la ville de Kinshasa (PARAU), mis en œuvre avec l’appui de l’Union européenne sous le gouvernorat d’André Kimbuta.

Un profil qui rassure

Nommé général-major en juillet 2020, Jean-Pierre Kasongo Kabwik dirige le Service national depuis juillet 2018. Il est reconnu pour avoir transformé de nombreux délinquants juvéniles, communément appelés « Kuluna », en véritables « bâtisseurs de la République » au centre pilote de Kaniama Kasese. Le président Tshisekedi avait d’ailleurs salué publiquement ce travail en février 2022, soulignant que ces jeunes produisent aujourd’hui du maïs, des bancs scolaires et d’autres biens utiles à la nation.

A lire aussi : https://heshimardc.net/v1/2022/05/09/comprendre-le-service-national-entretien-exclusif-de-jp-kasongo-kabwik/  

À son arrivée à la tête du Service national, il avait relancé les activités avec des moyens limités, allant jusqu’à récupérer les pièces de trois tracteurs en panne afin d’en remettre un en état de fonctionnement. Il a également piloté le transfert de Kuluna vers Kaniama Kasese, une opération qui avait suscité des critiques de la part du ministre des Droits humains en 2021. Jean-Pierre Kasongo avait alors défendu cette initiative en mettant en avant les conditions d’encadrement des jeunes, leur alimentation, leur formation ainsi que leurs activités sportives.

Cette expérience démontre que le Service national est parti de presque rien en 2018 pour devenir un outil opérationnel reconnu. Toutefois, l’assainissement de Kinshasa représente un défi d’une tout autre ampleur. La Task Force devra mobiliser des engins adaptés, du personnel qualifié et un financement durable, au-delà de l’effet d’annonce.

La nomination de Jean-Pierre Kasongo traduit la volonté des autorités de donner une nouvelle impulsion à la lutte contre l’insalubrité, l’un des principaux défis urbains de Kinshasa. La réussite de cette opération reposera sur l’implication conjointe des institutions et de la population. À ce niveau, l’engagement citoyen demeure un levier essentiel pour garantir des résultats durables. Pour l’heure, les habitants attendent un calendrier d’actions précis ainsi que des moyens concrets capables de produire des changements visibles sur le terrain. Reste à savoir si le modèle de Kaniama Kasese pourra être transposé avec succès à l’échelle d’une mégapole aussi complexe que Kinshasa.

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Kinshasa Kia Mona : le pari fou d’une nouvelle ville pour désengorger la capitale congolaise

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Face à l’explosion démographique et aux embouteillages chroniques qui étouffent Kinshasa, les autorités congolaises ont lancé, depuis décembre 2025, « Kinshasa Kia Mona », un gigantesque projet d’extension urbaine à l’est de la capitale. Que sait-on réellement de ce mégaprojet inédit depuis l’indépendance ? Combien pourrait-il coûter à la République ? Tentative d’explication.

Kinshasa rêve plus grand. Beaucoup plus grand qu’on ne pouvait l’imaginer. Avec près de vingt millions d’habitants et une urbanisation galopante, la capitale congolaise suffoque sous le poids de sa propre croissance démographique. Embouteillages monstres, insuffisance des infrastructures, pénurie de logements et extension anarchique des quartiers périphériques illustrent les défis quotidiens auxquels sont confrontés les Kinois. Pour répondre à cette pression devenue difficilement maîtrisable, le gouvernement congolais a officiellement lancé le projet « Kinshasa Kia Mona », une nouvelle ville appelée à transformer durablement le paysage urbain de la mégapole.

Pourtant, au départ, le projet peinait à convaincre. Beaucoup d’initiatives similaires annoncées par le passé n’ont jamais véritablement vu le jour. C’est notamment le cas de Fatshi City, dévoilé en 2021. Porté par la société privée Bitec Consulting, ce projet ambitionnait de construire des cités modernes et connectées sur des sites militaires à Kinshasa et dans certaines provinces. Bien qu’approuvé par le président de la République, ce programme reste, à ce jour, largement inachevé.

Kinshasa Kia Mona, un projet à plus de 50 milliards USD

Cette fois, les autorités assurent vouloir passer à la vitesse supérieure. Kinshasa Kia Mona a été officiellement lancé en décembre 2025 par le président Félix Tshisekedi dans la commune de Maluku, à environ 45 kilomètres du centre-ville de Kinshasa. Estimé à plus de 50 milliards de dollars américains, le projet s’étendra sur près de 43 000 hectares. Il prévoit la construction de quartiers résidentiels modernes, de zones industrielles, d’infrastructures hospitalières, d’universités, de centres commerciaux ainsi que de vastes espaces verts.

Le site principal est situé à Menkao, dans la commune de Maluku. Le gouvernement congolais a également décidé d’intégrer une partie du groupement de Kingakati, près du parc de la Vallée de la N’sele, dans cette future ville.

À terme, Kinshasa Kia Mona pourrait accueillir jusqu’à cinq millions d’habitants. Son modèle de financement repose sur plusieurs mécanismes : partenariats public-privé (PPP), prêts bancaires, financements des banques de développement, modèles BOT (Build-Operate-Transfer), garanties foncières, levées de fonds et subventions publiques.

Au cœur du projet figure un vaste pôle industriel multisectoriel structuré autour de huit parcs spécialisés, allant des hautes technologies aux industries pharmaceutiques, en passant par la transformation agroalimentaire et l’économie circulaire.

Plus de 225 000 emplois annoncés

Selon les autorités congolaises, Kinshasa Kia Mona ambitionne également de devenir un puissant moteur économique. La première phase du projet prévoit notamment la construction d’une cité industrielle capable d’abriter jusqu’à 160 usines dès les premières années. À terme, plus de 225 000 emplois directs et indirects pourraient être créés, dont environ 30 000 dès la première phase du chantier. Les autorités présentent ce projet comme une réponse durable aux défis de l’urbanisation, mais aussi comme un symbole de modernisation et d’industrialisation de la RDC.

Cependant, plusieurs observateurs restent prudents. Certains experts s’interrogent sur la capacité réelle de l’État à financer durablement un projet aussi colossal dans un contexte marqué par les difficultés d’accès aux services de base dans plusieurs communes de Kinshasa. D’autres estiment que le succès de cette nouvelle ville dépendra surtout de la qualité des infrastructures routières, de l’accès à l’eau et à l’électricité, mais également de la transparence dans la gouvernance du projet.

Des entreprises chinoises privilégiées ?

La première pierre de la cité industrielle, portée par un consortium d’entreprises chinoises, a été posée en décembre 2025. Cette zone constitue la première phase de la gigantesque nouvelle ville.

Selon plusieurs sources, seuls 15 à 20 % des espaces industriels seraient ouverts à des investisseurs non chinois. Les projections sino-congolaises évoquent l’implantation de près d’un millier d’usines dans les cinq prochaines années.

Toutefois, les autorités congolaises assurent vouloir diversifier les partenaires. L’ancien ministre de l’Urbanisme et de l’Habitat, Alexis Gisaro Muvunyi, avait notamment précisé : « La Chine est peut-être entrée en premier dans la cité industrielle, mais cela ne représente qu’une petite partie des espaces à développer. Il y a de la place pour tout le monde. »

Dans cette logique, le coordinateur du projet, Thierry Katembwe, a multiplié les missions à l’étranger, notamment à Paris, à l’invitation du Medef. Selon plusieurs médias internationaux, ces démarches ont déjà permis la signature d’accords avec Dassault Systèmes, tandis que Bpifrance participe également au financement du projet. « Le projet n’est absolument pas uniquement chinois », a insisté Thierry Katembwe, évoquant également l’intérêt d’investisseurs américains, sud-africains, canadiens et congolais.

Un défi colossal

Derrière les ambitions affichées, le défi reste immense. Pour plusieurs urbanistes, la réussite de Kinshasa Kia Mona dépendra avant tout de la capacité des autorités à garantir la viabilité des infrastructures, la transparence des financements et l’accessibilité des logements pour les populations kinoises. Car Kinshasa traîne déjà une longue histoire de projets urbains ambitieux restés inachevés ou freinés par des difficultés de gouvernance.

Si cette nouvelle ville pourrait offrir un second souffle à une capitale saturée, un autre défi majeur demeure : celui du coût des logements. Leur accessibilité déterminera en grande partie la capacité réelle du projet à désengorger l’ancien centre-ville.

Avec Kinshasa Kia Mona, la RDC veut tourner une page et offrir à sa capitale un nouveau visage. Entre rêve futuriste et immense défi de réalisation, cette ville nouvelle pourrait devenir soit le symbole de la modernisation congolaise, soit rejoindre la longue liste des grands projets africains confrontés aux réalités du terrain. Une chose est sûre : à Kinshasa, l’avenir semble désormais se construire vers l’est.

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Préparation chamboulée, supporters bloqués en RDC : quand Ebola perturbe le rêve mondialiste des Léopards

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À quelques semaines de la Coupe du monde 2026, la résurgence du virus Ebola en République démocratique du Congo (RDC) bouleverse la préparation des Léopards. Entre restrictions sanitaires, stages annulés, refus de visas aux supporters congolais vivant au pays et inquiétudes internationales, la sélection congolaise voit son parcours vers le Mondial fragilisé par une nouvelle crise sanitaire.

La République démocratique du Congo vit une situation paradoxale. Alors que le pays célèbre sa qualification historique à la Coupe du monde 2026, une résurgence du virus Ebola menace aujourd’hui de perturber l’aventure des Léopards sur la scène internationale. Depuis plusieurs semaines, les autorités sanitaires congolaises et l’Organisation mondiale de la santé (OMS) alertent sur une flambée inquiétante de la souche Bundibugyo du virus Ebola dans l’est du pays. Selon l’OMS, la propagation de l’épidémie est désormais jugée « très élevée » au niveau national.

Jusqu’au 25 mai, 101 cas avaient été confirmés, dont 10 décès, en RDC, avec comme épicentre la zone de santé de Mongbwalu, dans le territoire de Djugu, en Ituri, au nord-est du pays. « Mais nous savons que l’épidémie en RDC est bien plus vaste. Il y a désormais plus de 900 cas suspects et 220 décès suspects », a précisé Tedros Adhanom Ghebreyesus, directeur général de l’OMS.

Une épidémie qui perturbe le rêve mondialiste des Léopards

Face à cette situation, les conséquences dépassent désormais le seul cadre sanitaire. Le football congolais, en pleine euphorie après sa qualification au Mondial, se retrouve directement affecté.

Les États-Unis ont imposé une période d’isolement aux joueurs avant leur entrée sur le sol américain. Une mesure qui suscite la polémique, d’autant plus que la totalité des joueurs convoqués par le sélectionneur Sébastien Desabre ne vivent pas en RDC. Leur dernier séjour au pays remonte au début du mois d’avril à Kinshasa, loin de l’épicentre actuel de l’épidémie, et avant même la déclaration officielle de la maladie, intervenue le 15 mai.

Malgré cela, les joueurs se conforment déjà au protocole sanitaire mis en place. Deux bulles sanitaires ont été organisées en Belgique. La première regroupe les joueurs et une partie du staff technique déjà présents en Europe. La seconde concerne les membres du staff arrivés de Kinshasa, notamment les entraîneurs adjoints ainsi que Dodo Landu, team manager de l’équipe nationale.

Stage de préparation annulé à Kinshasa

La Fédération congolaise de football (FECOFA) a dû annuler le stage de préparation prévu à Kinshasa, ainsi qu’une cérémonie officielle d’adieux aux supporters et de décoration des Léopards programmée le 26 mai dernier.

Les activités prévues dans la capitale, notamment une conférence de presse du sélectionneur Sébastien Desabre et une rencontre avec les supporters, ont été suspendues pour des raisons sanitaires. Les Léopards ont ainsi été contraints de délocaliser leur préparation en Belgique afin d’éviter d’éventuelles restrictions de voyage imposées par les autorités américaines.

Des supporters vivant au pays privés du Mondial

Les États-Unis, pays hôte du Mondial avec le Canada et le Mexique, ont renforcé les mesures de contrôle pour les voyageurs en provenance de la RDC, de l’Ouganda et du Soudan du Sud. Washington a notamment imposé une période d’isolement de 21 jours pour certaines personnes ayant séjourné dans les zones concernées. Or, les Léopards sont également portés par des supporters infatigables venus du pays. Plusieurs groupes de soutien aux fauves congolais ne pourront finalement pas se rendre à la Coupe du monde.

Le gouvernement congolais tente actuellement un difficile rattrapage diplomatique en vue du deuxième match des Léopards prévu à Guadalajara, au Mexique. Mais il sera compliqué pour les autorités mexicaines d’accorder des visas aux supporters congolais dans le contexte sanitaire actuel. Le supporter congolais Michel Kuka Mboladinga dit « Lumumba Vea », devenu célèbre lors de la CAN 2025 pour son hommage à Patrice Emery Lumumba, avait déjà manqué la finale des barrages intercontinentaux contre la Jamaïque, au Mexique, en raison d’un problème de visa.

Reste à savoir si ce dernier pourra bénéficier d’une exception cette fois-ci, malgré les restrictions prises par les États-Unis, le Canada et probablement le Mexique.

En RDC, des supporters entre fierté et inquiétude

Même si aucun scénario d’exclusion de la RDC du tournoi n’a été officiellement évoqué par la FIFA, l’inquiétude grandit autour de l’impact de cette crise sanitaire sur la participation congolaise. À Kinshasa, de nombreux supporters oscillent entre fierté de voir la RDC participer à sa première Coupe du monde moderne et inquiétude face à un virus qui menace de perturber ce rêve mondialiste. « Nous sommes déjà très fiers de notre qualification. Nous aurions dû vivre cette phase finale comme une fête. Mais malheureusement, les joueurs seront privés de la majorité de leurs supporters restés au pays. Le gouvernement devrait trouver un moyen de mobiliser les Congolais de la diaspora pour remplir les tribunes de Houston, aux États-Unis, lors du match RDC-Portugal », a déclaré Marcus Kitoto, un supporter rencontré à Kinshasa.

La FIFA affirme suivre la situation de près en collaboration avec les autorités sanitaires internationales et la FECOFA. Une possibilité de remboursement des billets est déjà évoquée pour certains Congolais qui s’étaient déjà procuré le précieux sésame.

Au-delà du football, cette crise sanitaire rappelle une réalité plus profonde : en RDC, les grandes ambitions nationales restent souvent confrontées à des défis sanitaires, sécuritaires et sociaux majeurs. Et à l’approche du Mondial 2026, les Léopards devront désormais livrer un double combat : celui du terrain et celui contre une épidémie qui menace de ternir le rêve de toute une nation.

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