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RDC : Félix Tshisekedi, stratège ou instinctif ?
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12 mois agoon
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La redaction
Depuis son accession à la présidence de la République démocratique du Congo (RDC) en janvier 2019, Félix Tshisekedi gouverne dans un contexte d’une rare complexité, marqué par des conflits armés, des rivalités politiques internes, et des relations internationales tendues. Réélu en décembre 2023, son mandat soulève une question récurrente : Tshisekedi est-il un stratège méthodique, orchestrant ses décisions avec une vision à long terme, ou un leader instinctif, réagissant aux événements au fil des circonstances ? Ces actions relèvent-elles d’une stratégie bien pensée ou d’une adaptation spontanée ? En s’appuyant sur des faits, des analyses et des témoignages, Heshima Magazine dresse un portrait nuancé d’un président aux bonnes intentions mais confronté à des défis titanesques.
Une diplomatie audacieuse : le pari initial avec Kagame
Dès son arrivée au pouvoir, Félix Tshisekedi a surpris en tendant la main au président rwandais Paul Kagame, rompant avec l’approche distante de son prédécesseur, Joseph Kabila. Ce rapprochement, qualifié d’« inédit » par le site Africa Intelligence, s’est matérialisé par des gestes symboliques, comme l’invitation de Kagame aux obsèques d’Étienne Tshisekedi en 2019. Cette initiative semblait répondre à une logique stratégique : stabiliser la région des Grands Lacs, marquée par des tensions entre le Rwanda et l’Ouganda, tout en consolidant la position de la RDC dans les dynamiques régionales, selon le média The Africa Report.
Cependant, ce pari diplomatique s’est heurté à la résurgence du Mouvement du 23 mars (M23) en 2021, un groupe rebelle soutenu par Kigali. En 2025, les avancées fulgurantes du M23, notamment la prise des villes de Goma et Bukavu, ont exacerbé les tensions, Tshisekedi dénonçant publiquement l’implication rwandaise. Cette rupture suggère que Tshisekedi n’avait pas anticipé l’ampleur du conflit. Si le rapprochement initial était un calcul pour apaiser les relations et contrer l’influence ougandaise, la détérioration semble avoir poussé Tshisekedi à une posture plus instinctive, marquée par des discours fermes.
Au départ, cette ouverture diplomatique semblait pleine de promesses, mais la réalité sur le terrain a montré que la situation était bien plus complexe. « Tshisekedi a dû réagir de manière plus impulsive face à l’escalade du M23 », explique Léonard Mutombo, analyste politique à Kinshasa.
Cette prise de position plus directe se renforce par la reconnaissance internationale croissante de l’implication du président Kagame dans le soutien au M23. En effet, pour la première fois, la communauté internationale a officiellement désigné Kagame comme le commanditaire direct de ce groupe armé, une reconnaissance qui n’est pas sans conséquence. Elle a conduit à des sanctions ciblant son bras droit, ancien chef d’état-major et ancien ministre de la Défense, le général à la retraite James Kabarebe, actuellement ministre d’État chargé de la Coopération internationale. Cette avancée diplomatique majeure est le fruit d’un combat intense mené par Félix Tshisekedi pour faire entendre la voix de la RDC sur la scène internationale, un exploit que ses prédécesseurs n’ont pas réussi à accomplir malgré leurs tentatives.
Un tournant significatif a eu lieu en mars 2025, avec une rencontre surprise entre Tshisekedi et Kagame à Doha, où un cessez-le-feu a été évoqué, comme l’avaient révélé plusieurs médias. Cette initiative a culminé en avril 2025, lorsque le gouvernement congolais et le M23 ont annoncé un cessez-le-feu et des pourparlers de paix facilités par le Qatar. Bien que des combats sporadiques persistent, comme le note la chaîne d’informations Al Jazeera, cette trêve illustre une tentative stratégique de Tshisekedi pour reprendre l’initiative diplomatique après des revers militaires. Cependant, les échecs des trêves précédentes soulignent la fragilité de cette approche, suggérant une réponse partiellement instinctive face à une crise prolongée.
« Cette rencontre à Doha pourrait marquer un tournant si elle débouche sur une véritable paix, mais l’incertitude demeure », ajoute Éric Kapolo, spécialiste en relations internationales. « Les actions de Tshisekedi, même en réponse à un échec, montrent une détermination à trouver une solution. »
La guerre du M23 : un défi majeur pour Tshisekedi
La guerre du M23, relancée en 2021, reste l’un des défis majeurs du mandat de Tshisekedi. Il a adopté une approche combinant renforcement militaire et mobilisation diplomatique. En 2022, la RDC a rejoint la Communauté d’Afrique de l’Est (EAC), une décision visant à intégrer une force régionale pour contrer les rebelles. Tshisekedi a également intensifié ses accusations contre le Rwanda, s’appuyant sur des rapports internationaux confirmant le soutien de Kigali au M23. « Le soutien de la communauté internationale est crucial pour soutenir l’effort militaire et diplomatique. Tshisekedi a compris cela dès le début », commente Thierry Kambale, expert militaire.
Cependant, les succès militaires du M23 en 2025, notamment la prise de villes stratégiques comme Goma, ont révélé les failles de cette stratégie. Tshisekedi a promis une « réponse vigoureuse », mais les revers ont poussé à des solutions externes, comme des négociations avec les États-Unis pour un soutien sécuritaire en échange de minerais stratégiques. Le cessez-le-feu d’avril 2025, bien que prometteur, reste précaire, avec des analystes comme ceux de The Guardian notant qu’il s’agit d’un pivot crucial mais risqué.
Cette approche mixte reflète une stratégie à long terme pour stabiliser l’Est, mais les résultats mitigés suggèrent une adaptation instinctive face à une crise échappant partiellement au contrôle de Tshisekedi. Les efforts diplomatiques, comme les pourparlers de Doha, montrent une volonté de gérer le conflit par des moyens non militaires, mais leur succès dépendra de la capacité à maintenir la trêve et à impliquer des acteurs régionaux.
Un leadership hybride : entre vision et pragmatisme
Félix Tshisekedi semble incarner un leadership hybride, oscillant entre stratégie à long terme et réactivité face aux crises immédiates. « Dans un pays comme la RDC, où les imprévus sont constants, un président doit savoir réagir rapidement tout en gardant une vision d’ensemble », analyse Bernard Mwepu, expert en géopolitique.
Son mandat a été marqué par des choix difficiles, comme sa gestion de la guerre du M23, ses relations avec le Rwanda et la manière dont il a navigué entre diplomatie et action militaire. À chaque étape, Tshisekedi a dû ajuster ses stratégies, se basant parfois sur son instinct tout en cherchant à poser des bases solides pour l’avenir. Mais cette dualité, entre stratégie et réaction, reste le propre d’un leader confronté à une gouvernance dans un environnement aussi complexe que la RDC.
À l’aube d’un nouveau mandat et face à des enjeux géopolitiques de plus en plus pressants, Félix Tshisekedi devra démontrer sa capacité à transformer ses décisions en résultats durables. Le cessez-le-feu avec le M23, bien que fragile, pourrait ouvrir la voie à une nouvelle dynamique de paix, mais le véritable test résidera dans la mise en œuvre de solutions concrètes à long terme.
La coalition CACH-FCC : un divorce calculé

Née des élections controversées de décembre 2018, la coalition entre le Cap pour le Changement (CACH) de Félix Tshisekedi et le Front Commun pour le Congo (FCC) de Joseph Kabila s’est imposée comme une alliance contraignante plutôt qu’un véritable projet commun. Ce mariage politique, scellé par la nécessité plutôt que par l’affinité, a rapidement montré ses limites, révélant une cohabitation marquée par les tensions, les jeux de pouvoir et des objectifs opposés.
Dès les premiers mois de ce partenariat, les désaccords ont été visibles. Le FCC, bien que battu à la présidentielle, conservait une majorité écrasante au Parlement ainsi qu’un contrôle stratégique sur les appareils judiciaires, sécuritaires et économiques. Ce déséquilibre institutionnel réduisait considérablement la marge de manœuvre de Tshisekedi, obligé de composer avec une administration dominée par les kabilistes. Un cadre du CACH se souvient : « Le président avait les clés du Palais, mais pas celles du moteur de l’État. »
Face à cette impasse politique, le chef de l’État a progressivement préparé une sortie. Le 6 décembre 2020, dans une allocution solennelle, Tshisekedi annonçait la fin de cette alliance devenue, selon ses mots, un frein aux aspirations populaires. « Je me dois de dénoncer les pesanteurs politiques qui plombent les ailes de l’espoir », avait-il déclaré, dans un ton grave mais résolu. Cette décision ne fut ni improvisée ni précipitée. Elle semblait résulter d’une lecture stratégique des rapports de force, doublée d’un calcul froid : pour gouverner efficacement, il fallait rompre avec l’ancien système.
Si certains observateurs y ont vu un pari risqué, d’autres ont salué une affirmation d’autorité. Dans les couloirs du Palais du peuple, le basculement a été perçu comme un acte de libération. Tshisekedi, jusque-là perçu comme un président sous tutelle, endossait enfin pleinement son rôle de chef d’État. L’ancien député proche du FCC, Daniel Kanku, le reconnaît avec amertume : « Nous pensions qu’il resterait sous contrôle. Il a surpris tout le monde. »
Cette rupture n’a cependant pas été sans turbulences. Des frictions ont émergé au sein même des institutions. Tshisekedi a dû manœuvrer avec habileté, recourant à une campagne de consultations nationales pour élargir sa base. C’est dans ce contexte que naît, en janvier 2021, l’Union sacrée de la nation, une nouvelle majorité parlementaire construite sur la recomposition des alliances.
La rapidité avec laquelle cette nouvelle coalition s’est formée témoigne d’un sens aigu de la tactique politique. En moins de trois mois, Tshisekedi est parvenu à renverser la majorité en sa faveur, obtenant le départ de la présidente de l’Assemblée nationale, Jeanine Mabunda, du Premier ministre Sylvestre Ilunga Ilunkamba, puis celui du Président du Sénat, Alexis Thambwe. Ce basculement du pouvoir institutionnel en sa faveur a permis à Tshisekedi d’imprimer plus librement sa marque sur la gouvernance du pays. Un politologue basé à Kinshasa, Jin Nawej, estime que « cette transition fut un moment charnière, révélant un homme d’État capable de déjouer les pièges tendus par une machine politique forgée contre lui ».
Si certains regrettent une centralisation croissante du pouvoir, d’autres y voient une nécessaire consolidation après des années d’immobilisme. « Nous étions fatigués des guerres intestines », confie Léonie Nsimba, professeure de droit constitutionnel à l’Université de Lubumbashi. « La rupture avec le FCC a clarifié les responsabilités. Pour la première fois depuis longtemps, le Congo a un président qui gouverne sans béquilles. »
Tshisekedi lui-même a reconnu, dans des entretiens accordés à la presse internationale, que cette séparation n’a pas été sans coût. Il a parlé de « regrets », notamment quant aux blocages institutionnels ayant ralenti les réformes promises. Mais en prenant ce virage, il a également montré une capacité à s’adapter, à reconstruire une majorité sans céder à la panique ni à l’arbitraire. Loin d’une fuite en avant, la dissolution de la coalition CACH-FCC s’apparente ainsi à un repositionnement calculé, révélateur d’une certaine maturité politique.
Aujourd’hui encore, le divorce reste un sujet de débat. L’ancien président Joseph Kabila a même lié la guerre du M23 à cette rupture, dans une tribune publiée dans le Sunday Times, un journal sud-africain. Pour certains, il incarne la fin d’un cycle de compromissions et la naissance d’un pouvoir plus cohérent. Pour d’autres, il marque une rupture de l’équilibre initial du scrutin de 2018. Mais tous s’accordent à reconnaître que ce choix, à la fois risqué et nécessaire, a ouvert un nouveau chapitre du quinquennat de Tshisekedi, où les responsabilités et les attentes reposent entièrement sur ses épaules.
L’Union sacrée de la nation : une alliance pour le pouvoir

Lancée officiellement en décembre 2020, l’Union sacrée de la nation est vite devenue le cœur battant du nouveau paysage politique congolais. Sous l’impulsion de Félix Tshisekedi, cette large plateforme a rassemblé des personnalités issues de différentes familles politiques, dans une dynamique de recomposition du pouvoir. En 2024, avec environ 450 sièges sur 500 à l’Assemblée nationale, cette coalition s’est imposée comme une force parlementaire quasi hégémonique, consacrant l’autorité de Tshisekedi sur les institutions.
Des figures majeures comme Jean-Pierre Bemba, Vital Kamerhe, Modeste Bahati ou encore Christophe Mboso ont rejoint cette plateforme, contribuant à en faire un véritable carrefour d’intérêts politiques. Cette diversité, si elle élargit l’assise du pouvoir, témoigne également d’une volonté stratégique : fédérer les élites autour du leadership de Tshisekedi pour gouverner sans entrave. Comme le souligne Josiane Kipulu, analyste politique à Kinshasa, « l’Union sacrée n’est pas seulement une alliance, c’est un bouclier construit pour durer au-delà des conjonctures électorales ».
La structuration de l’Union sacrée, avec la mise en place récente d’un présidium censé équilibrer les sensibilités internes, illustre cette ambition de long terme. Le 23 janvier 2025, le site Actualite.cd rapportait la composition élargie de cette instance dirigeante, destinée à éviter les ruptures internes en distribuant les rôles entre les poids lourds de la coalition. Une initiative saluée par plusieurs ténors de la majorité, tel un député UDPS qui affirme sous anonymat : « Le président a compris qu’il ne peut pas tout centraliser. Il faut que chacun se sente respecté. »
Mais l’équilibre demeure fragile. Cette vaste mosaïque politique, formée parfois davantage par opportunisme que par adhésion idéologique, comporte des lignes de fracture. Trésor Kibangula, analyste pour Ebuteli et intervenant sur TV5Monde, le rappelait récemment : « Chacun a son agenda dans l’Union sacrée. L’unité repose sur le pouvoir, pas toujours sur un socle programmatique commun. » Ce constat renforce l’idée que la cohésion de la plateforme dépend largement de la capacité de Tshisekedi à concilier les ambitions divergentes de ses alliés.
En dépit de ces tensions latentes, l’Union sacrée permet à Tshisekedi de gouverner dans un cadre institutionnel plus fluide que celui qu’imposait l’ancienne coalition CACH-FCC. Libéré de l’influence directe de Joseph Kabila, il peut désormais orienter l’action publique sans blocages parlementaires majeurs. Le glissement d’une logique de partage vers une logique de centralisation maîtrisée témoigne d’un exercice du pouvoir plus assumé. « Il ne s’agit pas d’un repli autoritaire, mais d’une volonté d’efficacité », estime l’universitaire Léon Mavungu. « Ce que cherche Tshisekedi, c’est une gouvernance lisible et réactive. », ajoute-t-il.
En consolidant son camp, le président Félix Tshisekedi répond aussi à une opposition qui, bien que fragmentée, reste active. Les figures de Martin Fayulu et Moïse Katumbi, bien qu’éprouvées par les dernières joutes électorales, continuent de revendiquer une alternative. Dans ce contexte, le rassemblement des forces politiques autour de Tshisekedi ne relève pas uniquement d’une logique de domination, mais également de prévention : éviter les recompositions adverses et verrouiller l’espace politique jusqu’en 2028.
Pour autant, l’Union sacrée n’échappe pas aux critiques. Certains y voient un outil de clientélisme, où les nominations et les répartitions de postes primeraient sur les programmes et la compétence. D’autres dénoncent une forme de dilution idéologique, dans laquelle les anciennes lignes politiques s’effacent au profit d’un consensus de circonstance. « C’est une plateforme qui ressemble à une pyramide inversée », note une journaliste politique congolaise. « Solide en haut, mais sans fondation idéologique claire. »
Tshisekedi, de son côté, assume pleinement cette configuration mouvante. Il a déclaré, à plusieurs reprises, préférer une union fonctionnelle à une opposition de principe. Ce pragmatisme, critiqué par certains, est vu par d’autres comme une réponse réaliste à la complexité du champ politique congolais. En naviguant entre les attentes de ses alliés et les exigences de l’opinion, Tshisekedi engage une forme de gouvernance hybride, alliant calcul politique et gestion de coalition.
Si l’Union sacrée est appelée à durer, sa pérennité dépendra de la capacité de Tshisekedi à maintenir l’équilibre entre fidélité et ambition. Un exercice d’équilibriste, à la croisée des intérêts, dans un pays où les alliances se font et se défont au gré des vents politiques. Pour l’instant, l’édifice tient. Mais le véritable test viendra lorsqu’il s’agira de transformer cette machine électorale en une force cohérente de gouvernance et de réforme.
Les discours sur la Constitution : une erreur stratégique ?
En 2024, Félix Tshisekedi a déclenché une onde de choc politique en évoquant la nécessité de réformer la Constitution congolaise, adoptée en 2006. Qualifiant le texte actuel de « dépassé face aux exigences de gouvernance moderne », il a ouvert un débat aussi sensible que central dans le paysage institutionnel du pays. Si ses partisans y ont vu une volonté d’adapter l’État aux défis du XXIe siècle, ses opposants ont aussitôt dénoncé une manœuvre dissimulée pour préparer une éventuelle prolongation de mandat au-delà de 2028.
L’opposition, emmenée par des figures comme Moïse Katumbi et Martin Fayulu, a réagi avec virulence. Le terme de « coup d’Etat constitutionnel » a été lâché lors d’un meeting tenu à Mbuji-Mayi, où Fayulu a accusé Félix Tshisekedi de « vouloir marcher dans les pas de ceux qu’il prétendait combattre ». Dans la foulée, plusieurs organisations de la société civile, notamment la LUCHA et le collectif Filimbi, ont organisé des manifestations symboliques pour alerter l’opinion sur une « dérive autoritaire en préparation ». Ce discours était-il une erreur stratégique ou un test controversé ?
Face à cette levée de boucliers, Tshisekedi a modéré le ton. Lors d’un discours prononcé à l’Université de Kinshasa en février 2025, il a clarifié ses intentions : « Il ne s’agit pas de modifier la Constitution pour des ambitions personnelles, mais d’adapter notre charpente institutionnelle à une nouvelle ère politique. » Il a ensuite annoncé la mise en place d’une commission d’experts constitutionnalistes et de représentants de la société civile, chargée d’examiner les réformes possibles. Cette décision, interprétée comme une volonté d’apaisement, n’a toutefois pas suffi à faire taire les soupçons.
Derrière les discours et les déclarations, l’approche de Tshisekedi semble relever d’une tactique politique mesurée. En avançant prudemment sur le terrain miné des révisions constitutionnelles, il semble avoir voulu sonder les lignes de fracture au sein de la classe politique et tester la capacité de mobilisation de ses adversaires. « C’est un ballon d’essai », analyse le politologue Éric Mualaba. « Il a lancé le débat, observé les réactions, puis recadré son propos. C’est une méthode classique de gouvernance par signaux. »
Cependant, le calendrier et la forme de la communication présidentielle ont pu desservir la démarche. Annoncer des réformes constitutionnelles dans un contexte postélectoral encore tendu en pleine crise sécuritaire avec le M23 a nourri les soupçons les plus vifs. Certains y ont vu une tentative d’ouvrir la voie à une présidence à rallonge. D’autres, plus nuancés, estiment que la mauvaise réception du message tient surtout à un déficit de pédagogie politique. « Ce débat aurait mérité d’être introduit par une large consultation nationale, et non par une déclaration unilatérale », estime la journaliste politique Florence Ndungidi.
Malgré tout, des voix se sont élevées pour défendre la légitimité d’un débat constitutionnel. Dans une tribune publiée par Le Courrier d’Afrique, l’universitaire Théodore Kasinga souligne que « la Constitution de 2006, pensée dans un contexte post-conflit, mérite une relecture au regard des évolutions institutionnelles et sécuritaires ». Il plaide pour une réforme encadrée, sous l’égide d’un processus transparent et inclusif, à l’écart de tout soupçon de personnalisation du pouvoir.
En avril 2025, le processus apparaît en suspens. La commission annoncée n’a toujours pas rendu ses conclusions, et l’agenda des réformes semble avoir été relégué à l’arrière-plan des priorités présidentielles, dominées par les urgences sécuritaires à l’Est du pays. Ce recul apparent n’est pas un abandon, mais plutôt le signe d’une gestion pragmatique du tempo politique. « Le président a compris que forcer le pas sur ce terrain pouvait fracturer l’équilibre politique qu’il a mis cinq ans à construire », confie un conseiller de la présidence sous couvert d’anonymat.
Tshisekedi semble donc avoir opté pour une stratégie de temporisation. En gardant le débat ouvert sans l’imposer, il évite une cristallisation des tensions tout en maintenant une marge de manœuvre pour l’avenir. Cette posture, bien qu’âprement critiquée, révèle une certaine lucidité politique : gouverner, c’est aussi savoir reculer pour mieux avancer. D’autant que l’enjeu constitutionnel pourrait ressurgir avec plus de maturité politique, si les conditions s’y prêtent.
Le débat sur la réforme constitutionnelle, loin d’être clos, pourrait bien se révéler comme un révélateur de ses capacités à manier les équilibres et à construire un consensus dans un pays où la méfiance reste tenace. Pour l’heure, Félix Tshisekedi reste dans une posture d’observation active, à l’écoute des signaux, naviguant entre vision long terme et adaptation aux réalités mouvantes d’une démocratie encore fragile.
L’adhésion à l’EAC : un pari régional ambitieux

L’adhésion de la RDC à l’EAC, officialisée en mars 2022, a surpris plus d’un observateur. Ce basculement stratégique vers l’Est du continent, alors que la RDC était historiquement tournée vers l’Afrique centrale et l’espace francophone, marque une inflexion importante de la diplomatie congolaise sous Tshisekedi. Le choix, mûri dans un contexte de tensions accrues avec le Rwanda, visait à renforcer l’intégration économique régionale tout en élargissant le spectre des appuis sécuritaires.
« C’est un pari audacieux qui témoigne d’une volonté de repositionner la RDC au cœur des dynamiques économiques de l’Afrique de l’Est », analyse Rosalie Ntumba, chercheuse à l’Institut congolais des relations internationales. En effet, l’EAC, avec des économies dynamiques comme celles du Kenya, de l’Ouganda ou de la Tanzanie, représente un marché régional de plus de 300 millions d’habitants. Pour Kinshasa, l’enjeu est double : s’arrimer à cette croissance et peser davantage dans les négociations régionales, notamment sur les dossiers sécuritaires.
Dans les mois qui ont suivi l’adhésion, les retombées économiques ont été perceptibles. Le commerce avec le Kenya, notamment via le port de Mombasa, s’est intensifié, facilitant l’importation de biens stratégiques et l’exportation de minerais vers l’Asie. Le think tank américain Center for Strategic and International Studies (CSIS) notait en 2023 « une augmentation significative des flux commerciaux RDC-Kenya, stimulée par des accords de facilitation douanière ». Des zones économiques conjointes ont même été envisagées, notamment autour de Goma et Bunia.
Mais au-delà des chiffres, les réalités géopolitiques ont vite rattrapé l’élan initial. L’un des objectifs implicites de cette adhésion était de bénéficier d’un soutien régional plus fort face aux incursions du M23, que Kinshasa accuse d’être soutenu par Kigali. En théorie, la force régionale de l’EAC, déployée en 2022, devait permettre un rééquilibrage sur le terrain. En pratique, les résultats ont été très décevants. Les contingents kenyans, burundais et ougandais se sont heurtés à des contraintes logistiques, des rivalités de mandats et une ambiguïté persistante dans leurs règles d’engagement. L’armée congolaise, elle-même, s’est retrouvée en porte-à-faux avec certains de ces partenaires.
Cette situation a nourri un malaise grandissant dans l’opinion. « On attendait une solidarité sécuritaire régionale. On a eu une cohabitation compliquée entre intérêts divergents », déplore Dieudonné Nawej, commerçant à Lubumbashi. Des voix, même au sein de l’Union sacrée, ont exprimé leur scepticisme sur l’efficacité de cette alliance. Tshisekedi, conscient des limites du dispositif, n’a pas hésité à remettre en question le rôle de certaines troupes et à appeler à une réévaluation des termes de leur présence.
Pour autant, cette manœuvre diplomatique n’a pas été vaine. Elle a permis à la RDC de briser un certain isolement régional et de diversifier ses partenariats. Le Kenya, en particulier, s’est affirmé comme un interlocuteur économique de poids. Les rencontres régulières entre Félix Tshisekedi et son homologue kényan William Ruto ont consolidé une relation bilatérale fondée sur les investissements, l’énergie et les télécommunications. Des entreprises kényanes, comme Safaricom, ont même investi dans la téléphonie mobile en RDC, ouvrant de nouveaux marchés.
Cette diplomatie économique volontariste contraste avec la prudence observée sur le front sécuritaire. Si l’adhésion à l’EAC s’inscrit clairement dans une stratégie à long terme, elle révèle aussi les ajustements tactiques auxquels Tshisekedi doit se plier face aux contradictions internes de l’organisation. L’influence rwandaise, bien réelle dans certaines instances de l’EAC, complique la tâche de Kinshasa, en particulier lorsqu’il s’agit de faire valoir ses griefs sur le dossier du M23.
« Le président a su faire preuve d’audace en s’ouvrant à un espace régional historiquement perçu comme hostile. Il faut maintenant transformer cette ouverture en levier de souveraineté », estime le politologue Jules Kawaya. Le défi est d’autant plus grand que la RDC reste perçue comme un acteur marginal au sein de l’EAC, encore peu intégré dans les mécanismes décisionnels. Des efforts sont en cours pour renforcer sa diplomatie parlementaire et aligner sa législation sur les normes communautaires, mais le chemin est long.
En définitive, l’adhésion à l’EAC reflète une double posture du chef de l’État : une vision de repositionnement régional ambitieuse, couplée à une gestion pragmatique des rapports de force. Si la promesse d’intégration économique commence à porter ses fruits, les tensions sécuritaires non résolues rappellent que la paix ne se décrète pas par des traités, mais se construit sur le terrain, jour après jour.
Tshisekedi a lancé un pari. Son issue dépendra de sa capacité à imposer les intérêts congolais dans un espace régional où la solidarité rime souvent avec compétition. Pour l’heure, la RDC avance, avec prudence mais détermination, dans une communauté qui pourrait à terme redéfinir son ancrage géopolitique.
Négociations avec Washington : un deal géopolitique

Février 2025 marque un tournant discret mais potentiellement décisif dans la diplomatie congolaise. Lors d’une rencontre avec des responsables américains à Washington, le président Félix Tshisekedi aurait formulé une proposition inédite : accorder aux États-Unis un accès privilégié aux minerais stratégiques congolais, notamment le cobalt, en échange d’un soutien accru sur le plan sécuritaire. À travers cette offre audacieuse, Kinshasa espère renforcer son positionnement géopolitique tout en répondant aux menaces pressantes à l’Est, incarnées par la rébellion du M23 soutenue, selon les autorités congolaises, par le Rwanda.
Cette initiative s’inscrit dans une logique claire : briser la dépendance vis-à-vis de la Chine, qui contrôle encore aujourd’hui une part écrasante des chaînes d’approvisionnement en minerais critiques, tout en rééquilibrant les alliances stratégiques de la RDC. « C’est une tentative de repositionner la RDC comme acteur incontournable dans la transition énergétique mondiale, tout en attirant des appuis militaires occidentaux dans une crise sécuritaire de plus en plus internationale », explique Ernest Makuta, chercheur en géopolitique des ressources à l’Université de Lubumbashi.
Si aucun accord formel n’a encore été signé, les discussions sont jugées sérieuses et portées au plus haut niveau. Tshisekedi a multiplié les rencontres bilatérales, notamment avec des sénateurs influents, des représentants du département d’État et des dirigeants d’entreprises minières américaines. Dans les coulisses, plusieurs sources évoquent un intérêt manifeste du Pentagone pour les minerais congolais, perçus comme cruciaux dans la course mondiale aux technologies vertes.
Mais cette démarche n’est pas sans risques. En misant sur un rapprochement avec Washington, Kinshasa prend le risque de tendre davantage ses relations avec Pékin, premier investisseur minier en RDC. Le quotidien South China Morning Post, dans une édition de mars 2025, rapporte que des officiels chinois auraient « exprimé leur inquiétude » quant à l’émergence d’une concurrence américaine directe dans un secteur jusque-là largement dominé par leurs entreprises. Certains projets chinois de développement d’infrastructures en RDC pourraient en subir les conséquences, et une reconfiguration des alliances économiques n’est pas à exclure.
Sur le terrain politique congolais, la démarche suscite des réactions contrastées. Les partisans du chef de l’État y voient un coup de maître géopolitique. « Il fallait sortir de la dépendance à un seul partenaire. Ce virage vers les États-Unis peut renforcer notre marge de manœuvre », défend Janvier Kabeya, député membre de l’Union sacrée. À l’inverse, des voix critiques s’élèvent pour dénoncer une possible mise sous tutelle des ressources nationales. L’activiste Mina Kabeya, de la coalition citoyenne Congo Vert, s’inquiète : « Nos minerais ne doivent pas devenir des monnaies d’échange sans garanties claires pour le peuple congolais. »
Au-delà des symboles, cette ouverture vers Washington est aussi motivée par l’urgence. La situation sécuritaire dans l’Est du pays continue de se détériorer, avec des milliers de déplacés, des attaques récurrentes et une armée congolaise confrontée à des groupes rebelles bien organisés. En sollicitant une aide sécuritaire directe, logistique, formation, voire déploiement de forces spéciales en appui technique, Tshisekedi joue une carte diplomatique à fort enjeu. « Il n’a plus le luxe du temps. Il doit produire des résultats visibles avant 2028 », estime Josué Mfumupasa, éditorialiste politique à Kin24.
Cette offre aux Américains n’est donc pas un simple acte de séduction diplomatique, mais bien une manœuvre calculée face à des pressions multiples : sécuritaires, économiques et politiques. Elle illustre la capacité de Tshisekedi à anticiper les repositionnements géostratégiques mondiaux, mais aussi son pragmatisme face aux rapports de force. Pour certains analystes, comme ceux du Brookings Institution, « cette initiative pourrait redéfinir les contours de l’influence américaine en Afrique centrale, longtemps négligée au profit de la Corne de l’Afrique ou du Sahel ».
Cependant, l’issue de cette proposition dépendra moins de la volonté congolaise que de l’agenda de Washington. Les États-Unis, en pleine reconfiguration de leurs priorités africaines, hésitent encore sur la nature de leur engagement militaire direct en RDC. Le spectre de la rivalité sino-américaine rend toute implication délicate, et la Maison Blanche reste prudente face aux complexités du terrain congolais. Le risque d’un engrenage dans un conflit régional mal maîtrisé freine les ardeurs, même si l’attrait du cobalt et du lithium reste un facteur décisif.
Tshisekedi avance donc sur une ligne de crête. D’un côté, il propose une ouverture stratégique capable de repositionner la RDC sur l’échiquier mondial. De l’autre, il doit veiller à ne pas dilapider un capital de souveraineté déjà fragilisé par la dépendance extractive. Pour l’heure, aucun contrat n’a été signé, mais les discussions se poursuivent, dans une atmosphère où la géopolitique des ressources croise celle des alliances militaires.
En définitive, cette démarche révèle un chef de l’État qui, au-delà des slogans, tente de transformer le poids géologique de la RDC en levier diplomatique majeur. Ce pari, encore incertain, pourrait faire de Kinshasa un épicentre stratégique entre Washington, Pékin et les autres acteurs de la compétition mondiale pour les ressources critiques. Mais il impose aussi une exigence de transparence, de lucidité et de fermeté, tant les marges de manœuvre sont minces dans un monde où rien ne se donne sans contrepartie.
Kamerhe : la neutralisation progressive d’un allié trop ambitieux
L’accord politique conclu à Nairobi en 2018 entre Félix Tshisekedi et Vital Kamerhe devait organiser l’alternance au sein de la coalition CACH : un mandat pour l’un, un mandat pour l’autre. Mais dès les premiers mois de gouvernance, cet arrangement a été vidé de sa substance par les réalités du pouvoir. La mainmise du FCC de Joseph Kabila sur l’Assemblée nationale empêchait toute nomination de Kamerhe à la primature, poste promis par l’accord. Il sera relégué à la direction de cabinet, influent, certes, mais subalterne.
Quand Tshisekedi parvient à retourner la majorité en sa faveur fin 2020, ouvrant la voie à l’Union sacrée, le blocage juridique disparaît. Kamerhe aurait pu être Premier ministre. Mais c’est Sama Lukonde, un profil moins charismatique, qui est nommé. Une décision qui, déjà, trahit la volonté de Tshisekedi de contenir un partenaire dont les ambitions rivalisent avec les siennes. Visiblement, Tshisekedi ne veut pas d’un Premier ministre qui pourrait demain revendiquer la succession ou dénoncer un accord trahi. Car Kamerhe, à la primature, aurait été difficile à révoquer, et potentiellement ingérable.
En 2024, la nomination de Judith Suminwa à la tête du gouvernement confirme cette ligne. Technocrate discrète, sans assise politique, elle ne menace pas l’architecture du pouvoir. À l’inverse, un Kamerhe Premier ministre aurait cumulé visibilité, moyens et réseau. Trop risqué pour un chef de l’État qui, manifestement, ne souhaite pas le désigner comme son dauphin.
Même la présidence de l’Assemblée nationale, que Kamerhe finit par décrocher en 2024, a été un champ de manœuvre. En l’obligeant à se mesurer à Bahati Lukwebo et Christophe Mboso lors de primaires internes à l’Union sacrée, le pouvoir le pousse à s’exposer. En cas d’échec, sa stature aurait été affaiblie. Sa victoire, bien qu’indiscutable, reste encadrée : Tshisekedi conserve la main sur l’ensemble du dispositif.
Le précédent de 2009 hante les mémoires. Cette année-là, Kamerhe, président de l’Assemblée nationale, se retourne contre Kabila, amorçant sa mue en opposant majeur. Tshisekedi, prudent, évite de lui offrir une tribune gouvernementale qui pourrait devenir une rampe de lancement présidentielle pour 2028.
En intégrant Kamerhe tout en l’éloignant des postes exécutifs stratégiques, Tshisekedi orchestre une forme de containment politique. Il préserve l’équilibre de l’Union sacrée sans donner les clés à un potentiel rival. Pour l’instant, la stratégie est efficace. Mais si Kamerhe décide de remettre en cause cette mise à l’écart, l’équation du pouvoir congolais pourrait rapidement se complexifier.
Les poids lourds politiques : un équilibre précaire
En s’alliant à des figures de poids comme Jean-Pierre Bemba et Vital Kamerhe, Tshisekedi a consolidé sa position à la tête de l’Union sacrée. Bemba, fort de son influence dans l’Ouest, et Kamerhe, incontournable dans l’Est, lui apportent une légitimité régionale et une capacité à mobiliser. Cette stratégie vise à unifier des forces disparates pour renforcer son leadership, tout en mettant en lumière la fragmentation de l’opposition, incarnée principalement par Martin Fayulu et Moïse Katumbi.
Cependant, cette alliance repose sur un équilibre fragile. Les ambitions personnelles de ces leaders peuvent menacer la stabilité de la coalition, comme l’a souligné Trésor Kibangula sur TV5Monde. Si Tshisekedi a clairement opté pour des alliances larges, la gestion des ego et des projets divergents demeure complexe. Les tensions internes, notamment autour des nominations et des primaires au sein de l’Union sacrée, révèlent la difficulté d’un leadership qui doit constamment composer avec des rivalités internes, demandant une gestion prudente aussi réactive que stratégique.
Politiques économiques : une vision à long terme sous contrainte
Dès le début de son mandat, Félix Tshisekedi a clairement placé le développement économique au cœur de ses priorités, visant à diversifier une économie congolaise qui reste fortement dépendante des exportations de minerais. L’attraction des investissements étrangers, essentielle pour cette transformation, a été soutenue par des projets significatifs, tels que le Programme d’Appui au Développement des Micro, Petites et Moyennes Entreprises (PADMPME), qui a permis de formaliser 3 700 entreprises et de créer près de 17 000 emplois, selon les chiffres avancés par la Banque mondiale en 2024. Ces réalisations témoignent d’une volonté politique claire de créer un environnement plus favorable aux investisseurs, comme l’a souligné le Département d’État américain, notant des progrès notables dans la gouvernance et la lutte contre la corruption.
Cependant, malgré ces succès, les défis structurels demeurent nombreux. Les conséquences de l’insécurité persistante dans l’Est du pays, des infrastructures souvent inadaptées, et la dépendance continue aux matières premières minérales limitent l’impact de ces réformes. Bien que la croissance économique ait atteint un impressionnant 8,6 % en 2024, la pauvreté reste une réalité tragique pour environ 73 % de la population, comme l’indique un rapport de la Banque mondiale. Des analystes, notamment ceux du think tank ISS Africa, estiment que pour réaliser une véritable croissance inclusive, Tshisekedi doit accélérer la mise en œuvre des réformes, malgré des contraintes qui semblent bien souvent dictées par les circonstances.
« Les initiatives lancées par Tshisekedi sont un pas dans la bonne direction », affirme Emmanuel Biyoyo, analyste économique à Kinshasa. « Mais pour sortir véritablement de la dépendance aux minerais, il faut des réformes institutionnelles plus profondes et des investissements massifs dans les infrastructures. »
En parallèle, Tshisekedi a également cherché à renégocier les contrats miniers, notamment avec la Chine, afin d’augmenter les revenus de l’État et mieux gérer les ressources naturelles du pays. Bien que cette démarche s’inscrive dans une logique de maximisation des bénéfices nationaux, elle a toutefois suscité des tensions avec Pékin, soulignant les risques inhérents à une politique économique aussi ambitieuse dans un contexte géopolitique complexe. La proposition d’un accord miniers-sécurité avec les États-Unis en 2025, visant à diversifier les partenariats, a été perçue comme une tentative de sortir de l’ombre de la Chine, mais aussi comme une réponse instinctive à des pressions sécuritaires croissantes dans l’Est du pays.
En effet, comme le note Pierre Iyeleza, expert en relations internationales, « la géopolitique actuelle pousse Tshisekedi à multiplier les partenariats tout en jonglant avec les attentes internationales. C’est une manière de peser sur les enjeux mondiaux, mais l’urgence sécuritaire impose parfois des décisions plus instinctives. »
Initiatives sociales : des engagements limités par les crises
Sur le plan social, Tshisekedi a pris des engagements ambitieux pour améliorer l’accès à l’éducation, à la santé et à la protection sociale, des priorités soutenues par des bailleurs de fonds internationaux. L’un des grands projets, la gratuité de l’enseignement primaire, lancé en 2019, a permis d’augmenter de manière significative les inscriptions scolaires, notamment dans les zones rurales. Toutefois, cette initiative a été entravée par des grèves récurrentes d’enseignants et des problèmes chroniques de financement, comme le souligne un rapport de la Banque mondiale. En matière de santé, la gestion des crises sanitaires, telles que la propagation de la variole du singe en 2024, a été jugée insuffisante par plusieurs experts, notamment en raison d’infrastructures médicales surchargées.
« Le programme d’éducation gratuit est louable, mais il est mis à mal par le manque de moyens logistiques et humains », explique Maman Ndombe, responsable d’une ONG de développement à Kinshasa. « Les défis sont immenses, et malgré les bonnes intentions, le pays manque encore d’infrastructures de base pour répondre à ces besoins urgents. »
Ces initiatives sociales traduisent néanmoins une vision à long terme pour améliorer les conditions de vie des Congolais, mais leur mise en œuvre se heurte à des obstacles majeurs. Les ressources limitées de l’État, associées aux crises permanentes que connaît le pays, compliquent considérablement la réalisation de ces objectifs. Tshisekedi a souvent dû réagir de manière instinctive, promettant des réformes sociales sans disposer des moyens nécessaires pour les concrétiser pleinement. Cette tension entre ambition et réalité se fait particulièrement sentir lorsqu’il s’agit de répondre à des demandes sociales pressantes tout en maintenant une stabilité politique fragile.
« Il est évident que Tshisekedi fait de son mieux pour répondre aux attentes sociales », déclare Claude Tumba, professeur en sciences politiques à l’Université de Kinshasa. « Mais la conjoncture du pays et les crises incessantes rendent la tâche particulièrement ardue. Il est parfois contraint d’adopter des solutions réactives, ce qui peut nuire à la vision de long terme. »
Ainsi, bien que la vision de Tshisekedi en matière de politique économique et sociale soit clairement définie, sa mise en œuvre reste conditionnée par des défis immenses. Entre ambitions à long terme et nécessité de répondre instantanément à des crises multiples, Tshisekedi navigue dans des eaux troubles, où chaque décision est une danse délicate entre stratégie et réactivité. La réussite de son mandat dépendra probablement de sa capacité à faire face à ces tensions, tout en consolidant les bases d’une croissance inclusive et durable pour la RDC.
Droits humains : un bilan contrasté
Depuis son accession à la présidence, Félix Tshisekedi a promis de renforcer la protection des droits humains en RDC. Dans son programme, il s’est engagé à lutter contre l’impunité, à élargir l’espace civique et à améliorer le climat des droits fondamentaux. Ce positionnement, bien que louable, se heurte à des réalités complexes sur le terrain. En 2024, des organisations internationales comme Amnesty International ont rapporté des progrès jugés insuffisants, soulignant des violations persistantes commises par les forces de sécurité, ainsi que des restrictions de plus en plus marquées à la liberté d’expression.
« Le président Tshisekedi a bien l’intention de faire évoluer la situation, mais la violence reste omniprésente, notamment dans l’Est du pays. Les abus des forces de sécurité sont récurrents, et cela ne fait qu’alimenter la méfiance des citoyens », explique Sophie Mbuyi, militante des droits de l’homme à Kinshasa. « Même si des promesses ont été faites, il est encore trop tôt pour parler de changement tangible. »
L’état de siège imposé en 2021 dans les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri, bien qu’ayant pour objectif de renforcer la sécurité et de lutter contre les groupes armés, a paradoxalement exacerbé la situation des droits humains. Le Global Center for the Responsibility to Protect a rapporté de nombreux abus sous cette mesure, avec des exactions commises par les militaires et des restrictions drastiques à la liberté de mouvement des civils. « Tshisekedi a certes renforcé son autorité, mais en matière de protection des droits humains, des lacunes notables subsistent », observe le rapport annuel de cette organisation.
Toutefois, Tshisekedi n’est pas resté sans réponse face à ces critiques. Il a, par exemple, libéré certains prisonniers politiques dans une tentative de démontrer son engagement à améliorer la situation des droits humains en RDC. Mais malgré ces actions, les défis structurels restent colossaux. Comme le souligne Bernard Luyeye, analyste politique à Kolwezi pour qui « les réformes que Tshisekedi essaie d’imposer sont souvent freinées par des résistances internes au sein de l’appareil sécuritaire et par la pression de groupes armés toujours aussi actifs. »
Ce bilan contrasté suggère une gestion des droits humains à double vitesse : d’un côté, une approche calculée pour répondre aux attentes internationales et améliorer l’image du pays sur la scène mondiale ; de l’autre, une approche réactive face aux pressions internes et aux critiques des ONG. Tshisekedi semble donc naviguer entre des engagements visant à apaiser la communauté internationale et les nécessités politiques internes qui exigent une gestion immédiate des crises.
Stratégies de sécurité : une gestion complexe
Tshisekedi hérite d’une situation sécuritaire particulièrement dégradée, marquée par la présence de multiples groupes armés dans l’Est du pays, dont le M23, les Forces Démocratiques Alliées (ADF) et diverses milices locales. Cette situation l’a contraint à adopter une stratégie de sécurité renforcée dès 2021, avec la déclaration de l’état de siège dans les régions du Nord-Kivu et de l’Ituri. Bien que cette décision ait permis de remplacer des chefs militaires jugés proches de l’ancien président Kabila, consolidant ainsi son autorité, les violences armées continuent de ravager les populations locales.
« Le défi est immense. Tshisekedi fait face à des groupes armés multiples et à une complexité géopolitique régionale qui échappe parfois à son contrôle », analyse Michel Ndombasi, chercheur en sciences politiques à Kinshasa. « Il faut reconnaître qu’il a pris des décisions difficiles, mais le chemin est semé d’embûches. »
Au-delà des mesures de sécurité, Tshisekedi a entrepris d’importantes réformes dans le secteur militaire. Sous son mandat, l’armée congolaise a reçu un soutien accru des partenaires internationaux, comme les États-Unis et l’Union européenne, pour moderniser ses équipements et améliorer ses capacités opérationnelles. Ces efforts illustrent une vision à long terme de sa part, visant à doter la RDC d’une armée capable de faire face aux défis contemporains. Toutefois, ces réformes sont freinées par des difficultés majeures, dont un manque de financement adéquat et la persistance de la corruption au sein des institutions publiques.
Comme le soulignent les analystes de l’organisation Democracy in Africa, les réformes sécuritaires de Tshisekedi se heurtent à la réalité d’une gestion complexe des conflits, où l’insécurité demeure un problème majeur. « Les défis restent nombreux, notamment au niveau du financement et de la gestion des ressources humaines. La RDC a besoin d’une refonte systématique du secteur de la sécurité, mais ce processus est loin d’être simple« , explique la chercheuse Jeanine Mbongo. Selon elle, « Malgré ces obstacles, Tshisekedi a réussi à maintenir une forme de stabilité, même si la situation reste fragile. »
Cette complexité se manifeste également dans les relations avec les pays voisins, notamment le Rwanda et l’Ouganda, qui ont un impact direct sur la situation sécuritaire en RDC. Tshisekedi a essayé d’apaiser les tensions avec ces pays par le biais de la diplomatie, mais les affrontements sur le terrain, alimentés par des milices et des intérêts géopolitiques divergents, continuent de compliquer cette démarche.
En dépit des résultats encore insuffisants, il est évident que Tshisekedi met en place une stratégie sécuritaire ambitieuse, mais qui ne peut se concrétiser qu’à moyen ou long terme. La persistance des violences dans l’Est du pays met à l’épreuve sa capacité à traduire ses ambitions en résultats tangibles. Comme le rappelle l’analyste Pierre Madi, « l’un des plus grands défis de Tshisekedi est de parvenir à une stabilisation durable, tout en équilibrant les attentes des partenaires internationaux et les réalités du terrain. »
Le bilan de Félix Tshisekedi en matière de droits humains et de sécurité reste mitigé, mais les efforts entrepris ne sont pas sans mérite. Son engagement à réformer le secteur de la sécurité et à répondre aux critiques internationales, bien qu’incomplets, montre qu’il tente de faire face à un héritage complexe tout en tentant d’inscrire la RDC dans une dynamique de stabilité. À l’avenir, la réussite de ses politiques dépendra de sa capacité à résoudre ces contradictions et à concilier les impératifs sécuritaires avec les exigences de la communauté internationale en matière de droits humains.
Une gouvernance entre vision et adaptation
L’analyse des décisions de Félix Tshisekedi, président de la RDC, révèle une gouvernance marquée par une dualité entre stratégie et instinct. Depuis son arrivée au pouvoir, il a montré une volonté constante de réformer le pays tout en cherchant à s’adapter aux défis quotidiens. Parmi ses initiatives les plus notables figurent l’adhésion de la RDC à la Communauté de l’Afrique de l’Est (EAC), ses négociations avec Washington, la création de l’Union sacrée de la nation, ses réformes économiques ambitieuses et ses engagements sociaux. Ces décisions témoignent d’une réelle volonté de consolider son pouvoir et de positionner la RDC comme un acteur régional et international incontournable.
Ces choix, souvent audacieux, révèlent une vision stratégique à long terme. L’entrée de la RDC dans l’EAC, par exemple, est perçue par certains analystes comme un tournant majeur pour la diplomatie congolaise. « Tshisekedi a su saisir l’opportunité de réorienter la RDC vers l’Est, et c’est un coup stratégique qui peut avoir de réelles retombées économiques », explique Jean-Pierre Mbala, expert en relations internationales à Kinshasa. Toutefois, ces décisions, malgré leur ambition, ont été entravées par des défis imprévus. Les tensions géopolitiques, la crise sécuritaire persistante à l’Est du pays, et les crises internes liées à la gestion de la corruption et des réformes sociales ont limité l’impact de ces choix.
Face aux crises multiples, comme la guerre du M23, les tensions avec son prédécesseur Joseph Kabila, ou les pressions internationales sur les droits humains, Tshisekedi a tout de même su faire preuve d’une adaptabilité remarquable. Il a ajusté ses priorités en fonction des circonstances changeantes, bien que cela ait parfois été perçu comme une gestion instinctive. Cette capacité à réagir rapidement, même si elle a parfois pris une forme improvisée, a permis de maintenir une relative stabilité politique dans un contexte particulièrement très volatile.
Pour l’analyste politique Lucien Ndinga, « Les décisions de Tshisekedi, notamment la création de l’Union sacrée, montrent une véritable volonté de rassembler le pays. Cependant, sa gestion de certaines crises, comme le M23 ou la pression internationale sur les droits humains, semble manquer parfois de vision à long terme, et c’est là que la dualité entre stratégie et instinct devient évidente. »
Les critiques sont partagées. Certains, comme ceux du Center for Strategic and International Studies (CSIS), saluent la vision stratégique de Tshisekedi pour intégrer la RDC dans des cadres régionaux et mondiaux, notamment via l’EAC et les partenariats avec les États-Unis. « Ce sont des choix stratégiques qui, à long terme, pourraient rendre la RDC plus stable et mieux insérée dans le concert des nations », commente Rose Mukalay, analyste au CSIS. Mais d’autres, comme ceux de l’organisation Democracy in Africa, estiment que ses réponses aux crises oscillent trop souvent entre action militaire et diplomatie sans plan clair, suggérant une gestion instinctive plus que stratégique. « Les réactions de Tshisekedi, bien qu’efficaces dans l’immédiat, laissent parfois à désirer lorsqu’il s’agit de planifier une vision à plus long terme », ajoute Omar Kambale, chercheur en gouvernance à Kalemie.
Cette dualité, entre stratégie affirmée et gestion réactive, illustre la complexité de gouverner la RDC. Dans un pays où les crises sont omniprésentes et où les impératifs internes et externes sont souvent contradictoires, la capacité à alterner entre planification stratégique et réponse immédiate est une compétence essentielle. Tshisekedi semble comprendre que la RDC, avec son histoire mouvementée, nécessite un leadership capable de jongler entre ces deux aspects pour maintenir un équilibre fragile.
Un leader hybride face à l’avenir
Félix Tshisekedi se trouve confronté à des défis titanesques : conflits armés persistants, rivalités politiques internes, pressions internationales croissantes, et des attentes sociales qui ne cessent d’augmenter. Dans ce contexte, il est contraint d’adopter une combinaison de stratégies long terme et d’adaptations immédiates aux crises. Ses succès, comme la consolidation de l’Union sacrée de la nation, l’ouverture vers la Communauté de l’Afrique de l’Est, les réformes économiques et les efforts diplomatiques tels que le cessez-le-feu avec le M23, témoignent de sa capacité à penser à long terme.
« Ce que Tshisekedi réussit à faire, c’est de concilier des objectifs de développement à long terme avec les impératifs de stabilité immédiate », explique Jean-Luc Mwepu, spécialiste en stratégie politique. « Son agilité politique et sa capacité à s’adapter aux crises sont des qualités essentielles dans un pays comme la RDC. »
Cependant, ses ajustements face aux crises ont parfois été perçus comme des réactions plus instinctives que stratégiques. La rupture avec le président rwandais Paul Kagame, la prudence vis-à-vis de son ancien allié Vital Kamerhe, ou encore ses réponses face aux critiques internationales sur les droits humains montrent une capacité à ajuster ses positions avec une certaine approche pragmatique. Ces décisions, bien que parfois motivées par des impératifs immédiats, révèlent aussi une agilité politique rare dans des contextes aussi complexes que ceux rencontrés par la RDC. Mais ces ajustements ne sont pas toujours synonymes de succès. En particulier, la gestion de la crise à l’Est, qui dure depuis des années, continue de poser des questions sur la capacité de Tshisekedi à traduire ses ambitions en résultats concrets.
« Il est évident que Tshisekedi veut réformer la RDC, mais la mise en œuvre des réformes sociales et sécuritaires reste le grand défi », souligne Sylvia Vola, experte en géopolitique. « Sa gestion des crises n’est pas toujours optimale, et cela a des répercussions sur sa popularité et son efficacité. »
À l’heure où la RDC fait face à des défis croissants, notamment la persistance des conflits dans l’Est, les tensions géopolitiques avec ses voisins, et les attentes d’une population en quête de progrès, Tshisekedi devra transformer ses initiatives en résultats tangibles. Les efforts pour maintenir l’attention internationale sur ses actions seront cruciaux, à la fois pour renforcer sa légitimité et préparer son héritage. En dépit des critiques, il apparaît clairement que le président congolais incarne un leadership hybride, capable de naviguer entre stratégie à long terme et gestion instinctive des crises. Dans un des environnements politiques les plus exigeants au monde, cette combinaison semble être une nécessité, bien plus qu’une option.
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RDC-Ouganda : les dessous d’une collaboration sur fond de méfiance
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2 jours agoon
avril 17, 2026By
La redaction
L’armée ougandaise (UPDF) a annoncé, fin mars 2026, son intention de se retirer de plusieurs positions dans le territoire de Lubero, au Nord-Kivu et jusqu’à Mahagi, en Ituri. Ce désengagement, confirmé par le chef d’état-major Muhoozi Kainerugaba, se fera, selon lui, en coordination avec Kinshasa, juste après le retrait des rebelles du M23 de la zone. Bien avant cette annonce qui, du reste, n’est pas officialisée, l’Ouganda voulait obtenir la démission du gouverneur militaire de l’Ituri. Une stratégie de pression sur Kinshasa qui interroge sur les véritables motivations de Kampala. Son intervention militaire aux côtés des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) dans la traque des rebelles ADF pourrait bien cacher d’autres motivations, essentiellement économiques.
L’UPDF (Uganda People’s Defence Force) est déployée en Ituri, dans le nord-est de la RDC dans le cadre de l’opération Shujaa depuis fin 2021, collaborant avec les FARDC contre les rebelles ougandais de l’Alliance des forces démocratiques (ADF). Cette mutualisation FARDC-UPDF vise à neutraliser ce groupe armé qui a fait allégeance à l’Etat islamique. Ce groupe est présent en Ituri et au Nord-Kivu. Officiellement, il s’agit de combattre l’insécurité. Cependant, cette présence vise également à sécuriser les intérêts économiques ougandais (routes, or, bois et pétrole du lac Albert).
A ce jour, cette mutualisation des forces n’a pas permis d’arrêter les attaques des ADF contre des civils aussi bien en Ituri qu’au Nord-Kivu. Loin de renforcer la sécurité des Congolais et des Ougandais dans les zones frontalières, cette alliance semble avant tout servir les intérêts économiques ougandais, notamment en matière d’exportation d’or.
Les chiffres d’exportation d’or explosent en Ouganda
L’Ouganda n’est pas un producteur massif d’or. Cependant, il enregistre des chiffres record sur l’exportation de ce minerai. Une croissance due à l’augmentation des prix mais surtout au trafic favorisé par l’instabilité de la région, principalement dans l’Est de la RDC. L’Ouganda a vu ses revenus d’exportation d’or atteindre des chiffres records. Selon la Banque d’Ouganda, en 2019, ces revenus s’élevaient à 1,26 milliard de dollars, les exportations d’or ont ensuite culminé à 2,3 milliards de dollars en 2023, puis à 3,3 milliards de dollars en 2024. D’après des prévisions pour 2025, ces revenus devraient atteindre 6,4 milliards de dollars.
Cette croissance est principalement due à l’augmentation du prix de l’or, qui avoisinait l’année dernière 5.000 dollars l’once. L’or représente désormais 47% des revenus d’exportation de l’Ouganda, surpassant largement d’autres produits phares comme le café et le cacao. Malgré ces chiffres impressionnants, l’Ouganda n’est pas devenu un producteur massif d’or, note TV5 Monde. Lors d’un récent forum économique, le gouverneur adjoint de la Banque centrale ougandaise, Augustus Nuwagaba, a admis que l’or exporté par le pays pourrait ne pas provenir de ses propres mines. « Il se peut qu’il ne soit pas à nous », avait-il déclaré. Mais d’où vient l’or exporté par l’Ouganda ?
L’insécurité en RDC profite à l’économie ougandaise
L’Ouganda profite du trafic d’or en provenance de pays voisins, notamment de la RDC. Riche en ressources aurifères, ce pays partage une frontière avec l’Ouganda dans des zones comme l’Ituri et le Nord-Kivu. Ces régions sont non seulement riches en or, mais aussi en proie à des conflits armés. Ce qui favorise le trafic de ce métal jaune notamment vers l’Ouganda. En Ituri, par exemple, l’or est très présent, particulièrement dans les territoires de Djugu, Mahagi et Mambasa, s’appuyant sur des gisements historiques (Kilo-Moto). Cette ressource, exploitée à la fois de manière artisanale et industrielle, alimente une économie de guerre contrôlée en partie par des groupes armés et réseaux criminels, générant d’importants flux financiers illicites. Selon l’étude d’une ONG anti-corruption, environ 95 % de l’or exporté depuis l’Ouganda est illicite.
En état de siège depuis plus de 4 ans, la province de l’Ituri n’a pas toujours recouvré la paix totalement. Le gouverneur militaire, le lieutenant-général Johnny Luboya entretient des rapports tendus avec des trafiquants d’or. L’Ouganda également n’apprécie pas cet officier congolais. Le chef d’état-major de l’armée ougandaise, le général Muhoozi Kainerugaba ne cache pas son hostilité envers ce gouverneur militaire, appelant parfois à son arrestation sur les réseaux sociaux. L’Ouganda a même formulé une demande formelle pour solliciter son remplacement. D’après les informations révélées par Africa Intelligence, le pouvoir de Félix Tshisekedi a rejeté ces demandes de l’armée ougandaise, qui réclamait l’éviction de ce gouverneur militaire.
Sécuriser ses investissements pétroliers
En dehors du trafic d’or à son avantage, l’Ouganda vise aussi la sécurisation de ses intérêts économiques dans la région. Des intérêts qui empiètent sur la zone d’influence du voisin rwandais, estime le rapport d’un groupe d’experts de l’ONU publié en août 2024. En dehors des intérêts sécuritaires, le gouvernement ougandais se concentre sur la sécurisation de ses investissements pétroliers et le renforcement des réseaux commerciaux vers la RDC, où ses exportations formelles ont représenté en 2019 « 156 millions de dollars » et les exportations informelles, constituées en majorité de biens industriels, « 330 millions de dollars ».
Des accointances avec le M23 et la CRP
La collaboration militaire entre la RDC et l’Ouganda s’opère dans un climat de méfiance, avec des allégations de soutien de Kampala à d’autres groupes rebelles, comme le M23 mais aussi la Convention pour la révolution populaire (CRP) de Thomas Lubanga. Ce dernier s’est même exilé en Ouganda mais son groupe mène des combats contre l’armée congolaise en Ituri. L’Ouganda a joué un rôle discret mais documenté dans la résurgence du M23, en facilitant le retour de son chef militaire en RDC en 2017 et en servant de vivier de recrutement pour la rébellion, selon un rapport publié en avril 2026 par le Congo Research Group (CRG) et le Center on International Cooperation (CIC) de l’Université de New York. Ce document note également que des officiers de l’armée ougandaise (UPDF) ont également été signalés comme participant aux sessions de formation militaire dispensées aux recrues du M23 dans le camp de Tchanzu, en RDC, aux côtés d’officiers des Forces de défense rwandaises en 2021. Mais ce rapport ne précise pas la nature exacte des arrangements entre Kampala et le M23. Difficile de savoir si ces facilitations reflètent une politique délibérée de Kampala ou il s’agit simplement des initiatives individuelles de la part de certains officiers militaires ougandais.
Depuis le lancement de ces opérations dénommées « Shuuja » visant à neutraliser les ADF, les autorités congolaises et ougandaises affichent officiellement une volonté commune de restaurer la paix. Malgré des engagements répétés en faveur d’une coopération sécuritaire renforcée, les relations entre la République démocratique du Congo et l’Ouganda restent marquées par une profonde méfiance, notamment en ce qui concerne leurs opérations militaires conjointes dans l’est du pays. Malgré ce climat de méfiance, Kinshasa et Kampala poursuivent cette collaboration. Le 21 juin dernier, le président congolais Félix Tshisekedi avait reçu à la Cité de l’Union africaine, à Kinshasa, le général Muhoozi Kainerugaba, fils du président Yoweri Kaguta Museveni et chef d’état-major de l’armée. La veille de cette rencontre, le 20 juin, les responsables des armées de deux pays avaient signé un accord pour poursuivre leur opération militaire conjointe contre les rebelles ADF.
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RDC : comment le gouvernement compte utiliser les fonds de 1,25 milliard USD d’eurobonds ?
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5 jours agoon
avril 14, 2026By
La redaction
La République démocratique du Congo a mobilisé 1,25 milliard de dollars sur les marchés financiers internationaux à travers une émission d’eurobonds le 9 avril 2026. Lors d’une conférence de presse tenue le 13 avril à Kinshasa, le ministre des Finances, Doudou Fwamba, a présenté les projets prioritaires à financer, dans un contexte de besoins urgents pour soutenir le développement économique et social du pays.
L’émission d’eurobonds réalisée par la République démocratique du Congo s’inscrit dans une stratégie de diversification des sources de financement. Selon le ministère des Finances, cette levée de fonds vise principalement à financer des projets d’infrastructures, notamment dans les transports et l’énergie, considérés comme des leviers essentiels de croissance. Près de la moitié des projets prévus dans ce financement concernent la ville de Kinshasa, capitale du pays, confrontée à une démographie galopante sans moyens de transport et autres infrastructures de base. Une partie de fonds levés vise à construire un nouveau terminal de 49 000 m² à l’aéroport de N’djili, capable d’accueillir 5 millions de passagers par an.
Quelque 300 kilomètres de routes sont également prévus, ainsi qu’une rocade de 31 kilomètres avec échangeurs et ponts. Les autres investissements visent le développement d’un réseau de lignes de transmission électrique de 330 KV permettant une connexion entre la Zambie et la « ceinture de cuivre » de la RDC, une centrale hydroélectrique de 64 mégawatts et des réseaux de distribution dans la province du Kasaï-Central.
Dans d’autres villes du pays, ces fonds vont également financer la création de centres de formation professionnelle précisément dans quatre villes. Il y a aussi la modernisation de la route entre la ville de Kisangani, chef-lieu de la province de la Tshopo, et Beni, dans la province du Nord-Kivu, longue de 750 kilomètres.
Des craintes sur la transparence de fonds persistent…
Si le gouvernement met en avant des investissements structurants, experts et institutions appellent à la transparence dans la gestion de ces fonds mais aussi à la prudence face aux risques de surendettement. D’après des analyses de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international, la RDC fait face à un déficit important en infrastructures, ce qui freine son développement économique. Les investissements dans les routes, les barrages et les réseaux électriques pourraient ainsi améliorer la connectivité et soutenir l’industrialisation, en particulier dans les zones minières. Mais la gestion de ces réalisations pose de doute quant à la transparence. « Nous voulons un témoin, le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), pour assurer le suivi de la gestion de ces ressources. Nous allons, pour la transparence, informer la population sur l’affectation du 1,25 milliard mobilisé. D’ici un an, nous inviterons les investisseurs à constater concrètement les réalisations. », a répondu Doudou Fwamba face aux craintes sur la transparence dans la gestion de ces fonds. Ces craintes sont exprimées suite à des précédents en Afrique subsaharienne qui montrent que l’absence de suivi rigoureux peut limiter l’impact réel de tels financements sur les conditions de vie des populations. La Banque africaine de développement (BAD) souligne, dans certains de ses rapports, que l’efficacité de la dépense publique reste un enjeu clé pour maximiser les retombées économiques.
Eurobonds, la RDC très crédible sur le marché ?
Le pays a accompli un pas de plus en accédant aux marchés internationaux des capitaux. C’est un moyen pour la RDC de diversifier ses sources de financements. Plusieurs facteurs ont joué pour la réussite de cette opération. Coordonnée notamment par la Rawbank au niveau de la région, cette opération d’eurobonds est la conséquence d’une discipline budgétaire observée ces derniers temps au pays.
Le faible niveau d’endettement public de la RDC a aussi pesé en faveur de Kinshasa dans les calculs des investisseurs. Kinshasa n’avait soumis que des demandes pour 1,25 milliard de dollars, mais a reçu des soumissions frôlant les 5 milliards de dollars. Le ministre des Finances justifie le refus du fonds supplémentaire par le fait que le gouvernement n’avait en main que des projets avec étude de faisabilité coutant le 1,25 milliard de dollars sollicité. « Nous ne pouvions pas accepter toutes ces soumissions. Nous n’avions que des projets avec des études de faisabilité pour le montant sollicité », a fait savoir le ministre des Finances qui s’est réjoui non pas du milliard reçu mais de la « crédibilité certifiée » que le pays a gagné dans ce processus. Doudou Fwamba célèbre donc la « reconnaissance des efforts » du président Félix Tshisekedi et l’entrée « très réussie » de la RDC dans la finance internationale.
Pour réussir cette opération, la Rawbank, première banque de la RDC, a agi aux côtés des leaders mondiaux tels que Citigroup et Standard Chartered Bank comme arrangeurs et coordinateurs des souscriptions au niveau global. « Nous sommes fiers d’avoir accompagné cette opération, qui ouvre la voie à de nouveaux financements internationaux, y compris pour les émetteurs non souverains », a déclaré Mustafa Rawji, directeur général de la Rawbank. Avec cet emprunt, le taux d’endettement du pays passe de 18,1 % à 19,5 % du PIB, un niveau toujours inférieur à celui de pays comme la Namibie, l’Angola ou le Kenya. Kinshasa prévoit de constituer des provisions annuelles pour son remboursement.
Si les 1,25 milliard de dollars d’eurobonds offrent à la République démocratique du Congo une opportunité d’accélérer son développement, leur réussite dépendra de la capacité du gouvernement à conjuguer discipline budgétaire, transparence et efficacité dans l’exécution des projets, sous le regard attentif des partenaires comme le Fonds monétaire international et la Banque mondiale.
Heshima Magazine
Nation
Kinshasa : que sait-on du projet de viaduc pour désengorger les axes Nguma-Mondjiba-Socimat ?
Published
6 jours agoon
avril 13, 2026By
La redaction
Face à la congestion chronique qui paralyse l’accès au centre-ville de Kinshasa, le gouvernement congolais a annoncé via le conseil des ministres tenu le 10 avril 2026 un projet de viaduc de 3,5 km dans la baie de Ngaliema. Objectif : fluidifier la circulation sur les axes importants reliant notamment les avenues Nguma, Mondjiba à la Gombe en passant par la rive gauche du fleuve Congo. Plusieurs zones d’ombre entourent encore ce projet, notamment son financement et son tracé à la hauteur de la très convoitée Baie de Ngaliema.
Présenté lors du Conseil des ministres du 10 avril 2026, le projet de viaduc dans la baie de Ngaliema s’inscrit dans une stratégie plus large de lutte contre les embouteillages à Kinshasa. Selon les autorités, cette infrastructure vise en priorité les axes les plus saturés de l’ouest de la capitale, notamment la route de Matadi, la rocade nord-ouest et le corridor Kintambo–boulevard Mondjiba–Socimat, régulièrement paralysés aux heures de pointe.
Long d’environ 3,5 kilomètres, le futur viaduc sera constitué de deux fois deux voies. Il doit relier directement les rocades nord-ouest et nord-est, en contournant les points noirs de circulation comme Kintambo-Magasin. Le tracé annoncé partirait de l’avenue du Tourisme, à hauteur de l’Hôpital de la Rive, longerait la baie de Ngaliema via le site de Chanic, pour déboucher sur le boulevard Tshatshi, à proximité de l’Hôtel Pullman, dans la commune de la Gombe.
Conçu comme une voie rapide urbaine, l’ouvrage permettrait une vitesse de circulation estimée entre 60 et 80 km/h, avec des échangeurs et rampes d’accès contrôlées. Il offrirait ainsi une alternative directe aux axes Nguma et Mondjiba, aujourd’hui saturés par l’augmentation du parc automobile et l’urbanisation rapide de la capitale. Pour le gouvernement, ce projet constitue une réponse structurelle à un problème devenu chronique : chaque jour, des milliers d’usagers passent plusieurs heures dans les embouteillages pour rejoindre la Gombe, principal centre administratif et économique. Le viaduc s’inscrit également dans un programme plus large de réaménagement de la baie de Ngaliema et de modernisation des infrastructures routières de Kinshasa.
Baie de Ngaliema, un site aux projets controversés
La rive gauche du fleuve, dans la zone communément appelée « Baie de Ngaliema », est toujours convoitée par plusieurs projets immobiliers controversés. Réputée site non aedificandi depuis l’époque coloniale, la Baie de Ngaliema est occupée actuellement par des constructions dites anarchiques. Si le gouvernement a réussi à démolir d’autres constructions anarchiques ailleurs notamment à Magasin-Kintambo, la Baie de Ngaliema continue cependant d’être spoliée par des « puissants » au point de faire capituler le gouvernement. En juin 2025, en marge de la Journée mondiale de l’environnement, célébrée chaque 5 juin, la ministre de l’Environnement et développement durable, Eve Bazaiba, avait officiellement annoncé la « sanctuarisation » de la Baie de Ngaliema. Les travaux visant à transformer cet espace en parc récréatif écotouristique ont été lancés par la même occasion, faisant de cette zone « une aire protégée ». En tant que telle, ce site bénéficie des protections prévues par la loi sur la conservation de la nature, au même titre que toutes les autres aires protégées du pays. Eve Bazaiba avait également mis en garde les fonctionnaires qui délivrent des titres fonciers sur des espaces « non aedificandi », conseillant aux acquéreurs de parcelles d’agir avec prudence. « Vos propres besoins ne vous permettent pas de construire n’importe où. Lorsqu’il y a des catastrophes, ces mêmes personnes appellent l’Etat à l’aide alors que c’est elles-mêmes qui prennent des risques démesurés. Que les conservateurs des titres fonciers sachent qu’aujourd’hui il y a pénalisation des actes. Celui qui donne des titres fonciers aux paisibles citoyens là où il ne faut pas se retrouvera en prison. », avait-elle menacé. Si hier, ils étaient couverts, ce n’est pas le cas aujourd’hui. La loi a déjà été promulguée, avait-elle ajouté. Dans la foulée de cette mesure, l’aménagement et la gestion de cet espace ont été confiés à la société Utexafrica, suivant un partenariat public-privé signé en 2017. Jean-Philippe Waterschoot, directeur général de cette société, avait expliqué que ce projet vise à protéger la rivière Makelele et le fleuve Congo tout en offrant aux Kinois un espace récréatif accessible gratuitement.
Mais malgré ce projet, d’autres constructions anarchiques ont continué. Le 14 février 2026, le vice-Premier ministre en charge de l’Intérieur, Jacquemain Shabani, avait effectué une visite d’évaluation sur ce site stratégique, annonçant de facto le début d’un processus qui devrait conduire à la démolition des bâtisses érigées en violation des normes urbanistiques.
Un projet de « petit » Dubaï en attente…
Depuis 2017, les projets foisonnent à la Baie de Ngaliema. Un projet immobilier et d’urbanisation à usage mixte avait été conçu sur une superficie totale de 187 ha. Le projet Corniche est divisé en quatre zones. Il visait à créer une sorte de « petit Dubaï » sur ce site. La zone I qui part de la résidence actuelle de l’ambassadeur de France jusqu’à la clôture du Palais de la Nation. Elle s’étend sur une superficie de 24,56 ha, dont 9,02 ha sur la terre ferme et 15,54 ha à gagner sur le fleuve. Il était prévu d’ériger un restaurant, des commerces, des logements collectifs et des maisons individuelles. La Zone II s’étend du Palais de la Nation à l’embouchure de la rivière Gombe sur une superficie de 33,07 ha, dont 11,80 ha sur la terre ferme et 21,07 à gagner sur le fleuve. Dans cette zone, il était prévu la construction d’un restaurant, des commerces, un hôtel et des logements collectifs. La zone III, la plus importante de toutes, va de la rivière Gombe au chantier naval de Chanimétal au niveau de la baie de Ngaliema sur une superficie de 77,79 ha, dont 67,86 ha sur la terre ferme et 9,93 ha à gagner sur le fleuve. Elle devrait comprendre des bureaux, un restaurant, des commerces, un hôtel, un River Club, des logements collectifs, des maisons individuelles, un parc thématique (45 000 m2) et un théâtre. Et, enfin, la zone IV qui s’étend du chantier naval de Chanimétal jusqu’au collecteur situé au Mont Ngaliema, soit une superficie de 52,23 ha, dont 24,71 ha sur la terre ferme et 27,52 ha à gagner sur le fleuve. Elle devrait abriter des bureaux, un restaurant, des commerces, un hôtel, des logements collectifs, culturel et éducationnel et un centre culturel. Ce projet avait été repris en 2022 par l’administration Tshisekedi. Le ministre des Affaires foncières de l’époque, Aimé Molendo Sakombi, avait tenté de le faire avancer en prenant langue à Dubaï avec la firme Emaar Properties. Mais jusqu’à ce jour, le site fait toujours l’objet des controverses. D’autres constructions anarchiques sortent encore de terre.
Le viaduc va-t-il voir le jour ?
Présenté comme une solution ambitieuse, le viaduc va-t-il voir le jour dans cet imbroglio autour de la Baie de Ngaliema ? Ce projet, au-delà des controverses liées au site, devra encore franchir l’épreuve du financement et de la mise en œuvre pour convaincre. Dans une ville où les projets d’infrastructures peinent souvent à se concrétiser, les Kinois attendent désormais des actes pour espérer voir, enfin, leurs trajets quotidiens se raccourcir. La ville-province de Kinshasa reste surtout confrontée à des embouteillages monstres, paralysant la circulation routière et compliquant considérablement les déplacements ainsi que le vécu quotidien des Kinois et Kinoises. Lors des précédentes réunions du Conseil des ministres, le chef de l’État, Félix Tshisekedi, avait, à plusieurs reprises, demandé au gouvernement de trouver une solution durable aux embouteillages sur les principaux axes routiers de la ville. Si ce viaduc est réalisé, il sera considéré comme l’une des solutions structurelles attendues par la population kinoise pour faire face aux embouteillages chroniques dans cette partie de la capitale.
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