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Contrôle parlementaire : Kamerhe et Sama aux abonnés absents
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La redaction
En République démocratique du Congo (RDC), le contrôle parlementaire, pourtant crucial pour la démocratie, continue d’être relégué au second plan par les deux chambres du parlement. Depuis l’ouverture de la session de mars, l’Assemblée nationale a convoqué des séances plénières à compter sur les doigts de la main, sans exercer avec efficacité son pouvoir de contrôle sur les mandataires publics. Pourtant, ce ne sont pas des problèmes de gouvernance qui manquent au pays. Cette léthargie, observée également au Sénat, notamment sur la question de la crise sécuritaire dans l’Est du pays, irrite certains Congolais.
Véritable rempart contre la gabegie ou la mauvaise gouvernance de l’exécutif national et des mandataires publics, le contrôle parlementaire se fait de moins en moins sentir sous la quatrième législature dirigée par Vital Kamerhe pour l’Assemblée nationale et Jean-Michel Sama Lukonde pour le Sénat. Ces deux chambres du Parlement congolais contrôlent de moins en moins le gouvernement et les entreprises publiques. La loi du 13 juillet 2011 relative aux finances publiques et le décret n°13/050 du 06 novembre 2013 portant règlement général sur la comptabilité publique, qui renforcent le système de gestion des finances publiques au pays, recommandent le contrôle parlementaire comme l’un des modes de contrôle du budget affecté aux actions du gouvernement et des entreprises publiques. Mais les pratiques politiques courantes ne respectent pas toujours cette orthodoxie dans la gestion de la chose publique.
Le 16 septembre 2024, Vital Kamerhe avait promis un renforcement du contrôle parlementaire en marge de l’ouverture de la session essentiellement consacrée à l’examen du budget 2025. Une promesse qui était pourtant bien accueillie par les députés nationaux dont les initiatives de contrôle étaient souvent gelées par l’ancien bureau dirigé par Christophe Mboso. Plus de 7 mois après, les interpellations des mandataires ou des ministres sont à compter sur les doigts. Lors de la session de septembre, le ministre d’État, ministre des Infrastructures et Travaux publics, Alexis Gizaro, avait été interpellé sur sa gestion des projets d’infrastructures à travers une question orale signée par des députés, notamment Rubens Mikindo, Elie Kambale et Patrick Munyomo. À la fin de cet exercice, certains élus s’étaient estimés non convaincus par les réponses du ministre. En novembre 2024, cette question a été transformée en motion de défiance contre ce membre du gouvernement. Une motion qui n’a jamais été examinée jusqu’au moment où ces informations sont mises sous presse. Dans son discours de clôture de la session de septembre, Vital Kamerhe avait promis d’examiner cette motion à la session de mars, actuellement en cours. Une pratique qui lui a valu des critiques, notamment de la part de la société civile œuvrant dans le secteur des finances publiques.
Selon le règlement intérieur de l’Assemblée nationale, une motion doit être programmée pour examen 48 heures après son dépôt. Mais celle dirigée contre le ministre Gisaro totalise 6 mois dans le tiroir du bureau de Vital Kamerhe. Dans un communiqué rendu public le 16 décembre 2024, le Centre de Recherche en Finances Publiques et Développement Local (CREFDL) a accusé l’Assemblée nationale d’avoir violé l’article 235, alinéas 3 et 6, de son règlement intérieur dans ce dossier de la motion de défiance contre le ministre Gisaro.
Un contrôle sacrifié sur l’autel de la solidarité politique
Dans une Assemblée nationale dominée par la majorité des députés issus de la plateforme politique Union sacrée de la Nation, il est difficile de mener une action parlementaire contre un mandataire sans s’attirer les foudres de son camp politique au sein même de l’Union sacrée. C’est le cas de la motion contre Alexis Gisaro, perçue comme un élément conçu par des députés pour déstabiliser le gouvernement. Dans l’entendement de certains alliés, une telle démarche ne devrait être menée en plénière. Une attitude qui sacrifie le contrôle parlementaire sur l’autel de la solidarité politique.
D’ailleurs, Vital Kamerhe l’avait rappelé en décembre dernier. Pour lui, le contrôle parlementaire ne doit pas être perçu comme un « acharnement » ou une opération visant à déstabiliser le gouvernement de la République. Il avait appelé les uns et les autres à saisir la quintessence de cette démarche parlementaire, qui n’est nullement une chasse aux sorcières.
Contrôle régulier du gouvernement : Kamerhe n’a pas tenu promesse
Face à l’absence du contrôle parlementaire, l’opposition parlementaire n’a pas retenu sa colère. Fin mars 2025, certains députés d’Ensemble pour la République ont dénoncé l’inaction du bureau de l’Assemblée nationale au sujet de cet exercice légal. Christian Mwando Nsimba, président du groupe parlementaire du parti de Moïse Katumbi, a dénoncé une absence « avérée » de contrôle parlementaire vis-à-vis du gouvernement, principalement dans l’exécution du budget en cours. « Le Parlement ne fonctionne pas. Le gouvernement est protégé. Nous n’avons ni le contrôle des salaires, ni celui des militaires au front. Il y a une incapacité générale à gérer l’armée. On a réduit tout le monde au silence », a fulminé Christian Mwando. Pourtant, lors de sa prise de fonction à la tête du bureau de cette chambre, Vital Kamerhe avait promis un contrôle parlementaire rigoureux. Il avait même programmé cet exercice parlementaire pour chaque mercredi. Mais à ce jour, le bilan de « VK » sur ce sujet est trop faible. Certains estiment même que lui et son collègue président du Sénat, Jean Michel Sama, sont quasiment aux abonnés absents quand il s’agit de faire exécuter un tel exercice de redevabilité de l’exécutif national vis-à-vis de l’autorité budgétaire qui est le Parlement.
Député et sénateur, le rôle du gendarme remis en cause
Dans cette législature, les députés et sénateurs ont tendance à exercer le travail de contrôle parlementaire dans les différentes commissions. Ce qui limite le champ de contrôle, alors qu’en plénière, tous les 500 députés ou 107 sénateurs pouvaient avoir la latitude d’enrichir le débat. Lors de l’émission « Le débout » diffusée le 28 avril sur les ondes de la radio Top Congo, le journaliste Thierry Kambundi a interpellé Vital Kamerhe au sujet de cette léthargie. « Pensez-vous qu’il n’y a pas de problèmes au Congo qui méritent des interpellations des ministres à l’Assemblée nationale ? », a-t-il déclaré. Pour lui, ce ne sont pas les matières qui manquent aux députés pour exercer leur responsabilité. « Un député, ça s’assume », a ajouté Christian Lusakueno. Depuis l’ouverture de la session le 15 mars, le bureau de l’Assemblée nationale a convoqué moins de 5 plénières. Pourtant, la RDC traverse actuellement l’une des crises sécuritaires majeures de son histoire. Dans cette période charnière entre les conflits et la recherche de la paix, le gouvernement est en train de signer des accords et des déclarations de principes avec des pays tiers, notamment le Rwanda. C’est justement pendant une telle période que l’Assemblée nationale et le Sénat devraient rester vigilants pour éviter au pays la signature de mauvais traités et arrangements qui pourraient être sources de nouveaux conflits dans les jours à venir. Si la Constitution du pays accorde au chef de l’État la latitude de signer des traités et accords internationaux, la soumission de ces projets d’accord à l’aval du Parlement pourrait renforcer la vigilance du gouvernement dans un contexte où le Rwanda a toujours usé d’une forme de ruse pour torpiller des engagements souscrits à l’échelle régionale et internationale dans le cadre de cette crise, vieille de près de 30 ans.
Au niveau de l’Assemblée nationale, Vital Kamerhe avait souligné que la question de la crise sécuritaire est gérée au niveau du gouvernement. La chambre basse allait, à travers son bureau, recueillir les informations auprès de l’exécutif national sans toutefois en débattre devant la plénière, au regard de la sensibilité de certaines questions de sécurité.
Le budget exécuté sans contrôle parlementaire
Si les questions sécuritaires requièrent une certaine forme de secret, celles liées à la gestion des finances publiques devraient être traitées en toute transparence. Le législateur a toujours prévu un contrôle à trois dimensions au sujet de la loi de finances publiques. Concernant le contrôle parlementaire réalisé par des députés et sénateurs, cette même loi a renforcé les pouvoirs du Parlement dans le vote et le contrôle du budget. Désormais, pour mieux apprécier les choix budgétaires du gouvernement, l’action du Parlement s’inscrit dans une démarche d’évaluation des politiques et de l’action publiques. D’après le Comité d’orientation de la réforme des finances publiques (COREF), le contrôle parlementaire sur l’exécution de la loi de finances se concentre sur l’examen des programmes budgétaires dans le but d’apprécier, à terme, les résultats atteints par les gestionnaires et de contrôler la performance des politiques publiques mises en œuvre par l’État. Mais ce pouvoir dévolu aux parlementaires n’est pas totalement assumé.
Au Sénat, le contrôleur n’est pas contrôlé
Comme à l’Assemblée nationale, le Sénat est quasiment aux abonnés absents lorsqu’il s’agit du contrôle parlementaire, encore moins du contrôle des dépenses internes. En 2024, le CREFDL dénonçait des dépenses internes souvent incontrôlées. « Le circuit de la dépense publique dans notre pays ne fonctionne pas. Vous avez des décaissements d’un milliard et des institutions qui se partagent les excédents budgétaires », dénonce Valery Madianga, coordonnateur de cette structure de la société civile. Dans un rapport intitulé « Le biface du Parlement congolais : un contrôleur à contrôler », cette organisation a mis à nu l’incapacité de l’autorité budgétaire à surveiller les dépenses dans ses propres lignes budgétaires. En mai 2024, Valery Madianga a épinglé des dépassements budgétaires estimés à près de 300 millions de dollars dans la gestion du Parlement. « Au niveau du Sénat, par exemple, le dépôt d’archives devrait être construit. Le bâtiment n’a jamais été livré, mais l’État a dépensé près de 81 000 dollars américains », a-t-il avancé. Pour lui, quand le contrôleur n’arrive pas à se contrôler, personne ne serait en mesure de surveiller la dépense publique. Ce qui occasionne des dépassements budgétaires aussi bien du côté du Parlement que dans d’autres institutions comme le gouvernement ou la Présidence de la République.
Assemblée nationale : un faible contrôle parlementaire sous l’ère Mboso
Cette léthargie décriée au sujet du contrôle parlementaire était également observée sous la présidence de Christophe Mboso à l’Assemblée nationale. D’après le baromètre de l’activité parlementaire et de l’action du gouvernement en RDC, présenté par Talatala, les députés nationaux avaient introduit, entre septembre 2020 et décembre 2023, au moins 177 moyens de contrôle et d’information, 88 questions orales avec débat, 50 questions écrites, 16 questions d’actualité, 18 interpellations, une motion de censure et quatre motions de défiance. Un ratio faible par rapport aux trois années passées à la tête de la chambre, mais aussi vis-à-vis des défis de gouvernance observés dans tous les secteurs de la vie nationale. Sous son ère, le président Christophe Mboso était accusé plusieurs fois de bloquer le contrôle parlementaire qui visait des membres du gouvernement Sama Lukonde. Sous sa présidence, seules 11 de ces initiatives parlementaires avaient abouti à un examen en plénière, soit à peine 6 % des moyens de contrôle et d’information déposés.
La peur de l’implosion de l’Union sacrée
Le contrôle parlementaire est redouté à l’Assemblée nationale. L’Union Sacrée de la nation, une majorité parlementaire hétéroclite, risque de s’imposer suite aux actions liées au contrôle parlementaire. On se souvient des échanges houleux entre Vital Kamerhe et le député Daniel Aselo, président du groupe parlementaire UDPS/Tshisekedi, au sujet justement du contrôle parlementaire exercé contre le ministre Alexis Gisaro. Le président de l’Assemblée nationale avait réagi avec fermeté face à cette initiative, en rejetant toute implication personnelle dans un dossier qui devrait faire partie des prérogatives du pouvoir exécutif. Ces tensions entre membres de l’Union sacrée montrent qu’une action de contrôle parlementaire, même légitime, peut être perçue comme une menace contre l’unité fragile de cette coalition.
Dans ce contexte, il devient évident que la logique de « solidarité politique » l’emporte souvent sur les impératifs de gouvernance et de transparence. Cela peut nuire à l’image de l’Union sacrée, qui, bien qu’elle ait été portée par la volonté d’une gestion partagée des institutions, se retrouve de plus en plus fragilisée par des divisions internes et des compromis qui étouffent la responsabilité individuelle. Un contrôle parlementaire inefficace peut ainsi laisser l’opinion publique douter de l’engagement réel des membres du gouvernement et des parlementaires envers les principes de bonne gouvernance et de transparence.
La soumission du contrôle parlementaire à des intérêts politiques
En effet, cette situation met en lumière la relation complexe entre le contrôle parlementaire et les jeux de pouvoir au sein de l’Union sacrée. L’incapacité du bureau de l’Assemblée nationale à tenir ses promesses de renforcer le contrôle parlementaire révèle que, dans la pratique, les intérêts partisans ou personnels prédominent parfois sur l’intérêt général. Pour plusieurs observateurs, il est difficile de dissocier les enjeux de gouvernance de la logique de soutien politique, surtout lorsque des acteurs clés de la coalition au pouvoir ne veulent pas mettre en péril des accords tacites ou des soutiens pour des ambitions électorales futures.
De plus, l’absence de décisions fermes et rapides sur des questions aussi cruciales que les motions de défiance ou les contrôles de dépenses publiques met en exergue une certaine forme de complaisance au sein des institutions. Dans ce contexte, des membres influents de l’Union sacrée, tout comme les responsables gouvernementaux, sont poussés à jouer la carte de la tranquillité plutôt que d’assumer une responsabilité pleine et entière en matière de reddition de comptes.
Vers une réforme du contrôle parlementaire ?
Face à cette inertie, plusieurs experts en gouvernance et société civile appellent à une réforme du système de contrôle parlementaire en RDC. Leurs propositions incluent un renforcement de l’indépendance des institutions parlementaires et un encadrement plus strict des pratiques parlementaires. L’idée serait de rendre plus transparent le processus d’examen des motions, de mieux encadrer les actions de défiance et de garantir une séparation claire entre les engagements politiques et les obligations de contrôle institutionnel.
Certaines de ces réformes préconisent aussi une meilleure formation des parlementaires sur les enjeux de la gestion publique, ainsi que des mécanismes de suivi plus rigoureux concernant les budgets et les projets d’infrastructures publiques. Cela permettrait de réduire l’emprise de l’exécutif sur le législatif et de remettre en place des systèmes de contrôle véritablement efficaces et performants.
L’avenir du contrôle parlementaire en RDC
L’inefficacité actuelle du contrôle parlementaire en RDC n’est pas uniquement un symptôme de dysfonctionnements institutionnels, mais aussi le reflet de l’équilibre de pouvoir fragile au sein de l’Union sacrée. Tant que cette coalition restera à la tête des deux chambres du Parlement, il semble que l’objectif de renforcer le contrôle parlementaire sera continuellement soumis aux intérêts politiques, freinant ainsi les efforts de gouvernance responsable et transparente. Toutefois, des réformes structurelles et une plus grande prise de conscience politique pourraient, à terme, permettre de redonner au Parlement congolais son rôle fondamental de gardien de l’intérêt public et de contre-pouvoir face à l’exécutif.
Heshima
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Assainissement de Kinshasa : les défis qui attendent le général Kasongo Kabwik à la tête de la Task Force
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3 jours agoon
juin 1, 2026By
La redaction
Face à la persistance de l’insalubrité dans la capitale congolaise, le président de la République, Félix Tshisekedi, a mis en place une Task Force spéciale pour accélérer les opérations de salubrité publique. Celle-ci sera coordonnée par le lieutenant-général Jean-Pierre Kasongo Kabwik, commandant du Service national, avec l’appui d’experts du gouvernement central et de l’Hôtel de Ville de Kinshasa. Après les résultats palpables obtenus à la tête du Service national, l’un des officiers les plus sollicités par le chef de l’État devra faire face à une montagne de défis. Heshima Magazine revient sur quelques-uns d’entre eux.
Sept ans après son arrivée au pouvoir, Félix Tshisekedi s’est montré particulièrement remonté face au statu quo qui prévaut à Kinshasa en matière d’insalubrité et d’embouteillages. Le samedi 23 mai, lors d’une tournée d’inspection de plusieurs chantiers dans la capitale, il n’a pas caché sa colère devant le même constat d’insalubrité. À l’étape du Marché central de Kinshasa, communément appelé « Zando », où il a pu mesurer l’ampleur des défis liés à l’assainissement et à l’état des espaces publics, le président de la République n’a pas mâché ses mots : « Toutes ces routes que l’on a réhabilitées devraient-elles rester dans cet état ? Gare à vous si je retrouve encore la même saleté que j’ai vue hier ! », s’est-il emporté en s’adressant au ministre provincial des Infrastructures, Alain Tshilungu.
Une semaine plus tard, la décision est tombée : la salubrité de la ville a été confiée à une Task Force placée sous l’autorité de la Présidence de la République et coordonnée par le général Jean-Pierre Kasongo Kabwik. L’annonce officielle de cette décision est intervenue le vendredi 29 mai, à l’issue du Conseil des ministres. À travers cette nomination stratégique, les autorités entendent impulser une nouvelle dynamique dans la gestion de la salubrité urbaine.
Une Task Force pluridisciplinaire sera prochainement déployée dans les quatre districts de Kinshasa. Placée sous l’autorité directe du président Tshisekedi et pilotée par le lieutenant-général Jean-Pierre Kasongo Kabwik, cette structure réunira des experts issus de plusieurs ministères, notamment ceux de l’Intérieur, de la Défense, de l’Urbanisme, de la Santé publique, de l’Environnement ainsi que des Infrastructures et Travaux publics, en collaboration avec l’Hôtel de Ville.
Le nouveau comité d’assainissement aura pour mission de coordonner toutes les opérations de nettoyage. Il veillera à la réhabilitation des espaces publics dégradés ainsi qu’à l’évacuation efficace des déchets. Par ailleurs, un accent particulier sera mis sur la sensibilisation de la population au respect des règles d’hygiène et de salubrité. À travers cette approche intégrée, les autorités entendent restaurer durablement la propreté et l’ordre urbain dans la capitale.
Des défis urbains massifs
Le général Kasongo hérite d’une situation fortement dégradée : accumulation de déchets, caniveaux obstrués, occupation anarchique de l’espace public dans plusieurs communes et embouteillages monstres. Face à ces défis, le lieutenant-général devra privilégier des solutions structurelles. Pourtant, dans sa qualité de coordonnateur de la Task Force, il aura toujours besoin de l’appui des autorités disposant du pouvoir de décision, notamment le gouvernement provincial. Connaissant sa détermination à mener à bien les missions qui lui sont confiées, comme il l’a démontré à la tête du Service national, le coordonnateur de la Task Force pourrait être amené à empiéter sur certaines compétences traditionnellement dévolues à la ville. Mais un analyste de la question voit les choses autrement : « Le général Kasongo Kabwik agira au nom d’une institution supérieure à la ville. Il interviendra au nom et pour le compte de la Présidence de la République, institution dont relève le Service national », explique-t-il.
Les écueils à surmonter
Kinshasa compte environ 17 millions d’habitants et souffre depuis des années d’un système de gestion des déchets défaillant. L’expérience du Service national, centrée sur des centres pilotes et la polyvalence de la main-d’œuvre, devra être adaptée à l’échelle de toute la ville. Un autre défi majeur réside dans la coordination interinstitutionnelle. La Task Force associe le gouvernement central et l’Hôtel de Ville. Sa réussite dépendra de la capacité du général à harmoniser l’action des différents services urbains, souvent confrontés à un manque de moyens et de coordination.
Moyens financiers et adhésion de la population
Dans le domaine de l’assainissement comme dans celui de l’encadrement des Kuluna, la communication est cruciale. Bien qu’il soit rompu à cet exercice, le général aura besoin d’être accompagné par une stratégie de communication adaptée à ses nouvelles responsabilités. Une mauvaise perception des opérations de nettoyage ou des éventuelles mesures de déguerpissement pourrait susciter des résistances au sein de la population. Les moyens logistiques et financiers devront également suivre afin de faciliter cette tâche titanesque dans une ville qui n’a plus bénéficié d’une véritable politique structurée de salubrité depuis la fin, en 2015, du Programme d’assainissement et de réhabilitation de la ville de Kinshasa (PARAU), mis en œuvre avec l’appui de l’Union européenne sous le gouvernorat d’André Kimbuta.
Un profil qui rassure
Nommé général-major en juillet 2020, Jean-Pierre Kasongo Kabwik dirige le Service national depuis juillet 2018. Il est reconnu pour avoir transformé de nombreux délinquants juvéniles, communément appelés « Kuluna », en véritables « bâtisseurs de la République » au centre pilote de Kaniama Kasese. Le président Tshisekedi avait d’ailleurs salué publiquement ce travail en février 2022, soulignant que ces jeunes produisent aujourd’hui du maïs, des bancs scolaires et d’autres biens utiles à la nation.
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À son arrivée à la tête du Service national, il avait relancé les activités avec des moyens limités, allant jusqu’à récupérer les pièces de trois tracteurs en panne afin d’en remettre un en état de fonctionnement. Il a également piloté le transfert de Kuluna vers Kaniama Kasese, une opération qui avait suscité des critiques de la part du ministre des Droits humains en 2021. Jean-Pierre Kasongo avait alors défendu cette initiative en mettant en avant les conditions d’encadrement des jeunes, leur alimentation, leur formation ainsi que leurs activités sportives.
Cette expérience démontre que le Service national est parti de presque rien en 2018 pour devenir un outil opérationnel reconnu. Toutefois, l’assainissement de Kinshasa représente un défi d’une tout autre ampleur. La Task Force devra mobiliser des engins adaptés, du personnel qualifié et un financement durable, au-delà de l’effet d’annonce.
La nomination de Jean-Pierre Kasongo traduit la volonté des autorités de donner une nouvelle impulsion à la lutte contre l’insalubrité, l’un des principaux défis urbains de Kinshasa. La réussite de cette opération reposera sur l’implication conjointe des institutions et de la population. À ce niveau, l’engagement citoyen demeure un levier essentiel pour garantir des résultats durables. Pour l’heure, les habitants attendent un calendrier d’actions précis ainsi que des moyens concrets capables de produire des changements visibles sur le terrain. Reste à savoir si le modèle de Kaniama Kasese pourra être transposé avec succès à l’échelle d’une mégapole aussi complexe que Kinshasa.
Heshima Magazine
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Kinshasa Kia Mona : le pari fou d’une nouvelle ville pour désengorger la capitale congolaise
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5 jours agoon
mai 29, 2026By
La redaction
Face à l’explosion démographique et aux embouteillages chroniques qui étouffent Kinshasa, les autorités congolaises ont lancé, depuis décembre 2025, « Kinshasa Kia Mona », un gigantesque projet d’extension urbaine à l’est de la capitale. Que sait-on réellement de ce mégaprojet inédit depuis l’indépendance ? Combien pourrait-il coûter à la République ? Tentative d’explication.
Kinshasa rêve plus grand. Beaucoup plus grand qu’on ne pouvait l’imaginer. Avec près de vingt millions d’habitants et une urbanisation galopante, la capitale congolaise suffoque sous le poids de sa propre croissance démographique. Embouteillages monstres, insuffisance des infrastructures, pénurie de logements et extension anarchique des quartiers périphériques illustrent les défis quotidiens auxquels sont confrontés les Kinois. Pour répondre à cette pression devenue difficilement maîtrisable, le gouvernement congolais a officiellement lancé le projet « Kinshasa Kia Mona », une nouvelle ville appelée à transformer durablement le paysage urbain de la mégapole.
Pourtant, au départ, le projet peinait à convaincre. Beaucoup d’initiatives similaires annoncées par le passé n’ont jamais véritablement vu le jour. C’est notamment le cas de Fatshi City, dévoilé en 2021. Porté par la société privée Bitec Consulting, ce projet ambitionnait de construire des cités modernes et connectées sur des sites militaires à Kinshasa et dans certaines provinces. Bien qu’approuvé par le président de la République, ce programme reste, à ce jour, largement inachevé.
Kinshasa Kia Mona, un projet à plus de 50 milliards USD
Cette fois, les autorités assurent vouloir passer à la vitesse supérieure. Kinshasa Kia Mona a été officiellement lancé en décembre 2025 par le président Félix Tshisekedi dans la commune de Maluku, à environ 45 kilomètres du centre-ville de Kinshasa. Estimé à plus de 50 milliards de dollars américains, le projet s’étendra sur près de 43 000 hectares. Il prévoit la construction de quartiers résidentiels modernes, de zones industrielles, d’infrastructures hospitalières, d’universités, de centres commerciaux ainsi que de vastes espaces verts.
Le site principal est situé à Menkao, dans la commune de Maluku. Le gouvernement congolais a également décidé d’intégrer une partie du groupement de Kingakati, près du parc de la Vallée de la N’sele, dans cette future ville.
À terme, Kinshasa Kia Mona pourrait accueillir jusqu’à cinq millions d’habitants. Son modèle de financement repose sur plusieurs mécanismes : partenariats public-privé (PPP), prêts bancaires, financements des banques de développement, modèles BOT (Build-Operate-Transfer), garanties foncières, levées de fonds et subventions publiques.
Au cœur du projet figure un vaste pôle industriel multisectoriel structuré autour de huit parcs spécialisés, allant des hautes technologies aux industries pharmaceutiques, en passant par la transformation agroalimentaire et l’économie circulaire.
Plus de 225 000 emplois annoncés
Selon les autorités congolaises, Kinshasa Kia Mona ambitionne également de devenir un puissant moteur économique. La première phase du projet prévoit notamment la construction d’une cité industrielle capable d’abriter jusqu’à 160 usines dès les premières années. À terme, plus de 225 000 emplois directs et indirects pourraient être créés, dont environ 30 000 dès la première phase du chantier. Les autorités présentent ce projet comme une réponse durable aux défis de l’urbanisation, mais aussi comme un symbole de modernisation et d’industrialisation de la RDC.
Cependant, plusieurs observateurs restent prudents. Certains experts s’interrogent sur la capacité réelle de l’État à financer durablement un projet aussi colossal dans un contexte marqué par les difficultés d’accès aux services de base dans plusieurs communes de Kinshasa. D’autres estiment que le succès de cette nouvelle ville dépendra surtout de la qualité des infrastructures routières, de l’accès à l’eau et à l’électricité, mais également de la transparence dans la gouvernance du projet.
Des entreprises chinoises privilégiées ?
La première pierre de la cité industrielle, portée par un consortium d’entreprises chinoises, a été posée en décembre 2025. Cette zone constitue la première phase de la gigantesque nouvelle ville.
Selon plusieurs sources, seuls 15 à 20 % des espaces industriels seraient ouverts à des investisseurs non chinois. Les projections sino-congolaises évoquent l’implantation de près d’un millier d’usines dans les cinq prochaines années.
Toutefois, les autorités congolaises assurent vouloir diversifier les partenaires. L’ancien ministre de l’Urbanisme et de l’Habitat, Alexis Gisaro Muvunyi, avait notamment précisé : « La Chine est peut-être entrée en premier dans la cité industrielle, mais cela ne représente qu’une petite partie des espaces à développer. Il y a de la place pour tout le monde. »
Dans cette logique, le coordinateur du projet, Thierry Katembwe, a multiplié les missions à l’étranger, notamment à Paris, à l’invitation du Medef. Selon plusieurs médias internationaux, ces démarches ont déjà permis la signature d’accords avec Dassault Systèmes, tandis que Bpifrance participe également au financement du projet. « Le projet n’est absolument pas uniquement chinois », a insisté Thierry Katembwe, évoquant également l’intérêt d’investisseurs américains, sud-africains, canadiens et congolais.
Un défi colossal
Derrière les ambitions affichées, le défi reste immense. Pour plusieurs urbanistes, la réussite de Kinshasa Kia Mona dépendra avant tout de la capacité des autorités à garantir la viabilité des infrastructures, la transparence des financements et l’accessibilité des logements pour les populations kinoises. Car Kinshasa traîne déjà une longue histoire de projets urbains ambitieux restés inachevés ou freinés par des difficultés de gouvernance.
Si cette nouvelle ville pourrait offrir un second souffle à une capitale saturée, un autre défi majeur demeure : celui du coût des logements. Leur accessibilité déterminera en grande partie la capacité réelle du projet à désengorger l’ancien centre-ville.
Avec Kinshasa Kia Mona, la RDC veut tourner une page et offrir à sa capitale un nouveau visage. Entre rêve futuriste et immense défi de réalisation, cette ville nouvelle pourrait devenir soit le symbole de la modernisation congolaise, soit rejoindre la longue liste des grands projets africains confrontés aux réalités du terrain. Une chose est sûre : à Kinshasa, l’avenir semble désormais se construire vers l’est.
Heshima Magazine
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Préparation chamboulée, supporters bloqués en RDC : quand Ebola perturbe le rêve mondialiste des Léopards
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6 jours agoon
mai 28, 2026By
La redaction
À quelques semaines de la Coupe du monde 2026, la résurgence du virus Ebola en République démocratique du Congo (RDC) bouleverse la préparation des Léopards. Entre restrictions sanitaires, stages annulés, refus de visas aux supporters congolais vivant au pays et inquiétudes internationales, la sélection congolaise voit son parcours vers le Mondial fragilisé par une nouvelle crise sanitaire.
La République démocratique du Congo vit une situation paradoxale. Alors que le pays célèbre sa qualification historique à la Coupe du monde 2026, une résurgence du virus Ebola menace aujourd’hui de perturber l’aventure des Léopards sur la scène internationale. Depuis plusieurs semaines, les autorités sanitaires congolaises et l’Organisation mondiale de la santé (OMS) alertent sur une flambée inquiétante de la souche Bundibugyo du virus Ebola dans l’est du pays. Selon l’OMS, la propagation de l’épidémie est désormais jugée « très élevée » au niveau national.
Jusqu’au 25 mai, 101 cas avaient été confirmés, dont 10 décès, en RDC, avec comme épicentre la zone de santé de Mongbwalu, dans le territoire de Djugu, en Ituri, au nord-est du pays. « Mais nous savons que l’épidémie en RDC est bien plus vaste. Il y a désormais plus de 900 cas suspects et 220 décès suspects », a précisé Tedros Adhanom Ghebreyesus, directeur général de l’OMS.
Une épidémie qui perturbe le rêve mondialiste des Léopards
Face à cette situation, les conséquences dépassent désormais le seul cadre sanitaire. Le football congolais, en pleine euphorie après sa qualification au Mondial, se retrouve directement affecté.
Les États-Unis ont imposé une période d’isolement aux joueurs avant leur entrée sur le sol américain. Une mesure qui suscite la polémique, d’autant plus que la totalité des joueurs convoqués par le sélectionneur Sébastien Desabre ne vivent pas en RDC. Leur dernier séjour au pays remonte au début du mois d’avril à Kinshasa, loin de l’épicentre actuel de l’épidémie, et avant même la déclaration officielle de la maladie, intervenue le 15 mai.
Malgré cela, les joueurs se conforment déjà au protocole sanitaire mis en place. Deux bulles sanitaires ont été organisées en Belgique. La première regroupe les joueurs et une partie du staff technique déjà présents en Europe. La seconde concerne les membres du staff arrivés de Kinshasa, notamment les entraîneurs adjoints ainsi que Dodo Landu, team manager de l’équipe nationale.
Stage de préparation annulé à Kinshasa
La Fédération congolaise de football (FECOFA) a dû annuler le stage de préparation prévu à Kinshasa, ainsi qu’une cérémonie officielle d’adieux aux supporters et de décoration des Léopards programmée le 26 mai dernier.
Les activités prévues dans la capitale, notamment une conférence de presse du sélectionneur Sébastien Desabre et une rencontre avec les supporters, ont été suspendues pour des raisons sanitaires. Les Léopards ont ainsi été contraints de délocaliser leur préparation en Belgique afin d’éviter d’éventuelles restrictions de voyage imposées par les autorités américaines.
Des supporters vivant au pays privés du Mondial
Les États-Unis, pays hôte du Mondial avec le Canada et le Mexique, ont renforcé les mesures de contrôle pour les voyageurs en provenance de la RDC, de l’Ouganda et du Soudan du Sud. Washington a notamment imposé une période d’isolement de 21 jours pour certaines personnes ayant séjourné dans les zones concernées. Or, les Léopards sont également portés par des supporters infatigables venus du pays. Plusieurs groupes de soutien aux fauves congolais ne pourront finalement pas se rendre à la Coupe du monde.
Le gouvernement congolais tente actuellement un difficile rattrapage diplomatique en vue du deuxième match des Léopards prévu à Guadalajara, au Mexique. Mais il sera compliqué pour les autorités mexicaines d’accorder des visas aux supporters congolais dans le contexte sanitaire actuel. Le supporter congolais Michel Kuka Mboladinga dit « Lumumba Vea », devenu célèbre lors de la CAN 2025 pour son hommage à Patrice Emery Lumumba, avait déjà manqué la finale des barrages intercontinentaux contre la Jamaïque, au Mexique, en raison d’un problème de visa.
Reste à savoir si ce dernier pourra bénéficier d’une exception cette fois-ci, malgré les restrictions prises par les États-Unis, le Canada et probablement le Mexique.
En RDC, des supporters entre fierté et inquiétude
Même si aucun scénario d’exclusion de la RDC du tournoi n’a été officiellement évoqué par la FIFA, l’inquiétude grandit autour de l’impact de cette crise sanitaire sur la participation congolaise. À Kinshasa, de nombreux supporters oscillent entre fierté de voir la RDC participer à sa première Coupe du monde moderne et inquiétude face à un virus qui menace de perturber ce rêve mondialiste. « Nous sommes déjà très fiers de notre qualification. Nous aurions dû vivre cette phase finale comme une fête. Mais malheureusement, les joueurs seront privés de la majorité de leurs supporters restés au pays. Le gouvernement devrait trouver un moyen de mobiliser les Congolais de la diaspora pour remplir les tribunes de Houston, aux États-Unis, lors du match RDC-Portugal », a déclaré Marcus Kitoto, un supporter rencontré à Kinshasa.
La FIFA affirme suivre la situation de près en collaboration avec les autorités sanitaires internationales et la FECOFA. Une possibilité de remboursement des billets est déjà évoquée pour certains Congolais qui s’étaient déjà procuré le précieux sésame.
Au-delà du football, cette crise sanitaire rappelle une réalité plus profonde : en RDC, les grandes ambitions nationales restent souvent confrontées à des défis sanitaires, sécuritaires et sociaux majeurs. Et à l’approche du Mondial 2026, les Léopards devront désormais livrer un double combat : celui du terrain et celui contre une épidémie qui menace de ternir le rêve de toute une nation.
Heshima Magazine
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