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RDC : De Sophie Kanza à Judith Suminwa, l’ascension difficile des femmes politiques
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1 an agoon
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La redaction
Exclues totalement des sphères de pouvoir sous la période coloniale, les femmes congolaises ont accédé timidement aux droits politiques au lendemain de l’indépendance de la République démocratique du Congo (RDC) en 1960. Leur histoire est marquée par des luttes constantes pour la reconnaissance, la représentation et la participation dans un contexte de patriarcat dominant, d’instabilité politique et de conflits prolongés. Heshima Magazine présente un aperçu historique et thématique de leur engagement politique.
Depuis la création de l’État Indépendant du Congo (EIC) en 1885, les femmes tout comme une large majorité des hommes, étaient marginalisées sur le plan politique. Sous la colonisation belge, les Congolaises n’avaient pratiquement aucun droit politique. Le système colonial, raciste et patriarcal, les excluait totalement des sphères de pouvoir. Cependant, pendant cette période, des formes de résistance informelles ont vu le jour parmi les femmes. Certaines ont joué des rôles notables dans les résistances locales, même si cela demeure rarement documenté officiellement.
Il a fallu attendre six ans après l’indépendance du pays pour voir une femme accéder à un poste ministériel : Sophie Kanza, nommée ministre des Affaires sociales. De cette pionnière à Judith Suminwa, actuelle Première ministre, en passant par Jeanine Mabunda, ancienne présidente de l’Assemblée nationale, la RDC a enregistré des avancées notables. Mais dans une société où le patriarcat reste enraciné, la marche vers une véritable parité demeure un combat de longue haleine.
Sophie Kanza, pionnière des femmes politiques (1940-1999)
Sophie Kanza, également connue sous le nom de Sophie Lihau-N’kanza, est une figure emblématique de l’histoire politique et sociale de la RDC. Née le 8 février 1940 à Léopoldville (actuelle Kinshasa), elle est la première femme congolaise à avoir occupé un poste ministériel et à avoir intégré une école secondaire, marquant ainsi des jalons importants dans la lutte pour l’égalité des genres au pays de Lumumba.
Fille de Daniel Kanza, l’un des pères de l’indépendance et premier gouverneur noir de Kinshasa, et d’Élisabeth Mansangaza, Sophie fut la sixième d’une fratrie de sept enfants. Elle effectua ses études primaires et secondaires à Brazzaville, alors au Congo français. En 1961, elle devient la première femme congolaise diplômée de l’enseignement secondaire. Trois ans plus tard, elle obtient une licence en sociologie à l’Université de Genève, devenant ainsi la première universitaire congolaise. Elle poursuit ensuite ses études à l’Université Harvard, où elle décroche un doctorat en sociologie entre 1973 et 1976.
En 1998, elle est victime d’un grave accident de voiture à Paris qui la rend paraplégique. Elle quitte alors son poste à l’UNESCO pour se consacrer à la défense des droits des personnes handicapées. Elle décède le 2 avril 1999 à Kinshasa, des suites d’un arrêt cardiaque, et repose aujourd’hui à Luozi, au Kongo Central. En 2004, elle est admise au Panthéon de l’histoire congolaise. En Belgique, son nom est proposé parmi ceux appelés à remplacer celui du tunnel Léopold II. En RDC, une association de femmes universitaires rend hommage à son engagement à travers le « Cercle Sophie Kanza ».
Philomène Omatuku, première femme à diriger une institution parlementaire
Madame Philomène Omatuku Atshakawo Akatshi est également une figure incontournable de la politique congolaise. En février 2003, elle est nommée présidente par intérim de l’Assemblée nationale constituante et législative – Parlement de Transition (ACL-PT), devenant ainsi la première femme à diriger une institution parlementaire en RDC. Elle y reste jusqu’en août 2003.
Nommée en 2007 ministre de la Condition féminine dans le gouvernement Gizenga I, puis reconduite dans le gouvernement Gizenga II, elle lance en 2008 la ligne verte « 677 », destinée à informer les victimes de violences sexuelles sur les structures de prise en charge disponibles, dans le cadre d’une campagne nationale de sensibilisation.
Jeanine Mabunda, une des figures de premier plan
Jeanine Mabunda Lioko Mudiayi est une actrice politique majeure. Née le 10 avril 1964 à Kinshasa, elle a étudié le droit à l’Université catholique de Louvain, puis obtenu un master en sciences commerciales à l’ICHEC de Bruxelles.
Nommée ministre du Portefeuille en 2007, elle est ensuite conseillère spéciale du président Joseph Kabila pour la lutte contre les violences sexuelles. Élit députée en 2011, elle est réélue en 2018. Le 24 avril 2019, elle devient la première femme élue à la présidence de l’Assemblée nationale. Durant son mandat, elle se démarque par des initiatives sociales, notamment dans l’accès à l’eau potable et l’énergie. Sa destitution en décembre 2020 signe la rupture entre le FCC et le CACH. Elle reçoit le prix de la Femme d’Influence en 2019 et dirige la « Fondation Briser Le Silence ».
Judith Suminwa Tuluka, Première ministre de la République
Judith Suminwa Tuluka incarne une étape historique dans l’évolution de la représentation féminine en RDC. Le 1er avril 2024, elle est nommée Première ministre par le président Félix Tshisekedi, devenant ainsi la toute première femme à occuper ce poste dans l’histoire du pays. Économiste de formation, elle a fait ses études à l’Université catholique de Louvain en Belgique, où elle a obtenu une licence en économie. Avant sa nomination, elle a occupé le poste de ministre du Plan, se distinguant par sa rigueur et sa capacité à piloter les dossiers complexes liés au développement national.
Sa désignation à la tête du gouvernement constitue un symbole fort dans un contexte politique encore dominé par les hommes. Elle hérite d’un pays confronté à de nombreux défis, dont l’insécurité persistante à l’Est, les tensions sociales et les besoins accrus en gouvernance inclusive. Judith Suminwa représente un espoir renouvelé pour une gouvernance plus sensible aux questions de genre. Sa nomination a été saluée tant au niveau national qu’international, perçue comme une avancée significative dans la lutte pour l’égalité politique en RDC. Elle incarne la continuité de l’engagement de pionnières comme Sophie Kanza, tout en ouvrant une nouvelle ère pour les femmes congolaises.
Engagements des femmes en politique
À l’époque de la Conférence nationale souveraine (1990-1992), de nombreuses femmes s’engagent en politique malgré un terrain difficile. Cette période marque un tournant avec l’émergence d’organisations féminines réclamant plus d’égalité. Toutefois, leur représentativité reste marginale.
Conflits armés et transition (1996-2006)
Les guerres du Congo ont profondément affecté les femmes, mais ont aussi contribué à leur mobilisation politique. Des figures telles que Catherine Nzuzi wa Mbombo ou Marie Madeleine Kalala émergent. Julienne Lusenge, militante des droits humains, devient une figure internationale, notamment reconnue par l’ONU en 2019 parmi les vingt femmes les plus influentes au monde.
La parité homme-femme scellée dans la loi
L’article 14 de la Constitution de 2006 établit la parité hommes-femmes, mais sa mise en œuvre reste incomplète. En 2018, les femmes ne représentaient que 8,8 % de l’Assemblée nationale. Des mesures incitatives ont été introduites dans la loi électorale pour encourager les partis à aligner des femmes. Sous le gouvernement Sama Lukonde, la présence féminine a atteint 28 %, signe d’un progrès lent mais tangible.
Initiatives citoyennes et défis actuels
Des militantes comme Espérance Mawanzo mènent des initiatives pour promouvoir la parité, avec la mise en place d’un observatoire dédié. Les femmes jouent également un rôle important dans les ONG, les associations et la gouvernance locale. Toutefois, le patriarcat, les violences politiques et l’absence de soutien institutionnel continuent de freiner leur progression.
Mais le parcours de femmes comme Sophie Kanza, Jeanine Mabunda, Philomène Omatuku, Julienne Lusenge, Alphonsine Kalume ou encore Judith Suminwa montre que malgré les entraves, les femmes congolaises marquent l’histoire politique de leur empreinte, inspirant ainsi les générations futures.
Heshima
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Léopards de la RDC : Après l’exploit, l’heure de la confirmation
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1 semaine agoon
juillet 7, 2026By
La redaction
Ils sont revenus. Par la grande porte. Après 52 ans d’absence, les Léopards de la République Démocratique du Congo ont foulé les pelouses américaines du Mondial 2026 avec la détermination de ceux qui n’ont plus rien à perdre. Si l’aventure s’est achevée en seizièmes de finale face à l’Angleterre, elle a laissé un héritage bien plus précieux qu’un simple bilan comptable.
Le retour d’un géant endormi
Pour la RDC, 100 millions d’habitants et une culture footballistique parmi les plus riches du continent, cette qualification était bien plus qu’un exploit sportif. Elle mettait fin à cinq décennies d’attente, depuis l’épopée du Zaïre en 1974, et consacrait le travail de reconstruction engagé sous la houlette de Sébastien Desabre.
Le parcours qualificatif avait déjà valeur de test. Placés dans le groupe B aux côtés du Sénégal, les Léopards ont terminé deuxièmes avec 22 points avant d’écarter le Cameroun puis le Nigeria en barrages. Le dernier obstacle, la Jamaïque, fut franchi en prolongation grâce à Axel Tuanzebe, envoyant toute une nation en délire.
Un Mondial qui change tout
Le groupe K promettait un baptême du feu : Portugal, Colombie et Ouzbékistan. Face aux favoris portugais au NRG Stadium de Houston, les Léopards n’ont pas tremblé. Menés dès la 6e minute, ils ont égalisé juste avant la pause par Yoane Wissa sur corner, pour arracher un nul historique (1-1).
Le sélectionneur adjoint Rafael Hamidi résumait l’exploit : « Ce score de parité face au Portugal, c’était à prendre si on nous l’avait proposé avant le coup d’envoi ». La presse congolaise saluait un système en 3-5-2 particulièrement solide, la discipline collective et les transitions rapides.
Qualifiés pour les seizièmes de finale, les Léopards ont longtemps fait douter l’Angleterre, menant jusqu’à la 76e minute avant de s’incliner 2-1 dans les dernières secondes. Un scénario cruel qui a rappelé les limites d’un groupe prometteur mais encore en apprentissage des grands rendez-vous.
Les enseignements d’une expérience unique
Ce Mondial a livré plusieurs enseignements pour l’avenir. D’abord, une force mentale confirmée. Les barrages contre le Cameroun et le Nigeria avaient déjà forgé ce groupe, capable de rester lucide sous pression. Face au Portugal, les Léopards ont prouvé qu’ils pouvaient rivaliser avec les meilleures nations.
Ensuite, des fragilités structurelles. Comme la Côte d’Ivoire, le Sénégal ou le Japon, la RDC a cédé dans les dernières minutes face à l’Angleterre. Loïc Aumont, spécialiste de la performance, analyse : « Ces sélections possèdent les qualités techniques et physiques. Ce qui fait basculer un match, c’est la gestion des émotions lorsque la pression atteint son maximum ». Un déficit d’expérience à ce niveau que seul le temps et les répétitions pourront combler.
Cap sur la CAN 2027 : un trophée à portée de griffes ?
L’objectif est désormais clair : les Léopards doivent viser le titre lors de la prochaine Coupe d’Afrique des Nations, organisée en 2027 au Kenya, en Ouganda et en Tanzanie.
Le contexte est favorable. Cette génération, portée par Chancel Mbemba, son capitaine de 31 ans, possède une identité de jeu forte et un vécu commun exceptionnel. Le vivier de talents, évoluant pour beaucoup dans les meilleurs championnats européens, n’a jamais été aussi riche.
Le chemin qualificatif pour la CAN 2027 s’annonce abordable, avec un groupe E composé de la Guinée équatoriale, de la Sierra Leone et du Zimbabwe. Mais les Léopards savent désormais qu’aucune montagne n’est insurmontable, comme l’écrivait la presse congolaise avant le choc contre le Portugal : « Aucune montagne n’est insurmontable quand on est déterminé ».
Le défi de la régularité
Si le rêve est permis, la réalité impose de rester humble. Le Mondial a montré que l’écart avec les meilleures nations s’est considérablement réduit, mais que la gestion des moments décisifs reste le nerf de la guerre. Les Léopards devront transformer l’essai en confirmant leur niveau sur la durée, avec un calendrier international exigeant et des joueurs à préserver.
Sébastien Desabre, l’artisan de ce renouveau, aura à cœur de capitaliser sur cette expérience unique pour faire franchir un nouveau palier à sa sélection. La CAN 2027 sera le test ultime : plus qu’une performance, c’est un trophée que la RDC attend. Le message des supporters est clair, comme le résumait un journaliste avant le Mondial : « On ne vous demande pas de dominer le Portugal, mais juste de sortir un match de malade du début à la fin ». Pour la CAN 2027, on leur demande désormais de ramener la coupe à la maison.
Heshima Magazine
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Opposition, CENCO et ECC en consultations au Burundi : Évariste Ndayishimiye dans la peau de Lourenço ?
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1 semaine agoon
juillet 6, 2026By
La redactionUne délégation réunissant des responsables de la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO), de l’Église du Christ au Congo (ECC) et plusieurs figures de l’opposition congolaise séjourne à Bujumbura, au Burundi, pour des consultations consacrées à la crise sécuritaire dans l’Est de la République démocratique du Congo. Organisée à l’invitation du président burundais Évariste Ndayishimiye, cette rencontre alimente les spéculations sur l’émergence d’un nouveau cadre de dialogue politique autour de la paix et de la stabilité dans la région.
Une nouvelle séquence diplomatique s’ouvre dans la recherche d’une issue à la crise qui secoue l’Est de la République démocratique du Congo. Une délégation composée de responsables de la CENCO, de l’ECC ainsi que de plusieurs leaders de l’opposition est arrivée à Bujumbura pour prendre part à des consultations consacrées à la situation sécuritaire et politique en RDC.
Cette mission répond à une invitation du président burundais Évariste Ndayishimiye, qui assure actuellement la présidence en exercice de l’Union africaine (UA). Déjà engagé dans plusieurs initiatives diplomatiques régionales, le chef de l’État burundais entend poursuivre ses efforts afin de rapprocher les différentes parties prenantes et de favoriser une solution politique durable. La délégation est composée du pasteur André Bokundoa, président de l’ECC, du pasteur Éric Senga, de Mgr Donatien Nshole, secrétaire général de la CENCO, ainsi que des opposants Martin Fayulu, Delly Sesanga et Dieudonné Bolengetenge. Les membres de cette mission ont quitté Kinshasa dans la nuit du samedi 4 au dimanche 5 juillet 2026 à bord d’un vol régulier d’Ethiopian Airlines à destination de la capitale burundaise.
Évariste Ndayishimiye dans la peau de Lourenço ?
Cette initiative, qui intervient alors que plusieurs processus de médiation restent inachevés, soulève une interrogation majeure : Évariste Ndayishimiye cherche-t-il à reprendre le flambeau laissé par João Lourenço ou à insuffler une nouvelle dynamique sous l’égide de l’Union africaine ?
Alors que l’Angola avait été mandaté pour faciliter un dialogue intercongolais, la multiplication des divergences avec les autorités congolaises sur le format et le cadre de ces discussions a progressivement conduit le projet dans l’impasse. D’où cette question que se posent plusieurs observateurs de la crise congolaise : João Lourenço a-t-il jeté l’éponge ?
Officiellement mandaté en février dernier pour mener des consultations en vue d’un dialogue politique en RDC, le président angolais peine à concrétiser son initiative et se fait de plus en plus discret. S’il n’a pas officiellement renoncé à sa mission, plusieurs sources diplomatiques citées par Jeune Afrique indiquent que le processus est, pour l’heure, au point mort.
Les consultations de Bujumbura interviennent alors que les combats se poursuivent dans l’Est de la RDC. Plusieurs localités des provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu restent sous le contrôle de l’armée rwandaise et de ses alliés de l’AFC/M23, selon les autorités congolaises, tandis que les initiatives diplomatiques se multiplient pour tenter d’enrayer une crise qui perdure depuis plusieurs années.
Les prémices d’un dialogue inclusif ?
Au-delà de la dimension sécuritaire, la présence conjointe des représentants des Églises et de l’opposition politique confère à ces consultations une portée particulière. Depuis plusieurs mois, la CENCO et l’ECC plaident en faveur d’un dialogue inclusif susceptible de restaurer la cohésion nationale et de créer les conditions d’une paix durable. Leur implication, aux côtés de figures de l’opposition, pourrait traduire une volonté d’élargir les concertations au-delà des seuls canaux gouvernementaux. Selon plusieurs observateurs, cette démarche pourrait également préparer le terrain à un dialogue politique plus large, associant les différentes sensibilités politiques et sociales du pays. Lors de sa récente visite à Kinshasa, le président Évariste Ndayishimiye avait d’ailleurs exprimé son souhait de rencontrer les responsables de l’opposition congolaise avant la marche dite « pacifique » de l’opposition, initialement prévue le 8 juillet puis reportée au 22 juillet. Cette manifestation vise à réclamer la démission du président Félix Tshisekedi, que ses opposants accusent de vouloir modifier la Constitution afin de se maintenir au pouvoir au-delà de 2028, année marquant la fin de son second et dernier mandat.
Si aucun détail officiel n’a encore filtré sur le contenu des échanges à Bujumbura, ces consultations témoignent de la volonté des acteurs régionaux de maintenir la dynamique diplomatique afin de favoriser une désescalade et de rechercher une solution négociée à la crise qui continue de déstabiliser l’Est de la RDC. Reste à savoir si cette initiative débouchera sur un véritable processus de dialogue ou ne constituera qu’une étape supplémentaire dans les multiples médiations en cours. Une chose est certaine : en réunissant autour d’une même table les Églises, l’opposition politique et un acteur régional désormais au premier plan, Bujumbura pourrait devenir le point de départ d’une nouvelle séquence diplomatique dont les développements seront suivis de près, tant en RDC que dans l’ensemble de la région des Grands Lacs.
Heshima Magazine
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ADF : douze années de terreur dans l’Est de la RDC
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2 semaines agoon
juin 29, 2026By
La redaction
Massacres de civils, enlèvements, déplacements de populations et attaques répétées contre les forces de sécurité. Depuis 2014, les Forces démocratiques alliées (ADF) se sont imposées comme l’un des groupes armés les plus meurtriers de l’Est de la République démocratique du Congo (RDC). D’abord rébellion ougandaise réfugiée dans les forêts du Nord-Kivu, le mouvement a progressivement muté pour devenir une organisation terroriste redoutée, responsable de milliers de morts et d’une insécurité persistante dans les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri.
L’histoire des ADF ne commence pas en République démocratique du Congo. Le groupe est créé au milieu des années 1990 en Ouganda par Jamil Mukulu, un opposant au régime du président Yoweri Museveni. Sous la pression de l’armée ougandaise, les rebelles traversent rapidement la frontière et trouvent refuge dans les régions montagneuses et forestières de l’Est congolais, où ils établissent leurs bases arrière. Pendant plusieurs années, les ADF demeurent relativement discrètes, vivant du trafic de ressources naturelles, du commerce illicite et de diverses activités économiques locales. Mais à partir de 2014, la situation bascule. Après une vaste offensive militaire des Forces armées de la RDC (FARDC) contre leurs bastions, le groupe adopte une stratégie de représailles particulièrement violente contre les populations civiles.
Entre octobre 2014 et aujourd’hui, les territoires de Beni, Lubero, Mambasa et Irumu deviennent le théâtre de massacres à répétition. Hommes, femmes et enfants sont tués lors d’attaques nocturnes souvent menées à l’arme blanche. Des villages entiers sont incendiés, tandis que des centaines de personnes sont enlevées. Selon plusieurs organisations nationales et internationales de défense des droits humains, les ADF sont responsables de milliers de morts au cours de la dernière décennie. Le territoire de Beni, dans la province du Nord-Kivu, est particulièrement touché, au point de devenir l’un des symboles de l’insécurité chronique qui frappe l’Est du pays.
De la rébellion au terrorisme…
Au fil des années, le mouvement évolue également sur le plan idéologique. À partir de 2017, plusieurs rapports des Nations unies et d’organismes spécialisés font état d’un rapprochement entre certaines factions des ADF et l’organisation djihadiste État islamique. En 2019, l’État islamique revendique officiellement plusieurs attaques menées dans l’Est de la RDC à travers sa branche dite « Province d’Afrique centrale » (ISCAP). Cette affiliation, contestée à ses débuts par certains experts, se confirme progressivement par la propagande diffusée par les réseaux de l’État islamique et par l’évolution des modes opératoires du groupe. Malgré cela, les ADF conservent des caractéristiques locales fortes, enracinées dans les réalités sécuritaires et économiques de la région des Grands Lacs.
Opérations conjointes « Shujaa »
Face à cette menace, les autorités congolaises ont multiplié les opérations militaires. En mai 2021, le gouvernement instaure l’état de siège dans les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri afin de renforcer la lutte contre les groupes armés. Quelques mois plus tard, la RDC et l’Ouganda lancent conjointement l’opération militaire « Shujaa » pour traquer les combattants ADF dans leurs sanctuaires forestiers.
Malgré près de cinq ans d’efforts conjoints de la RDC et de l’Ouganda dans le cadre de l’opération Shujaa, les zones débarrassées des combattants des ADF sont régulièrement réinfiltrées en l’espace de quelques semaines. Cette situation s’explique notamment par la solidité du système de succession interne du groupe prévue à l’avance, qui lui permet d’avoir une relève rapide du commandement lorsque des dirigeants sont neutralisés. Des allégations de collusion avec des acteurs étatiques, la faiblesse de la gouvernance et l’insuffisance de la protection des civils aggravent également le problème.
L’opération Shujaa repose sur des offensives conjointes, qui vont des opérations de combat mobiles au renseignement humain, visant à démanteler les structures de commandement des ADF et à rétablir l’autorité de l’État dans les zones occupées. Au-delà des approches cinétiques, elle entend soutenir la stabilisation, notamment par la construction de routes et la réinsertion des personnes enlevées. Toutefois, sa stratégie intègre peu d’approches préventives capables de neutraliser les ADF et reste réactive.
Ces offensives permettent de démanteler plusieurs camps rebelles et d’éliminer certains commandants. Toutefois, les ADF démontrent une forte capacité d’adaptation. Fragmentés en petites unités mobiles, leurs combattants continuent de mener des attaques meurtrières contre les civils et les positions militaires. Aujourd’hui encore, malgré les efforts militaires et les initiatives régionales de stabilisation, les ADF figurent parmi les principaux acteurs de l’insécurité dans l’Est de la RDC. Le groupe demeure particulièrement actif dans les zones frontalières entre le Nord-Kivu et l’Ituri, où les populations vivent sous la menace permanente d’incursions armées. Douze ans après le début des massacres de grande ampleur à Beni, la question des ADF reste l’un des défis sécuritaires majeurs de la République démocratique du Congo. Derrière les statistiques et les rapports se trouvent des milliers de familles endeuillées, des villages détruits et des communautés déplacées. Tant que cette menace persistera, la paix durable dans l’Est du pays demeurera un objectif difficile à atteindre, malgré les efforts déployés par les autorités congolaises et leurs partenaires régionaux.
Groupe armé le plus meurtrier en mai 2026
Les ADF ont été responsables du plus grand nombre de victimes civiles dans l’est de la République démocratique du Congo au cours du mois de mai 2026. C’est ce que révèle un rapport publié par l’Institut congolais de recherche sur la politique, la gouvernance et la violence, Ebuteli, qui fait état d’une recrudescence alarmante des attaques contre les populations civiles, notamment dans les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri. L’insécurité continue de faire des ravages dans l’Est de la République démocratique du Congo.
Dans son dernier rapport sur la situation sécuritaire, Ebuteli indique que les ADF demeurent le groupe armé le plus meurtrier de la région, avec au moins 190 civils tués au cours du seul mois de mai 2026. Ce bilan représente une augmentation spectaculaire par rapport au mois d’avril, où 53 victimes civiles avaient été enregistrées. Selon le rapport, cette recrudescence des violences s’est traduite par au moins 36 attaques attribuées aux rebelles ougandais, actifs principalement dans les territoires de Beni, Mambasa, Irumu et Lubero. Les assaillants ont multiplié les incursions meurtrières dans plusieurs villages, ciblant des populations civiles souvent sans défense.
L’un des faits marquants du mois a été le retour des attaques dans la ville de Beni. Dans la nuit du 30 au 31 mai, des combattants ADF ont mené plusieurs incursions simultanées dans la ville et ses environs, causant la mort d’au moins 26 civils. Il s’agit de la première attaque documentée dans la zone urbaine de Beni depuis 2023. Le rapport souligne également que les ADF ont intensifié leurs opérations malgré les offensives conjointes menées par les Forces armées de la RDC (FARDC) et l’armée ougandaise dans le cadre de l’opération Shujaa. Les chercheurs estiment que plusieurs de ces massacres pourraient constituer des représailles aux pressions militaires exercées contre le groupe armé.
Pendant ce temps, d’autres groupes armés restent actifs dans la région. En Ituri, la CODECO et l’URDPC poursuivent leurs activités criminelles, tandis que dans le Nord-Kivu et le Sud-Kivu, les affrontements entre le M23 et divers groupes armés locaux continuent d’alimenter l’instabilité. Toutefois, aucun de ces acteurs n’a atteint le niveau de violence meurtrière enregistré par les ADF au cours du mois de mai.
Alors que les populations de l’est de la RDC espèrent un retour durable de la paix, les conclusions du rapport d’Ebuteli rappellent l’ampleur du défi sécuritaire auquel le pays reste confronté. La montée en puissance des attaques des ADF, combinée à la persistance de multiples foyers de violence, continue de faire peser une lourde menace sur les civils, premiers victimes d’un conflit qui semble loin de s’essouffler.
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