Nous rejoindre

Nation

Kinshasa : Daniel Bumba face à une ambition confrontée à la réalité

Published

on

En juin 2024, Daniel Bumba Lubaki, cadre du parti au pouvoir l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS), prend officiellement ses fonctions comme gouverneur de Kinshasa, succédant à Gentiny Ngobila Mbaka. Élu avec une large avance en avril 2024, il hérite d’une capitale congolaise asphyxiée par des problèmes structurels : routes dégradées, insécurité incarnée par les bandes de “Kuluna”, insalubrité chronique, chômage endémique et, plus récemment, des inondations dévastatrices. Son programme “Kin Ezo Bonga”, dévoilé en août 2024, promet une transformation radicale de la ville à travers des investissements massifs dans les infrastructures, la sécurité, l’assainissement et le développement économique. À l’approche de juin 2025, après un an de mandat, ce bilan dresse un portrait nuancé de sa gestion, s’appuyant sur des témoignages, des analyses et des données disponibles, tout en explorant les avancées et les obstacles qui ont marqué cette période.

Gestion des inondations : une réponse controversée

Les inondations, fléau récurrent à Kinshasa, ont durement frappé la ville entre 2024 et 2025. Fin 2024, de fortes pluies avaient déjà submergé Limete, Ngaliema et Masina. L’administration Bumba avait alors lancé des curages de caniveaux et mobilisé des aides d’urgence. Mais la saison des pluies 2025 a encore aggravé la situation. Entre mars et avril, plus de 500 000 personnes ont été affectées, 78 décès recensés, et des milliers de déplacés abrités dans les stades Tata Raphaël, des Martyrs ou Bandalungwa. Le gouverneur a visité les sinistrés, ordonné la désinfection des quartiers inondés et accéléré la réhabilitation des voiries. Le projet Topetola, en partenariat avec l’Agence Française de Développement (AFD), a été lancé pour renforcer le drainage à Masina et Limete. Mais l’ampleur des dégâts montre que les mesures structurelles manquent toujours.

Face à la gravité des crues, l’exécutif provincial a aussi procédé à des démolitions ciblées dans les zones à haut risque. Plusieurs constructions illégales le long des rivières et emprises ferroviaires ont été rasées, notamment à Ngaliema. Ces opérations ont suscité des protestations : absence de concertation, relogement inexistant, méthodes brutales. Certains dénoncent l’arbitraire des interventions, certaines zones à risque ayant été épargnées. Des voix de la société civile ont également accusé le gouvernement de mauvaise gestion des fonds alloués à l’assainissement. Malgré les curages intensifs, les travaux de drainage restent ponctuels. Aucune alerte précoce n’a été mise en place, et aucun plan directeur d’urbanisme n’a été publié. En l’état, les réponses de la ville apparaissent plus réactives que préventives, révélant une incapacité à encadrer durablement l’urbanisation et à anticiper les risques climatiques.

Kinshasa ne dispose toujours pas de plan d’aménagement actualisé ni d’infrastructures comme des bassins de rétention, stations de pompage ou grands canaux. Le programme de “civisme écologique” lancé par Bumba reste limité à la sensibilisation, sans véritable appropriation par les citoyens. Les centres d’hébergement sont improvisés, surpeuplés, et les enfants déplacés sont privés d’école. Les ONG recommandent la création de lotissements sécurisés pour reloger les sinistrés et la réquisition de sites publics en cas de crise. Malgré sa volonté affichée, l’administration Bumba peine à rassurer. Pour rompre le cycle des catastrophes, elle devra aller au-delà des opérations visibles et enclencher une transformation profonde du territoire urbain, articulée à une gouvernance transparente et résolument tournée vers la résilience.

Embouteillages : un défi persistant

À Kinshasa, les embouteillages restent une plaie ouverte. Le quotidien des habitants est rythmé par des heures perdues dans la circulation, notamment sur les grands axes comme le boulevard Lumumba ou l’avenue de Libération. L’urbanisation galopante, l’insuffisance de routes secondaires et l’état de dégradation avancée du réseau routier accentuent cette crise. Malgré les promesses de modernisation, la saturation du trafic freine l’activité économique et nuit à la qualité de vie. La croissance incontrôlée du parc automobile, les parkings anarchiques et l’absence de transports en commun fiables entretiennent ce chaos urbain. Pour les Kinois, circuler est devenu un parcours du combattant. L’administration provinciale, dirigée par Daniel Bumba, a reconnu l’ampleur du problème et tenté de réagir, mais les actions entreprises tardent encore à produire des effets concrets sur le terrain.

Depuis 2024, l’équipe de Daniel Bumba a lancé plusieurs chantiers pour désengorger la capitale. Des avenues stratégiques comme Kwilu, Kimwenza ou Colonel Ebeya font l’objet de réhabilitations, mais les travaux avancent lentement, retardés par les pluies, le manque de financements et des litiges contractuels. La province prévoit aussi la création de parkings modernes et d’aires de stationnement, avec un budget spécifique voté en 2025. Dans la Gombe, des constructions anarchiques ont été démolies pour libérer l’espace public, notamment autour de la gare ONATRA. Par ailleurs, une tentative de réguler les taxis-motos a échoué, faute d’alternatives viables pour les usagers. Si les intentions affichées sont ambitieuses, leur mise en œuvre reste incomplète. À ce jour, les effets sur la circulation sont encore minimes, et la population exprime un désenchantement croissant face à l’absence de résultats visibles.

Un projet phare a été annoncé fin 2024 : le lancement d’un système de bus à haut niveau de service (métrobus), en partenariat avec une entreprise turque. Ce réseau, censé révolutionner les déplacements à Kinshasa, n’a pour l’instant pas dépassé la phase d’étude. D’autres propositions comme le BRT (Bus à haut niveau de service) ou des lignes ferroviaires urbaines sont évoquées, mais rien de concret n’a encore émergé. En parallèle, certaines mesures, comme la circulation alternée ou l’interdiction des motos dans la Gombe, ont suscité critiques et incompréhension. Faute d’offre de transport public solide, ces décisions apparaissent déconnectées des réalités vécues par les Kinois. Un an après l’arrivée de Bumba, les attentes restent fortes. Les habitants réclament non plus des plans mais des résultats. La province est à la croisée des chemins : entre continuité des blocages ou transition réelle vers une ville fluide et fonctionnelle.

Infrastructures : des chantiers prometteurs mais inachevés

Sur les quelque 4 000 km de routes recensées à Kinshasa, seuls 1 006 sont revêtus, dont la majorité en mauvais état. Pour corriger ce déséquilibre, le gouvernement provincial consacre près de 25 % de son budget à la mobilité et à l’aménagement urbain. Depuis fin 2024, 17 chantiers majeurs ont été lancés, notamment autour du marché central, dans l’objectif de moderniser les axes clés et désengorger la capitale. Le gouverneur s’est fixé comme ambition de porter à 2 000 km le linéaire de routes réhabilitées d’ici la fin de son mandat. Cette stratégie vise à doter Kinshasa d’une voirie résiliente, apte à supporter le climat et l’urbanisation croissante.

Plusieurs axes stratégiques sont en réhabilitation sous l’impulsion provinciale : les avenues Kwilu, Kimwenza et Colonel Ebeya figurent parmi les plus avancées. À Bandalungwa, la modernisation de l’avenue Kisangani est confiée à Moderne Construction, avec près de 500 mètres de bitume déjà posés. Autour du marché central, des routes comme Rwakadingi et Plateau font l’objet d’un bétonnage confié à Safrimex. Jin Jin International exécute quant à elle la boucle Wangata–Usoke–Hôpital. En parallèle, le gouvernement a entrepris le dragage de la rivière Kalamu et le curage de la Mososo pour prévenir les inondations récurrentes. Ces efforts conjoints visent une amélioration tangible de la mobilité et de l’assainissement. Toutefois, la lenteur de certains chantiers interroge, malgré l’ampleur des moyens mobilisés et la pression politique croissante pour obtenir des résultats visibles.

Malgré l’élan affiché, les retards se multiplient sur plusieurs sites. Le ministre provincial des Infrastructures, Alain Tshilungu, a reconnu la lenteur d’exécution et a exigé un calendrier précis de chaque entreprise. La Première ministre Judith Suminwa, en visite à Kinshasa, a exhorté le gouvernement provincial à respecter les délais. Mais les obstacles sont nombreux : pluies prolongées, lenteurs administratives, tensions avec certains prestataires. Dans les quartiers concernés, les habitants dénoncent les désagréments quotidiens causés par les chantiers à ciel ouvert. En l’absence d’un système d’entretien efficace, beaucoup redoutent que les nouvelles routes se dégradent aussi vite qu’elles sont livrées. Le manque de communication officielle sur les échéances et les budgets entretient une méfiance grandissante. Pour convaincre, Daniel Bumba devra transformer ses ambitions en ouvrages durables, visibles et entretenus.

Sécurité : une lutte contre les “Kuluna” aux résultats mitigés

Daniel Bumba a fait de la sécurité l’un des piliers de son action provinciale, avec un accent particulier sur le phénomène des « Kuluna », ces gangs urbains qui sèment la terreur dans plusieurs communes. Dès ses premières semaines de gouvernance, il a renforcé les patrouilles policières et ordonné la création d’une unité spéciale pour contrer ces bandes violentes. Cette stratégie a culminé avec le lancement des opérations « Zéro Kuluna » et « Ndobo » à partir de décembre 2024. Ces campagnes ont ciblé les zones sensibles et se sont appuyées sur des bouclages nocturnes, notamment dans les communes de N’djili, Selembao ou encore Ngaliema, où les habitants réclamaient des actions concrètes face à la recrudescence des agressions.

L’opération spéciale menée durant les fêtes de fin d’année 2024-2025 a marqué un tournant. Plus de 450 présumés Kuluna ont été arrêtés entre le 31 décembre et le 1er janvier, puis transférés devant les tribunaux militaires de garnison. Dès le 8 janvier, des audiences foraines ont été organisées dans plusieurs sites, traduisant la volonté de juger rapidement ces jeunes délinquants. En parallèle, les autorités provinciales ont repris les patrouilles de nuit et intensifié les contrôles dans les coins réputés dangereux. Cette stratégie de répression a permis une amélioration temporaire du climat sécuritaire, particulièrement dans des communes comme la Gombe ou Masina. Toutefois, elle a aussi suscité des inquiétudes sur le respect des droits des détenus et la légitimité de certaines arrestations.

Malgré cette réponse musclée, les critiques ne manquent pas. Aucun programme concret de réinsertion sociale n’a été mis en place par le gouvernement provincial, malgré des déclarations initiales du gouverneur. De nombreuses voix s’élèvent pour souligner que la répression seule ne suffit pas à éradiquer un phénomène profondément enraciné dans la pauvreté, le chômage et l’exclusion sociale. Le mouvement Lucha a dénoncé le recours à la peine de mort et l’absence de garanties judiciaires. Par ailleurs, aucune campagne éducative ni initiative communautaire de prévention n’a été lancée par la province. En l’absence d’une stratégie intégrée mêlant répression, réinsertion et sensibilisation, l’impact des opérations anti-Kuluna, aussi spectaculaires soient-elles, risque de rester éphémère.

Assainissement : une ambition freinée par des lacunes structurelles

Le gouvernement provincial de Kinshasa a fait de l’assainissement une priorité. Le 10 août 2024, il a officiellement lancé l’opération « Coup de poing », une vaste campagne de salubrité publique censée durer 45 jours. Soutenue par le génie militaire et coordonnée avec l’Office des voiries et drainage (OVD), cette initiative a commencé dans la commune de la Gombe avec le curage des caniveaux et l’évacuation de milliers de tonnes de déchets. Lors de cette opération, le gouverneur a sollicité l’appui actif des bourgmestres des 24 communes de la capitale. D’après le média Actualité.cd, Bumba voulait inscrire cette opération dans une logique de discipline collective. Le site 7sur7.cd a, de son côté, relayé les attentes élevées d’une population lasse de vivre dans l’insalubrité chronique.

Parallèlement, le gouverneur s’est intéressé à la transformation des déchets plastiques. En novembre 2024, il a visité l’usine de recyclage Kintoko, aux côtés de la société française Suez, pour soutenir la valorisation des ordures ménagères. Selon le site Actualité.cd, Bumba a insisté sur la nécessité d’une meilleure rémunération des ramasseurs de déchets, souvent négligés dans les politiques publiques. Peu après, il a également apporté son soutien au groupe industriel Angel, qui opère dans le recyclage local, en promettant de renforcer les moyens logistiques de l’entreprise. Radio Okapi a souligné que cette démarche visait à multiplier par trois le volume de plastique recyclé chaque mois. Ces actions traduisent une volonté politique d’intégrer l’économie circulaire dans la gouvernance urbaine de Kinshasa.

Pourtant, malgré ces signaux encourageants, les résultats concrets restent limités. En décembre 2024, quatre mois après le lancement de l’opération « Coup de poing », le média Congoquotidien.com constatait que les tas d’ordures avaient refait surface dans plusieurs communes. L’absence de centres de tri, de décharges contrôlées et de mécanismes durables de collecte affaiblit l’impact de chaque initiative. D’après une enquête d’Actualité.cd publiée en avril 2025, le gouverneur Daniel Bumba reconnaît lui-même que des lacunes structurelles entravent l’efficacité des efforts engagés. Le manque de coordination entre services provinciaux et municipalités, conjugué à une faible sensibilisation des citoyens, freine la mise en œuvre d’une politique d’assainissement cohérente et continue. Kinshasa reste confrontée à un défi colossal : transformer une ambition en changement durable.

Développement économique : des projets ambitieux mais flous

Le programme « Kin Ezo Bonga », présenté par le gouverneur Daniel Bumba en août 2024 comme la nouvelle boussole du développement provincial, s’appuie fortement sur le projet d’extension de Kinshasa vers Maluku. D’après Thierry Katembwe Mbala, coordonnateur du Comité stratégique pour la supervision du projet d’extension de la Ville de Kinshasa (CSSPEVK), cette future zone urbaine et industrielle s’étendra sur 486 km² et devrait générer 10 000 emplois directs dans sa phase initiale. Plusieurs missions ont été dépêchées sur le terrain depuis novembre 2024, en partenariat avec China State Construction Engineering Corporation, pour mener des études topographiques et initier les premiers dégagements. Pourtant, en mai 2025, aucun chantier majeur n’a encore démarré, ce qui alimente les doutes sur la faisabilité réelle de ce projet, pourtant présenté comme le socle du renouveau économique kinois.

Dans une dynamique parallèle, l’administration provinciale a lancé des projets de modernisation des marchés, notamment autour du marché central de Kinshasa. Le 7 novembre 2024, Daniel Bumba annonçait, depuis l’avenue Rwakadingi, la réhabilitation de cinq axes stratégiques : Rwakadingi, Marché, Marais, Plateau et École, dans le but de désenclaver cette zone commerciale névralgique. Les travaux, confiés à l’entreprise SAFRIMEX, visent à fluidifier l’accès au marché modernisé. Malgré cette ambition, le manque de transparence dans la passation des marchés publics inquiète. Des commerçants et entrepreneurs, interrogés par Heshima Magazine, se plaignent de ne pas être suffisamment associés aux appels d’offres et dénoncent une gestion opaque des ressources allouées, ce qui freine l’adhésion du secteur privé local au projet global.

Le programme quinquennal « Kin Ezo Bonga » est structuré autour de onze axes prioritaires, allant de l’assainissement à la sécurité, en passant par l’emploi, la mobilité ou encore la planification urbaine. Selon le gouverneur Bumba, ce programme dispose d’un budget prévisionnel de 11 milliards de dollars pour la période 2024-2028, financé par des partenariats publics-privés et l’appui d’organismes internationaux. Cependant, comme l’ont relevé plusieurs analystes, l’absence de calendrier détaillé, de rapports périodiques et d’indicateurs de performance rend difficile le suivi des avancées réelles. Dans la population, l’impatience grandit : les Kinois espèrent des résultats concrets au-delà des annonces. Car sans changements visibles, la crédibilité du gouverneur pourrait vite s’effriter.

Services sociaux : santé et éducation en attente de réformes

En matière de santé, un plan d’action a été élaboré en partenariat avec l’agence belge Enabel pour améliorer les infrastructures sanitaires. Cependant, à ce jour, aucun hôpital ou centre de santé n’a été inauguré sous son mandat. Les Kinois continuent de déplorer la vétusté des structures existantes, comme l’a souligné Radio Okapi dans un reportage récent. Cette situation met en lumière le décalage entre les annonces officielles et la réalité sur le terrain, alimentant le scepticisme de la population quant à la capacité de l’administration à concrétiser ses promesses.

Dans le domaine de l’éducation, les engagements pris par le gouverneur Bumba, tels que la construction de nouvelles salles de classe et la distribution de matériel scolaire, peinent également à se matérialiser. Les enseignants et les parents expriment leur frustration face à des conditions d’apprentissage souvent indignes, soulignant le manque de ressources et d’infrastructures adéquates. Le site Actualité.cd a rapporté que, malgré les annonces, peu de progrès tangibles ont été réalisés, laissant les écoles dans un état de délabrement avancé. Cette situation compromet la qualité de l’enseignement et l’avenir des jeunes Kinois, qui sont les premières victimes de ces carences.

Face à ces défis, l’administration provinciale est appelée à intensifier ses efforts pour traduire ses ambitions en actions concrètes. La mise en œuvre effective des projets annoncés, accompagnée d’une communication transparente sur l’état d’avancement des travaux, est essentielle pour restaurer la confiance des citoyens. Les partenaires internationaux, tels qu’Enabel, attendent également des résultats probants pour poursuivre leur soutien. Il est impératif que le gouverneur Bumba et son équipe adoptent une approche plus proactive et inclusive pour répondre aux besoins urgents de la population en matière de santé et d’éducation.

Contrats signés : un manque de transparence ?

Daniel Bumba a multiplié la signature de contrats censés soutenir ses projets en matière d’infrastructures, d’assainissement et de logement. En août 2024, il a ainsi annoncé un ambitieux plan d’investissement de 2,7 milliards de dollars sur cinq ans pour la modernisation de Kinshasa, dans le cadre du programme « Kinshasa Ezo Bonga », un projet présenté officiellement lors d’une conférence de presse relayée par Actualité.cd. Ce programme prévoit notamment la construction de logements sociaux et de nouvelles voiries. Mais sur le terrain, peu de détails ont filtré sur les contrats eux-mêmes, sur les entreprises attributaires ou encore sur les modalités de financement. Cette opacité nourrit une méfiance croissante au sein de la population et d’une partie de la société civile, qui réclame plus de transparence.

Le cas du contrat de collecte des déchets avec l’entreprise turque Albayrak illustre bien ce manque de clarté. Conclu en 2022 sous l’ancien gouverneur Gentiny Ngobila, l’accord imposait à la ville de verser entre 500 000 et 1 million de dollars par mois, selon une enquête menée par le journal AfricaNews. En août 2024, Daniel Bumba a décidé de résilier ce contrat, le qualifiant de « léonin » et dénonçant l’utilisation d’équipements achetés par la ville sans retour sur investissement suffisant. Si cette décision a été saluée par certains comme un acte de rupture, elle a également mis en lumière l’absence d’un nouveau cadre clair pour la gestion des déchets. Depuis, aucun appel d’offres public ou partenariat structuré n’a été rendu public, laissant planer des doutes sur les orientations futures.

Dans le secteur de la santé, le protocole d’accord signé en janvier 2025 avec l’entreprise marocaine TGCC prévoit la construction d’un hôpital moderne à Maluku, avec une capacité de plus de 100 lits. Ce projet a été dévoilé à la presse lors d’une cérémonie officielle, selon les précisions d’Actu30.cd, qui a suivi les étapes de cette collaboration. Bien qu’il s’inscrive dans le programme de développement de la zone Est de Kinshasa, aucune information n’a été fournie sur le budget alloué, les sources de financement ou les délais d’exécution. Par ailleurs, certains observateurs s’interrogent sur la répartition des responsabilités entre les parties prenantes. Dans un contexte marqué par de fortes attentes, cette absence de communication renforce les soupçons de favoritisme et de gestion peu rigoureuse des deniers publics.

Kinshasa face à ses défis urbains majeurs

Gouverner Kinshasa, une ville en pleine expansion démographique, représente un défi colossal. La croissance urbaine rapide, conjuguée aux effets du changement climatique, impose la mise en œuvre de solutions innovantes et durables. Le Centre de Recherche en Ressources en Eau du Bassin du Congo alerte sur l’exacerbation des inondations due à une urbanisation informelle accélérée et à des infrastructures insuffisantes, soulignant la nécessité d’investissements massifs dans des systèmes de drainage performants et un plan d’urbanisme rigoureux.

Les embouteillages, quant à eux, réclament une réforme profonde du système de transport urbain. Des études publiées par l’Institut Africain des Politiques Urbaines insistent sur le fait que le recours majoritaire aux minibus et taxis traditionnels, dépassés par l’essor démographique, freine la mobilité et nuit à l’activité économique. Il devient urgent de développer un réseau de transport public moderne et efficace.

Enfin, la question de l’insalubrité demeure critique. Selon un rapport de l’Agence Congolaise de l’Environnement, la gestion des déchets solides est insuffisante, avec une collecte partielle et l’absence de centres de traitement ou de recyclage adaptés. La pollution engendrée impacte négativement la santé publique. Le gouvernement provincial doit impérativement renforcer les infrastructures de traitement des déchets et lancer des campagnes de sensibilisation citoyenne pour assurer la pérennité des résultats.

Bilan d’un an de gouvernance : ambitions affichées, résultats attendus

La première année de Daniel Bumba à la tête de Kinshasa révèle une ambition réelle, comme le souligne Jeune Afrique dans sa publication d’avril 2025, mais cette volonté se heurte à des obstacles majeurs. Les chantiers routiers, les opérations sécuritaires et les efforts d’assainissement, rapportés par Radio Okapi, témoignent d’une volonté de changement, mais leur impact demeure limité en raison de retards, de contraintes financières évoquées par le Ministère provincial des Finances, et d’un manque de transparence relevé par des observateurs locaux. Par ailleurs, les inondations et les démolitions, analysées par la presse congolaise en février 2025, ont mis en lumière des tensions entre impératifs sécuritaires et considérations sociales. Enfin, les secteurs essentiels de la santé et de l’éducation, décrits par l’ONG Enabel dans son dernier rapport, attendent toujours des réformes concrètes. Pour transformer Kinshasa, Daniel Bumba devra non seulement achever les projets en cours, mais aussi restaurer la confiance d’une population devenue exigeante, comme le résume un habitant de Ngaliema interrogé par Heshima Magazine : « Nous voulons des actions, pas seulement des paroles. Kinshasa mérite une vraie transformation. C’est la vitrine de la RDC.»

Heshima Magazine

Continue Reading

Nation

RDC-Ouganda : les dessous d’une collaboration sur fond de méfiance

Published

on

L’armée ougandaise (UPDF) a annoncé, fin mars 2026, son intention de se retirer de plusieurs positions dans le territoire de Lubero, au Nord-Kivu et jusqu’à Mahagi, en Ituri. Ce désengagement, confirmé par le chef d’état-major Muhoozi Kainerugaba, se fera, selon lui, en coordination avec Kinshasa, juste après le retrait des rebelles du M23 de la zone. Bien avant cette annonce qui, du reste, n’est pas officialisée, l’Ouganda voulait obtenir la démission du gouverneur militaire de l’Ituri. Une stratégie de pression sur Kinshasa qui interroge sur les véritables motivations de Kampala. Son intervention militaire aux côtés des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) dans la traque des rebelles ADF pourrait bien cacher d’autres motivations, essentiellement économiques.   

L’UPDF (Uganda People’s Defence Force) est déployée en Ituri, dans le nord-est de la RDC dans le cadre de l’opération Shujaa depuis fin 2021, collaborant avec les FARDC contre les rebelles ougandais de l’Alliance des forces démocratiques (ADF). Cette mutualisation FARDC-UPDF vise à neutraliser ce groupe armé qui a fait allégeance à l’Etat islamique. Ce groupe est présent en Ituri et au Nord-Kivu. Officiellement, il s’agit de combattre l’insécurité. Cependant, cette présence vise également à sécuriser les intérêts économiques ougandais (routes, or, bois et pétrole du lac Albert).

A ce jour, cette mutualisation des forces n’a pas permis d’arrêter les attaques des ADF contre des civils aussi bien en Ituri qu’au Nord-Kivu. Loin de renforcer la sécurité des Congolais et des Ougandais dans les zones frontalières, cette alliance semble avant tout servir les intérêts économiques ougandais, notamment en matière d’exportation d’or. 

Les chiffres d’exportation d’or explosent en Ouganda

L’Ouganda n’est pas un producteur massif d’or. Cependant, il enregistre des chiffres record sur l’exportation de ce minerai. Une croissance due à l’augmentation des prix mais surtout au trafic favorisé par l’instabilité de la région, principalement dans l’Est de la RDC. L’Ouganda a vu ses revenus d’exportation d’or atteindre des chiffres records. Selon la Banque d’Ouganda, en 2019, ces revenus s’élevaient à 1,26 milliard de dollars, les exportations d’or ont ensuite culminé à 2,3 milliards de dollars en 2023, puis à 3,3 milliards de dollars en 2024. D’après des prévisions pour 2025, ces revenus devraient atteindre 6,4 milliards de dollars. 

Cette croissance est principalement due à l’augmentation du prix de l’or, qui avoisinait l’année dernière 5.000 dollars l’once. L’or représente désormais 47% des revenus d’exportation de l’Ouganda, surpassant largement d’autres produits phares comme le café et le cacao. Malgré ces chiffres impressionnants, l’Ouganda n’est pas devenu un producteur massif d’or, note TV5 Monde. Lors d’un récent forum économique, le gouverneur adjoint de la Banque centrale ougandaise, Augustus Nuwagaba, a admis que l’or exporté par le pays pourrait ne pas provenir de ses propres mines. « Il se peut qu’il ne soit pas à nous », avait-il déclaré. Mais d’où vient l’or exporté par l’Ouganda ?

L’insécurité en RDC profite à l’économie ougandaise 

L’Ouganda profite du trafic d’or en provenance de pays voisins, notamment de la RDC. Riche en ressources aurifères, ce pays partage une frontière avec l’Ouganda dans des zones comme l’Ituri et le Nord-Kivu. Ces régions sont non seulement riches en or, mais aussi en proie à des conflits armés. Ce qui favorise le trafic de ce métal jaune notamment vers l’Ouganda. En Ituri, par exemple, l’or est très présent, particulièrement dans les territoires de Djugu, Mahagi et Mambasa, s’appuyant sur des gisements historiques (Kilo-Moto). Cette ressource, exploitée à la fois de manière artisanale et industrielle, alimente une économie de guerre contrôlée en partie par des groupes armés et réseaux criminels, générant d’importants flux financiers illicites. Selon l’étude d’une ONG anti-corruption, environ 95 % de l’or exporté depuis l’Ouganda est illicite.  

En état de siège depuis plus de 4 ans, la province de l’Ituri n’a pas toujours recouvré la paix totalement. Le gouverneur militaire, le lieutenant-général Johnny Luboya entretient des rapports tendus avec des trafiquants d’or. L’Ouganda également n’apprécie pas cet officier congolais. Le chef d’état-major de l’armée ougandaise, le général Muhoozi Kainerugaba ne cache pas son hostilité envers ce gouverneur militaire, appelant parfois à son arrestation sur les réseaux sociaux. L’Ouganda a même formulé une demande formelle pour solliciter son remplacement. D’après les informations révélées par Africa Intelligence, le pouvoir de Félix Tshisekedi a rejeté ces demandes de l’armée ougandaise, qui réclamait l’éviction de ce gouverneur militaire.

Sécuriser ses investissements pétroliers

En dehors du trafic d’or à son avantage, l’Ouganda vise aussi la sécurisation de ses intérêts économiques dans la région. Des intérêts qui empiètent sur la zone d’influence du voisin rwandais, estime le rapport d’un groupe d’experts de l’ONU publié en août 2024. En dehors des intérêts sécuritaires, le gouvernement ougandais se concentre sur la sécurisation de ses investissements pétroliers et le renforcement des réseaux commerciaux vers la RDC, où ses exportations formelles ont représenté en 2019 « 156 millions de dollars » et les exportations informelles, constituées en majorité de biens industriels, « 330 millions de dollars ».

Des accointances avec le M23 et la CRP

La collaboration militaire entre la RDC et l’Ouganda s’opère dans un climat de méfiance, avec des allégations de soutien de Kampala à d’autres groupes rebelles, comme le M23 mais aussi la Convention pour la révolution populaire (CRP) de Thomas Lubanga. Ce dernier s’est même exilé en Ouganda mais son groupe mène des combats contre l’armée congolaise en Ituri. L’Ouganda a joué un rôle discret mais documenté dans la résurgence du M23, en facilitant le retour de son chef militaire en RDC en 2017 et en servant de vivier de recrutement pour la rébellion, selon un rapport publié en avril 2026 par le Congo Research Group (CRG) et le Center on International Cooperation (CIC) de l’Université de New York. Ce document note également que des officiers de l’armée ougandaise (UPDF) ont également été signalés comme participant aux sessions de formation militaire dispensées aux recrues du M23 dans le camp de Tchanzu, en RDC, aux côtés d’officiers des Forces de défense rwandaises en 2021. Mais ce rapport ne précise pas la nature exacte des arrangements entre Kampala et le M23. Difficile de savoir si ces facilitations reflètent une politique délibérée de Kampala ou il s’agit simplement des initiatives individuelles de la part de certains officiers militaires ougandais.

Depuis le lancement de ces opérations dénommées « Shuuja » visant à neutraliser les ADF, les autorités congolaises et ougandaises affichent officiellement une volonté commune de restaurer la paix. Malgré des engagements répétés en faveur d’une coopération sécuritaire renforcée, les relations entre la République démocratique du Congo et l’Ouganda restent marquées par une profonde méfiance, notamment en ce qui concerne leurs opérations militaires conjointes dans l’est du pays. Malgré ce climat de méfiance, Kinshasa et Kampala poursuivent cette collaboration. Le 21 juin dernier, le président congolais Félix Tshisekedi avait reçu à la Cité de l’Union africaine, à Kinshasa, le général Muhoozi Kainerugaba, fils du président Yoweri Kaguta Museveni et chef d’état-major de l’armée. La veille de cette rencontre, le 20 juin, les responsables des armées de deux pays avaient signé un accord pour poursuivre leur opération militaire conjointe contre les rebelles ADF.

Heshima Magazine

Continue Reading

Nation

RDC : comment le gouvernement compte utiliser les fonds de 1,25 milliard USD d’eurobonds ?

Published

on

La République démocratique du Congo a mobilisé 1,25 milliard de dollars sur les marchés financiers internationaux à travers une émission d’eurobonds le 9 avril 2026. Lors d’une conférence de presse tenue le 13 avril à Kinshasa, le ministre des Finances, Doudou Fwamba, a présenté les projets prioritaires à financer, dans un contexte de besoins urgents pour soutenir le développement économique et social du pays.

L’émission d’eurobonds réalisée par la République démocratique du Congo s’inscrit dans une stratégie de diversification des sources de financement. Selon le ministère des Finances, cette levée de fonds vise principalement à financer des projets d’infrastructures, notamment dans les transports et l’énergie, considérés comme des leviers essentiels de croissance. Près de la moitié des projets prévus dans ce financement concernent la ville de Kinshasa, capitale du pays, confrontée à une démographie galopante sans moyens de transport et autres infrastructures de base. Une partie de fonds levés vise à construire un nouveau terminal de 49 000 m² à l’aéroport de N’djili, capable d’accueillir 5 millions de passagers par an.

Quelque 300 kilomètres de routes sont également prévus, ainsi qu’une rocade de 31 kilomètres avec échangeurs et ponts. Les autres investissements visent le développement d’un réseau de lignes de transmission électrique de 330 KV permettant une connexion entre la Zambie et la « ceinture de cuivre » de la RDC, une centrale hydroélectrique de 64 mégawatts et des réseaux de distribution dans la province du Kasaï-Central.

Dans d’autres villes du pays, ces fonds vont également financer la création de centres de formation professionnelle précisément dans quatre villes. Il y a aussi la modernisation de la route entre la ville de Kisangani, chef-lieu de la province de la Tshopo, et Beni, dans la province du Nord-Kivu, longue de 750 kilomètres.

Des craintes sur la transparence de fonds persistent…

Si le gouvernement met en avant des investissements structurants, experts et institutions appellent à la transparence dans la gestion de ces fonds mais aussi à la prudence face aux risques de surendettement. D’après des analyses de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international, la RDC fait face à un déficit important en infrastructures, ce qui freine son développement économique. Les investissements dans les routes, les barrages et les réseaux électriques pourraient ainsi améliorer la connectivité et soutenir l’industrialisation, en particulier dans les zones minières. Mais la gestion de ces réalisations pose de doute quant à la transparence. « Nous voulons un témoin, le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), pour assurer le suivi de la gestion de ces ressources. Nous allons, pour la transparence, informer la population sur l’affectation du 1,25 milliard mobilisé. D’ici un an, nous inviterons les investisseurs à constater concrètement les réalisations. », a répondu Doudou Fwamba face aux craintes sur la transparence dans la gestion de ces fonds. Ces craintes sont exprimées suite à des précédents en Afrique subsaharienne qui montrent que l’absence de suivi rigoureux peut limiter l’impact réel de tels financements sur les conditions de vie des populations. La Banque africaine de développement (BAD) souligne, dans certains de ses rapports, que l’efficacité de la dépense publique reste un enjeu clé pour maximiser les retombées économiques.

Eurobonds, la RDC très crédible sur le marché ?

Le pays a accompli un pas de plus en accédant aux marchés internationaux des capitaux. C’est un moyen pour la RDC de diversifier ses sources de financements. Plusieurs facteurs ont joué pour la réussite de cette opération. Coordonnée notamment par la Rawbank au niveau de la région, cette opération d’eurobonds est la conséquence d’une discipline budgétaire observée ces derniers temps au pays.

Le faible niveau d’endettement public de la RDC a aussi pesé en faveur de Kinshasa dans les calculs des investisseurs. Kinshasa n’avait soumis que des demandes pour 1,25 milliard de dollars, mais a reçu des soumissions frôlant les 5 milliards de dollars. Le ministre des Finances justifie le refus du fonds supplémentaire par le fait que le gouvernement n’avait en main que des projets avec étude de faisabilité coutant le 1,25 milliard de dollars sollicité. « Nous ne pouvions pas accepter toutes ces soumissions. Nous n’avions que des projets avec des études de faisabilité pour le montant sollicité », a fait savoir le ministre des Finances qui s’est réjoui non pas du milliard reçu mais de la « crédibilité certifiée » que le pays a gagné dans ce processus. Doudou Fwamba célèbre donc la « reconnaissance des efforts » du président Félix Tshisekedi et l’entrée « très réussie » de la RDC dans la finance internationale.

Pour réussir cette opération, la Rawbank, première banque de la RDC, a agi aux côtés des leaders mondiaux tels que Citigroup et Standard Chartered Bank comme arrangeurs et coordinateurs des souscriptions au niveau global. « Nous sommes fiers d’avoir accompagné cette opération, qui ouvre la voie à de nouveaux financements internationaux, y compris pour les émetteurs non souverains », a déclaré Mustafa Rawji, directeur général de la Rawbank. Avec cet emprunt, le taux d’endettement du pays passe de 18,1 % à 19,5 % du PIB, un niveau toujours inférieur à celui de pays comme la Namibie, l’Angola ou le Kenya. Kinshasa prévoit de constituer des provisions annuelles pour son remboursement.

Si les 1,25 milliard de dollars d’eurobonds offrent à la République démocratique du Congo une opportunité d’accélérer son développement, leur réussite dépendra de la capacité du gouvernement à conjuguer discipline budgétaire, transparence et efficacité dans l’exécution des projets, sous le regard attentif des partenaires comme le Fonds monétaire international et la Banque mondiale.

Heshima Magazine

Continue Reading

Nation

Kinshasa : que sait-on du projet de viaduc pour désengorger les axes Nguma-Mondjiba-Socimat ?

Published

on

Face à la congestion chronique qui paralyse l’accès au centre-ville de Kinshasa, le gouvernement congolais a annoncé via le conseil des ministres tenu le 10 avril 2026 un projet de viaduc de 3,5 km dans la baie de Ngaliema. Objectif : fluidifier la circulation sur les axes importants reliant notamment les avenues Nguma, Mondjiba à la Gombe en passant par la rive gauche du fleuve Congo. Plusieurs zones d’ombre entourent encore ce projet, notamment son financement et son tracé à la hauteur de la très convoitée Baie de Ngaliema.   

Présenté lors du Conseil des ministres du 10 avril 2026, le projet de viaduc dans la baie de Ngaliema s’inscrit dans une stratégie plus large de lutte contre les embouteillages à Kinshasa. Selon les autorités, cette infrastructure vise en priorité les axes les plus saturés de l’ouest de la capitale, notamment la route de Matadi, la rocade nord-ouest et le corridor Kintambo–boulevard Mondjiba–Socimat, régulièrement paralysés aux heures de pointe.

Long d’environ 3,5 kilomètres, le futur viaduc sera constitué de deux fois deux voies. Il doit relier directement les rocades nord-ouest et nord-est, en contournant les points noirs de circulation comme Kintambo-Magasin. Le tracé annoncé partirait de l’avenue du Tourisme, à hauteur de l’Hôpital de la Rive, longerait la baie de Ngaliema via le site de Chanic, pour déboucher sur le boulevard Tshatshi, à proximité de l’Hôtel Pullman, dans la commune de la Gombe.

Conçu comme une voie rapide urbaine, l’ouvrage permettrait une vitesse de circulation estimée entre 60 et 80 km/h, avec des échangeurs et rampes d’accès contrôlées. Il offrirait ainsi une alternative directe aux axes Nguma et Mondjiba, aujourd’hui saturés par l’augmentation du parc automobile et l’urbanisation rapide de la capitale. Pour le gouvernement, ce projet constitue une réponse structurelle à un problème devenu chronique : chaque jour, des milliers d’usagers passent plusieurs heures dans les embouteillages pour rejoindre la Gombe, principal centre administratif et économique. Le viaduc s’inscrit également dans un programme plus large de réaménagement de la baie de Ngaliema et de modernisation des infrastructures routières de Kinshasa.

Baie de Ngaliema, un site aux projets controversés

La rive gauche du fleuve, dans la zone communément appelée « Baie de Ngaliema », est toujours convoitée par plusieurs projets immobiliers controversés. Réputée site non aedificandi depuis l’époque coloniale, la Baie de Ngaliema est occupée actuellement par des constructions dites anarchiques. Si le gouvernement a réussi à démolir d’autres constructions anarchiques ailleurs notamment à Magasin-Kintambo, la Baie de Ngaliema continue cependant d’être spoliée par des « puissants » au point de faire capituler le gouvernement. En juin 2025, en marge de la Journée mondiale de l’environnement, célébrée chaque 5 juin, la ministre de l’Environnement et développement durable, Eve Bazaiba, avait officiellement annoncé la « sanctuarisation » de la Baie de Ngaliema. Les travaux visant à transformer cet espace en parc récréatif écotouristique ont été lancés par la même occasion, faisant de cette zone « une aire protégée ». En tant que telle, ce site bénéficie des protections prévues par la loi sur la conservation de la nature, au même titre que toutes les autres aires protégées du pays. Eve Bazaiba avait également mis en garde les fonctionnaires qui délivrent des titres fonciers sur des espaces « non aedificandi », conseillant aux acquéreurs de parcelles d’agir avec prudence. « Vos propres besoins ne vous permettent pas de construire n’importe où. Lorsqu’il y a des catastrophes, ces mêmes personnes appellent l’Etat à l’aide alors que c’est elles-mêmes qui prennent des risques démesurés. Que les conservateurs des titres fonciers sachent qu’aujourd’hui il y a pénalisation des actes. Celui qui donne des titres fonciers aux paisibles citoyens là où il ne faut pas se retrouvera en prison. », avait-elle menacé. Si hier, ils étaient couverts, ce n’est pas le cas aujourd’hui. La loi a déjà été promulguée, avait-elle ajouté. Dans la foulée de cette mesure, l’aménagement et la gestion de cet espace ont été confiés à la société Utexafrica, suivant un partenariat public-privé signé en 2017. Jean-Philippe Waterschoot, directeur général de cette société, avait expliqué que ce projet vise à protéger la rivière Makelele et le fleuve Congo tout en offrant aux Kinois un espace récréatif accessible gratuitement.

Mais malgré ce projet, d’autres constructions anarchiques ont continué. Le 14 février 2026, le vice-Premier ministre en charge de l’Intérieur, Jacquemain Shabani, avait effectué une visite d’évaluation sur ce site stratégique, annonçant de facto le début d’un processus qui devrait conduire à la démolition des bâtisses érigées en violation des normes urbanistiques.            

Un projet de « petit » Dubaï en attente… 

Depuis 2017, les projets foisonnent à la Baie de Ngaliema. Un projet immobilier et d’urbanisation à usage mixte avait été conçu sur une superficie totale de 187 ha. Le projet Corniche est divisé en quatre zones. Il visait à créer une sorte de « petit Dubaï » sur ce site. La zone I qui part de la résidence actuelle de l’ambassadeur de France jusqu’à la clôture du Palais de la Nation. Elle s’étend sur une superficie de 24,56 ha, dont 9,02 ha sur la terre ferme et 15,54 ha à gagner sur le fleuve. Il était prévu d’ériger un restaurant, des commerces, des logements collectifs et des maisons individuelles. La Zone II s’étend du Palais de la Nation à l’embouchure de la rivière Gombe sur une superficie de 33,07 ha, dont 11,80 ha sur la terre ferme et 21,07 à gagner sur le fleuve. Dans cette zone, il était prévu la construction d’un restaurant, des commerces, un hôtel et des logements collectifs. La zone III, la plus importante de toutes, va de la rivière Gombe au chantier naval de Chanimétal au niveau de la baie de Ngaliema sur une superficie de 77,79 ha, dont 67,86 ha sur la terre ferme et 9,93 ha à gagner sur le fleuve. Elle devrait comprendre des bureaux, un restaurant, des commerces, un hôtel, un River Club, des logements collectifs, des maisons individuelles, un parc thématique (45 000 m2) et un théâtre. Et, enfin, la zone IV qui s’étend du chantier naval de Chanimétal jusqu’au collecteur situé au Mont Ngaliema, soit une superficie de 52,23 ha, dont 24,71 ha sur la terre ferme et 27,52 ha à gagner sur le fleuve. Elle devrait abriter des bureaux, un restaurant, des commerces, un hôtel, des logements collectifs, culturel et éducationnel et un centre culturel. Ce projet avait été repris en 2022 par l’administration Tshisekedi. Le ministre des Affaires foncières de l’époque, Aimé Molendo Sakombi, avait tenté de le faire avancer en prenant langue à Dubaï avec la firme Emaar Properties. Mais jusqu’à ce jour, le site fait toujours l’objet des controverses. D’autres constructions anarchiques sortent encore de terre.    

Le viaduc va-t-il voir le jour ? 

Présenté comme une solution ambitieuse, le viaduc va-t-il voir le jour dans cet imbroglio autour de la Baie de Ngaliema ? Ce projet, au-delà des controverses liées au site, devra encore franchir l’épreuve du financement et de la mise en œuvre pour convaincre. Dans une ville où les projets d’infrastructures peinent souvent à se concrétiser, les Kinois attendent désormais des actes pour espérer voir, enfin, leurs trajets quotidiens se raccourcir. La ville-province de Kinshasa reste surtout confrontée à des embouteillages monstres, paralysant la circulation routière et compliquant considérablement les déplacements ainsi que le vécu quotidien des Kinois et Kinoises. Lors des précédentes réunions du Conseil des ministres, le chef de l’État, Félix Tshisekedi, avait, à plusieurs reprises, demandé au gouvernement de trouver une solution durable aux embouteillages sur les principaux axes routiers de la ville. Si ce viaduc est réalisé, il sera considéré comme l’une des solutions structurelles attendues par la population kinoise pour faire face aux embouteillages chroniques dans cette partie de la capitale.

Heshima Magazine 

Continue Reading

NOUS SOMMES AUSSI SUR FACEBOOK

Trending

You cannot copy content of this page

WeCreativez WhatsApp Support
Notre rédaction est là pour répondre à toutes vos préoccupations. N'hésitez pas !
👋Bonjour, comment puis-je vous aider ?