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De Joseph Kabila à Gbagbo : ces anciens chefs d’État africains jugés après leurs rênes
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La redaction
Un procès historique s’est ouvert le 25 juillet 2025 en République démocratique du Congo (RDC). L’ancien chef de l’État Joseph Kabila – absent de l’audience – est jugé pour des faits graves liés notamment à une présumée complicité avec la rébellion AFC/M23 soutenue par une puissance étrangère, le Rwanda. Dans le continent africain, de plus en plus d’anciens chefs d’État sont appelés à rendre des comptes devant les tribunaux. Une tendance qui marque un tournant dans la culture de l’impunité en Afrique, mais qui soulève aussi des questions d’équité et d’instrumentalisation politique.
Le vendredi 25 juillet, devant la Haute Cour militaire à Kinshasa, une audience historique a eu lieu. Dans l’acte d’accusation, des faits graves rapportés par le lieutenant-général René-Lucien Likulia, auditeur général des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC). En effet, l’ancien président congolais et sénateur à vie est poursuivi pour « participation à un mouvement insurrectionnel, crime contre la paix et la sécurité de l’humanité, homicide intentionnel par balles, trahison, apologie, viol, torture et déportation, occupation à force ouverte de la ville de Goma. » Ces faits auraient été commis en « complicité avec une puissance étrangère, en l’occurrence le Rwanda » et Joseph Kabila a cherché à « renverser par la force le pouvoir légalement établi » à Kinshasa, poursuit l’acte d’accusation lu devant les juges de la plus haute juridiction militaire du pays. En étayant chaque grief, l’accusation estime qu’il est « l’un des initiateurs de l’Alliance Fleuve Congo (AFC) », branche politique du M23.
C’est dans ce contexte qu’il est accusé notamment des cas d’homicides et de viols commis par des hommes de la coalition AFC/M23 dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu. Quant à l’homicide intentionnel par balles, l’ancien chef de l’État est aussi accusé « d’avoir participé à l’occupation de la ville de Goma le 27 janvier 2025 à la suite des attaques dirigées contre (…) des civils », qui ont « occasionné plusieurs pertes en vies humaines ».
Lors de cette audience, Joseph Kabila était absent et c’est sans surprise. L’homme a passé plusieurs semaines dans les zones sous occupation rebelle et a procédé à des consultations des communautés locales avant de disparaître de la vue. Bien que son ancien conseiller diplomatique, Barnabé Kikaya Bin Karubi affirme qu’il restera dans la ville de Goma, personne ne sait actuellement où se trouverait l’ancien président poursuivi par la justice congolaise. La dernière fois qu’il a été vu en public, c’était lors de ses consultations dans la ville de Bukavu, également sous occupation rebelle. Jugé par défaut à Kinshasa, Joseph Kabila risque la peine de mort si les juges seront convaincus des chefs d’accusation retenus par l’auditeur général de l’armée contre l’ancien président.
Un procès à « motivation politique »
De son côté, la famille politique de Joseph Kabila dénonce un procès politique. « C’est un procès typiquement politique et à motivation politicienne, viciant toutes les règles en la matière », a déclaré Aubin Minaku, vice-président du Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie (PPRD). Pour lui, ce procès ne favorise pas un climat qui devrait amener des Congolais à se « parler profondément » pour trouver des solutions à cette crise. Pour d’autres proches de Kabila, ce procès ne « favorise pas la cohésion nationale ». À la défensive, Emmanuel Shadary, le secrétaire permanent de ce parti estime que ce procès est tout sauf un procès équitable. « Avec une justice qui n’est pas indépendante, la condamnation est déjà acquise, le reste, c’est du théâtre, une mise en scène ridicule ».
Des anciens chefs d’État, hier intouchables…
Longtemps perçus comme intouchables, les anciens présidents africains ne sont plus systématiquement à l’abri des poursuites judiciaires. Ces dernières années, plus d’une douzaine d’anciens chefs d’État ont été traduits en justice, voire condamnés, pour corruption, crimes de guerre ou abus de pouvoir. Ce phénomène en expansion témoigne d’un changement dans la perception de la gouvernance, mais révèle aussi les limites des institutions judiciaires africaines à juger ce genre de personnalités. De 2008 à 2025, de nombreux anciens chefs d’État ont été inquiétés soit par une justice internationale, locale ou africaine.
Côte d’Ivoire : Laurent Gbagbo face à la CPI
Arrêté par les rebelles pro-Alassane Ouattara appuyés par les forces françaises le 11 avril 2011, dans la foulée d’une guerre civile née de la crise post-électorale, le président Laurent Gbagbo sera transféré quelques mois après à la Cour pénale internationale (CPI). Après avoir passé près de cinq ans dans le célèbre centre de détention de Scheveningen dans le quartier luxueux de la banlieue de La Haye, l’ancien président ivoirien n’avait fait face à ses juges qu’en janvier 2016. L’ancien président était poursuivi pour quatre chefs d’accusation, à savoir crimes contre l’humanité (meurtre, viol, autres actes inhumains ou – à titre subsidiaire – tentative de meurtre, et persécution) prétendument perpétrés dans le contexte des violences post-électorales en Côte d’Ivoire entre 2010 et 2011. Il avait été jugé ensemble avec Charles Blé Goudé, un de ses fidèles lieutenants. Leurs affaires avaient été jointes le 11 mars 2015 et le procès s’est ouvert le 28 janvier 2016. Mais le 15 janvier 2019, la Chambre de première instance I, à la majorité, a acquitté Laurent Gbagbo et Charles Blé Goudé de toutes les charges de crimes contre l’humanité prétendument perpétrés en Côte d’Ivoire en 2010 et 2011. Malgré l’appel interjeté par le procureur de la CPI contre cette décision, cette juridiction va confirmer l’acquittement de ces deux accusés en 2019. Après 10 ans d’absence, Laurent Gbagbo est retourné en Côte d’Ivoire en 2021.
Tchad : Hissène Habré face à une justice africaine
En 2016, l’Afrique a assisté à un moment historique avec la condamnation de Hissène Habré, ex-président du Tchad, à la prison à perpétuité pour crimes contre l’humanité. Jugé à Dakar par une juridiction spéciale africaine, ce procès a marqué une première : un ancien chef d’État africain condamné par un autre pays africain. Ce verdict a été salué comme une avancée majeure dans la lutte contre l’impunité particulièrement des anciens chefs d’État africains. Accusé d’être responsable de la mort de près de 40 000 personnes au Tchad, l’ancien président tchadien a fait l’objet de nombreuses poursuites judiciaires. Arrêté une première fois le 15 novembre 2005 après un mandat d’arrêt international émis par la justice belge, l’ancien chef d’État tchadien avait finalement relâché. En exil à Dakar avec sa famille, la justice sénégalaise s’était déclarée incompétente pour connaître de l’affaire Habré. Mais l’affaire sera portée au niveau de l’Union africaine qui, en juillet 2006, mandate le Sénégal pour juger le président Habré pour crimes contre l’humanité, crimes de guerre et actes de tortures. En juillet 2015, son procès démarre à Dakar. L’ancien homme fort de N’Djamena sera jugé par une juridiction d’exception mise en place par l’Union africaine (UA) dénommée : Chambres africaines extraordinaires. Le 30 mai 2016, Hissène Habré sera reconnu coupable de crimes contre l’humanité, d’esclavage et de viols, d’enlèvements et exécutions. Le 29 juillet 2016, il est condamné à verser près de 20 millions de FCFA à chaque victime. Il va passer sa prison au Sénégal où il s’était exilé. En avril 2020, à cause de la pandémie du Covid-19, sur demande de son avocat qui a évoqué des raisons de santé, il était placé en résidence surveillée. Mais le 7 juin de la même année, il retournera en prison. Chassé du pouvoir par Idriss Deby en 1990, Hissène Habré va mourir à l’âge de 79 ans dans une clinique de Dakar, le 24 août 2021.
Afrique du Sud : la justice ne ménage pas Zuma
Depuis 2018, le président sud-africain Jacob Zuma était poursuivi pour fraude, corruption, racket et blanchiment d’argent dans le cadre d’un contrat d’armement de 1999 impliquant le groupe français Thales. Le 7 juillet 2021, Jacob Zuma a été condamné à 15 mois de prison ferme par la Cour constitutionnelle sud-africaine pour avoir refusé de témoigner devant la Commission d’enquête dite « Commission Zondo ». Dans un rapport de 5000 pages présenté en 2022 au Parlement, l’ex-président Jacob Zuma y est décrit comme « le pantin » d’un sulfureux trio d’hommes d’affaires ayant siphonné les caisses de l’État. Ce système de prédation décrit aussi comme une « capture d’État » a été, selon les mots du président sud-africain Cyril Ramaphosa, comme « une réelle attaque contre notre démocratie. » Cette capture d’État « a violé les droits de chaque homme et chaque femme dans ce pays », avait-il ajouté lors de la remise officielle du rapport à Pretoria, employant le terme utilisé dans le pays pour désigner les années de corruption rampante. Il avait estimé les montants détournés par ce système à l’équivalent de plus de 30 milliards d’euros. En 2021, l’incarcération de Jacob Zuma suite à son refus de coopérer avec la commission d’enquête sur ce dossier avait été suivie, dans un climat socio-économique morose, d’une vague de violences sans précédent et jamais constatée au pays depuis la fin de l’apartheid, faisant plus de 350 morts. Ces violences étaient principalement localisées dans les provinces du KwaZulu Natal et de Gauteng. Ayant créé son propre parti politique baptisé Umkhonto We Sizwe (MK, « Lance de la nation » en zoulou), ses partisans avaient promis « l’anarchie » si les tribunaux tourmentaient leur formation avant les élections de juin 2024, suscitant l’inquiétude des autorités. Suite à sa condamnation de 15 mois, Jacob Zuma avait été exclu des scrutins de 2024. La Cour constitutionnelle sud-africaine avait déclaré, en mai 2024, que l’ex-président Jacob Zuma était « inéligible » en raison d’une condamnation à la prison en 2021, et avait prononcé son exclusion des élections générales. À ce jour, ses ennuis judiciaires n’ont pas encore connu le bout du tunnel. Mais l’homme jongle habilement avec la récusation des procureurs placés derrière son dossier. En 2025, la Cour suprême d’appel (SCA) a rejeté l’ultime demande de Zuma visant à faire récuser le procureur Billy Downer, jugeant que son argument de partialité n’avait aucun fondement sérieux. La SCA a également refusé la prolongation supplémentaire du procès, qualifiant les démarches de Zuma de « dénuées » de perspectives de succès.
Burkina Faso : Blaise Compaoré condamné à vie
Au Burkina Faso, l’ancien président, Blaise Compaoré (au pouvoir entre 1987 et 2014), a été condamné à la prison à vie pour attentat à la sûreté de l’État et complicité dans l’assassinat de son prédécesseur, Thomas Sankara en 1987. C’est ce qu’avait décidé, en avril 2022, le tribunal militaire de Ouagadougou. Ce procès concernait l’implication de l’ancien chef d’État, en exil en Côte d’Ivoire, dans l’assassinat de son prédécesseur et ami, Thomas Sankara. Mais la justice burkinabè a mis en avant d’autres crimes également. Blaise Compaoré, qui a dirigé le Burkina Faso pendant 27 ans après avoir pris le pouvoir lors d’un coup d’État ayant conduit à la mort de Sankara, a été jugé par contumace. Le verdict, rendu le 6 avril 2022, l’a condamné à la prison à vie, ainsi que Gilbert Diendéré et Hyacinthe Kafando. Le général Gilbert Diendéré – proche de Blaise Compaoré – sera quelques mois plus tard condamné à nouveau dans un autre procès concernant l’assassinat d’un leader de l’Association nationale des étudiants burkinabè dans les années 1990, Boukary Dabo. Ce dernier, étudiant en 7e année de médecine, avait été à la pointe des manifestations contre le président d’alors, Blaise Compaoré. Boukary Dabo avait été enlevé le 19 mai 1990 par des hommes armés qui auraient été envoyés par le général Diendéré.
Liberia : Charles Taylor condamné pour crimes de guerre
Charles Taylor, président du Liberia de 1997 à 2003, a été condamné en 2012 par le Tribunal spécial pour la Sierra Leone à 50 ans de prison pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité. Accusé d’avoir soutenu les rebelles du Front révolutionnaire uni (RUF) en Sierra Leone en échange de diamants, Taylor a été reconnu coupable d’avoir aidé et encouragé des atrocités commises pendant la guerre civile sierra-léonaise. Son procès, qui s’est déroulé à La Haye, a marqué une étape importante dans la justice internationale, étant le premier chef d’État africain condamné par un tribunal international depuis les procès de Nuremberg. Taylor purge actuellement sa peine au Royaume-Uni, loin de son pays natal.
Mauritanie : Mohamed Ould Abdel Aziz condamné pour corruption
Mohamed Ould Abdel Aziz, président de la Mauritanie de 2009 à 2019, a été condamné en décembre 2023 à cinq ans de prison pour corruption, blanchiment d’argent et enrichissement illicite. Sa peine a été portée à 20 ans en février 2025, puis réduite à 15 ans en mai 2025. L’ancien président a été accusé d’avoir détourné des fonds publics et d’avoir accumulé une fortune illégale pendant son mandat. Ses biens ont été confisqués, et il a été déchu de ses droits civiques. Ses avocats ont dénoncé un procès politiquement motivé, arguant que les accusations visaient à neutraliser son influence politique. La justice mauritanienne a toutefois maintenu les charges, renforçant la lutte contre la corruption dans le pays.
Comores : Ahmed Abdallah Sambi condamné à perpétuité
Ahmed Abdallah Sambi, président des Comores de 2006 à 2011, a été condamné en novembre 2022 à la prison à vie pour haute trahison. Il était accusé d’avoir vendu illégalement des passeports comoriens à des apatrides, notamment des Bédouins du Golfe, dans le cadre d’un programme censé financer le développement du pays. Après quatre ans de détention préventive, Sambi a été jugé et reconnu coupable, une décision qui a suscité des controverses et des accusations de partialité judiciaire. Ce procès, dans un petit État insulaire, illustre l’extension de la reddition de comptes même dans des contextes moins médiatisés.
Madagascar : Marc Ravalomanana condamné pour abus de pouvoir
Marc Ravalomanana, président de Madagascar de 2002 à 2009, a été condamné en 2010 à quatre ans de prison pour abus de pouvoir. Il était également accusé de meurtre en relation avec des violences survenues en 2009, lorsqu’il a été renversé par un coup d’État. Exilé en Afrique du Sud, Ravalomanana est retourné à Madagascar en 2014 et a été brièvement arrêté avant d’être libéré. Bien que sa condamnation initiale ait été prononcée en son absence, il a continué à jouer un rôle dans la politique malgache, soulignant les défis d’une justice perçue comme politisée dans des contextes de transition politique.
Guinée : Moussa Dadis Camara condamné pour crimes contre l’humanité
Moussa Dadis Camara, qui a dirigé la Guinée de 2008 à 2009 après un coup d’État, a été condamné en juillet 2024 à 20 ans de prison pour crimes contre l’humanité. Il était accusé d’être responsable du massacre du 28 septembre 2009, au cours duquel plus de 150 manifestants ont été tués par les forces de sécurité à Conakry. Après des années d’exil au Burkina Faso, Camara est rentré en Guinée en 2021 et a été arrêté. Son procès, qui s’est ouvert en 2022, a été un moment clé pour la justice en Guinée et pour les victimes du massacre, marquant un pas vers la reconnaissance des responsabilités dans les violences d’État.
Égypte : Hosni Mubarak jugé et initialement condamné
Hosni Mubarak, président de l’Égypte de 1981 à 2011, a été jugé en 2011 pour complicité dans le meurtre de manifestants lors de la révolution égyptienne. En 2012, il a été condamné à la prison à vie, mais cette condamnation a été annulée en 2014, et il a été acquitté en 2017 après un nouveau procès. Bien que finalement libéré, son cas a marqué un moment historique où un leader arabe a été jugé par son propre pays pour des crimes commis pendant son règne. Ce procès a suscité des débats sur la justice transitionnelle dans le contexte du Printemps arabe.
Tunisie : Zine El Abidine Ben Ali condamné par contumace
Zine El Abidine Ben Ali, président de la Tunisie de 1987 à 2011, a été condamné par contumace à de multiples peines de prison, dont la prison à vie, pour corruption, détournement de fonds et répression violente des manifestations. Après avoir fui en Arabie Saoudite lors de la révolution tunisienne de 2011, Ben Ali a été jugé et condamné en son absence. Il est décédé en exil en 2019 sans avoir purgé ses peines, mais son cas reste un symbole des efforts pour juger les anciens dirigeants dans le sillage des soulèvements populaires.
Autres dossiers judiciaires marquants…
Un autre exemple marquant, c’est celui de l’ancien président algérien, Abdelaziz Bouteflika. L’ex-dictateur algérien avait été ciblé par la justice après sa chute en 2019, mais c’était beaucoup plus ses proches collaborateurs qui ont été condamnés. Au Soudan, Omar el-Béchir, chef d’État entre 1989 et 2019, avait été ciblé par la CPI qui l’accuse de génocide, crimes de guerre, crimes contre l’humanité perpétrés notamment dans la région de Darfour. Arrêté au Soudan, l’ancien chef de l’État n’a pas encore été livré à la CPI malgré les mandats d’arrêt délivrés à son encontre. La justice locale l’avait jugé et condamné à deux ans pour corruption, mais pas pour crime de guerre.
En Centrafrique, l’ancien président François Bozizé, chef d’État entre 2003 et 2013, est poursuivi par la justice centrafricaine pour crimes contre l’humanité et incitation à la guerre civile. Il est sous mandat d’arrêt émis par la justice centrafricaine depuis 2020. Depuis la chute de son pouvoir, François Bozizé vit en exil au Cameroun.
En Guinée, Alpha Condé, président de 2010 à 2021, fait l’objet de poursuites judiciaires depuis 2022 pour meurtre, torture, corruption et autres crimes. En 2023, des charges de trahison ont été ajoutées. Après avoir été renversé par un coup d’État en 2021, Condé a été détenu avant d’être autorisé à quitter le pays pour des raisons médicales. Il vit actuellement en exil en Turquie, mais la justice guinéenne continue de le poursuivre.
Un autre ancien dictateur est dans le collimateur de la justice, c’est l’ancien président gambien, Yahya Jammeh. Chef d’État entre 1994 et 2017, Yahya Jammeh est accusé de meurtres, tortures, viols et disparition forcée. Un rapport de la Commission vérité en 2021 en Gambie recommande des poursuites judiciaires contre l’ancien président. Depuis la fin de son pouvoir, il vit en exil en Guinée équatoriale.
Enfin, un autre cas, c’est celui du président érythréen, Issayas Afeworki. Toujours au pouvoir, l’homme est accusé par des ONG de violations graves des droits humains. Pas de procédure judiciaire lancée, mais il figure parfois dans les discussions sur la justice internationale.
Une nouvelle ère de justice politique
L’Afrique semble entrer dans une nouvelle ère de justice politique, où les fonctions présidentielles ne garantissent plus une immunité à vie. Mais rares sont les cas de président en fonction et d’anciens présidents restés au pays. Pour la plupart, ils s’exilent. Si cette dynamique se confirme, elle pourrait favoriser une gouvernance plus responsable et dissuader les abus. À condition que ces procès restent guidés par l’État de droit, et non par la revanche ou les calculs partisans.
Heshima
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Dossier
Accords de Washington : la mise en œuvre traîne, un an après…
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1 mois agoon
septembre 10, 2026By
La redaction
Signés le 27 juin 2025 et entérinés, six mois plus tard, par les présidents Félix Tshisekedi et Paul Kagame, dans un climat de fortes tensions, les accords de Washington n’ont toujours pas produit les effets escomptés. Un an après leur signature, la paix reste hors de portée dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC). Leur mise en œuvre patine et paraît de plus en plus hypothétique, malgré les sanctions infligées au Rwanda par les États-Unis.
Après plusieurs cycles de discussions sans résultats décisifs, le processus de désescalade engagé entre Kinshasa et Kigali semble s’être enlisé. Pourtant, les deux parties poursuivent leurs rencontres dans le cadre des mécanismes prévus par l’accord. Le 24 juin 2026, lors de la sixième réunion du Comité mixte de surveillance (CMS), les deux délégations ont réaffirmé leur volonté d’accélérer la mise en œuvre de l’accord afin de réduire les tensions dans l’est de la RDC.
Mais sur le terrain, les avancées restent limitées. Selon le Baromètre des accords de paix en Afrique, un an après leur signature, les accords de Washington n’ont été mis en œuvre qu’à hauteur de 35 %. Sur les 30 engagements prévus, seuls trois ont été pleinement réalisés, notamment la mise en place d’un mécanisme conjoint de coordination sécuritaire et du Comité mixte de surveillance. Tous les autres volets accusent un retard important.
Le Baromètre relève toutefois quelques progrès. Du côté congolais, les opérations de neutralisation des FDLR, lancées à la fin du mois de mars 2026, obtiennent une note de 5 sur 10. En revanche, du côté rwandais, le retrait des troupes et la levée des mesures défensives n’atteignent qu’un score de 2,5 sur 10. Il apparaît également un profond déséquilibre dans les priorités d’exécution. Les engagements sécuritaires les plus sensibles restent pratiquement au point mort. Le déficit de confiance entre les deux parties continue de freiner la coopération et favorise la poursuite des hostilités sur le terrain.
Le Rwanda renforce sa présence
Alors que Kigali s’était engagé à retirer ses forces du territoire congolais et à lever certaines mesures défensives, plusieurs rapports indiquent au contraire un renforcement de sa présence militaire dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu. Les autorités rwandaises justifient ce maintien par la menace persistante que représenteraient les FDLR et par la nécessité de préserver leur sécurité. Dans un rapport adressé au Conseil de sécurité des Nations unies, le Groupe d’experts indique que, depuis le lancement du processus de Doha en mars 2025, les territoires contrôlés par l’AFC/M23 se sont étendus de plus de 35 %. Le même rapport estime qu’entre 14 000 et 18 000 militaires rwandais restent déployés dans l’est de la RDC.
Les sanctions américaines montrent leurs limites
Parallèlement, les négociations menées à Doha, sous la médiation du Qatar entre le gouvernement congolais et l’AFC/M23, peinent-elles aussi à produire des résultats concrets. De même, la pression diplomatique et économique exercée par les États-Unis sur Kigali ne semble pas modifier le rapport de force sur le terrain. Washington a pourtant multiplié les sanctions contre des responsables rwandais accusés de soutenir l’AFC/M23 ou de tirer profit de l’exploitation illégale des ressources minières congolaises.
En juin dernier, les États-Unis ont sanctionné plusieurs ressortissants rwandais soupçonnés de participer au trafic d’or extrait illégalement dans l’est de la RDC. La raffinerie Gasabo Gold Refinery Ltd, basée à Kigali, ainsi que plusieurs membres de son réseau, sont accusés de blanchir cet or. « Les États-Unis ne permettront pas à des acteurs malveillants de tirer profit du commerce illicite des minerais et de déstabiliser la région », a déclaré le secrétaire américain au Trésor, Scott Bessent. Quelques mois auparavant, l’administration Trump avait déjà pris des sanctions contre plusieurs officiers supérieurs des Forces de défense rwandaises.
Malgré ces mesures, Kigali ne donne aucun signe de recul. Le porte-parole de l’armée rwandaise, le brigadier-général Patrick Karuretwa, lui-même visé par des sanctions américaines, a déclaré sur un plateau de télévision que « le Rwanda est à Goma et à Bukavu pour y rester ; se retirer serait suicidaire ».
Autre paradoxe : James Kabarebe, sanctionné par le Trésor américain en 2025 pour son rôle présumé dans le soutien au M23 et dans l’exploitation des ressources minières congolaises, a été promu ministre d’État chargé de l’Intégration régionale. Il est aujourd’hui l’interlocuteur officiel du Rwanda pour le volet économique des accords de Washington, pourtant parrainés par les États-Unis.
Le dialogue comme alternative
Face aux difficultés rencontrées par les initiatives diplomatiques, plusieurs acteurs politiques et organisations de la société civile congolaises plaident désormais en faveur d’un dialogue national inclusif. Pour eux, un dialogue interne pourrait permettre de consolider les accords de Washington en abordant d’autres causes profondes de la crise, notamment les questions de gouvernance, de cohésion nationale et de légitimité des institutions. « Sans dialogue national inclusif, Washington et Doha ne mèneront pas à une paix durable », ont notamment affirmé plusieurs organisations de la société civile.
Dans cette perspective, le président burundais Évariste Ndayishimiye, également président en exercice de l’Union africaine, a reçu, le 7 juillet 2026, une délégation de responsables politiques congolais ainsi que des représentants de la CENCO, de l’ECC et des Églises de réveil. À l’issue des échanges, le chef de l’État burundais a insisté sur la nécessité d’un dialogue inclusif. La coalition C64 lui a, pour sa part, réaffirmé son opposition à toute modification de la Constitution du 18 février 2006.
Mais le consensus est encore loin d’être trouvé. Majorité et opposition divergent aussi bien sur les participants que sur le contenu du futur dialogue. Le pouvoir refuse que ce cadre serve de « blanchisserie » à ceux qui ont pris les armes contre la République, tandis que les responsables religieux plaident pour une participation sans exclusion.
Sur le fond également, les positions restent éloignées. Certains souhaitent un dialogue centré sur la cohésion nationale, d’autres veulent remettre sur la table l’ensemble de l’ordre politique issu des élections de 2023. Pour Jean-Claude Katende, président de l’Association africaine de défense des droits de l’homme (ASADHO), le dialogue est devenu incontournable. Mais, prévient-il, il ne devra pas occulter les impératifs de justice et de lutte contre l’impunité.
Hubert Mwipatayi
Dossier
OIF : La bataille d’ambitions se déclenche en RDC
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9 mois agoon
février 4, 2026By
La redaction
À l’approche de la fin du second mandat de la Rwandaise Louise Mushikiwabo à la tête de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), les lignes commencent à bouger en République démocratique du Congo. Kinshasa a annoncé son intention de présenter un candidat à la prochaine élection alors que Kigali compte maintenir Mushikiwabo pour un troisième mandat. Depuis, une bataille des ambitions se déclenche en République démocratique du Congo (RDC) et des noms circulent déjà.
La succession de Louise Mushikiwabo, dont le mandat arrive à échéance en 2026, ouvre une nouvelle phase de tractations au sein de l’OIF. En RDC, pays au poids démographique et linguistique majeur dans l’espace francophone, la perspective de voir émerger un candidat national suscite un intérêt croissant, tant dans les sphères politiques que diplomatiques.
Plus grand pays francophone du monde par le nombre de locuteurs, la RDC estime disposer d’une légitimité naturelle pour briguer le poste de secrétaire général. Plusieurs profils circulent déjà dans les cercles de pouvoir : anciens ministres, diplomates chevronnés ou figures issues des organisations internationales. Pour l’heure, aucun nom n’est officiellement avancé, mais les consultations internes se multiplient. Cette effervescence intervient dans un contexte africain particulier. Après deux mandats consécutifs confiés à une ressortissante rwandaise, soutenue à l’époque par la France, de nombreux États africains plaident pour une alternance équilibrée, tenant compte à la fois des régions et des sensibilités politiques. La RDC pourrait ainsi apparaître comme un compromis crédible, à condition de rallier un large consensus. Mais au-delà de tout, le mot de Paris sur l’élection du secrétaire général est non négligeable.
Chez Macron, Tshisekedi a-t-il eu le feu vert de Paris ?
De retour de Davos le 21 janvier et après une escale privée à Bruxelles, le chef de l’Etat congolais s’était rendu le 23 janvier à Paris. Lors de ce court séjour, le président Tshisekedi a eu un déjeuner avec son homologue français Emmanuel Macron. Au cours des échanges, d’aucuns pensent que la question de l’OIF a été aussi abordée au-delà des questions bilatérales et celles relatives à la situation sécuritaire dans la région des Grands Lacs. Juste après cette visite, Crispin Mbadu, ministre délégué près le ministre des Affaires étrangères chargé de la Francophonie et de la Diaspora congolaise, a annoncé, le 30 janvier 2026, au conseil des ministres, l’intention de la RDC de présenter un candidat à la tête de cette organisation internationale.
À travers madame Louise Mushikiwabo, le Rwanda veut obtenir un troisième mandat à la tête de cette organisation francophone. Mais en réponse à cette candidature, la RDC a décidé de positionner son propre candidat. Et l’entente entre Kinshasa et Paris sur ce point semble avoir eu lieu. Ce qui risque d’ouvre également une bataille diplomatique entre Kinshasa et Kigali.
Mais la RDC semble désormais avoir une certitude sur sa candidature. « La francophonie est un processus, une élection. Ce ne sont pas des pays qui se présentent, mais des candidats. La France, à ce stade, est ouverte évidemment à toutes les candidatures, les candidatures qui peuvent se faire, si je ne me trompe pas, jusqu’au 15 mai. Nous serons évidemment très attentifs à ce processus », a déclaré Éléonore Caroit,ministre déléguée auprès du ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, chargée de la Francophonie, des Partenariats internationaux et des Français de l’étranger, lors de son séjour à Kinshasa. D’après elle, « l’important pour nous, c’est que la RDC joue pleinement son rôle au sein de la francophonie ».
Avant le choix de Fatshi, la bataille s’annonce rude
Bien que le chef de l’Etat congolais devrait trancher sur le profil idoine, la bataille s’annonce cependant rude. Dans un contexte d’extrême tension entre Kinshasa et Kigali, qui soutient les rebelles de l’AFC/M23 dans l’est du Congo, Félix Tshisekedi a décidé de riposter en présentant une candidature concurrente pour le poste de secrétaire. Des noms sont immédiatement cités dans la foulée. C’est le cas de Christophe Lutundula, ancien ministre des Affaires étrangères de Félix Tshisekedi, madame Thérèse Kayikwamba Wagner, l’actuelle cheffe de la diplomatie congolaise est également citée aux côtés d’un troisième nom : Isidore Kwandja Ngembo. Ce dernier a été à la coordination nationale des 9èmes Jeux de la Francophonie en juillet et août 2023.
Mais deux noms semblent avoir percer en haut lieu. C’est d’abord celui du prix Nobel de la paix 2018, Denis Mukwege et l’ancien ministre des Finances, Freddy Matungulu. À Kinshasa, le défi est donc double : désigner un candidat fédérateur et construire une diplomatie offensive capable de convaincre au-delà des alliances traditionnelles. L’OIF, souvent perçue comme une institution symbolique, est devenue un véritable enjeu de soft power, où chaque élection révèle les rapports de force du monde francophone. D’ailleurs, l’élection d’une Rwandaise à la tête de cette organisation a frustré plus d’un au sein de cet espace. Le Rwanda étant devenu un pays anglophone et membre à part entière du Commonwealth, cette élection de Louise Mushikiwabo avait égratigné l’image de l’OIF au sein de l’espace francophone.
Denis Mukwege, profil sérieux et une voix morale
Son nom revient en boucle depuis 72 heures. Médecin gynécologue, militant infatigable des droits humains et prix Nobel de la paix, Denis Mukwege incarne depuis plus de deux décennies une voix morale majeure en République démocratique du Congo et bien au-delà. L’engagement de cet homme dépasse le cadre de la médecine. Né le 1er mars 1955 à Bukavu, dans l’est de la République démocratique du Congo, Denis Mukwege a été formé à la médecine au Burundi puis spécialisé en gynécologie obstétrique en France. Il rentre en RDC au début des années 1990, alors que le pays bascule dans une spirale de conflits armés. En 1999, il fonde l’hôpital de Panzi, à Bukavu. L’établissement devient rapidement un refuge pour des milliers de femmes victimes de violences sexuelles, utilisées comme armes de guerre dans l’est du pays.
Au-delà des soins chirurgicaux, le docteur Mukwege développe une approche holistique de la prise en charge : soutien psychologique, accompagnement juridique et réinsertion socio-économique. Cette vision globale, innovante à l’époque, fait de Panzi un modèle reconnu internationalement. En 2023, Mukwege s’essaie en politique et se porte candidat président de la République. Malgré sa défaite lors de la présidentielle remportée par Félix Tshisekedi, l’homme n’a pas cessé de défendre les causes du pays notamment la crise dans l’Est de la République.
Freddy Matungulu, un profil de discipline
Ancien ministre des Finances, professeur d’université et figure de l’opposition congolaise, Freddy Matungulu incarne depuis plus de deux décennies une parole rare dans le paysage politique du pays : celle de la rigueur économique et de l’éthique publique. Né à Kinshasa, Freddy Matungulu s’est d’abord fait connaître loin des tribunes politiques. Docteur en économie, il mène une carrière universitaire et internationale, travaillant notamment avec des institutions financières et des organisations de développement. Cette trajectoire technocratique le propulse en 2001 au ministère des Finances, dans un contexte de transition politique et de reconstruction économique post-conflit.
À la tête de ce portefeuille stratégique, Matungulu tente d’imposer des principes de discipline budgétaire et de transparence, dans un environnement institutionnel encore fragile. Son passage, bref mais marquant, lui vaut une réputation d’homme austère, peu enclin aux compromis, mais respecté pour sa compétence. Après son départ du gouvernement, il revient à l’enseignement et à la réflexion économique, tout en prenant progressivement position dans le débat public.
C’est dans l’opposition politique qu’il se forge une nouvelle identité. Fondateur et leader du parti Congo Na Biso (CNB), Freddy Matungulu défend une vision centrée sur la bonne gouvernance, la lutte contre la corruption et la responsabilisation des élites. Ce parti a prôné l’alternance démocratique et a soutenu la candidature de Matungulu lors de la présidentielle de 2018, avant d’intégrer la coalition LAMUKA. Après ce scrutin remporté par Félix Tshisekedi, ce dernier va proposer sa candidature à la Banque africaine de développement (BAD).
Thérèse Kayikwamba, la pièce maitresse de la diplomatie
Figure montante de la diplomatie congolaise, l’actuelle ministre d’État, ministre des Affaires étrangères de la RDC incarne une nouvelle génération de leadership congolais, à la croisée du multilatéralisme, de la rigueur technocratique et de l’engagement politique. Née au pays et formée dans de prestigieuses institutions académiques internationales, Thérèse Kayikwamba Wagner s’est imposée au fil des années comme l’un des visages les plus crédibles de la diplomatie congolaise. Son parcours, marqué par une solide expertise en relations internationales et en gouvernance, la distingue dans un paysage politique longtemps dominé par des profils traditionnels.
Avant son entrée au gouvernement, elle s’illustre au sein d’organisations multilatérales et de centres de réflexion stratégiques, notamment aux Nations unies, où elle travaille sur les questions de paix, de sécurité et de prévention des conflits. Cette expérience internationale affine sa lecture des rapports de force mondiaux et renforce sa capacité à défendre les intérêts congolais dans des enceintes souvent complexes. Elle est actuellement la pièce maitresse de la diplomatie du pays. Ce qui fait dire à certains que Félix Tshisekedi aura du mal à la laisser filer à l’OIF.
Isidore Kwandja, l’homme des Jeux de la Francophonie
Ce natif de Banga, localité située dans le territoire d’Ilebo au Kasaï, a effectué ses études secondaires à Tshikapa, l’actuel chef-lieu de sa province d’origine. Il a poursuivi ses études universitaires à l’Université pédagogique nationale (UPN), à Kinshasa où il a obtenu une licence en histoire. Isidore Kwandja est allé ensuite à l’Université catholique de Kinshasa où il a décroché un diplôme d’études supérieures en économie du développement. Avide d’approfondir ses études, il ne va pas s’arrêter là. Il s’est envolé pour la Belgique où il a emporté deux masters, dont l’un en développement international à l’Université catholique de Louvain et un autre en droit international, à l’Université Saint Louis de Bruxelles, avait retracé Heshima Magazine dans un portrait qui lui a été réservé. Après son passage en Belgique, toujours dans sa quête de perfection, il s’est retrouvé au Canada où il va gagner haut la main deux autres masters dont, l’un en administration publique, à l’École nationale d’administration publique et l’autre en sciences politiques, à l’Université d’Ottawa.
Son ambition ne se limitant pas là, il a également obtenu un nouveau diplôme en éthique publique à l’université Saint-Paul à Ottawa. Il parfait actuellement ses connaissances au cycle doctoral, toujours dans cette même université. Et c’est bardé de tous ces titres universitaires, qu’il entame sa carrière au Canada.
Une expérience professionnelle solide
Dans ce pays, où il a évolué pendant plus d’une décennie, Isidore Kwandja a accumulé une grande expérience professionnelle. Il a travaillé pendant 15 années au sein de l’administration publique canadienne. Il a notamment exercé comme analyste des politiques publiques à la Direction des Affaires internationales du ministère de l’Environnement et du Changement climatique du Canada.
Il a été également chargé d’analyse des politiques environnementales de dix pays membres de la Commission des Forêts d’Afrique Centrale (COMIFAC), à savoir l’Angola, le Burundi, le Cameroun, le Gabon, la Guinée équatoriale, la République démocratique du Congo, la République Centrafricaine, le Rwanda, Sao Tomé-et-Principe et le Tchad. Spécialisé en management des organisations publiques, en gestion axée sur les résultats et réforme des administrations publiques, Isidore Kwandja a aussi travaillé comme analyste des politiques publiques dans plusieurs autres ministères du gouvernement fédéral du Canada. Avec la Francophonie, il a une expérience particulière : celle d’avoir coordonné au niveau national les 9èmes Jeux de la Francophonie. Une expérience dont il n’hésite pas de brandir comme un atout pour être présenté comme candidat de la RDC au poste de secrétaire général de l’OIF.
Christophe Lutundula, l’expérience politique
Juriste de formation, parlementaire chevronné et ancien chef de la diplomatie congolaise, Christophe Lutundula Apala incarne une figure discrète mais centrale de la vie politique de la RDC, marquée par la constance, le dialogue et le sens de l’État. Né en 1960, Christophe Lutundula se forge très tôt une réputation d’intellectuel rigoureux. Docteur en droit international, il s’impose dans les années 1990 comme l’un des acteurs clés de la transition politique congolaise. Sa notoriété grandit lorsqu’il préside la Commission spéciale chargée d’examiner la validité des conventions économiques et financières signées pendant les guerres, un travail resté dans l’histoire politique du pays sous le nom de « rapport Lutundula ».
Ce rapport, salué pour sa minutie mais politiquement sensible, révèle des pratiques opaques dans la gestion des ressources naturelles et place Lutundula au cœur du débat sur la souveraineté économique et la responsabilité de l’État. Dès lors, il devient une référence morale et technique sur les questions de gouvernance. Il a été ministre d’Etat, ministre des Affaires étrangères au sein du gouvernement Sama Lukonde. Son profil pour l’OIF pourrait apporter de l’expérience.
Cette bataille s’annoncera rude au niveau des profils, avant le dernier mot de Félix Tshisekedi. Mais la RDC risque de ne pas être seule à la course. D’autres capitales africaines, notamment en Afrique de l’Ouest et du Nord, affûtent également leurs stratégies. À cela s’ajoutent les attentes des pays non africains de l’OIF, soucieux de voir l’organisation renforcer son rôle en matière de gouvernance démocratique, de jeunesse et de transformation numérique. Si rien n’est encore joué, une chose est certaine : la course à la succession de Louise Mushikiwabo est bel et bien lancée. Et dans cette bataille feutrée des ambitions, la RDC entend désormais faire entendre sa voix, convaincue que l’heure du leadership congolais au sommet de la Francophonie a peut-être enfin sonné.
Heshima
Dossier
Bilan du PDL-145-T en RDC : Entre espoirs concrets et défis persistants…
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9 mois agoon
janvier 7, 2026By
La redaction
Lancé en grande pompe par le président Félix Tshisekedi, le Programme de développement local des 145 territoires (PDL-145T) se voulait un levier majeur de réduction des inégalités territoriales en République démocratique du Congo (RDC). Plusieurs années après son démarrage, l’heure est au bilan, entre avancées visibles sur le terrain et critiques sur la mise en œuvre.
Pensé comme un outil de transformation structurelle à la base, le PDL-145T avait pour ambition de désenclaver les territoires, améliorer l’accès aux services sociaux de base et stimuler les économies locales. Écoles, centres de santé, bâtiments administratifs, routes de desserte agricole : les projets identifiés répondaient aux besoins les plus pressants des populations rurales, longtemps marginalisées par les politiques publiques. Sur le terrain, des réalisations sont palpables. Dans plusieurs provinces, de nouvelles infrastructures scolaires et sanitaires ont vu le jour, permettant à des milliers de citoyens d’accéder plus facilement à l’éducation et aux soins. Le programme a également généré des emplois temporaires et relancé une certaine dynamique économique locale, notamment à travers les travaux publics.
Un bilan satisfaisant selon la Présidence de la République
Depuis fin 2025 et début 2026, la Présidence de la République, à travers un conseiller, fait l’évaluation des travaux de ce vaste projet. Dieudonné Tshiakambila, conseiller spécial du Chef de l’État chargé du PDL-145T a été en tournée dans plusieurs provinces. « Lors de notre ronde dans l’espace Grand-Kasaï pour superviser la matérialisation du Programme de développement local des 145 territoires (PDL-145T), tout le monde est unanime que ce genre de bâtisses, dans les milieux très reculés, n’existaient pas avant. Ces ouvrages construits par le Chef de l’État sont très bien accueillis et très bien appréciés par la population, qui se sent enfin considérée au même titre que ceux des villes », a rapporté Dieudonné Tshiakambila après sa tournée.
Selon lui, des populations estiment que depuis le départ des Belges, rien de pareil n’a été construit et personne n’a jamais fait le déplacement jusqu’au fin fond de ces territoires comme il venait de l’effectuer afin de leur apporter soutien et espoir au nom du Chef de l’Etat, Félix Tshisekedi, à travers les grands ouvrages qu’il est en train de réaliser pour la population de ces territoires. Cette évaluation concernait notamment les provinces du Kasaï Oriental, Kasaï Central et Kasaï.
Des objectifs pas atteints en 2025 !
Cependant, le bilan reste contrasté. Des retards importants dans l’exécution des travaux ont été constatés, des problèmes de coordination entre les acteurs impliqués et des surcoûts ont été régulièrement dénoncés. Certaines infrastructures ont été livrées inachevées ou ne répondent pas toujours aux standards de qualité attendus. À cela s’ajoutent des critiques sur le manque d’appropriation locale et la faible implication des autorités territoriales dans certaines phases du projet.
Pour le gouvernement, ces difficultés s’expliquent en partie par l’ampleur inédite du programme et par des contraintes logistiques dans un pays-continent. Les autorités assurent que des mécanismes correctifs ont été mis en place afin d’améliorer la gouvernance du PDL-145T et d’accélérer la livraison des ouvrages restants.
Des agences d’exécution livrent leurs bilans
Le PDL 145 territoires a pour vocation de vaincre la pauvreté et les inégalités territoriales constatées dans le Congo profond. Exécuté par trois agences, à savoir le Bureau central de coordination (BCECO), le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) et la Cellule d’exécution des financements en faveur des États fragiles (CFEF), ce projet a connu une réalisation notable dans la section dirigée par la CFEF.
La CFEF s’est concentrée sur 7 provinces de la RDC. Elle a réalisé plus de trois quarts du projet dans sa première composante. Au total 343 infrastructures ont été construites dont 202 écoles primaires, 109 centres de santé et 32 bâtiments administratifs. Globalement, les travaux exécutés sont évalués à 77% par cette agence d’exécution. Dans les zones où les travaux de construction des bâtiments sont déjà achevés et des infrastructures livrées, c’est un discours de soulagement que l’on peut écouter de la part des bénéficiaires. Ce projet est un programme d’investissements publics multisectoriels orienté vers le monde rural.
Pour les 43 territoires sur les sept provinces sous la responsabilité de la CFEF, le bilan est satisfaisant malgré les difficultés rencontrées dans l’exécution de ce programme. Dans le cadre de la mise en œuvre de la première composante qui consiste à améliorer l’accès des populations des territoires ruraux aux infrastructures et services socioéconomiques de base, la CFEF a reçu du gouvernement, depuis février 2022, la responsabilité de construire et équiper 360 écoles primaires, 232 centres de santé et 43 bâtiments administratifs dans les provinces du Kongo Central, du Kwango, du Kwilu, du Mai-Ndombe, de l’Equateur, du Nord et du Sud-Ubangi.
Fin 2024, la CFEF a construit et équipé un total de 339 infrastructures dont 198 écoles primaires, 108 centres de santé et 33 bâtiments administratifs. Ce qui correspond à 76% des travaux exécutés en ce temps-là. « Les résultats sont palpables, nous retrouvons les mêmes standards des bureaux de Kinshasa en provinces, de par la qualité des ouvrages construits et aussi celle des équipements », s’était réjouie la CFEF. Cette agence fiduciaire de coordination et de gestion des projets dit recevoir également un retour positif de la part des bénéficiaires. « Nous recevons également les impressions des bénéficiaires qui ne manquent pas d’exprimer leur satisfaction et leur joie en voyant leurs conditions de travail, la qualité des soins et d’éducations s’améliorer significativement grâce à la main-d’œuvre employée par la CFEF », ajoute l’agence.
Au Kongo Central, dans le territoire de Lukula, l’administrateur du territoire a remercié le coordonnateur national de la CFEF pour la qualité des bâtiments et les équipements placés dans ces infrastructures. « Lorsque nous étions en prospection, avant de commencer ces travaux, j’avais un sentiment de tristesse en se disant comment l’Etat peut fonctionner dans des telles conditions ? Aujourd’hui, quand vous allez en province, vous avez un administrateur du territoire qui est fier et n’a rien à envier aux bureaux de Kinshasa. Ils ont des bureaux qui ont le même standard que Kinshasa », a expliqué Alain Lungungu, coordonnateur national de la CFEF, dans des propos relayés en 2024 par Heshima Magazine.
Des bénéficiaires témoignent…
Les conditions professionnelles des enseignants, des fonctionnaires de l’administration territoriale ou des patients ont sensiblement changé dans certains territoires du pays. Habitué à travailler dans un vieux bâtiment colonial, certaines administrations des territoires possèdent désormais des bureaux modernisés. « Nous sommes maintenant considérés. Quand vous travaillez dans des meilleures conditions, vous êtes considérés. Nous sentons que nous sommes obligés de rendre un bon travail au chef de l’Etat pour qu’il voie que l’administration fonctionne », a déclaré Emery Kanguma, administrateur du territoire de Masi-Manimba. Ces efforts de modernisation ont été aussi constatés dans les infrastructures sanitaires dans les provinces du Kwango et Kwilu. Le personnel de santé qui prestait dans des centres de santé construits en chaume exerce maintenant dans des bâtiments modernes et équipés.
Dans le territoire de Kenge, au Kwango, des élèves d’une école, qui apprenaient sous un hangar de fortune, ont désormais un bâtiment en matériau durable et mieux équipé. « Nous étions dans des conditions très misérables. Nous sommes très heureux de travailler dans un bâtiment moderne », a déclaré un enseignant de l’école EP Ngondi Makosi. « Nous remercions le président de la République qui a pensé à ce que nous ayons un bijou pareil », a renchéri Jean-Noël Kubangila, directeur de cet établissement scolaire situé dans le secteur de Biteko. Pour un autre enseignant à Masi-Manimba, c’est une première qu’un chef de l’Etat investisse autant dans les infrastructures dans le Congo profond souvent délaissé au profit des villes.
Des difficultés rencontrées
La CFEF et ses équipes ont rencontré des difficultés majeures lors de l’exécution de ce projet. Parmi ces contraintes, figurent notamment l’accès difficile à certains sites des territoires couverts, conduisant à un accroissement des coûts logistiques ; l’inadéquation entre l’offre des matériaux et la demande induite par les besoins du programme ; les coûts de transactions (en temps et en argent) élevés pour accéder au financement, allongeant ainsi les délais de démarrage effectif des travaux ; les problèmes sécuritaires dans certains territoires ont retardé le démarrage effectif des travaux et enfin les cas d’inondation signalés dans certains sites choisis. Malgré ces contraintes, la CFEF a réalisé 77 % des travaux. Les entreprises sélectionnées étaient suivies sur le terrain par les missions de contrôle dont la tâche est de veiller aux aspects techniques et au respect des règles de l’art dans la construction de ces édifices.
PNUD et BCeCo dressent également leur bilan
Le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) a indiqué avoir livré 334 écoles sur 424 ; 54 bâtiments administratifs et 245 centres de santé, soit un total de 631 infrastructures sur les 764 prévues. De son côté, le Bureau central de coordination (BCeCo) annonce avoir atteint 82 % de réalisation, avec notamment 190 écoles livrées sur 414 ; 112 centres de santé sur 269, et 16 bâtiments administratifs sur 48 selon les moyens mis à sa disposition par le gouvernement.
Ce projet dans son volet partenariat avec PNUD-RDC a enregistré des résultats significatifs notamment 14 244 500 bénéficiaires qui ont vu leurs conditions de vie améliorées grâce aux infrastructures construites dans le cadre de ce programme. Au total, 286 centres de santé, 54 bureaux administratifs, 424 écoles primaires, 60 000 emplois temporaires créés dans plusieurs provinces du pays, d’après un rapport PNUD visuel consulté notamment par Heshima Magazine.
Dans la province de la Tshopo, Mirandie Baza, élève à l’école primaire Madula avait fait savoir qu’avant, il s’asseyait par terre et quand il pleuvait, ils étaient mouillés. Mais aujourd’hui, « nous avons des bancs. Avant quand il pleuvait, on était mouillés mais maintenant on étudie dans des bonnes conditions », a-t-il témoigné.
Dans le Kasaï, Mme Sidonie Tshibola, résidente de Luebo, a salué les efforts du gouvernement pour ces infrastructures qui viennent améliorer leurs conditions de vie. « Nous disons infiniment merci à notre gouvernement. Depuis que nous sommes nés, nous n’avions jamais vu une telle infrastructure ici. Nous sommes très heureuses car autrefois, les femmes accouchaient à même le sol. Aujourd’hui, nous voyons un beau bâtiment avec la lumière, les bancs et les chaises. Nos enfants naîtront dans de bonnes conditions. Nous, les femmes enceintes étions autrefois dans des mauvaises conditions, aujourd’hui, nous avons un endroit digne d’un bon bâtiment, un bon endroit pour accoucher en sécurité. », a-t-elle fait savoir.
Le Représentant résident PNUD-RDC, Damien Mama, estime que le PDL 145-T est un exemple qui illustre l’engagement du gouvernement congolais à apporter des services dans les localités les plus reculées, les localités qui, pendant longtemps, n’ont reçu aucun service. Il a indiqué que tous les Congolais et Congolaises ont besoin et méritent d’avoir une bonne école, un bon centre de santé et que les administrateurs de territoires aussi aient des conditions de travail comme dans tous les ministères au niveau de Kinshasa.
Une initiative à pérenniser malgré les couacs…
L’évaluation du programme PDL 145 territoires en RDC montre des progrès encourageants malgré des résultats mitigés dans certains territoires, avec un taux d’exécution physique global estimé à environ 33% (au 15 novembre 2024), bien que les taux financiers soient plus élevés pour certaines agences d’exécution. Les principaux défis incluent les retards d’exécution, des infrastructures inachevées et des préoccupations concernant la qualité des ouvrages construits. Les raisons invoquées pour ces retards sont notamment le démarrage tardif des travaux, l’insécurité, l’enclavement de certaines zones et le vol de matériaux.
Ce programme se concentre sur quatre composantes principales : l’amélioration de l’accès aux infrastructures et aux services de base dans les zones rurales, la promotion du développement des économies locales, le renforcement des capacités de gestion du développement local et la mise en place d’un système de suivi géo référencé pour évaluer en temps réel les progrès réalisés.
Au final, ce vaste et ambitieux projet apparaît comme une initiative ambitieuse qui a ouvert la voie à une nouvelle approche du développement en RDC. S’il n’a pas encore tenu toutes ses promesses, il a replacé les territoires au cœur de l’action publique, posant les bases d’un développement plus inclusif, à condition que les leçons tirées de sa mise en œuvre servent réellement à corriger le cap.
Heshima




























































