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Conférence des gouverneurs en RDC : un accélérateur pour le développement local ?
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La redaction
Organisée par rotation à travers les provinces, la conférence des gouverneurs s’impose depuis quelques années comme un levier pour dynamiser les infrastructures locales et rapprocher les décisions des réalités du terrain. Après le Lualaba qui a connu un boom dans les infrastructures avant l’accueil de la 11ème édition, c’est le tour du Kwilu de bénéficier de quelques infrastructures, notamment énergétiques. Le Kongo Central et le Kasaï Central sont désormais sur la même lancée.
La tenue tournante de la conférence des gouverneurs marque un tournant significatif dans la gouvernance territoriale en République démocratique du Congo. En rapprochant cet important cadre de concertation des différentes provinces, les autorités entendent mieux capter les besoins spécifiques de chaque entité et accélérer la mise en œuvre de projets structurants. Routes de desserte agricole, réseaux d’adduction d’eau, électrification rurale ou encore infrastructures sanitaires : autant de priorités qui émergent avec plus de clarté lorsque les discussions se tiennent au plus près des populations concernées. Cette approche favorise également une meilleure coordination entre le gouvernement central et les exécutifs provinciaux, souvent confrontés à des défis logistiques et financiers majeurs.
Au-delà de la symbolique, cette rotation permet aussi de mettre en lumière les potentialités économiques locales. Chaque province hôte devient une vitrine de ses atouts, attirant ainsi investisseurs et partenaires techniques. Les gouverneurs, quant à eux, disposent d’une plateforme renforcée pour plaider en faveur de projets concrets et urgents.
Kwilu et ses acquis en infrastructures…
Après des retards liés à la mise en place des lignes de distribution, le barrage hydroélectrique de Kakobola, dans la province du Kwilu, a été mis en service en marge de la 13ème session de la conférence des gouverneurs. Le président de la République, Félix Tshisekedi, a officiellement lancé, le 26 mars 2026, dans la ville de Kikwit, le réseau de distribution électrique relié à cette centrale. Ce réseau est destiné à alimenter, dans l’avenir, les provinces du Kwilu, Kwango et Maï-Ndombe.
Conçue pour une capacité totale de 10,5 MW (avec trois unités de 3,5 Mégawatts chacune), la centrale hydroélectrique de Kakobola va desservir 9 mille ménages dans un premier temps. Le projet, dont le coût est évalué à 55 millions de dollars, a été financé conjointement par EximBank et l’État congolais. Cette centrale est une infrastructure de génie civile, le premier et l’unique barrage à être construit dans cette province depuis la colonisation, note la presse présidentielle. Elle est située à 70 km au Sud-Est de la ville de Kikwit et à 790 km à l’Est de la ville de Kinshasa. Félix Tshisekedi, qui a pris pour habitude d’inaugurer des ouvrages en marge de la conférence des gouverneurs, tenait à voir cette centrale hydroélectrique terminée avant cet événement. D’après la presse présidentielle, la centrale hydroélectrique de Kakobola est non seulement un gage de « révolution énergétique » pour la province du Kwilu, elle vient surtout « changer la vie » d’environ 6 millions d’habitants en fournissant un accès stable à l’électricité à une contrée qui en a été longtemps privée. Avec la livraison des lignes de transport et de distribution, l’infrastructure permettra d’alimenter en électricité les villes de Kikwit, Idiofa et Gungu, ainsi que les missions catholiques de Totshi et Aten, et le village de Butshamba. Toutes ces localités sont situées dans la province du Kwilu. Mais l’électricité peut aller aussi dans le Maï-Ndombe et le Kwango.
En dehors du barrage de Kakobola, Kwilu a bénéficié d’autres infrastructures, notamment l’aéroport de Bandundu qui a vu sa piste être réfectionnée et élargie. Il y a eu également la construction du palais présidentiel, une salle aménagée pour recevoir la réunion du Conseil des ministres, le gouvernorat du Kwilu est aussi réhabilité.
Lualaba s’est transformé en 2025
Le 10 juin 2025, Kolwezi, chef-lieu de la province du Lualaba, s’est transformé en un carrefour national en accueillant la 12ème Conférence des Gouverneurs. Sous la houlette de la gouverneure Fifi Masuka, l’organisation de l’événement s’était distinguée par son efficacité. Kolwezi, dotée d’infrastructures modernes dont plusieurs ont été fraîchement inaugurées, a offert un cadre adapté à cette conférence de haut niveau. A Kolwezi, le président de la République avait inauguré en 2025 le Village des Congrès implanté sur 60 305 m². Cette infrastructure comprend une salle de congrès de 1 500 places, 34 bureaux, plusieurs salles de réunion, un motel et terrasses. Elle positionne Kolwezi comme un hub de conférences internationales sur les thèmes miniers, culturels et économiques. Il y a également une Salle polyvalente du Gouvernorat : bâtie sur 2 896 m². Avec une capacité de 1 500 places, elle répond à la demande d’un espace public moderne pour les grands événements institutionnels. Le président Félix Tshisekedi avait aussi coupé le ruban symbolique du nouveau bâtiment administratif du gouvernorat. D’une superficie de 4 827 m², composé de deux blocs (R+1 et R+2), ce bâtiment abrite 61 bureaux, salles de réunion, ascenseur. Objectif : améliorer l’efficience et la gouvernance publique dans cette province. La modernisation de l’Hôpital général de référence de Mwangeji, un bâtiment de la Commission électorale nationale indépendante (CENI), un centre moderne de niveau tertiaire de 200 lits, entièrement équipé pour les diagnostics spécialisés et interventions chirurgicales font partie des projets développés en marge de la conférence des gouverneurs.
La réalisation la plus emblématique, c’était la nouvelle aérogare de l’Aéroport international de Kolwezi. Construite selon les normes de l’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI), dotée de passerelles satellitaires, salons VIP, services domestiques et internationaux, cette aérogare symbolise l’ouverture de Kolwezi vers le monde et un effort vers la modernisation du transport aérien dans la région. Le vice‑Premier ministre, ministre des Transports et Voies de communication, Jean‑Pierre Bemba, avait salué son rôle dans la connectivité et le désenclavement du Lualaba. Ce membre du gouvernement avait même promis une homologation de cette infrastructure au rang des aéroports internationaux.
Il y a eu également des travaux routiers. Aux portes de Kolwezi, un échangeur routier a été construit sur fonds propres de la province. Une route asphaltée sur 2,5 km avec un séparateur en béton, deux ponts (58 m et 27 m), éclairage public et aménagement paysager, ce projet améliore sensiblement la circulation urbaine et la sécurité routière dans cette ville minière. Ce système de bretelles routières va renforcer la fluidité du trafic dans une ville appelée à recevoir touristes et hommes d’affaires. Il y a aussi l’Institut supérieur pédagogique de Kolwezi (ISP) inauguré en marge de la conférence des gouverneurs.
Le 15 juin 2025, la Première ministre Judith Suminwa avait inauguré deux ouvrages d’une importance capitale pour la province. Il s’agissait des ponts Ludi et Lufupa. Le pont Ludi est chargé d’histoire, car il a été détruit par dynamite en 1978 lors de la guerre de 80 jours à l’époque de feu Maréchal Mobutu. Depuis 48 ans, cette infrastructure n’avait plus été reconstruite. Il fallait attendre l’arrivée de Félix Tshisekedi à la tête du pays et de Fifi Masuka à la tête de la province pour voir ces ouvrages sortir de terre. « Aujourd’hui, avec ce pont, sur une portée de 35 mètres, les véhicules vont pouvoir passer sur deux bandes et rejoindre Dilolo. Donc, c’est un raccourci qu’on pourra avoir entre Dilolo, passer vers Kolwezi et continuer ensuite vers les autres territoires. Et je pense que c’est vraiment une bonne chose », avait expliqué Judith Suminwa, en marge de l’inauguration du pont Ludi. Grâce à l’influence liée à l’organisation de cette 12ème conférence, la province du Lualaba s’est vu transformée. Même si le chemin vers le développement reste encore long.
Après Kolwezi, Bandundu, Matadi et Kananga attendent…
Après la ville de Kolwezi, l’espace Grand Bandundu, plus précisément la ville de Bandundu, chef-lieu de la province du Kwilu, c’est désormais au tour de la ville de Matadi, chef-lieu de la province du Kongo Central, d’accueillir la 14ᵉ session de la Conférence des gouverneurs au mois de décembre 2026. Les autorités provinciales du Kongo Central intensifient déjà les travaux d’infrastructures pour améliorer l’image de la province et répondre aux enjeux de développement local. Le stade Lumumba, dans la ville de Matadi, est en cours de finition pour permettre son inauguration en décembre 2026. Parmi les projets prioritaires figurent également la modernisation des axes routiers stratégiques reliant les principaux quartiers de Matadi, ainsi que la réhabilitation des infrastructures d’accueil destinées aux délégations provinciales. Des travaux d’assainissement urbain ont également été lancés pour lutter contre l’insalubrité et fluidifier la circulation dans cette ville au relief escarpé.
Le Kongo Central connaît aussi d’importants travaux d’infrastructures routières, notamment la construction de la route Moanda–Yema (23 km), la modernisation de l’axe Manterne-Tshela-Singini (avec enrobés et drainage), et le projet de rocades à Kasangulu avec la pose de poutres du pont Mfuti, visant à désenclaver la région. Cet ouvrage de 120 mètres de portée recevra au total 28 travées de 45 tonnes chacune. L’organisation de la 14ème session de la conférence des gouverneurs à Matadi donne un coup d’accélérateur à ces projets de développement.
Matadi n’est pas la seule ville à s’apprêter. Lors de la clôture de la 13ème Conférence à Bandundu, le chef de l’État, Félix Tshisekedi, a annoncé également le lieu retenu pour la 15ᵉsession de cette conférence. Après l’édition de Matadi, au Kongo Central, il a jeté son dévolu sur la ville de Kananga, chef-lieu de la province du Kasaï Central, comme site devant accueillir ce rendez-vous annuel entre le gouvernement central et les responsables des institutions provinciales. Déjà à Kananga, les travaux d’un aéroport moderne évoluent à grand pas.
Assurer un suivi sur les recommandations liées aux infrastructures
A l’issue de la 13ème session de la conférence, plusieurs commissions ont formulé des recommandations. La Commission chargée de la reconstruction et des infrastructures a formulé 21 recommandations, notamment le réaménagement d’au moins 100 km de routes rurales dans chaque province, la construction ou la réhabilitation et l’équipement des camps en voie de spoliation dans toutes les provinces, l’accélération de la réhabilitation et de la construction des aéroports de Beni, Gemena, Lisala, Tshikapa et Lodja. Elle recommande également de construire ou d’aménager au moins deux aérodromes à vocation rurale dans les 26 provinces et de bitumer au moins 100 km de routes nationales par province afin d’améliorer la connectivité entre les routes nationales et les routes rurales. Pour améliorer le niveau d’exécution des recommandations, plusieurs perspectives ont été identifiées : renforcer les mécanismes de suivi et d’évaluation, améliorer la mobilisation et la prévisibilité des financements, et impliquer davantage les gouverneurs dans la mise en œuvre des projets structurants, notamment le Programme de développement local des 145 territoires.
Bien plus qu’un simple rendez-vous institutionnel, la Conférence des gouverneurs s’impose progressivement comme un catalyseur de développement pour les provinces congolaises. À l’approche de cet événement majeur, les exécutifs provinciaux redoublent d’efforts pour moderniser leurs infrastructures et améliorer les conditions d’accueil. En définitive, cette conférence des gouverneurs apparaît comme une opportunité rare pour impulser le développement local en RDC. Encore faut-il que cet élan dépasse le cadre événementiel pour s’ancrer dans une vision à long terme, au bénéfice de toutes les provinces.
Heshima
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Croissance record en RDC : le paradoxe d’une richesse qui peine à réduire la pauvreté
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3 jours agoon
avril 20, 2026By
La redaction
Avec l’une des plus fortes croissances économiques d’Afrique subsaharienne en 2025, la République démocratique du Congo (RDC) affiche des performances macroéconomiques impressionnantes. D’après le Fonds monétaire international (FMI), la RDC est en passe de devenir la cinquième économie de la région, devançant l’Ethiopie en termes de PIB. Pourtant, cette dynamique contraste avec une pauvreté toujours largement répandue, révélant les limites d’un modèle de croissance peu inclusif.
À première vue, les chiffres donnent le tournis : le pays a réalisé 5,5% de croissance, en baisse par rapport à 2024, mais qui reste supérieure à la moyenne d’Afrique subsaharienne chiffrée à 3,5%, d’après le dernier rapport de la Banque mondiale publié en mars 2026. Tirée par les exportations de cobalt et de cuivre, la République démocratique du Congo enregistre une croissance soutenue, saluée par les institutions financières internationales. Sur les tableaux des analystes, le pays apparaît comme une locomotive régionale, notamment au regard de son fort potentiel des ressources naturelles.
D’après les dernières projections du FMI publiées lors des Assemblées de printemps à Washington, la République démocratique du Congo devrait franchir un cap symbolique en 2026 en dépassant l’Éthiopie pour devenir la cinquième économie d’Afrique subsaharienne en termes de produit intérieur brut (PIB). Cette institution financière prévoit que le produit intérieur brut (PIB) de la RDC atteindra 123 milliards de dollars en 2026, contre 122 milliards pour l’Éthiopie. L’Afrique du Sud reste la première économie de la région, suivie du Nigeria, de l’Angola et du Kenya. Bien que l’écart d’un milliard de dollars reste marginal entre les deux pays, cela a été suffisant pour repositionner la RDC dans le cercle restreint de 5 économies d’Afrique sub-saharienne. La RDC profite notamment de la forte demande mondiale en métaux destinés aux batteries pour renflouer son économie et booster sa croissance.
Un paradoxe avec le vécu des Congolais
Mais en RDC, cette embellie semble lointaine dans le vécu quotidien des Congolais. Dans les marchés populaires à Kinshasa, des Kinois jonglent avec des prix qui grimpent parfois plus vite que leurs revenus. « La vie est devenue plus dure », confie une mère de famille, entre deux clients. « On parle de croissance, mais nous, on ne la voit pas. » Ce sentiment est largement partagé dans la plupart des villes du pays, à Kinshasa en particulier où la majorité de la population vit de l’informel.
Malgré les milliards générés par le secteur minier, les retombées peinent à irriguer l’ensemble de l’économie. Les emplois créés restent insuffisants, souvent précaires, et concentrés dans des zones spécifiques. Dans les provinces, l’absence d’infrastructures de base – routes, hôpitaux, électricité, eau potable – freine toute dynamique de développement local.
Une croissance peu inclusive
Le taux de croissance constaté s’explique par une demande mondiale élevée en minerais stratégiques, essentiels à la transition énergétique et aux technologies modernes. Sur le papier, les indicateurs sont au vert : augmentation du produit intérieur brut, afflux d’investissements étrangers et amélioration relative des réserves de change. Le pays confirme ainsi son statut de géant économique potentiel sur le continent. Mais derrière ces chiffres encourageants, la réalité sociale reste préoccupante. Une large partie de la population continue de vivre sous le seuil de pauvreté, avec un accès limité aux services de base tels que l’éducation, la santé, l’eau et l’électricité.
En 2022, environ 73% de la population de la RDC (soit 71,8 millions de personnes) vivait dans une pauvreté extrême, avec moins de 2,15 dollars par jour. En conséquence, environ un quart des personnes vivant dans l’extrême pauvreté dans les pays à faible revenu en Afrique en 2022 vivaient en RDC. En 2025, ces chiffres n’ont pas évolué dans le sens positif. D’après le rapport 2025 de la Banque mondiale, seuls 66% des Congolais en âge de travailler ont un emploi et plus de 81% de la population vit encore sous le seuil de pauvreté. Malgré ses richesses naturelles, une écrasante partie de la population de la RDC vit encore dans des conditions précaires, illustrant les limites d’un modèle de croissance peu inclusif.
Pour certains experts, le problème n’est pas tant la croissance que sa nature. « C’est une croissance extractive, peu redistributive », explique un économiste. C’est-à-dire, une richesse produite en grande partie par et pour un nombre limité d’acteurs, sans véritable effet d’entraînement sur le reste de la société. À cela s’ajoutent des défis bien connus : gouvernance fragile, corruption persistante, et insuffisance des investissements publics dans les secteurs sociaux. Résultat, les inégalités se creusent et la promesse d’un mieux-être collectif tarde à se concrétiser. La forte dépendance à l’industrie extractive, peu intensive en main-d’œuvre, limite l’impact de la croissance sur l’emploi. Parallèlement, la pression démographique accentue les tensions : des millions de jeunes arrivent chaque année sur le marché du travail, sans perspectives suffisantes.
Pourtant, des pistes existent. Diversifier l’économie, soutenir l’agriculture, investir dans l’éducation et la santé, ou encore renforcer la transparence dans la gestion des ressources naturelles : autant de leviers susceptibles de transformer la croissance en progrès tangible pour la population.D’après le rapport de l’Enquête sur les conditions de vie des ménages publié le 12 février 2026 à Kinshasa par l’Institut national de la statistique (INS), près de 68 % de la population vit toujours sous le seuil de pauvreté. Cela indique que plus de 64 millions de Congolais vivent avec moins de 5 000 francs congolais (2 dollars) par jour. Des provinces telles que le Kasaï, le Kwilu et le Tanganyika sont les plus durement touchées par cette extrême pauvreté.
Les causes éventuelles d’une pauvreté persistante
La RDC, souvent décrite comme un « scandale géologique » en raison de l’abondance de ses ressources naturelles, reste confrontée à un taux de pauvreté parmi les plus élevés au monde. Cette situation paradoxale s’explique par plusieurs facteurs. D’abord, l’instabilité politique et les conflits armés récurrents dans l’est du pays fragilisent les structures économiques et sociales. Ensuite, les infrastructures insuffisantes telles que les routes, l’accès à l’électricité, les services de santé et d’éducation, limitent fortement les opportunités de développement, notamment en zones rurales où vit la majorité de la population.
Par ailleurs, la dépendance de l’économie congolaise à l’exploitation minière, souvent peu redistributive, accentue les inégalités. Si le secteur génère d’importants revenus, ceux-ci bénéficient encore trop peu aux populations locales. La corruption et la gouvernance défaillante sont également pointées du doigt comme des obstacles majeurs à une meilleure répartition des richesses. Face à ces défis, des initiatives émergent. Le gouvernement actuel, avec l’appui de partenaires internationaux, multiplie les programmes sociaux et les projets d’infrastructures. Des efforts sont également entrepris pour diversifier l’économie, notamment dans l’agriculture et l’entrepreneuriat local. Toutefois, les résultats restent encore limités au regard de l’ampleur des besoins.
Heshima Magazine
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RDC-Ouganda : les dessous d’une collaboration sur fond de méfiance
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6 jours agoon
avril 17, 2026By
La redaction
L’armée ougandaise (UPDF) a annoncé, fin mars 2026, son intention de se retirer de plusieurs positions dans le territoire de Lubero, au Nord-Kivu et jusqu’à Mahagi, en Ituri. Ce désengagement, confirmé par le chef d’état-major Muhoozi Kainerugaba, se fera, selon lui, en coordination avec Kinshasa, juste après le retrait des rebelles du M23 de la zone. Bien avant cette annonce qui, du reste, n’est pas officialisée, l’Ouganda voulait obtenir la démission du gouverneur militaire de l’Ituri. Une stratégie de pression sur Kinshasa qui interroge sur les véritables motivations de Kampala. Son intervention militaire aux côtés des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) dans la traque des rebelles ADF pourrait bien cacher d’autres motivations, essentiellement économiques.
L’UPDF (Uganda People’s Defence Force) est déployée en Ituri, dans le nord-est de la RDC dans le cadre de l’opération Shujaa depuis fin 2021, collaborant avec les FARDC contre les rebelles ougandais de l’Alliance des forces démocratiques (ADF). Cette mutualisation FARDC-UPDF vise à neutraliser ce groupe armé qui a fait allégeance à l’Etat islamique. Ce groupe est présent en Ituri et au Nord-Kivu. Officiellement, il s’agit de combattre l’insécurité. Cependant, cette présence vise également à sécuriser les intérêts économiques ougandais (routes, or, bois et pétrole du lac Albert).
A ce jour, cette mutualisation des forces n’a pas permis d’arrêter les attaques des ADF contre des civils aussi bien en Ituri qu’au Nord-Kivu. Loin de renforcer la sécurité des Congolais et des Ougandais dans les zones frontalières, cette alliance semble avant tout servir les intérêts économiques ougandais, notamment en matière d’exportation d’or.
Les chiffres d’exportation d’or explosent en Ouganda
L’Ouganda n’est pas un producteur massif d’or. Cependant, il enregistre des chiffres record sur l’exportation de ce minerai. Une croissance due à l’augmentation des prix mais surtout au trafic favorisé par l’instabilité de la région, principalement dans l’Est de la RDC. L’Ouganda a vu ses revenus d’exportation d’or atteindre des chiffres records. Selon la Banque d’Ouganda, en 2019, ces revenus s’élevaient à 1,26 milliard de dollars, les exportations d’or ont ensuite culminé à 2,3 milliards de dollars en 2023, puis à 3,3 milliards de dollars en 2024. D’après des prévisions pour 2025, ces revenus devraient atteindre 6,4 milliards de dollars.
Cette croissance est principalement due à l’augmentation du prix de l’or, qui avoisinait l’année dernière 5.000 dollars l’once. L’or représente désormais 47% des revenus d’exportation de l’Ouganda, surpassant largement d’autres produits phares comme le café et le cacao. Malgré ces chiffres impressionnants, l’Ouganda n’est pas devenu un producteur massif d’or, note TV5 Monde. Lors d’un récent forum économique, le gouverneur adjoint de la Banque centrale ougandaise, Augustus Nuwagaba, a admis que l’or exporté par le pays pourrait ne pas provenir de ses propres mines. « Il se peut qu’il ne soit pas à nous », avait-il déclaré. Mais d’où vient l’or exporté par l’Ouganda ?
L’insécurité en RDC profite à l’économie ougandaise
L’Ouganda profite du trafic d’or en provenance de pays voisins, notamment de la RDC. Riche en ressources aurifères, ce pays partage une frontière avec l’Ouganda dans des zones comme l’Ituri et le Nord-Kivu. Ces régions sont non seulement riches en or, mais aussi en proie à des conflits armés. Ce qui favorise le trafic de ce métal jaune notamment vers l’Ouganda. En Ituri, par exemple, l’or est très présent, particulièrement dans les territoires de Djugu, Mahagi et Mambasa, s’appuyant sur des gisements historiques (Kilo-Moto). Cette ressource, exploitée à la fois de manière artisanale et industrielle, alimente une économie de guerre contrôlée en partie par des groupes armés et réseaux criminels, générant d’importants flux financiers illicites. Selon l’étude d’une ONG anti-corruption, environ 95 % de l’or exporté depuis l’Ouganda est illicite.
En état de siège depuis plus de 4 ans, la province de l’Ituri n’a pas toujours recouvré la paix totalement. Le gouverneur militaire, le lieutenant-général Johnny Luboya entretient des rapports tendus avec des trafiquants d’or. L’Ouganda également n’apprécie pas cet officier congolais. Le chef d’état-major de l’armée ougandaise, le général Muhoozi Kainerugaba ne cache pas son hostilité envers ce gouverneur militaire, appelant parfois à son arrestation sur les réseaux sociaux. L’Ouganda a même formulé une demande formelle pour solliciter son remplacement. D’après les informations révélées par Africa Intelligence, le pouvoir de Félix Tshisekedi a rejeté ces demandes de l’armée ougandaise, qui réclamait l’éviction de ce gouverneur militaire.
Sécuriser ses investissements pétroliers
En dehors du trafic d’or à son avantage, l’Ouganda vise aussi la sécurisation de ses intérêts économiques dans la région. Des intérêts qui empiètent sur la zone d’influence du voisin rwandais, estime le rapport d’un groupe d’experts de l’ONU publié en août 2024. En dehors des intérêts sécuritaires, le gouvernement ougandais se concentre sur la sécurisation de ses investissements pétroliers et le renforcement des réseaux commerciaux vers la RDC, où ses exportations formelles ont représenté en 2019 « 156 millions de dollars » et les exportations informelles, constituées en majorité de biens industriels, « 330 millions de dollars ».
Des accointances avec le M23 et la CRP
La collaboration militaire entre la RDC et l’Ouganda s’opère dans un climat de méfiance, avec des allégations de soutien de Kampala à d’autres groupes rebelles, comme le M23 mais aussi la Convention pour la révolution populaire (CRP) de Thomas Lubanga. Ce dernier s’est même exilé en Ouganda mais son groupe mène des combats contre l’armée congolaise en Ituri. L’Ouganda a joué un rôle discret mais documenté dans la résurgence du M23, en facilitant le retour de son chef militaire en RDC en 2017 et en servant de vivier de recrutement pour la rébellion, selon un rapport publié en avril 2026 par le Congo Research Group (CRG) et le Center on International Cooperation (CIC) de l’Université de New York. Ce document note également que des officiers de l’armée ougandaise (UPDF) ont également été signalés comme participant aux sessions de formation militaire dispensées aux recrues du M23 dans le camp de Tchanzu, en RDC, aux côtés d’officiers des Forces de défense rwandaises en 2021. Mais ce rapport ne précise pas la nature exacte des arrangements entre Kampala et le M23. Difficile de savoir si ces facilitations reflètent une politique délibérée de Kampala ou il s’agit simplement des initiatives individuelles de la part de certains officiers militaires ougandais.
Depuis le lancement de ces opérations dénommées « Shuuja » visant à neutraliser les ADF, les autorités congolaises et ougandaises affichent officiellement une volonté commune de restaurer la paix. Malgré des engagements répétés en faveur d’une coopération sécuritaire renforcée, les relations entre la République démocratique du Congo et l’Ouganda restent marquées par une profonde méfiance, notamment en ce qui concerne leurs opérations militaires conjointes dans l’est du pays. Malgré ce climat de méfiance, Kinshasa et Kampala poursuivent cette collaboration. Le 21 juin dernier, le président congolais Félix Tshisekedi avait reçu à la Cité de l’Union africaine, à Kinshasa, le général Muhoozi Kainerugaba, fils du président Yoweri Kaguta Museveni et chef d’état-major de l’armée. La veille de cette rencontre, le 20 juin, les responsables des armées de deux pays avaient signé un accord pour poursuivre leur opération militaire conjointe contre les rebelles ADF.
Heshima Magazine
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RDC : comment le gouvernement compte utiliser les fonds de 1,25 milliard USD d’eurobonds ?
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1 semaine agoon
avril 14, 2026By
La redaction
La République démocratique du Congo a mobilisé 1,25 milliard de dollars sur les marchés financiers internationaux à travers une émission d’eurobonds le 9 avril 2026. Lors d’une conférence de presse tenue le 13 avril à Kinshasa, le ministre des Finances, Doudou Fwamba, a présenté les projets prioritaires à financer, dans un contexte de besoins urgents pour soutenir le développement économique et social du pays.
L’émission d’eurobonds réalisée par la République démocratique du Congo s’inscrit dans une stratégie de diversification des sources de financement. Selon le ministère des Finances, cette levée de fonds vise principalement à financer des projets d’infrastructures, notamment dans les transports et l’énergie, considérés comme des leviers essentiels de croissance. Près de la moitié des projets prévus dans ce financement concernent la ville de Kinshasa, capitale du pays, confrontée à une démographie galopante sans moyens de transport et autres infrastructures de base. Une partie de fonds levés vise à construire un nouveau terminal de 49 000 m² à l’aéroport de N’djili, capable d’accueillir 5 millions de passagers par an.
Quelque 300 kilomètres de routes sont également prévus, ainsi qu’une rocade de 31 kilomètres avec échangeurs et ponts. Les autres investissements visent le développement d’un réseau de lignes de transmission électrique de 330 KV permettant une connexion entre la Zambie et la « ceinture de cuivre » de la RDC, une centrale hydroélectrique de 64 mégawatts et des réseaux de distribution dans la province du Kasaï-Central.
Dans d’autres villes du pays, ces fonds vont également financer la création de centres de formation professionnelle précisément dans quatre villes. Il y a aussi la modernisation de la route entre la ville de Kisangani, chef-lieu de la province de la Tshopo, et Beni, dans la province du Nord-Kivu, longue de 750 kilomètres.
Des craintes sur la transparence de fonds persistent…
Si le gouvernement met en avant des investissements structurants, experts et institutions appellent à la transparence dans la gestion de ces fonds mais aussi à la prudence face aux risques de surendettement. D’après des analyses de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international, la RDC fait face à un déficit important en infrastructures, ce qui freine son développement économique. Les investissements dans les routes, les barrages et les réseaux électriques pourraient ainsi améliorer la connectivité et soutenir l’industrialisation, en particulier dans les zones minières. Mais la gestion de ces réalisations pose de doute quant à la transparence. « Nous voulons un témoin, le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), pour assurer le suivi de la gestion de ces ressources. Nous allons, pour la transparence, informer la population sur l’affectation du 1,25 milliard mobilisé. D’ici un an, nous inviterons les investisseurs à constater concrètement les réalisations. », a répondu Doudou Fwamba face aux craintes sur la transparence dans la gestion de ces fonds. Ces craintes sont exprimées suite à des précédents en Afrique subsaharienne qui montrent que l’absence de suivi rigoureux peut limiter l’impact réel de tels financements sur les conditions de vie des populations. La Banque africaine de développement (BAD) souligne, dans certains de ses rapports, que l’efficacité de la dépense publique reste un enjeu clé pour maximiser les retombées économiques.
Eurobonds, la RDC très crédible sur le marché ?
Le pays a accompli un pas de plus en accédant aux marchés internationaux des capitaux. C’est un moyen pour la RDC de diversifier ses sources de financements. Plusieurs facteurs ont joué pour la réussite de cette opération. Coordonnée notamment par la Rawbank au niveau de la région, cette opération d’eurobonds est la conséquence d’une discipline budgétaire observée ces derniers temps au pays.
Le faible niveau d’endettement public de la RDC a aussi pesé en faveur de Kinshasa dans les calculs des investisseurs. Kinshasa n’avait soumis que des demandes pour 1,25 milliard de dollars, mais a reçu des soumissions frôlant les 5 milliards de dollars. Le ministre des Finances justifie le refus du fonds supplémentaire par le fait que le gouvernement n’avait en main que des projets avec étude de faisabilité coutant le 1,25 milliard de dollars sollicité. « Nous ne pouvions pas accepter toutes ces soumissions. Nous n’avions que des projets avec des études de faisabilité pour le montant sollicité », a fait savoir le ministre des Finances qui s’est réjoui non pas du milliard reçu mais de la « crédibilité certifiée » que le pays a gagné dans ce processus. Doudou Fwamba célèbre donc la « reconnaissance des efforts » du président Félix Tshisekedi et l’entrée « très réussie » de la RDC dans la finance internationale.
Pour réussir cette opération, la Rawbank, première banque de la RDC, a agi aux côtés des leaders mondiaux tels que Citigroup et Standard Chartered Bank comme arrangeurs et coordinateurs des souscriptions au niveau global. « Nous sommes fiers d’avoir accompagné cette opération, qui ouvre la voie à de nouveaux financements internationaux, y compris pour les émetteurs non souverains », a déclaré Mustafa Rawji, directeur général de la Rawbank. Avec cet emprunt, le taux d’endettement du pays passe de 18,1 % à 19,5 % du PIB, un niveau toujours inférieur à celui de pays comme la Namibie, l’Angola ou le Kenya. Kinshasa prévoit de constituer des provisions annuelles pour son remboursement.
Si les 1,25 milliard de dollars d’eurobonds offrent à la République démocratique du Congo une opportunité d’accélérer son développement, leur réussite dépendra de la capacité du gouvernement à conjuguer discipline budgétaire, transparence et efficacité dans l’exécution des projets, sous le regard attentif des partenaires comme le Fonds monétaire international et la Banque mondiale.
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