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La santé mentale, un sujet encore tabou en RDC

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Dépression, anxiété, traumatismes liés aux conflits ou encore détresse psychologique : en République démocratique du Congo, les troubles de santé mentale touchent des millions de personnes, mais restent largement sous-estimés, entourés de silence et de stigmatisation. À Kinshasa, près de 90 % des Kinois seraient touchés par des troubles mentaux. Le manque de structures adaptées, les croyances traditionnelles et l’absence de sensibilisation font que les malades souffrent souvent dans l’ombre.

À Kinshasa comme dans plusieurs provinces du pays, parler de santé mentale demeure un sujet délicat. Beaucoup associent encore les troubles psychiques à la sorcellerie, à une malédiction ou à une faiblesse spirituelle. Résultat : les personnes souffrant de dépression, de bipolarité ou de stress post-traumatique hésitent à consulter un spécialiste par peur du rejet social. Dans le pays, près de 20 millions de personnes, soit un Congolais sur cinq, souffriraient d’un problème de santé mentale.

Les causes des troubles mentaux sont nombreuses en RDC. Les conflits armés dans l’Est du pays, la pauvreté, le chômage, les violences sexuelles, la pression économique et les difficultés familiales exposent une grande partie de la population à d’importantes souffrances psychologiques. Les jeunes figurent parmi les plus touchés, notamment face au manque de perspectives et à la précarité grandissante de la vie, particulièrement à Kinshasa.

Malgré cette réalité, le pays dispose encore de très peu de structures spécialisées. Les centres psychiatriques restent rares et souvent concentrés dans les grandes villes. Dans plusieurs territoires, les patients doivent parcourir de longues distances pour obtenir une prise en charge. Le manque de psychologues, de psychiatres et de moyens financiers limite également l’accès aux soins.

Dans les familles, le sujet reste souvent minimisé. Certaines personnes en détresse sont abandonnées, isolées ou conduites dans des centres de prière plutôt que vers des professionnels de santé. Cette situation aggrave parfois des cas déjà fragiles. « Beaucoup souffrent en silence parce qu’ils ont peur d’être jugés », explique un psychologue à Kinshasa.

Kinshasa, la ville la plus touchée ?

Pourtant épargnée par la guerre, la ville de Kinshasa semble particulièrement affectée par les troubles de santé mentale. En avril, le docteur Emmanuel Epenge, neuropsychiatre au CNPP, a révélé que près de 90 % des Kinois seraient touchés par des troubles mentaux. En cause : la pression du quotidien, entre embouteillages, manque d’eau et coupures d’électricité.

Selon lui, le gouvernement devrait être alerté sur l’ampleur préoccupante de cette situation dans la capitale congolaise. De nombreux habitants seraient victimes, à différents niveaux, des effets directs liés aux conditions de vie particulièrement éprouvantes à Kinshasa.

Au centre Telema, des cas affluent

Au Centre Telema, à Kinshasa, les spécialistes constatent un afflux de patients souffrant de troubles liés à la santé mentale. « Ces derniers temps, nous recevons plus de personnes qu’avant, pour des problèmes allant de légers troubles anxieux à des pathologies sévères. Aujourd’hui seulement, j’ai consulté dix-sept patients. Certains ont dû être invités à revenir un autre jour », expliquait le professeur Josué Ozowa Latem à Deutsche Welle.

Psychothérapeute et consultant au Centre Telema, il affirmait déjà en août dernier que les couloirs du centre ne désemplissaient plus. De plus en plus de patients viennent consulter. « Les causes sont multiples : parfois physiques, comme une malaria mal soignée ou les séquelles d’un accident. Mais la plupart sont d’ordre psychologique et social. Les gens ont des ambitions, des rêves… mais les années passent et ils n’arrivent pas à les réaliser. Les tensions familiales, les ruptures amoureuses, la perte d’un proche, l’insécurité, le chômage… tout cela mine l’esprit », détaillait-il.

Le spécialiste recommande également un accompagnement familial pour chaque patient afin d’augmenter les chances de guérison. « Nous posons un diagnostic précis et nous mettons en place un plan thérapeutique adapté. Mais la clé, c’est aussi l’accompagnement : un patient isolé a moins de chances de guérir. Les familles doivent rester présentes, encourager, écouter et bannir les préjugés qui détruisent plus qu’ils ne soignent », insistait-il.

Des projets pour soutenir la santé mentale

En 2025, un projet intitulé « Amélioration des conditions de vie des populations dans des contextes sécuritaires critiques en République démocratique du Congo, à travers le soutien en santé mentale et services psychosociaux pour la paix » a été lancé. Ce projet, soutenu par la coopération allemande à travers la KfW, en partenariat avec l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) et les institutions nationales, s’étendra sur cinq ans. Il vise à promouvoir une approche intégrée de la santé mentale et de la cohésion sociale, ciblant plus de 137 000 bénéficiaires directs grâce à des centres communautaires, des formations spécialisées et des campagnes de sensibilisation. La nécessité urgente d’une telle initiative a été saluée au regard des conflits prolongés dont la RDC est victime, notamment dans l’Est du pays.

Toujours en 2025, plus de 600 personnes ont été ciblées par une campagne de consultations gratuites en santé mentale, organisée du 9 au 10 octobre par le Centre neuropsychopathologique (CNPP) de Kinshasa, en marge de la Journée mondiale de la santé mentale. « Les troubles du sommeil, du bébé jusqu’à la personne du troisième âge, les séquelles des accidents vasculaires cérébraux (AVC), les convulsions, les crises épileptiques, le stress, les maux de tête, les excès de colère mal contrôlés, ainsi que la consommation de drogues, d’alcool, de tabac et de chanvre » figuraient parmi les cas examinés lors de cette campagne, selon le docteur Daniel Okitundu, médecin-directeur du CNPP.

En février 2026, à Kinshasa, un centre médical baptisé « Afyakili », spécialisé en santé mentale, a été inauguré dans la commune de Kasa-Vubu. « Ce centre est spécialisé en santé mentale et psychosociale. C’est une nouveauté dans cette ville d’intégrer les soins généraux dans la santé mentale », avait déclaré le docteur Gédéon Samba, directeur du Programme national de santé mentale en RDC.

Selon lui, le CNPP travaille avec des hôtesses d’accueil, des médecins, des psychologues, des médecins stagiaires ainsi que des étudiants en médecine chargés d’orienter les patients vers les services appropriés.

Faire évoluer les mentalités…

Ces initiatives étatiques, citoyennes et associatives tentent de faire évoluer les mentalités. Des campagnes de sensibilisation sont organisées dans les universités et sur les réseaux sociaux afin d’encourager la parole autour de la santé mentale.

Des créateurs de contenu, médecins et activistes utilisent également Internet pour briser les préjugés et rappeler qu’un trouble psychique est une maladie comme les autres.

Les spécialistes insistent sur la nécessité d’intégrer davantage la santé mentale dans les politiques publiques. Ils plaident pour la création de nouveaux centres spécialisés, la formation du personnel médical et l’éducation des communautés afin de réduire la stigmatisation.

Longtemps ignorée, la santé mentale commence progressivement à trouver une place dans le débat public congolais, notamment depuis la campagne de consultations gratuites lancée l’année dernière par le CNPP. Mais pour vaincre définitivement le tabou, il faudra encore sensibiliser, écouter et surtout reconnaître que le bien-être psychologique est un droit fondamental pour tous.

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RDC : Les sanctions américaines contre Kabila auront-elles un impact sur la crise sécuritaire ?

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Jeudi 30 avril 2026, le Trésor américain a inscrit l’ancien président Joseph Kabila sur la liste SDN de l’OFAC pour soutien présumé au M23 et à l’Alliance Fleuve Congo, qui occupe une partie de l’Est du pays. Au-delà du symbole, quel impact réel sur la crise sécuritaire dans les Kivu ? Analyse.

Gel des avoirs, interdiction de transiger avec des entités américaines : Joseph Kabila se retrouve sanctionné par les États-Unis. Selon le communiqué du Trésor américain, avec la résurgence de la rébellion du M23 et de l’AFC, l’ancien président congolais serait rentré en RDC avec l’intention de déstabiliser le gouvernement en apportant son appui aux deux mouvements. Joseph Kabila aurait fourni un soutien financier à l’AFC afin de peser sur la situation politique dans l’Est de la RDC. Washington l’accuse également d’avoir encouragé des soldats des FARDC à déserter pour rejoindre les rangs de l’AFC, dans le but de renforcer le mouvement. Le Trésor ajoute que l’ancien chef de l’État a cherché, sans succès, à lancer des attaques depuis l’étranger contre les FARDC dans l’Est.

À Kinshasa, le gouvernement salue la décision. Le vice-Premier ministre de l’Intérieur, Jacquemain Shabani, y voit une pression logique sur ceux qui freinent les engagements pris dans le cadre du processus de paix de Washington. Le ministère de la Communication et Médias qualifie la mesure d’« acte important contre l’impunité », après les sanctions du 2 mars dernier visant les Forces de défense rwandaises (RDF) et quatre officiers rwandais. Il exprime sa reconnaissance à l’administration Trump pour une décision inscrite dans le cadre des Accords de Washington.

De son côté, l’UDPS jubile. Le parti présidentiel a même organisé une marche de soutien à l’administration américaine et à Donald Trump le lundi 4 mai à Kinshasa. Pour Augustin Kabuya, secrétaire général de l’UDPS, c’est indéniable : « Joseph Kabila est responsable de la guerre dans l’Est de la RDC et dirigeant de l’AFC/M23. » Le ministre du Commerce extérieur Julien Palukupense qu’il aura fallu la venue de Félix-Antoine Tshisekedi au pouvoir pour que le masque tombe. « Il a démasqué le vampire qui se nourrissait de notre chaos », a-t-il déclaré dans une tribune publiée le 3 mai. Ces sanctions américaines interviennent, selon lui, après des enquêtes fouillées de la part des Etats-Unis. L’ancien gouverneur du Nord-Kivu exhorte « ceux qui participent encore à cette entreprise infernale à se raviser », rappelant le destin tragique de Jonas Savimbi, leader angolais de l’UNITA.         

Quel impact de ces sanctions sur la crise sécuritaire ?

Ces sanctions fédérales contre Joseph Kabila s’ajoutent à un arsenal national déjà déployé par Kinshasa : suspension du PPRD, condamnation à mort par contumace en octobre 2025 pour trahison et crimes de guerre. Politiquement, l’ancien chef de l’État se retrouve doublement isolé. La mesure risque d’accélérer l’implosion du PPRD et de décourager les ralliements, à deux ans de la présidentielle de 2028. Elle fragilise aussi toute tentative de retour politique de Kabila, signalé à Goma en mai 2025 « sous la protection » du M23.

Mais l’effet peut être inverse. Plusieurs personnalités sanctionnées par les États-Unis ont continué à agir sans crainte. Ces sanctions pourraient entraîner une radicalisation du concerné. Ancien président de la CENI, Corneille Nangaa avait été sanctionné par le Trésor américain pour entrave au processus électoral. Cela ne l’a pas empêché de créer l’AFC, alliée au M23 à ce jour.

Pour le PPRD, le combat est ailleurs. « Aujourd’hui, le Raïs Joseph Kabila, qui alerte sur la “soudanisation” et appelle au dialogue, est ciblé. Diversion grossière. La vérité dérange. Le combat est ailleurs », a réagi Ferdinand Kambere, secrétaire permanent adjoint du parti.

Impact économique et financier : couper les flux

Le gel vise « tous les biens et intérêts patrimoniaux » situés aux États-Unis ou contrôlés par des Américains, y compris les entités détenues à plus de 50 % par Kabila. Si l’ampleur réelle de ses avoirs US reste inconnue, la portée est extraterritoriale : banques, entreprises minières et partenaires craignant des sanctions secondaires éviteront toute transaction. Dans un pays où le secteur minier pèse 95 % des exportations, la mesure complique d’éventuels montages financiers liés à l’ex-président. Elle envoie un signal aux réseaux d’affaires de l’Est : collaborer avec l’AFC-M23 expose à des sanctions de l’OFAC. Mais plusieurs personnalités ont des avoirs intraçables, parfois dissimulés sous des prête-noms, ce qui limite l’efficacité de ces sanctions.

Première limite : l’effectivité. Sans avoirs majeurs aux USA, l’impact financier direct peut être symbolique. Seconde limite : la polarisation. Les pro-Kabila dénonceront une ingérence américaine. Ces mesures risquent enfin de pousser Kabila à s’allier ouvertement à l’AFC-M23 pour « sauver sa peau ».

Impact diplomatique : RDC-USA, un alignement stratégique ?

Le secrétaire au Trésor Scott Bessent assume : « Ceux qui continuent à semer l’instabilité seront tenus responsables ». Les États-Unis conditionnent leur soutien au cadre d’intégration économique régionale et à la transparence des chaînes de minerais critiques. Cela paraît comme une victoire pour Félix Tshisekedi : sa thèse d’un « Kabila parrain du M23 » est endossée par Washington. Pour Kabila, exilé en Afrique du Sud depuis fin 2023, la marge de manœuvre se réduit.

Plus qu’une punition individuelle, la mise sous sanctions de Joseph Kabila redessine les lignes de front politiques et diplomatiques congolaises. Elle conforte Kinshasa et Washington dans leur lecture du conflit, mais ne résout pas la guerre du Kivu. Et cela, après un nouvel accord de Montreux non exécuté entre Kinshasa et l’AFC-M23 sur la libération des prisonniers de deux côtés. 

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Assemblée nationale : la motion contre Jacquemain Shabani fracture la majorité

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À l’Assemblée nationale de la République démocratique du Congo, l’examen annoncé de la motion de défiance visant le vice-Premier ministre, ministre de l’Intérieur et Sécurité, Jacquemain Shabani, initialement prévu le 27 avril, cristallise les tensions politiques au sein de l’Union sacrée de la Nation. Cette motion pourrait être examinée ce 29 avril. Avant cette séance, la majorité présidentielle essaie de créer une solidarité pour ne pas faire tomber son ministre.

Déposée le 13 avril par le député Laddy Yangotikala, la motion de défiance reproche à Jacquemain Shabani une gestion jugée défaillante de la sécurité nationale, notamment dans les grandes villes du pays, ainsi que des entraves au contrôle parlementaire et des abus d’autorité. Après plusieurs jours de tractations et de blocages au sein de la chambre basse, la Conférence des présidents avait finalement acté l’inscription de cette motion à l’ordre du jour de la plénière du lundi 27 avril, dans un climat politique particulièrement tendu. Cette séquence a mis en lumière de profondes divisions au sein de la majorité parlementaire. Retraits de signatures, pressions politiques et rivalités internes ont jalonné le parcours de cette initiative, perçue par certains comme un test du contrôle parlementaire et, par d’autres, comme une manœuvre politique visant à fragiliser un membre clé du gouvernement.

Des pressions sur les initiateurs de la motion

Coup de théâtre à la veille de l’échéance : la motion ne figure finalement pas à l’ordre du jour officiel de la plénière du 27 avril, alors même que son examen avait été annoncé. Cette absence contraint les initiateurs à patienter davantage, ravivant les accusations de blocage institutionnel. Des pressions auraient été exercées sur certains députés signataires de la motion, conduisant à des retraits de soutien, d’après des informations glanées dans les couloirs de l’Assemblée nationale.

Depuis quelques jours, le député Laddy Yangotikala accuse le bureau de l’Assemblée nationale de blocage. Il a dénoncé une violation du Règlement intérieur (article 235), qui prévoit un délai de 48 heures après le dépôt pour le traitement d’une motion. « Malgré les tentatives de dissuasion afin de pousser les uns et les autres à retirer leurs signatures et nous autres à nous retirer de cette initiative, nous restons sereins que la prochaine plénière sera consacrée à l’alignement et au traitement de la motion visant le vice-Premier ministre pour qu’il vienne expliquer à notre chambre la situation sécuritaire des Kinoises et Kinois, des Congolaises et Congolais, de Boyomaises et Boyomais », a déclaré l’élu de Kisangani la veille de la décision de la conférence des présidents ayant annoncé l’alignement de sa motion.

Parallèlement, des doutes ont été soulevés quant à l’authenticité de certaines signatures figurant sur le document de la motion. Ces tensions ont franchi un nouveau cap avec le dépôt d’une plainte pour faux devant le Parquet général près la Cour de cassation, visant l’auteur de la motion, Laddy Yangotikala. Président intérimaire du parti Action des volontaires pour la relève patriotique (AVRP) du ministre Muhindo Nzangi, cet élu était même contraint de démissionner suite à son initiative parlementaire, avant d’être exclu du regroupement politique AB. 

Shabani va-t-il devenir le second ministre évincé par sa majorité ?

Sous le premier mandant du président de la République, Félix Tshisekedi, un ministre est entré dans l’histoire pour avoir été évincé par sa propre majorité :  Jean-Marie Kalumba Yuma. Ce dernier fut ministre de l’Economie nationale en 2022 quand il a été renversé par l’Assemblée nationale. Le 30 mars 2022, il fut déchu par la plénière de l’Assemblée nationale à la suite d’une motion de défiance du député national Crispin Mbindule. Par un vote de 277 voix pour (199 contre et 12 abstentions), l’Assemblée nationale avait destitué le ministre de l’Économie nationale pourtant membre de la majorité au pouvoir. Une première dans l’histoire congolaise, qui n’avait jamais vu une majorité s’en prendre ainsi à un membre du gouvernement. Ce qui fait craindre le pire à Jacquemain Shabani. Si le patron de la territoriale arrivait à se faire renverser, il serait le deuxième ministre sous l’ère Tshisekedi à tomber devant l’Assemblée nationale.   

L’Union sacrée veut sauver Shabani

Avant cette échéance, l’Union Sacrée de la Nation a réuni ses députés afin d’exprimer sa solidarité au vice-premier ministre, ministre de l’Intérieur et membre éminent de la majorité parlementaire. Mais avant la démonstration de ce soutien, Jacquemain Shabani devra présenter ses moyens de défense devant les députés nationaux, conformément au règlement intérieur de l’institution. Au terme de ce débat, les parlementaires procéderont au vote pour décider de l’adoption ou du rejet de la motion de défiance. En cas d’adoption, le membre du gouvernement visé serait tenu de déposer sa démission, conformément à la procédure en vigueur. « La procédure est risquée. Voilà pourquoi pour aligner la motion, il faut que la majorité se rassure de sa propre solidarité envers le ministre visé, sinon, une surprise peut venir du vote », explique une source au sein du parlement.

La plénière du 29 avril pourrait être fortement marquée par cette affaire, devenue emblématique des tensions au sein de la majorité parlementaire. Cette motion de défiance contre Jacquemain Shabani s’impose comme un révélateur des rapports de force au sein de l’Assemblée nationale, laissant en suspens la question du contrôle effectif de l’action gouvernementale en RDC.

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UDPS : à quand la concorde au sein du parti présidentiel ?

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Miné par des querelles internes récurrentes, l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS) peine à afficher une unité durable, que ce soit dans l’opposition hier ou au pouvoir aujourd’hui. Entre rivalités de leadership, blocages organisationnels et tensions publiques, les divisions actuelles interrogent sur la capacité du parti à survivre politiquement après l’exercice du pouvoir en 2028.

Au sein de l’UDPS, les signes de crispation interne se multiplient, donnant l’image d’un parti en proie à des luttes intestines constantes. Dernier épisode en date : les tensions ravivées entre cadres influents de la majorité au pouvoir, illustrées par des attaques publiques entre responsables politiques lors de meetings récents. Le 18 avril, devant les militants de l’UDPS, le secrétaire général Augustin Kabuya a relancé ces tensions en diffusant des images d’une ancienne intervention du secrétaire permanent de l’Union sacrée de la Nation, André Mbata, au siège de l’UNC. A travers ces images, le secrétaire général de l’UDPS a voulu rappeler publiquement le parcours politique d’André Mbata, suggérant qu’il n’est pas un membre historique de l’actuel parti présidentiel. Ces deux personnalités ont étalé leurs dissensions au grand jour après l’élection du gouverneur de Sankuru. La victoire du candidat Lodi Emongo, porté par André Mbata, au détriment du ticket Lumu Akutu Joseph et Dambo Onayimbi José, soutenu par Augustin Kabuya, a poussé André Mbata à qualifier ses camarades comme étant du mauvais côté de l’histoire.

Dans son intervention lors d’un meeting au siège du parti, Kabuya a insisté sur sa propre ancienneté au sein de l’UDPS, mettant en avant son rôle dans l’ascension de Félix Tshisekedi à la magistrature suprême. Il a ainsi cherché à affirmer sa légitimité face à Mbata, présenté comme un “nouveau venu” dans les rangs du parti. Ces frictions ne sont pas isolées. Elles traduisent une rivalité croissante entre figures du parti et, plus largement, au sein de la plateforme au pouvoir, l’Union sacrée de la Nation. Derrière ces passes d’armes, se jouent des enjeux de positionnement politique, d’influence et de contrôle de l’appareil partisan.

Une crise interne assumée et dénoncée de l’intérieur

Au-delà des affrontements entre leaders, certaines voix internes dénoncent ouvertement une dérive préoccupante. Des cadres de la jeunesse du parti évoquent des comportements « immatures » et des « camps qui se forment », révélateurs d’un profond malaise organisationnel. Ces critiques mettent en lumière une réalité : l’UDPS, longtemps structurée autour d’un combat commun dans l’opposition, semble aujourd’hui fragilisée par l’exercice du pouvoir et les ambitions individuelles. La discipline interne apparaît de plus en plus difficile à maintenir.

Le blocage du congrès, symbole d’un malaise plus profond

L’incapacité du parti à organiser son congrès, pourtant annoncé comme une étape clé de restructuration, illustre ces divisions. Initialement prévu en décembre 2025 et conçu pour redéfinir les orientations et renouveler les instances dirigeantes, ce rendez-vous est constamment reporté sur fond de désaccords internes. Ce blocage nourrit les frustrations des militants et alimente les interrogations sur la gouvernance du parti. Il reflète surtout des divergences profondes sur les questions de leadership et de gestion, qui peinent à trouver une issue consensuelle.

Un parti historiquement traversé par les divisions

Ces tensions ne sont pas nouvelles. Déjà dans l’opposition, l’UDPS était régulièrement secouée par des dissensions internes, liées notamment à des querelles de légitimité et de leadership. Aujourd’hui, l’accession au pouvoir n’a pas atténué ces fractures – elle semble au contraire les avoir exacerbées. Des observateurs évoquent même une « crise existentielle », marquée par une perte de repères idéologiques et une gestion jugée contestée en interne. Dans ce contexte, certains militants redoutent une dilution de l’identité historique du parti, héritée d’Étienne Tshisekedi, au profit d’alliances politiques jugées opportunistes.

Le risque de l’après-pouvoir

Au-delà des tensions actuelles, une question se pose avec insistance : que restera-t-il de l’UDPS après le pouvoir ? Pour plusieurs analystes, l’incapacité à consolider l’unité interne pourrait fragiliser durablement le parti. Le risque est celui d’un éclatement ou d’un affaiblissement, notamment si les alliances qui soutiennent aujourd’hui la majorité venaient à se déliter. Dans un système politique congolais marqué par des recompositions rapides, l’absence de cohésion interne pourrait coûter cher à une formation qui a longtemps incarné l’opposition historique avant d’accéder au sommet de l’État. Ces dissensions pourraient affecter l’après-pouvoir de l’UDPS avec un risque d’implosion du parti. Pourtant, certains militants – moins clivants – attendent une concorde au sein de ce grand parti de la scène politique congolaise.

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