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De l’apogée au déclin, les derniers jours du Maréchal Mobutu

Le guide-suprême, le léopard de Kawele, le bâtisseur, l’unificateur, voilà quelques surnoms qui collaient à la peau de Joseph Désiré Mobutu rebaptisé Mobutu Sese Seko Kuku Ngbendo Wa Zabanga, un nom faisant recours à l’authenticité et s’opposant complètement aux patronymes chrétiens imposés par l’ancien colonisateur chassés depuis.

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Né le 14 octobre 1930 à Lisala dans l’actuelle Province de la Mongala, Joseph Désiré Mobutu est décédé le 7 septembre 1997 à Rabat au Maroc, après avoir été chassé du pouvoir à son tour par Laurent-Désiré Kabila, 32 ans après le putsch qui a fait de lui le président du plus grand Etat de l’Afrique centrale et un des plus riches du monde, de par ses nombreux minerais. C’est dans la plus grande intimité de sa famille et de son dernier pré carré que le vieux léopard sera inhumé dans le cimetière chrétien de Rabat.

De l’Apogée au déclin !

A la question de savoir pourquoi cela est-il arrivé, les historiens répliquent que les grands empires et de célèbres souverains disparaissent ainsi.

Prétendre raconter le parcours de Mobutu à travers ce feuillet, c’est travestir l’histoire. Les lignes qui suivent ne vont révéler que des faits et moments saillants qui ont entouré la fin du règne de celui qui a marqué l’histoire de l’Afrique et du monde.

Quand Mobutu pris le pouvoir le 24 novembre 1965, à la suite du coup d’État qui écarta en douceur, sans effusion de sang Joseph Kasa-Vubu, il trouva un pays riche à cause de ses potentialités du sol et du sous-sol, un pays appelé  »scandale géologique ». Le 16 mai 1997, quand il le quitta, il laissa un pays exsangue sur tous les plans, dans l’abîme, au bord de ce déluge qu’il prédisait souvent après lui.

Et pourtant, la chasse de Mobutu est loin d’être une surprise pour ceux qui suivaient la politique exercée à  Kinshasa. Une crise était déjà installée tant chez les politiques étranglés que chez les militaires impayés.

En 1994, malgré le partage du pouvoir avec le président du Parlement, le pays s’enfonce dans une crise profonde. Celle-ci s’aggrave avec l’arrivée des réfugiés rwandais fuyant la répression du génocide au Rwanda. Mais la progression de l’Alliance de forces démocratiques pour la libération du Congo (AFDL), bras armé congolais du Front patriotique rwandais et de l’Ouganda, emmenés par Laurent-Désiré Kabila, entrent à Kinshasa le 17 mai 1997, entraînant la chute définitive et la fuite de Mobutu Sese Seko, malgré une dernière tentative de négociation pour le partage du pouvoir parrainée par Nelson Mandela sur le navire Outenika.

L’Armageddon d’un départ imprévu !

Depuis quelques temps, les indicateurs sociaux, économiques et politiques au Zaïre de Mobutu sont au rouge.

Les troupes de l’Afdl et Laurent Désiré Kabila ont gagné plus de la moitié du territoire national et la prise de Kinshasa ne repose plus que sur la seule volonté des rebelles.

Mobutu qui revient d’une longue hospitalisation à Zurich en Suisse est obligé d’interrompre sa convalescence au Cap Saint Martin pour regagner Kinshasa qui est au bord de l’émeute.

Une fois au pays, le vieux Maréchal procède à un remue-ménage au sein du Gouvernement et dans l’Armée. Le Général Likulia est fait Premier Ministre, le Général Mahele autrefois héros de tout un pays, est rappelé pour récupérer le Ministère de la Défense Nationale et l’Armée Nationale (FAZ).

Trois de ses enfants entrent également dans le jeu, Ngawali Mobutu, la fierté des filles Mobutu devient Conseillère diplomatique, Nzanga, fils aîné de Bobila Dawa, devient quant à lui, Conseiller à la Communication alors le tonitruant et adulé Kungulu dit Saddam Hussein déjà bien intégré dans l’Armée comme Capitaine, arbore de nouveaux galons de Conseiller à la Défense.

Après ce réaménagement tardif aux allures d’un coaching intervenu que d’aucuns attendaient à l’heure de jeu, Mobutu tente de jouer la carte de la diplomatie. Pour y arriver, le vieil homme fait appel à la légende Nelson Mandela. Ce dernier invite Mobutu et Kabila autour d’une table, la première est programmée aux larges de Brazzaville, elle sera vouée à l’échec puisque Kabila ne s’y pointe pas craignant l’irruption des mercenaires français rodant autour des lieux.

C’est un jour plus tard à bord du navire de l’armée sud-africaine, l’Utenika que les deux personnes vont finalement se rencontrer sans, toutefois, trouver un compromis.

Dès cet instant, les dés sont jetés.

Bill Richardson, l’annonce de la fin !

En 1989 lorsque s’écroule le mur de Berlin, les regards se tournent vers l’Afrique et le Zaïre spécialement. Enfant chéri des Etats-Unis pendant la guerre froide, Mobutu ne sert plus à grand-chose pour son pourvoyeur et protecteur américain, ce dernier ne trouvant plus en lui le moindre intérêt, l’abandonne à son triste sort.

Ainsi, à quelques jours de la prise de Kinshasa, l’envoyé spécial de Bill Clinton, un certain Bill Richardson atterrit à Kinshasa, dans ses mains une lettre sobre et directe venant du Président américain. Mobutu est sommé de partir s’il ne veut pas voir son corps traîné dans les rues de Kinshasa. Les Etats-Unis étaient au courant du plan du Rwanda et de ses alliés qui soutenaient Kabila : humilier Mobutu. Ils ont donc utilisé la manière forte.

Sur le coup, Mobutu refuse de partir, celui qui avait toujours reçu des instructions par des émissaires de grandes puissances, certains moins prestigieux que Richardson, se désole d’être poussé vers la sortie comme un vulgaire monsieur et ce, par l’entremise d’un émissaire.

Général Mahele, un statut controversé !

Nommé depuis près d’un mois, le Général Mahele ne sait pas diriger les Forces armées zaïroises. Il se plaint auprès du Conseiller spécial Honoré Ngbanda en des termes claires : « les armes sont achetées en russie, les munitions ailleurs, les troupes n’ont pas reçu leur solde et les commandants de bataillons ne suivent pas mes instructions ». C’est la débandade sur le théâtre des affrontements.

Mahele sent une défaite toute faite, le 16 mai, il vient annoncer à Mobutu, l’homme qui l’a propulsé et avec qui il a conclu un pacte de sang, son incapacité à assurer sa sécurité, lui demandant dans la foulée de s’enfuir.

Le Général Donacien Mahele Liheko (Ministre de la Défense, et Chef d’Etat-Major de Mobutu)

Le message est mal discerné, les plus caciques mobutistes considèrent cela comme une haute trahison. Cette assertion s’avère plausible pour eux d’autant plus qu’un jour plus tôt , le Général Mahele placé sur écoute, a été surpris par l’Administrateur des services de renseignements et Honoré Ngbanda. L’appel que l’infortuné lançait à un commandant au front était une demande de baisser les armes et de se joindre aux troupes de l’alliance.

L’étau s’est donc resserré sur Mobutu qui est contraint de quitter Kinshasa le 16 mai, direction Gbadolite.

Le départ de Mobutu donne le go à la fuite des mobutistes de tout bord, ils traversent par brazzaville avant de rallier les capitales européennes. Toutes les combines étaient bonnes pour échapper au lynchage, certains se déguiser en femmes tandis que d’autres soudoyaient à prix d’or les agents commis aux frontières.

De son côté, le Général Mahele confiant de sa négociation facilitée par ses fidèles amis français, reste chez lui et attend l’entrée des troupes de l’Alliance. Il a donné la consigne à ses anciens camarades d’armes de la SARM (renseignements militaires) pour ne pas s’opposer. Il connaît la capacité intellectuelle des mobutistes, il sait qu’une transition baliserait un chemin pour qu’il accède au pouvoir.

Dans la nuit du 16 mai, le tigre (surnom de Mahele) reçoit un appel téléphonique alarmant sur d’éventuels soulèvements au camp militaire Tshatshi. Kungulu fils du Président Mobutu lui demande d’aller y jeter un œil, lui-même étant déjà en route.

La garde rapprochée de Mahele n’est pas motivée et tente de dissuader le Chef, ce dernier intransigeant, obstiné à éviter tout bain de sang à Kinshasa, saute dans sa jeep.

C’est de l’entrée du camp que les militaires perchés sur des miradors lancent des tirs nourris sur l’escorte de Mahele qui parvient toutefois à pénétrer dans le camp jusqu’à l’emplacement où se tiennent les causeries morales.

Harangueur de talent, il prend à peine la parole pour demander aux troupes de baisser les armes qu’un adjudant sort de rang pour le couvrir de balles.

Ses multiples tentatives de paracommandos qui lui permettent de se dissimuler sous son véhicule ne suffiront pas. Il y sera extirpé et tué à bout portant avant que tous les militaires prennent la fuite.

C’est plus tard que le Capitaine Kungulu arrivera sur le lieu pour récupérer la dépouille de Mahele et l’acheminer dans une morgue de Kinshasa.

Sauvé de justesse !

Le vendredi 16 mai 1997 à l’aéroport de N’djili, le Maréchal Mobutu a échappé à un attentat.

Ceux qui l’accompagnent raconteront plus tard que quelques minutes avant l’embarquement de Mobutu dans l’avion, un colonel, officier de bataillon de Sécurité présidentielle prévient que des militaires se préparaient à abattre l’avion du Maréchal à partir de la Ferme Lokali (appartenant à Séti Yale) avec des missiles sol-air. Cette action serait mise sur le compte des rebelles de l’AFDL.

Après insistance de l’officier, le pilote a tourné dans le sens de Nsele pour prendre la position de vol dans le sens contraire de Masina. Cet attentat serait ourdi par le Commandant de la Division Spéciale Présidentielle (DSP), le Général Nzimbi qui, après avoir quitté l’aéroport, n’est plus rentré au Camp Tshatshi.

Il avait déjà fait ses valises pour traverser immédiatement le Fleuve Congo et gagner Brazzaville.

Dans l’entre-temps, un autre complot se tramait à Gbadolite qui a finalement accueilli l’homme à la toque de Léopard. Il s’agit de la colère des commandos de la DSP qui estimaient que Mobutu avait longtemps protégé Nzimbi qui les a exploités jusqu’à la moelle épinière.

Le Major Ngani, Chef adjoint de la Garde présidentielle raconte que les commandos ont décidé de venir prendre le Maréchal en otage car c’est lui qui a couvert tous les abus de Nzimbi en refusant de le limoger ». Mobutu n’avait qu’une seule issue devant ces hommes : quitter immédiatement Gbadolite.

Mais comment car son jet parti pour chercher ses enfants à Brazzaville ne pouvait plus atterrir, la tour de contrôle ayant alerté le pilote que l’avion serait abattu en l’air .

De Lomé à Rabat, la dernière ligne droite !

Sur ces entrefaites, Mobutu a pris la destination de Lomé au Togo où il a trouvé asile auprès de son ancien ami Eyadema.

Honoré Ngbanda qui, à l’époque était son Conseiller spécial en matière de sécurité, raconte le scénario. Ce dernier se trouve à Lomé où sa femme venait d’accoucher et il en profite pour négocier l’accueil de son patron Mobutu. De bonne heure, alors qu’il s’apprête à prendre la route du palais présidentiel togolais, quelqu’un lui annonce l’arrivée de Mobutu à l’aéroport. Le « spécial » bondit dans une voiture direction l’aéroport de Lomé. Sur place, l’homme s’énerve de la vaste blague, il ne retrouve pas l’avion présidentiel. Et là, il entend une voix crier son nom, il se retourne et reconnaît le chef de la garde présidentielle, un certain Montoko. Il lui demande où se trouve le Maréchal et ce dernier indique un avion antonov impacté des balles. Ngbanda y pénètre et retrouve la limousine officielle, vestiges du pouvoir. Des membres de la famille lui disent que l’ancien dictateur est dans la voiture…le raffiné Mobutu étouffé par des habits, des chaussures, des valises traduisant d’une part la précipitation dans laquelle il a été embarqué et d’autre part des mesures de sécurité de fortune qui ont été prises vu les rafales qu’avait reçu l’avion russe à son décollage.

Honoré Ngbanda qui raconte la scène déclare que le Maréchal Mobutu s’est jeté dans ses bras en pleurant et en glissant ces mots : « Honoré, si je t’avais écouté », faisant allusion à tous les bulletins d’informations que ce dernier lui rapportait de ses équipes de renseignements. Malade et amoché par son cancer de la prostate métastasé, le Maréchal Mobutu doit être évacué  pour la Suisse ou vers sa résidence de Cap Saint Martin à proximité de Nice en France. Un autre tracas il se rendit compte que le sac contenant son passeport et celui de son épouse ainsi que quelques billets de banque avait été volé par l’un de ses gardes.

Dans la recherche d’un dernier asile, Mobutu conspué par le monde entier y compris par ceux qui ont bénéficié de ses nombreuses largesses sera accueilli par son vieil ami, le Roi Hassan Il du Maroc.

Le Maréchal Mobutu et le souverain chérifien entretiennent d’excellents rapports tant dans le privé que dans l’officiel.

C’est là qu’il rendu l’âme en retournant auprès de celui qui l’a envoyé sur terre Présent à l’enterrement, outre la famille restreinte, quelques collaborateurs lui restés fidèles, Honoré Ngbanda énumère : « Les officiers de sécurité de Mobutu autour de leur Chef, le Capitaine Ngani, les médecins personnels Diomi et Biamungu, les responsables du Protocole Mena et Kasogbia et moi-même, nous nous sommes trouvés seuls autour de la dernière demeure du Maréchal ».

Et de préciser : »Chacun avait certainement compris que le moment d’adieu était venu. Alors, tous les efforts de maîtrise de soi ont cédé sous la pression de l’émotion. Militaires comme civils, nous avons tous éclaté en sanglots pendant près de trente minutes. J’entendis dans leurs pleurs, les gardes du corps demander pardon au Maréchal au nom de leurs amis en disant : Pardonne-nous, Maréchal, nous n’avons pas fait notre travail et nous avons manqué à notre serment ». Cétait simplement pénible et dramatique », conclue Honoré Ngbanda Zambo Ko Atumba dans son célèbre ouvrage, Ainsi sonne le glas, les derniers jours du Maréchal Mobutu.

Celui qui a vécu durant toute sa vie avec éclat, fort des glorioles a quitté la terre des hommes dans l’ombre, sans trompettes ni musique.

L’un de ses proches, présent à l’inhumation a confié : »Et le dernier jour, sans peur de la mort, malgré la dure souffrance physique, il a quitté ce monde comme un enfant vient au monde, c’est à dire les mains vides, mais dans la paix et la joie d’aller à la rencontre de son Père miséricordieux…J’ai eu le privilège de voir le Maréchal Mobutu au sommet de sa gloire et de partager avec lui les grands moments de sa vie. Je l’ai suivi dans la décadence de son pouvoir, jusqu’à sa mort dans la solitude la plus complète…et voici, Tout est vanité ».

Richard Kinzambi/Heshima

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Kabila-Bemba : les racines d’une rancune interminable ?

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Depuis la fin de la présidentielle de 2006 remportée par Joseph Kabila face à son principal challenger Jean-Pierre Bemba, un climat de méfiance s’était installé entre les deux hommes. Ce qui avait conduit à des affrontements en plein Kinshasa entre l’armée et la garde rapprochée de celui qui fut un des vice-présidents de la République démocratique du Congo (RDC). Heshima Magazine revient sur les origines d’un conflit qui semble persister à ce jour.

À 62 ans, Jean-Pierre Bemba semble avoir tout connu : l’enfance d’un fils à papa, l’exil, la rébellion, la vice-présidence, la passion d’une campagne électorale en tant que challenger principal du président sortant, la prison à La Haye, puis le retour aux affaires sous Félix Tshisekedi. Après le conflit sanglant que certains spécialistes ont qualifié de « première guerre mondiale africaine » entre 1998 et 2002, Jean-Pierre Bemba se révèle comme une pièce maîtresse des accords de paix de Sun-City, qui ont mis fin à cette guerre en RDC. Un accord qui a marqué le retour à la démocratie. Le chef du Mouvement de libération du Congo (MLC) occupe à ce titre l’un des quatre postes de vice-présidents, en charge de l’économie et des finances.

Très vite, il s’impose comme le principal rival du jeune président Joseph Kabila, âgé seulement de 35 ans et qui a succédé à son père assassiné début 2001. Les deux hommes se retrouvent au second tour de l’élection présidentielle de 2006, la première élection démocratique du pays depuis l’indépendance en 1960, bien que d’autres scrutins aient eu lieu auparavant dans un cadre plus controversé. Au terme d’une campagne tendue au cours de laquelle Bemba n’a eu de cesse de mettre l’accent sur sa « congolité » face aux origines prétendument douteuses de son adversaire, c’est finalement Joseph Kabila qui l’emporte avec 58 % des suffrages.

Des résultats contestés par le MLC

Bemba conteste les résultats, avant finalement d’accepter de mener une opposition « républicaine ». Il sera élu sénateur en janvier 2007. Le gouvernement de Kabila lui demandera alors de se libérer de sa garde rapprochée composée essentiellement de ses éléments issus de la rébellion. Bemba le percevra comme une menace à sa sécurité, les deux hommes ne se faisant plus confiance l’un et l’autre. Un ultimatum sera alors donné par l’armée pour le 15 mars 2007. Mais la garde du chairman du MLC n’a pas bougé d’un seul iota. Le 22 mars, un assaut finira par être lancé contre la résidence de Bemba et ses bureaux se trouvant sur le Boulevard du 30 Juin, à Kinshasa. Bilan : au moins 200 morts, civils et militaires compris. Bemba va finalement se retrancher à l’ambassade d’Afrique du Sud, avant de s’envoler plus tard pour le Portugal.

Kabila a-t-il manigancé l’arrestation de Bemba ?

En mai 2008, alors qu’il était dans sa résidence de Rhode-Saint-Genèse à Bruxelles, Jean-Pierre Bemba est arrêté puis transféré à la Cour pénale internationale (CPI) de La Haye, aux Pays-Bas. Il est poursuivi pour « crimes contre l’humanité et crimes de guerre » commis par des hommes qu’il commandait en République centrafricaine, voisine de la RDC, en 2002 et 2003. Mais la main noire de Joseph Kabila plane. Certains opposants l’accusent de vouloir se débarrasser d’un adversaire gênant. Ce dernier et François Bozizé, ayant chacun un rival commun – Bemba pour Kabila et Ange Félix Patassé pour Bozizé –, auraient ainsi renforcé leur rapprochement. Certains analystes estiment que le dossier de l’arrestation de Jean-Pierre Bemba aurait été motivé par ces deux chefs d’État.

Patassé, le témoin manquant…

En avril 2011, l’ancien président centrafricain Ange Félix Patassé décède en exil au Cameroun. Il était et restera le grand absent du procès de Jean-Pierre Bemba devant la CPI. En RDC, une partie de l’opinion congolaise ne comprenait pas comment Bemba affrontait seul ce dossier, sans qu’Ange Félix Patassé, à qui il prêtait main-forte contre la rébellion de Bozizé, n’ait été convoqué par cette juridiction internationale. Pourtant, les troupes de Bemba étaient parties défendre Ange-Félix Patassé d’un coup d’État. Cette question hantera le procès de Bemba au point de faire réagir un fonctionnaire de la CPI.

« Évidemment, nous continuons nos enquêtes en République centrafricaine. Nous ne nous arrêterons pas là », avait réagi Pascal Turlan, conseiller en coopération pour le procureur de la CPI. Mais jusqu’à l’acquittement de Bemba en 2018, la CPI n’avait presque plus fait allusion à cet aspect de l’enquête.

Un acquittement au goût de revanche contre Kabila

Le 8 juin 2018, la Chambre d’appel a décidé, à la majorité, d’acquitter Jean-Pierre Bemba Gombo des charges de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité. Bemba va alors quitter ses co-pensionnaires de taille tels que l’ancien président ivoirien Laurent Gbagbo. Contrairement à ce qui est parfois mentionné, Charles Taylor n’était pas détenu à la CPI, mais à La Haye sous mandat du Tribunal spécial pour la Sierra Leone.

Pressé par le temps, il tente de prendre sa revanche en briguant la présidentielle de décembre 2018. Mais « Baïmoto » rencontre encore un nouveau blocage : sa candidature est rejetée par la CENI alors dirigée par l’actuel rebelle, Corneille Nangaa. Pour Bemba, c’est une preuve supplémentaire que l’on s’acharne contre lui. Il apporte alors son soutien à la candidature commune de l’opposition incarnée par Martin Fayulu.

Allié indéfectible de Tshisekedi

Après la présidentielle, c’est Félix Tshisekedi qui est proclamé vainqueur. Bemba reste dans l’opposition, avant d’intégrer finalement l’Union sacrée de la Nation après les concertations nationales ayant mené à la rupture de la coalition entre Félix Tshisekedi et Joseph Kabila. Au sein de cette alliance, il occupera les postes de vice-Premier ministre, ministre de la Défense nationale puis celui des Transports. C’est depuis cette position qu’il enverra plus de coups à Joseph Kabila, soupçonné d’être derrière la rébellion de l’Alliance Fleuve Congo (AFC) de Corneille Nangaa, alliée au M23.

Le 5 mars 2025, Jean-Pierre Bemba a accusé l’ancien président d’être l’instigateur des rebelles du M23, soutenus par le Rwanda, ainsi que ceux de l’AFC. En plus de soutenir l’AFC/M23, Bemba dit détenir des preuves selon lesquelles Joseph Kabila est également derrière les miliciens Mobondo, actifs dans les provinces du Maï-Ndombe, du Kwilu, du Kwango, du Kongo Central et dans une partie de Kinshasa. Dans la foulée d’un autre meeting, Bemba a encore remis en cause la nationalité congolaise de Joseph Kabila, réveillant un vieux démon autour de la « congolité » du quatrième président de la RDC. Décidément, les rancœurs entre les deux personnalités sont loin de prendre fin.

Heshima

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Dossier coup d’État en RDC : vers une libération de Marcel Malanga et ses compatriotes américains

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Condamnés à la peine de mort pour avoir tenté de renverser les institutions en République Démocratique du Congo (RDC), les trois Américains impliqués ont vu leur sentence commuée en servitude pénale à perpétuité grâce à une grâce présidentielle accordée le 1er avril 2025 par le chef de l’État, Félix Tshisekedi. D’après certaines sources, cette étape prépare la voie à une libération de ces citoyens américains impliqués dans une tentative de coup d’État en mai 2024, à Kinshasa.

Félix Tshisekedi a accordé une mesure de grâce à Marcel Malanga Malu, ressortissant américain d’origine congolaise, condamné à mort avec 37 autres co-accusés après la tentative de coup d’État du 19 mai 2024 orchestrée principalement par son père, Christian Malanga, abattu à cette occasion. Dans une ordonnance rendue publique, mercredi, cette peine capitale a été commuée en servitude pénale à perpétuité pour les trois Américains impliqués, dont Taylor Christa Thomson et Zalman Polun Benjamin. Le 9 mars 2024, leur condamnation à mort était devenue définitive après le procès en appel organisé par la Cour militaire de Kinshasa/Gombe.

Prélude d’une libération

À l’instar de Jean-Jacques Wondo, un ressortissant belge d’origine congolaise également impliqué dans cette affaire, Marcel Malanga et ses amis pourraient également bénéficier d’une libération par Félix Tshisekedi. Expert militaire belgo-congolais figurant parmi les accusés, Jean-Jacques Wondo a été libéré dans la nuit du 4 février 2025 après sa condamnation en appel par la justice militaire. Son entourage, notamment son avocat, avait évoqué une libération « d’ordre humanitaire » pour permettre à son client de se faire soigner, après plusieurs sollicitations sans résultat escompté.
Mais il est largement rapporté que la Belgique a exercé des pressions sur Kinshasa pour obtenir la libération de Jean-Jacques Wondo. Condamné pour sa participation à une « tentative de coup d’État », le verdict en appel avait suscité une réaction immédiate de la Belgique qui estimait qu’il n’y avait toujours pas de preuves impliquant son ressortissant. Le ministère belge des Affaires étrangères avait exprimé sa « grande déception » et « une totale incompréhension » face à ce verdict, évoquant « la grande faiblesse des éléments présentés lors des audiences et l’absence manifeste de preuves crédibles ».

Contrairement à Wondo, des Américains étaient bel et bien impliqués dans cette tentative de coup d’État. Des vidéos, obtenues par les autorités, tournées par les insurgés eux-mêmes, montraient ces ressortissants américains, armes à la main, prendre possession du Palais de la Nation, avec en leur tête Christian Malanga, le père de Marcel Malanga. Mais, eux aussi, pourraient être graciés définitivement dans les prochains mois, d’après certaines sources. Lors du verdict au premier degré, Washington avait annoncé qu’il « continuerait à suivre la situation ».

Retour sur les faits

Dans la nuit du 18 au 19 mai 2024, plusieurs dizaines d’hommes armés ont attaqué le domicile du Vice-Premier ministre, ministre de l’Économie, Vital Kamerhe, dans la commune de la Gombe, à Kinshasa. Deux policiers chargés de sa garde ont été tués lors des échanges de tirs entre les hommes de Christian Malanga et les membres de la garde rapprochée. Les assaillants ont ensuite investi le bâtiment historique du Palais de la Nation, bureau du président de la République. Les membres du commando se sont filmés brandissant le drapeau du Zaïre, symbolisant un retour à l’ère de Mobutu, avant de déclarer la fin du régime actuel. Se pavanant dans la cour du palais tout en réalisant un live sur les réseaux sociaux, Christian Malanga et ses hommes déclaraient la fin du régime de l’actuel chef de l’État, Félix Tshisekedi. Plus tard, un assaut de l’armée a conduit à leur arrestation et à la mort de leur chef, Christian Malanga, qui opérait avec son fils Marcel. Celui-ci était accompagné de ses amis américains. Les autres assaillants ont été recrutés localement entre Kinshasa et Kongo Central.

Heshima

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Après la suspension de l’aide internationale américaine : quel impact sur la RDC

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L’administration Trump a confirmé, le 28 mars 2025, la dissolution de facto de l’Agence des États-Unis pour le développement international (USAID). L’actuel locataire du Bureau ovale souhaite réduire drastiquement l’aide américaine à l’étranger. Mais cette décision a un impact direct sur plusieurs projets humanitaires en Afrique et ailleurs. Analyse des conséquences d’une telle décision, notamment sur la République démocratique du Congo (RDC).

Chaque année, la RDC bénéficiait d’un soutien d’environ 1 milliard de dollars de la part de l’USAID. Cette enveloppe colossale servait à l’exécution de projets dans des secteurs divers tels que l’éducation, l’agriculture, la santé et la gouvernance. Ces fonds permettaient aussi de maintenir plusieurs emplois dans ces secteurs. Tout cela s’est effondré comme un château de cartes. Dans les provinces, l’USAID soutenait le renforcement des capacités des institutions locales et de la société civile, afin de favoriser une gouvernance efficace et inclusive. Mais le plus grand impact de la rupture de ce financement se fait sentir dans le domaine humanitaire. Le pays traverse une crise humanitaire sans précédent depuis la résurgence du Mouvement du 23 mars (M23), soutenu par le Rwanda.

Après l’Ukraine, la RDC est le principal bénéficiaire de cette aide américaine. Au cours des dix dernières années, l’USAID a fourni plus de 6 milliards de dollars d’aide humanitaire et au développement au pays. En 2024, le pays a reçu 1,3 milliard de dollars d’aides internationales, soit le montant le plus élevé jamais obtenu. Dans cette enveloppe, 910 millions de dollars provenaient des États-Unis.

Depuis l’aggravation de la situation sécuritaire dans l’Est, le gouvernement congolais et les Nations Unies ont lancé à Kinshasa un Plan de réponse humanitaire 2025. Ce programme, d’un montant de 2,54 milliards de dollars, vise à subvenir aux besoins de 11 millions de personnes, dont 7,8 millions de déplacés internes. Ce qui représente l’un des niveaux les plus élevés au monde. Plus de 21 millions de Congolais sont affectés par des crises multiples, notamment des conflits armés, des catastrophes naturelles et différentes épidémies.

Des ONG sans financement

L’aide américaine contribuait en grande partie à financer des ONG qui interviennent dans le domaine humanitaire. Ce qui contribuait à atténuer tant soit peu les souffrances des communautés locales. Au Nord-Kivu, par exemple, plusieurs projets en faveur des personnes vulnérables, exécutés par des ONG internationales, étaient financés par cette agence américaine. Son démantèlement va laisser un grand vide malgré les tentatives des autres partenaires de la RDC pour le combler. L’année dernière, 5,3 millions de Congolais ont reçu une assistance alimentaire. Les programmes d’eau, d’assainissement et d’hygiène (WASH) de l’USAID et les activités de résilience pour la sécurité alimentaire ont touché près de 1,2 million de personnes dans l’Est de la RDC, ainsi que dans les provinces du Kasaï Oriental et du Tanganyika. En soutenant des initiatives de paix et de réconciliation dans les zones de conflits, l’USAID travaillait notamment à la stabilisation du pays. À ce jour, Elon Musk, désormais chef du département de l’Efficacité gouvernementale, qualifie cette agence de « nid de vipères marxistes » et a réussi son démantèlement pour appliquer la politique de Donald Trump sur « l’Amérique d’abord ».

Heshima

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