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Les improductives alliances du pays de Lumumba
Dans un monde devenu village planétaire, les nations sont contraintes de vivre en « interdépendance ». Et en tant que telles, les alliances entre Etats se font et se défont en fonction des intérêts et des besoins et dans le cadre de la politique étrangère de chaque pays. Par pur souci d’éclairer la lanterne des uns et des autres sur cette évidence, dans son ouvrage “La politique étrangère de la République Démocratique du Congo: Continuité et ruptures”, le Professeur Mwayila Tshiyembe, spécialiste de la sociologie des conflits dans la région des Grands Lacs qui a fait un point d’honneur sur les alliés de la RDC, a mis en exergue l’évidence selon laquelle la politique étrangère constitue un instrument efficace pour la gestion de toute nation.
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Dans ce chef-d’œuvre, l’auteur révèle qu’avec ses atouts et ses vulnérabilités, la diplomatie de la RDC a été celle de la crise (1960-1965), de la porte ouverte (1965- 1990), des temps perdus (1990-1997) et de l’impuissance (1997-2006). D’où sa conclusion par cette interrogation : »Quelle diplomatie pour le 21ème siècle et l’avenir ? » En réponse à cette question posée avec acuité, Heshima Magazine tente en quelques lignes de décrypter les moments forts de l’histoire des alliances de la République Démocratique du Congo en remontant les années 1960.
En dents de scie
Colonie belge depuis 1902, le Congo a toujours été proche de la Belgique à qui il s’identifie politiquement et culturellement. Après l’accession à l’Indépendance le 30 juin 1960, les tensions naissent entre l’ancien colon et les nouveaux dirigeants de son ancienne colonie. Le Roi Baudoin 1er se sent lésé après le discours orageux de Lumumba qui a présenté la Belgique comme un tyran qui a terrifié et torturé les sauvages congolais. Les officiers belges ne parviennent plus à gérer les soldats subalternes de la Force Publique. S’ensuivent alors des émeutes dans les différentes provinces du Congo où les belges sont violées, tués et chassés. L’armée belge interviendra pour rapatrier tous ses résidants et va profiter de l’occasion pour régler des comptes à Lumumba.
De là va naître la relation en dents de scie entre les deux pays qui n’auront presque jamais des rapports privilégiés. Si la Belgique se vante d’être le premier partenaire économique de la RDC, les congolais eux le nient. Vers les années 1980, Mobutu Sese Seko, Président de ce pays depuis 1965 à la suite d’un coup d’Etat sur Joseph Kasa-Vubu, fatigué de l’ingérence belge dans les affaires internes du Zaïre, envoie des émissaires dont Nimy Mayidika Ngimbi, Gérard Kamanda, Mpinda wa Kasenga annoncer lors d’un débat contradictoire à la télévision belge, la rupture des relations entre la Belgique et le Zaïre.
A l’avènement de Laurent-Désiré Kabila, la situation ne va pas changer. Les relations sont restées tendues entre les deux pays. Il a fallu attendre le règne de Joseph Kabila pour assister au réchauffement des relations entre Kinshasa-Bruxelles. Louis Michel qui a longtemps géré la diplomatie belge vers le début des années 2000, est même considéré comme le mentor de Joseph Kabila. Fort de ces rapports améliorés entre les deux pays, le Congo de Kabila a même invité le couple royal belge à prendre part à la célébration du cinquantenaire de l’indépendance du Congo en 2010. Une invitation qui sera sujette à polémique suite au cadeau de quelques carats de diamant de joaillerie qui sera offert à la reine Paola Ruffo di Calabria, épouse du Roi Albert II par Marie-Olive Lembe, épouse du Président Kabila. Cependant, vers la fin du mandat de Joseph Kabila, les relations diplomatiques entre la Belgique et la RD-Congo vont se ternir comme jamais auparavant avec des décisions lourdes de conséquences telles que la rupture de la coopération bilatérale, l’interdiction de voyager infligée à des responsables des deux pays, la fermeture de la maison Schengen, le rappel des ambassadeurs. Une situation que viendra changer aussitôt Félix Tshisekedi, cinquième Président du Congo. La Belgique est un pays qu’il connait très bien pour y avoir séjourné plus de deux décennies. D’ailleurs, après sa prise de fonctions, la Belgique a été le premier pays européen où il s’est rendu.
Depuis, les averses ont disparu dans le ciel de deux nations. La maison Schengen qui avait été fermée a rouvert ses portes et la coopération à l’exception de celle militaire, a repris.
Rwanda, Ouganda, Burundi: l’histoire des amours compliqués
Partageant les mêmes frontières, le Rwanda, le Burundi et l’Ouganda ont toujours été considérés comme des pays frères de la RDC, des alliés naturels. Les années 1980 et 1990 ont scellé une solide relation d’amitié entre Juvénal Habyarimana du Rwanda et Joseph Désiré Mobutu son voisin du Zaïre. Une amitié qui aurait pu coûter la vie aux deux Présidents en 1994 lorsque l’hélicoptère ramenant le président rwandais à Kigali a été abattu par des missiles sol-air.
« La politique étrangère de la République Démocratique du Congo: Continuité et ruptures »
Les deux hommes étaient ensemble et devraient effectuer le déplacement pour des assises africaines. Mobutu s’était désisté à la dernière minute.
En 1997, les successeurs d’Habyarimana ne sont pas en odeur de sainteté avec Mobutu qui n’est pas leur allié. Ils décident de le faire partir du pouvoir par les armes, en passant par Mzee Laurent-Désiré Kabila, ancien maquisard et ennemi de Mobutu déjà fragilisé à Kinshasa par l’opposant Etienne Tshisekedi.
Lorsque Kabila renverse le vieux léopard de Kinshasa, le Rwanda, le Burundi et l’Ouganda font office d’alliés privilégiés. Fin mai 1997, dans un stade Kamanyola rebaptisé stade des Martyrs à moitié vide et sans le moindre diplomate, le nouveau maître de Kinshasa s’autoproclame Président de la République en prêtant serment devant ses alliés, qui, à ses yeux suffisent pour légitimer son pouvoir.
Cependant, le mariage entre les quatre pays ne fera pas long feu. Le 02 août 1998 alors que quelques jours plus tôt, le président congolais avait annoncé la fin des relations avec le Rwanda, l’ancien allié, une guerre d’agression surgit presque dans les mêmes régions par où la marche pour la destitution de Mobutu avait commencé.
Cette fois-ci, le Congo de Kabila n’a plus de puissance de feu, ses alliés naturels se sont mués en ennemis. C’est là qu’entrent en scène l’Angola de Dos Santos, la Namibie et le Zimbabwe, les nouveaux alliés circonstanciels qui vont repousser les agresseurs et approvisionner en aliments le Congo sous embargo international et soutenir le régime de Kinshasa jusqu’en janvier 2001, quand Laurent-Désiré Kabila est assassiné dans son bureau au Palais des marbres à Kinshasa.
Exemple sur le continent
Hormis les démêlés avec le Rwanda, la RDC est plutôt un pays pacifique non conflictuel aux yeux des pays africains. Présente et active dans la majorité de communautés continentales où elle s’apprête à prendre les commandes de l’Union Africaine en 2021, régionales (Sadc, Ceeac) et sous-régionales (Cirgl), la RDC est un exemple de bonne coopération. Le Président Tshisekedi est très actif sur le continent tant dans la quête des solutions au conflit entre l’Ouganda, le Burundi et le Rwanda que dans la pacification d’autres pays comme l’Ethiopie en proie à des tentatives de rébellions de l’Etat de Tigre. En marge des consultations des forces vives qu’il a initiées le 02 novembre à Kinshasa en vue d’une «Union sacrée pour la nation », Félix Tshisekedi avait dépêché une mission diplomatique restreinte composée des membres de son cabinet, dans quelques capitales africaines comme Luanda, Le Caire, etc. Quelques jours après, cela s’est matérialisé par un meeting aérien des armées congolaises et angolaises dans le ciel congolais.
Dans la crise actuelle opposant le camp de Félix Tshisekedi (Cap pour le Changement) à celui de Joseph Kabila (Front commun pour le Congo), le positionnement des alliés est un élément de taille. Joseph Kabila conserverait une très bonne image en Afrique du Sud et au Zimbabwe voire au Burundi. C’est d’ailleurs auprès de deux de ces pays, à savoir Afrique du Sud et Zimbabwe que ce dernier avait aussi envoyé Kikaya Bin Karubi et She Okitundu pour réciproquer à la démarche de Tshisekedi. Quitte à savoir si les différents alliés sauront se départager en cas de crise réelle en RDC.
Félix Tshisekedi, un chercheur d’alliances ?
Le politologue Trésor Kibangula tente d’y répondre en décryptant la politique extérieure de la RDC à partir d’une trentaine des voyages effectués par le Président Félix Tshisekedi dans une dizaine de pays. Le Chef d’État s’est rendu notamment dans les pays limitrophes de la RDC, en Occident et en Orient. Ce périple avait trois axes. Pour le premier axe, le Président est parti chercher auprès des alliés, l’aide financière afin de mettre en application son programme de gouvernement avec ses 20 piliers. Cela s’est confirmé notamment par ses contacts outre avec les politiques, mais aussi avec le Groupe d’Etudes sur le Congo (GEC), le FMI, l’Union Européenne, la Banque Mondiale et la Banque Africaine de Développement (BAD).
Le deuxième axe a consisté au repositionnement régional de la RDC et la pacification de l’est du pays dans la perspective de rétablir un meilleur équilibre géopolitique des intérêts des uns et des autres. C’est dans ce cadre qu’il avait appelé tous les pays voisins notamment le Burundi, le Rwanda, l’Ouganda et la Tanzanie à faire partie d’un »État-major intégré ».
Sans oublier la main tendue aux alliés traditionnels, dont la Russie, la Serbie, les USA (avec qui la RDC vient de relancer la coopération militaire) et prochainement la Chine. Le troisième axe selon Monsieur Kibangula, a visé le rééquilibrage des rapports de force à l’intérieur du pays qui sont actuellement défavorables à Félix Tshisekedi au sein de la coalition au pouvoir. Ses partenaires du FCC contrôlant l’essentiel des institutions de la République. Il a fallu donc prendre langue avec les alliés pour échanger sur la situation politique de la RDC.
Pour tout dire, à travers ses nombreux déplacements le président avait un seul objectif, réchauffer la diplomatie, la coopération multiforme avec les alliés pour sortir un pays qui a vécu dans l’isolement pendant des nombreuses années.
Alliance avec le plus offrant, l’heure du winwin !
Considérée comme un scandale géologique suite à l’immensité de sa richesse du sol et du sous-sol, la RDC fait l’objet de toutes les convoitises.
D’aucuns la considèrent comme un patrimoine mondial où tous les autres pays peuvent venir piocher. Et pourtant, comme le signalent quelques politologues, la Belgique a encore la mainmise sur l’économie de la RDC. Elle est une sorte de carte de validation. C’est elle qui donnait un avis de non-objection avant que Joseph Kabila vienne tout battre en brèche en 2006 lorsqu’il est élu président du Congo. Il tourne le dos au bloc occidental pour remettre le sort économique de son pays à la Chine en échange de quelques milliards de dollars américains. Un coup de massue dont ne se relèvent pas encore les Occidentaux qui ont vu la Chine déjà sérieuse concurrente, gagner du terrain.
Dix ans durant, la RDC s’est laissée entre les mains de la Chine, ne laissant que du menu fretin aux Américains, Français et autres. De cette alliance avec la Chine, quelques ouvrages sont sortis de terre, et ce dans plusieurs domaines de la vie, parmi lesquels la santé, l’enseignement, les infrastructures. La transformation de Kinshasa et de quelques provinces est l’œuvre de cette coopération polémique suite à la signature d’un contrat dont les rouages ne seront presque jamais maitrisés. En deux quinquennats placés sous les thèmes de « Cinq chantiers » pour le premier et « Révolution de la modernité » pour le second, l’alliance RDC-CHINE a produit : l’hôpital du cinquantenaire de Kinshasa ; près de mille écoles à travers le Congo ; la tribune en face du Palais du Peuple sur le boulevard triomphal ; la place des évolués, la place de la Gare dans la commune de la Gombe ; le pont Loange dans le Kasaï ; de milliers de kilomètres de routes de dessertes agricoles reliant plusieurs provinces ; le Musée national à Kinshasa ; le centre culturel en pleine construction, etc.
Ce qui paraît insignifiant aux yeux de plus d’une personne au vu des richesses insoupçonnées et surtout non contrôlées qui sortiraient de la RDC via ce partenariat. De l’avis de plusieurs analystes politiques, l’alliance entre la RDC et la Chine a été défavorable aux partenaires et alliés traditionnels du Congo, majoritairement occidentaux.
Avant de partir du pouvoir en 2019, Joseph Kabila place des garde-fous pour son allié chinois, il promulgue le nouveau code minier, un ensemble des mesures qui étranglent les partenaires occidentaux qui exercent dans le secteur des mines.
Le camp Kabila majoritaire dans les différentes institutions de l’Etat, il est presque impossible de voir ces clauses libératoires sauter. A ce jour, les Etats-Unis ont un nouveau Président en la personne de Joe Biden, un démocrate. Une situation qui ouvre la porte à une vague de questions sur la nouvelle configuration des relations entre Kinshasa et Washington, étant donné que l’actuel président américain est présenté proche de Kabila contrairement à son prédécesseur Donald Trump qui se voulait plutôt pro Tshisekedi, même si les deux hommes ne se sont jamais rencontrés en deux ans de pouvoir du président congolais. Les choses ne pouvaient pas si mal arriver sachant que la RDC connaît un tournant de son histoire.
Après l’alternance pacifique historique entre Joseph Kabila et son successeur Félix Tshisekedi, les deux hommes ont levé l’option de travailler ensemble pour le bien des congolais, dans une sorte de coalition au pouvoir. Deux années se sont passées, les noces entre ces deux ennemis d’hier n’ont pas débouché sur le bonheur tant attendu. Une alliance sur le plan national qui échoue au point que les congolais se posent des questions sur la nature de ces arrangements entre politiques. En soixante ans d’indépendance, les alliances entre la RDC et des pays étrangers ou encore celles conclues entre les congolais ont davantage contribué à régresser le niveau du Congo qu’à autre chose.
Ce pays immensément riche est toujours classé parmi les derniers de la liste des pays les plus pauvres, son armée demeure parmi les moins puissantes incapable de pacifier totalement le territoire national, son élite toujours mise en doute à l’étranger dans les mêmes pays alliés où elle est obligée d’être rétrogradée… à quoi servent ces alliances si la RDC ne sait pas en tirer profit. Il est certes impossible de se suffire tout seul, cependant il existe des pays quoiqu’en alliance avec d’autres, parviennent à se développer essentiellement avec leurs propres moyens, les alliances n’étant qu’une obligation relationnelle pour faire joli. Avec son potentiel, la RDC doit-elle toujours sa survie aux alliances ? Qu’en tire le peuple ? Des questions auxquelles les lignes précédentes ont peut-être répondu ou pas. Les jours à venir sauront mieux situer cette question des alliances.
Heshima Magazine
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Soutien du Rwanda à l’AFC/M23 : quelles possibles conséquences après l’aveu de Kigali ?
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2 semaines agoon
janvier 26, 2026By
La redaction
Après des années de démentis catégoriques, l’aveu du soutien du Rwanda au mouvement rebelle M23 marque un tournant majeur dans la crise sécuritaire dans l’Est de la RDC. Cet épisode met à nu une stratégie longtemps assumée en coulisses et place Kigali face à ses responsabilités régionales et internationales, notamment en matière de justice.
Le soutien du Rwanda au M23 n’a jamais été un secret pour les populations de l’est congolais, ni pour le gouvernement congolais, encore moins pour de nombreux observateurs internationaux, y compris les Nations Unies. Pourtant, Kigali a longtemps opposé un mur de dénégation aux accusations portées par Kinshasa, par les Nations unies et par plusieurs ONG. Rapports d’experts, images satellites, témoignages d’anciens combattants : les preuves s’accumulaient, pendant que le discours officiel rwandais parlait de « manipulation politique » et de « mensonges ».
Mais le week-end dernier à Washington, Kigali est passé aux aveux : « Le Rwanda fait de la coordination sécuritaire avec l’AFC/M23 ». C’est la déclaration de Mathilde Mukantabana, ambassadrice du Rwanda aux États-Unis, lors d’une réunion du sous-comité Afrique de la Commission des Affaires étrangères de la Chambre des représentants des États-Unis, le 22 janvier 2026.
Puis, un document publié en début de week-end passé sur le site de l’Ambassade du Rwanda à Washington marque un tournant rare dans la communication officielle de Kigali sur la crise dans l’Est de la RDC. « Pour la première fois de manière aussi explicite, une autorité rwandaise reconnaît que le Rwanda « s’engage dans une coordination sécuritaire avec l’AFC/M23 », un mouvement armé en conflit ouvert avec l’État congolais », commente Veritasinfos.
L’aveu, même partiel ou formulé sous couvert d’arguments sécuritaires, change profondément la nature du débat. Il ne s’agit plus de savoir si le Rwanda soutient le M23, mais pourquoi et à quel prix. Kigali justifie son implication par la nécessité de protéger ses frontières et de neutraliser les groupes armés hostiles opérant depuis le territoire congolais, notamment les Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR). Une rhétorique sécuritaire classique, mais qui peine à masquer d’autres intérêts notamment économiques mais aussi les effets dévastateurs du conflit sur les civils : déplacements massifs, exactions, pillages et instabilité chronique.
D’après l’ambassadrice du Rwanda à Washington, cette collaboration « est une mesure défensive visant à protéger les populations Tutsi et à prévenir toute résurgence de violences génocidaires ». Elle a ensuite donné des détails sur le cadre de cette collaboration entre armée rwandaise et rebelles de l’AFC/M23, soulignant son caractère défensif et temporaire. « Pour cette raison, le Rwanda engage effectivement une coordination sécuritaire avec l’AFC/M23. Je l’affirme clairement afin de bâtir la confiance par la transparence », a-t-elle déclaré. Cette diplomate a insisté sur le fait que l’AFC/M23 reste un groupe congolais indépendant, avec des revendications légitimes contre Kinshasa.
AFC/M23 ou bras armé du Rwanda en RDC ?
À Kinshasa, les aveux du Rwanda n’ont pas surpris plus d’un Congolais, y compris les autorités politiques qui ne cessaient de clamer haut et fort que le Rwanda dirigeait même les opérations armées de cette rébellion avec des troupes rwandaises au sol. Pour Patrick Muyaya, porte-parole du gouvernement congolais, cet aveu sonne comme la reconnaissance de nombreuses années de « dénégations acharnées, de mensonges et de manipulation systématique » du Rwanda. « Le Gouvernement rwandais a utilisé la culpabilité de la communauté internationale comme bouclier pour empêcher toutes critiques contre ses actions hostiles en RDC ! », a-t-il ajouté. Pour d’autres Congolais, les aveux de Kigali viennent valider l’instrumentalisation de l’AFC/M23 par le Rwanda, et Corneille Nangaa ne serait que la vitrine locale d’une rébellion dirigée par le Rwanda. « Il est clair maintenant que tous ceux qui ont rejoint l’AFC/M23 ont rejoint le Rwanda contre la RDC », a écrit sur son compte X Jean-Claude Katende, président de l’Association africaine de défense des droits de l’Homme (ASADHO).
Des éventuelles conséquences d’un tel aveu
Après avoir été acculé par Washington qui a la capacité technique de voir (via satellite) les activités militaires du Rwanda en RDC, Kigali était comme déshabillé devant les Etats-Unis qui parrainent les accords de paix signés en juin dernier à Washington entre Kinshasa et Kigali. « Dos au mur, le Rwanda cherche à proposer un nouveau récit ‘‘dans la transparence’’ de ses combats à l’Est de la RDC », analyse le journaliste français Christophe Rigaud, spécialiste de la région des Grands Lacs. Face à ces aveux, le Rwanda risque des possibles sanctions. Son action en RDC pourrait être interprétée comme une agression.
En droit international, un État agresseur s’expose à des sanctions coercitives sous l’égide du Conseil de sécurité de l’ONU (Chapitre VII), notamment des mesures économiques (embargos), diplomatiques (rupture des liens), ou militaires. Des réparations financières et des poursuites pénales individuelles (Cour pénale internationale) peuvent également être engagées.
Dans le volet des sanctions économiques et commerciales, il peut y avoir un embargo sur les armes, le gel des avoirs financiers, interdiction d’import-export, et restrictions sur l’usage de devises étrangères. Sur le plan diplomatique, des possibles sanctions sont l’expulsion de diplomates, rupture de relations, et suspension de participation du Rwanda à des organisations internationales. En termes de sanctions militaires, l’ONU peut autoriser l’usage de la force, le blocus, ou une interdiction de survol. Il y a aussi des sanctions pénales individuelles. Par exemple, la Cour pénale internationale (CPI) peut poursuivre les auteurs de crimes d’agression, notamment des personnalités rwandaises qui commandent des opérations en RDC.
Des relations entre Etats peuvent bloquer ces sanctions
Malgré la panoplie de sanctions qui existe en droit international, la réalité est tout autre aujourd’hui. Des Etats, au regard de leurs liens bilatéraux, peuvent bloquer des décisions liées aux sanctions contre un Etat ami. Par exemple, les Etats-Unis ou la Grande Bretagne ne laisseraient pas une session du Conseil de sécurité de l’ONU prendre des sanctions contre le Rwanda. Ces nations peuvent opposer leur veto contre les décisions de cette nature.
Mais par contre, Washington étant lui-même garant des accords de paix possède ses propres moyens de pression contre Kigali. C’est d’ailleurs ce qui a poussé le Rwanda à confesser la vérité devant la Commission des Affaires étrangères de la Chambre des représentants des États-Unis. Il n’est pas sûr que ce nouveau narratif tempère les positions de Washington, note Christophe Rigaud qui rappelle que la sous-secrétaire d’État adjointe américaine au Bureau des affaires africaines, Sarah Troutman, a été très claire devant la Chambre des représentants : « Ceux qui menacent la paix seront tenus pour responsables. » Un avertissement limpide pour le Rwanda dont les actions militaires en RDC ont causé de milliers de morts depuis la résurgence du M23 mais aussi forcé le déplacement de millions de civils. Rien qu’au mois de décembre 2025, la province du Sud-Kivu a vu son système éducatif fortement perturbé. L’intensification de l’insécurité liée à l’activisme militaire du Rwanda et du M23 a contraint des centaines d’écoles à fermer leurs portes, laissant plus de 500 000 enfants sans accès à l’éducation.
Heshima
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« Ne jamais trahir le Congo » : l’héritage intemporel de Laurent-Désiré Kabila à la jeunesse congolaise
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3 semaines agoon
janvier 16, 2026By
La redaction
Le mardi 16 janvier 2001, la République démocratique du Congo (RDC) fut secouée par l’assassinat de son président, Laurent-Désiré Kabila, au cœur du Palais de Marbre à Kinshasa. Ex-chef rebelle devenu chef de l’État après la chute de Mobutu Sese Seko, Kabila laisse un héritage mémoriel surtout à la jeunesse mais aussi une nation endeuillée, encore divisée sur les circonstances exactes de sa mort.
Ce vendredi 16 janvier 2026, cela fait 25 ans depuis l’assassinat de Laurent-Désiré Kabila. À l’occasion des commémorations annuelles de sa disparition, le pays continue de célébrer le message qui a marqué son engagement pour la souveraineté nationale : « Ne jamais trahir le Congo ». Plus qu’un slogan, cette formule incarne un appel à l’unité, au patriotisme et à la défense de l’intégrité territoriale de la RDC qui résonne encore dans le débat public congolais. Ce mot d’ordre a été rappelé à plusieurs reprises par des dirigeants, des personnalités politiques et des membres de la société civile lors des cérémonies commémoratives de son assassinat.
Ce 16 janvier 2026, l’historien Isidore Ndaywel, professeur à l’Université de Kinshasa, évoque cette phrase comme un héritage le plus popularisé. « Dans toutes les difficultés qu’on peut avoir, des interventions extérieures, quand on est Congolais, on doit retenir qu’il ne faut jamais trahir le Congo », a expliqué Isidore Ndaywel sur les antennes de RFI. Selon ce vice-président de l’Académie africaine des sciences religieuses, sociales et politiques, cette phrase a été popularisée par la jeunesse congolaise, devenant quasiment un héritage intemporel pour les Congolais.
La jeunesse congolaise, particulièrement kinoise, a gardé une image positive par rapport à la vie politique de Laurent-Désiré Kabila. Lors des émeutes contre certaines ambassades à Kinshasa après la chute de la ville de Goma fin janvier 2025, des jeunes radicaux mécontents de cette situation sécuritaire avaient investi d’autres sites. Certains parmi eux, arrivés devant le buste de Laurent-Désiré Kabila installé devant sa fondation, dans la commune de la Gombe, s’étaient inclinés et avaient épousseté la statue. Pourtant, la majorité de ces jeunes avaient moins de trente ans. Ce qui démontre l’image positive qu’ils ont gardée de cet ancien président congolais.
Nationaliste dès son jeune âge
Né le 27 novembre 1939 à Jadotville (aujourd’hui Likasi), dans l’actuelle province du Haut-Katanga, Laurent-Désiré Kabila Makolo s’est fait connaître très tôt comme figure de la lutte armée. Il se montre nationaliste dès son jeune âge en s’opposant à la sécession katangaise alors qu’il n’avait que 19 ans. Il est nommé président de la Jeunesse Balubakat (Jeukat) par un autre lumumbiste, Jason Sendwe. Laurent-Désiré Kabila va transformer cette structure politique en une milice armée qui entre en rébellion contre le gouvernement sécessionniste de Moïse Tshombe.
Son père, Désiré Taratibu, proche de l’idéologie de Moïse Tshombe, sera tué par des jeunes nationalistes katangais, d’après le récit de Thomas Luhaka, historien et ancien ministre de la RDC. Laurent-Désiré Kabila participera ensuite à de mouvements de guérilla dans les années 1960, animés par un fort nationalisme et une volonté de mettre fin à la domination des élites au pouvoir après l’indépendance du Congo belge. Il passera des décennies dans l’ombre (au maquis) avant de ressurgir sur la scène politique au milieu des années 1990. Président du Parti de la révolution du peuple (PRP), il fondera avec Anselme Masasu Nindaga, Deo Gratias Bugera et Kisase Ngandu l’Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo-Zaïre (AFDL).
Kabila renverse Mobutu
Après avoir pris le commandement de l’AFDL, soutenue militairement par le Rwanda et l’Ouganda, Kabila mène une offensive victorieuse qui met fin au règne de Mobutu Sese Seko en mai 1997. Il devient alors président de la République, renommant le pays République démocratique du Congo et promettant de restaurer la dignité et l’unité nationale. Cependant, les premières années de son mandat sont marquées par la guerre du Congo (1998-2003), appelée aussi la deuxième guerre du Congo, un conflit régional meurtrier impliquant plusieurs armées africaines et des groupes armés. Cette guerre est née après la fin de son alliance avec le Rwanda et l’Ouganda. Elle s’est déclenchée le 2 août 1998 notamment avec l’attaque de la base militaire de Kitona, au Kongo Central, par l’armée rwandaise et certains rebelles congolais soutenus par l’Ouganda également. Cette guerre suscitera l’intervention de plusieurs armées en RDC dont celles de l’Angola, du Zimbabwe et de la Namibie. Après avoir réussi à repousser l’armée rwandaise et ses alliés, Laurent-Désiré Kabila fera face à d’autres groupes armés nés en 1998 notamment le Rassemblement congolais pour la démocratie (RCD) et le Mouvement de libération du Congo (MLC) de Jean-Pierre Bemba. Ces guerres érodent son autorité, fragilisent l’appareil d’État, et exacerbe les tensions internes. Une partie du pays sera contrôlée par des rébellions jusqu’à son assassinat en janvier 2001.
Un assassinat qui garde encore une part du mystère
Mardi 16 janvier 2001, Laurent-Désiré Kabila passait une journée ordinaire comme les autres. Dans son bureau, au Palais de Marbre, situé dans la commune de Ngaliema, il travaillait avec son conseiller, Emile Mota. Peu avant 14 heures, un jeune soldat de la garde, un caporal du nom de Rachidi Mizele, arrive devant le bureau de Laurent-Désiré Kabila et demande à aller présenter « ses civilités » au président. La garde laisse Rachidi entrer. Ce dernier se dirige vers le chef de l’Etat, en pleine conversation avec son conseiller, dégaine son arme et lui tire dessus. Le président s’écroule… Le meurtrier Rachidi sera lui aussi abattu par la sécurité rapprochée. Ainsi, ce « Kadogo » partira avec une part de vérité sur cet assassinat. Mais qui en était le commanditaire ? Sur cette question, le mystère reste entier !
Une année après l’assassinat, soit enmars 2002, le procès s’ouvre. Au total, 135 personnes sont jugées devant la Cour d’ordre militaire. Après 9 mois de procès, le verdict tombe. Ces militaires et civils sont tous condamnés à mort, y compris le colonel Eddy Kapend, l’aide de camp du chef de l’Etat. Mais aucun condamné à mort ne passera à la guillotine. Joseph Kabila, qui a pris la place de son père à la tête du pays respecte le moratoire adopté par la République démocratique du Congo, suspendant l’application de la peine de mort.
Ces condamnations à mort vont être commuées en prison à perpétuité. Les condamnés n’auront même pas la possibilité de faire appel de leur jugement. Surtout que les juges n’avaient pas motivé leur décision en démontrant le rôle de chaque accusé ou son degré d’implication dans cet assassinat du chef de l’Etat. Ils se sont limités au prononcé d’une sentence générale condamnant les accusés notamment pour négligence dans la protection du président, attentat à la vie du chef de l’Etat et haute trahison. Mais le rôle exact de chaque prévenu n’a pas été démontré tout au long du procès. Le verdict, quant à lui, n’a pas non plus été motivé.
Des doutes sur le procès
De plus en plus, l’opinion congolaise tout comme une partie de l’élite du pays remettent en cause le procès. Eddy Kapend et ses co-accusés seront perçus comme des coupables désignés et non les vrais commanditaires de l’assassinat. « Les gens qui sont en prison, je pense qu’ils ont porté le chapeau », résumait il y a quelques années, le feu Yerodia Abdoulayi Ndombasi, ancien ministre des Affaires étrangères de Laurent-Désiré Kabila puis vice-président de la République sous le règne du fils, Joseph Kabila. Pour ce compagnon de Mzee Kabila, il fallait donc avoir des coupables à présenter aux Congolais, à défaut des vrais commanditaires.
Vingt et cinq ans après, plusieurs personnes estiment que le procès sur cet assassinat n’a pas encore répondu à toutes les questions. Les véritables commanditaires du meurtre ne sont pas encore connus. Certains évoquent l’implication américaine sans toutefois avancer des preuves tangibles par rapport à cette piste. D’autres parlent de l’implication du Rwanda de Paul Kagame, son ancien allié. Une autre hypothèse évoque une complicité interne. « A qui profite le crime ? », s’était interrogé George Mirindi, un des gardes du corps condamné par contumace et qui a vécu longtemps en exil. « La vérité sur la mort de Mzee Kabila ne se trouve ailleurs que dans le régime qui a pris le pouvoir le 16 janvier 2001. Une série de preuves en béton me permet de le confirmer, moi qui suis témoin des mises en scène que le nouveau régime a inventé », a écrit George Mirindi dans un ouvrage de 633 pages intitulé « La mort de LD Kabila : ne nie pas, c’était toi ».
Cet ancien garde du corps de Laurent-Désiré Kabila a qualifié de « faux procès » l’action judiciaire ayant conduit à la condamnation des 135 personnes. Il a aussi critiqué la « propagande » de l’ancien ministre de la Justice, feu Mwenze Kongolo et son film présentant Rachidi Mizele comme l’assassin de Mzee Kabila, vengeant, selon lui, l’assassinat de Anselme Masasu Nindaga, un compagnon de Mzee dans l’AFDL exécuté après un procès expéditif. Masasu était aussi très proche de Rachidi.
L’impérialisme occidental pointé du doigt
Vingt-cinq ans après, peu importe les versions, il apparaît que Laurent-Désiré Kabila a été victime d’un « complot » facilité par certains de ses proches. Lors de la sixième édition de la leçon publique organisée, le 15 janvier 2025, par la Fondation Mzee Laurent-Désiré Kabila, le professeur Michel Bisa a affirmé que l’assassinat de Mzee Laurent-Désiré Kabila est l’œuvre de l’impérialisme occidental, y compris la mort de Patrice Emery Lumumba et de Simon Kimbangu.
Ce coup d’Etat du 16 janvier 2001 a fondamentalement changé le destin du pays. Saurait-on la vérité un jour ? Si l’impérialisme occidental a des liens avec cette conjuration, peut-être qu’un jour, des documents déclassifiés pourraient éclairer la lanterne des Congolais restés sur leur soif de vérité 25 ans après cet assassinat mystérieux.
Heshima
Nation
Bilan de Tshisekedi en 2025 : entre prouesse économique et défis sécuritaires
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1 mois agoon
janvier 9, 2026By
La redaction
À la fin de l’année 2025, le président de la République démocratique du Congo (RDC), Félix Tshisekedi, peut dresser un bilan contrasté. Entre progrès symboliques et obstacles structurels, ses actions à la tête du pays suscitent à la fois des espoirs et des critiques. Retour sur une année marquée par des efforts de consolidation d’un État encore fragilisé par des crises sécuritaires persistantes.
Sur le plan politique, 2025 a été pour Félix Tshisekedi une année marquée par des nombreux défis. Face aux parlementaires réunis en congrès, le chef de l’Etat congolais a livré son traditionnel discours sur l’état de la Nation, le 8 décembre dernier. Une allocution fleuve de près de 2h30 qui s’est déroulée dans une séquence diplomatique et sécuritaire dense, après la signature d’un accord de paix entre la RDC et le Rwanda à Washington. Mais dans l’ensemble de l’année, son bilan est marqué par deux pôles : des avancées économiques d’une part et la dégradation sécuritaire de l’autre.
Une situation sécuritaire préoccupante en 2025
Le 27 janvier 2025, Goma, la capitale du Nord-Kivu, est tombée aux mains des rebelles de l’AFC/M23, soutenus par l’armée rwandaise. L’offensive avait démarré depuis le 23 janvier. La chute de cette ville a marqué une escalade significative du conflit dans l’Est du pays. Symbole stratégique, politique et économique, la capitale du Nord-Kivu est devenue l’épicentre d’une onde de choc aux répercussions nationales et régionales. Cette prise de la ville la plus importante de l’Est du pays a entraîné une crise humanitaire et politique, avec des appels à l’aide internationale et des protestations en RDC. A Kinshasa, cette offensive éclair et brutale a provoqué des émeutes populaires contre certaines ambassades occidentales, notamment celles de la France et de la Belgique. L’ambassade du Rwanda dont le pays participe aux hostilités aux côtés des rebelles du M23 a été aussi attaquée.
A Goma, la ville traverse toujours une épreuve difficile près d’une année après son occupation. Ces combats avaient provoqué de nouveaux déplacements massifs de populations, s’ajoutant à des camps déjà saturés autour de la ville. Des familles entières avaient fui sans ressources, cherchant refuge dans des écoles, des églises ou en prenant les routes menant vers le Sud-Kivu. Malgré le démantèlement par la force des camps des déplacés autour de la ville de Goma, certaines familles, en rentrant chez elles, ont trouvé des occupants inconnus dans leurs champs et parfois dans leurs maisons. Kinshasa a dénoncé une « implantation » des populations inconnues dans les zones contrôlées par le Rwanda via le M23 au détriment des autochtones.
De leur côté, les organisations humanitaires ont alerté sur des pénuries critiques de nourriture, d’eau potable et de médicaments, aggravées par l’insécurité et la fermeture de plusieurs axes d’approvisionnement. Les hôpitaux de Goma, déjà fragilisés, ont peiné à faire face à l’afflux de blessés.
Selon un bilan dressé par le gouvernement le 13 février, au moins 3000 morts ont été recensés et 4260 cas de blessés enregistrés dans les structures de soins. Le ministre de la Santé, Samuel Roger Kmba, qui livrait ces chiffres au mois de février 2025, avait également signalé qu’environ 939 corps sans vie traînaient encore dans les morgues dans la zone de Goma.
L’accès aux soins est devenu un luxe, alors que le risque d’épidémies a augmenté dans les zones de regroupement improvisées. Les enfants, particulièrement vulnérables, sont exposés à la malnutrition, aux violences et à l’interruption brutale de leur scolarité. Ces violences ont également déstabilisé le Sud-Kivu avec la chute de la ville de Bukavu le 14 février. La perte des autres localités vers la fin de l’année 2025 notamment la ville d’Uvira n’a guère arrangé la situation sécuritaire qui est restée préoccupante sur toute l’année malgré la situation de l’accord de paix entre la RDC et le Rwanda en juin 2025. Au-delà de l’urgence humanitaire, cette situation d’occupation ravive les tensions régionales et les craintes d’une escalade majeure du conflit ne sont pas toujours écartées en ce début de 2026.
En 2025, les Mobondo investissent Kinshasa…
En 2025, la milice dite « Mobondo » a poursuivi une campagne d’activisme armé dans l’Ouest de la République démocratique du Congo, particulièrement dans le territoire de Kwamouth, province du Maï-Ndombe et dans la commune rurale de Maluku à Kinshasa. Entre violences, déplacements massifs de populations et contre-offensives militaires, cette crise sécuritaire est devenue l’une des plus graves du pays. L’activisme de cette milice a continué en 2025 d’impacter profondément la vie des populations du Maï-Ndombe et de certaines zones périphériques de Kinshasa, obligeant le Parc de la vallée de la N’sele à fermer momentanément ses portes. D’après des organisations locales de défense des droits humains et l’Église catholique, les exactions de ce groupe armé ont causé des milliers de morts et plus de 500 mille civils déplacés depuis 2022. La crise a entraîné des violences ciblées, destructions de biens et perturbations graves des services sociaux de base. Cette violence n’a pas été ponctuelle : en novembre 2025, une attaque meurtrière dans le village de Nkana, à quelques dizaines de kilomètres au nord-est de Kinshasa, a de nouveau fait plusieurs victimes civiles, soulignant l’ampleur de la menace encore présente dans cette région. Les efforts militaires déployés jusque-là n’ont pas réussi à ramener la paix dans cette partie du pays.
En Ituri, ADF, CODECO et CRP poursuivent des atrocités…
La province de l’Ituri est aussi restée le ventre mou de l’insécurité en 2025. Si le lieutenant général Johnny Luboya, gouverneur militaire de cette province sous état de siège, a affirmé que sa juridiction est pacifiée à plus de 80% en l’espace de quatre ans, cependant, des poches de résistance existent. En juillet dernier, les rebelles ougandais des Forces démocratiques alliées (ADF), affiliés à l’organisation de l’État islamique, ont massacré à l’arme blanche plusieurs dizaines de fidèles catholiques dans une église avant de s’en prendre à plusieurs commerces et maisons. Au total, 43 personnes ont été tuées dans ces massacres à Komanda.
D’autres rébellions comme celles de CODECO (Coopérative pour le développement du Congo) et de CRP de Thomas Lubanga ont continué à commettre des exactions en 2025. Le 23 décembre, la société civile de l’Ituri a qualifié de « mitigé » le bilan sécuritaire de l’Ituri en 2025. Cette structure a affirmé que bien que des opérations contre la milice CRP aient permis un recul relatif des attaques mais d’autres violences contre les civils persistent.
Des prouesses économiques malgré la crise sécuritaire
Malgré une année 2025 marquée par la dégradation de la situation sécuritaire dans l’Est et dans une partie de l’Ouest de la RDC, les chocs externes et les turbulences géopolitiques mondiales, l’économie du pays « a tenu » bon. Le président de la République Félix Tshisekedi l’a fait savoir avec des chiffres à l’appui, le 8 décembre 2025, devant le Parlement réuni en Congrès, lors de son discours sur l’état de la Nation. Il a défendu l’idée d’une résilience macroéconomique inédite dans un environnement particulièrement hostile. Il a énuméré plusieurs indicateurs qui témoignent en effet d’une amélioration sensible de la stabilité macroéconomique au cours de l’année 2025. L’un des signaux les plus marquants concerne l’inflation. « Notre économie n’a pas cédé. Elle a tenu. Elle a résisté et, dans plusieurs domaines, elle a progressé », a déclaré Félix Tshisekedi, saluant la forte baisse de l’inflation, qui est passée de 11,7 % fin 2024 à 2,5 % en rythme annuel fin octobre 2025. Cette prouesse a été présentée comme le signe d’une « discipline macroéconomique retrouvée ». Selon le président de la République, cette baisse de l’inflation est nettement en dessous de l’objectif de 7 % fixé par la Banque centrale du Congo (BCC).
Avec une loi rectificative sur le budget 2025, l’administration Tshisekedi a réussi à réduire en même temps le train de vie des institutions. Au niveau de la Présidence de la République, une coupe de 30% a été opérée sur le budget de cette institution. Les salaires des militaires et policiers ont été doublés, ceux des magistrats augmentés ainsi que pour les enseignants. En septembre, le taux de change a sensiblement baissé, provoquant également une légère chute des prix des produits de première nécessité. Une déflation jugée pas assez pour satisfaire les ménages asphyxiés, d’après plusieurs Congolais.
Des initiatives sociales telles que le lancement de l’Initiative présidentielle pour l’élimination du VIH/Sida chez les enfants témoignent aussi d’une attention portée à des problématiques sanitaires longtemps négligées. Il y a eu aussi le lancement de la Couverture santé universelle. Sur le front agricole, la campagne 2025-2026 a été officiellement lancée, centrée sur la modernisation du secteur et la garantie de la sécurité alimentaire.
Des résultats sur le plan diplomatique
En 2025, le chef de l’État congolais a multiplié les initiatives pour renforcer la position diplomatique de la RDC sur la scène internationale. Une des avancées les plus notables reste l’élection du pays comme membre non permanent du Conseil de sécurité des Nations unies pour le mandat 2026-2027, un signe fort de reconnaissance internationale de la RDC, salué comme un vecteur de diplomatie renforcée et d’influence régionale accrue.
Sur le plan de la paix et de la sécurité, l’administration Tshisekedi a également joué un rôle central dans la signature d’un accord de paix avec le Rwanda, le 27 juin, visant à mettre fin aux hostilités dans l’Est du pays, longtemps ravagé par la rébellion du M23 et d’autres groupes armés. L’accord, négocié avec l’appui d’acteurs internationaux tels que les États-Unis et le Qatar, est perçu comme une étape vers la stabilisation d’une zone qui connaît depuis des décennies des violences parfois instiguées par le Rwanda voisin et des déplacements massifs de population.
Le 4 décembre, Félix Tshisekedi et son homologue rwandais Paul Kagame ont entériné devant le président américain, Donald Trump, l’Accord de paix signé en juin dernier par les ministres des Affaires étrangères de deux pays. Malgré ce geste et l’accompagnement américain dans ce processus de paix, les bruits des bottes n’ont pas cessé dans l’Est de la RDC.
À l’aube de 2026, Félix Tshisekedi se retrouve à un carrefour : son leadership a permis à la RDC de gagner en visibilité internationale et de poser des jalons pour la paix, mais la concrétisation de ces acquis dans la vie quotidienne des Congolais demeure l’enjeu majeur. Si certains voient déjà les prémices d’une transformation institutionnelle, d’autres rappellent que la paix durable, l’emploi, et le renforcement des services publics restent encore à construire, pierre par pierre.
Heshima
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