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Politique

MABUNDA, victime collatérale :les six erreurs de Mabunda

Heshima Magazine revient sur les six erreurs de Mabunda qui ont amené à sa déchéance.
281 élus nationaux des 484 présents ont dit « oui » à l‘éviction de Jeanine Mabunda de sa fonction de présidente de l’Assemblée nationale. Une pétition initiée par les honorables Muhindo Nzangi et Paulin Maembo, déposée samedi 5 décembre dans des conditions exceptionnelles.

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Après avoir présidé l’hémicycle pendant une année et sept mois, il est reproché à l’élue de Bumba, une gestion opaque de la caisse de l’Assemblée nationale. Les 279 signataires de ladite pétition reprochent également à celleci, de s’ « illustrer par des initiatives cavalières conflictogènes et partisanes » telles que la recevabilité du projet de loi Minaku-Sakata, son appui avéré à la candidature de Ronsard Malonda à la présidence de la Commission électorale nationale indépendante ou encore l’appel au boycott de la prestation de serment des juges de la Cour constitutionnelle, dont le camp Kabila contestait la nomination. Entre les éléments techniques évoqués et la nouvelle majorité recherchée par le Président Tshisekedi (Union sacrée), Jeanine Mabunda destituée !

Guerre d’esprit

 Jamais un président de l’Assemblée nationale n’a subi autant de pression que Jeanine Mabunda. Elle est la cible de toutes les attaques. Après que le Conseil d’Etat a déclaré irrecevable la requête de déchéance du député national Fabrice Puela, justifiant sa décision par le fait que celle-ci n’a pas obéi aux conditions de sa loi organique, la chute de Jeanine Mabunda parait bien surprenante pour celle qui a été élue avec 375 voix le 24 avril 2019, par son regroupement politique FCC et son allié Cach. Au cœur de nombreuses querelles politiques entre le FCC-CACH, il lui est reproché de se mettre en avant en attaquantfrontalement le Président de la République Félix-Antoine Tshisekedi. Elle était vue en première ligne des visages qui défiaient le Président de la République. Et pourtant on se souviendra des félicitations de ce dernier devant le Parlement réuni en congrès le 13 décembre 2019: je réitère mes félicitations à Jeanine Mabunda Lioko Mudiayi qui est une femme non seulement dynamique mais aussi intelligente ; elle incarne le visage de l’alternance et est parmi les femmes qui font la fierté de la nation avait-il déclaré. Que s’est-il donc passé ? Voici les Six erreurs de Mabunda

 1. L’autorisation de débattre d’un acte du Chef de l’Etat à la plénière du 7 juin 2019, où le député national Charles Nawej a même traité le Président de la République d’inconscient pour avoir signé les ordonnances de nominations des mandataires de la Gécamines et de la SNCC. Outré, le député Christophe Lutundula avait répliqué en insistant sur le fait que la chambre basse n’avait pas qualité à juger les actes posés par le Président de la République. Des propos qui avaient déclenché la colère des députés Cach et militants de l’Udps.

 2. Le cinquième président de la RDC avait menacé, devant la d i a s p o r a congolaise de Londres, de « virer » des ministres, voire de dissoudre l’Assemblée nationale, si ses partenaires de la coalition fidèles à son prédécesseur Joseph Kabila sapaient son pouvoir. “Le Congolais m’a confié une mission et je dois rendre compte à ce peuple. Et celui qui ne va pas suivre mes instructions et qui s’attachera aux instructions de sa famille politique, il sera viré. Je ne peux pas dissoudre l’Assemblée nationale tant qu’il n’y a pas crise. Mais en cas d’obstruction, je serai contraint, en fin de compte, de prendre la décision de dissoudre l’Assemblée nationale”.

Une annonce qui a résonné comme une bombe aux oreilles de ses alliés Fcc. La Présidente honoraire de l’Assemblée nationale avait convoqué une conférence de presse où elle a répondu à cette menace demandant d’éviter les « malentendus » et les risques de « haute trahison », évoquant au passage l’article 165 de la Constitution. « Toute personne qui méconnaît notre loi fondamentale peut être exposée au cas de haute trahison pour violation intentionnelle de la Constitution » a-t-elle déclaré devant la presse et des élus nationaux présents.

Au lendemain de cette sortie très médiatisée, le député national Crispin Mbindule a reproché à Mabunda de n’avoir pas consulté la conférence des présidents ni soumis la question à la plénière souveraine avant de répondre aux propos de Félix Tshisekedi. « Si elle ne retire pas ses propos, nous, députés acquis au bon sens, nous allons aider madame la présidente à ne pas chaque fois s’attaquer aux messages du chef de l’État », a-t-il renchéri. L’erreur fatale de Mabunda est de vouloir à tout prix montrer les biceps, s’exclamaient quelques analystes politiques.

La joie des députés nationaux après destitution du bureau Mabunda

3. Sa prise de position sur l’ordonnance du chef de l’état sur la proclamation de l’Etat d’urgence sanitaire en tenant en haleine l’opinion nationale et internationale. Le président du Sénat Alexis Thambwe Muamba (FCC) et l’ancienne Présidente de l’Assemblée Nationale avaient pris la décision de convoquer un congrès afin de corriger ce qu’ils ont qualifié de « faute », accusant le Président Tshisekedi d’avoir violé la Constitution en proclamant l’état d’urgence sanitaire. Le Président de la République a pris une ordonnance de fait proclamant l’Etat d’urgence sanitaire en violation de l’article 119.2 de la Constitution a dit Alexis Thambwe sur une radio locale. Le congrès qu’ils s’apprêtaient à convoquer avec sa collègue de l’Assemblée devait régulariser cette prétendue violation de la constitution et légiférer sur l’état d’urgence en RD Congo.

Sur les ondes de la radio Top Congo Fm, le Président du Sénat a ajouté : bien que la procédure suivie par le Chef de l’Etat n’ait pas été conforme à cette disposition, le Parlement, sans faire du juridisme, devrait faire en sorte que cette mesure soit conforme aux prescrits de la loi fondamentale. Cela a été mal interprété par leurs alliés du Cap pour le changement qui les ont accusés d’arrogance et attaques irrespectueuses. Sur la même radio, Jean Marc Kabund s’est insurgé de voir Thambwe Mwamba faire croire à l’opinion que le Président a violé la constitution. Saisie pour interprétation, la Cour constitutionnelle a ainsi mis fin à la polémique.

 En effet, les neuf magistrats ont levé toute ambiguïté et déclaré l’ordonnance du président conforme à la constitution dans l’arrêt RConst 1 200. 

4. L’entérinement de Ronsard Malonda pour présider la Commission électorale nationale indépendante (CENI) dont le nom a été choisi par six des huit confessions religieuses chargées de désigner le prochain président de la Commission électorale nationale indépendante (Ceni), et qui a été confirmé en plénière à l’issue d’une séance tendue. L’opposition, la société civile et même le parti au pouvoir ont dénoncé ce choix, accusant Ronsard Malonda d’avoir joué un rôle majeur lors du scrutin controversé de décembre 2018. La Cenco et l’ECC ont notamment dénoncé un « passage en force » de la majorité. Cette décision est intervenue alors que cette question ne figurait pas à l’ordre du jour de la plénière au sein de l’Assemblée nationale accusent certains élus nationionaux. Le matin même, plusieurs députés affirmaient ne pas en avoir été informés. Refusant de revenir sur sa décision, l’ancienne Présidente de l’Assemblée Jeanine Mabunda a appelé plutôt les confessions à s’apprêter à désigner les autres animateurs.

Cet entérinement de Ronsard Malonda a été à la base de plusieurs manifestations sanglantes à travers tout le pays, amenant, entre autres irrégularités, le Chef de l’Etat à refuser d’investir ce dernier comme Président de la Ceni.

5. Son absence à la cérémonie de prestation de serment de trois nouveaux juges de la Cour Constitutionnelle. Nous ne pourrons organiser cette cérémonie ni en être partie prenante avaient signé dans un communiqué conjoint les deux présidents de la chambre basse et haute. Lors de ladite cérémonie, le Chef de l’Etat a été accueilli par le Vice-président du Sénat Samy Badibanga, ancien proche collaborateur de son défunt père, le Gouverneur de la ville de Kinshasa Gentiny Ngobila ainsi que le Bourgmestre de la commune de Lingwala. L’absence du Premier Ministre ainsi que de deux Présidents du Parlement (tous FCC) à la prestation de serment des juges de la haute Cour a été l’élément déclencheur des consultations initiées par le Président de la République.

 6 . Les propositions de lois Minaku-Sakata Juin 2020. Alors que certains pays d’Europe ont entamé le processus de déconfinement après la première vague du virulent coronavirus, la RDC est encore confinée depuis fin mars et soumise aux services minimums. Les mesures barrières sont en vigueur et la commune de la Gombe où se trouvent la plupart des institutions est confinée. L’accès est conditionné par la présentation d’un macaron spécial. L’armada sécuritaire est bien là pour limiter la propagation du coronavirus à Kinshasa. C’est pourtant au cours de cette

période délicate que les députés nationaux Aubin Minaku et Gary Sakata, deux professeurs d’université, membre du Front commun pour le Congo, décident de proposer une loi à l’Assemblée nationale. Juristes de formation et de profession, les élus du peuple orientent leur projet dans le domaine de la Justice. Trois propositions de lois :

  •  Proposition de loi organique modifiant et complétant la loi n°13/011 du 13 avril 2013 portant organisation, fonctionnement et compétence des juridictions de l’ordre judiciaire ;
  •  Proposition de loi organique modifiant et complétant la loi n°06/20 du 10 octobre 2006 portant statut des Magistrats, telle que modifiée et complétée par la loi organique n°15/014 du 1er août 2015 ;
  •  Proposition de loi modifiant et complétant la loi organique n°08/013 du 05 août 2008 portant organisation et fonctionnement du Conseil Supérieur de la Magistrature. 

Ces propositions qui visaient à restreindre significativement l’indépendance de la justice en accordant des pouvoirs exorbitants au Ministre de la Justice issu de la même famille politique que les deux initiateurs, ont, avec une étonnante rapidité, été débattues en plénière puis envoyées en Commission politique, administrative et juridique provoquant des violentes manifestations à travers le pays. Dans une ère caractérisée par l’instauration de l’Etat de droit avec notamment des arrestations des personnalités politiques de haut vol pour détournement des fonds publics, cette démarche des élus du FCC semblait malvenue. Jeanine Mabunda ne sera pas épargnée par les critiques qui l’accusent d’avoir favorisé cette démarche hasardeuse qui serait passée, n’eût été la vigilance populaire.

Mal comprise ?

 Pendant sa présidence à la tête de l’Assemblée nationale,Jeanine Mabunda aurait, au-delà d’avoir affaire à Félix Tshisekedi, eu de très mauvais rapport avec ses collègues députés en général et en particulier ses pairs du FCC qui, à cause des frustrations, étaient déjà en esprit dans l’«union sacrée ». Les pétitionnaires l’accusent d’opacité dans la gestion des finances, de mépris à l’égard de la plénière et de violation répétées de la constitution et du règlement intérieur. « Je peux vous rassurer qu’en toute simplicité, au-delà des incidents et accidents, si nous avons été mal compris, nous nous excusons », a-t-elle déclaré. Déchaînés, ses collègues députés nationaux n’ont plus voulu faire marche arrière. Sa chute constitue ainsi une victoire pour le Président Tshisekedi qui a annoncé, le 7 décembre 2020, la fin de la coalition FCC-CACH et la nomination d’un informateur au regard de l’effritement de la majorité parlementaire.

Un exercice de démocratie salué par tous

Le Bureau d’âges dirigé par Mboso Nkodia a assuré le vote dans le calme et en toute quiétude, surtout dans la transparence en dépit du climat de méfiance et de vigilance qui y régnait.

 Après la chute du bureau Mabunda, des réactions ont fusé de partout. Dans un tweet, le parti du peuple pour la reconstruction et le développement dont Jeanine Mabunda est cadre, a dit s’incliner avec « sportivité ». « Courage camarades, on ne gagne pas à tous les coups. Redressons nos têtes rapidement. La douleur est profonde, mais elle ne doit pas nous ébranler. Continuons la lutte, chers soldats » a encore tweeté le Pprd. La sénatrice Francine Muyumba, membre du même parti, a dit s’incliner aussi devant une pratique démocratique. « Je reste convaincu que ce n’est qu’une bataille qui a été perdue par le FCC. D’autres étapes nous attendent et le FCC continuera sa lutte pour la démocratie, la souveraineté nationale et la refondation de la nation », a déclaré Félix Kabange Numbi. Abondant dans le même sens, Steve Mbikayi, député national et membre du FCC indique : « Nous nous arrangerons en ordre de bataille pour continuer la lutte ». De son côté, Moïse Katumbi, président de la formation politique Ensemble pour la République, a félicité les députés nationaux pour le vote qu’il qualifie d’historique. RDC : les scènes qui disent tout.

Ce soir nous avons écrit un nouveau chapitre de notre histoire. Après l’alternance du 19 janvier 2019, on se souviendra aussi du 10 décembre 2020. Le Congo a gagné, la démocratie aussi. Vivement l’union sacrée ! », a tweeté le député Patrick Muyaya. Pour Delly Sesanga, la déchéance de Mabunda symbolise la victoire historique de la démocratie sur l’arbitraire.

La joie de Kabund et Kabuya 

La satisfaction de Jean-Marc Kabund était manifeste. Celui que l’on surnomme « Le Maître-Nageur », alors 1er Vice-président du bureau de l’Assemblée nationale, avait été déchu le 25 mai 2020, avec 289 voix, à la suite de la pétition initiée par JeanJacques Mamba, député du Mouvement de Libération du Congo (MLC). Tel un devin, Kabund avait annoncé avant même que Félix Tshisekedi ne clôture ses consultations, qu’il n’y aurait ni coalition ni cohabitation, ce qui lui a valu des critiques. Le Secrétaire général de l’Udps, Augustin Kabuya, est l’autre responsable du parti de feu Etienne Tshisekedi dont la joie était au zénith. 

Honorable Jean Marc
Kabund

Le FCC trahi par ses propres fils

 Minimisant le degré de désagrégation de la plateforme, les députés nationaux du FCC se sont rendus à la plénière pour démontrer qu’ils sont toujours majoritaires. Pourtant, les signes annonciateurs étaient déjà là. Avec l’annonce des consultations, nombreux avaient commencé à se détacher au vu et au su de tout le monde. Les responsables de la plateforme en ont visiblement pris conscience en retard avec la perte de la bataille par la speakerine de la Chambre basse du Parlement. Jusque dans la salle, nombreux députés du FCC ont agi en véritables hypocrites, eux qui désapprouvent le fait que moult décisions soient prises sans eux. « Il y a certains de nos collègues avec qui nous avons cheminé ensemble depuis de longues années et qui ne veulent plus. Il y en a aussi, comme dans toute société, qui sont des mécontents et qui nous ont passé un message par ce vote. Nous allons en tenir compte et nous réorganiser pour gagner à nouveau lors des élections des nouveaux membres du bureau définitif. La plupart des députés qui ont fait tomber le bureau Mabunda sont du FCC », a reconnunu François Nzekuye, député Pprd. Evidemment, plusieurs se disent frustrés au sein de la plateforme. Ils estiment que Mabunda Lioko Mudiayi et son équipe ont récolté les résultats des rapports difficiles qu’ils entretenaient avec eux. Un député Pprd a même dansé après sa chute. « Il n’était pas facile de déboulonner ce système. Aujourd’hui, c’est le début d’un grand processus », a déclaré le député national Pierre Lihau, élu de Bumba sur la liste Pprd. Pour sa part, Sonia Rolley, journaliste à RFI, a fait part des révélations d’un élu FCC qui a affirmé que la destitution de Mabunda reflète l’échec de la stratégie politique de Joseph Kabila depuis 20 ans. « Toujours élargir la coalition à de nouveaux partis alimentaires, concentrer les décisions entre les mains d’une poignée et traiter les alliés comme des vassaux », commente-t-elle.

L’heure est à l’autopsie.

 Le bureau d’âges n’a pas encore fixé la date du vote des membres du bureau définitif, mais, en attendant, les ténors de la plateforme chère à Joseph Kabila, après le revers, prônent le resserrement des rangs et appellent au changement de tactique. Tel est le cas de Patrick Nkanga qui réclame des changements profonds au PPRD et au FCC. Certains cadres réclament tout simplement le départ du coordonnateur Néhémie Mwilanya et de Ramazani Shadary. 

Olyncia Kashema

Dossier

Dossier Bukanga Lonzo : Matata Ponyo, l’injugeable ?

Prévue le 21 juillet puis reportée d’un jour, l’audience devant fixer le sort de l’ancien Premier ministre congolais se tient ce vendredi à la Cour de cassation. Après l’étape controversée de la Cour constitutionnelle, les juges de cette autre instance judiciaire ont du pain sur la planche. Ils doivent se prononcer si Matata peut ou ne pas être jugé devant cette cour.

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Poursuivis pour détournement des deniers publics destinés au projet du parc agro-industriel de Bukanga Lonzo, Augustin Matata Ponyo et ses co-accusés Patrice Kitebi, ancien ministre délégué aux finances et Grobler Christo, homme d’affaires sud-africain, pourraient à nouveau se présenter à l’audience prévue ce vendredi 22 juillet 2022. Initialement fixée pour le 21 juillet, elle a été renvoyée à ce jour suite à l’indisponibilité d’un membre de la chambre de composition « pour cause d’inhumation d’un très proche parent », d’après l’ordonnance portant prorogation du délai et de délibéré signée par le premier président de la Cour de cassation.

La Cour de cassation devra donc rendre son arrêt avant dire droit sur les exceptions soulevées par la défense. Lors de l’audience du 14 juillet, la partie Matata Ponyo a évoquél’incompétence de la Cour de cassation à statuer sur cette affaire. Pour ses avocats, leur client n’est pas justiciable devant cette juridiction puisqu’il n’exerce plus ses fonctions à la tête du gouvernement. Si la Cour accède à cet argumentaire et se déclare incompétente, Matata Ponyo risque de ne plus être jugé sur cette affaire. D’ailleurs, lui-même se prévaut toujours de l’arrêt rendu par la Cour constitutionnelle dans la même affaire. « Lorsque la Cour constitutionnelle se déclare incompétente, elle clos de fait l’ensemble des procédures qui étaient émises à mon endroit », ne cesse de répéter l’homme à la cravate rouge. 

Pour lui, il ne peut pas être poursuivi à posteriori pour des faits qu’il avait commis pendant qu’il était Premier ministre. Et la Cour constitutionnelle est un juge pénal du Premier ministre et du Président de la République en fonction. N’étant plus en fonction, il ne peut plus être jugé pour ces faits. « On ne peut pas juger quelqu’un sur base de la volonté humaine mais on doit juger quelqu’un sur base de la Constitution et des textes légaux… », avait-il répondu, en mai dernier, au journal Afrique de TV5 Monde.        

Matata, l’injugeable ? 

Ce dossier Matata tend à devenir un casse-tête judiciaire. Après l’épisode de la Cour constitutionnelle qui s’était déclarée « incompétente » pour juger le prévenu dans l’affaire de ce détournement présumé de 205 millions de dollars, la Cour de cassation est sur le gril. Elle doit donner son arrêt avant dire droit qui déterminera si Matata pourra être jugé ou non dans ce dossier. Pour un analyste des questions juridiques, si la Cour de cassation se dit « compétente » pour juger l’ancien Premier ministre, elle s’enfoncera dans une mauvaise jurisprudence dont la Cour constitutionnelle avait déjà planté le décor, en novembre 2021. Cet analyste pense que cette juridiction ne devrait pas prononcer un tel arrêt dans ce dossier.     

« C’est la Cour constitutionnelle qui a faussé la démarche. Elle ne devrait pas se déclarer incompétente. D’où a-t-elle tiré son incompétence ? Puisque la mère de toutes les lois lui donne cette compétence là de juger les actes d’un président de la République et d’un Premier ministre en fonction ou pas. », a-t-il déclaré. Selon lui, la Constitution parle des infractions commises « dans l’exercice ou à l’occasion de l’exercice » de leurs fonctions. Une nuance de taille que le juge Dieudonné Kaluba, président de la séance et de cette Cour lors du prononcé de l’arrêt, aurait, d’après lui,  négligé. Le président du Sénat, Modeste Bahati avait fait quasiment la même observation en évoquant  l’article 164 de la constitution qui stipule : « La Cour constitutionnelle est le juge pénal du Président de la République et du Premier ministre pour des infractions politiques de haute trahison, d’outrage au Parlement, d’atteinte à l’honneur ou à la probité ainsi que pour les délits d’initié et pour les autres infractions de droit commun commises dans l’exercice ou à l’occasion de l’exercice de leurs fonctions. Elle est également compétente pour juger leurs co-auteurs et complices. »

Ce qui renvoi à dire que même les co-accusés Patrice Kitebi et l’homme d’affaires sud-africain, Grobler Christo, auraient pu être jugés à la Cour constitutionnelle au regard du statut d’ancien Premier ministre de Matata. Son juge naturel ne serait donc pas la Cour de cassation. Si celle-ci se déclare incompétente, cela pourrait être justice. « Et Matata deviendrait malheureusement « injugeable » dans ce dossier. Puisque la Cour constitutionnelle ne peut plus se dédire après son arrêt qui offre une jurisprudence de l’impunité des anciens Premiers ministres», estime cet analyste.    

Heshima 

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Nation

RDC: Tshisekedi face au vide créé par Kabund.

Dans l’opposition comme en étant au pouvoir, l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS) ne cesse de perdre des cadres importants. Après une série de départ pendant la lutte, le parti perd désormais Jean-Marc Kabund. Comment y faire face ?

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Sept mois après sa destitution puis son exclusion en janvier dernier de la tête de l’UDPS, parti au pouvoir, Jean-Marc Kabund-A-Kabund a brisé le silence. L’ancien bras droit du Président de la République démocratique du Congo est passé officiellement à l’opposition depuis le 18 juillet dernier. Kabundannonce avoir créé non seulement son propre parti mais il compte également mener une opposition farouche à son ancien mentor. 

Celui qui était devenu – à seulement 35 ans – la deuxième personnalité du parti phare d’opposition dans une période politique aussi décisive où le pays était à quatre mois de l’expiration du deuxième et dernier mandat du Président sortant Joseph Kabila,(sans aucune assurance de la tenue des élections dans le délai), a su faire ses preuves dans ce parti de feu Etienne Tshisekedi. 

Kabund fut investi secrétaire général dans une période aussi cruciale où l’UDPS venait de connaitre ses heures de timidité sous le secrétariat de feu Bruno Mavungu Mpuati. Ce dernier ne réussissait à appliquer les recettes miracles de ce parti : la rue. Et Jean-Marc Kabund a donc plus rapidement fait ses preuves dans le combat de la contestation. Il n’a pas loupé l’occasion de s’affirmer, incarnant une aile dure ponctuée d’un discours cru contre le régime de Kabila. Ce qui l’a fait apprécier chez les combattants de l’UDPS, habitués à une sorte d’houliganisme politique.   

Son importance auprès de Fatshi

Kabund n’a pas seulement aiguisé ses armes pendant les heures de l’opposition. Lorsque son président Tshisekedi se retrouvait « bloqué » par la majorité parlementaire détenue encore par le Front commun pour le Congo (FCC) de Joseph Kabila, l’homme n’a pas hésité de quitter le Parlement pour rejoindre la rue aux côtés des militants afin de dénoncer une proposition de loi dite « Minaku et Sakata » (noms de ses initiateurs). Une proposition visant à permettre au ministre de la justice (du FCC à l’époque) de contrôler les magistrats du parquet et de dribbler du même coup le Conseil supérieur de la magistrature.Les résultats de ces pressions, tout le monde le sait. Et Kabund ne s’était pas arrêté là. Il a joué un rôle de premier plan pour inverser la majorité parlementaire en faveur de Félix Tshisekedi. 

En décembre 2020, il était celui qui a jeté le pont pour la traversée de l’écrasante majorité des députés vers l’Union sacrée de la nation, la plus grande victoire politique de Félix Tshisekedi sur son prédécesseur, Joseph Kabila et sa machine politique, le FCC. Chef d’orchestre dans la déchéance du bureau Mabunda qui a conduit à la destitution du Premier ministre Sylvestre Ilunkamba et, plus tard, à la démission du bureau Thambwe Mwamba au Sénat, Kabund est présenté comme celui qui a matérialisé sur le terrain l’Union sacrée.

Ce qui permet de se demander comment Tshisekedi va-t-il s’y prendre face à ce vide de Kabund ? Pour Bob Kabamba, professeur de Sciences politiques à l’Université de Liège (ULg) et Directeur de la Cellule d’appui politologique en Afrique centrale, Félix Tshisekedi s’appuie beaucoup plus sur ses hommes de la diaspora. « Mais il viendra un moment où il faut faire un travail  de terrain. La diaspora ne saura pas mobiliser la rue comme le faisait Kabund », estime un autre analyste qui pense que Tshisekedi a perdu un élément clé de l’ADN même de l’UDPS. Puisque Kabund étant un pur produit du parti.      

Fuite des cerveaux

L’UDPS a connu plusieurs cadres éminents qui ont fini par quitter le parti. Il y a, entre autres, les anciens Premiers ministres Samy Badibanga et Bruno Tshibala. L’UDPS a perdu Valentin Mubake. Il y a l’ancien deuxième vice-président de l’Assemblée nationale, Remy Masamba, qui se retrouve aujourd’hui loin des girons du parti. Madame Eve Bazaiba, aujourd’hui vice-Premier ministre en charge de l’Environnement sous la bannière du Mouvement de Libération du Congo (MLC) de Jean-Pierre Bemba fut, avant 2006, cadre de l’UDPS. A ce jour, le parti n’a qu’Augustin Kabuya comme porte étendard. L’homme joue tant bien que mal le rôle de secrétaire général et, peut-être, président ad intérim du parti.       

Obligé de s’opposer à Fatshi       

Maintenant que le divorce est consommé, Jean-Marc Kabund ne peut que prendre le chemin de l’opposition. « C’est un rival potentiel contre le président Tshisekedi (…) Sans être rival, il aura du mal à pouvoir obtenir une quelconque surface d’existence politique », décrypte Bob Kabamba. Dans le contexte politique actuel, c’est la dynamique diaspora qui a gagné en écartant Kabund, pense-t-il. Mais dans le même temps, la dynamique de l’UDPS militante a le sentiment d’être oubliée par Félix Tshisekedi, fait-il remarquer. Kabamba pense qu’une partie de cette « base » frustrée pourrait se rallier à Jean-Marc Kabund. Il entrevoit même une possibilité d’union entre Martin Fayulu, Joseph Kabila et Jean-Marc Kabund s’il y a « convergence d’intérêt » entre ces trois personnalités.

Heshima      

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Nation

Déploiement de la Force régionale dans l’Est : des pyromanes en sapeurs pompiers ?

Après l’annonce, le 20 juin, à Nairobi, du déploiement d’une force régionale dans l’Est de la République démocratique du Congo, la plupart des Congolais ont manifesté une méfiance vis-à-vis de cette décision. Plusieurs souhaitent voir l’armée nationale être renforcée à la place de la présence des forces étrangères.

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Les dirigeants de la communauté d’Afrique de l’Est (EAC) ont décidé de la création d’une force militaire régionale censée contribuer à ramener la paix dans l’Est de la RDC. Alors que la RDC s’est opposée à la présence des militaires rwandais dans cette force, l’Ouganda – un autre pays suspecté par la RDC d’avoir facilité la prise de Bunagana par le M23 – insiste sur la présence du Rwanda dans ce déploiement. A l’issue du troisième conclave du lundi 20 juin, le président ougandais a souligné que « les problèmes affectant la région comme la crise en RD Congo nécessitent une approche collective de tous les membres régionaux de la Communauté de l’Afrique de l’Est ». A l’en croire, il faut insister pour travailler ensemble, allusion faite au Rwanda mis à l’écart par la RDC.

Mais cette force est perçue par l’opinion congolaise comme un risque sécuritaire supplémentaire pour le pays. En dehors du Kenya et de la Tanzanie, le reste des pays de la région de l’Est qui composeraient la fameuse Force régionale ont des groupes armés qui opèrent sur le sol congolais. Le Rwanda a des FDLR (Forces démocratiques pour la libération du Rwanda) dont il accuse faussement les FARDC de collaborer avec ce groupe rebelle. Mais le rapport du groupe d’experts des Nations Unies en 2013 a démontré que des éléments FDLR que la MONUSCO avait rapatriés au Rwanda, certains étaient revenus au Congo dans les rangs du M23 pour attaquer la RDC. Ce même mouvement que Kinshasa accuse aujourd’hui le Rwanda de soutenir. L’Ouganda a des rebelles ADF en RDC, le Sud soudan, lui, a des Mbororos et le Burundi le Red Tabara.

 Visiblement, ce sont des pays qui attisent le feu dans l’Est congolais qui sont aujourd’hui appelés à l’éteindre. Ce qui parait invraisemblable, surtout pour des pays comme le Rwanda dont l’instabilité au Congo profite à son économie. Donc, rien ne présage que cette force régionale va vraiment s’occuper des problèmes sécuritaires de fond. Puis, voir une telle présence des armées étrangères éroderait la souveraineté congolaise, surtout par des pays qui convoitent depuis des années l’Est de la RDC.                         

Sur ce sujet, le mouvement citoyen Lutte pour le changement (LUCHA) a préféré écrire directement au président de la République, Félix Tshisekedi. « Nous rejetons vigoureusement » ce projet et « vous appelons à y renoncer », écrit la Lucha ; ce mouvement créé il y a dix ans à Goma, chef-lieu du Nord-Kivu. « Au moins trois des sept Etats membres de la Communauté d’Afrique de l’Est (EAC) – le Rwanda, l’Ouganda et le Burundi – sont impliqués depuis plus de deux décennies dans la déstabilisation de notre pays, à travers des interventions directes de leurs armées ou à travers des groupes armés », poursuit la Lucha, qui évoque des raisons « sécuritaires, économiques ou géopolitiques ».

Pour le candidat malheureux à la dernière présidentielle, Martin Fayulu, le communiqué des chefs d’Etat de EAC met à nu leur intention avérée de balkaniser la RDC. « Un pays ne sous-traite pas sa sécurité, même d’une infime partie de son territoire! Le communiqué des chefs d’Etat de EAC met à nu leur intention avérée de balkaniser la RDC. Aucun Congolais digne de ce nom ne peut accepter la force régionale de EAC. La RDC demeurera entière. », a-t-il écrit sur son compte Twitter.  

L’autre candidat malheureux, Noël Tshiani, lui, se pose déjà des questions sur ce qui adviendrait de la RDC après l’échec de cette opération. « L’accord de Nairobi entre pays de EAC et RDC ressemble à un marché des dupes. Tous ces pays instables ne voient pas d’insécurité chez eux, mais s’en pressent de faire partie de la force militaire régionale à déployer en RDC! Que deviendra RDC si cette force déployée échoue? »

Et le député national Delly Sesanga va plus loin et pense qu’à force de sous-traiter la question de la paix congolaise par d’autres pays, la RDC pourrait perdre, un jour, son âme, sa souveraineté et son intégrité territoriale chèrement acquises. « On ne fera jamais l’économie de la guerre sans une réforme profonde et sérieuse de nos Forces armées. En évitant en interne, de poser avec courage, les vrais problèmes de notre défense nationale pour y trouver des solutions durables, un jour nous finirons par perdre l’essentiel : l’âme de notre Nation, son indépendance nationale, sa souveraineté et son intégrité territoriale chèrement acquises« , a-t-il déclaré. 

Il sied de rappeler que la RDC a été agressée, en aout 1998, par trois pays de l’Est, le Rwanda, l’Ouganda ainsi que le Burundi. Depuis cette période, et bien avant même, l’Est de la RDC est entré dans une phase d’instabilité qui dure depuis près de 30 ans.       

Heshima

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