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Elections 2023 : Denis KADIMA va corriger les erreurs du passé

A une année et demie des nouveaux scrutins en République démocratique du Congo, la nouvelle équipe de la Commission électorale nationale indépendante (CENI) s’emploie à perfectionner les opérations électorales afin de corriger les erreurs du passé et changer l’image de cette institution.

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Dans les cycles électoraux passés, une salve de critiques s’est toujours déferlée sur la CENI. Ces critiques provenaient aussi bien de l’opinion publique congolaise, des politiques mais également de la communauté internationale. Entre autres: de multiples irrégularités, la faiblesse de compilation et de la traçabilité des résultats, la confusion sur le vote électronique etc…qui poussent à une contestation de la légitimité des institutions et de leurs animateurs.

L’actuelle équipe de la CENI dirigée par le président Denis Kadima Kazadi a bien conscience de cette problématique. Le président du bureau de cette Institution d’appui à la démocratie qui traine une expérience de plus 30 ans en matière électorale entend corriger toutes les erreurs qui faisaient l’objet de ces critiques, voire des sanctions de la communauté internationale. « Sans langue de bois, la CENI a mauvaise réputation auprès du grand public. Toutes les critiques formulées à son endroit découlaient de la manière dont les trois précédents cycles électoraux se sont déroulés », a reconnu Denis Kadima, dans une interview exclusive accordée à Heshima Magazine, en mai dernier. Néanmoins, nuance-t-il, « nous devrons reconnaître le travail abattu par ceux qui nous ont précédés dans cette tâche. Ils ont fait un travail en profondeur, mais il y a eu aussi des moments d’égarements. »   

Pour corriger cette image écornée, l’équipe Kadima s’est engagée à changer ce qui peut l’être en travaillant à améliorer la qualité du processus électoral et de le faire savoir en vue de changer positivement la réputation de la CENI. « Voilà pourquoi nous ne pouvons organiser les élections sans tenir compte des écueils constatés et remarques formulées par toutes les parties prenantes au processus », faisait remarquer Denis Kadima.

Ces écueils et remarques, c’est notamment le manque, par le passé, de la publication des résultats des élections bureau de vote par bureau de vote. Sur ce point, l’actuelle CENI est claire : il n’y a pas autre méthode que procéder par bureau de vote. « Je ne connais pas une autre façon de faire que celle-là », avait rassuré Denis Kadima.

D’un autre côté, la loi électorale publiée le 29 juin 2022, modifiant et complétant la loi 006/006 du 9 mars 2006 apporte plus de transparence dans les opérations de vote, au mode de scrutin et à la certification des résultats, qui rejoint la vision de l’équipe Kadima, qui veut faire de la CENI une référence en Afrique mais aussi dans le monde en respectant les lois en vigueur et en adhérant aux bonnes pratiques électorales internationales.

Mieux organiser les scrutins…

Malgré le retard de 28 mois pris dans le processus d’installation de l’actuel bureau de la CENI, cette équipe garde le même souci de mieux organiser les élections. Pour y parvenir, un élément reste important : le financement. La CENI souhaitait que les fonds alloués aux opérations électorales soient décaissés trimestriellement pour lui permettre de mieux planifier ces opérations. Le gouvernement congolais a alloué, pour le seul mois de juin 2022, un montant total de 68 millions de dollars américains en faveur de la CENI.

La Commission  électorale nationale indépendante se prépare à lancer les opérations d’enrôlement des électeurs sur toute l’étendue du territoire national. Cela, après celles liées à l’actualisation de la cartographie électorale.  

Pour tout réaliser, le gouvernement devrait aussi disponibiliser à temps les fonds destinés à ces opérations et celles qui sont programmées par la CENI dans le futur. Les animateurs de la CENI avaient estimé les besoins de cette institution à 624 380 209 millions de dollars pour l’organisation des élections prévues en 2023.

D’ici à 2023, une série d’actions de « rebranding » a été lancée par la CENI. Ce nouveau jargon de la Commission Electorale Nationale Indépendante traduit simplement la volonté de l’équipe Kadima de redorer l’image de la CENI longtemps critiquée. La finalité est qu’au lendemain de la proclamation des résultats de ces scrutins, l’opinion nationale et internationale constate l’absence des tensions au pays et des sanctions contre des personnalités parce qu’il y a eu en amont un processus électoral lisible et transparent.   

Heshima

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C64 contre C4 en RDC : l’UDPS riposte face au front anti-révision constitutionnelle

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À peine l’opposition congolaise avait-elle lancé la Coalition Article 64 (C64) pour barrer la route à toute réforme de la Constitution que l’UDPS a contre-attaqué avec la création de la C4. Derrière cette bataille de sigles se profile un affrontement politique majeur autour de l’avenir institutionnel de la République démocratique du Congo (RDC) et du débat explosif sur un éventuel changement constitutionnel.

Le duel politique est désormais lancé. En République démocratique du Congo, la question de la révision ou du changement de la Constitution cristallise de plus en plus les tensions entre le pouvoir et l’opposition. Après la naissance de la coalition « C64 », initiée par plusieurs figures de l’opposition, dont Martin Fayulu, Delly Sesanga et Jean-Marc Kabund, pour défendre l’ordre constitutionnel actuel, l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS) a répliqué en annonçant la création de la « Coalition des Congolais pour le Changement de la Constitution », en sigle C4.

L’annonce a été faite par Augustin Kabuya Tshilumba, secrétaire général et président intérimaire de l’UDPS. Selon le parti présidentiel, cette nouvelle plateforme vise à fédérer les Congolais favorables à une réforme des institutions jugée nécessaire pour adapter le pays aux réalités actuelles. Le chiffre « 4 » symboliserait les quatre grandes aires linguistiques de la RDC, dans une volonté affichée de donner une dimension nationale à cette initiative.

Déjà, plusieurs figures de la majorité présidentielle commencent à rallier la nouvelle plateforme pro-révision. C’est notamment le cas de Modeste Bahati Lukwebo, qui a officiellement rejoint la dynamique C4, renforçant ainsi le camp favorable à une réforme institutionnelle. En difficulté au sein de l’Union sacrée de la Nation, Modeste Bahati semble avoir saisi cette opportunité pour tenter de se repositionner politiquement, après ses déclarations controversées autour du débat constitutionnel. Une autre adhésion remarquée est celle de Mussa Mondo, ancien vice-ministre et ancien cadre du Front commun pour le Congo (FCC), qui a récemment rejoint le camp présidentiel.

L’opposition craint un troisième mandat

Face à cette offensive politique, l’opposition campe sur ses positions. Réunis autour de la coalition C64, des leaders comme Martin Fayulu, Moïse Katumbi, Jean-Marc Kabund ou encore Delly Sesanga accusent le camp présidentiel de vouloir ouvrir la voie à un éventuel troisième mandat du président Félix Tshisekedi. Leur stratégie repose sur l’article 64 de la Constitution, qui impose aux citoyens de faire échec à toute prise ou exercice du pouvoir contraire à la loi fondamentale.

Au cours d’un point de presse tenu le samedi 23 mai 2026 à son siège de Kinshasa, le parti de l’opposant Jean-Marc Kabund, l’Alliance pour le Changement (A.Ch), a réitéré son opposition catégorique à tout projet de modification de la Constitution, tel que prôné par le parti présidentiel.

 « Aujourd’hui, leur serment repose sur le changement de la Constitution et la révision constitutionnelle. Nous leur disons que, qu’il s’agisse d’un changement ou d’une révision, rien de tout cela n’aura lieu. Eux-mêmes le savent », a déclaré le secrétaire général du parti, Tonay Atwana Jean-Paleki.

L’UDPS amorce des consultations

Dans les rangs de l’UDPS, les responsables rejettent ces accusations et défendent plutôt une réforme destinée à corriger certaines faiblesses institutionnelles. Le parti invoque même l’héritage politique d’Étienne Tshisekedi, présenté comme l’inspirateur historique d’une nouvelle architecture constitutionnelle. L’UDPS n’hésite d’ailleurs pas à rappeler son boycott du référendum constitutionnel de 2005 ayant consacré l’actuelle Constitution. Le 22 mai, le parti a démarré des consultations dans le cadre de sa coalition pour le changement de la Constitution. Steve Mbikayi, député national et président du Parti Travailliste (P.T), était parmi les premiers à être reçus par Augustin Kabuya. À la fin de la rencontre, Steve Mbikayi a réaffirmé son engagement à accompagner l’UDPS dans le processus de changement de la Constitution. « Nous allons l’accompagner jusqu’à l’aboutissement heureux de l’adoption d’une nouvelle constitution », a déclaré le président national du P.T. Selon lui, la Coalition Article 64 lancée par l’opposition ne représentera pas un obstacle pour leur démarche.

Cette montée des tensions révèle une polarisation grandissante du paysage politique congolais. En l’espace de quelques jours, deux blocs antagonistes se sont constitués autour d’un même sujet : conserver ou changer la Constitution. D’un côté, la C64 entend verrouiller toute tentative de réforme ; de l’autre, la C4 veut mobiliser partis politiques, société civile et confessions religieuses en faveur d’un changement constitutionnel.

À Kinshasa, le bras de fer constitutionnel ne fait que commencer. Entre la C64, qui brandit la défense de l’ordre constitutionnel, et la C4, qui plaide pour une nouvelle architecture institutionnelle, la bataille politique promet d’occuper le devant de la scène dans les prochains mois. Une confrontation à haut risque qui pourrait redessiner l’avenir politique de la RDC à l’approche des échéances électorales de 2028.

Heshima Magazine

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De Kabarebe à Kabila : jusqu’où iront les sanctions américaines ?

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Après avoir sanctionné le général rwandais James Kabarebe pour son soutien présumé au M23, Washington a franchi un nouveau cap en visant directement l’ancien président congolais Joseph Kabila. Une évolution spectaculaire qui redessine les rapports diplomatiques dans la région des Grands Lacs. Mais derrière ces sanctions se profile une question plus large : les États-Unis comptent-ils désormais restructurer l’équilibre politique et sécuritaire de l’Est de la République démocratique du Congo en frappant financièrement les individus présumés impliqués dans la déstabilisation de cette partie du pays ?

Pendant longtemps, les sanctions américaines liées au conflit dans l’Est de la RDC ciblaient essentiellement des chefs rebelles, des réseaux de contrebande ou des officiers accusés d’exactions. Mais depuis 2025, Washington a changé d’échelle. Le 20 février 2025, le département du Trésor américain sanctionnait le général rwandais James Kabarebe, accusé d’être au cœur du soutien du Rwanda à l’Alliance Fleuve Congo/Mouvement du 23 mars (AFC/M23). Les États-Unis affirmaient alors que Kabarebe jouait un rôle central dans l’appui logistique et stratégique aux rebelles opérant dans l’Est congolais.

À l’époque, cette mesure apparaissait déjà comme un signal diplomatique fort adressé à Kigali. Début mars, le gouvernement américain est allé plus loin en annonçant des sanctions contre l’armée rwandaise et quatre hauts commandants pour leur soutien au groupe armé AFC/M23, responsable d’abus en RDC. Ces sanctions ont des implications considérables sur les transactions commerciales, financières, les ventes d’armes et d’équipements militaires. Mais la décision du 30 avril 2026 marque un tournant d’une tout autre ampleur : Washington a sanctionné l’ancien président Joseph Kabila pour son soutien présumé à l’AFC/M23. C’est la première fois qu’un ancien chef d’État congolais est directement visé par des sanctions américaines de cette envergure.

Washington cible désormais les « architectes » du conflit

Selon l’Office of Foreign Assets Control (OFAC), une structure du Département du Trésor américain, Joseph Kabila aurait apporté un soutien financier et politique à l’AFC, la branche politico-militaire alliée au M23. Les autorités américaines l’accusent également d’avoir encouragé des défections au sein des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) afin d’affaiblir Kinshasa et de retrouver une influence politique. Les sanctions impliquent le gel d’éventuels avoirs aux États-Unis, l’interdiction de toute transaction avec des entités américaines et un isolement progressif du système financier international dominé par le dollar.

Pour maintenir la pression sur Kigali, les États-Unis ont décidé, le 6 mars, d’imposer des restrictions de visas à « plusieurs hauts responsables rwandais », accusés de soutenir la même rébellion et de contribuer à l’instabilité dans la région des Grands Lacs. « Les individus considérés comme responsables, complices, ou directement ou indirectement engagés dans des actions visant à saper ou entraver une paix durable dans la région des Grands Lacs subiront des conséquences », a déclaré dans un communiqué Marco Rubio.

Kagame aussi individuellement visé ?

Le département d’État n’a pas livré l’identité des personnes concernées par ces restrictions, les dossiers de visa étant confidentiels selon la loi américaine. Mais ces mesures devraient d’abord toucher les responsables déjà visés par les sanctions du Trésor américain, à savoir l’armée rwandaise et quatre de ses officiers supérieurs. D’autres personnalités, ainsi que des membres de leurs familles, pourraient également être affectés.

En avril, les États-Unis auraient refusé d’accorder un visa au président rwandais Paul Kagame, selon les révélations d’Africa Intelligence. Depuis plus de trois mois, le président rwandais ne s’est plus rendu aux États-Unis. Pourtant, avant ces mesures, il y effectuait parfois des visites non officielles.

De la pression sécuritaire à l’ingénierie politique ?

Officiellement, Washington présente ces mesures comme un instrument de soutien au processus de paix régional et aux accords négociés entre Kinshasa et Kigali sous médiation américaine. Mais dans les milieux diplomatiques, beaucoup y voient également un repositionnement stratégique majeur des États-Unis dans les Grands Lacs.

En sanctionnant successivement un haut responsable rwandais puis un ancien président congolais, Washington envoie un double message : plus aucun acteur régional ne bénéficierait désormais d’une immunité politique dans le dossier congolais. Cette approche tranche avec la prudence diplomatique observée sous les précédentes administrations américaines. L’administration Trump assume désormais une logique beaucoup plus coercitive. Le secrétaire américain au Trésor, Scott Bessent, a déclaré que « ceux qui continuent de semer l’instabilité devront répondre de leurs actes ».

Derrière cette rhétorique se dessine une stratégie plus large : sécuriser les chaînes d’approvisionnement en minerais critiques, stabiliser militairement l’Est congolais, réduire l’influence régionale des réseaux armés et soutenir un nouvel ordre sécuritaire favorable aux intérêts occidentaux dans la région.

Kabila, symbole ou début d’une liste plus longue ?

L’ancien président congolais Joseph Kabila et sa famille posséderaient (partiellement ou totalement) plus de 80 entreprises, en République démocratique du Congo et à l’étranger, selon la révélation d’un rapport publié en 2017 par le Groupe d’étude sur le Congo (GEC), un groupe d’études basé aux Etats-Unis. Ces entreprises interviennent dans tous les secteurs de l’économie :« l’agriculture, les mines, le secteur banquier, l’immobilier, les télécommunications et les compagnies aériennes », précise ce groupe d’études lié à un projet de coopération avec l’Université de New York. Même si les sanctions américaines peuvent être déjouées avec le système de prête-nom, l’ancien chef de l’Etat pourrait toujours être impacté. « J’avais du mal à ouvrir un compte en banque ou recevoir des fonds via le système bancaire », a récemment avoué Lambert Mende, ancien ministre de Communication sous Joseph Kabila. Il était aussi victime des sanctions financières internationales à l’époque.

La grande interrogation porte désormais sur l’éventuelle extension des sanctions américaines. Plusieurs figures politiques, militaires et économiques congolaises ou régionales sont régulièrement citées dans des rapports internationaux sur les circuits de financement des groupes armés, les trafics miniers ou les réseaux d’influence transfrontaliers. Washington pourrait-il aller plus loin ? Par exemple, viser des opérateurs économiques, sanctionner d’autres responsables militaires congolais ou rwandais, cibler des relais financiers de l’AFC/M23, voire imposer des restrictions diplomatiques plus larges ?

Pour l’instant, aucune annonce officielle ne le confirme. Le fait que Corneille Nangaa soit déjà sous sanctions américaines réduit toutefois le champ des personnalités encore susceptibles d’être visées au sein de l’AFC/M23. Mais la dynamique actuelle montre une volonté américaine d’élargir progressivement la responsabilité politique du conflit. Dans plusieurs chancelleries africaines, certains observateurs redoutent désormais une « judiciarisation géopolitique » du dossier congolais, où les sanctions deviennent un levier de recomposition régionale autant qu’un outil de paix.

Kinshasa applaudit, mais le risque politique demeure

Le gouvernement congolais a immédiatement salué les sanctions contre Joseph Kabila, estimant qu’elles réduiraient les capacités de financement des réseaux accusés d’alimenter la guerre. Mais cette satisfaction officielle masque aussi des interrogations plus profondes. Car si Washington apparaît aujourd’hui aligné avec Kinshasa sur le dossier sécuritaire, les sanctions américaines restent avant tout guidées par des intérêts stratégiques américains.

Le partenariat minier et sécuritaire en discussion entre Washington et Kinshasa illustre d’ailleurs cette nouvelle convergence d’intérêts. Pour certains analystes, le risque est que la lutte contre l’instabilité se transforme progressivement en outil de sélection politique des acteurs jugés fréquentables – ou non – par les puissances étrangères.

De Kabarebe à Kabila, les sanctions américaines franchissent des lignes autrefois considérées comme intouchables. Elles traduisent l’entrée du conflit congolais dans une nouvelle phase où diplomatie, sécurité, minerais stratégiques et rapports de force deviennent indissociables. Reste à savoir jusqu’où Washington ira dans cette logique de pression ciblée. Car à mesure que les sanctions montent en gamme, une autre question se pose désormais dans les coulisses régionales : après les rebelles, les généraux et les anciens présidents, qui sera le prochain sur la liste américaine ?

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Négociations Kinshasa–AFC/M23 : retour sur les points de désaccord « insurmontables »

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Après un neuvième cycle de discussions entre le gouvernement congolais et les rebelles de l’Alliance Fleuve Congo/Mouvement du 23 mars (AFC/M23), organisé en avril dernier à Montreux, en Suisse, quelques avancées ont été enregistrées sur les volets techniques et humanitaires. Mais sur les questions politiques, sécuritaires et institutionnelles, les positions des deux camps demeurent profondément opposées. Retour sur les principaux points de friction qui continuent de bloquer les discussions.

Entre déclarations de principes, mécanismes de cessez-le-feu et protocoles humanitaires, les négociations entre le gouvernement congolais et l’AFC/M23 semblent progresser sur le papier. Mais sur les dossiers de fond, les lignes restent figées. Sur le plan judiciaire, les discussions achoppent toujours sur le sort réservé aux cadres et combattants de l’AFC/M23. Le mouvement rebelle exige l’annulation des condamnations à mort prononcées contre plusieurs de ses membres, notamment Corneille Nangaa, ainsi que l’abandon des poursuites visant certains responsables. Une demande rejetée jusqu’ici par Kinshasa, qui refuse toute mesure pouvant être interprétée comme une forme d’amnistie politique ou militaire. Plusieurs personnalités concernées par ces condamnations participaient pourtant directement aux négociations organisées en Suisse.

Les divergences portent également sur des questions économiques et administratives. Selon plusieurs sources proches des discussions, l’AFC/M23 réclame toujours la réouverture du système bancaire dans les territoires sous son contrôle. Les établissements financiers de ces zones restent en effet fermés ou déconnectés des circuits nationaux sur décision des autorités congolaises. Sur ce dossier, le désaccord semble particulièrement profond. Kinshasa rejette cette demande, estimant qu’elle reviendrait à reconnaître de facto l’administration rebelle.

Le mouvement dénonce aussi les difficultés rencontrées par les populations vivant dans ces territoires pour obtenir des documents officiels, notamment des passeports. Ses responsables affirment que ces restrictions touchent également leurs propres membres, privés d’accès aux documents administratifs congolais. Autre revendication portée par l’AFC/M23 : la restitution de biens saisis par les services de l’État congolais à certains cadres ou proches du mouvement. Là encore, Kinshasa campe sur ses positions.

Enfin, le dossier sensible de l’aéroport de Goma demeure sans solution. Le gouvernement congolais milite pour une reprise rapide des activités de cette infrastructure, jugée essentielle pour les échanges économiques et l’acheminement de l’aide humanitaire. Mais l’AFC/M23 redoute qu’une réouverture ne permette à Kinshasa d’utiliser l’aéroport à des fins militaires.

Des désaccords insurmontables ?

Selon un expert des questions des Grands Lacs, ces désaccords pourraient demeurer « insurmontables » tant que le rapport de force militaire n’évoluera pas en faveur de Kinshasa. « Les rebelles conservent encore une capacité de conquête territoriale. Cela leur donne le sentiment de négocier d’égal à égal avec Kinshasa. Tant qu’ils ne ressentiront pas une réelle pression militaire de la part du gouvernement congolais, ils resteront probablement campés sur leurs exigences », explique cet analyste spécialiste de la région des Grands Lacs. Au-delà de ces points de blocage, la médiation qatarie a néanmoins permis plusieurs avancées diplomatiques importantes depuis 2025. Une déclaration de principes avait d’abord été signée à Doha afin d’encadrer un cessez-le-feu et d’ouvrir la voie à un accord politique global. Par la suite, un mécanisme de surveillance et de vérification du cessez-le-feu avait été mis en place en octobre 2025 pour superviser les engagements militaires des deux parties.

En novembre 2025, un nouvel accord-cadre signé à Doha devait servir de feuille de route vers une paix durable. Le texte prévoyait huit protocoles thématiques portant notamment sur l’accès humanitaire, la restauration de l’autorité de l’État, le retour des déplacés, les arrangements sécuritaires et la justice transitionnelle. Mais plusieurs mois après ces engagements, les protocoles restent inachevés ou partiellement appliqués. Les discussions de Montreux, en avril 2026, avaient précisément pour objectif de débloquer certains dossiers urgents, notamment l’aide humanitaire et les échanges de prisonniers. Là encore, les blocages persistent. Même le mécanisme conjoint de vérification du cessez-le-feu, présenté comme une avancée majeure en octobre 2025, reste confronté aux accusations réciproques de violations et à l’absence de véritable capacité coercitive.

Les pressions de Washington peuvent-elles faire bouger les lignes ?

Depuis plusieurs mois, Washington durcit progressivement le ton contre le Rwanda dans le dossier de l’Est de la RDC. En mars dernier, les États-Unis ont franchi une étape inédite en sanctionnant plusieurs hauts responsables militaires rwandais, tout en ciblant plus largement l’appareil sécuritaire de Kigali. Une évolution diplomatique rarement observée dans les relations entre les deux pays. Les effets commencent désormais à se faire sentir. Selon des révélations du média spécialisé Africa Intelligence, un déplacement du président rwandais Paul Kagame aux États-Unis aurait été annulé dans un contexte de fortes tensions avec l’administration américaine. Le chef de l’État rwandais a lui-même reconnu récemment que les sanctions américaines « faisaient mal », tout en maintenant sa position sur le conflit dans l’Est de la RDC.

Dans ce contexte de pression croissante, le retrait partiel de l’AFC/M23 vers Kamanyola apparaît comme un signal politique adressé à Washington. Après les discussions peu concluantes de Montreux entre le gouvernement congolais et la rébellion, les rebelles semblent vouloir afficher une posture plus conciliante afin d’éviter un nouveau durcissement des sanctions occidentales. Pourtant, les engagements annoncés en Suisse restent largement théoriques. Sur le terrain, les combats se poursuivent, notamment dans le Sud-Kivu, devenu l’épicentre des affrontements.

L’AFC/M23 cherche toutefois à apparaître comme respectant officiellement le cessez-le-feu en laissant souvent l’initiative des combats aux groupes Wazalendo, ces milices alliées aux FARDC. Chaque jour, la rébellion accuse ces groupes ainsi que l’armée congolaise de violations répétées de la trêve, notamment autour de Minembwe, dans les Hauts-Plateaux du Sud-Kivu, région à forte population banyamulenge. Malgré son repli vers Kamanyola, à environ 65 kilomètres d’Uvira, l’AFC/M23 conserve une position militaire particulièrement avantageuse. Située au croisement de la RDC, du Rwanda et du Burundi, cette localité représente un point stratégique majeur pour le contrôle de la plaine de la Ruzizi et des accès aux Hauts-Plateaux.

Cette zone permet également de maintenir une proximité logistique avec le Rwanda, facilitant les approvisionnements en hommes, en matériel et en soutien opérationnel. Pour les rebelles, Kamanyola constitue aussi une zone tampon essentielle dans la défense indirecte de Bukavu face à une éventuelle progression des forces burundaises engagées aux côtés de Kinshasa.

Enfin, cette implantation permet à l’AFC/M23 de rester capable d’intervenir rapidement dans les Hauts-Plateaux si les tensions entre la milice Twirwaneho, alliée de l’AFC/M23, et les FARDC venaient à s’aggraver de nouveau.

Une pression diplomatique aux résultats militaires limités

À Kinshasa, ce retrait de l’AFC/M23 est présenté comme une victoire de la stratégie diplomatique menée auprès des États-Unis. Les autorités congolaises estiment que la pression américaine commence enfin à produire des résultats concrets sur le terrain. Washington avait déjà obtenu en mars 2025 le retrait rebelle de Walikale, principalement afin de sécuriser les activités minières du site d’Alphamin, alors détenu par des capitaux américains et canadiens. Quelques mois plus tard, les pressions américaines avaient également contribué au départ des rebelles d’Uvira. Aujourd’hui, le repositionnement vers Kamanyola est interprété par le gouvernement congolais comme une nouvelle avancée diplomatique.

Mais dans les faits, ces gains restent limités. L’AFC/M23 conserve l’essentiel de ses capacités militaires, maintient son contrôle sur plusieurs zones stratégiques et continue de consolider son administration dans les territoires occupés. Pour plusieurs observateurs, la diplomatie américaine ralentit l’expansion rebelle sans pour autant modifier profondément le rapport de force militaire. Pendant ce temps, la rébellion poursuit discrètement la structuration de ses forces, la formation de nouveaux combattants et le renforcement de son implantation territoriale. Dans le même temps, Kigali tente d’éviter un nouveau cycle de sanctions plus sévères.

Malgré le refus officiel du Rwanda de reconnaître une présence militaire sur le sol congolais, la prochaine étape pourrait concerner un retrait partiel de soldats rwandais présents dans l’Est de la RDC sous couvert de « mesures défensives », selon la terminologie utilisée par Kigali. À Washington, certains élus américains souhaitent désormais aller plus loin. Un projet porté par un député démocrate prévoit des sanctions contre toute personne ou entité susceptible d’entraver les accords de paix entre la RDC et le Rwanda. Derrière ce texte, un nom revient de plus en plus ouvertement dans les cercles diplomatiques : celui de Paul Kagame. Pour l’heure, le conflit semble surtout figé dans une logique d’attente stratégique. L’AFC/M23 recule sans véritablement céder de terrain décisif, Kigali subit les premières secousses des sanctions occidentales et Kinshasa mise presque exclusivement sur la pression diplomatique américaine.

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