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Conflit RDC-Rwanda : Doha et Washington étalent l’impuissance de l’Union africaine
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12 mois agoon
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La redaction
Face à l’instabilité persistante en Afrique, notamment en République démocratique du Congo (RDC), au Soudan et dans le Sahel, l’Union africaine a largement montré ses faiblesses et son inefficacité à résoudre ces différentes crises sécuritaires. Pour le cas du conflit dans l’Est de la RDC, cette organisation n’a pas pris de mesures directes contre le Rwanda malgré les multiples preuves de la présence de l’armée rwandaise sur le sol congolais. L’Union africaine a abordé la question de manière diplomatique, sans prononcer une condamnation formelle du Rwanda, et a souvent évoqué la nécessité de dialogue. Il a fallu attendre l’implication des États-Unis et du Qatar pour voir les premiers signes d’une désescalade. Heshima Magazine analyse les raisons de l’impuissance de cette organisation panafricaine.
Après la signature de la déclaration de principes entre la RDC et le Rwanda le 25 avril 2025, une nouvelle étape devrait intervenir, ce vendredi 2 mai 2025 à Washington, aux États-Unis. L’administration Trump a quitté le pouvoir en janvier 2021, et il est donc impossible qu’elle soit impliquée dans des négociations de paix en mai 2025. Il faudrait mettre à jour cette information en précisant que l’administration Biden pourrait être impliquée dans le processus de paix ou bien reformuler pour refléter une implication d’acteurs d’après 2021.
Si cette échéance du 2 mai est respectée, les deux parties vont faire des amendements à distance sur ce projet d’accord jusqu’au 19 mai. Il est improbable que des amendements sur un accord de paix majeur se fassent exclusivement à distance. Les négociations directes sont généralement nécessaires pour ce type de processus. Une fois le document final prêt, le président congolais Félix Tshisekedi et son homologue rwandais, Paul Kagame, vont se rendre aux États-Unis, en juin prochain, pour la signature officielle de l’accord de paix.
Une fois signé, cet accord de paix pourrait marquer un tournant décisif dans ce conflit entre la RDC et le Rwanda, tournant ainsi une page sombre d’environ trente ans d’instabilité dans l’Est de la RDC. Parallèlement, à Doha, capitale du Qatar, les discussions se poursuivent entre le gouvernement congolais et les rebelles du Mouvement du 23 mars (M23) allié de l’Alliance Fleuve Congo (AFC).
Bien que l’UA n’ait pas été impliquée dans ces négociations précises, elle est toujours consultée dans des processus de médiation en Afrique. Il est donc inexact de dire que l’UA est totalement exclue. Ces démarches de paix sont menées loin des frontières de l’Union africaine, un organe panafricain censé résoudre les questions qui touchent les Etats membres. S’il y a un défi majeur qui reste l’épine dorsale de l’Union africaine, c’est bien les conflits et crises sécuritaires qui plombent le continent et sur lesquelles l’organisation montre toujours très peu d’autorité. De la RDC au Sahel en passant par la Libye et le Soudan, l’UA n’arrive pas à imposer l’image d’un organe de règlement des différends entre les Etats ou au sein des Etats. Cette incapacité de l’Union africaine à résoudre les crises politiques et sécuritaires du continent trouve ses racines dans plusieurs facteurs.
De l’OUA à l’UA, les tares persistent…
Le 25 mai 1963, trente-deux chefs d’État africains se réunissent à Addis-Abeba, en Éthiopie, pour créer l’Organisation de l’unité africaine (OUA). Le ton a été donné par un panafricaniste de renom : le ghanéen Kwame Nkrumah aux côtés de l’empereur éthiopien Haïlé Sélassié Ier. Dans ce format, l’OUA avait pour mission de faciliter l’union et la solidarité entre les pays africains pour parachever le combat de la décolonisation et se libérer du racisme de l’apartheid qui sévissait encore en Afrique du sud (de 1959 à 1991) et en Namibie (de 1959 à 1979). L’OUA ne réussira pas à atteindre cette mission, minée par des clivages liés notamment à la guerre froide. Les puissances coloniales ont tout fait pour créer ces clivages afin d’empêcher toute action coordonnée par cette organisation continentale.
À cette époque, les Etats africains suivaient les positions des blocs des pays colonisateurs. Par exemple, la RDC – alors Zaïre – s’était alignée derrière le Bloc de l’Ouest composé en majorité des États-Unis et des pays de l’Europe occidentale alors que d’autres États africains soutenaient le Bloc de l’Est tenu par l’Union des républiques socialistes soviétiques (URSS) et ses États satellites. Dans cette configuration de clivage, l’OUA n’avait pas réussi à empêcher les conflits ni à révoquer les régimes dictatoriaux. En 1999, l’organisation n’a pas connu un autre “Kwame Nkrumah”. Ce passage est ambigu. Mouammar Kadhafi a proposé une réforme, mais le lien avec Nkrumah reste discutable. Il serait préférable de reformuler pour indiquer que Kadhafi a inspiré la réforme, sans faire un parallèle direct avec Nkrumah.
C’est le guide libyen Mouammar Kadhafi qui va inciter ses pairs africains à créer une nouvelle organisation adaptée à la nouvelle réalité africaine des années 90. Au total, 53 chefs d’État de l’OUA vont signer la « Déclaration de Syrte », en Lybie, lançant ainsi le projet de l’Union africaine. Contrairement aux missions dévolues à l’OUA, la nouvelle structure se fixe comme objectifs de renforcer l’union politique et le développement socio-économique du continent, de promouvoir la démocratie et les droits humains, et de favoriser l’intégration de l’Afrique sur la scène internationale. Près de 40 ans après la fondation de l’OUA, l’Union africaine est officiellement lancée en 2002 à Addis-Abeba, en Éthiopie, et non à Durban, en Afrique du Sud. Depuis 2017, elle réunit l’ensemble des 55 pays africains non sans difficultés.
Absence de volonté politique commune entre Etats
Les États membres de l’UA ont souvent des intérêts divergents. Dans le cas de la RDC et du Rwanda, certains pays membres peuvent avoir des affinités politiques, économiques ou militaires avec l’une ou l’autre partie, ce qui bloque souvent le consensus nécessaire pour une position commune ou une action forte. Conséquence : l’UA n’a jamais condamné le Rwanda pour son agression contre la RDC. Souvent, cette organisation tente de privilégier la diplomatie de prévention et de médiation, au détriment d’une prise de position ferme. Dans le conflit entre la RDC et le Rwanda, cette posture de neutralité limite sa capacité à désigner clairement un agresseur ou à imposer des sanctions. D’ailleurs, dans la palette de sanctions, l’UA n’a pas grand-chose à brandir contre un État, faute d’une intégration économique et politique entre les pays membres. L’Union africaine n’arrive même pas à imposer des sanctions politiques. Son président de la Commission, Moussa Faki Mahamat cité par l’Institut d’études de sécurité (ISS), avait avoué que l’Union africaine ne répond pas aux attentes, en partie du fait du comportement des États membres.
Selon lui, l’exercice excessif de leur souveraineté entrave le transfert de pouvoirs à la Commission de l’UA. La force de l’UA, en tant que groupement des pays africains, repose sur le pouvoir que les États membres lui confèrent pour mettre en œuvre leurs décisions. Un pouvoir que l’organisation n’a jamais eu de la part des États. Aucun pays africain n’a voulu concrètement céder une partie de sa souveraineté à l’Union africaine comme l’ont fait les 27 pays de l’Union européenne. Certains États africains ont inscrit dans leur constitution qu’ils étaient prêts à céder une partie de leur souveraineté au profit de l’unité africaine, mais aucun État ne l’a fait concrètement. Ces assertions sont restées théoriques dans leurs lois fondamentales. Au cours des années 2021, 2022 et 2023, environ 93 % des décisions de l’Union africaine n’ont pas été mises en œuvre, révèle une source interne. Ce qui démontre qu’au cours de ces années, l’institution n’a existé que de nom. Bien avant ces années, en 2019, après la publication provisoire des résultats de l’élection remportée par Félix Tshisekedi, l’Union africaine avait exigé de sursoir la publication des résultats définitifs par la Cour constitutionnelle. Une délégation de cette organisation conduite par le président rwandais, Paul Kagame, devrait se rendre à Kinshasa pour évoquer un dialogue entre les parties au processus électoral. Mais personne n’a pris en considération ce voyage de Kagame en RDC. La Cour constitutionnelle avait confirmé les résultats définitifs de cette élection présidentielle, rendant inutile l’initiative de l’UA.
Influence des puissances régionales
L’UA a des organisations régionales avec qui elle collabore. Souvent la question des conflits entre États est d’abord traitée dans ces organisations, avant de remonter vers Addis-Abeba. Même dans ce cas de figure, la puissance économique ou militaire de chaque État peut dicter la ligne à suivre sans se référer à l’Union africaine. Des pays influents comme l’Afrique du Sud, le Nigeria, ou encore l’Égypte peuvent exercer une influence importante sur les décisions de cette organisation panafricaine. Leur propre agenda géopolitique peut entraver une réponse unifiée ou décisive à des crises comme celle de la RDC. C’est le cas de la CEDEO (Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest) avec la crise de certains pays du Sahel. C’est aussi le cas de l’influence d’Afrique du Sud au sein de la SADC ou du Rwanda dans l’EAC. Une autre influence, celle des chefs d’États. Les positions des chefs d’États sont les plus dominantes au détriment de celles de la Commission de l’Union africaine. Cette hégémonie des dirigeants étatiques au sein de l’organigramme de l’union plombe les performances de l’organisation. C’est d’ailleurs très critiqué par une certaine opinion africaine. « On dit par exemple que [l’UA] est un ‘‘syndicat de chefs d’États’’ qui protège les uns et les autres, » a rappelé le journaliste Seidik Abba.
L’autre talon d’Achille de l’Union africaine, c’est son manque de moyens financiers et militaires. L’organisation dépend fortement du financement extérieur (notamment de l’Union européenne, de la Chine ou d’autres organisations internationales). Cela limite son autonomie et sa capacité à intervenir rapidement ou efficacement dans des crises régionales. Même son siège d’Addis-Abeba a été construit par des fonds extérieurs à l’Afrique. Ce qui crée une forme de dépendance de cette organisation vis-à-vis de ses bailleurs de fonds comme l’Union européenne ou la Chine.
Associer l’UA dans les pourparlers de Doha et Washington
Malgré son impuissance, plusieurs acteurs autour de la crise rwando-congolaise appellent à associer l’Union africaine dans la résolution de la crise à travers le schéma de Washington et de Doha. Johan Borgstam, représentant spécial de l’Union européenne a insisté sur la mise en œuvre concrète des engagements et de ce que sera le contenu du projet d’accord attendu à Washington entre Kinshasa et Kigali. Pour lui, il est nécessaire que toutes les initiatives actuelles assurent et renforcent le processus régional de l’EAC et de la SADC dans le cadre de l’Union africaine. « Nous nous encourageons vraiment la conclusion d’un accord de paix qui soit coordonné avec les efforts en cours dans la région, dans l’esprit de ce qu’on appelle des solutions africaines pour des problèmes africains », a déclaré Johan Borgstam.
Heshima
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Croissance record en RDC : le paradoxe d’une richesse qui peine à réduire la pauvreté
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3 jours agoon
avril 20, 2026By
La redaction
Avec l’une des plus fortes croissances économiques d’Afrique subsaharienne en 2025, la République démocratique du Congo (RDC) affiche des performances macroéconomiques impressionnantes. D’après le Fonds monétaire international (FMI), la RDC est en passe de devenir la cinquième économie de la région, devançant l’Ethiopie en termes de PIB. Pourtant, cette dynamique contraste avec une pauvreté toujours largement répandue, révélant les limites d’un modèle de croissance peu inclusif.
À première vue, les chiffres donnent le tournis : le pays a réalisé 5,5% de croissance, en baisse par rapport à 2024, mais qui reste supérieure à la moyenne d’Afrique subsaharienne chiffrée à 3,5%, d’après le dernier rapport de la Banque mondiale publié en mars 2026. Tirée par les exportations de cobalt et de cuivre, la République démocratique du Congo enregistre une croissance soutenue, saluée par les institutions financières internationales. Sur les tableaux des analystes, le pays apparaît comme une locomotive régionale, notamment au regard de son fort potentiel des ressources naturelles.
D’après les dernières projections du FMI publiées lors des Assemblées de printemps à Washington, la République démocratique du Congo devrait franchir un cap symbolique en 2026 en dépassant l’Éthiopie pour devenir la cinquième économie d’Afrique subsaharienne en termes de produit intérieur brut (PIB). Cette institution financière prévoit que le produit intérieur brut (PIB) de la RDC atteindra 123 milliards de dollars en 2026, contre 122 milliards pour l’Éthiopie. L’Afrique du Sud reste la première économie de la région, suivie du Nigeria, de l’Angola et du Kenya. Bien que l’écart d’un milliard de dollars reste marginal entre les deux pays, cela a été suffisant pour repositionner la RDC dans le cercle restreint de 5 économies d’Afrique sub-saharienne. La RDC profite notamment de la forte demande mondiale en métaux destinés aux batteries pour renflouer son économie et booster sa croissance.
Un paradoxe avec le vécu des Congolais
Mais en RDC, cette embellie semble lointaine dans le vécu quotidien des Congolais. Dans les marchés populaires à Kinshasa, des Kinois jonglent avec des prix qui grimpent parfois plus vite que leurs revenus. « La vie est devenue plus dure », confie une mère de famille, entre deux clients. « On parle de croissance, mais nous, on ne la voit pas. » Ce sentiment est largement partagé dans la plupart des villes du pays, à Kinshasa en particulier où la majorité de la population vit de l’informel.
Malgré les milliards générés par le secteur minier, les retombées peinent à irriguer l’ensemble de l’économie. Les emplois créés restent insuffisants, souvent précaires, et concentrés dans des zones spécifiques. Dans les provinces, l’absence d’infrastructures de base – routes, hôpitaux, électricité, eau potable – freine toute dynamique de développement local.
Une croissance peu inclusive
Le taux de croissance constaté s’explique par une demande mondiale élevée en minerais stratégiques, essentiels à la transition énergétique et aux technologies modernes. Sur le papier, les indicateurs sont au vert : augmentation du produit intérieur brut, afflux d’investissements étrangers et amélioration relative des réserves de change. Le pays confirme ainsi son statut de géant économique potentiel sur le continent. Mais derrière ces chiffres encourageants, la réalité sociale reste préoccupante. Une large partie de la population continue de vivre sous le seuil de pauvreté, avec un accès limité aux services de base tels que l’éducation, la santé, l’eau et l’électricité.
En 2022, environ 73% de la population de la RDC (soit 71,8 millions de personnes) vivait dans une pauvreté extrême, avec moins de 2,15 dollars par jour. En conséquence, environ un quart des personnes vivant dans l’extrême pauvreté dans les pays à faible revenu en Afrique en 2022 vivaient en RDC. En 2025, ces chiffres n’ont pas évolué dans le sens positif. D’après le rapport 2025 de la Banque mondiale, seuls 66% des Congolais en âge de travailler ont un emploi et plus de 81% de la population vit encore sous le seuil de pauvreté. Malgré ses richesses naturelles, une écrasante partie de la population de la RDC vit encore dans des conditions précaires, illustrant les limites d’un modèle de croissance peu inclusif.
Pour certains experts, le problème n’est pas tant la croissance que sa nature. « C’est une croissance extractive, peu redistributive », explique un économiste. C’est-à-dire, une richesse produite en grande partie par et pour un nombre limité d’acteurs, sans véritable effet d’entraînement sur le reste de la société. À cela s’ajoutent des défis bien connus : gouvernance fragile, corruption persistante, et insuffisance des investissements publics dans les secteurs sociaux. Résultat, les inégalités se creusent et la promesse d’un mieux-être collectif tarde à se concrétiser. La forte dépendance à l’industrie extractive, peu intensive en main-d’œuvre, limite l’impact de la croissance sur l’emploi. Parallèlement, la pression démographique accentue les tensions : des millions de jeunes arrivent chaque année sur le marché du travail, sans perspectives suffisantes.
Pourtant, des pistes existent. Diversifier l’économie, soutenir l’agriculture, investir dans l’éducation et la santé, ou encore renforcer la transparence dans la gestion des ressources naturelles : autant de leviers susceptibles de transformer la croissance en progrès tangible pour la population.D’après le rapport de l’Enquête sur les conditions de vie des ménages publié le 12 février 2026 à Kinshasa par l’Institut national de la statistique (INS), près de 68 % de la population vit toujours sous le seuil de pauvreté. Cela indique que plus de 64 millions de Congolais vivent avec moins de 5 000 francs congolais (2 dollars) par jour. Des provinces telles que le Kasaï, le Kwilu et le Tanganyika sont les plus durement touchées par cette extrême pauvreté.
Les causes éventuelles d’une pauvreté persistante
La RDC, souvent décrite comme un « scandale géologique » en raison de l’abondance de ses ressources naturelles, reste confrontée à un taux de pauvreté parmi les plus élevés au monde. Cette situation paradoxale s’explique par plusieurs facteurs. D’abord, l’instabilité politique et les conflits armés récurrents dans l’est du pays fragilisent les structures économiques et sociales. Ensuite, les infrastructures insuffisantes telles que les routes, l’accès à l’électricité, les services de santé et d’éducation, limitent fortement les opportunités de développement, notamment en zones rurales où vit la majorité de la population.
Par ailleurs, la dépendance de l’économie congolaise à l’exploitation minière, souvent peu redistributive, accentue les inégalités. Si le secteur génère d’importants revenus, ceux-ci bénéficient encore trop peu aux populations locales. La corruption et la gouvernance défaillante sont également pointées du doigt comme des obstacles majeurs à une meilleure répartition des richesses. Face à ces défis, des initiatives émergent. Le gouvernement actuel, avec l’appui de partenaires internationaux, multiplie les programmes sociaux et les projets d’infrastructures. Des efforts sont également entrepris pour diversifier l’économie, notamment dans l’agriculture et l’entrepreneuriat local. Toutefois, les résultats restent encore limités au regard de l’ampleur des besoins.
Heshima Magazine
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RDC-Ouganda : les dessous d’une collaboration sur fond de méfiance
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6 jours agoon
avril 17, 2026By
La redaction
L’armée ougandaise (UPDF) a annoncé, fin mars 2026, son intention de se retirer de plusieurs positions dans le territoire de Lubero, au Nord-Kivu et jusqu’à Mahagi, en Ituri. Ce désengagement, confirmé par le chef d’état-major Muhoozi Kainerugaba, se fera, selon lui, en coordination avec Kinshasa, juste après le retrait des rebelles du M23 de la zone. Bien avant cette annonce qui, du reste, n’est pas officialisée, l’Ouganda voulait obtenir la démission du gouverneur militaire de l’Ituri. Une stratégie de pression sur Kinshasa qui interroge sur les véritables motivations de Kampala. Son intervention militaire aux côtés des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) dans la traque des rebelles ADF pourrait bien cacher d’autres motivations, essentiellement économiques.
L’UPDF (Uganda People’s Defence Force) est déployée en Ituri, dans le nord-est de la RDC dans le cadre de l’opération Shujaa depuis fin 2021, collaborant avec les FARDC contre les rebelles ougandais de l’Alliance des forces démocratiques (ADF). Cette mutualisation FARDC-UPDF vise à neutraliser ce groupe armé qui a fait allégeance à l’Etat islamique. Ce groupe est présent en Ituri et au Nord-Kivu. Officiellement, il s’agit de combattre l’insécurité. Cependant, cette présence vise également à sécuriser les intérêts économiques ougandais (routes, or, bois et pétrole du lac Albert).
A ce jour, cette mutualisation des forces n’a pas permis d’arrêter les attaques des ADF contre des civils aussi bien en Ituri qu’au Nord-Kivu. Loin de renforcer la sécurité des Congolais et des Ougandais dans les zones frontalières, cette alliance semble avant tout servir les intérêts économiques ougandais, notamment en matière d’exportation d’or.
Les chiffres d’exportation d’or explosent en Ouganda
L’Ouganda n’est pas un producteur massif d’or. Cependant, il enregistre des chiffres record sur l’exportation de ce minerai. Une croissance due à l’augmentation des prix mais surtout au trafic favorisé par l’instabilité de la région, principalement dans l’Est de la RDC. L’Ouganda a vu ses revenus d’exportation d’or atteindre des chiffres records. Selon la Banque d’Ouganda, en 2019, ces revenus s’élevaient à 1,26 milliard de dollars, les exportations d’or ont ensuite culminé à 2,3 milliards de dollars en 2023, puis à 3,3 milliards de dollars en 2024. D’après des prévisions pour 2025, ces revenus devraient atteindre 6,4 milliards de dollars.
Cette croissance est principalement due à l’augmentation du prix de l’or, qui avoisinait l’année dernière 5.000 dollars l’once. L’or représente désormais 47% des revenus d’exportation de l’Ouganda, surpassant largement d’autres produits phares comme le café et le cacao. Malgré ces chiffres impressionnants, l’Ouganda n’est pas devenu un producteur massif d’or, note TV5 Monde. Lors d’un récent forum économique, le gouverneur adjoint de la Banque centrale ougandaise, Augustus Nuwagaba, a admis que l’or exporté par le pays pourrait ne pas provenir de ses propres mines. « Il se peut qu’il ne soit pas à nous », avait-il déclaré. Mais d’où vient l’or exporté par l’Ouganda ?
L’insécurité en RDC profite à l’économie ougandaise
L’Ouganda profite du trafic d’or en provenance de pays voisins, notamment de la RDC. Riche en ressources aurifères, ce pays partage une frontière avec l’Ouganda dans des zones comme l’Ituri et le Nord-Kivu. Ces régions sont non seulement riches en or, mais aussi en proie à des conflits armés. Ce qui favorise le trafic de ce métal jaune notamment vers l’Ouganda. En Ituri, par exemple, l’or est très présent, particulièrement dans les territoires de Djugu, Mahagi et Mambasa, s’appuyant sur des gisements historiques (Kilo-Moto). Cette ressource, exploitée à la fois de manière artisanale et industrielle, alimente une économie de guerre contrôlée en partie par des groupes armés et réseaux criminels, générant d’importants flux financiers illicites. Selon l’étude d’une ONG anti-corruption, environ 95 % de l’or exporté depuis l’Ouganda est illicite.
En état de siège depuis plus de 4 ans, la province de l’Ituri n’a pas toujours recouvré la paix totalement. Le gouverneur militaire, le lieutenant-général Johnny Luboya entretient des rapports tendus avec des trafiquants d’or. L’Ouganda également n’apprécie pas cet officier congolais. Le chef d’état-major de l’armée ougandaise, le général Muhoozi Kainerugaba ne cache pas son hostilité envers ce gouverneur militaire, appelant parfois à son arrestation sur les réseaux sociaux. L’Ouganda a même formulé une demande formelle pour solliciter son remplacement. D’après les informations révélées par Africa Intelligence, le pouvoir de Félix Tshisekedi a rejeté ces demandes de l’armée ougandaise, qui réclamait l’éviction de ce gouverneur militaire.
Sécuriser ses investissements pétroliers
En dehors du trafic d’or à son avantage, l’Ouganda vise aussi la sécurisation de ses intérêts économiques dans la région. Des intérêts qui empiètent sur la zone d’influence du voisin rwandais, estime le rapport d’un groupe d’experts de l’ONU publié en août 2024. En dehors des intérêts sécuritaires, le gouvernement ougandais se concentre sur la sécurisation de ses investissements pétroliers et le renforcement des réseaux commerciaux vers la RDC, où ses exportations formelles ont représenté en 2019 « 156 millions de dollars » et les exportations informelles, constituées en majorité de biens industriels, « 330 millions de dollars ».
Des accointances avec le M23 et la CRP
La collaboration militaire entre la RDC et l’Ouganda s’opère dans un climat de méfiance, avec des allégations de soutien de Kampala à d’autres groupes rebelles, comme le M23 mais aussi la Convention pour la révolution populaire (CRP) de Thomas Lubanga. Ce dernier s’est même exilé en Ouganda mais son groupe mène des combats contre l’armée congolaise en Ituri. L’Ouganda a joué un rôle discret mais documenté dans la résurgence du M23, en facilitant le retour de son chef militaire en RDC en 2017 et en servant de vivier de recrutement pour la rébellion, selon un rapport publié en avril 2026 par le Congo Research Group (CRG) et le Center on International Cooperation (CIC) de l’Université de New York. Ce document note également que des officiers de l’armée ougandaise (UPDF) ont également été signalés comme participant aux sessions de formation militaire dispensées aux recrues du M23 dans le camp de Tchanzu, en RDC, aux côtés d’officiers des Forces de défense rwandaises en 2021. Mais ce rapport ne précise pas la nature exacte des arrangements entre Kampala et le M23. Difficile de savoir si ces facilitations reflètent une politique délibérée de Kampala ou il s’agit simplement des initiatives individuelles de la part de certains officiers militaires ougandais.
Depuis le lancement de ces opérations dénommées « Shuuja » visant à neutraliser les ADF, les autorités congolaises et ougandaises affichent officiellement une volonté commune de restaurer la paix. Malgré des engagements répétés en faveur d’une coopération sécuritaire renforcée, les relations entre la République démocratique du Congo et l’Ouganda restent marquées par une profonde méfiance, notamment en ce qui concerne leurs opérations militaires conjointes dans l’est du pays. Malgré ce climat de méfiance, Kinshasa et Kampala poursuivent cette collaboration. Le 21 juin dernier, le président congolais Félix Tshisekedi avait reçu à la Cité de l’Union africaine, à Kinshasa, le général Muhoozi Kainerugaba, fils du président Yoweri Kaguta Museveni et chef d’état-major de l’armée. La veille de cette rencontre, le 20 juin, les responsables des armées de deux pays avaient signé un accord pour poursuivre leur opération militaire conjointe contre les rebelles ADF.
Heshima Magazine
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RDC : comment le gouvernement compte utiliser les fonds de 1,25 milliard USD d’eurobonds ?
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1 semaine agoon
avril 14, 2026By
La redaction
La République démocratique du Congo a mobilisé 1,25 milliard de dollars sur les marchés financiers internationaux à travers une émission d’eurobonds le 9 avril 2026. Lors d’une conférence de presse tenue le 13 avril à Kinshasa, le ministre des Finances, Doudou Fwamba, a présenté les projets prioritaires à financer, dans un contexte de besoins urgents pour soutenir le développement économique et social du pays.
L’émission d’eurobonds réalisée par la République démocratique du Congo s’inscrit dans une stratégie de diversification des sources de financement. Selon le ministère des Finances, cette levée de fonds vise principalement à financer des projets d’infrastructures, notamment dans les transports et l’énergie, considérés comme des leviers essentiels de croissance. Près de la moitié des projets prévus dans ce financement concernent la ville de Kinshasa, capitale du pays, confrontée à une démographie galopante sans moyens de transport et autres infrastructures de base. Une partie de fonds levés vise à construire un nouveau terminal de 49 000 m² à l’aéroport de N’djili, capable d’accueillir 5 millions de passagers par an.
Quelque 300 kilomètres de routes sont également prévus, ainsi qu’une rocade de 31 kilomètres avec échangeurs et ponts. Les autres investissements visent le développement d’un réseau de lignes de transmission électrique de 330 KV permettant une connexion entre la Zambie et la « ceinture de cuivre » de la RDC, une centrale hydroélectrique de 64 mégawatts et des réseaux de distribution dans la province du Kasaï-Central.
Dans d’autres villes du pays, ces fonds vont également financer la création de centres de formation professionnelle précisément dans quatre villes. Il y a aussi la modernisation de la route entre la ville de Kisangani, chef-lieu de la province de la Tshopo, et Beni, dans la province du Nord-Kivu, longue de 750 kilomètres.
Des craintes sur la transparence de fonds persistent…
Si le gouvernement met en avant des investissements structurants, experts et institutions appellent à la transparence dans la gestion de ces fonds mais aussi à la prudence face aux risques de surendettement. D’après des analyses de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international, la RDC fait face à un déficit important en infrastructures, ce qui freine son développement économique. Les investissements dans les routes, les barrages et les réseaux électriques pourraient ainsi améliorer la connectivité et soutenir l’industrialisation, en particulier dans les zones minières. Mais la gestion de ces réalisations pose de doute quant à la transparence. « Nous voulons un témoin, le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), pour assurer le suivi de la gestion de ces ressources. Nous allons, pour la transparence, informer la population sur l’affectation du 1,25 milliard mobilisé. D’ici un an, nous inviterons les investisseurs à constater concrètement les réalisations. », a répondu Doudou Fwamba face aux craintes sur la transparence dans la gestion de ces fonds. Ces craintes sont exprimées suite à des précédents en Afrique subsaharienne qui montrent que l’absence de suivi rigoureux peut limiter l’impact réel de tels financements sur les conditions de vie des populations. La Banque africaine de développement (BAD) souligne, dans certains de ses rapports, que l’efficacité de la dépense publique reste un enjeu clé pour maximiser les retombées économiques.
Eurobonds, la RDC très crédible sur le marché ?
Le pays a accompli un pas de plus en accédant aux marchés internationaux des capitaux. C’est un moyen pour la RDC de diversifier ses sources de financements. Plusieurs facteurs ont joué pour la réussite de cette opération. Coordonnée notamment par la Rawbank au niveau de la région, cette opération d’eurobonds est la conséquence d’une discipline budgétaire observée ces derniers temps au pays.
Le faible niveau d’endettement public de la RDC a aussi pesé en faveur de Kinshasa dans les calculs des investisseurs. Kinshasa n’avait soumis que des demandes pour 1,25 milliard de dollars, mais a reçu des soumissions frôlant les 5 milliards de dollars. Le ministre des Finances justifie le refus du fonds supplémentaire par le fait que le gouvernement n’avait en main que des projets avec étude de faisabilité coutant le 1,25 milliard de dollars sollicité. « Nous ne pouvions pas accepter toutes ces soumissions. Nous n’avions que des projets avec des études de faisabilité pour le montant sollicité », a fait savoir le ministre des Finances qui s’est réjoui non pas du milliard reçu mais de la « crédibilité certifiée » que le pays a gagné dans ce processus. Doudou Fwamba célèbre donc la « reconnaissance des efforts » du président Félix Tshisekedi et l’entrée « très réussie » de la RDC dans la finance internationale.
Pour réussir cette opération, la Rawbank, première banque de la RDC, a agi aux côtés des leaders mondiaux tels que Citigroup et Standard Chartered Bank comme arrangeurs et coordinateurs des souscriptions au niveau global. « Nous sommes fiers d’avoir accompagné cette opération, qui ouvre la voie à de nouveaux financements internationaux, y compris pour les émetteurs non souverains », a déclaré Mustafa Rawji, directeur général de la Rawbank. Avec cet emprunt, le taux d’endettement du pays passe de 18,1 % à 19,5 % du PIB, un niveau toujours inférieur à celui de pays comme la Namibie, l’Angola ou le Kenya. Kinshasa prévoit de constituer des provisions annuelles pour son remboursement.
Si les 1,25 milliard de dollars d’eurobonds offrent à la République démocratique du Congo une opportunité d’accélérer son développement, leur réussite dépendra de la capacité du gouvernement à conjuguer discipline budgétaire, transparence et efficacité dans l’exécution des projets, sous le regard attentif des partenaires comme le Fonds monétaire international et la Banque mondiale.
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