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Deal RDC–USA : l’IGF, levier clé de la transparence exigée par Washington ?
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La redaction
Un vent d’espoir souffle sur la République Démocratique du Congo (RDC) avec l’émergence d’un partenariat stratégique avec les États-Unis. Cet accord ambitieux, axé sur l’exploitation de minerais stratégiques comme le cobalt, le lithium et le cuivre, pourrait offrir aux entreprises américaines un accès privilégié en échange d’un soutien sécuritaire pour pacifier l’Est du pays, une région riche en ressources mais marquée par l’instabilité. Qualifié de « deal historique » par un diplomate américain lors d’une conférence à New York en avril 2025, cet accord pourrait redéfinir les relations géopolitiques en Afrique centrale et transformer l’économie congolaise. Cependant, la transparence dans la gestion des ressources et des finances publiques est une condition sine qua non pour les États-Unis. C’est dans ce contexte que l’Inspection Générale des Finances (IGF), dirigée par le chevronné Jules Alingete, devient un acteur clé. Depuis 2020, Alingete a transformé l’IGF en un rempart contre la corruption. Heshima Magazine explore comment l’IGF pourrait permettre à la RDC de se positionner comme un partenaire fiable et transparent sur la scène internationale.
La RDC est un géant minier, détenant environ 70 % des réserves mondiales de cobalt, d’immenses gisements de lithium et plus de 75 millions de tonnes de cuivre. Ces minerais, essentiels aux batteries des véhicules électriques, aux technologies renouvelables et aux infrastructures électriques, sont au cœur de la transition énergétique mondiale. Pourtant, l’Est du pays, où ces ressources abondent, est en proie à une insécurité chronique. Des groupes armés, comme le M23 appuyé par le Rwanda, exploitent illégalement ces minerais, privant l’État de revenus cruciaux tout en massacrant la population congolaise. Face à ce défi, le président Félix Tshisekedi a proposé un accord audacieux aux États-Unis : un accès privilégié à ces richesses en échange d’un appui militaire pour stabiliser la région et d’investissements massifs pour moderniser l’économie.
Ce partenariat ne se limite pas à une transaction économique. Il s’inscrit dans une compétition géopolitique mondiale, où les États-Unis cherchent à contrer l’influence chinoise, qui domine actuellement le secteur minier congolais. Mais pour que cet accord voie le jour, Washington exige une gouvernance irréprochable, appuyée par des institutions robustes comme l’IGF, dont la mission est d’assurer une gestion transparente des fonds et des ressources publics. « Ce deal est une chance pour la RDC, mais il repose sur la confiance », commente Alain Mulunda, analyste économique à l’Université de Lubumbashi.
Minerais, insécurité et rivalités internationales
La demande mondiale pour le cobalt, le lithium et le cuivre explose. Selon l’US Geological Survey, cette demande devrait quadrupler d’ici 2030, propulsant la RDC au centre de l’attention. Les gisements de cobalt du Lualaba et du Haut-Katanga, les réserves de lithium du Tanganyika et du Maniema, et les immenses dépôts de cuivre du Haut-Katanga font du pays un acteur incontournable. Jusqu’à récemment, la Chine exerçait une emprise quasi exclusive sur ces ressources, contrôlant 70 à 80 % de la production congolaise grâce à des entreprises comme China Molybdenum et Zijin Mining, selon une analyse de la Banque mondiale.
L’Est de la RDC, riche en minerais, est un paradoxe. Alors que ses ressources attirent les investisseurs, l’insécurité freine leur exploitation. Le M23, accusé par une résolution de l’ONU en février 2025 de recevoir le total soutien rwandais, exploite illégalement ces minerais, privant l’État de plus de 2 milliards de dollars par an, selon l’ONG Global Witness. « Sans sécurité, il n’y a pas d’investissement possible », a martelé Tshisekedi lors d’un sommet à Nairobi en janvier 2025.
Longtemps dépendante des partenariats chinois, la RDC cherche à diversifier ses alliances. Lors de l’Assemblée générale de l’ONU en septembre 2024, Tshisekedi a plaidé pour des partenariats « gagnant-gagnant » qui favorisent la transformation locale des minerais. Le deal avec les États-Unis s’inscrit dans cette stratégie, offrant une alternative pour attirer des investissements occidentaux tout en répondant aux défis sécuritaires.
Les contours du deal : minerais contre sécurité et investissements
Au cœur de l’accord, la RDC propose un accès privilégié à ses minerais stratégiques : le cobalt, extrait principalement dans le Lualaba et le Haut-Katanga, le lithium, dont les gisements du Tanganyika et du Maniema attirent l’attention des industriels, et le cuivre, dont les réserves massives positionnent le pays comme un leader africain. Des géants américains comme Tesla, Ford et Apple, selon un rapport de Bloomberg en avril 2025, négocient des contrats d’approvisionnement à long terme pour sécuriser leurs chaînes de production.
En contrepartie, les États-Unis s’engagent à soutenir la sécurité dans l’Est congolais. Cet appui comprend la formation et le renforcement des Forces armées de la RDC (FARDC) par des instructeurs américains, le déploiement d’un contingent limité de conseillers militaires pour coordonner les opérations contre les groupes armés, et la fourniture de technologies avancées, comme des drones et des systèmes de renseignement à la pointe de la technologie. « Notre objectif est de stabiliser l’Est pour sécuriser les investissements », a déclaré un officiel du Pentagone, cité par CNN en mars 2025.
L’accord inclut également un plan d’investissement ambitieux de 500 milliards de dollars sur 15 ans, financé par des entreprises privées et des institutions américaines comme la Development Finance Corporation (DFC). Ces fonds viseront à moderniser les infrastructures, avec la construction de routes, de ponts et de réseaux électriques pour faciliter l’exploitation minière. Des usines de raffinage seront établies pour transformer localement le cobalt et le cuivre, réduisant la dépendance aux exportations brutes. Enfin, des projets sociaux, comme la construction d’écoles et d’hôpitaux dans les zones minières, sont prévus pour améliorer les conditions de vie. « Ce projet pourrait transformer la RDC », a tweeté l’économiste de renommé international Jeffrey Sachs en avril 2025.
Où en sont les négociations ?
Les discussions entre Kinshasa et Washington avancent à grands pas confie à Heshima Magazine une source au sein du gouvernement. Côté congolais, Félix Tshisekedi pilote les négociations, épaulé par son conseiller économique Andre Wameso, le ministre des Mines, … Côté américain, le secrétaire d’État Marco Rubio, des officiels du Pentagone et des représentants de Tesla et General Motors jouent un rôle clé. En mars 2025, Wameso s’est rendu à Washington pour rencontrer des sénateurs, selon un article de Politico, afin de finaliser les termes de l’accord.
Le département d’État américain a confirmé, dans un communiqué du 29 avril 2025, que cet accord « renforcera la sécurité et la prospérité en Afrique centrale ». « Ce deal est une opportunité inespérée pour notre pays, enfin la RDC connaitra la paix et la prospérité », se réjouis Sophie Salama, experte en gouvernance à Kinshasa.
La transparence, condition sine qua non des États-Unis
Pour les États-Unis, tout investissement en RDC est subordonné à une gouvernance rigoureuse, assurée par des hommes et des femmes intègres du pays hôte, conformément aux exigences du Foreign Corrupt Practices Act (FCPA). Adoptée en 1977, cette loi interdit aux entreprises américaines de verser des pots-de-vin à des agents publics étrangers et impose une comptabilité rigoureuse et transparente. Les violations sont sévèrement sanctionnées, comme en témoigne le cas de l’entreprise Telia, condamnée en 2017 à une amende de 965 millions de dollars pour des faits de corruption en Ouzbékistan.
Les entreprises américaines impliquées dans le deal risquent gros en cas de corruption. Une infraction pourrait entraîner des amendes colossales, des peines de prison pour les dirigeants et l’exclusion des marchés publics américains. Pour répondre à ces exigences, Washington imposera des audits conjoints avec les autorités congolaises, des rapports trimestriels sur les revenus miniers et une surveillance étroite des flux financiers. La Securities and Exchange Commission (SEC) et le DOJ (Department of Justice) collaboreront avec des institutions locales en RDC pour détecter toute irrégularité, rendant la transparence non négociable.
L’IGF, pivot de la confiance américaine
L’IGF s’est imposée comme un acteur central dans la lutte contre la corruption et la promotion de la transparence. Créée par l’ordonnance n° 87-323 du 15 septembre 1987 et rattachée directement à la présidence, elle a pour mission de contrôler la gestion des finances publiques. Ses audits, enquêtes sur les détournements et patrouilles financières en font un rempart contre la corruption. « Nous sommes les gardiens de l’argent public », affirme Jules Alingete, Inspecteur Général Chef de Service, dans un entretien à Jeune Afrique en janvier 2025.
Sous la direction d’Alingete, l’IGF a intensifié ses efforts. En avril 2025, un audit des projets routiers à Kinshasa a révélé des surfacturations de 30 %, entraînant la suspension des responsables impliqués. En mars 2025, trois directeurs d’entreprises publiques ont été écartés pour détournement de fonds, une décision saluée par Transparency International. La relance de la « patrouille financière » en 2025 permet désormais un contrôle en temps réel des dépenses publiques, renforçant la crédibilité de l’institution. « L’IGF est devenue un acteur incontournable pour rassurer les partenaires internationaux », commente Pierre Kibati, militant écologiste congolais.
L’IGF a également joué un rôle déterminant dans la renégociation du contrat minier sino-congolais signé en 2008 sous le régime de Joseph Kabila. Ce contrat, qui prévoyait un échange de minerais contre des infrastructures, s’est avéré déséquilibré au détriment de la RDC. Selon un rapport de l’IGF, les entreprises chinoises ont généré environ 76 milliards de dollars de gains, tandis que la RDC n’a bénéficié que de 3 milliards de dollars en infrastructures. Cette situation a conduit l’IGF à recommander une revisitation ou une résiliation du contrat.
Les efforts de l’IGF ont abouti à la signature d’un nouvel avenant en mars 2024, rééquilibrant les profits entre les deux parties. Le montant alloué aux infrastructures est passé de 3 à 7 milliards de dollars sur les dix-sept prochaines années, avec des décaissements annuels obligatoires de 324 millions de dollars. De plus, la part de la RDC dans la coentreprise Sicomines a été augmentée, renforçant ainsi son contrôle sur la gestion des ressources minières.
Dans le cadre du partenariat stratégique entre la RDC et les États-Unis sur les minerais critiques, l’IGF est appelée à jouer un rôle central. Elle auditera les contrats miniers, surveillera l’utilisation des fonds américains et collaborera avec la SEC pour garantir une transparence totale. Cette collaboration s’étendra forcément à d’autres institutions congolaises, telles que la Cour des comptes, la Cellule Nationale de Renseignements Financiers (CENAREF) pour lutter contre le blanchiment. « Sans l’IGF, ce partenariat n’aurait sûrement aucune crédibilité aux yeux de Washington », souligne Sophie Mutombo, étudiante en économie à Kinshasa.
Ainsi, l’IGF, sous la direction de Jules Alingete, s’affirme comme le pivot de la confiance américaine dans la gestion des ressources stratégiques de la RDC.
Félix Tshisekedi, architecte d’une nouvelle RDC
Félix Tshisekedi est le moteur de ce partenariat. Depuis son arrivée au pouvoir en 2019, il a fait de la lutte contre la corruption une priorité. En 2023, il a promulgué une loi anti-corruption renforçant les sanctions contre les détournements de fonds. L’année suivante, le budget de l’IGF a été augmenté de 50 %, lui donnant les moyens d’agir. « La corruption est un cancer que nous devons éradiquer », avait-t-il déclaré.
Sur le plan diplomatique, Félix Tshisekedi a déployé une série d’initiatives pour repositionner la République Démocratique du Congo (RDC) sur la scène internationale. Ses visites stratégiques aux États-Unis en 2023 et 2024, ainsi que son discours marquant devant l’Assemblée générale des Nations unies en septembre 2024, ont constitué des étapes clés dans cette démarche. Lors de ces occasions, il a mis en avant la nécessité de transformer localement les minerais afin de valoriser davantage les ressources naturelles du pays et d’attirer les investisseurs étrangers, notamment américains.
L’une des déclarations marquantes de cette période provient de Jules Alingete, l’Inspecteur général des Finances, qui a souligné les efforts constants du président pour améliorer la gouvernance publique en RDC. Lors de la Journée internationale de lutte contre la corruption en décembre 2024, il a affirmé : « Depuis son accession à la magistrature suprême de notre pays, Son Excellence Monsieur le président de la République et chef de l’État de la RDC, Félix Tshisekedi, ne cesse de s’employer pour améliorer la gouvernance publique dans notre pays. » Cette déclaration met en lumière l’engagement du président Tshisekedi à renforcer la transparence et à promouvoir une gestion plus rigoureuse des ressources publiques, des objectifs essentiels pour renforcer la crédibilité du pays à l’international.
Opportunités et défis
Le deal RDC-USA offre des perspectives prometteuses. La pacification de l’Est pourrait mettre fin à des décennies de conflits, tandis que les 500 milliards de dollars d’investissements prévus sur 15 ans permettraient de moderniser l’économie congolaise. La transformation locale des minerais, avec la construction d’usines de raffinage, pourrait créer des milliers d’emplois et réduire la dépendance aux exportations brutes.
L’IGF, clé d’un partenariat historique
Le partenariat entre la RDC et les États-Unis est une opportunité historique, mais son succès repose sur un pilier fondamental : la transparence. L’Inspection Générale des Finances, par son action rigoureuse et sa collaboration avec d’autres institutions, est le levier qui permettra à la RDC de gagner la confiance de Washington. Sous l’impulsion de Félix Tshisekedi, ce deal pourrait transformer le pays en un modèle de coopération internationale, à condition que les engagements de gouvernance soient tenus. Comme le résume Pierre Kibati, « l’avenir de la RDC se joue maintenant, et l’IGF est au cœur de cette bataille ».
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RDC-Ouganda : les dessous d’une collaboration sur fond de méfiance
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2 jours agoon
avril 17, 2026By
La redaction
L’armée ougandaise (UPDF) a annoncé, fin mars 2026, son intention de se retirer de plusieurs positions dans le territoire de Lubero, au Nord-Kivu et jusqu’à Mahagi, en Ituri. Ce désengagement, confirmé par le chef d’état-major Muhoozi Kainerugaba, se fera, selon lui, en coordination avec Kinshasa, juste après le retrait des rebelles du M23 de la zone. Bien avant cette annonce qui, du reste, n’est pas officialisée, l’Ouganda voulait obtenir la démission du gouverneur militaire de l’Ituri. Une stratégie de pression sur Kinshasa qui interroge sur les véritables motivations de Kampala. Son intervention militaire aux côtés des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) dans la traque des rebelles ADF pourrait bien cacher d’autres motivations, essentiellement économiques.
L’UPDF (Uganda People’s Defence Force) est déployée en Ituri, dans le nord-est de la RDC dans le cadre de l’opération Shujaa depuis fin 2021, collaborant avec les FARDC contre les rebelles ougandais de l’Alliance des forces démocratiques (ADF). Cette mutualisation FARDC-UPDF vise à neutraliser ce groupe armé qui a fait allégeance à l’Etat islamique. Ce groupe est présent en Ituri et au Nord-Kivu. Officiellement, il s’agit de combattre l’insécurité. Cependant, cette présence vise également à sécuriser les intérêts économiques ougandais (routes, or, bois et pétrole du lac Albert).
A ce jour, cette mutualisation des forces n’a pas permis d’arrêter les attaques des ADF contre des civils aussi bien en Ituri qu’au Nord-Kivu. Loin de renforcer la sécurité des Congolais et des Ougandais dans les zones frontalières, cette alliance semble avant tout servir les intérêts économiques ougandais, notamment en matière d’exportation d’or.
Les chiffres d’exportation d’or explosent en Ouganda
L’Ouganda n’est pas un producteur massif d’or. Cependant, il enregistre des chiffres record sur l’exportation de ce minerai. Une croissance due à l’augmentation des prix mais surtout au trafic favorisé par l’instabilité de la région, principalement dans l’Est de la RDC. L’Ouganda a vu ses revenus d’exportation d’or atteindre des chiffres records. Selon la Banque d’Ouganda, en 2019, ces revenus s’élevaient à 1,26 milliard de dollars, les exportations d’or ont ensuite culminé à 2,3 milliards de dollars en 2023, puis à 3,3 milliards de dollars en 2024. D’après des prévisions pour 2025, ces revenus devraient atteindre 6,4 milliards de dollars.
Cette croissance est principalement due à l’augmentation du prix de l’or, qui avoisinait l’année dernière 5.000 dollars l’once. L’or représente désormais 47% des revenus d’exportation de l’Ouganda, surpassant largement d’autres produits phares comme le café et le cacao. Malgré ces chiffres impressionnants, l’Ouganda n’est pas devenu un producteur massif d’or, note TV5 Monde. Lors d’un récent forum économique, le gouverneur adjoint de la Banque centrale ougandaise, Augustus Nuwagaba, a admis que l’or exporté par le pays pourrait ne pas provenir de ses propres mines. « Il se peut qu’il ne soit pas à nous », avait-il déclaré. Mais d’où vient l’or exporté par l’Ouganda ?
L’insécurité en RDC profite à l’économie ougandaise
L’Ouganda profite du trafic d’or en provenance de pays voisins, notamment de la RDC. Riche en ressources aurifères, ce pays partage une frontière avec l’Ouganda dans des zones comme l’Ituri et le Nord-Kivu. Ces régions sont non seulement riches en or, mais aussi en proie à des conflits armés. Ce qui favorise le trafic de ce métal jaune notamment vers l’Ouganda. En Ituri, par exemple, l’or est très présent, particulièrement dans les territoires de Djugu, Mahagi et Mambasa, s’appuyant sur des gisements historiques (Kilo-Moto). Cette ressource, exploitée à la fois de manière artisanale et industrielle, alimente une économie de guerre contrôlée en partie par des groupes armés et réseaux criminels, générant d’importants flux financiers illicites. Selon l’étude d’une ONG anti-corruption, environ 95 % de l’or exporté depuis l’Ouganda est illicite.
En état de siège depuis plus de 4 ans, la province de l’Ituri n’a pas toujours recouvré la paix totalement. Le gouverneur militaire, le lieutenant-général Johnny Luboya entretient des rapports tendus avec des trafiquants d’or. L’Ouganda également n’apprécie pas cet officier congolais. Le chef d’état-major de l’armée ougandaise, le général Muhoozi Kainerugaba ne cache pas son hostilité envers ce gouverneur militaire, appelant parfois à son arrestation sur les réseaux sociaux. L’Ouganda a même formulé une demande formelle pour solliciter son remplacement. D’après les informations révélées par Africa Intelligence, le pouvoir de Félix Tshisekedi a rejeté ces demandes de l’armée ougandaise, qui réclamait l’éviction de ce gouverneur militaire.
Sécuriser ses investissements pétroliers
En dehors du trafic d’or à son avantage, l’Ouganda vise aussi la sécurisation de ses intérêts économiques dans la région. Des intérêts qui empiètent sur la zone d’influence du voisin rwandais, estime le rapport d’un groupe d’experts de l’ONU publié en août 2024. En dehors des intérêts sécuritaires, le gouvernement ougandais se concentre sur la sécurisation de ses investissements pétroliers et le renforcement des réseaux commerciaux vers la RDC, où ses exportations formelles ont représenté en 2019 « 156 millions de dollars » et les exportations informelles, constituées en majorité de biens industriels, « 330 millions de dollars ».
Des accointances avec le M23 et la CRP
La collaboration militaire entre la RDC et l’Ouganda s’opère dans un climat de méfiance, avec des allégations de soutien de Kampala à d’autres groupes rebelles, comme le M23 mais aussi la Convention pour la révolution populaire (CRP) de Thomas Lubanga. Ce dernier s’est même exilé en Ouganda mais son groupe mène des combats contre l’armée congolaise en Ituri. L’Ouganda a joué un rôle discret mais documenté dans la résurgence du M23, en facilitant le retour de son chef militaire en RDC en 2017 et en servant de vivier de recrutement pour la rébellion, selon un rapport publié en avril 2026 par le Congo Research Group (CRG) et le Center on International Cooperation (CIC) de l’Université de New York. Ce document note également que des officiers de l’armée ougandaise (UPDF) ont également été signalés comme participant aux sessions de formation militaire dispensées aux recrues du M23 dans le camp de Tchanzu, en RDC, aux côtés d’officiers des Forces de défense rwandaises en 2021. Mais ce rapport ne précise pas la nature exacte des arrangements entre Kampala et le M23. Difficile de savoir si ces facilitations reflètent une politique délibérée de Kampala ou il s’agit simplement des initiatives individuelles de la part de certains officiers militaires ougandais.
Depuis le lancement de ces opérations dénommées « Shuuja » visant à neutraliser les ADF, les autorités congolaises et ougandaises affichent officiellement une volonté commune de restaurer la paix. Malgré des engagements répétés en faveur d’une coopération sécuritaire renforcée, les relations entre la République démocratique du Congo et l’Ouganda restent marquées par une profonde méfiance, notamment en ce qui concerne leurs opérations militaires conjointes dans l’est du pays. Malgré ce climat de méfiance, Kinshasa et Kampala poursuivent cette collaboration. Le 21 juin dernier, le président congolais Félix Tshisekedi avait reçu à la Cité de l’Union africaine, à Kinshasa, le général Muhoozi Kainerugaba, fils du président Yoweri Kaguta Museveni et chef d’état-major de l’armée. La veille de cette rencontre, le 20 juin, les responsables des armées de deux pays avaient signé un accord pour poursuivre leur opération militaire conjointe contre les rebelles ADF.
Heshima Magazine
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RDC : comment le gouvernement compte utiliser les fonds de 1,25 milliard USD d’eurobonds ?
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5 jours agoon
avril 14, 2026By
La redaction
La République démocratique du Congo a mobilisé 1,25 milliard de dollars sur les marchés financiers internationaux à travers une émission d’eurobonds le 9 avril 2026. Lors d’une conférence de presse tenue le 13 avril à Kinshasa, le ministre des Finances, Doudou Fwamba, a présenté les projets prioritaires à financer, dans un contexte de besoins urgents pour soutenir le développement économique et social du pays.
L’émission d’eurobonds réalisée par la République démocratique du Congo s’inscrit dans une stratégie de diversification des sources de financement. Selon le ministère des Finances, cette levée de fonds vise principalement à financer des projets d’infrastructures, notamment dans les transports et l’énergie, considérés comme des leviers essentiels de croissance. Près de la moitié des projets prévus dans ce financement concernent la ville de Kinshasa, capitale du pays, confrontée à une démographie galopante sans moyens de transport et autres infrastructures de base. Une partie de fonds levés vise à construire un nouveau terminal de 49 000 m² à l’aéroport de N’djili, capable d’accueillir 5 millions de passagers par an.
Quelque 300 kilomètres de routes sont également prévus, ainsi qu’une rocade de 31 kilomètres avec échangeurs et ponts. Les autres investissements visent le développement d’un réseau de lignes de transmission électrique de 330 KV permettant une connexion entre la Zambie et la « ceinture de cuivre » de la RDC, une centrale hydroélectrique de 64 mégawatts et des réseaux de distribution dans la province du Kasaï-Central.
Dans d’autres villes du pays, ces fonds vont également financer la création de centres de formation professionnelle précisément dans quatre villes. Il y a aussi la modernisation de la route entre la ville de Kisangani, chef-lieu de la province de la Tshopo, et Beni, dans la province du Nord-Kivu, longue de 750 kilomètres.
Des craintes sur la transparence de fonds persistent…
Si le gouvernement met en avant des investissements structurants, experts et institutions appellent à la transparence dans la gestion de ces fonds mais aussi à la prudence face aux risques de surendettement. D’après des analyses de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international, la RDC fait face à un déficit important en infrastructures, ce qui freine son développement économique. Les investissements dans les routes, les barrages et les réseaux électriques pourraient ainsi améliorer la connectivité et soutenir l’industrialisation, en particulier dans les zones minières. Mais la gestion de ces réalisations pose de doute quant à la transparence. « Nous voulons un témoin, le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), pour assurer le suivi de la gestion de ces ressources. Nous allons, pour la transparence, informer la population sur l’affectation du 1,25 milliard mobilisé. D’ici un an, nous inviterons les investisseurs à constater concrètement les réalisations. », a répondu Doudou Fwamba face aux craintes sur la transparence dans la gestion de ces fonds. Ces craintes sont exprimées suite à des précédents en Afrique subsaharienne qui montrent que l’absence de suivi rigoureux peut limiter l’impact réel de tels financements sur les conditions de vie des populations. La Banque africaine de développement (BAD) souligne, dans certains de ses rapports, que l’efficacité de la dépense publique reste un enjeu clé pour maximiser les retombées économiques.
Eurobonds, la RDC très crédible sur le marché ?
Le pays a accompli un pas de plus en accédant aux marchés internationaux des capitaux. C’est un moyen pour la RDC de diversifier ses sources de financements. Plusieurs facteurs ont joué pour la réussite de cette opération. Coordonnée notamment par la Rawbank au niveau de la région, cette opération d’eurobonds est la conséquence d’une discipline budgétaire observée ces derniers temps au pays.
Le faible niveau d’endettement public de la RDC a aussi pesé en faveur de Kinshasa dans les calculs des investisseurs. Kinshasa n’avait soumis que des demandes pour 1,25 milliard de dollars, mais a reçu des soumissions frôlant les 5 milliards de dollars. Le ministre des Finances justifie le refus du fonds supplémentaire par le fait que le gouvernement n’avait en main que des projets avec étude de faisabilité coutant le 1,25 milliard de dollars sollicité. « Nous ne pouvions pas accepter toutes ces soumissions. Nous n’avions que des projets avec des études de faisabilité pour le montant sollicité », a fait savoir le ministre des Finances qui s’est réjoui non pas du milliard reçu mais de la « crédibilité certifiée » que le pays a gagné dans ce processus. Doudou Fwamba célèbre donc la « reconnaissance des efforts » du président Félix Tshisekedi et l’entrée « très réussie » de la RDC dans la finance internationale.
Pour réussir cette opération, la Rawbank, première banque de la RDC, a agi aux côtés des leaders mondiaux tels que Citigroup et Standard Chartered Bank comme arrangeurs et coordinateurs des souscriptions au niveau global. « Nous sommes fiers d’avoir accompagné cette opération, qui ouvre la voie à de nouveaux financements internationaux, y compris pour les émetteurs non souverains », a déclaré Mustafa Rawji, directeur général de la Rawbank. Avec cet emprunt, le taux d’endettement du pays passe de 18,1 % à 19,5 % du PIB, un niveau toujours inférieur à celui de pays comme la Namibie, l’Angola ou le Kenya. Kinshasa prévoit de constituer des provisions annuelles pour son remboursement.
Si les 1,25 milliard de dollars d’eurobonds offrent à la République démocratique du Congo une opportunité d’accélérer son développement, leur réussite dépendra de la capacité du gouvernement à conjuguer discipline budgétaire, transparence et efficacité dans l’exécution des projets, sous le regard attentif des partenaires comme le Fonds monétaire international et la Banque mondiale.
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Kinshasa : que sait-on du projet de viaduc pour désengorger les axes Nguma-Mondjiba-Socimat ?
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7 jours agoon
avril 13, 2026By
La redaction
Face à la congestion chronique qui paralyse l’accès au centre-ville de Kinshasa, le gouvernement congolais a annoncé via le conseil des ministres tenu le 10 avril 2026 un projet de viaduc de 3,5 km dans la baie de Ngaliema. Objectif : fluidifier la circulation sur les axes importants reliant notamment les avenues Nguma, Mondjiba à la Gombe en passant par la rive gauche du fleuve Congo. Plusieurs zones d’ombre entourent encore ce projet, notamment son financement et son tracé à la hauteur de la très convoitée Baie de Ngaliema.
Présenté lors du Conseil des ministres du 10 avril 2026, le projet de viaduc dans la baie de Ngaliema s’inscrit dans une stratégie plus large de lutte contre les embouteillages à Kinshasa. Selon les autorités, cette infrastructure vise en priorité les axes les plus saturés de l’ouest de la capitale, notamment la route de Matadi, la rocade nord-ouest et le corridor Kintambo–boulevard Mondjiba–Socimat, régulièrement paralysés aux heures de pointe.
Long d’environ 3,5 kilomètres, le futur viaduc sera constitué de deux fois deux voies. Il doit relier directement les rocades nord-ouest et nord-est, en contournant les points noirs de circulation comme Kintambo-Magasin. Le tracé annoncé partirait de l’avenue du Tourisme, à hauteur de l’Hôpital de la Rive, longerait la baie de Ngaliema via le site de Chanic, pour déboucher sur le boulevard Tshatshi, à proximité de l’Hôtel Pullman, dans la commune de la Gombe.
Conçu comme une voie rapide urbaine, l’ouvrage permettrait une vitesse de circulation estimée entre 60 et 80 km/h, avec des échangeurs et rampes d’accès contrôlées. Il offrirait ainsi une alternative directe aux axes Nguma et Mondjiba, aujourd’hui saturés par l’augmentation du parc automobile et l’urbanisation rapide de la capitale. Pour le gouvernement, ce projet constitue une réponse structurelle à un problème devenu chronique : chaque jour, des milliers d’usagers passent plusieurs heures dans les embouteillages pour rejoindre la Gombe, principal centre administratif et économique. Le viaduc s’inscrit également dans un programme plus large de réaménagement de la baie de Ngaliema et de modernisation des infrastructures routières de Kinshasa.
Baie de Ngaliema, un site aux projets controversés
La rive gauche du fleuve, dans la zone communément appelée « Baie de Ngaliema », est toujours convoitée par plusieurs projets immobiliers controversés. Réputée site non aedificandi depuis l’époque coloniale, la Baie de Ngaliema est occupée actuellement par des constructions dites anarchiques. Si le gouvernement a réussi à démolir d’autres constructions anarchiques ailleurs notamment à Magasin-Kintambo, la Baie de Ngaliema continue cependant d’être spoliée par des « puissants » au point de faire capituler le gouvernement. En juin 2025, en marge de la Journée mondiale de l’environnement, célébrée chaque 5 juin, la ministre de l’Environnement et développement durable, Eve Bazaiba, avait officiellement annoncé la « sanctuarisation » de la Baie de Ngaliema. Les travaux visant à transformer cet espace en parc récréatif écotouristique ont été lancés par la même occasion, faisant de cette zone « une aire protégée ». En tant que telle, ce site bénéficie des protections prévues par la loi sur la conservation de la nature, au même titre que toutes les autres aires protégées du pays. Eve Bazaiba avait également mis en garde les fonctionnaires qui délivrent des titres fonciers sur des espaces « non aedificandi », conseillant aux acquéreurs de parcelles d’agir avec prudence. « Vos propres besoins ne vous permettent pas de construire n’importe où. Lorsqu’il y a des catastrophes, ces mêmes personnes appellent l’Etat à l’aide alors que c’est elles-mêmes qui prennent des risques démesurés. Que les conservateurs des titres fonciers sachent qu’aujourd’hui il y a pénalisation des actes. Celui qui donne des titres fonciers aux paisibles citoyens là où il ne faut pas se retrouvera en prison. », avait-elle menacé. Si hier, ils étaient couverts, ce n’est pas le cas aujourd’hui. La loi a déjà été promulguée, avait-elle ajouté. Dans la foulée de cette mesure, l’aménagement et la gestion de cet espace ont été confiés à la société Utexafrica, suivant un partenariat public-privé signé en 2017. Jean-Philippe Waterschoot, directeur général de cette société, avait expliqué que ce projet vise à protéger la rivière Makelele et le fleuve Congo tout en offrant aux Kinois un espace récréatif accessible gratuitement.
Mais malgré ce projet, d’autres constructions anarchiques ont continué. Le 14 février 2026, le vice-Premier ministre en charge de l’Intérieur, Jacquemain Shabani, avait effectué une visite d’évaluation sur ce site stratégique, annonçant de facto le début d’un processus qui devrait conduire à la démolition des bâtisses érigées en violation des normes urbanistiques.
Un projet de « petit » Dubaï en attente…
Depuis 2017, les projets foisonnent à la Baie de Ngaliema. Un projet immobilier et d’urbanisation à usage mixte avait été conçu sur une superficie totale de 187 ha. Le projet Corniche est divisé en quatre zones. Il visait à créer une sorte de « petit Dubaï » sur ce site. La zone I qui part de la résidence actuelle de l’ambassadeur de France jusqu’à la clôture du Palais de la Nation. Elle s’étend sur une superficie de 24,56 ha, dont 9,02 ha sur la terre ferme et 15,54 ha à gagner sur le fleuve. Il était prévu d’ériger un restaurant, des commerces, des logements collectifs et des maisons individuelles. La Zone II s’étend du Palais de la Nation à l’embouchure de la rivière Gombe sur une superficie de 33,07 ha, dont 11,80 ha sur la terre ferme et 21,07 à gagner sur le fleuve. Dans cette zone, il était prévu la construction d’un restaurant, des commerces, un hôtel et des logements collectifs. La zone III, la plus importante de toutes, va de la rivière Gombe au chantier naval de Chanimétal au niveau de la baie de Ngaliema sur une superficie de 77,79 ha, dont 67,86 ha sur la terre ferme et 9,93 ha à gagner sur le fleuve. Elle devrait comprendre des bureaux, un restaurant, des commerces, un hôtel, un River Club, des logements collectifs, des maisons individuelles, un parc thématique (45 000 m2) et un théâtre. Et, enfin, la zone IV qui s’étend du chantier naval de Chanimétal jusqu’au collecteur situé au Mont Ngaliema, soit une superficie de 52,23 ha, dont 24,71 ha sur la terre ferme et 27,52 ha à gagner sur le fleuve. Elle devrait abriter des bureaux, un restaurant, des commerces, un hôtel, des logements collectifs, culturel et éducationnel et un centre culturel. Ce projet avait été repris en 2022 par l’administration Tshisekedi. Le ministre des Affaires foncières de l’époque, Aimé Molendo Sakombi, avait tenté de le faire avancer en prenant langue à Dubaï avec la firme Emaar Properties. Mais jusqu’à ce jour, le site fait toujours l’objet des controverses. D’autres constructions anarchiques sortent encore de terre.
Le viaduc va-t-il voir le jour ?
Présenté comme une solution ambitieuse, le viaduc va-t-il voir le jour dans cet imbroglio autour de la Baie de Ngaliema ? Ce projet, au-delà des controverses liées au site, devra encore franchir l’épreuve du financement et de la mise en œuvre pour convaincre. Dans une ville où les projets d’infrastructures peinent souvent à se concrétiser, les Kinois attendent désormais des actes pour espérer voir, enfin, leurs trajets quotidiens se raccourcir. La ville-province de Kinshasa reste surtout confrontée à des embouteillages monstres, paralysant la circulation routière et compliquant considérablement les déplacements ainsi que le vécu quotidien des Kinois et Kinoises. Lors des précédentes réunions du Conseil des ministres, le chef de l’État, Félix Tshisekedi, avait, à plusieurs reprises, demandé au gouvernement de trouver une solution durable aux embouteillages sur les principaux axes routiers de la ville. Si ce viaduc est réalisé, il sera considéré comme l’une des solutions structurelles attendues par la population kinoise pour faire face aux embouteillages chroniques dans cette partie de la capitale.
Heshima Magazine
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