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Conflit RDC-Rwanda : Doha et Washington étalent l’impuissance de l’Union africaine
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La redaction
Face à l’instabilité persistante en Afrique, notamment en République démocratique du Congo (RDC), au Soudan et dans le Sahel, l’Union africaine a largement montré ses faiblesses et son inefficacité à résoudre ces différentes crises sécuritaires. Pour le cas du conflit dans l’Est de la RDC, cette organisation n’a pas pris de mesures directes contre le Rwanda malgré les multiples preuves de la présence de l’armée rwandaise sur le sol congolais. L’Union africaine a abordé la question de manière diplomatique, sans prononcer une condamnation formelle du Rwanda, et a souvent évoqué la nécessité de dialogue. Il a fallu attendre l’implication des États-Unis et du Qatar pour voir les premiers signes d’une désescalade. Heshima Magazine analyse les raisons de l’impuissance de cette organisation panafricaine.
Après la signature de la déclaration de principes entre la RDC et le Rwanda le 25 avril 2025, une nouvelle étape devrait intervenir, ce vendredi 2 mai 2025 à Washington, aux États-Unis. L’administration Trump a quitté le pouvoir en janvier 2021, et il est donc impossible qu’elle soit impliquée dans des négociations de paix en mai 2025. Il faudrait mettre à jour cette information en précisant que l’administration Biden pourrait être impliquée dans le processus de paix ou bien reformuler pour refléter une implication d’acteurs d’après 2021.
Si cette échéance du 2 mai est respectée, les deux parties vont faire des amendements à distance sur ce projet d’accord jusqu’au 19 mai. Il est improbable que des amendements sur un accord de paix majeur se fassent exclusivement à distance. Les négociations directes sont généralement nécessaires pour ce type de processus. Une fois le document final prêt, le président congolais Félix Tshisekedi et son homologue rwandais, Paul Kagame, vont se rendre aux États-Unis, en juin prochain, pour la signature officielle de l’accord de paix.
Une fois signé, cet accord de paix pourrait marquer un tournant décisif dans ce conflit entre la RDC et le Rwanda, tournant ainsi une page sombre d’environ trente ans d’instabilité dans l’Est de la RDC. Parallèlement, à Doha, capitale du Qatar, les discussions se poursuivent entre le gouvernement congolais et les rebelles du Mouvement du 23 mars (M23) allié de l’Alliance Fleuve Congo (AFC).
Bien que l’UA n’ait pas été impliquée dans ces négociations précises, elle est toujours consultée dans des processus de médiation en Afrique. Il est donc inexact de dire que l’UA est totalement exclue. Ces démarches de paix sont menées loin des frontières de l’Union africaine, un organe panafricain censé résoudre les questions qui touchent les Etats membres. S’il y a un défi majeur qui reste l’épine dorsale de l’Union africaine, c’est bien les conflits et crises sécuritaires qui plombent le continent et sur lesquelles l’organisation montre toujours très peu d’autorité. De la RDC au Sahel en passant par la Libye et le Soudan, l’UA n’arrive pas à imposer l’image d’un organe de règlement des différends entre les Etats ou au sein des Etats. Cette incapacité de l’Union africaine à résoudre les crises politiques et sécuritaires du continent trouve ses racines dans plusieurs facteurs.
De l’OUA à l’UA, les tares persistent…
Le 25 mai 1963, trente-deux chefs d’État africains se réunissent à Addis-Abeba, en Éthiopie, pour créer l’Organisation de l’unité africaine (OUA). Le ton a été donné par un panafricaniste de renom : le ghanéen Kwame Nkrumah aux côtés de l’empereur éthiopien Haïlé Sélassié Ier. Dans ce format, l’OUA avait pour mission de faciliter l’union et la solidarité entre les pays africains pour parachever le combat de la décolonisation et se libérer du racisme de l’apartheid qui sévissait encore en Afrique du sud (de 1959 à 1991) et en Namibie (de 1959 à 1979). L’OUA ne réussira pas à atteindre cette mission, minée par des clivages liés notamment à la guerre froide. Les puissances coloniales ont tout fait pour créer ces clivages afin d’empêcher toute action coordonnée par cette organisation continentale.
À cette époque, les Etats africains suivaient les positions des blocs des pays colonisateurs. Par exemple, la RDC – alors Zaïre – s’était alignée derrière le Bloc de l’Ouest composé en majorité des États-Unis et des pays de l’Europe occidentale alors que d’autres États africains soutenaient le Bloc de l’Est tenu par l’Union des républiques socialistes soviétiques (URSS) et ses États satellites. Dans cette configuration de clivage, l’OUA n’avait pas réussi à empêcher les conflits ni à révoquer les régimes dictatoriaux. En 1999, l’organisation n’a pas connu un autre “Kwame Nkrumah”. Ce passage est ambigu. Mouammar Kadhafi a proposé une réforme, mais le lien avec Nkrumah reste discutable. Il serait préférable de reformuler pour indiquer que Kadhafi a inspiré la réforme, sans faire un parallèle direct avec Nkrumah.
C’est le guide libyen Mouammar Kadhafi qui va inciter ses pairs africains à créer une nouvelle organisation adaptée à la nouvelle réalité africaine des années 90. Au total, 53 chefs d’État de l’OUA vont signer la « Déclaration de Syrte », en Lybie, lançant ainsi le projet de l’Union africaine. Contrairement aux missions dévolues à l’OUA, la nouvelle structure se fixe comme objectifs de renforcer l’union politique et le développement socio-économique du continent, de promouvoir la démocratie et les droits humains, et de favoriser l’intégration de l’Afrique sur la scène internationale. Près de 40 ans après la fondation de l’OUA, l’Union africaine est officiellement lancée en 2002 à Addis-Abeba, en Éthiopie, et non à Durban, en Afrique du Sud. Depuis 2017, elle réunit l’ensemble des 55 pays africains non sans difficultés.
Absence de volonté politique commune entre Etats
Les États membres de l’UA ont souvent des intérêts divergents. Dans le cas de la RDC et du Rwanda, certains pays membres peuvent avoir des affinités politiques, économiques ou militaires avec l’une ou l’autre partie, ce qui bloque souvent le consensus nécessaire pour une position commune ou une action forte. Conséquence : l’UA n’a jamais condamné le Rwanda pour son agression contre la RDC. Souvent, cette organisation tente de privilégier la diplomatie de prévention et de médiation, au détriment d’une prise de position ferme. Dans le conflit entre la RDC et le Rwanda, cette posture de neutralité limite sa capacité à désigner clairement un agresseur ou à imposer des sanctions. D’ailleurs, dans la palette de sanctions, l’UA n’a pas grand-chose à brandir contre un État, faute d’une intégration économique et politique entre les pays membres. L’Union africaine n’arrive même pas à imposer des sanctions politiques. Son président de la Commission, Moussa Faki Mahamat cité par l’Institut d’études de sécurité (ISS), avait avoué que l’Union africaine ne répond pas aux attentes, en partie du fait du comportement des États membres.
Selon lui, l’exercice excessif de leur souveraineté entrave le transfert de pouvoirs à la Commission de l’UA. La force de l’UA, en tant que groupement des pays africains, repose sur le pouvoir que les États membres lui confèrent pour mettre en œuvre leurs décisions. Un pouvoir que l’organisation n’a jamais eu de la part des États. Aucun pays africain n’a voulu concrètement céder une partie de sa souveraineté à l’Union africaine comme l’ont fait les 27 pays de l’Union européenne. Certains États africains ont inscrit dans leur constitution qu’ils étaient prêts à céder une partie de leur souveraineté au profit de l’unité africaine, mais aucun État ne l’a fait concrètement. Ces assertions sont restées théoriques dans leurs lois fondamentales. Au cours des années 2021, 2022 et 2023, environ 93 % des décisions de l’Union africaine n’ont pas été mises en œuvre, révèle une source interne. Ce qui démontre qu’au cours de ces années, l’institution n’a existé que de nom. Bien avant ces années, en 2019, après la publication provisoire des résultats de l’élection remportée par Félix Tshisekedi, l’Union africaine avait exigé de sursoir la publication des résultats définitifs par la Cour constitutionnelle. Une délégation de cette organisation conduite par le président rwandais, Paul Kagame, devrait se rendre à Kinshasa pour évoquer un dialogue entre les parties au processus électoral. Mais personne n’a pris en considération ce voyage de Kagame en RDC. La Cour constitutionnelle avait confirmé les résultats définitifs de cette élection présidentielle, rendant inutile l’initiative de l’UA.
Influence des puissances régionales
L’UA a des organisations régionales avec qui elle collabore. Souvent la question des conflits entre États est d’abord traitée dans ces organisations, avant de remonter vers Addis-Abeba. Même dans ce cas de figure, la puissance économique ou militaire de chaque État peut dicter la ligne à suivre sans se référer à l’Union africaine. Des pays influents comme l’Afrique du Sud, le Nigeria, ou encore l’Égypte peuvent exercer une influence importante sur les décisions de cette organisation panafricaine. Leur propre agenda géopolitique peut entraver une réponse unifiée ou décisive à des crises comme celle de la RDC. C’est le cas de la CEDEO (Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest) avec la crise de certains pays du Sahel. C’est aussi le cas de l’influence d’Afrique du Sud au sein de la SADC ou du Rwanda dans l’EAC. Une autre influence, celle des chefs d’États. Les positions des chefs d’États sont les plus dominantes au détriment de celles de la Commission de l’Union africaine. Cette hégémonie des dirigeants étatiques au sein de l’organigramme de l’union plombe les performances de l’organisation. C’est d’ailleurs très critiqué par une certaine opinion africaine. « On dit par exemple que [l’UA] est un ‘‘syndicat de chefs d’États’’ qui protège les uns et les autres, » a rappelé le journaliste Seidik Abba.
L’autre talon d’Achille de l’Union africaine, c’est son manque de moyens financiers et militaires. L’organisation dépend fortement du financement extérieur (notamment de l’Union européenne, de la Chine ou d’autres organisations internationales). Cela limite son autonomie et sa capacité à intervenir rapidement ou efficacement dans des crises régionales. Même son siège d’Addis-Abeba a été construit par des fonds extérieurs à l’Afrique. Ce qui crée une forme de dépendance de cette organisation vis-à-vis de ses bailleurs de fonds comme l’Union européenne ou la Chine.
Associer l’UA dans les pourparlers de Doha et Washington
Malgré son impuissance, plusieurs acteurs autour de la crise rwando-congolaise appellent à associer l’Union africaine dans la résolution de la crise à travers le schéma de Washington et de Doha. Johan Borgstam, représentant spécial de l’Union européenne a insisté sur la mise en œuvre concrète des engagements et de ce que sera le contenu du projet d’accord attendu à Washington entre Kinshasa et Kigali. Pour lui, il est nécessaire que toutes les initiatives actuelles assurent et renforcent le processus régional de l’EAC et de la SADC dans le cadre de l’Union africaine. « Nous nous encourageons vraiment la conclusion d’un accord de paix qui soit coordonné avec les efforts en cours dans la région, dans l’esprit de ce qu’on appelle des solutions africaines pour des problèmes africains », a déclaré Johan Borgstam.
Heshima
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Culture : De Wendo Kolosoy à Fally Ipupa, l’histoire de l’Ordre national du Léopard
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4 heures agoon
juin 11, 2026By
La redaction
Depuis l’époque du Zaïre, les distinctions honorifiques constituent l’un des plus hauts symboles de reconnaissance de l’État congolais envers ses citoyens les plus méritants. Parmi elles, l’Ordre national du Léopard occupe une place particulière dans l’histoire institutionnelle du pays. Longtemps réservé aux personnalités ayant rendu des services exceptionnels à la Nation, cet ordre connaît aujourd’hui un regain d’intérêt avec la récente décoration du chanteur Fally Ipupa. Retour sur l’histoire de cette distinction, ses implications civiques et les figures de la musique congolaise qui ont été honorées par l’État.
L’histoire récente de l’Ordre national du Léopard s’est enrichie d’un nouveau chapitre avec la décoration de Fally Ipupa. Par ordonnance présidentielle annoncée le 3 juin 2026, l’artiste a été élevé au grade de Chevalier de l’Ordre national du Léopard et a également reçu la Médaille d’or du Mérite des Arts, Sciences et Lettres. Cette distinction intervient après les deux concerts historiques donnés par l’artiste au Stade de France, les 2 et 3 mai 2026, un exploit salué par les autorités congolaises comme une contribution majeure au rayonnement international de la culture congolaise.
Lors de la cérémonie officielle organisée à la Cité de l’Union africaine à Kinshasa, le 6 juin 2026, le président Félix Tshisekedi a souligné que cette reconnaissance ne récompensait pas seulement un artiste, mais également « un parcours, une discipline, une constance et une capacité à faire voyager l’âme congolaise au-delà des frontières ». En devenant Chevalier de l’Ordre national du Léopard, Fally Ipupa rejoint ainsi le cercle des personnalités distinguées pour leur contribution exceptionnelle au prestige de la République.
Les origines de la politique des distinctions honorifiques
La politique des distinctions honorifiques en République démocratique du Congo trouve ses fondements dans les premières années de l’indépendance. Sous le régime du président Mobutu Sese Seko, plusieurs ordres nationaux sont institués afin de récompenser les citoyens ayant contribué à la grandeur du pays.
Créé par l’ordonnance-loi n° 66-330 du 24 mai 1966, l’Ordre national du Léopard devient rapidement la plus prestigieuse distinction honorifique du Zaïre. L’ordre comprend alors cinq grades : Chevalier, Officier, Commandeur, Grand Officier et Grand Cordon. Le président de la République en est le Grand Chancelier.
Le léopard, symbole de puissance et d’autorité, mais aussi animal emblématique du pays, est choisi pour incarner l’excellence, le patriotisme et le service rendu à la Nation. Au fil des décennies, cette distinction est attribuée à des personnalités politiques, diplomatiques, militaires, scientifiques, sportives et culturelles ayant marqué l’histoire nationale.
De l’Ordre du Léopard à l’Ordre des Héros nationaux
Après la chute du régime de Mobutu en 1997, l’Ordre national du Léopard cesse progressivement d’être attribué. Le président Laurent-Désiré Kabila n’y accorde que peu d’attention. En 2002, sous la présidence de Joseph Kabila, est institué l’Ordre national des Héros nationaux Kabila-Lumumba par la loi n° 009/2002 du 5 août 2002. Cette nouvelle distinction devient la principale référence honorifique de la République, mettant à l’honneur les figures fondatrices de la nation congolaise. Durant cette période, plusieurs artistes, écrivains et opérateurs culturels seront décorés pour leur contribution à la promotion du patrimoine culturel national.
Les grandes décorations du monde culturel
L’une des plus importantes campagnes de distinction du secteur culturel intervient en décembre 2015. À cette occasion, 90 artistes, écrivains et opérateurs culturels sont honorés par l’État congolais. La cérémonie, présidée par Aubin Minaku, alors président de l’Assemblée nationale, récompense des personnalités issues de différents domaines : musique, littérature, théâtre, photographie, critique culturelle et arts plastiques. Parmi les bénéficiaires figurent notamment Simaro Lutumba, Papa Wemba, Werrason, Reddy Amisi, Tshala Muana, Bozi Boziana, JB Mpiana, Jean Goubald Kalala, Jossart Nyoka Longo, Didier Mumengi, Yoka Lye Mudaba, Nseka N’Sele dit Nseman-o-Lutu ou encore Tantu Meyi.
Des chroniqueurs de renom tels que Zacharie Bababaswe, Manda Tchebwa et Bolemba wa Bolemba figurent également parmi les récipiendaires. Cette cérémonie demeure l’une des plus importantes opérations de reconnaissance des acteurs culturels jamais organisées en RDC.
Le retour de l’Ordre national du Léopard
Avec l’adoption de la Constitution de 2006, plusieurs symboles historiques de l’État congolais font progressivement leur retour. Ainsi, les équipes nationales retrouvent en 2007 l’appellation de « Léopards », abandonnant celle de « Simba » adoptée à la fin des années 1990. Toutefois, l’Ordre national des Héros nationaux Kabila-Lumumba demeure la principale distinction officielle pendant les présidences de Joseph Kabila.
En décembre 2025, le Parlement adopte une réforme réhabilitant l’Ordre national du Léopard. Cette décision marque un retour à l’une des plus anciennes traditions honorifiques de la République. Quelques mois plus tard, Fally Ipupa figure parmi les premiers bénéficiaires de cette renaissance dans le secteur culturel.
Les avantages des mérites civiques
Au-delà de leur caractère protocolaire, les distinctions nationales poursuivent plusieurs objectifs. Elles permettent de reconnaître officiellement les citoyens dont les réalisations contribuent au développement ou au rayonnement du pays. Pour les récipiendaires, ces décorations représentent une consécration morale et symbolique. Elles témoignent de la confiance de la République et renforcent la légitimité de leur action auprès de l’opinion publique. Les mérites civiques participent également à la promotion des valeurs de citoyenneté, de patriotisme, d’excellence et d’engagement. En distinguant des parcours exemplaires, l’État encourage la jeunesse à s’investir davantage dans la construction nationale.
Une reconnaissance qui implique des responsabilités
Toutefois, l’honneur accordé par la République s’accompagne d’obligations morales. Les personnalités décorées deviennent des références publiques dont les actes et les prises de position sont observés avec attention. Elles sont appelées à préserver une conduite conforme aux valeurs républicaines, à promouvoir l’image du pays et à poursuivre leur contribution au développement national.
Dans son allocution, Fally Ipupa a lui-même reconnu cette responsabilité : « Aujourd’hui, je reçois cette distinction avec humilité. Je la reçois avec reconnaissance. Je la reçois surtout comme une responsabilité supplémentaire : celle de continuer à servir la culture congolaise, à promouvoir l’excellence et à contribuer au rayonnement de notre beau pays. » Cette dimension de responsabilité explique pourquoi les textes officiels évoquent systématiquement les « services éminemment rendus à la Nation » comme fondement de l’attribution des distinctions honorifiques.
Wendo Kolosoy, une reconnaissance tardive mais historique
Considéré comme l’un des pères de la rumba congolaise moderne, Wendo Kolosoy reçoit en 2004 les insignes de Grand officier de l’Ordre national des Héros nationaux Kabila-Lumumba. Cette distinction lui est décernée sous la présidence de Joseph Kabila en reconnaissance de son immense contribution à la musique et à la culture congolaises. Déjà octogénaire au moment de cette décoration, l’artiste voit enfin l’État reconnaître officiellement son rôle fondateur dans l’histoire de la musique congolaise moderne. Auteur du mythique « Marie-Louise » en 1948, Wendo Kolosoy a influencé plusieurs générations de musiciens, de Franco Luambo à Papa Wemba, jusqu’aux artistes contemporains. Décédé le 28 juillet 2008 à Kinshasa, il demeure l’une des figures les plus emblématiques du patrimoine culturel national.
Contrairement à Wendo Kolosoy, décoré en 2004 par l’État congolais, aucune source officielle consultée ne permet d’affirmer avec certitude que Joseph Kabasele alias Grand Kallé, pourtant considéré comme le père de la musique congolaise moderne, ait bénéficié d’une décoration nationale de son vivant. Cette absence de reconnaissance officielle est souvent citée parmi les paradoxes de l’histoire culturelle congolaise, au regard de l’immense contribution de l’auteur d’“Indépendance Cha-Cha” au rayonnement du Congo.
Une distinction réservée à des personnalités d’exception
Le prestige de cette distinction se mesure également à travers les personnalités qui l’ont reçue au cours de l’histoire. Parmi elles figurent notamment Jean Bolikango, l’ancien président égyptien Hosni Moubarak ou encore le légendaire footballeur Ndaye Mulamba. En octobre 1969, le président Mobutu décerne également l’Ordre national du Léopard aux astronautes de la mission Apollo 11 : Neil Armstrong, Michael Collins et Buzz Aldrin, premiers hommes à avoir accompli la conquête lunaire. C’est dans cette prestigieuse tradition que s’inscrit désormais Fally Ipupa N’simba, nouvelle figure culturelle honorée par la République démocratique du Congo.
À travers l’Ordre national du Léopard et les autres distinctions honorifiques, la République démocratique du Congo perpétue une tradition de reconnaissance des citoyens qui participent à son prestige et à son développement. Plus qu’un simple insigne, le mérite civique demeure un pacte moral entre la Nation et ceux qu’elle choisit d’honorer. Dans un pays où la culture constitue l’un des principaux instruments de rayonnement international, la décoration d’artistes tels que Fally Ipupa rappelle que la musique, au même titre que la science, le sport ou le service public, peut devenir un véritable acte de citoyenneté et de promotion nationale.
Heshima Magazine
Nation
Changement de constitution : l’Église protestante se démarque des catholiques en prônant un cadre national et apaisé
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2 jours agoon
juin 9, 2026By
La redaction
Alors que le débat sur une éventuelle réforme de la Constitution continue de diviser la classe politique et l’opinion publique en République démocratique du Congo (RDC), l’Église du Christ au Congo (ECC) a adopté une position qui se distingue sensiblement de celle de l’Église catholique. Réunie à Kinshasa dans le cadre de sa 66ᵉ session extraordinaire, l’Église protestante appelle à l’ouverture d’un cadre national inclusif et apaisé pour examiner toute initiative de réforme constitutionnelle. Une position qui ne fait pas l’unanimité, notamment au sein de l’opposition politique.
Dans une déclaration rendue publique le dimanche 7 juin, l’ECC estime qu’une éventuelle réforme de la loi fondamentale doit impérativement respecter les dispositions constitutionnelles en vigueur et s’inscrire dans une démarche consensuelle. L’institution protestante souligne notamment la nécessité d’un « cadre national inclusif et apaisé », conformément aux articles 5, 218, 219 et 220 de la Constitution congolaise.
L’organisation dirigée par le révérend André-Gédéon Bokundoa Bo-Likabe invite les acteurs politiques à privilégier le dialogue démocratique et la recherche du consensus. Selon l’ECC, les tensions qui entourent actuellement la question constitutionnelle exigent davantage de concertation que de confrontation. Elle appelle ainsi les différentes parties prenantes à « construire des ponts » à travers un dialogue national susceptible de déboucher sur des solutions durables pour le pays.
L’ECC s’écarte-t-elle de la CENCO ?
Habituée à agir de concert avec l’Église catholique sur les grandes questions politiques nationales, l’Église protestante a, sur ce dossier, adopté une position distincte de celle de la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO).
Cette posture contraste avec celle exprimée depuis plusieurs mois par les évêques catholiques, qui ont multiplié les mises en garde contre l’opportunité d’ouvrir un chantier constitutionnel dans le contexte actuel, marqué par les défis sécuritaires et politiques. En mars dernier, la CENCO jugeait « hasardeux » le débat sur la révision de la Constitution, estimant que les priorités nationales se situent ailleurs, notamment dans la recherche de la paix et la stabilisation de l’Est du pays.
Seth Kikuni accuse l’ECC de « neutralité complaisante »
Dans une lettre ouverte adressée aux responsables de l’ECC, notamment aux révérends André-Gédéon Bokundoa et Éric Senga, l’opposant Seth Kikuni critique vivement la déclaration issue de la 66ᵉ session extraordinaire de cette institution religieuse concernant le débat sur la réforme constitutionnelle en République démocratique du Congo.
L’ancien candidat à l’élection présidentielle reproche à l’ECC d’avoir considéré comme « pertinentes et constructives » les différentes réflexions sur une éventuelle révision de la Constitution. Selon lui, une telle position revient à placer sur un même pied d’égalité la défense de l’ordre constitutionnel et les initiatives visant à le modifier.
Pour Seth Kikuni, le contexte actuel, marqué par l’insécurité, les déplacements de populations et les difficultés socio-économiques, ne justifie pas l’ouverture d’un débat sur la Constitution. Il soutient que les préoccupations prioritaires des Congolais demeurent la paix, la sécurité, l’éducation, les infrastructures et l’amélioration des conditions de vie.
L’opposant appelle ainsi l’ECC à adopter une position plus ferme en faveur du respect strict des articles 218, 219 et 220 de la Constitution. Il exhorte également l’Église à abandonner ce qu’il qualifie de « neutralité complaisante » et à assumer pleinement son rôle prophétique en s’opposant clairement à toute initiative susceptible de remettre en cause les acquis démocratiques.
Des partisans de l’Union sacrée saluent l’ECC
À l’inverse, certains partisans du pouvoir saluent la position de l’ECC qui tranche, selon eux, avec celle de l’Église catholique. Steve Mbikayi, président du Parti travailliste (PT), pense que cette position de l’ECC est à encourager. Cet homme politique défend depuis quelques mois un remplacement de la Constitution de 2006 taxée de « transitoire ». Dans une tribune publiée sous le numéro 228 de sa série de cartes blanches, Steve Mbikayi défend une thèse qui s’écarte de l’interprétation dominante des juristes : la Constitution de 2006 serait, dans son essence, un texte transitoire et non l’expression définitive de la souveraineté populaire congolaise. Une manière, selon ses détracteurs, de plaider en faveur de son remplacement par une nouvelle loi fondamentale.
L’argument central de Steve Mbikayi repose sur les conditions d’élaboration du texte fondamental. Rédigée par d’anciens belligérants à l’issue d’un processus de paix, la Constitution de 2006 a été promulguée par le président Joseph Kabila, qui ne disposait pas, à l’époque, d’un mandat issu d’élections démocratiques ordinaires. Ses rédacteurs n’avaient pas non plus reçu de mandat direct du peuple. Pour l’auteur, ces conditions rapprochent davantage ce texte des constitutions issues de périodes de transition ou de rupture institutionnelle que d’une constitution élaborée selon les standards classiques de la démocratie représentative.
ECC, une approche plus prudente sur un sujet sensible
Dès 2024, alors que les discussions sur un éventuel changement ou une révision de la Constitution commençaient à prendre de l’ampleur, l’ECC avait déjà adopté une approche plus prudente que celle de l’Église catholique. L’institution protestante plaidait alors pour un « cadre consensuel et apaisé » afin de traiter les questions touchant à l’intérêt supérieur de la Nation, tout en annonçant une réflexion interne destinée à formuler des propositions consensuelles.
Cette différence d’approche ne signifie toutefois pas une rupture entre les deux principales confessions chrétiennes du pays. L’ECC et la CENCO continuent de collaborer sur plusieurs dossiers nationaux, notamment à travers leur initiative commune du « Pacte social pour la paix et le bien-vivre ensemble », lancée au début de l’année 2025 afin de promouvoir le dialogue et la cohésion nationale.
Alors que le débat constitutionnel demeure l’un des sujets les plus sensibles de la scène politique congolaise, la prise de position de l’ECC pourrait contribuer à relancer les appels à une concertation nationale. Reste à savoir si cette voie du dialogue inclusif trouvera un écho auprès des acteurs politiques dans un contexte où les positions demeurent fortement polarisées.
Heshima Magazine
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RDC-Danemark (0-0) : un premier test rassurant, mais des réglages offensifs à trouver avant le Mondial
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6 jours agoon
juin 5, 2026By
La redactionPour son premier match de préparation à la Coupe du monde 2026, la République démocratique du Congo a tenu en échec le Danemark (0-0), mercredi 3 juin à Liège, en Belgique. Face à une sélection européenne réputée pour sa discipline tactique, les Léopards ont affiché de la solidité et de l’organisation, tout en révélant quelques limites dans l’animation offensive. Un deuxième rendez-vous est prévu le 9 juin en Espagne contre le Chili avant leur entrée en lice au Mondial.
Le résultat brut ne raconte pas tout de ce premier match de préparation. Certes, les Léopards n’ont pas trouvé le chemin des filets face au Danemark, mais ce match nul vierge constitue un premier enseignement encourageant dans la préparation de la RDC à sa première Coupe du monde depuis 1974. Face à une équipe danoise classée parmi les nations les plus compétitives d’Europe, les hommes de Sébastien Desabre ont démontré leur capacité à rivaliser dans l’intensité et l’organisation collective. Sur le plan défensif, les Congolais ont livré une prestation sérieuse. Le bloc est resté compact, limitant les espaces et contenant efficacement les offensives danoises. Si les Scandinaves se sont procuré quelques occasions dangereuses, notamment sur des frappes ayant trouvé les montants, la RDC a su faire preuve de solidité pour préserver sa cage inviolée.
L’autre motif de satisfaction réside dans la discipline tactique affichée durant les 90 minutes. Les Léopards n’ont jamais semblé dépassés malgré la qualité technique de leur adversaire. Cette capacité à rester organisés sera précieuse lors du Mondial, où ils devront affronter des sélections du calibre du Portugal et de la Colombie.
Le secteur offensif, seul véritable chantier
En revanche, l’animation offensive demeure un chantier ouvert. Cédric Bakambu s’est procuré l’une des meilleures occasions congolaises, mais l’efficacité dans le dernier geste a fait défaut. Tout au long de la rencontre, les transitions ont parfois manqué de vitesse et de précision, tandis que les derniers choix offensifs n’ont pas toujours été les plus judicieux. Plusieurs observateurs ont relevé un manque de percussion dans les trente derniers mètres, un aspect que le staff technique devra corriger rapidement afin de gagner en efficacité avant le début de la compétition.
Ce premier test avait justement pour objectif d’évaluer le niveau réel des Léopards face à une opposition européenne exigeante. De ce point de vue, la mission est accomplie. La RDC a démontré qu’elle possédait les ressources collectives nécessaires pour tenir tête à un adversaire mieux classé sur l’échiquier mondial, tout en identifiant les secteurs nécessitant encore des ajustements avant le grand rendez-vous américain.
Desabre satisfait et promet une montée en puissance
Après un début de rencontre marqué par une certaine prudence, les Léopards ont progressivement pris confiance et sont parvenus à mieux se projeter vers l’avant. Cette montée en puissance leur a permis de se créer plusieurs opportunités, dont la plus nette est venue de Cédric Bakambu. Bien servi dans la surface, l’attaquant du Betis Séville s’est retrouvé en excellente position, mais a buté sur le gardien danois, auteur d’une intervention décisive.
Pour le sélectionneur Sébastien Desabre, cette prestation reste néanmoins encourageante. Le technicien français estime que son équipe dispose encore d’une marge de progression avant l’échéance du 17 juin à Houston face au Portugal. « C’est un match qui s’est joué sur des détails. Nous aurions pu remporter la rencontre et nous avons également concédé quelques frappes lointaines qui auraient pu nous mettre en difficulté. Dans l’ensemble, il y a des choses à améliorer, bien évidemment. Nous avions choisi cette équipe du Danemark parce qu’elle est très athlétique, très dynamique et composée de joueurs évoluant dans des championnats de haut niveau. Au regard de l’intensité mise par les deux équipes, c’était un match de très bon niveau pour une rencontre amicale », a déclaré Sébastien Desabre en conférence de presse d’après-match.
Face au Chili, un test grandeur nature avant le Portugal
Après plusieurs incertitudes liées à des préoccupations sanitaires autour du virus Ebola, le match amical entre la RDC et le Chili, initialement prévu à Marbella, a finalement été délocalisé à Malaga, toujours en Espagne. Selon plusieurs sources, la rencontre devrait se disputer à huis clos afin de limiter les risques liés à l’affluence du public. Quelques jours auparavant, l’organisation du match avait été compromise par l’intervention des autorités locales espagnoles.
Dans un décret officiel, Juan Franco, maire de La Línea de la Concepción, commune andalouse située à proximité de Gibraltar, avait interdit la tenue de la rencontre dans sa municipalité. « Je viens de signer le décret par lequel n’est pas autorisée la tenue du match prévu le 9 juin prochain au stade municipal entre les sélections de la République démocratique du Congo et du Chili », avait-il déclaré dans un message audio diffusé par sa mairie.
Finalement maintenu dans une autre ville, ce duel face au Chili représentera un test particulièrement intéressant pour les Léopards. Il constituera notamment un point de comparaison indirect avec le Portugal, premier adversaire de la RDC au Mondial. En effet, la sélection chilienne doit affronter le Portugal le 6 juin dans le cadre de sa préparation. Cette confrontation permettra au staff congolais de disposer d’éléments de référence supplémentaires avant l’entrée en lice des Léopards, tout en évaluant leur niveau face à un adversaire qui aura lui-même croisé le fer avec les Portugais quelques jours auparavant.
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