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L’an un de Judith Suminwa : un bilan économique occulté par des revers sécuritaires
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10 mois agoon
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La redaction
En République démocratique du Congo (RDC), un an après l’investiture du gouvernement de la Première ministre Judith Suminwa Tuluku, l’heure du bilan a sonné. Si les chiffres réalisés dans le secteur économique sont encourageants, le domaine de la sécurité particulièrement dans l’Est du pays semble apporter une part d’ombre à ces efforts. Son bilan est donc marqué par des avancées notables dans certains secteurs et des défis persistants dans d’autres. Heshima Magazine fait un focus sur les points marquant cette gouvernance.
Première femme à occuper la fonction de première ministre depuis l’indépendance du pays, Judith Suminwa a totalisé une année à la tête de l’exécutif national. Le 11 juin 2024, lors de la présentation de son ambitieux programme du gouvernement à l’Assemblée nationale, elle avait promis d’agir sur 6 piliers : création d’emplois, sécurisation du pays, pouvoir d’achat, diversification de l’économie, amélioration des services de base ainsi qu’une plus grande efficacité des services publics. Prévues à 92 milliards de dollars en cinq ans, ce programme prévoit aussi de moderniser la Police nationale congolaise (PNC). Une année après, certains paramètres économiques sont encourageants, notamment la stabilité du taux de change, une inflation maîtrisée, les recettes de l’Etat de plus en plus en hausse et un budget national en constante augmentation malgré une loi de finances rectificative due aux réalités de la guerre dans l’Est du pays.
La Première ministre, elle-même, a reconnu depuis Kolwezi où elle séjournait que cette année passée au gouvernement est « marquée malheureusement par la guerre et les urgences humanitaires diverses » dans l’Est et une partie de l’Ouest du pays. Toutefois, elle souligne que pendant cette année, le franc congolais est resté stable, maintenu autour de 2 856 CDF/USD depuis août 2024. La solde des militaires et des policiers a été doublée, le pouvoir d’achat des Congolais est protégé et la RDC retrouve son influence sur la scène diplomatique mondiale. « Les Congolais tiennent debout, unis », a-t-elle ajouté dans un post sur son compte X. Lors du 47e conseil des ministres tenu à Kolwezi, dans la province du Lualaba, elle a vanté son bilan économique, le qualifiant de « positif ».
Un cadre macro-économique stabilisé !
Au sein de l’équipe Suminwa qui comprend 54 membres figure le ministre des Finances, Doudou Fwamba. Dès sa prise de fonction, le nouveau ministre avait déclaré la guerre à la dépréciation du franc congolais face aux devises étrangères. Cette monnaie nationale, en dépit de diverses mesures prises par les autorités, continuait de s’effondrer, entraînant une hausse des prix sur les marchés, notamment des produits de première nécessité. À son arrivée, Doudou Fwamba a promis d’inverser cette tendance par la « maîtrise du cadre macro-économique » ainsi que par la « stabilité du taux de change ». Une année après, le franc congolais est bien resté stable. Avant l’équipe Suminwa, le taux d’inflation en République démocratique du Congo connaissait des fluctuations importantes, mais depuis près d’une année, il semble y avoir une tendance à la baisse. En 2023, l’inflation était de 23,8 %. D’après le gouvernement, elle a été réduite de façon significative à moins de 10 %, avec une prévision à 7,8 % d’ici décembre 2025, grâce à une gestion rigoureuse des politiques monétaires et budgétaires.
Dans le lot des points positifs, Judith Suminwa a cité aussi la fixation du SMIG à 14 500 CDF à partir de mai 2025, avec un réajustement prévu à 21 500 CDF dès janvier 2026 et l’augmentation significative des réserves de change culminant à plus de 6 milliards de dollars.
Réformes des finances publiques
Sous le gouvernement Suminwa, l’administration des finances connaît des réformes. Le ministre des Finances a simplifié le système fiscal, il s’est concentré sur la réduction du train de vie des institutions bien que toujours budgétivores. Doudou Fwamba a aussi réduit les paiements en procédure d’urgence qui sont passés de 22% à 7%, en août 2024. Comme point positif, le gouvernement a également cité l’augmentation des crédits alloués à l’investissement, notamment pour les secteurs industriels, la mise en œuvre du processus de rationalisation de la parafiscalité, la diminution du prix du carburant à la pompe, la poursuite du programme de développement à la base des 145 territoires, la mise en œuvre du programme de gratuité de la maternité et de prise en charge des nouveau-nés dans le cadre de la couverture santé universelle, la consolidation de la gratuité de l’enseignement primaire, la réforme et la modernisation de la fonction publique.
Secteur de l’emploi bouge mais sans incidence majeure
Dans le secteur de l’emploi et entrepreneuriat, le gouvernement a lancé le projet Transforme pour autonomiser les femmes et les jeunes entrepreneurs. Ce projet a un financement de 300 millions USD avec pour objectif : formaliser, renforcer et financer 25 000 entrepreneurs, avec à terme 75 000 emplois directs attendus. À côté de ce projet Transforme, le gouvernement, à travers l’ARSP, a favorisé la signature de 1 385 contrats de sous-traitance pour un montant global de 2,045 milliards de dollars au profit de 786 Petites et moyennes entreprises (PME) congolaises. Cela a généré des milliers d’emplois directs et indirects dans les secteurs productifs.
Dans le secteur industriel, l’équipe de Judith Suminwa a injecté un financement spécifique de plus de 50,9 millions de dollars répartis entre plusieurs projets. Au Sud-Kivu, près de 9 millions de dollars ont été réservés pour relancer la production du sucre. À la Tshopo, la société SOTEXKI a bénéficié de 5,6 millions de dollars pour le textile, avec 410 emplois directs et 55 000 indirects. Toujours dans cette province, NEW CIMAIKO a eu 6,7 millions de dollars pour la production de ciment. Quant à TRIOMF RDC, le gouvernement a alloué 14 millions de dollars pour la production locale d’engrais chimiques. Dans le secteur minier, le gouvernement a soutenu la relance de la production du zinc à Likasi, dans le Haut-Katanga avec 1000 emplois directs.
Mais au niveau de la classe politique, les avis restent contrastés sur ce l’an un du Gouvernement Suminwa. Si l’opposition, à travers la coalition LAMUKA, évoque un échec dans plusieurs secteurs, la société civile, quant à elle, nuance ce bilan. « Il y a des avancées sur le plan macroéconomique et diplomatique, notamment dans la stabilisation du taux de change et la lutte pour la paix. Mais, sur l’emploi et la sécurité, les résultats restent modestes », a déclaré Jonas Tshiombela, coordonnateur de la Nouvelle société civile. Selon lui, l’objectif de 6,4 millions d’emplois d’ici 2028 reste ambitieux, mais le fossé entre les chiffres et l’impact réel se fait sentir.
Financement de la Couverture santé universelle
Depuis 2023, plus de 426 000 femmes ont été prises en charge depuis le début du programme de gratuité de la maternité initié dans le cadre de la Couverture santé universelle (CSU). Le gouvernement Suminwa se vante d’avoir assuré la continuité de ce programme bien qu’après son extension dans 14 provinces du pays, le projet a semblé s’essouffler sur le plan financier. Le gouvernement injecte 200 millions de dollars par an dont 42 millions uniquement pour la ville de Kinshasa, d’après les chiffres avancés par le ministre de la Santé Samuel-Roger Kamba. Le gouvernement a continué aussi de financer la construction de certaines infrastructures sanitaires dans ce secteur.
La sécurité, principal talon d’Achille du gouvernement
Si les indicateurs macro-économiques sont bons, ceux du secteur de la sécurité n’ont pas été fameux. Malgré le début depuis novembre 2021 de l’agression de la RDC par le Rwanda en soutien aux rebelles du Mouvement du 23 mars (M23), ce problème sécuritaire s’est gravement dégradé sous le gouvernement Suminwa. En janvier et février 2025, deux capitales des provinces du Nord et Sud-Kivu sont tombées aux mains de l’armée rwandaise et des rebelles de l’AFC/M23. Les villes de Goma et Bukavu continuent d’être occupées en dépit des budgets colossaux alloués aux services de sécurité ces dernières années.
En août 2022, le gouvernement avait doté les Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) d’une ordonnance-loi portant programmation militaire. Cette loi, une première dans l’histoire de l’armée congolaise, intervient dans le cadre de la réforme de l’armée. Selon le gouvernement, cette loi constitue « un acte d’engagement de toute la Nation » afin de permettre à l’armée de développer ses capacités opérationnelles. Ce qui devrait permettre à la « grande muette » de faire face à l’insécurité et aux menaces émergentes multiformes. Véritable outil légal de planification des dépenses en matière militaire pour prévoir les investissements importants, cette loi devrait
servir à redynamiser l’armée congolaise. Cette loi prévoit d’ailleurs un budget cumulatif de 1,330 milliard de dollars pour une période de cinq ans, soit 266 millions de dollars par an.
En outre, cette loi intègre la formation et l’entraînement des troupes, les opérations de maintien de la paix, l’acquisition de matériels de guerre ainsi que le recrutement de soldats. Mais près de 3 ans après, les résultats se font toujours attendre. Dans l’intervalle, le budget de l’armée est passé de plus de 350 millions de dollars par an à près de 1 milliard de dollars par an, ce qui n’a malheureusement pas permis d’endiguer les multiples conflits dans l’Est.
L’armée peine encore à déloger des groupes armés tels que la Coopérative pour le développement du Congo (CODECO) en Ituri, et la Convention révolutionnaire populaire (CRP), un nouveau groupe armé allié au M23 créé par l’ancien seigneur de guerre Thomas Lubanga.
À l’international, cette année a également été marquée par une sanction prise par la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC) contre le Rwanda, accusé de soutenir militairement les rebelles du M23 dans l’Est de la RDC. Cette sanction a provoqué le retrait du Rwanda de cette organisation, le pays accusant Kinshasa de « manipulation politique ».
Du côté de l’économie, le gouvernement Suminwa a également annoncé la mise en place d’un nouveau système de gestion des finances publiques, plus transparent et plus efficace, coûtant moins cher que le précédent.
Heshima Magazine
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Croissance record en RDC : le paradoxe d’une richesse qui peine à réduire la pauvreté
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1 jour agoon
avril 20, 2026By
La redaction
Avec l’une des plus fortes croissances économiques d’Afrique subsaharienne en 2025, la République démocratique du Congo (RDC) affiche des performances macroéconomiques impressionnantes. D’après le Fonds monétaire international (FMI), la RDC est en passe de devenir la cinquième économie de la région, devançant l’Ethiopie en termes de PIB. Pourtant, cette dynamique contraste avec une pauvreté toujours largement répandue, révélant les limites d’un modèle de croissance peu inclusif.
À première vue, les chiffres donnent le tournis : le pays a réalisé 5,5% de croissance, en baisse par rapport à 2024, mais qui reste supérieure à la moyenne d’Afrique subsaharienne chiffrée à 3,5%, d’après le dernier rapport de la Banque mondiale publié en mars 2026. Tirée par les exportations de cobalt et de cuivre, la République démocratique du Congo enregistre une croissance soutenue, saluée par les institutions financières internationales. Sur les tableaux des analystes, le pays apparaît comme une locomotive régionale, notamment au regard de son fort potentiel des ressources naturelles.
D’après les dernières projections du FMI publiées lors des Assemblées de printemps à Washington, la République démocratique du Congo devrait franchir un cap symbolique en 2026 en dépassant l’Éthiopie pour devenir la cinquième économie d’Afrique subsaharienne en termes de produit intérieur brut (PIB). Cette institution financière prévoit que le produit intérieur brut (PIB) de la RDC atteindra 123 milliards de dollars en 2026, contre 122 milliards pour l’Éthiopie. L’Afrique du Sud reste la première économie de la région, suivie du Nigeria, de l’Angola et du Kenya. Bien que l’écart d’un milliard de dollars reste marginal entre les deux pays, cela a été suffisant pour repositionner la RDC dans le cercle restreint de 5 économies d’Afrique sub-saharienne. La RDC profite notamment de la forte demande mondiale en métaux destinés aux batteries pour renflouer son économie et booster sa croissance.
Un paradoxe avec le vécu des Congolais
Mais en RDC, cette embellie semble lointaine dans le vécu quotidien des Congolais. Dans les marchés populaires à Kinshasa, des Kinois jonglent avec des prix qui grimpent parfois plus vite que leurs revenus. « La vie est devenue plus dure », confie une mère de famille, entre deux clients. « On parle de croissance, mais nous, on ne la voit pas. » Ce sentiment est largement partagé dans la plupart des villes du pays, à Kinshasa en particulier où la majorité de la population vit de l’informel.
Malgré les milliards générés par le secteur minier, les retombées peinent à irriguer l’ensemble de l’économie. Les emplois créés restent insuffisants, souvent précaires, et concentrés dans des zones spécifiques. Dans les provinces, l’absence d’infrastructures de base – routes, hôpitaux, électricité, eau potable – freine toute dynamique de développement local.
Une croissance peu inclusive
Le taux de croissance constaté s’explique par une demande mondiale élevée en minerais stratégiques, essentiels à la transition énergétique et aux technologies modernes. Sur le papier, les indicateurs sont au vert : augmentation du produit intérieur brut, afflux d’investissements étrangers et amélioration relative des réserves de change. Le pays confirme ainsi son statut de géant économique potentiel sur le continent. Mais derrière ces chiffres encourageants, la réalité sociale reste préoccupante. Une large partie de la population continue de vivre sous le seuil de pauvreté, avec un accès limité aux services de base tels que l’éducation, la santé, l’eau et l’électricité.
En 2022, environ 73% de la population de la RDC (soit 71,8 millions de personnes) vivait dans une pauvreté extrême, avec moins de 2,15 dollars par jour. En conséquence, environ un quart des personnes vivant dans l’extrême pauvreté dans les pays à faible revenu en Afrique en 2022 vivaient en RDC. En 2025, ces chiffres n’ont pas évolué dans le sens positif. D’après le rapport 2025 de la Banque mondiale, seuls 66% des Congolais en âge de travailler ont un emploi et plus de 81% de la population vit encore sous le seuil de pauvreté. Malgré ses richesses naturelles, une écrasante partie de la population de la RDC vit encore dans des conditions précaires, illustrant les limites d’un modèle de croissance peu inclusif.
Pour certains experts, le problème n’est pas tant la croissance que sa nature. « C’est une croissance extractive, peu redistributive », explique un économiste. C’est-à-dire, une richesse produite en grande partie par et pour un nombre limité d’acteurs, sans véritable effet d’entraînement sur le reste de la société. À cela s’ajoutent des défis bien connus : gouvernance fragile, corruption persistante, et insuffisance des investissements publics dans les secteurs sociaux. Résultat, les inégalités se creusent et la promesse d’un mieux-être collectif tarde à se concrétiser. La forte dépendance à l’industrie extractive, peu intensive en main-d’œuvre, limite l’impact de la croissance sur l’emploi. Parallèlement, la pression démographique accentue les tensions : des millions de jeunes arrivent chaque année sur le marché du travail, sans perspectives suffisantes.
Pourtant, des pistes existent. Diversifier l’économie, soutenir l’agriculture, investir dans l’éducation et la santé, ou encore renforcer la transparence dans la gestion des ressources naturelles : autant de leviers susceptibles de transformer la croissance en progrès tangible pour la population.D’après le rapport de l’Enquête sur les conditions de vie des ménages publié le 12 février 2026 à Kinshasa par l’Institut national de la statistique (INS), près de 68 % de la population vit toujours sous le seuil de pauvreté. Cela indique que plus de 64 millions de Congolais vivent avec moins de 5 000 francs congolais (2 dollars) par jour. Des provinces telles que le Kasaï, le Kwilu et le Tanganyika sont les plus durement touchées par cette extrême pauvreté.
Les causes éventuelles d’une pauvreté persistante
La RDC, souvent décrite comme un « scandale géologique » en raison de l’abondance de ses ressources naturelles, reste confrontée à un taux de pauvreté parmi les plus élevés au monde. Cette situation paradoxale s’explique par plusieurs facteurs. D’abord, l’instabilité politique et les conflits armés récurrents dans l’est du pays fragilisent les structures économiques et sociales. Ensuite, les infrastructures insuffisantes telles que les routes, l’accès à l’électricité, les services de santé et d’éducation, limitent fortement les opportunités de développement, notamment en zones rurales où vit la majorité de la population.
Par ailleurs, la dépendance de l’économie congolaise à l’exploitation minière, souvent peu redistributive, accentue les inégalités. Si le secteur génère d’importants revenus, ceux-ci bénéficient encore trop peu aux populations locales. La corruption et la gouvernance défaillante sont également pointées du doigt comme des obstacles majeurs à une meilleure répartition des richesses. Face à ces défis, des initiatives émergent. Le gouvernement actuel, avec l’appui de partenaires internationaux, multiplie les programmes sociaux et les projets d’infrastructures. Des efforts sont également entrepris pour diversifier l’économie, notamment dans l’agriculture et l’entrepreneuriat local. Toutefois, les résultats restent encore limités au regard de l’ampleur des besoins.
Heshima Magazine
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RDC-Ouganda : les dessous d’une collaboration sur fond de méfiance
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4 jours agoon
avril 17, 2026By
La redaction
L’armée ougandaise (UPDF) a annoncé, fin mars 2026, son intention de se retirer de plusieurs positions dans le territoire de Lubero, au Nord-Kivu et jusqu’à Mahagi, en Ituri. Ce désengagement, confirmé par le chef d’état-major Muhoozi Kainerugaba, se fera, selon lui, en coordination avec Kinshasa, juste après le retrait des rebelles du M23 de la zone. Bien avant cette annonce qui, du reste, n’est pas officialisée, l’Ouganda voulait obtenir la démission du gouverneur militaire de l’Ituri. Une stratégie de pression sur Kinshasa qui interroge sur les véritables motivations de Kampala. Son intervention militaire aux côtés des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) dans la traque des rebelles ADF pourrait bien cacher d’autres motivations, essentiellement économiques.
L’UPDF (Uganda People’s Defence Force) est déployée en Ituri, dans le nord-est de la RDC dans le cadre de l’opération Shujaa depuis fin 2021, collaborant avec les FARDC contre les rebelles ougandais de l’Alliance des forces démocratiques (ADF). Cette mutualisation FARDC-UPDF vise à neutraliser ce groupe armé qui a fait allégeance à l’Etat islamique. Ce groupe est présent en Ituri et au Nord-Kivu. Officiellement, il s’agit de combattre l’insécurité. Cependant, cette présence vise également à sécuriser les intérêts économiques ougandais (routes, or, bois et pétrole du lac Albert).
A ce jour, cette mutualisation des forces n’a pas permis d’arrêter les attaques des ADF contre des civils aussi bien en Ituri qu’au Nord-Kivu. Loin de renforcer la sécurité des Congolais et des Ougandais dans les zones frontalières, cette alliance semble avant tout servir les intérêts économiques ougandais, notamment en matière d’exportation d’or.
Les chiffres d’exportation d’or explosent en Ouganda
L’Ouganda n’est pas un producteur massif d’or. Cependant, il enregistre des chiffres record sur l’exportation de ce minerai. Une croissance due à l’augmentation des prix mais surtout au trafic favorisé par l’instabilité de la région, principalement dans l’Est de la RDC. L’Ouganda a vu ses revenus d’exportation d’or atteindre des chiffres records. Selon la Banque d’Ouganda, en 2019, ces revenus s’élevaient à 1,26 milliard de dollars, les exportations d’or ont ensuite culminé à 2,3 milliards de dollars en 2023, puis à 3,3 milliards de dollars en 2024. D’après des prévisions pour 2025, ces revenus devraient atteindre 6,4 milliards de dollars.
Cette croissance est principalement due à l’augmentation du prix de l’or, qui avoisinait l’année dernière 5.000 dollars l’once. L’or représente désormais 47% des revenus d’exportation de l’Ouganda, surpassant largement d’autres produits phares comme le café et le cacao. Malgré ces chiffres impressionnants, l’Ouganda n’est pas devenu un producteur massif d’or, note TV5 Monde. Lors d’un récent forum économique, le gouverneur adjoint de la Banque centrale ougandaise, Augustus Nuwagaba, a admis que l’or exporté par le pays pourrait ne pas provenir de ses propres mines. « Il se peut qu’il ne soit pas à nous », avait-il déclaré. Mais d’où vient l’or exporté par l’Ouganda ?
L’insécurité en RDC profite à l’économie ougandaise
L’Ouganda profite du trafic d’or en provenance de pays voisins, notamment de la RDC. Riche en ressources aurifères, ce pays partage une frontière avec l’Ouganda dans des zones comme l’Ituri et le Nord-Kivu. Ces régions sont non seulement riches en or, mais aussi en proie à des conflits armés. Ce qui favorise le trafic de ce métal jaune notamment vers l’Ouganda. En Ituri, par exemple, l’or est très présent, particulièrement dans les territoires de Djugu, Mahagi et Mambasa, s’appuyant sur des gisements historiques (Kilo-Moto). Cette ressource, exploitée à la fois de manière artisanale et industrielle, alimente une économie de guerre contrôlée en partie par des groupes armés et réseaux criminels, générant d’importants flux financiers illicites. Selon l’étude d’une ONG anti-corruption, environ 95 % de l’or exporté depuis l’Ouganda est illicite.
En état de siège depuis plus de 4 ans, la province de l’Ituri n’a pas toujours recouvré la paix totalement. Le gouverneur militaire, le lieutenant-général Johnny Luboya entretient des rapports tendus avec des trafiquants d’or. L’Ouganda également n’apprécie pas cet officier congolais. Le chef d’état-major de l’armée ougandaise, le général Muhoozi Kainerugaba ne cache pas son hostilité envers ce gouverneur militaire, appelant parfois à son arrestation sur les réseaux sociaux. L’Ouganda a même formulé une demande formelle pour solliciter son remplacement. D’après les informations révélées par Africa Intelligence, le pouvoir de Félix Tshisekedi a rejeté ces demandes de l’armée ougandaise, qui réclamait l’éviction de ce gouverneur militaire.
Sécuriser ses investissements pétroliers
En dehors du trafic d’or à son avantage, l’Ouganda vise aussi la sécurisation de ses intérêts économiques dans la région. Des intérêts qui empiètent sur la zone d’influence du voisin rwandais, estime le rapport d’un groupe d’experts de l’ONU publié en août 2024. En dehors des intérêts sécuritaires, le gouvernement ougandais se concentre sur la sécurisation de ses investissements pétroliers et le renforcement des réseaux commerciaux vers la RDC, où ses exportations formelles ont représenté en 2019 « 156 millions de dollars » et les exportations informelles, constituées en majorité de biens industriels, « 330 millions de dollars ».
Des accointances avec le M23 et la CRP
La collaboration militaire entre la RDC et l’Ouganda s’opère dans un climat de méfiance, avec des allégations de soutien de Kampala à d’autres groupes rebelles, comme le M23 mais aussi la Convention pour la révolution populaire (CRP) de Thomas Lubanga. Ce dernier s’est même exilé en Ouganda mais son groupe mène des combats contre l’armée congolaise en Ituri. L’Ouganda a joué un rôle discret mais documenté dans la résurgence du M23, en facilitant le retour de son chef militaire en RDC en 2017 et en servant de vivier de recrutement pour la rébellion, selon un rapport publié en avril 2026 par le Congo Research Group (CRG) et le Center on International Cooperation (CIC) de l’Université de New York. Ce document note également que des officiers de l’armée ougandaise (UPDF) ont également été signalés comme participant aux sessions de formation militaire dispensées aux recrues du M23 dans le camp de Tchanzu, en RDC, aux côtés d’officiers des Forces de défense rwandaises en 2021. Mais ce rapport ne précise pas la nature exacte des arrangements entre Kampala et le M23. Difficile de savoir si ces facilitations reflètent une politique délibérée de Kampala ou il s’agit simplement des initiatives individuelles de la part de certains officiers militaires ougandais.
Depuis le lancement de ces opérations dénommées « Shuuja » visant à neutraliser les ADF, les autorités congolaises et ougandaises affichent officiellement une volonté commune de restaurer la paix. Malgré des engagements répétés en faveur d’une coopération sécuritaire renforcée, les relations entre la République démocratique du Congo et l’Ouganda restent marquées par une profonde méfiance, notamment en ce qui concerne leurs opérations militaires conjointes dans l’est du pays. Malgré ce climat de méfiance, Kinshasa et Kampala poursuivent cette collaboration. Le 21 juin dernier, le président congolais Félix Tshisekedi avait reçu à la Cité de l’Union africaine, à Kinshasa, le général Muhoozi Kainerugaba, fils du président Yoweri Kaguta Museveni et chef d’état-major de l’armée. La veille de cette rencontre, le 20 juin, les responsables des armées de deux pays avaient signé un accord pour poursuivre leur opération militaire conjointe contre les rebelles ADF.
Heshima Magazine
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RDC : comment le gouvernement compte utiliser les fonds de 1,25 milliard USD d’eurobonds ?
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7 jours agoon
avril 14, 2026By
La redaction
La République démocratique du Congo a mobilisé 1,25 milliard de dollars sur les marchés financiers internationaux à travers une émission d’eurobonds le 9 avril 2026. Lors d’une conférence de presse tenue le 13 avril à Kinshasa, le ministre des Finances, Doudou Fwamba, a présenté les projets prioritaires à financer, dans un contexte de besoins urgents pour soutenir le développement économique et social du pays.
L’émission d’eurobonds réalisée par la République démocratique du Congo s’inscrit dans une stratégie de diversification des sources de financement. Selon le ministère des Finances, cette levée de fonds vise principalement à financer des projets d’infrastructures, notamment dans les transports et l’énergie, considérés comme des leviers essentiels de croissance. Près de la moitié des projets prévus dans ce financement concernent la ville de Kinshasa, capitale du pays, confrontée à une démographie galopante sans moyens de transport et autres infrastructures de base. Une partie de fonds levés vise à construire un nouveau terminal de 49 000 m² à l’aéroport de N’djili, capable d’accueillir 5 millions de passagers par an.
Quelque 300 kilomètres de routes sont également prévus, ainsi qu’une rocade de 31 kilomètres avec échangeurs et ponts. Les autres investissements visent le développement d’un réseau de lignes de transmission électrique de 330 KV permettant une connexion entre la Zambie et la « ceinture de cuivre » de la RDC, une centrale hydroélectrique de 64 mégawatts et des réseaux de distribution dans la province du Kasaï-Central.
Dans d’autres villes du pays, ces fonds vont également financer la création de centres de formation professionnelle précisément dans quatre villes. Il y a aussi la modernisation de la route entre la ville de Kisangani, chef-lieu de la province de la Tshopo, et Beni, dans la province du Nord-Kivu, longue de 750 kilomètres.
Des craintes sur la transparence de fonds persistent…
Si le gouvernement met en avant des investissements structurants, experts et institutions appellent à la transparence dans la gestion de ces fonds mais aussi à la prudence face aux risques de surendettement. D’après des analyses de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international, la RDC fait face à un déficit important en infrastructures, ce qui freine son développement économique. Les investissements dans les routes, les barrages et les réseaux électriques pourraient ainsi améliorer la connectivité et soutenir l’industrialisation, en particulier dans les zones minières. Mais la gestion de ces réalisations pose de doute quant à la transparence. « Nous voulons un témoin, le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), pour assurer le suivi de la gestion de ces ressources. Nous allons, pour la transparence, informer la population sur l’affectation du 1,25 milliard mobilisé. D’ici un an, nous inviterons les investisseurs à constater concrètement les réalisations. », a répondu Doudou Fwamba face aux craintes sur la transparence dans la gestion de ces fonds. Ces craintes sont exprimées suite à des précédents en Afrique subsaharienne qui montrent que l’absence de suivi rigoureux peut limiter l’impact réel de tels financements sur les conditions de vie des populations. La Banque africaine de développement (BAD) souligne, dans certains de ses rapports, que l’efficacité de la dépense publique reste un enjeu clé pour maximiser les retombées économiques.
Eurobonds, la RDC très crédible sur le marché ?
Le pays a accompli un pas de plus en accédant aux marchés internationaux des capitaux. C’est un moyen pour la RDC de diversifier ses sources de financements. Plusieurs facteurs ont joué pour la réussite de cette opération. Coordonnée notamment par la Rawbank au niveau de la région, cette opération d’eurobonds est la conséquence d’une discipline budgétaire observée ces derniers temps au pays.
Le faible niveau d’endettement public de la RDC a aussi pesé en faveur de Kinshasa dans les calculs des investisseurs. Kinshasa n’avait soumis que des demandes pour 1,25 milliard de dollars, mais a reçu des soumissions frôlant les 5 milliards de dollars. Le ministre des Finances justifie le refus du fonds supplémentaire par le fait que le gouvernement n’avait en main que des projets avec étude de faisabilité coutant le 1,25 milliard de dollars sollicité. « Nous ne pouvions pas accepter toutes ces soumissions. Nous n’avions que des projets avec des études de faisabilité pour le montant sollicité », a fait savoir le ministre des Finances qui s’est réjoui non pas du milliard reçu mais de la « crédibilité certifiée » que le pays a gagné dans ce processus. Doudou Fwamba célèbre donc la « reconnaissance des efforts » du président Félix Tshisekedi et l’entrée « très réussie » de la RDC dans la finance internationale.
Pour réussir cette opération, la Rawbank, première banque de la RDC, a agi aux côtés des leaders mondiaux tels que Citigroup et Standard Chartered Bank comme arrangeurs et coordinateurs des souscriptions au niveau global. « Nous sommes fiers d’avoir accompagné cette opération, qui ouvre la voie à de nouveaux financements internationaux, y compris pour les émetteurs non souverains », a déclaré Mustafa Rawji, directeur général de la Rawbank. Avec cet emprunt, le taux d’endettement du pays passe de 18,1 % à 19,5 % du PIB, un niveau toujours inférieur à celui de pays comme la Namibie, l’Angola ou le Kenya. Kinshasa prévoit de constituer des provisions annuelles pour son remboursement.
Si les 1,25 milliard de dollars d’eurobonds offrent à la République démocratique du Congo une opportunité d’accélérer son développement, leur réussite dépendra de la capacité du gouvernement à conjuguer discipline budgétaire, transparence et efficacité dans l’exécution des projets, sous le regard attentif des partenaires comme le Fonds monétaire international et la Banque mondiale.
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