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RDC : Kinshasa, une capitale toujours hors contrôle ?

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Kinshasa est aujourd’hui la troisième ville la plus peuplée d’Afrique. Selon les projections, elle pourrait dépasser Le Caire d’ici 2035 et devenir la deuxième métropole du continent. Chaque jour, de nouveaux arrivants s’y installent, attirés par l’espoir d’opportunités. Mais la capitale congolaise, déjà saturée, étouffe sous le poids de sa démographie galopante. Les infrastructures, elles, n’ont pas suivi : routes défoncées, électricité instable, réseaux d’assainissement quasi inexistants. Malgré les travaux de réhabilitation engagés sur plusieurs artères secondaires, la ville peine encore à donner l’image d’une gestion maîtrisée.

Dès l’aube, la mégapole s’anime dans un tumulte incessant. Sur les rives du fleuve Congo, les klaxons couvrent les voix des vendeurs ambulants qui installent leurs étals improvisés sur des places publiques comme Magasin-Kintambo. Les taxis-bus brinquebalants, surnommés « esprits de mort », s’agglutinent, ignorant piétons et automobilistes. « Il n’y a pas assez de parkings, la ville n’a rien prévu. Ici, c’est le Far West : le plus fort impose sa loi », lâche un rabatteur chargé de remplir les véhicules. Pendant ce temps, motos-taxis et cambistes s’emparent des allées du rond-point, au grand désarroi des passants. Bienvenue à Kinshasa : capitale tentaculaire, hors norme, où plus de 17 millions d’habitants tentent de cohabiter dans un désordre à la fois fascinant et souvent ingérable.

L’économie de la débrouille

Dans une capitale où l’autorité de l’État se fait rare, c’est « l’article 15 » qui domine, une loi imaginaire popularisée par les musiciens kinois : débrouillez-vous. Faute d’emplois formels, chacun invente son gagne-pain. À Masina, dans l’Est de la ville, tout s’achète et tout se vend : sachets d’eau, minutes de communication, beignets, ignames ou friperie. Sur le boulevard Lumumba comme dans bien d’autres artères, les petits commerces s’alignent sans ordre. Selon la Banque mondiale, près de 80 % de l’économie congolaise reste informelle. La Confédération syndicale congolaise (CSC), elle, chiffre ce taux à 97,5 %.

Dans les marchés géants comme Gambela ou Matete, une foule de vendeurs sans licence s’agite dans un chaos vital. Schola, 55 ans, gère depuis quinze ans un restaurant de fortune à Gombe :

« On n’a pas le choix. Il n’y a pas de travail, alors on crée le nôtre. Même pour rester ici, il faut payer les policiers ou les agents de la commune. » Robert, vendeur de tissus, confirme :

« Les policiers nous demandent de l’argent. Ils font semblant de nous chasser, puis nous laissent revenir. » Ces arrangements tolérés transforment chaque marché en un théâtre d’improvisation, où la survie prime sur la légalité.

L’absence de planification urbaine

Avec ses 17,8 millions d’habitants, Kinshasa étouffe, non pas par manque d’espace, mais par absence de vision. « La capitale n’a pas de plan directeur depuis plus de vingt ans », confie un urbaniste rencontré à Mont-Ngafula. Résultat : des quartiers surgissent sans logique, souvent en zones inondables ou difficilement accessibles. À Limete (Ndanu) comme à Matete (Debonhomme), les dernières pluies des 5 et 6 mai ont submergé rues et habitations, laissant la municipalité débordée. Pourtant, la ville s’est concentrée autour de la Gombe, alors qu’immenses terrains demeurent inoccupés vers Maluku et la N’sele. L’électricité, elle, reste un autre casse-tête : les coupures rythment le quotidien. Le soir, des pans entiers de Kinshasa brillent davantage des phares de voitures et du ronflement des générateurs que du réseau public. Avec un taux national d’électrification estimé à 10 %, même la capitale, qui capte une large part de la production, ne parvient pas à échapper à la pénurie.

Le gouvernement central colmate les brèches…

Kinshasa, c’est aussi la capitale des embouteillages monstres, où la circulation vire chaque jour au chaos. Des routes défoncées, couvertes de nids-de-poule, et des caniveaux constamment bouchés compliquent la vie des automobilistes comme des piétons.

Pour tenter d’inverser la tendance, le gouvernement central a lancé fin 2023 un vaste programme de réhabilitation des voiries secondaires. Objectif : réhabiliter plus de 200 kilomètres de routes dans les 24 communes de la ville, désenclaver les quartiers populaires et fluidifier une circulation asphyxiée. « Sur les deux problèmes majeurs de Kinshasa, la voirie et la gestion des déchets, le gouvernement central s’est engagé à moderniser intégralement les routes urbaines. Sous la coordination de la Première ministre, tous les projets sont financés via le ministère des Finances afin d’améliorer la mobilité urbaine et de créer les conditions d’une croissance endogène et durable », explique Doudou Fwamba, ministre des Finances. La plupart des nouvelles routes sont construites en béton, appelées « chaussées rigides ». Plus coûteuses à réaliser, elles offrent toutefois une durée de vie bien supérieure à l’asphalte : jusqu’à trente ans, contre dix à quinze ans pour une route bitumée. « Le choix du béton s’est imposé », confirme un ingénieur en chef de l’Office des Voiries et Drainage (OVD). « Il résiste mieux aux pluies diluviennes et demande moins d’entretien. »

Le pessimisme de Jean Bamanisa

Promoteur d’Expo Béton et ancien gouverneur de la province de l’Ituri, Jean Bamanisa Saidi s’est montré pessimiste et très critique à l’égard des travaux de voirie urbaine menés par le gouvernement. A travers une tribune intitulée « Kinshasa, capitale des travaux éternels : on refait donc on avance ? », publiée début mai, il s’est interrogé sur l’efficacité des chantiers entrepris pour lutter contre les embouteillages qui paralysent régulièrement la capitale congolaise. Comme un « Jean Baptiste » qui crie dans le désert, Bamanisa alerte sans cesse sur « l’urbanisation sauvage » qui caractérise la ville. Selon lui, si le centre urbain est difficilement récupérable, le gouvernement devrait au moins veiller sur les nouveaux lotissements des terrains. Dans un post sur le réseau X, il conseille même au gouvernement de confier les zones situées le long des rocades Kin-Est et Kin-Ouest à des entreprises immobilières pour construire des cités qui respectent les normes. Une construction qui prendra en compte les centres récréatifs, les écoles, les hôpitaux et les voies d’assainissement.                 

Au sujet des embouteillages, Jean Bamanisa pointe plusieurs causes structurelles dans sa tribune, parmi lesquelles le manque de transparence dans la passation des marchés publics. Pour cet ancien gouverneur, la capitale ne résout pas ses problèmes, elle les réactive indéfiniment. « Prenez une route, elle est déjà défoncée. C’est normal, elle a été inaugurée il y a six mois. On l’a construite sans caniveau, sur des nappes phréatiques, avec un bitume aussi épais qu’un serment politique. Puis viennent les pluies, les embouteillages, les camions surchargés, et surtout l’oubli de toute logique urbanistique », a-t-il écrit. Ce promoteur d’Expo Béton pense que les décideurs politiques sont à la base de cet éternel chaos. « Les experts le disent. Les ingénieurs le répètent. Mais les décideurs, eux, s’en tiennent à leur doctrine : on refait pour dire qu’on fait. Et quand ça casse, on recommence. », a-t-il indiqué, soulignant que les mêmes erreurs produisent toujours les mêmes conséquences. 

Face au chaos, une jeunesse bouillonnante

Kinshasa n’est pas qu’un décor de chaos. La capitale vibre d’une énergie brute, nourrie par une jeunesse créative et insoumise. Le rap y explose, les sapeurs continuent de défiler avec fierté dans des rues cabossées, tandis que les artistes plasticiens s’accrochent pour faire rayonner leurs œuvres au-delà des frontières.

Dans cette effervescence, l’espoir persiste, cabossé mais indestructible. Kinshasa est tout à la fois une ville-monde et un avertissement : un miroir cru des défis urbains de l’Afrique du XXIᵉ siècle, croissance incontrôlée, services publics défaillants, inégalités béantes mais aussi le théâtre d’une inventivité et d’une résilience hors du commun.

Heshima

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La santé mentale, un sujet encore tabou en RDC

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Dépression, anxiété, traumatismes liés aux conflits ou encore détresse psychologique : en République démocratique du Congo, les troubles de santé mentale touchent des millions de personnes, mais restent largement sous-estimés, entourés de silence et de stigmatisation. À Kinshasa, près de 90 % des Kinois seraient touchés par des troubles mentaux. Le manque de structures adaptées, les croyances traditionnelles et l’absence de sensibilisation font que les malades souffrent souvent dans l’ombre.

À Kinshasa comme dans plusieurs provinces du pays, parler de santé mentale demeure un sujet délicat. Beaucoup associent encore les troubles psychiques à la sorcellerie, à une malédiction ou à une faiblesse spirituelle. Résultat : les personnes souffrant de dépression, de bipolarité ou de stress post-traumatique hésitent à consulter un spécialiste par peur du rejet social. Dans le pays, près de 20 millions de personnes, soit un Congolais sur cinq, souffriraient d’un problème de santé mentale.

Les causes des troubles mentaux sont nombreuses en RDC. Les conflits armés dans l’Est du pays, la pauvreté, le chômage, les violences sexuelles, la pression économique et les difficultés familiales exposent une grande partie de la population à d’importantes souffrances psychologiques. Les jeunes figurent parmi les plus touchés, notamment face au manque de perspectives et à la précarité grandissante de la vie, particulièrement à Kinshasa.

Malgré cette réalité, le pays dispose encore de très peu de structures spécialisées. Les centres psychiatriques restent rares et souvent concentrés dans les grandes villes. Dans plusieurs territoires, les patients doivent parcourir de longues distances pour obtenir une prise en charge. Le manque de psychologues, de psychiatres et de moyens financiers limite également l’accès aux soins.

Dans les familles, le sujet reste souvent minimisé. Certaines personnes en détresse sont abandonnées, isolées ou conduites dans des centres de prière plutôt que vers des professionnels de santé. Cette situation aggrave parfois des cas déjà fragiles. « Beaucoup souffrent en silence parce qu’ils ont peur d’être jugés », explique un psychologue à Kinshasa.

Kinshasa, la ville la plus touchée ?

Pourtant épargnée par la guerre, la ville de Kinshasa semble particulièrement affectée par les troubles de santé mentale. En avril, le docteur Emmanuel Epenge, neuropsychiatre au CNPP, a révélé que près de 90 % des Kinois seraient touchés par des troubles mentaux. En cause : la pression du quotidien, entre embouteillages, manque d’eau et coupures d’électricité.

Selon lui, le gouvernement devrait être alerté sur l’ampleur préoccupante de cette situation dans la capitale congolaise. De nombreux habitants seraient victimes, à différents niveaux, des effets directs liés aux conditions de vie particulièrement éprouvantes à Kinshasa.

Au centre Telema, des cas affluent

Au Centre Telema, à Kinshasa, les spécialistes constatent un afflux de patients souffrant de troubles liés à la santé mentale. « Ces derniers temps, nous recevons plus de personnes qu’avant, pour des problèmes allant de légers troubles anxieux à des pathologies sévères. Aujourd’hui seulement, j’ai consulté dix-sept patients. Certains ont dû être invités à revenir un autre jour », expliquait le professeur Josué Ozowa Latem à Deutsche Welle.

Psychothérapeute et consultant au Centre Telema, il affirmait déjà en août dernier que les couloirs du centre ne désemplissaient plus. De plus en plus de patients viennent consulter. « Les causes sont multiples : parfois physiques, comme une malaria mal soignée ou les séquelles d’un accident. Mais la plupart sont d’ordre psychologique et social. Les gens ont des ambitions, des rêves… mais les années passent et ils n’arrivent pas à les réaliser. Les tensions familiales, les ruptures amoureuses, la perte d’un proche, l’insécurité, le chômage… tout cela mine l’esprit », détaillait-il.

Le spécialiste recommande également un accompagnement familial pour chaque patient afin d’augmenter les chances de guérison. « Nous posons un diagnostic précis et nous mettons en place un plan thérapeutique adapté. Mais la clé, c’est aussi l’accompagnement : un patient isolé a moins de chances de guérir. Les familles doivent rester présentes, encourager, écouter et bannir les préjugés qui détruisent plus qu’ils ne soignent », insistait-il.

Des projets pour soutenir la santé mentale

En 2025, un projet intitulé « Amélioration des conditions de vie des populations dans des contextes sécuritaires critiques en République démocratique du Congo, à travers le soutien en santé mentale et services psychosociaux pour la paix » a été lancé. Ce projet, soutenu par la coopération allemande à travers la KfW, en partenariat avec l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) et les institutions nationales, s’étendra sur cinq ans. Il vise à promouvoir une approche intégrée de la santé mentale et de la cohésion sociale, ciblant plus de 137 000 bénéficiaires directs grâce à des centres communautaires, des formations spécialisées et des campagnes de sensibilisation. La nécessité urgente d’une telle initiative a été saluée au regard des conflits prolongés dont la RDC est victime, notamment dans l’Est du pays.

Toujours en 2025, plus de 600 personnes ont été ciblées par une campagne de consultations gratuites en santé mentale, organisée du 9 au 10 octobre par le Centre neuropsychopathologique (CNPP) de Kinshasa, en marge de la Journée mondiale de la santé mentale. « Les troubles du sommeil, du bébé jusqu’à la personne du troisième âge, les séquelles des accidents vasculaires cérébraux (AVC), les convulsions, les crises épileptiques, le stress, les maux de tête, les excès de colère mal contrôlés, ainsi que la consommation de drogues, d’alcool, de tabac et de chanvre » figuraient parmi les cas examinés lors de cette campagne, selon le docteur Daniel Okitundu, médecin-directeur du CNPP.

En février 2026, à Kinshasa, un centre médical baptisé « Afyakili », spécialisé en santé mentale, a été inauguré dans la commune de Kasa-Vubu. « Ce centre est spécialisé en santé mentale et psychosociale. C’est une nouveauté dans cette ville d’intégrer les soins généraux dans la santé mentale », avait déclaré le docteur Gédéon Samba, directeur du Programme national de santé mentale en RDC.

Selon lui, le CNPP travaille avec des hôtesses d’accueil, des médecins, des psychologues, des médecins stagiaires ainsi que des étudiants en médecine chargés d’orienter les patients vers les services appropriés.

Faire évoluer les mentalités…

Ces initiatives étatiques, citoyennes et associatives tentent de faire évoluer les mentalités. Des campagnes de sensibilisation sont organisées dans les universités et sur les réseaux sociaux afin d’encourager la parole autour de la santé mentale.

Des créateurs de contenu, médecins et activistes utilisent également Internet pour briser les préjugés et rappeler qu’un trouble psychique est une maladie comme les autres.

Les spécialistes insistent sur la nécessité d’intégrer davantage la santé mentale dans les politiques publiques. Ils plaident pour la création de nouveaux centres spécialisés, la formation du personnel médical et l’éducation des communautés afin de réduire la stigmatisation.

Longtemps ignorée, la santé mentale commence progressivement à trouver une place dans le débat public congolais, notamment depuis la campagne de consultations gratuites lancée l’année dernière par le CNPP. Mais pour vaincre définitivement le tabou, il faudra encore sensibiliser, écouter et surtout reconnaître que le bien-être psychologique est un droit fondamental pour tous.

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RDC : Les sanctions américaines contre Kabila auront-elles un impact sur la crise sécuritaire ?

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Jeudi 30 avril 2026, le Trésor américain a inscrit l’ancien président Joseph Kabila sur la liste SDN de l’OFAC pour soutien présumé au M23 et à l’Alliance Fleuve Congo, qui occupe une partie de l’Est du pays. Au-delà du symbole, quel impact réel sur la crise sécuritaire dans les Kivu ? Analyse.

Gel des avoirs, interdiction de transiger avec des entités américaines : Joseph Kabila se retrouve sanctionné par les États-Unis. Selon le communiqué du Trésor américain, avec la résurgence de la rébellion du M23 et de l’AFC, l’ancien président congolais serait rentré en RDC avec l’intention de déstabiliser le gouvernement en apportant son appui aux deux mouvements. Joseph Kabila aurait fourni un soutien financier à l’AFC afin de peser sur la situation politique dans l’Est de la RDC. Washington l’accuse également d’avoir encouragé des soldats des FARDC à déserter pour rejoindre les rangs de l’AFC, dans le but de renforcer le mouvement. Le Trésor ajoute que l’ancien chef de l’État a cherché, sans succès, à lancer des attaques depuis l’étranger contre les FARDC dans l’Est.

À Kinshasa, le gouvernement salue la décision. Le vice-Premier ministre de l’Intérieur, Jacquemain Shabani, y voit une pression logique sur ceux qui freinent les engagements pris dans le cadre du processus de paix de Washington. Le ministère de la Communication et Médias qualifie la mesure d’« acte important contre l’impunité », après les sanctions du 2 mars dernier visant les Forces de défense rwandaises (RDF) et quatre officiers rwandais. Il exprime sa reconnaissance à l’administration Trump pour une décision inscrite dans le cadre des Accords de Washington.

De son côté, l’UDPS jubile. Le parti présidentiel a même organisé une marche de soutien à l’administration américaine et à Donald Trump le lundi 4 mai à Kinshasa. Pour Augustin Kabuya, secrétaire général de l’UDPS, c’est indéniable : « Joseph Kabila est responsable de la guerre dans l’Est de la RDC et dirigeant de l’AFC/M23. » Le ministre du Commerce extérieur Julien Palukupense qu’il aura fallu la venue de Félix-Antoine Tshisekedi au pouvoir pour que le masque tombe. « Il a démasqué le vampire qui se nourrissait de notre chaos », a-t-il déclaré dans une tribune publiée le 3 mai. Ces sanctions américaines interviennent, selon lui, après des enquêtes fouillées de la part des Etats-Unis. L’ancien gouverneur du Nord-Kivu exhorte « ceux qui participent encore à cette entreprise infernale à se raviser », rappelant le destin tragique de Jonas Savimbi, leader angolais de l’UNITA.         

Quel impact de ces sanctions sur la crise sécuritaire ?

Ces sanctions fédérales contre Joseph Kabila s’ajoutent à un arsenal national déjà déployé par Kinshasa : suspension du PPRD, condamnation à mort par contumace en octobre 2025 pour trahison et crimes de guerre. Politiquement, l’ancien chef de l’État se retrouve doublement isolé. La mesure risque d’accélérer l’implosion du PPRD et de décourager les ralliements, à deux ans de la présidentielle de 2028. Elle fragilise aussi toute tentative de retour politique de Kabila, signalé à Goma en mai 2025 « sous la protection » du M23.

Mais l’effet peut être inverse. Plusieurs personnalités sanctionnées par les États-Unis ont continué à agir sans crainte. Ces sanctions pourraient entraîner une radicalisation du concerné. Ancien président de la CENI, Corneille Nangaa avait été sanctionné par le Trésor américain pour entrave au processus électoral. Cela ne l’a pas empêché de créer l’AFC, alliée au M23 à ce jour.

Pour le PPRD, le combat est ailleurs. « Aujourd’hui, le Raïs Joseph Kabila, qui alerte sur la “soudanisation” et appelle au dialogue, est ciblé. Diversion grossière. La vérité dérange. Le combat est ailleurs », a réagi Ferdinand Kambere, secrétaire permanent adjoint du parti.

Impact économique et financier : couper les flux

Le gel vise « tous les biens et intérêts patrimoniaux » situés aux États-Unis ou contrôlés par des Américains, y compris les entités détenues à plus de 50 % par Kabila. Si l’ampleur réelle de ses avoirs US reste inconnue, la portée est extraterritoriale : banques, entreprises minières et partenaires craignant des sanctions secondaires éviteront toute transaction. Dans un pays où le secteur minier pèse 95 % des exportations, la mesure complique d’éventuels montages financiers liés à l’ex-président. Elle envoie un signal aux réseaux d’affaires de l’Est : collaborer avec l’AFC-M23 expose à des sanctions de l’OFAC. Mais plusieurs personnalités ont des avoirs intraçables, parfois dissimulés sous des prête-noms, ce qui limite l’efficacité de ces sanctions.

Première limite : l’effectivité. Sans avoirs majeurs aux USA, l’impact financier direct peut être symbolique. Seconde limite : la polarisation. Les pro-Kabila dénonceront une ingérence américaine. Ces mesures risquent enfin de pousser Kabila à s’allier ouvertement à l’AFC-M23 pour « sauver sa peau ».

Impact diplomatique : RDC-USA, un alignement stratégique ?

Le secrétaire au Trésor Scott Bessent assume : « Ceux qui continuent à semer l’instabilité seront tenus responsables ». Les États-Unis conditionnent leur soutien au cadre d’intégration économique régionale et à la transparence des chaînes de minerais critiques. Cela paraît comme une victoire pour Félix Tshisekedi : sa thèse d’un « Kabila parrain du M23 » est endossée par Washington. Pour Kabila, exilé en Afrique du Sud depuis fin 2023, la marge de manœuvre se réduit.

Plus qu’une punition individuelle, la mise sous sanctions de Joseph Kabila redessine les lignes de front politiques et diplomatiques congolaises. Elle conforte Kinshasa et Washington dans leur lecture du conflit, mais ne résout pas la guerre du Kivu. Et cela, après un nouvel accord de Montreux non exécuté entre Kinshasa et l’AFC-M23 sur la libération des prisonniers de deux côtés. 

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Assemblée nationale : la motion contre Jacquemain Shabani fracture la majorité

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À l’Assemblée nationale de la République démocratique du Congo, l’examen annoncé de la motion de défiance visant le vice-Premier ministre, ministre de l’Intérieur et Sécurité, Jacquemain Shabani, initialement prévu le 27 avril, cristallise les tensions politiques au sein de l’Union sacrée de la Nation. Cette motion pourrait être examinée ce 29 avril. Avant cette séance, la majorité présidentielle essaie de créer une solidarité pour ne pas faire tomber son ministre.

Déposée le 13 avril par le député Laddy Yangotikala, la motion de défiance reproche à Jacquemain Shabani une gestion jugée défaillante de la sécurité nationale, notamment dans les grandes villes du pays, ainsi que des entraves au contrôle parlementaire et des abus d’autorité. Après plusieurs jours de tractations et de blocages au sein de la chambre basse, la Conférence des présidents avait finalement acté l’inscription de cette motion à l’ordre du jour de la plénière du lundi 27 avril, dans un climat politique particulièrement tendu. Cette séquence a mis en lumière de profondes divisions au sein de la majorité parlementaire. Retraits de signatures, pressions politiques et rivalités internes ont jalonné le parcours de cette initiative, perçue par certains comme un test du contrôle parlementaire et, par d’autres, comme une manœuvre politique visant à fragiliser un membre clé du gouvernement.

Des pressions sur les initiateurs de la motion

Coup de théâtre à la veille de l’échéance : la motion ne figure finalement pas à l’ordre du jour officiel de la plénière du 27 avril, alors même que son examen avait été annoncé. Cette absence contraint les initiateurs à patienter davantage, ravivant les accusations de blocage institutionnel. Des pressions auraient été exercées sur certains députés signataires de la motion, conduisant à des retraits de soutien, d’après des informations glanées dans les couloirs de l’Assemblée nationale.

Depuis quelques jours, le député Laddy Yangotikala accuse le bureau de l’Assemblée nationale de blocage. Il a dénoncé une violation du Règlement intérieur (article 235), qui prévoit un délai de 48 heures après le dépôt pour le traitement d’une motion. « Malgré les tentatives de dissuasion afin de pousser les uns et les autres à retirer leurs signatures et nous autres à nous retirer de cette initiative, nous restons sereins que la prochaine plénière sera consacrée à l’alignement et au traitement de la motion visant le vice-Premier ministre pour qu’il vienne expliquer à notre chambre la situation sécuritaire des Kinoises et Kinois, des Congolaises et Congolais, de Boyomaises et Boyomais », a déclaré l’élu de Kisangani la veille de la décision de la conférence des présidents ayant annoncé l’alignement de sa motion.

Parallèlement, des doutes ont été soulevés quant à l’authenticité de certaines signatures figurant sur le document de la motion. Ces tensions ont franchi un nouveau cap avec le dépôt d’une plainte pour faux devant le Parquet général près la Cour de cassation, visant l’auteur de la motion, Laddy Yangotikala. Président intérimaire du parti Action des volontaires pour la relève patriotique (AVRP) du ministre Muhindo Nzangi, cet élu était même contraint de démissionner suite à son initiative parlementaire, avant d’être exclu du regroupement politique AB. 

Shabani va-t-il devenir le second ministre évincé par sa majorité ?

Sous le premier mandant du président de la République, Félix Tshisekedi, un ministre est entré dans l’histoire pour avoir été évincé par sa propre majorité :  Jean-Marie Kalumba Yuma. Ce dernier fut ministre de l’Economie nationale en 2022 quand il a été renversé par l’Assemblée nationale. Le 30 mars 2022, il fut déchu par la plénière de l’Assemblée nationale à la suite d’une motion de défiance du député national Crispin Mbindule. Par un vote de 277 voix pour (199 contre et 12 abstentions), l’Assemblée nationale avait destitué le ministre de l’Économie nationale pourtant membre de la majorité au pouvoir. Une première dans l’histoire congolaise, qui n’avait jamais vu une majorité s’en prendre ainsi à un membre du gouvernement. Ce qui fait craindre le pire à Jacquemain Shabani. Si le patron de la territoriale arrivait à se faire renverser, il serait le deuxième ministre sous l’ère Tshisekedi à tomber devant l’Assemblée nationale.   

L’Union sacrée veut sauver Shabani

Avant cette échéance, l’Union Sacrée de la Nation a réuni ses députés afin d’exprimer sa solidarité au vice-premier ministre, ministre de l’Intérieur et membre éminent de la majorité parlementaire. Mais avant la démonstration de ce soutien, Jacquemain Shabani devra présenter ses moyens de défense devant les députés nationaux, conformément au règlement intérieur de l’institution. Au terme de ce débat, les parlementaires procéderont au vote pour décider de l’adoption ou du rejet de la motion de défiance. En cas d’adoption, le membre du gouvernement visé serait tenu de déposer sa démission, conformément à la procédure en vigueur. « La procédure est risquée. Voilà pourquoi pour aligner la motion, il faut que la majorité se rassure de sa propre solidarité envers le ministre visé, sinon, une surprise peut venir du vote », explique une source au sein du parlement.

La plénière du 29 avril pourrait être fortement marquée par cette affaire, devenue emblématique des tensions au sein de la majorité parlementaire. Cette motion de défiance contre Jacquemain Shabani s’impose comme un révélateur des rapports de force au sein de l’Assemblée nationale, laissant en suspens la question du contrôle effectif de l’action gouvernementale en RDC.

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