Nation
« Ne jamais trahir le Congo » : l’héritage intemporel de Laurent-Désiré Kabila à la jeunesse congolaise
Published
5 mois agoon
By
La redaction
Le mardi 16 janvier 2001, la République démocratique du Congo (RDC) fut secouée par l’assassinat de son président, Laurent-Désiré Kabila, au cœur du Palais de Marbre à Kinshasa. Ex-chef rebelle devenu chef de l’État après la chute de Mobutu Sese Seko, Kabila laisse un héritage mémoriel surtout à la jeunesse mais aussi une nation endeuillée, encore divisée sur les circonstances exactes de sa mort.
Ce vendredi 16 janvier 2026, cela fait 25 ans depuis l’assassinat de Laurent-Désiré Kabila. À l’occasion des commémorations annuelles de sa disparition, le pays continue de célébrer le message qui a marqué son engagement pour la souveraineté nationale : « Ne jamais trahir le Congo ». Plus qu’un slogan, cette formule incarne un appel à l’unité, au patriotisme et à la défense de l’intégrité territoriale de la RDC qui résonne encore dans le débat public congolais. Ce mot d’ordre a été rappelé à plusieurs reprises par des dirigeants, des personnalités politiques et des membres de la société civile lors des cérémonies commémoratives de son assassinat.
Ce 16 janvier 2026, l’historien Isidore Ndaywel, professeur à l’Université de Kinshasa, évoque cette phrase comme un héritage le plus popularisé. « Dans toutes les difficultés qu’on peut avoir, des interventions extérieures, quand on est Congolais, on doit retenir qu’il ne faut jamais trahir le Congo », a expliqué Isidore Ndaywel sur les antennes de RFI. Selon ce vice-président de l’Académie africaine des sciences religieuses, sociales et politiques, cette phrase a été popularisée par la jeunesse congolaise, devenant quasiment un héritage intemporel pour les Congolais.
La jeunesse congolaise, particulièrement kinoise, a gardé une image positive par rapport à la vie politique de Laurent-Désiré Kabila. Lors des émeutes contre certaines ambassades à Kinshasa après la chute de la ville de Goma fin janvier 2025, des jeunes radicaux mécontents de cette situation sécuritaire avaient investi d’autres sites. Certains parmi eux, arrivés devant le buste de Laurent-Désiré Kabila installé devant sa fondation, dans la commune de la Gombe, s’étaient inclinés et avaient épousseté la statue. Pourtant, la majorité de ces jeunes avaient moins de trente ans. Ce qui démontre l’image positive qu’ils ont gardée de cet ancien président congolais.
Nationaliste dès son jeune âge
Né le 27 novembre 1939 à Jadotville (aujourd’hui Likasi), dans l’actuelle province du Haut-Katanga, Laurent-Désiré Kabila Makolo s’est fait connaître très tôt comme figure de la lutte armée. Il se montre nationaliste dès son jeune âge en s’opposant à la sécession katangaise alors qu’il n’avait que 19 ans. Il est nommé président de la Jeunesse Balubakat (Jeukat) par un autre lumumbiste, Jason Sendwe. Laurent-Désiré Kabila va transformer cette structure politique en une milice armée qui entre en rébellion contre le gouvernement sécessionniste de Moïse Tshombe.
Son père, Désiré Taratibu, proche de l’idéologie de Moïse Tshombe, sera tué par des jeunes nationalistes katangais, d’après le récit de Thomas Luhaka, historien et ancien ministre de la RDC. Laurent-Désiré Kabila participera ensuite à de mouvements de guérilla dans les années 1960, animés par un fort nationalisme et une volonté de mettre fin à la domination des élites au pouvoir après l’indépendance du Congo belge. Il passera des décennies dans l’ombre (au maquis) avant de ressurgir sur la scène politique au milieu des années 1990. Président du Parti de la révolution du peuple (PRP), il fondera avec Anselme Masasu Nindaga, Deo Gratias Bugera et Kisase Ngandu l’Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo-Zaïre (AFDL).
Kabila renverse Mobutu
Après avoir pris le commandement de l’AFDL, soutenue militairement par le Rwanda et l’Ouganda, Kabila mène une offensive victorieuse qui met fin au règne de Mobutu Sese Seko en mai 1997. Il devient alors président de la République, renommant le pays République démocratique du Congo et promettant de restaurer la dignité et l’unité nationale. Cependant, les premières années de son mandat sont marquées par la guerre du Congo (1998-2003), appelée aussi la deuxième guerre du Congo, un conflit régional meurtrier impliquant plusieurs armées africaines et des groupes armés. Cette guerre est née après la fin de son alliance avec le Rwanda et l’Ouganda. Elle s’est déclenchée le 2 août 1998 notamment avec l’attaque de la base militaire de Kitona, au Kongo Central, par l’armée rwandaise et certains rebelles congolais soutenus par l’Ouganda également. Cette guerre suscitera l’intervention de plusieurs armées en RDC dont celles de l’Angola, du Zimbabwe et de la Namibie. Après avoir réussi à repousser l’armée rwandaise et ses alliés, Laurent-Désiré Kabila fera face à d’autres groupes armés nés en 1998 notamment le Rassemblement congolais pour la démocratie (RCD) et le Mouvement de libération du Congo (MLC) de Jean-Pierre Bemba. Ces guerres érodent son autorité, fragilisent l’appareil d’État, et exacerbe les tensions internes. Une partie du pays sera contrôlée par des rébellions jusqu’à son assassinat en janvier 2001.
Un assassinat qui garde encore une part du mystère
Mardi 16 janvier 2001, Laurent-Désiré Kabila passait une journée ordinaire comme les autres. Dans son bureau, au Palais de Marbre, situé dans la commune de Ngaliema, il travaillait avec son conseiller, Emile Mota. Peu avant 14 heures, un jeune soldat de la garde, un caporal du nom de Rachidi Mizele, arrive devant le bureau de Laurent-Désiré Kabila et demande à aller présenter « ses civilités » au président. La garde laisse Rachidi entrer. Ce dernier se dirige vers le chef de l’Etat, en pleine conversation avec son conseiller, dégaine son arme et lui tire dessus. Le président s’écroule… Le meurtrier Rachidi sera lui aussi abattu par la sécurité rapprochée. Ainsi, ce « Kadogo » partira avec une part de vérité sur cet assassinat. Mais qui en était le commanditaire ? Sur cette question, le mystère reste entier !
Une année après l’assassinat, soit enmars 2002, le procès s’ouvre. Au total, 135 personnes sont jugées devant la Cour d’ordre militaire. Après 9 mois de procès, le verdict tombe. Ces militaires et civils sont tous condamnés à mort, y compris le colonel Eddy Kapend, l’aide de camp du chef de l’Etat. Mais aucun condamné à mort ne passera à la guillotine. Joseph Kabila, qui a pris la place de son père à la tête du pays respecte le moratoire adopté par la République démocratique du Congo, suspendant l’application de la peine de mort.
Ces condamnations à mort vont être commuées en prison à perpétuité. Les condamnés n’auront même pas la possibilité de faire appel de leur jugement. Surtout que les juges n’avaient pas motivé leur décision en démontrant le rôle de chaque accusé ou son degré d’implication dans cet assassinat du chef de l’Etat. Ils se sont limités au prononcé d’une sentence générale condamnant les accusés notamment pour négligence dans la protection du président, attentat à la vie du chef de l’Etat et haute trahison. Mais le rôle exact de chaque prévenu n’a pas été démontré tout au long du procès. Le verdict, quant à lui, n’a pas non plus été motivé.
Des doutes sur le procès
De plus en plus, l’opinion congolaise tout comme une partie de l’élite du pays remettent en cause le procès. Eddy Kapend et ses co-accusés seront perçus comme des coupables désignés et non les vrais commanditaires de l’assassinat. « Les gens qui sont en prison, je pense qu’ils ont porté le chapeau », résumait il y a quelques années, le feu Yerodia Abdoulayi Ndombasi, ancien ministre des Affaires étrangères de Laurent-Désiré Kabila puis vice-président de la République sous le règne du fils, Joseph Kabila. Pour ce compagnon de Mzee Kabila, il fallait donc avoir des coupables à présenter aux Congolais, à défaut des vrais commanditaires.
Vingt et cinq ans après, plusieurs personnes estiment que le procès sur cet assassinat n’a pas encore répondu à toutes les questions. Les véritables commanditaires du meurtre ne sont pas encore connus. Certains évoquent l’implication américaine sans toutefois avancer des preuves tangibles par rapport à cette piste. D’autres parlent de l’implication du Rwanda de Paul Kagame, son ancien allié. Une autre hypothèse évoque une complicité interne. « A qui profite le crime ? », s’était interrogé George Mirindi, un des gardes du corps condamné par contumace et qui a vécu longtemps en exil. « La vérité sur la mort de Mzee Kabila ne se trouve ailleurs que dans le régime qui a pris le pouvoir le 16 janvier 2001. Une série de preuves en béton me permet de le confirmer, moi qui suis témoin des mises en scène que le nouveau régime a inventé », a écrit George Mirindi dans un ouvrage de 633 pages intitulé « La mort de LD Kabila : ne nie pas, c’était toi ».
Cet ancien garde du corps de Laurent-Désiré Kabila a qualifié de « faux procès » l’action judiciaire ayant conduit à la condamnation des 135 personnes. Il a aussi critiqué la « propagande » de l’ancien ministre de la Justice, feu Mwenze Kongolo et son film présentant Rachidi Mizele comme l’assassin de Mzee Kabila, vengeant, selon lui, l’assassinat de Anselme Masasu Nindaga, un compagnon de Mzee dans l’AFDL exécuté après un procès expéditif. Masasu était aussi très proche de Rachidi.
L’impérialisme occidental pointé du doigt
Vingt-cinq ans après, peu importe les versions, il apparaît que Laurent-Désiré Kabila a été victime d’un « complot » facilité par certains de ses proches. Lors de la sixième édition de la leçon publique organisée, le 15 janvier 2025, par la Fondation Mzee Laurent-Désiré Kabila, le professeur Michel Bisa a affirmé que l’assassinat de Mzee Laurent-Désiré Kabila est l’œuvre de l’impérialisme occidental, y compris la mort de Patrice Emery Lumumba et de Simon Kimbangu.
Ce coup d’Etat du 16 janvier 2001 a fondamentalement changé le destin du pays. Saurait-on la vérité un jour ? Si l’impérialisme occidental a des liens avec cette conjuration, peut-être qu’un jour, des documents déclassifiés pourraient éclairer la lanterne des Congolais restés sur leur soif de vérité 25 ans après cet assassinat mystérieux.
Heshima
You may like
Nation
Assainissement de Kinshasa : les défis qui attendent le général Kasongo Kabwik à la tête de la Task Force
Published
3 jours agoon
juin 1, 2026By
La redaction
Face à la persistance de l’insalubrité dans la capitale congolaise, le président de la République, Félix Tshisekedi, a mis en place une Task Force spéciale pour accélérer les opérations de salubrité publique. Celle-ci sera coordonnée par le lieutenant-général Jean-Pierre Kasongo Kabwik, commandant du Service national, avec l’appui d’experts du gouvernement central et de l’Hôtel de Ville de Kinshasa. Après les résultats palpables obtenus à la tête du Service national, l’un des officiers les plus sollicités par le chef de l’État devra faire face à une montagne de défis. Heshima Magazine revient sur quelques-uns d’entre eux.
Sept ans après son arrivée au pouvoir, Félix Tshisekedi s’est montré particulièrement remonté face au statu quo qui prévaut à Kinshasa en matière d’insalubrité et d’embouteillages. Le samedi 23 mai, lors d’une tournée d’inspection de plusieurs chantiers dans la capitale, il n’a pas caché sa colère devant le même constat d’insalubrité. À l’étape du Marché central de Kinshasa, communément appelé « Zando », où il a pu mesurer l’ampleur des défis liés à l’assainissement et à l’état des espaces publics, le président de la République n’a pas mâché ses mots : « Toutes ces routes que l’on a réhabilitées devraient-elles rester dans cet état ? Gare à vous si je retrouve encore la même saleté que j’ai vue hier ! », s’est-il emporté en s’adressant au ministre provincial des Infrastructures, Alain Tshilungu.
Une semaine plus tard, la décision est tombée : la salubrité de la ville a été confiée à une Task Force placée sous l’autorité de la Présidence de la République et coordonnée par le général Jean-Pierre Kasongo Kabwik. L’annonce officielle de cette décision est intervenue le vendredi 29 mai, à l’issue du Conseil des ministres. À travers cette nomination stratégique, les autorités entendent impulser une nouvelle dynamique dans la gestion de la salubrité urbaine.
Une Task Force pluridisciplinaire sera prochainement déployée dans les quatre districts de Kinshasa. Placée sous l’autorité directe du président Tshisekedi et pilotée par le lieutenant-général Jean-Pierre Kasongo Kabwik, cette structure réunira des experts issus de plusieurs ministères, notamment ceux de l’Intérieur, de la Défense, de l’Urbanisme, de la Santé publique, de l’Environnement ainsi que des Infrastructures et Travaux publics, en collaboration avec l’Hôtel de Ville.
Le nouveau comité d’assainissement aura pour mission de coordonner toutes les opérations de nettoyage. Il veillera à la réhabilitation des espaces publics dégradés ainsi qu’à l’évacuation efficace des déchets. Par ailleurs, un accent particulier sera mis sur la sensibilisation de la population au respect des règles d’hygiène et de salubrité. À travers cette approche intégrée, les autorités entendent restaurer durablement la propreté et l’ordre urbain dans la capitale.
Des défis urbains massifs
Le général Kasongo hérite d’une situation fortement dégradée : accumulation de déchets, caniveaux obstrués, occupation anarchique de l’espace public dans plusieurs communes et embouteillages monstres. Face à ces défis, le lieutenant-général devra privilégier des solutions structurelles. Pourtant, dans sa qualité de coordonnateur de la Task Force, il aura toujours besoin de l’appui des autorités disposant du pouvoir de décision, notamment le gouvernement provincial. Connaissant sa détermination à mener à bien les missions qui lui sont confiées, comme il l’a démontré à la tête du Service national, le coordonnateur de la Task Force pourrait être amené à empiéter sur certaines compétences traditionnellement dévolues à la ville. Mais un analyste de la question voit les choses autrement : « Le général Kasongo Kabwik agira au nom d’une institution supérieure à la ville. Il interviendra au nom et pour le compte de la Présidence de la République, institution dont relève le Service national », explique-t-il.
Les écueils à surmonter
Kinshasa compte environ 17 millions d’habitants et souffre depuis des années d’un système de gestion des déchets défaillant. L’expérience du Service national, centrée sur des centres pilotes et la polyvalence de la main-d’œuvre, devra être adaptée à l’échelle de toute la ville. Un autre défi majeur réside dans la coordination interinstitutionnelle. La Task Force associe le gouvernement central et l’Hôtel de Ville. Sa réussite dépendra de la capacité du général à harmoniser l’action des différents services urbains, souvent confrontés à un manque de moyens et de coordination.
Moyens financiers et adhésion de la population
Dans le domaine de l’assainissement comme dans celui de l’encadrement des Kuluna, la communication est cruciale. Bien qu’il soit rompu à cet exercice, le général aura besoin d’être accompagné par une stratégie de communication adaptée à ses nouvelles responsabilités. Une mauvaise perception des opérations de nettoyage ou des éventuelles mesures de déguerpissement pourrait susciter des résistances au sein de la population. Les moyens logistiques et financiers devront également suivre afin de faciliter cette tâche titanesque dans une ville qui n’a plus bénéficié d’une véritable politique structurée de salubrité depuis la fin, en 2015, du Programme d’assainissement et de réhabilitation de la ville de Kinshasa (PARAU), mis en œuvre avec l’appui de l’Union européenne sous le gouvernorat d’André Kimbuta.
Un profil qui rassure
Nommé général-major en juillet 2020, Jean-Pierre Kasongo Kabwik dirige le Service national depuis juillet 2018. Il est reconnu pour avoir transformé de nombreux délinquants juvéniles, communément appelés « Kuluna », en véritables « bâtisseurs de la République » au centre pilote de Kaniama Kasese. Le président Tshisekedi avait d’ailleurs salué publiquement ce travail en février 2022, soulignant que ces jeunes produisent aujourd’hui du maïs, des bancs scolaires et d’autres biens utiles à la nation.
A lire aussi : https://heshimardc.net/v1/2022/05/09/comprendre-le-service-national-entretien-exclusif-de-jp-kasongo-kabwik/
À son arrivée à la tête du Service national, il avait relancé les activités avec des moyens limités, allant jusqu’à récupérer les pièces de trois tracteurs en panne afin d’en remettre un en état de fonctionnement. Il a également piloté le transfert de Kuluna vers Kaniama Kasese, une opération qui avait suscité des critiques de la part du ministre des Droits humains en 2021. Jean-Pierre Kasongo avait alors défendu cette initiative en mettant en avant les conditions d’encadrement des jeunes, leur alimentation, leur formation ainsi que leurs activités sportives.
Cette expérience démontre que le Service national est parti de presque rien en 2018 pour devenir un outil opérationnel reconnu. Toutefois, l’assainissement de Kinshasa représente un défi d’une tout autre ampleur. La Task Force devra mobiliser des engins adaptés, du personnel qualifié et un financement durable, au-delà de l’effet d’annonce.
La nomination de Jean-Pierre Kasongo traduit la volonté des autorités de donner une nouvelle impulsion à la lutte contre l’insalubrité, l’un des principaux défis urbains de Kinshasa. La réussite de cette opération reposera sur l’implication conjointe des institutions et de la population. À ce niveau, l’engagement citoyen demeure un levier essentiel pour garantir des résultats durables. Pour l’heure, les habitants attendent un calendrier d’actions précis ainsi que des moyens concrets capables de produire des changements visibles sur le terrain. Reste à savoir si le modèle de Kaniama Kasese pourra être transposé avec succès à l’échelle d’une mégapole aussi complexe que Kinshasa.
Heshima Magazine
Nation
Kinshasa Kia Mona : le pari fou d’une nouvelle ville pour désengorger la capitale congolaise
Published
5 jours agoon
mai 29, 2026By
La redaction
Face à l’explosion démographique et aux embouteillages chroniques qui étouffent Kinshasa, les autorités congolaises ont lancé, depuis décembre 2025, « Kinshasa Kia Mona », un gigantesque projet d’extension urbaine à l’est de la capitale. Que sait-on réellement de ce mégaprojet inédit depuis l’indépendance ? Combien pourrait-il coûter à la République ? Tentative d’explication.
Kinshasa rêve plus grand. Beaucoup plus grand qu’on ne pouvait l’imaginer. Avec près de vingt millions d’habitants et une urbanisation galopante, la capitale congolaise suffoque sous le poids de sa propre croissance démographique. Embouteillages monstres, insuffisance des infrastructures, pénurie de logements et extension anarchique des quartiers périphériques illustrent les défis quotidiens auxquels sont confrontés les Kinois. Pour répondre à cette pression devenue difficilement maîtrisable, le gouvernement congolais a officiellement lancé le projet « Kinshasa Kia Mona », une nouvelle ville appelée à transformer durablement le paysage urbain de la mégapole.
Pourtant, au départ, le projet peinait à convaincre. Beaucoup d’initiatives similaires annoncées par le passé n’ont jamais véritablement vu le jour. C’est notamment le cas de Fatshi City, dévoilé en 2021. Porté par la société privée Bitec Consulting, ce projet ambitionnait de construire des cités modernes et connectées sur des sites militaires à Kinshasa et dans certaines provinces. Bien qu’approuvé par le président de la République, ce programme reste, à ce jour, largement inachevé.
Kinshasa Kia Mona, un projet à plus de 50 milliards USD
Cette fois, les autorités assurent vouloir passer à la vitesse supérieure. Kinshasa Kia Mona a été officiellement lancé en décembre 2025 par le président Félix Tshisekedi dans la commune de Maluku, à environ 45 kilomètres du centre-ville de Kinshasa. Estimé à plus de 50 milliards de dollars américains, le projet s’étendra sur près de 43 000 hectares. Il prévoit la construction de quartiers résidentiels modernes, de zones industrielles, d’infrastructures hospitalières, d’universités, de centres commerciaux ainsi que de vastes espaces verts.
Le site principal est situé à Menkao, dans la commune de Maluku. Le gouvernement congolais a également décidé d’intégrer une partie du groupement de Kingakati, près du parc de la Vallée de la N’sele, dans cette future ville.
À terme, Kinshasa Kia Mona pourrait accueillir jusqu’à cinq millions d’habitants. Son modèle de financement repose sur plusieurs mécanismes : partenariats public-privé (PPP), prêts bancaires, financements des banques de développement, modèles BOT (Build-Operate-Transfer), garanties foncières, levées de fonds et subventions publiques.
Au cœur du projet figure un vaste pôle industriel multisectoriel structuré autour de huit parcs spécialisés, allant des hautes technologies aux industries pharmaceutiques, en passant par la transformation agroalimentaire et l’économie circulaire.
Plus de 225 000 emplois annoncés
Selon les autorités congolaises, Kinshasa Kia Mona ambitionne également de devenir un puissant moteur économique. La première phase du projet prévoit notamment la construction d’une cité industrielle capable d’abriter jusqu’à 160 usines dès les premières années. À terme, plus de 225 000 emplois directs et indirects pourraient être créés, dont environ 30 000 dès la première phase du chantier. Les autorités présentent ce projet comme une réponse durable aux défis de l’urbanisation, mais aussi comme un symbole de modernisation et d’industrialisation de la RDC.
Cependant, plusieurs observateurs restent prudents. Certains experts s’interrogent sur la capacité réelle de l’État à financer durablement un projet aussi colossal dans un contexte marqué par les difficultés d’accès aux services de base dans plusieurs communes de Kinshasa. D’autres estiment que le succès de cette nouvelle ville dépendra surtout de la qualité des infrastructures routières, de l’accès à l’eau et à l’électricité, mais également de la transparence dans la gouvernance du projet.
Des entreprises chinoises privilégiées ?
La première pierre de la cité industrielle, portée par un consortium d’entreprises chinoises, a été posée en décembre 2025. Cette zone constitue la première phase de la gigantesque nouvelle ville.
Selon plusieurs sources, seuls 15 à 20 % des espaces industriels seraient ouverts à des investisseurs non chinois. Les projections sino-congolaises évoquent l’implantation de près d’un millier d’usines dans les cinq prochaines années.
Toutefois, les autorités congolaises assurent vouloir diversifier les partenaires. L’ancien ministre de l’Urbanisme et de l’Habitat, Alexis Gisaro Muvunyi, avait notamment précisé : « La Chine est peut-être entrée en premier dans la cité industrielle, mais cela ne représente qu’une petite partie des espaces à développer. Il y a de la place pour tout le monde. »
Dans cette logique, le coordinateur du projet, Thierry Katembwe, a multiplié les missions à l’étranger, notamment à Paris, à l’invitation du Medef. Selon plusieurs médias internationaux, ces démarches ont déjà permis la signature d’accords avec Dassault Systèmes, tandis que Bpifrance participe également au financement du projet. « Le projet n’est absolument pas uniquement chinois », a insisté Thierry Katembwe, évoquant également l’intérêt d’investisseurs américains, sud-africains, canadiens et congolais.
Un défi colossal
Derrière les ambitions affichées, le défi reste immense. Pour plusieurs urbanistes, la réussite de Kinshasa Kia Mona dépendra avant tout de la capacité des autorités à garantir la viabilité des infrastructures, la transparence des financements et l’accessibilité des logements pour les populations kinoises. Car Kinshasa traîne déjà une longue histoire de projets urbains ambitieux restés inachevés ou freinés par des difficultés de gouvernance.
Si cette nouvelle ville pourrait offrir un second souffle à une capitale saturée, un autre défi majeur demeure : celui du coût des logements. Leur accessibilité déterminera en grande partie la capacité réelle du projet à désengorger l’ancien centre-ville.
Avec Kinshasa Kia Mona, la RDC veut tourner une page et offrir à sa capitale un nouveau visage. Entre rêve futuriste et immense défi de réalisation, cette ville nouvelle pourrait devenir soit le symbole de la modernisation congolaise, soit rejoindre la longue liste des grands projets africains confrontés aux réalités du terrain. Une chose est sûre : à Kinshasa, l’avenir semble désormais se construire vers l’est.
Heshima Magazine
Nation
Préparation chamboulée, supporters bloqués en RDC : quand Ebola perturbe le rêve mondialiste des Léopards
Published
7 jours agoon
mai 28, 2026By
La redaction
À quelques semaines de la Coupe du monde 2026, la résurgence du virus Ebola en République démocratique du Congo (RDC) bouleverse la préparation des Léopards. Entre restrictions sanitaires, stages annulés, refus de visas aux supporters congolais vivant au pays et inquiétudes internationales, la sélection congolaise voit son parcours vers le Mondial fragilisé par une nouvelle crise sanitaire.
La République démocratique du Congo vit une situation paradoxale. Alors que le pays célèbre sa qualification historique à la Coupe du monde 2026, une résurgence du virus Ebola menace aujourd’hui de perturber l’aventure des Léopards sur la scène internationale. Depuis plusieurs semaines, les autorités sanitaires congolaises et l’Organisation mondiale de la santé (OMS) alertent sur une flambée inquiétante de la souche Bundibugyo du virus Ebola dans l’est du pays. Selon l’OMS, la propagation de l’épidémie est désormais jugée « très élevée » au niveau national.
Jusqu’au 25 mai, 101 cas avaient été confirmés, dont 10 décès, en RDC, avec comme épicentre la zone de santé de Mongbwalu, dans le territoire de Djugu, en Ituri, au nord-est du pays. « Mais nous savons que l’épidémie en RDC est bien plus vaste. Il y a désormais plus de 900 cas suspects et 220 décès suspects », a précisé Tedros Adhanom Ghebreyesus, directeur général de l’OMS.
Une épidémie qui perturbe le rêve mondialiste des Léopards
Face à cette situation, les conséquences dépassent désormais le seul cadre sanitaire. Le football congolais, en pleine euphorie après sa qualification au Mondial, se retrouve directement affecté.
Les États-Unis ont imposé une période d’isolement aux joueurs avant leur entrée sur le sol américain. Une mesure qui suscite la polémique, d’autant plus que la totalité des joueurs convoqués par le sélectionneur Sébastien Desabre ne vivent pas en RDC. Leur dernier séjour au pays remonte au début du mois d’avril à Kinshasa, loin de l’épicentre actuel de l’épidémie, et avant même la déclaration officielle de la maladie, intervenue le 15 mai.
Malgré cela, les joueurs se conforment déjà au protocole sanitaire mis en place. Deux bulles sanitaires ont été organisées en Belgique. La première regroupe les joueurs et une partie du staff technique déjà présents en Europe. La seconde concerne les membres du staff arrivés de Kinshasa, notamment les entraîneurs adjoints ainsi que Dodo Landu, team manager de l’équipe nationale.
Stage de préparation annulé à Kinshasa
La Fédération congolaise de football (FECOFA) a dû annuler le stage de préparation prévu à Kinshasa, ainsi qu’une cérémonie officielle d’adieux aux supporters et de décoration des Léopards programmée le 26 mai dernier.
Les activités prévues dans la capitale, notamment une conférence de presse du sélectionneur Sébastien Desabre et une rencontre avec les supporters, ont été suspendues pour des raisons sanitaires. Les Léopards ont ainsi été contraints de délocaliser leur préparation en Belgique afin d’éviter d’éventuelles restrictions de voyage imposées par les autorités américaines.
Des supporters vivant au pays privés du Mondial
Les États-Unis, pays hôte du Mondial avec le Canada et le Mexique, ont renforcé les mesures de contrôle pour les voyageurs en provenance de la RDC, de l’Ouganda et du Soudan du Sud. Washington a notamment imposé une période d’isolement de 21 jours pour certaines personnes ayant séjourné dans les zones concernées. Or, les Léopards sont également portés par des supporters infatigables venus du pays. Plusieurs groupes de soutien aux fauves congolais ne pourront finalement pas se rendre à la Coupe du monde.
Le gouvernement congolais tente actuellement un difficile rattrapage diplomatique en vue du deuxième match des Léopards prévu à Guadalajara, au Mexique. Mais il sera compliqué pour les autorités mexicaines d’accorder des visas aux supporters congolais dans le contexte sanitaire actuel. Le supporter congolais Michel Kuka Mboladinga dit « Lumumba Vea », devenu célèbre lors de la CAN 2025 pour son hommage à Patrice Emery Lumumba, avait déjà manqué la finale des barrages intercontinentaux contre la Jamaïque, au Mexique, en raison d’un problème de visa.
Reste à savoir si ce dernier pourra bénéficier d’une exception cette fois-ci, malgré les restrictions prises par les États-Unis, le Canada et probablement le Mexique.
En RDC, des supporters entre fierté et inquiétude
Même si aucun scénario d’exclusion de la RDC du tournoi n’a été officiellement évoqué par la FIFA, l’inquiétude grandit autour de l’impact de cette crise sanitaire sur la participation congolaise. À Kinshasa, de nombreux supporters oscillent entre fierté de voir la RDC participer à sa première Coupe du monde moderne et inquiétude face à un virus qui menace de perturber ce rêve mondialiste. « Nous sommes déjà très fiers de notre qualification. Nous aurions dû vivre cette phase finale comme une fête. Mais malheureusement, les joueurs seront privés de la majorité de leurs supporters restés au pays. Le gouvernement devrait trouver un moyen de mobiliser les Congolais de la diaspora pour remplir les tribunes de Houston, aux États-Unis, lors du match RDC-Portugal », a déclaré Marcus Kitoto, un supporter rencontré à Kinshasa.
La FIFA affirme suivre la situation de près en collaboration avec les autorités sanitaires internationales et la FECOFA. Une possibilité de remboursement des billets est déjà évoquée pour certains Congolais qui s’étaient déjà procuré le précieux sésame.
Au-delà du football, cette crise sanitaire rappelle une réalité plus profonde : en RDC, les grandes ambitions nationales restent souvent confrontées à des défis sanitaires, sécuritaires et sociaux majeurs. Et à l’approche du Mondial 2026, les Léopards devront désormais livrer un double combat : celui du terrain et celui contre une épidémie qui menace de ternir le rêve de toute une nation.
Heshima Magazine
Trending
-
Nation4 semaines agoRDC : Tshisekedi ouvre la porte à un 3e mandat, l’opposition monte au créneau
-
Non classé1 jour agoVille morte du 3 juin en RDC : un véritable test de popularité pour l’opposition
-
Santé1 semaine agoEbola en RDC : l’OMS alerte sur une épidémie « extrêmement grave » qui avance plus vite que la riposte
-
Nation4 semaines agoNégociations entre Kinshasa et AFC/M23 : pourquoi l’impasse perdure ?
-
Nation2 semaines agoEbola en RDC : ce que l’on sait de la souche « Bundibugyo », sans vaccin ni traitement
-
Non classé4 semaines agoRDC : Les sanctions américaines contre Kabila auront-elles un impact sur la crise sécuritaire ?
-
Nation3 semaines agoRDC : Pourquoi l’Église de réveil accompagne-t-elle souvent le pouvoir ?
-
Nation2 semaines ago17 mai 1997-17 mai 2026 : l’instabilité née de la « révolution » de l’AFDL se poursuit en RDC




























































