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Dossier

2021, année de tous les enjeux!

L’année 2020 était considérée comme celle de l’Action en République Démocratique du Congo. Et même si la grande pandémie Covid-19 a fortement perturbé le cours des événements à travers le monde, entraînant un chapelet de changements sociaux, démographiques, écologiques et économiques, en RDC où les populations attendaient énormément de cette année, le pays a tout de même vibré au rythme de quelques actions mémorables. L’effectivité de la gratuité de l’enseignement, les premières heures de l’instauration de l’Etat de droit, la réforme de la justice, la déchéance du Bureau de l’Assemblée nationale et l’effritement de la majorité parlementaire que le Front commun pour le Congo détenait depuis 2019. Cependant, sans que les deux années soient mises en concurrence, l’année 2021 contrairement à 2020, n’a pas été annoncée tambours battants. Elle n’est pas reliée à une accroche et, pourtant elle est celle de grands événements dont les préludes ont été joués vers le dernier trimestre de l’année 2020.

La reconfiguration de la scène politique congolaise par la création de l’Union sacrée, les premiers pas de Joseph Kabila dans l’opposition, la réforme de la Ceni, les nominations à la tête des entreprises et la présidence de l’Union Africaine que va exercer Félix-Antoine Tshisekedi, une première historique pour la RDC. Voilà entre autres, la panoplie d’événements tant attendus en 2021.

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La reconfiguration de la classe politique congolaise

L’opposition n’est pas faite pour tout le monde, en tout cas c’est l’image que quelques cadres jadis pros Kabila comme Julien Paluku, sont en train de véhiculer. Depuis la déchéance de Mabunda, l’ancien gouverneur du Nord-Kivu multiplie des appels du pied au Président Tshisekedi marquant même son adhésion au sein de l’Union sacrée, avec comme premiers pas l’invitation au Premier Ministre et aux membres de son gouvernement à démissionner. Une série de sorties médiatiques qui n’ont pas amusé ses anciens camarades de la plateforme. 

Tour à tour, Patrick Nkanga Bekonda, conseiller de Ilunga Ilunkamba, et son épouse la sénatrice Francine Muyumba, ont attaqué l’actuel ministre de l’Industrie avec des mots pas très tendres.

Faire l’inventaire des troupes, entendre chaque député et chaque sénateur FCC en vue d’identifier et de comprendre les problèmes à l’origine du malaise régnant actuellement dans ce qui était présenté hier comme une machine politique à toute épreuve.

Modeste BAHATI LUKWEBO,
président de l’AFDC-A Informateur

 La veille de la nativité du Christ, le porte-parole du FCC, Alain Atundu Liongo a déclaré : « L’Union sacrée, ce projet FccCide n’est pas la voie idoine pour consolider la cohésion nationale. Bien au contraire, elle hypothèque dangereusement la cohésion nationale et la dignité du Congolais. » L’ancien patron des services de sécurité du temps de Mobutu traite l’Union sacrée de bâtard démocratique, un gâchis, un coup d’épée dans l’eau. Dans la foulée, il exige des députés Fcc ayant pris la route de l’Union sacrée de se signaler au Bureau de l’Assemblée nationale afin d’y être remplacés par leurs suppléants respectifs.

Cependant, au sein du FCC, certains cadres rassurent que la majorité ne s’est nullement effritée. La déchéance de Mabunda était l’expression d’un ras-le-bol exprimé dans les rangs mêmes du FCC sans que cela ne devienne une mission réussie pour Félix Tshisekedi. La nouvelle majorité parlementaire ne lui est pas encore acquise de facto. C’est d’ailleurs dans cette perspective que Joseph Kabila sur le corps, tente de remobiliser ses troupes en mettant en place une équipe dirigée par Raymond Tshibanda Tunga Mulongo en vue d’écouter les élus FCC, déterminer les raisons de leur expression de rasle-bol et savoir surtout comment y remédier pour barrer le passage au train Tshisekedi, qui avance pour gérer selon sa vision. Il est évident qu’en quête de grâces, quelques membres du FCC traversent du côté Tshisekedi au détriment de Kabila, ainsi, le puzzle sera refait de part et d’autre sans tomber dans le qui « trop embrasse mal étreint ». Les nouvelles recrues ne devraient pas mettre à mal les anciens membres, les fidèles, les loyaux, ce qui pourra rendre vulnérable même le camp s’estimant dorénavant fort.

Gouvernement-Entreprises publiques : la poule aux œufs d’or !

« Depuis la mort de Mzée Laurent-Désiré Kabila, une dictature s’est installée au Congo, l’Udps a tenté d’appliquer la force pour la chasser, nous avons fait de même. Maintenant si le Président Tshisekedi est au pouvoir, c’est grâce au travail que nous avons fourni, il faut qu’il se rappelle de nous. Une grande personnalité comme moi ne doit pas être chômeur. Qu’on me nomme PCA d’une grande entreprise basée dans le Kongo Central ou ministre du nouveau gouvernement », a déclaré Ne Mwanda Nsemi, le leader du parti politique Bundu dia Mayala au micro de la radio Top Congo. Une question de récompense du fait des combats entrepris politiquement, telle est la crainte concernant l’attente de la nouvelle gestion que d’aucuns présentent comme salvatrice d’un Congo dans un coma profond depuis des décennies. L’informateur Modeste Bahati n’a que peu de jours pour la détermination de la majorité parlementaire reconfigurée ou pas, préalable avant la mise en place du nouveau gouvernement qu’il pilotera peut-être.

Moïse KATUMBI CHAPWE, président de Ensemble pour le Changement 

 Après un échec cuisant du gouvernement Ilunkamba dont le bilan ne sait être présenté, les attentes vis-à-vis de la prochaine équipe sont grandes : redresser l’économie, éradiquer l’insécurité à l’Est du Congo, endiguer la crise sanitaire due à Ebola et à la Covid-19, préparer les élections de 2023 et doter la RDC d’un budget à la hauteur de ses potentialités. Avec des opposants intraitables à l’exemple de Martin Fayulu, candidat malheureux à la dernière présidentielle et Joseph Kabila, leader du FCC défait, la machine Tshisekedi n’a pas droit à l’erreur. Elle devra convaincre déjà par sa composition et par le fond de son travail. Le fait d’avoir Modeste Bahati comme potentiel Premier Ministre annonce un gouvernement séduisant connaissant la qualité et les valeurs dont regorge le leader de l’AFDC.

Ainsi, il ne serait pas impossible de bénéficier d’un gouvernement six étoiles auréolé d’un Jean-Marc Kabund en remplacement de Gilbert Kankonde à l’Intérieur où sa rigueur et son expérience d’homme populaire peuvent être mises à contribution. Moïse Katumbi et Jean-Pierre Bemba devenus désormais alliés de taille de Félix Tshisekedi seraient assurément récompensés par des portefeuilles aussi juteux que stratégiques non pas pour eux-mêmes, mais pour leurs poulains. Le retour d’un Olivier Kamitatu au ministère du Plan dont il maîtrise les rouages pour avoir été son animateur sous Kabila entre 2011 et 2015 n’est pas à exclure, un Francis Kalombo au ministère de l’Information ou encore à la Justice est attendu. Ce dernier, autrefois chantre de Joseph Kabila n’avait jamais été récompensé d’un portefeuille que certains ont présenté comme principale raison de sa défection.

Jean Pierre BEMBA GOMBO,
président du MLC

Du côté de Jean-Pierre Bemba, il est possible que ce soit de nouvelles têtes aux mains sans tâches qui viennent au-devant de la scène. Le jeune député national du MLC, Daniel Mbau a séduit son monde tant par sa verve oratoire que par la pertinence de ses interventions ; avocat réputé, il pourrait aussi prétendre au ministère de la Justice.

En parlant de la jeunesse, le Président Tshisekedi a montré tout son intérêt pour la jeune élite de son pays. Il pourra faire monter Ted Beleshayi à la place d’Acacia Bandubola au ministère de l’Economie nationale, maintenir Junior Mata aux Finances comme titulaire ou adjoint alors que l’UNC Baudoin Mayo conservera peut-être le Budget.

S’agissant des entreprises publiques, la deuxième vague de nominations est attendue et cette dernière concerne les gros poissons, les poules aux œufs d’or de l’économie congolaise. Le pourvoyeur des partis politiques, des campagnes électorales ne sont nullement les portefeuilles ministériels, mais les entreprises publiques. Plus d’une année, des gens et courtisans se promènent soit à Limete soit à la Cité de l’Union africaine ou se contentent de rabâcher des oreilles par des appels téléphoniques depuis l’Europe espérant glaner un poste de directeur général ou d’adjoint dans des entreprises stratégiques comme la Caisse nationale de sécurité sociale, la Société nationale d’électricité, la Regideso, l’Ogefrem, la Dgda, la Dgrad, etc. Qui aura quoi, pourquoi, comment et avec quel apport réel et direct sur l’intérêt général ? Les prochains jours sauront mieux répondre à ces questions. Voilà à quoi ressemblera donc l’année 2021 pour la République Démocratique du Congo, mieux qu’une année de l’Action, une année des attentes.

 Les Gouverneurs de Provinces au garde à vous !

La septième Conférence des gouverneurs de provinces qui s’est tenue du 27 au 29 décembre dans la salle de réunion du Palais de la Nation, à Kinshasa est considérée comme le point d’orgue d’événements politiques organisés en 2020. Si ces assises n’ont pas eu directement un message évocateur, le thème choisi : « la gouvernance des provinces dans l’environnement démocratique actuel : défis et opportunités » revêt, quant à lui plein de sens à quelques jours de la mise en place effective de l’Union sacrée de la Nation, telle que l’a décidée Félix Tshisekedi au sortir des consultations présidentielles.

Faut-il rappeler que la Constitution de la RDC institue la décentralisation, ce modèle de gestion qui consiste pour le pouvoir central de transférer une partie de ses prérogatives à des entités dites territoriales décentralisées ? Celles-ci jouissent d’une personnalité juridique leur conférant dans la foulée une autonomie de gestion. Et si d’aucuns voyaient en la décentralisation un risque latent de balkanisation dans la mesure où les animateurs des provinces même s’ils ne sont qu’élus au suffrage indirect sont avant tout de grands leaders d’opinion, populistes à l’exemple aujourd’hui de Richard Muyej, Jacques Kyabula, Atou Matubuana ou encore Jean Muteba comme ce fut le cas, autrefois sous Kabila, de Moïse Katumbi, André Kimbuta, etc. Remettre la gestion quotidienne à des politiques de la trempe des précités constitue réellement un risque à prendre.

Joseph KABILA K. autorité morale du FCC,
président honoraire de la
République Démocratique du Congo

Ainsi donc, avec la coalition Front Commun pour le Congo et Cap pour le Changement désormais dans les oubliettes, la majorité jadis acquise au FCC à l’Assemblée nationale et dans les assemblées provinciales, il était plus qu’impérieux pour le cinquième Président congolais de procéder au rappel des troupes sachant avec pertinence que la quasi-totalité des vingt-six gouverneurs de provinces étaient des pros Kabila. Et même si trois de ces gouverneurs à savoir, Jean Bamanisa, Atou Matubuana, le gouverneur du Sankuru, ont nargué leurs assemblées provinciales et les mots d’ordre de Kingakati demandant leur éviction, la majeure partie de ceux-ci déclarent encore leur loyauté au FCC.

Le Président congolais a profité de la septième Conférence des gouverneurs des provinces pour rappeler à ses invités que l’intérêt général, le salut du peuple demeurent l’objet de sa politique en lieu et place de l’individualisme ou encore de l’égoïsme politique conduit par les colorations politiques. Il a informé avec insistance sur sa volonté de mettre en place l’Union sacrée de la Nation pour laquelle il sollicite l’apport de toutes les forces représentatives dont font partie les gouverneurs de provinces, eux qui sont en contact permanent avec les problèmes de la société et qui sont mieux placés pour proposer des solutions au développement intégré. En deux jours de travail, les animateurs des 25 provinces ont lu une motion de soutien total à Félix Tshisekedi et à l’Union sacrée. Assez pour comprendre que le message est passé et que rien ne peut faire obstruction à l’Union sacrée à travers le pays aux superficies continentales.

Réformes importantes, la Céni en ligne de mire !

 Le 06 décembre 2020, le Président congolais, Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo a présenté les conclusions issues des consultations nationales qu’il avait initiées à Kinshasa du 02 au 25 novembre de la même année. Un discours globalisant qui a fait l’effet d’une bombe tant il a été dans le sens de tous les secteurs de la vie avec dans sa gibecière une série des réformes dont les plus importantes sont d’ordre politique et électoral :

  • opérer, sur la base d’un large consensus, des réformes constitutionnelles portant sur le mode de scrutin ou le seuil minimum aux élections législatives nationales, la rétrocession aux provinces afin de rendre effective la décentralisation, la loi sur la nationalité afin de permettre aux nombreux concitoyens de la diaspora de conserver, selon le cas, la nationalité congolaise d’origine ;
  •  ouvrir un débat en vue de la réintroduction de l’élection présidentielle au suffrage universel direct à la majorité absolue (2 tours) et, le cas échéant, verrouiller ces dispositions dans une révision constitutionnelle ;
  • réhabiliter les partis politiques dans leur rôle de principaux moteurs de la démocratie et acteurs de la vie parlementaire, en lieu et place des regroupements politiques, conformément à l’esprit et à lettre de la Constitution, notamment son article 6 ;
  •  réduire la taille du gouvernement ;
  • accorder à chaque groupe parlementaire constitué au sein des  2 chambres, des plages horaires gratuites et équitables au sein de la chaine de télévision publique parlementaire, pour y défendre ses opinions, idées ou activités ; 
  • en 2023, organiser les premières élections locales en même temps que les élections nationales ;
  • changer le mode de scrutin des Gouverneurs de provinces et des Sénateurs ; 
  • accélérer la désignation du porte-parole de l’opposition ;
  •   Supprimer le Ministère de la Décentralisation et réintégrer sa fonction au sein du Ministère de l’Intérieur ;
  • dépolitiser l’Administration du territoire en privilégiant les critères d’ancienneté et de compétence dans les nominations des administrateurs des territoires, ainsi que la promotion des non originaires ;
  •   procéder à l’identification des citoyens congolais et étrangers résidents, et délivrer les nouvelles cartes d’identité sécurisées avant fin 2022 ; 
  • assurer le vote pour les congolais de l’étranger aux prochaines élections nationales ; 
  • créer des sièges pour les congolais de l’étranger à l’Assemblée nationale ; 

Des réformes importantes qui vont sans nul doute donner un coup de rabot à la politique congolaise tant décriée dans le monde suite à sa démocratie jugée de parodie. Une façon pour Félix Tshisekedi de danser au rythme du G13, ce collectif de treize parlementaires et personnalités politiques du Congo, qui plaidait depuis juillet 2020 pour des réformes en profondeur de la centrale électorale de la RDC, en lieu et place de procéder directement à la nomination de Ronsard Malonda comme président de la Ceni en remplacement de Corneille Nangaa Yobeluo, l’homme par qui est venu l’alternance politique historique. Fin juillet 2020, Félix Tshisekedi avait refusé d’entériner la désignation de Ronsard Malonda par une ordonnance. Même si à cette époque, répondant à une correspondance de l’Assemblée nationale à ce sujet, le locataire du Palais de la Nation avait évoqué un manque de soubassement, l’idée première dans la tête de Fatshi était celle de conditionner toute action électorale par une série des réformes profondes. Si hier, l’alliance avec le FCC majoritaire au Parlement était une grosse écharde, à ce jour, plus rien ne peut empêcher la machine de débouler calmement.

La RDC au sommet de l’Afrique !


Félix-A. TSHISEKEDI
président de la République Démocratique du Congo

Il y a deux ans, au mois de février 2019, Félix Tshisekedi participe à son premier sommet de l’Union africaine. Lors de ces assises historiques, le Président Fatshi va être davantage gratifié en se voyant élire deuxième vice-président de l’instance continentale avec comme conséquence l’occupation du poste de président en 2021. Pour la RDC c’est une histoire qui s’écrit en belles lettres.

 

C’est pour la première fois que le pays de Lumumba exerce la présidence. Deux ans après, le rêve d’autrefois tend à se réaliser. Cela n’est plus qu’une question de jours. Le 03 décembre 2020, Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo a reçu en audience, Monsieur Moussa Faki Mahamat, président de la Commission de l’Union Africaine. Cette rencontre était relative à la préparation de la présidence de l’Union Africaine que s’apprête à exercer le Président Tshisekedi, à l’issue de l’Assemblée générale ordinaire qui se tiendra à Addis-Abeba en février 2021.

Juste après, le cinquième Président congolais s’est entretenu avec le panel qui va accompagner son mandat à la tête de l’instance continentale. Qu’attendre de la RDC ? Le Président Tshisekedi y a répondu lors de son message de vœux la nuit du 31 décembre 2020. 

Pour madame Winnie B, Directrice de l’ONU/Sida ; Félix Tshisekedi devra, en sa qualité de Président de l’UA, militer pour que l’Afrique obtienne rapidement le vaccin contre la Covid-19. Tandis que Macron a rassuré son homologue congolais lors d’un appel téléphonique, de son soutien à l’Union africaine pour le développement du continent.

HESHIMA

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Bilan du PDL-145-T en RDC : Entre espoirs concrets et défis persistants…

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Lancé en grande pompe par le président Félix Tshisekedi, le Programme de développement local des 145 territoires (PDL-145T) se voulait un levier majeur de réduction des inégalités territoriales en République démocratique du Congo (RDC). Plusieurs années après son démarrage, l’heure est au bilan, entre avancées visibles sur le terrain et critiques sur la mise en œuvre.

Pensé comme un outil de transformation structurelle à la base, le PDL-145T avait pour ambition de désenclaver les territoires, améliorer l’accès aux services sociaux de base et stimuler les économies locales. Écoles, centres de santé, bâtiments administratifs, routes de desserte agricole : les projets identifiés répondaient aux besoins les plus pressants des populations rurales, longtemps marginalisées par les politiques publiques. Sur le terrain, des réalisations sont palpables. Dans plusieurs provinces, de nouvelles infrastructures scolaires et sanitaires ont vu le jour, permettant à des milliers de citoyens d’accéder plus facilement à l’éducation et aux soins. Le programme a également généré des emplois temporaires et relancé une certaine dynamique économique locale, notamment à travers les travaux publics.

Un bilan satisfaisant selon la Présidence de la République 

Depuis fin 2025 et début 2026, la Présidence de la République, à travers un conseiller, fait l’évaluation des travaux de ce vaste projet. Dieudonné Tshiakambila, conseiller spécial du Chef de l’État chargé du PDL-145T a été en tournée dans plusieurs provinces. « Lors de notre ronde dans l’espace Grand-Kasaï pour superviser la matérialisation du Programme de développement local des 145 territoires (PDL-145T), tout le monde est unanime que ce genre de bâtisses, dans les milieux très reculés, n’existaient pas avant. Ces ouvrages construits par le Chef de l’État sont très bien accueillis et très bien appréciés par la population, qui se sent enfin considérée au même titre que ceux des villes », a rapporté Dieudonné Tshiakambila après sa tournée.

Selon lui, des populations estiment que depuis le départ des Belges, rien de pareil n’a été construit et personne n’a jamais fait le déplacement jusqu’au fin fond de ces territoires comme il venait de l’effectuer afin de leur apporter soutien et espoir au nom du Chef de l’Etat, Félix Tshisekedi, à travers les grands ouvrages qu’il est en train de réaliser pour la population de ces territoires. Cette évaluation concernait notamment les provinces du Kasaï Oriental, Kasaï Central et Kasaï.

Des objectifs pas atteints en 2025 !  

Cependant, le bilan reste contrasté. Des retards importants dans l’exécution des travaux ont été constatés, des problèmes de coordination entre les acteurs impliqués et des surcoûts ont été régulièrement dénoncés. Certaines infrastructures ont été livrées inachevées ou ne répondent pas toujours aux standards de qualité attendus. À cela s’ajoutent des critiques sur le manque d’appropriation locale et la faible implication des autorités territoriales dans certaines phases du projet.

Pour le gouvernement, ces difficultés s’expliquent en partie par l’ampleur inédite du programme et par des contraintes logistiques dans un pays-continent. Les autorités assurent que des mécanismes correctifs ont été mis en place afin d’améliorer la gouvernance du PDL-145T et d’accélérer la livraison des ouvrages restants.

Des agences d’exécution livrent leurs bilans

Le PDL 145 territoires a pour vocation de vaincre la pauvreté et les inégalités territoriales constatées dans le Congo profond. Exécuté par trois agences, à savoir le Bureau central de coordination (BCECO), le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) et la Cellule d’exécution des financements en faveur des États fragiles (CFEF), ce projet a connu une réalisation notable dans la section dirigée par la CFEF.     

La CFEF s’est concentrée sur 7 provinces de la RDC. Elle a réalisé plus de trois quarts du projet dans sa première composante. Au total 343 infrastructures ont été construites dont 202 écoles primaires, 109 centres de santé et 32 bâtiments administratifs. Globalement, les travaux exécutés sont évalués à 77% par cette agence d’exécution. Dans les zones où les travaux de construction des bâtiments sont déjà achevés et des infrastructures livrées, c’est un discours de soulagement que l’on peut écouter de la part des bénéficiaires. Ce projet est un programme d’investissements publics multisectoriels orienté vers le monde rural.

Pour les 43 territoires sur les sept provinces sous la responsabilité de la CFEF, le bilan est satisfaisant malgré les difficultés rencontrées dans l’exécution de ce programme. Dans le cadre de la mise en œuvre de la première composante qui consiste à améliorer l’accès des populations des territoires ruraux aux infrastructures et services socioéconomiques de base, la CFEF a reçu du gouvernement, depuis février 2022, la responsabilité de construire et équiper 360 écoles primaires, 232 centres de santé et 43 bâtiments administratifs dans les provinces du Kongo Central, du Kwango, du Kwilu, du Mai-Ndombe, de l’Equateur, du Nord et du Sud-Ubangi.

Fin 2024, la CFEF a construit et équipé un total de 339 infrastructures dont 198 écoles primaires, 108 centres de santé et 33 bâtiments administratifs. Ce qui correspond à 76% des travaux exécutés en ce temps-là. « Les résultats sont palpables, nous retrouvons les mêmes standards des bureaux de Kinshasa en provinces, de par la qualité des ouvrages construits et aussi celle des équipements », s’était réjouie la CFEF. Cette agence fiduciaire de coordination et de gestion des projets dit recevoir également un retour positif de la part des bénéficiaires. « Nous recevons également les impressions des bénéficiaires qui ne manquent pas d’exprimer leur satisfaction et leur joie en voyant leurs conditions de travail, la qualité des soins et d’éducations s’améliorer significativement grâce à la main-d’œuvre employée par la CFEF », ajoute l’agence.

Au Kongo Central, dans le territoire de Lukula, l’administrateur du territoire a remercié le coordonnateur national de la CFEF pour la qualité des bâtiments et les équipements placés dans ces infrastructures. « Lorsque nous étions en prospection, avant de commencer ces travaux, j’avais un sentiment de tristesse en se disant comment l’Etat peut fonctionner dans des telles conditions ? Aujourd’hui, quand vous allez en province, vous avez un administrateur du territoire qui est fier et n’a rien à envier aux bureaux de Kinshasa. Ils ont des bureaux qui ont le même standard que Kinshasa », a expliqué Alain Lungungu, coordonnateur national de la CFEF, dans des propos relayés en 2024 par Heshima Magazine.        

Des bénéficiaires témoignent…

Les conditions professionnelles des enseignants, des fonctionnaires de l’administration territoriale ou des patients ont sensiblement changé dans certains territoires du pays. Habitué à travailler dans un vieux bâtiment colonial, certaines administrations des territoires possèdent désormais des bureaux modernisés. « Nous sommes maintenant considérés. Quand vous travaillez dans des meilleures conditions, vous êtes considérés. Nous sentons que nous sommes obligés de rendre un bon travail au chef de l’Etat pour qu’il voie que l’administration fonctionne », a déclaré Emery Kanguma, administrateur du territoire de Masi-Manimba. Ces efforts de modernisation ont été aussi constatés dans les infrastructures sanitaires dans les provinces du Kwango et Kwilu. Le personnel de santé qui prestait dans des centres de santé construits en chaume exerce maintenant dans des bâtiments modernes et équipés.     

Dans le territoire de Kenge, au Kwango, des élèves d’une école, qui apprenaient sous un hangar de fortune, ont désormais un bâtiment en matériau durable et mieux équipé. « Nous étions dans des conditions très misérables. Nous sommes très heureux de travailler dans un bâtiment moderne », a déclaré un enseignant de l’école EP Ngondi Makosi. « Nous remercions le président de la République qui a pensé à ce que nous ayons un bijou pareil », a renchéri Jean-Noël Kubangila, directeur de cet établissement scolaire situé dans le secteur de Biteko. Pour un autre enseignant à Masi-Manimba, c’est une première qu’un chef de l’Etat investisse autant dans les infrastructures dans le Congo profond souvent délaissé au profit des villes.

Des difficultés rencontrées

La CFEF et ses équipes ont rencontré des difficultés majeures lors de l’exécution de ce projet. Parmi ces contraintes, figurent notamment l’accès difficile à certains sites des territoires couverts, conduisant à un accroissement des coûts logistiques ; l’inadéquation entre l’offre des matériaux et la demande induite par les besoins du programme ; les coûts de transactions (en temps et en argent) élevés pour accéder au financement, allongeant ainsi les délais de démarrage effectif des travaux ; les problèmes sécuritaires dans certains territoires ont retardé le démarrage effectif des travaux et enfin les cas d’inondation signalés dans certains sites choisis. Malgré ces contraintes, la CFEF a réalisé 77 % des travaux. Les entreprises sélectionnées étaient suivies sur le terrain par les missions de contrôle dont la tâche est de veiller aux aspects techniques et au respect des règles de l’art dans la construction de ces édifices.

PNUD et BCeCo dressent également leur bilan 

Le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) a indiqué avoir livré 334 écoles sur 424 ; 54 bâtiments administratifs et 245 centres de santé, soit un total de 631 infrastructures sur les 764 prévues. De son côté, le Bureau central de coordination (BCeCo) annonce avoir atteint 82 % de réalisation, avec notamment 190 écoles livrées sur 414 ; 112 centres de santé sur 269, et 16 bâtiments administratifs sur 48 selon les moyens mis à sa disposition par le gouvernement.

Ce projet dans son volet partenariat avec PNUD-RDC a enregistré des résultats significatifs notamment 14 244 500 bénéficiaires qui ont vu leurs conditions de vie améliorées grâce aux infrastructures construites dans le cadre de ce programme. Au total, 286 centres de santé, 54 bureaux administratifs, 424 écoles primaires, 60 000 emplois temporaires créés dans plusieurs provinces du pays, d’après un rapport PNUD visuel consulté notamment par Heshima Magazine. 

Dans la province de la Tshopo, Mirandie Baza, élève à l’école primaire Madula avait fait savoir qu’avant, il s’asseyait par terre et quand il pleuvait, ils étaient mouillés. Mais aujourd’hui, « nous avons des bancs. Avant quand il pleuvait, on était mouillés mais maintenant on étudie dans des bonnes conditions », a-t-il témoigné.

Dans le Kasaï, Mme Sidonie Tshibola, résidente de Luebo, a salué les efforts du gouvernement pour ces infrastructures qui viennent améliorer leurs conditions de vie. « Nous disons infiniment merci à notre gouvernement. Depuis que nous sommes nés, nous n’avions jamais vu une telle infrastructure ici. Nous sommes très heureuses car autrefois, les femmes accouchaient à même le sol. Aujourd’hui, nous voyons un beau bâtiment avec la lumière, les bancs et les chaises. Nos enfants naîtront dans de bonnes conditions. Nous, les femmes enceintes étions autrefois dans des mauvaises conditions, aujourd’hui, nous avons un endroit digne d’un bon bâtiment, un bon endroit pour accoucher en sécurité. », a-t-elle fait savoir.

Le Représentant résident PNUD-RDC, Damien Mama, estime que le PDL 145-T est un exemple qui illustre l’engagement du gouvernement congolais à apporter des services dans les localités les plus reculées, les localités qui, pendant longtemps, n’ont reçu aucun service. Il a indiqué que tous les Congolais et Congolaises ont besoin et méritent d’avoir une bonne école, un bon centre de santé et que les administrateurs de territoires aussi aient des conditions de travail comme dans tous les ministères au niveau de Kinshasa.

Une initiative à pérenniser malgré les couacs…

L’évaluation du programme PDL 145 territoires en RDC montre des progrès encourageants malgré des résultats mitigés dans certains territoires, avec un taux d’exécution physique global estimé à environ 33% (au 15 novembre 2024), bien que les taux financiers soient plus élevés pour certaines agences d’exécution. Les principaux défis incluent les retards d’exécution, des infrastructures inachevées et des préoccupations concernant la qualité des ouvrages construits. Les raisons invoquées pour ces retards sont notamment le démarrage tardif des travaux, l’insécurité, l’enclavement de certaines zones et le vol de matériaux.  

Ce programme se concentre sur quatre composantes principales : l’amélioration de l’accès aux infrastructures et aux services de base dans les zones rurales, la promotion du développement des économies locales, le renforcement des capacités de gestion du développement local et la mise en place d’un système de suivi géo référencé pour évaluer en temps réel les progrès réalisés.

Au final, ce vaste et ambitieux projet apparaît comme une initiative ambitieuse qui a ouvert la voie à une nouvelle approche du développement en RDC. S’il n’a pas encore tenu toutes ses promesses, il a replacé les territoires au cœur de l’action publique, posant les bases d’un développement plus inclusif, à condition que les leçons tirées de sa mise en œuvre servent réellement à corriger le cap.

Heshima

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De Mobutu à Tshisekedi : les stratégies des chefs d’État congolais face au Rwanda

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Depuis plus de trois décennies, la République démocratique du Congo (RDC) entretient des relations complexes, souvent conflictuelles, avec le Rwanda. Ces tensions, réveillées notamment par les guerres dans l’est du pays et la résurgence du groupe armé M23, révèlent davantage des enjeux sécuritaires entre les deux pays. Des chefs d’État congolais ont chacun, à sa manière, fait face à ces défis de souveraineté, de légitimité politique, ainsi que des dynamiques diplomatiques et militaires au niveau régional ou international. De Mobutu Sese Seko à Félix Tshisekedi, voici un panorama des approches successives, comparables en certains aspects, contrastées dans beaucoup d’autres.

Sous Mobutu Sese Seko (1965-1997), la RDC – alors Zaïre – vivait dans le cadre de la guerre froide, avec des alliances fluctuantes, mais un contrôle intégral du territoire congolais était observé, notamment dans l’est du pays. Pendant cette guerre froide, le Zaïre était un allié de l’Occident. Les relations avec le Rwanda étaient relativement stables jusqu’en 1994, année du génocide des Tutsis au Rwanda.

Après ces massacres, des centaines de milliers de réfugiés hutus, y compris des miliciens, s’installèrent dans l’est du Zaïre. Plutôt que d’imposer une réponse forte, Mobutu adopta une position de tolérance relative, utilisant cette situation comme levier de pression politique sur Kigali, tout en peinant à imposer l’autorité de l’État dans les régions frontalières. Pour son Premier ministre de l’époque, Léon Kengo wa Dondo, cette situation était imposée par la communauté internationale qui avait exigé du Zaïre d’ouvrir ses frontières aux réfugiés en majorité hutus qui fuyaient l’entrée des rebelles du FPR de Paul Kagame au Rwanda dans la foulée du génocide qui se perpétrait. Le génocide rwandais a provoqué un exode massif de réfugiés vers l’est du Zaïre, mais aussi des militaires armés du régime du président Juvénal Habyarimana.

Mobutu face au Rwanda

Le maréchal Mobutu, qui soutenait comme la France le régime du président Habyarimana, se retrouvait alors face à un régime hostile installé à Kigali. Devenu malade, Mobutu n’a plus eu la même énergie politique pour faire face à la situation qui venait de se créer à l’est. Le faible contrôle de cette partie – tant sur les populations rwandaises réfugiées que sur les groupes armés – ouvrit la voie à l’intervention rwandaise lors de la première guerre du Congo en 1996.

Les approches utilisées par le régime Mobutu pour faire face à cette situation n’ont pas permis de sauver son régime. « Mobutu voulait privilégier la stabilité intérieure par compromis, éviter un conflit ouvert avec le Rwanda, tout en s’appuyant sur la posture de victime/résistant dans les discours officiels. Mais cela coûta cher : affaiblissement de l’autorité de l’État, apparition de foyers de tension incontrôlés, et finalement, perte de légitimité », explique un analyste pour qui la chute de Mobutu était une initiative des pouvoirs rwandais, ougandais et burundais. Laurent-Désiré Kabila ne fut qu’un paravent qui masquait une invasion étrangère.

Après le génocide, plus d’un million de réfugiés hutus, dont des miliciens Interahamwe, s’étaient aussi installés à l’est du Zaïre. Parmi les raisons qui ont conduit à la première guerre du Congo figurent une tolérance passive de la présence des réfugiés hutus armés, utilisée comme levier politique contre le nouveau régime rwandais (dirigé par le FPR de Paul Kagame). Une faiblesse du contrôle de l’Est car Mobutu ne parvenait plus à gérer les tensions entre communautés locales et les réfugiés. Cette situation servira de prétexte à l’intervention du Rwanda en 1996, lors de la première guerre du Congo.

Laurent-Désiré Kabila : la rupture et le nationalisme

Lorsque Laurent-Désiré Kabila renversa Mobutu en 1997, la RDC entra dans une nouvelle ère. Initialement allié au Rwanda (et à l’Ouganda), ses relations avec Kigali se détériorèrent rapidement. Dans un témoignage livré à Afrique XXI en 2024, la journaliste belge Colette Braeckman, spécialiste de la région des Grands Lacs, est revenue sur son expérience de la première guerre du Congo. Le 16 mai 1997, après trente-deux années de pouvoir sans partage, Mobutu Sese Seko fut renversé par les troupes de Laurent-Désiré Kabila. Dans son autobiographie, Mes carnets noirs, Colette Braeckman est revenue sur la conquête éclair du chef des rebelles, Laurent-Désiré Kabila. Ce dernier n’était en réalité qu’un pion que le Rwanda voulait utiliser pour donner une image congolaise à cette invasion. Cette journaliste belge a rappelé le rôle actif joué par le Rwanda et l’Ouganda, ainsi que les massacres perpétrés durant cette période.

En 1996-1997, Kagame est accusé d’ingérence dans les affaires internes du Zaïre du maréchal Mobutu et d’en violer la souveraineté nationale. Cette ingérence déboucha sur la première guerre du Congo et la chute de Mobutu. Pour Colette Braeckman, la France, en laissant partir des milliers de génocidaires avec armes et bagages dans l’est du Congo, est en grande partie responsable des guerres qui suivirent dans cette région, jusqu’à aujourd’hui. En octobre 1996, sans trop de surprise car elle avait été annoncée par Paul Kagame lui-même, la première guerre du Congo commença.

L’Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo (AFDL), un mouvement hétéroclite, avait entamé une offensive au départ du Sud-Kivu. Sa première cible avait été l’hôpital de Lemera, où travaillait un gynécologue qui allait devenir célèbre par la suite, le docteur Denis Mukwege. Le médecin, qui s’était rendu à Bukavu pour déposer un collègue à l’aéroport, échappa de justesse aux tueurs mais, au retour, il dut découvrir un carnage. L’établissement étant soupçonné d’accueillir et de soigner des réfugiés hutus aussi bien que des citoyens congolais, les combattants n’avaient pas fait le tri : les malades furent achevés sur leur lit, le personnel exécuté, rapporte Braeckman via Afrique XXI. Ce premier massacre de la première guerre du Congo avait fait une trentaine de victimes. Des centaines de milliers d’autres durent suivre.

En janvier 1997, un compagnon de Laurent-Désiré Kabila, du nom de Kisase Ngandu, tomba dans une embuscade, vraisemblablement tendue par des alliés qui s’inquiétaient de son nationalisme intransigeant et de son refus de la tutelle rwandaise. « Le nom de Jackson Nziza, l’un des chefs militaires du mouvement, proche de Kagame, fut cité », affirme Colette Braeckman. À l’époque, sa disparition passa quasiment inaperçue. Mais elle a cependant décapité l’aile congolaise et nationaliste du mouvement et laissa les mains libres aux Rwandais, note la même source.

Si les Rwandais, extrêmement discrets, contrôlaient l’accès au front, les Congolais, pour leur part, décrivaient le comportement surprenant de leurs « libérateurs » : « Aux barrières, ils nous obligent à nous déchausser, à passer devant eux pieds nus. Parfois, dans un geste de mépris, ils nous crachent dans la bouche », rapporte Braeckman citant des témoignages des victimes. Dans cette marche vers Kinshasa, il était question aussi de tortures, de civils exécutés alors qu’on leur avait lié les mains dans le dos.

Kabila père encaissa sans rien dire…

Alerté par ses frères congolais au premier rang desquels se trouvait Kisase Ngandu, Laurent-Désiré Kabila n’affichait aucune volonté d’interdire à leurs alliés rwandais les différents dérapages constatés tout au long de cette marche vers le pouvoir à Kinshasa. D’autres informations faisaient état d’usines systématiquement démontées, notamment à Kamituga, où se trouvaient les installations de la Sominki (Société minière du Kivu) exploitant la cassitérite. Des réserves de nourriture étaient transportées au Rwanda, des banques étaient pillées. À Kigali affluaient soudain des véhicules portant l’immatriculation du Zaïre ou du Kivu.

« Depuis le début de l’offensive, il était évident que, systématiquement, Rwandais et Ougandais se servaient au passage. Ils finançaient leur effort de guerre en pillant le pays voisin. Des hommes qui n’avaient connu que les camps de réfugiés en Ouganda et le dénuement du Rwanda au lendemain du génocide s’émerveillaient des richesses du Congo, un Eldorado qu’ils venaient de conquérir… », décrit Braeckman.

Mais Laurent-Désiré Kabila attendit son moment pour dénoncer ces pillages et crimes commis par leurs compagnons dans la conquête du pouvoir. Premier acte : Kabila s’autoproclama président de la RDC depuis Lubumbashi alors que cela n’était pas prévu dans le plan des Rwandais et Ougandais. Des années plus tard, se souvenant de la scène, certains de ses mentors confiaient leur désarroi d’alors à la journaliste belge. Pris par surprise, ils avaient tenu un bref conciliabule : « Qu’est-ce qu’on fait ? On l’abat tout de suite ? » Interrogés par téléphone, Paul Kagame et James Kabarebe, le chef des opérations militaires, ne purent que répondre qu’il était urgent… de ne rien faire. « Nous réglerons son sort plus tard… ».

Pendant ce temps, les troupes de l’AFDL faisaient sauter le dernier verrou des Forces armées zaïroises (FAZ) dans la ville de Kenge, à une centaine de kilomètres de Kinshasa, la capitale. Une situation que les Rwandais ont difficilement digérée mais tolérée à cette étape de la conquête du pays.

Le volte-face de Mzee à Kinshasa

Mai 1997, une fois au pouvoir à Kinshasa, Mzee Laurent-Désiré Kabila feignit de tolérer toujours le libertinage des Rwandais dans la ville et dans le reste du pays, nommant même l’un des leurs comme chef d’état-major des Forces armées congolaises (FAC), le général James Kabarebe. Une année après, Kabila ordonna le retrait des troupes rwandaises du pays, déclenchant ainsi la seconde guerre du Congo. James Kabarebe ne fit pas longtemps au Rwanda avant de regagner Goma et de préparer l’offensive vers la base militaire de Kitona, à Moanda, au Kongo Central. « À Goma, ce 4 août [1998], après un examen de conscience, nous sommes un commando de 136 éléments à qui l’on confie la mission d’aller exfiltrer les [présumés rwandais] lynchés de Kinshasa. Dans la nuit, une réunion des opérations fut tenue et, il me sera confié le co-commandement des opérations avec le capitaine Butera, qui était commandant du peloton rwandais qui venait de nous être adjoint. Ensemble, nous allons nous mettre autour de la table de simulation. La planification se faisait comme dans un film de fiction : à voir les tracés du crayon qui passaient et repassaient sur le papier pour monter le plan. Les questions se chevauchaient soit sur le rôle, soit sur le ravitaillement… Le général Kabarebe se débattait comme un diable, bon sang, d’y répondre de manière expéditive. Tout était fin prêt pour l’opération « Ciel ouvert ». », relate dans ses mémoires le feu général Moustapha Mukiza, un ressortissant Banyamulenge ayant participé à la deuxième guerre du Congo. Kigali perdit cette guerre notamment grâce à l’intervention des alliés de Kabila : Angola, Namibie et le Zimbabwe. Ces trois pays apportèrent un soutien militaire de taille à Laurent-Désiré Kabila jusqu’à son assassinat en janvier 2001.

Tout au long de cette guerre qui fractionna le pays avec des occupations rebelles au nord-est et dans l’est, Laurent-Désiré Kabila avait tenu l’ouest du pays et une partie du sud-est grâce à ses soutiens de la SADC. Sa posture d’intransigeance et de nationaliste lui permit de contrer l’influence rwandaise. Toutefois, le manque de moyens logistiques, les rivalités internes, et la complexité des alliances firent de cette stratégie un défi immense, souvent désordonné.

Joseph Kabila : pragmatisme et gestion hybride des relations avec Kigali

Arrivé au pouvoir en 2001, Joseph Kabila, fils de Laurent-Désiré, hérita d’un pays en guerre. Sa méthode se voulut plus pragmatique : il engagea des accords de paix et des négociations diplomatiques (ex. : Sun City, Pretoria) avec le Rwanda et les groupes rebelles. Il pratiqua ce que certains observateurs appellent une stratégie hybride : mêler discours de souveraineté, solidarité nationale, coopération internationale, tout en tolérant ou négociant avec des acteurs liés directement ou indirectement à Kigali.

D’après Colette Braeckman, Joseph Kabila, qui était sous la tutelle de James Kabarebe pendant l’avancée de l’AFDL au niveau de Kisangani, était témoin des exactions des Rwandais lors de cette marche vers Kinshasa. C’était une guerre sans témoins, sans images, sans journalistes, relate-t-elle. Une guerre qui se menait au cœur de la forêt tropicale, sur la route de Kisangani. « Même si je connaissais de nombreux protagonistes, l’essentiel m’échappait. Je savais seulement que Joseph, le fils de Laurent-Désiré Kabila, combattait aux côtés des troupes rwandaises, que James Kabarebe, le grand stratège de cette guerre atypique, s’était chargé de faire l’écolage du fils du chef. Bien plus tard, je dus apprendre que la véritable mission du jeune militaire qui suivait Kabarebe comme une ombre était de faire rapport à son père. Joseph Kabila me confiera par la suite qu’ayant été témoin des massacres commis à Kisangani, il avait averti le Mzee : ‘Un jour, nous aurons la guerre avec ces gens-là.’ », explique Braeckman.

Une fois au pouvoir, Joseph Kabila put privilégier les négociations avec le Rwanda et l’Ouganda, faisant une ouverture politique aux belligérants du RCD, une rébellion soutenue par le Rwanda, et du MLC, un mouvement appuyé par l’Ouganda. Mais d’autres rebelles participèrent aussi au dialogue de Sun City tels que Mbusa Nyamwisi avec le RCD-KML.

Plus récemment, lors de son retour dans l’est du pays (notamment à Goma occupé par les rebelles de l’AFC/M23), Kabila continua d’entretenir des liens souterrains avec Kigali. Il était entré à Goma en passant par Kigali. Kinshasa l’accusa formellement de connivence avec le Rwanda via le M23/Alliance Fleuve Congo (AFC). Le président actuel, Félix Tshisekedi, l’a qualifié de « vrai commanditaire » de ce mouvement dans plusieurs déclarations. Ainsi, Joseph Kabila oscilla entre posture de résistance et stratégie de coopération implicite, espérant tirer profit des faiblesses ou du mécontentement dans l’est pour se repositionner politiquement.

Félix Tshisekedi : entre fermeté et diplomatie multilatérale

Arrivé au pouvoir dans un contexte où la paix dans l’est n’était pas totalement acquise avec des violences perpétrées en Ituri par des rebelles de la CODECO et au Nord-Kivu avec les ADF, Félix Tshisekedi a vu la situation se détériorer avec la résurgence de la rébellion du M23 soutenue par le Rwanda selon Kinshasa et l’ONU. Mais avant d’afficher un langage de fermeté, Félix Tshisekedi avait privilégié la voie diplomatique avec Kigali et le reste des capitales des pays voisins entre 2019 et 2021. Cette politique d’ouverture vis-à-vis de Kigali avait été critiquée par une partie de l’opinion publique congolaise mais Tshisekedi y tenait pour mettre fin aux tensions. Cette volonté de relancer la coopération régionale avec des visites bilatérales et accords économiques fut saluée par d’autres jusqu’à ce que la résurgence du M23 soutenue par le Rwanda puisse détériorer les relations. En 2022, Tshisekedi durcit le ton suite à cette résurgence du M23, accusé d’être soutenu par le Rwanda.

Dans sa politique, une triple approche : militaire, diplomatique et judiciaire. Sur le plan militaire, il lança une loi de programmation militaire pour assurer une montée en puissance de l’armée (FARDC). Il renforça la coopération avec la force de la SADC. Le chef de l’État actuel soudoya des liens avec le Burundi. Ce dernier a même envoyé des troupes au sol en RDC pour soutenir le gouvernement. Sur le plan diplomatique : il y a la participation aux processus de Nairobi et de Luanda pour une solution régionale. Les processus de Doha avec l’AFC/M23 et l’Accord de paix de Washington signé entre le Rwanda et la RDC sous l’égide de l’administration américaine. Dans le pays, il renforce une communication et une mobilisation patriotique avec des discours fermes contre Kigali pour rallier l’opinion publique congolaise à cette cause existentielle pour le pays.

À l’international, Félix Tshisekedi réclame des sanctions ciblées contre le Rwanda pour ce qu’il décrit comme un « rôle déstabilisateur ». Dans plusieurs discours internationaux, dont aux Nations Unies, il insiste sur le retrait « immédiat et inconditionnel » des troupes rwandaises du sol congolais.

Bien que le volet militaire n’ait pas encore donné de fruits, Félix Tshisekedi continue de réorganiser l’armée en nommant de nouveaux chefs d’état-major, renforcer les capacités des FARDC, moderniser les commandements pour mieux faire face à la situation sur le terrain. Discours nationaliste et affirmation symbolique, il dénonce ce qu’il appelle « dépeuplement stratégique » des régions de l’Est de la RDC au profit d’un repeuplement par des populations étrangères. À Doha ou à Washington, Félix Tshisekedi négocie et veut une paix définitive après près de 30 ans d’instabilité dans cette partie de la RDC.

Actuellement, les délégués du gouvernement congolais et ceux du Rwanda se sont réunis à Washington DC, aux États-Unis, les 21 et 22 octobre, à l’occasion de la troisième réunion du mécanisme conjoint de coordination de la sécurité (JSCM). Ils ont ainsi fait un pas de plus vers la mise en œuvre de l’Accord de paix dit « accord de Washington », signé depuis le 27 juin 2025. Ces réunions évoquent surtout les possibilités de neutraliser les rebelles des Forces démocratiques de libération du Rwanda présents en RDC et ce qui a toujours servi de prétexte à Kigali pour attaquer la RDC. Début octobre, l’armée congolaise avait appelé ces rebelles à se rendre pacifiquement dans ses bases ou à la MONUSCO. Jusqu’à ce jour, ces FDLR, qui constituent d’ailleurs une force résiduelle, ne se sont pas encore rendus à l’armée. La grande question reste celle de savoir comment les FARDC vont-elles mener des opérations de neutralisation dans les zones sous occupation de l’armée rwandaise et des rebelles de l’AFC/M23.

Heshima

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RDC : De Mobutu à Tshisekedi, ces relations parfois controversées avec la religion

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En République démocratique du Congo (RDC), la frontière entre le spirituel et le politique reste à la fois poreuse et déterminante. Du palais présidentiel aux ruelles des quartiers populaires, pasteurs, prêtres et autres leaders religieux occupent une place centrale dans la vie publique. De Joseph Kasa-Vubu à Félix Tshisekedi, cette imbrication s’est progressivement renforcée, nourrissant autant de ferveur que de polémiques.

Dès l’indépendance, le premier président du Congo, Joseph Kasa-Vubu, fit de l’Église catholique une alliée incontournable. Issu des milieux religieux et ayant renoncé à la prêtrise, il conserva une forte proximité avec cette institution. À l’époque, l’autre figure de l’indépendance, le Premier ministre Patrice Emery Lumumba, était perçu à tort ou à raison comme un communiste, donc hostile à la religion, par les milieux chrétiens. Cette alliance renforça l’aura de l’Église catholique. Mais cette influence fut remise en cause lorsque Joseph-Désiré Mobutu prit le pouvoir en 1965. Ce dernier ne supportait pas qu’une autorité, même religieuse, puisse s’élever au-dessus de la sienne.

Mobutu et la rumeur sur « Prima Curia »

La vie politique du maréchal Mobutu a alimenté de nombreux mythes autour de ses croyances. Tantôt présenté comme occultiste de la « Prima Curia », tantôt comme franc-maçon, le président du Zaïre traînait diverses étiquettes mystico-religieuses. Ses relations tendues avec l’Église catholique, notamment avec le cardinal Albert Malula, ont renforcé ces rumeurs.

De 1985 jusqu’à sa chute en 1997, certains Zaïrois faisaient circuler l’idée qu’il existerait une société secrète, la Prima Curia, où les valeurs seraient inversées et où un pacte de fidélité, scellé dans le sang, lierait « le Maître, Mobutu » à ses fidèles. Son ancien ministre de la Communication, Dominique Sakombi Inongo, affirma même l’avoir vu « boire un verre de sang », tandis que d’autres proches du maréchal réfutaient toute appartenance à une telle secte.

Dans ses mémoires La passion de l’État, parues en 2019 aux Éditions L’Harmattan, Léon Kengo Wa Dondo, plusieurs fois commissaire d’État, Premier commissaire d’État et Premier ministre sous Mobutu, revient sur cette affaire que certains qualifiaient de « pratique occulte » attribuée au maréchal.

Dans ses mémoires, pages 188 et 189, l’ancien président du Sénat sous Joseph Kabila affirme que la pratique occulte attribuée à la « Prima Curia » relevait d’une simple rumeur, voire d’un fantasme malsain inscrit dans une logique de diabolisation du régime du maréchal Mobutu. Selon Léon Kengo, cette pratique mystique n’a jamais existé : « J’affirme solennellement que cette société secrète, d’allure mystico-religieuse, n’a jamais existé et, si elle a existé, c’était, en tous les cas, en dehors de moi. » Pourtant, Kengo figurait parmi le cercle restreint des mobutistes accusés de fréquenter la fameuse « Prima Curia ».

Dans son ouvrage, Léon Kengo retrace la genèse de cette histoire. Un jour de 1985, alors qu’il était encore Premier Commissaire d’État, le président Mobutu les convoqua dans l’après-midi. « Il y avait là, outre ma pauvre personne, le citoyen Jean-Marie Kititwa, Premier vice-président du Comité central du Mouvement Populaire de la Révolution (MPR), le citoyen Boboliko Lokonga, Deuxième vice-président, et le citoyen Kithima-Bin-Ramazani, secrétaire général. Une réunion s’est effectivement tenue au bureau présidentiel. C’était l’unique et il n’y en a pas eu d’autre. Pas deux, je me répète », insiste Kengo.

À l’ouverture de la réunion, le chef de l’État se serait exprimé, selon Kengo, en ces termes : « Je me félicite de l’amplitude prise par notre parti et c’est très bien que ce soit un mouvement de masse. Je voudrais quand même qu’au sommet du MPR, il y ait une structure de concentration pour des choses qui ne peuvent pas sortir du dedans. Nous sommes trop nombreux pour que des choses ne fuitent. Cette structure restreinte pourrait s’occuper des réflexions et des stratégies sur les questions les plus importantes de la marche de notre révolution. Ainsi, nous pourrions calmement réfléchir sur des sujets essentiels qui nécessitent un approfondissement avant d’être divulgués. »

Ainsi naquit la « Prima Curia », un comité chargé d’examiner en profondeur certaines questions avant leur transmission aux organes officiels du parti. Selon Kengo, l’initiative fut perçue par tous les participants comme une marque de confiance du « Guide de la Révolution » à leur égard.

Chargé d’organiser ce comité restreint, Jean-Marie Kititwa mit à profit son expérience d’ancien ambassadeur du Zaïre auprès du Saint-Siège pour lui donner le nom de « Prima Curia », c’est-à-dire la « Première Cour ». Il baptisa ensuite ses organes internes à la manière du Vatican, en instituant des « Dicastères », des « Commissions » et des « Congrégations ».

« Ayant reçu le projet de document, je n’y comprenais rien. J’ai aussitôt appelé Jean-Marie Kititwa pour en savoir davantage. Il me répondit : “J’ai réfléchi un peu à la manière de la structure du Vatican” », rapporte, non sans étonnement, Léon Kengo. Et de s’interroger : « Pourquoi tout cela, pour un petit comité de trois à quatre personnes ? » Pour lui, toutefois, il n’y avait rien d’occulte dans ce groupe de réflexion.

Mobutu refusé à la franc-maçonnerie

Le président du Zaïre voulait tout contrôler. Le maréchal entretenait ainsi un rapport complexe à la religion et à la spiritualité, mêlant références chrétiennes, traditions africaines et culte de sa propre personne. Très peu implantée en RDC, la franc-maçonnerie ne comptait qu’environ 300 membres en 2013, et bien moins encore à l’époque du Zaïre. Introduite par les Belges durant la période coloniale, elle fut interdite par Mobutu dès son arrivée au pouvoir, en 1965, puis de nouveau autorisée en 1972. C’est ainsi que naquit, un an plus tard, le Grand Orient du Zaïre, rebaptisé par la suite Grand Orient du Congo (GOC), dirigé par Augustin Kabangui en qualité de grand maître. Ce n’est qu’en 1986 qu’apparut une seconde obédience : la Grande Loge nationale du Congo (GLNC), du rite ancien et primitif de Memphis-Misraïm, implantée sous la direction de Kitenge Yesu, ancien dignitaire du régime Mobutu, resté jusqu’à sa mort proche du président Félix Tshisekedi.

Selon Muriel Devey Malu-Malu, envoyée spéciale de Jeune Afrique pour couvrir, en février 2013, la 21ᵉ édition des Rencontres humanistes et fraternelles africaines et malgaches (Rehfram), Mobutu, qui « avait frappé à la porte du temple, s’en est vu refuser l’entrée, car il souhaitait obtenir tous les degrés en un seul jour » au sein de la loge.

Joseph Kabila, une conviction spirituelle tout aussi mystérieuse

En dehors de quelques apparitions dans des églises catholiques ou pentecôtistes lors de cérémonies officielles, Joseph Kabila n’a jamais affiché d’appartenance formelle à une confession religieuse. Ses convictions spirituelles restent aussi mystérieuses que sa personne. Si son épouse, Marie Olive Lembe Kabila, se montre chrétienne catholique, lui-même n’a laissé transparaître aucun signe. Durant ses 18 ans de règne, il a été approché par ses homologues du Congo-Brazzaville et du Gabon, Denis Sassou N’Guesso et Ali Bongo, pour intégrer la franc-maçonnerie, mais Joseph Kabila aurait « résisté », selon Muriel Devey. Par ce refus, volontaire ou circonstanciel, la RDC n’a jamais été dirigée par un « chef » franc-maçon jusqu’à ce jour.

Félix Tshisekedi assailli par des pasteurs évangéliques…

Dans les coulisses du pouvoir congolais, des voix prophétiques chuchotent aux oreilles du chef de l’État. Les pasteurs évangéliques proches de Félix Tshisekedi entretiennent des liens étroits avec la présidence, jouant à la fois un rôle spirituel, politique et parfois décisionnel. Parmi eux, un homme se distingue : Roland Dalo. Souvent présenté comme le « père spirituel » du président, le fondateur du Centre missionnaire Philadelphie compte plusieurs adeptes de son église dans le premier cercle de Félix Tshisekedi, à l’instar de Anthony Kinzo Kamole, directeur de cabinet du président. Lors d’une série d’ordonnances présidentielles lues à la télévision nationale, la RTNC, un autre proche du pasteur a été récemment nommé : Medi Vedoso, gendre de Roland Dalo, chargé des missions du chef de l’État en matière de questions stratégiques. Medi Vedoso est l’époux de Roane Dalo, fille de l’apôtre Roland Dalo, fondateur du Centre missionnaire Philadelphie, où se rend régulièrement le président.

Cette nomination supplémentaire a suscité un tollé parmi les militants du parti présidentiel, l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS). Mais l’indignation ne se limite pas à eux. Au sein des autres églises dites de réveil, des grincements de dents se font également entendre. L’évêque Pascal Mukuna dénonce ce qu’il qualifie de « prise en otage » du président par le fondateur de Philadelphie. De son côté, l’évangéliste Roger Baka, cité par le média Africa Press, perçoit Roland Dalo comme un « prophète de la cour royale » et critique l’influence disproportionnée de son église. « La mission que Dieu vous a confiée auprès du chef de l’État n’est pas de favoriser votre église au point d’en faire le parti qui propose le plus de membres pour les nominations », a-t-il déclaré.

Bien avant cette nomination, Félix Tshisekedi était déjà entouré d’un autre pasteur : Jacques Kambala. Ce dernier occupe officiellement le poste de coordonnateur adjoint chargé des affaires techniques et opérationnelles de la Cellule de Coordination du Changement des Mentalités (CCM), un service spécialisé de la Présidence de la République. Il figure également parmi ceux qui ont été en contact avec des évangéliques influents aux États-Unis pour porter la cause de la situation sécuritaire dans l’Est de la RDC à la Maison Blanche. En juillet dernier, une délégation de pasteurs américains conduite par Travis Johnson, directeur adjoint du Bureau de la Foi à la Maison Blanche, a rencontré Félix Tshisekedi à Kinshasa pour témoigner leur « soutien spirituel » au peuple congolais en faveur du retour de la paix dans l’Est du pays. C’est Jacques Kambala qui avait la charge de renforcer les liens entre le monde évangélique américain et congolais.

Félix Tshisekedi continue de montrer une certaine proximité avec les pasteurs. Lors du dernier remaniement du gouvernement, une jeune pasteure de 25 ans, Grâce Emie Kutino, a été nommée à la tête du ministère de la Jeunesse. En 2017, à seulement 17 ans, elle avait déjà été consacrée pasteure au sein de la branche parisienne de l’Église fondée par son père, Kutino Fernando, « Armée de la Victoire ». Comme pour les ordonnances présidentielles ayant notamment nommé le pasteur Medi Vedoso à la Présidence, cette nomination n’a pas calmé la grogne des militants du parti présidentiel, qui déplorent de ne pas voir leurs proches accéder à des postes. Face à cette tension, Augustin Kabuya, secrétaire général de l’UDPS, a tenté d’apaiser les esprits, assurant que Félix Tshisekedi n’avait pas compromis le quota du parti en confiant ce ministère à une pasteure.

Heshima

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