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Ces étoiles éteintes en 2020

La vie, la mort, voilà deux circonstances inhérentes à l’être humain au point qu’elles ne sont plus présentées comme une hécatombe, mais une finalité qui n’épargne personne. L’année 2020 a, toutefois, le mérite d’être celle au cours de laquelle la terre a dénombré des millions de morts, et ce, en un temps record.

Une mort naturelle due à l’âge ou des suites de la pandémie à Covid-19, de nombreuses personnes ont quitté la terre des hommes parmi lesquelles des célébrités et de grandes icônes de la vie sociale, politique, sportive et culturelle.

Dans les lignes qui suivent, Heshima Magazine rend un vibrant hommage à ces dignes fils qui ont marqué d’une empreinte indélébile l’histoire.

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Les leaders politiques

 

Mamadou Tandja (1938-2020) :

Ancien chef militaire, il a mené de grandes expéditions de l’armée nigérienne dont la répression de la révolte touarègue sous le Président Ali Salibou dont il a aussi été ministre de l’Intérieur. Après la mort du président Salibou, Mamadou Tandja tentera vainement de prendre le pouvoir lors de la Présidentielle de 1993 et celle de 1996. C’est finalement en 1999 que Mamadou Tandja réussira à saisir les commandes du Niger après avoir remporté le deuxième tour de la présidentielle face à Mahamadou Issou – fou. Il exercera deux mandats soit de 1999 à 2004 et de 2004 à 2009, c’est en voulant modifier la Constitution pour prolonger son bail de trois années qu’il sera déposé par l’armée et placé en résidence surveillée avant d’être finalement transféré à la prison de Kollo. La Justice nigérienne ayant abandonné ses charges contre lui, M. Tandja sera libéré en 2011. Il est mort à Niamey au Niger, le 24 novembre 2020.

Pierre Nkurunziza (1964-2020) : 

Né le 18 décembre 1964 à Ngozi dans le Burundi, d’un père Hutu et d’une mère Tutsi, Pierre Nkurunziza était le chef d’un groupe armé hutu avant de se muer en homme politique et de prendre le pouvoir à la présidentielle de 2005. Il sera réélu en 2010 et en 2015 son dernier mandat qu’il achèvera complètement en passant la main au Président actuel, Ndayshimiye. Alors que la pandémie à Covid-19 commence à faire des premières victimes en Afrique, Pierre Nkurunziza n’y accorde aucun crédit affirmant que ce virus mortel n’existe pas dans son pays et préconise même un traitement traditionnel en cas de contamination. Lorsqu’il meurt au mois de juin de suite d’une crise cardiaque, des sources familiales affirment que l’homme de 55 ans était en détresse respiratoire avant de rendre l’ultime souffle. Un symptôme de la forme sévère de Covid-19 qui porte à croire que l’ancien chef de l’Etat burundais aurait peut-être été atteint par une maladie dont il niait l’existence. Les Burundais gardent de lui l’image d’un Président chrétien, sportif dont le premier mandat était caractérisé par la paix dans le pays.

Pierre Buyoya (1949-2020) : 

Ancien président burundais, il a dirigé ce pays à deux reprises, de 1987 à 1993 et de 1996 à 2003. Il sied de noter que ses deux mandats présidentiels, Pierre Buyoya les a obtenus par des coups d’Etat. C’est finalement sous l’égide de Nelson Mandela que cet ancien officier burundais devenu homme d’Etat, signera le 28 août 2000 un accord de Paix à Arusha lequel va ouvrir les chemins de la démocratisation du Burundi. Il cèdera le fauteuil présidentiel en 2003 à Domitien Ndayizeye. Retiré de la vie politique active, Pierre Buyoya était hospitalisé, au tout début du mois de décembre à Bamako, la capitale malienne. Le diagnostic était clair, l’homme de 71 ans était atteint du nouveau coronavirus et placé aussitôt sous respirateur artificiel. Suite à la dégradation de son état, un avion médicalisé sera mis à sa disposition pour le conduire à Paris. C’est à son arrivée dans la capitale française que Pierre Buyoya rendra l’âme. Il n’avait même pas franchi le seuil du centre hospitalier devant le prendre en charge.

Jerry Rawlings (1947-2020): 

Sa beauté, son charme et sa bonne humeur en permanence contrastaient sans cesse avec sa casquette d’homme de l’armée et celle d’un politique invétéré. Et pourtant ce métis né à Accra est considéré comme l’acteur principal de la démocratisation du Ghana. Il prend le pouvoir après un putsh en 1979, il met le Ghana sur orbite par la modernisation des zones rurales, il ralentit la récession à laquelle était confronté son pays, grâce au prêts et aux investissements des capitaux privés, il redresse son économie. Sur le plan politique, il instaure le multipartisme au Ghana et organise deux Présidentielles démocratiques, libres et transparentes dont il est successivement sorti vainqueur. Il cèdera logiquement la présidence après son deuxième mandat tel qu’exigé par la Constitution. Cependant, il se battra bec et ongle en toute démocratie pour que son Vice-Président John Atta Mills soit élu Président du Ghana, ce qui fut fait. Devenu une icône pour toutes les tendances politiques ghanéennes, Jerry Rawlings meurt à l’hôpital universitaire de Korle-Bu d’Accra au Ghana.

Valéry Giscard d’Estaing (1926- 2020):

 “Laissez les choses basses mourir avec leur propre poison”, cette célèbre phrase, VGE l’avait lancé vers la fin de son mandat lorsqu’il est cité dans une affaire de diamant centrafricain. Principal parrain de l’empereur Bokassa qui est accusé de piller la Centrafrique de ses maigres ressources, Giscard d’Estaing nie en bloc son implication dans la mégestion de Bokassa. Cela aura forcément une incidence sur la Présidentielle de 1981 que VGE perdra face à François Mitterrand, le même qu’il avait pourtant battu en 1974 devenant le plus jeune Président français à l’âge de 48 ans. L’héritage de Valéry Giscard d’Estaing est composé de son combat pour la création du G7, la relance du nucléaire en France et les premières heures du développement du projet TGV. A sa mort VGE était membre à vie du Conseil Constitutionnel.


Sindika Dokolo (1972-2020): 

Avant Sindika, le patronyme Dokolo était intimement lié à la personne d’Augustin Dokolo, grand homme d’affaires, premier entrepreneur congolais d’envergure ayant œuvré dans la banque, l’automobile, l’alimentaire, l’immobilier, l’aviation, etc. Sindika Dokolo son fils, quant à lui, a fait son apparition en RDC vers les années 2015, 2016 jusqu’à sa mort en 2020, son nom restera dans toutes les bouches. Aux antipodes de son père qui n’était qu’entrepreneur, Sindika est connu pour ses sorties politiques notamment grâce à son mouvement « les congolais debout » qui lui permettait de faire entendre sa voix en dénonçant les injustices sociales en RDC son pays natal. Lui qui s’est installé depuis des années en Angola où il convolait en justes noces avec Isabel Dos Santos, fille de l’ancien président Eduardo Dos Santos, avait gardé des liens forts avec la RDC, terre de ses ancêtres. Sindika Dokolo était aussi connu pour sa collection d’œuvres d’art considérée comme la plus grande, estimé à de nombreux millions de dollars américains. Grand amateur de la plongée sous-marine, il y laissera la vie près de l’île de Umm-al Haab où il a tenu à pratiquer une plongée très risquée connue sous le nom de al-hiyari, laissant le plongeur ne dépendre que de sa propre capacité à respirer. 

Ont brillé sur le gazon et le parquet

Diego Armando Maradona (1960-2020) :

 El Pibe de Oro, le petit garçon en or, c’est ainsi qu’était surnommé celui que de nombreux analystes présentent comme le plus grand footballeur argentin de tous les temps, certains le comparant à Lionel Messi. Si son succès avec le club italien de Naples et son sacre avec l’Argentine en 1986 le placent au sommet du monde, ses deux buts marqués en finale contre l’Angleterre le font entrer au panthéon des plus grands. Le premier but est sujet à polémique puisqu’il le marque de la main, la fameuse main de Dieu ayant soulevé de graves protestations. Au cours de la même partie et comme pour se faire pardonner, il prend la balle depuis son camp, dans une sorte de slalom, pour dribbler trois, quatre, cinq joueurs anglais y compris le gardien avant de marquer dans le but vide. Incroyable. Son addiction à la drogue sonnera le glas de sa carrière. Par la suite l’homme tentera vainement de lutter contre une prise de poids excessive avant de mourir à l’âge de 60 ans, dans un hôpital argentin n’ayant pas remporté sa victoire contre une tumeur dans le cerveau.

Kobe Bryant (1978-2020) : 

S’il avait été professionnel à la deuxième moitié de la décennie 80, il aurait assurément fait partie de la dream team (Magic Johnson, Michael Jordan, Scottie Pipen, Charles Barkley, Patrick Ewing, etc.) qui a remporté la médaille d’or de Basket aux Jeux Olympiques de 1986. Il est compté parmi les virtuoses que le championnat américain de Basket, la prestigieuse NBA ait connus. Longtemps sociétaire du Los Angeles Lakers, Kobe Bryant a brillé sur tous les parquets des Etats-Unis concurrençant le grand Michael Jordan et surclassant d’autres basketteurs pour qui il est une véritable idole. C’est d’ailleurs comme une trainée de poudre que s’est répandue la nouvelle de sa mort avec sa famille suite à un crash de son hélicoptère. Une mort tragique qui a déclenché des hommages à travers la planète.

Pape Bouba Diop (1978-2020) : 

Arborant le dossard numéro 19 de l’équipe nationale du Sénégal, le colosse des lions de la Téranga a jeté le premier coup de bêche pour l’inhumation de l’équipe de France championne du monde en titre, lors du Mondial 2002 en Corée du Sud et au Japon. A l’issue d’un match épique entre les deux Nations historiquement liées par une relation de colonisateur-colonisé, Pape Bouba Diop va sceller la victoire sénégalaise d’un coup de pied presque à la sauvette à bout portant. Dès cet instant, les projecteurs étaient braqués sur lui, l’accompagnant à Lens, à Portsmouth ou encore à Westham. Il décède en novembre 2020 après avoir lutté des années durant contre la maladie de charcot.

Emeka Mamale (1977-2020) : 

il est au panthéon des génies du football congolais, son nom est cité dans le cercle très fermé de Kakoko, Muntubile Santos, Biscotte Mbala, Matumona Roum et Mputu Trésor. L’épopée de la Coupe d’Afrique des Nations Burkina Faso 1998 restera la plus belle ligne de sa page d’histoire. Sa coupe rasta, son sparadrap à la nuque et son short remonté jusqu’au niveau du haut de la cuisse flirtaient à merveille avec sa façon de gérer le cuir sur un terrain de football. Que ce soit à Matete, à Matonge ou au Dcmp, Mamalé a ébloui le public sportif congolais par ses dribbles et la précision de ses centres. Révélation des léopards 1996, il s’envolera par après pour l’Afrique du Sud, la Corée du Sud avant de descendre à Mazembe, Dcmp et Elima de Matadi. Ses derniers jours, l’enfant terrible du football congolais (ndlr : à cause de son franc-parler et la gestion de ses contrats) les passera comme entraîneur d’équipes de jeunes. Il rendra l’âme à l’hôpital Saint-Joseph de Kinshasa souffrant des problèmes respiratoires.

Les as de la musique

Manou Dibango (1933-2020) :

 Aussi connu sous le pseudonyme de Papagroove, Manu Dibango est rattaché à un instrument : le saxophone. C’est avec cela que le natif de Douala au Cameroun, va sillonner la planète prestant sur les plus grandes scènes avec de grands noms de la musique tant africaine que mondiale. Décédé à Melun en France du coronavirus, Manu Dibango est sans nul doute sorti d’une renommée africaine à celle de tout un continent suite à son contentieux avec la légende de la musique pop, Michael Jackson. Le chanteur américain a repris dans un rythme pop, le refrain de la célèbre chanson de Dibango « Soul Makoussa » édité en 1972.

Meridjo Belobi (1952-2020) : 

Machine ya kauka, un surnom que lui a attribué le chanteur Evoloko Atshuamo en référence au son que produit le contact entre les roues d’une locomotive et le rail. Meridjo s’en inspirera pour créer le rythme du sébène, partie dansée avec des cris cadencés de la musique congolaise. Si la batterie a été introduite dans la musique de la RDC dans les années 1960 par Seskain Molenga, la paternité du rythme sébène revient à Meridjo. Ce dernier a œuvré presque toute sa vie au sein du groupe Zaïko Langa Langa, géniteur du sébène.

Chevaliers de la plume  

Lukunku Sampu (1938-2020): 

Son image reste rattachée à celle de Franco Luambo Makiadi, non parce qu’ils étaient grands amis et que le premier ne manquait pas de le faire venir sur son plateau de la télévision nationale, mais surtout parce que Lukunku Sampu est celui qui réalise l’interview historique, la dernière que donnera Luambo avant sa mort à Namur le 09 octobre 1989. Dans cette interview tournée dans les installations où Franco de Mi Amor apparaît sensiblement fondu ayant perdu plus de 30 kilos, le grand maître de la musique congolaise fait de grandes révélations sur ses pratiques fétichistes qu’il avoue avoir laissées. Après la disparition de Luambo Makiadi, Lukunku Sampu disparaîtra lui aussi progressivement de la télévision pour devenir diplomate en fonction au Portugal. Il est considéré comme une icône de la presse congolaise en général et des émissions de variétés en particulier.

Kasonga Tshilunde (2020) : 

Incroyable, il est rare que des gens meurent après avoir remporté de grands combats, leurs victoires ont tendance à leur conférer une nouvelle jeunesse. L’ancien Président de l’Union Nationale de la Presse Congolaise n’aura pas eu la même chance. Au mois d’octobre, il remporte haut la main l’élection à la tête de l’UNPC après un plébiscite décroché depuis la ville côtière de Muanda où la corporation s’était réunie sous la bénédiction de madame Denise Nyakeru, épouse du Président Félix Tshisekedi. Il ne sera pas resté un mois dans sa peau de président réélu avant d’être terrassé par la maladie qui finira par l’emporter dans l’au-delà.

Sara Fani Da Cruz (décembre 2020) : 

Est-il possible de mourir si jeune, si belle et si talentueuse? Si d’aucuns considèrent cela comme une catastrophe, la mort de Sara Fani Da Cruz vient tout confirmer. La presse congolaise qu’elle soit de l’ancienne ou de la nouvelle école s’est effondrée à l’annonce de la terrible nouvelle de la mort de l’ancienne présentatrice des « prime » du Journal télévisé sur la chaîne Digital Congo. Partie au Maroc pour vaincre son combat contre une tumeur au cerveau, elle n’aura pas eu les forces nécessaires pour venir à bout de son geôlier, laissant derrière elle un mari, une fillette de presque deux ans et une corporation aux abois. Sara Fani Da Cruz, métisse de par son teint, charismatique et convaincante avait pourtant un sourire pouvant illuminer les visages les plus ténébreux. C’est l’effet que son passage à la télévision produisait presque automatiquement des années durant, avant qu’elle quitte les médias pour entrer aux services de l’ancienne Première Dame de la RDC, Olive Lembe, inconsolable devant la dépouille de sa petite Sara.

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Kinshasa face au défi des migrants expulsés des États-Unis

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Une quinzaine de migrants latino-américains expulsés des États-Unis ont été accueillis à Kinshasa, une première pour la République démocratique du Congo (RDC). Le gouvernement congolais, pris dans une équation diplomatique sensible, s’appuie sur l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) pour gérer cette situation inédite et controversée.  

L’arrivée, dans la nuit du 17 avril, de quinze migrants expulsés des États-Unis marque un tournant dans la politique migratoire impliquant la République démocratique du Congo (RDC). Ce groupe – composé notamment de ressortissants péruviens et équatoriens – a atterri à l’aéroport international de N’djili, à Kinshasa, après un vol en provenance du territoire américain. Il s’agit du premier contingent accueilli dans le cadre d’un dispositif américain controversé consistant à expulser des migrants vers des « pays tiers », souvent africains, avec lesquels Washington a conclu des accords discrets. Pour le moment, les premiers arrivants semblent en bonne santé. Ils ont été répartis dans différents appartements du complexe hôtelier Venus Village situé sur le Boulevard Lumumba, dans la commune de la N’Sele, dans l’Est de Kinshasa. Cette arrivée des premiers migrants crée déjà la controverse au pays. Le gouvernement, à travers le ministère de Communication et Médias, a affirmé que la prise en charge financière de ces personnes est assurée par les Etats-Unis. La Première ministre, Judith Suminwa a confirmé cette position, évoquant un service que la RDC rend aux Etats-Unis. « C’est un service que nous rendons aux États‑Unis, qui prennent en charge ces personnes sur notre territoire à travers l’OIM. Pour l’instant, nous collaborons avec les États‑Unis d’Amérique et l’Organisation internationale pour les migrations afin de recevoir ces migrants de manière temporaire, en attendant de leur trouver d’autres alternatives, notamment des pays d’accueil », a déclaré Judith Suminwa au journal Afrique de TV5 Monde le 18 avril. Mais face à ce défi inédit dans son format actuel, le gouvernement fait appel à cet organisme spécialisé pour la gestion de ces migrants.          

Une gestion confiée en partie à l’OIM

Face à cette situation sensible, les autorités congolaises ont sollicité l’appui de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM). L’agence onusienne est chargée d’apporter une assistance humanitaire aux migrants et pourrait organiser, sur base volontaire, leur retour vers leurs pays d’origine. Mais l’OIM a tenu à préciser qu’elle ne joue aucun dans ce deal migratoire entre Kinshasa et Washington. L’organisation a signifié, le 20 avril, via son porte-parole, qu’elle « ne joue aucun rôle dans les accords bilatéraux tels que celui conclu entre la RDC et les États-Unis ». D’où, elle se réserve le droit de limiter, de refuser ou de suspendre son implication si les normes minimales de protection ne peuvent être garanties. « Les questions relatives aux termes ou au champ d’application de tout accord bilatéral doivent être adressées aux autorités gouvernementales compétentes », déclare l’OIM. Cette organisation internationale signale également que les questions liées au retour de ces migrants vers leurs pays d’origine relèvent de leur propre volonté.   

Cependant, au-delà d’une assistance fondée sur les besoins et sur des évaluations individuelles, l’organisation dit qu’elle peut « proposer une aide au retour volontaire aux migrants qui en font la demande, conformément à son mandat et aux cadres juridiques applicables ». Cette agence de l’ONU chargée des migrations a néanmoins précisé qu’elle n’assiste que des retours « strictement volontaires », lesquels reposant « sur le libre consentement préalable et éclairé des personnes concernées ».  

Selon des sources au sein du gouvernement, ces migrants ne sont pas destinés à rester durablement en RDC. Ils bénéficient d’un statut de séjour temporaire, le temps que leur situation soit examinée individuellement ou qu’une solution de rapatriement soit trouvée.  

Un accord opaque et politiquement sensible

À Kinshasa, la gestion de ce dossier suscite malaise et interrogations. Ce deal migratoire entre le gouvernement congolais et les États-Unis n’a pas été rendu public dans ses détails, alimentant les critiques sur son opacité et sur les contreparties éventuelles pour la RDC. Des analystes y voient un geste diplomatique de la part du gouvernement congolais, dans un contexte de rapprochement avec Washington, notamment autour de partenariats stratégiques et sécuritaires.

Des inquiétudes sur les droits humains

Mais cette coopération n’est pas sans risque. La RDC, déjà confrontée à de graves défis socio-économiques et sécuritaires, doit désormais gérer l’accueil de migrants sans lien avec son territoire, dans des conditions logistiques et juridiques encore floues. Au-delà de la dimension politique, cette opération soulève des préoccupations sur le respect des droits des migrants. Certains d’entre eux auraient encore des procédures en cours aux États-Unis ou craindraient de retourner dans leur pays d’origine. 

Au-delà de la dimension politique, cette opération soulève des préoccupations sur le respect des droits des migrants. Certains d’entre eux auraient encore des procédures en cours aux États-Unis ou craindraient de retourner dans leur pays d’origine. En RDC, certains experts des droits humains comme Venance Kalenga regrette que le pays prenne part à la politique de transfert forcé de ces demandeurs d’asile. D’après lui, il s’agit d’une violation des droits humains qui pourrait avoir des conséquences néfastes sur le droit international humanitaire. « La crainte est que les Etats-Unis qui sont un modèle en matière de protection des demandeurs d’asile puissent influencer les autres Etats à se comporter de la même manière. Notre pays, en acceptant de faire cela, viole le droit international humanitaire parce qu’il essaie de sous-traiter une question qui était soumise aux Etats-Unis. Il accepte ces demandeurs d’asile qui viennent dans un pays où ils ne sont pas sûrs de la protection », a-t-il déclaré au micro de Deutsche Welle.

Plus largement, les ONG dénoncent une externalisation des politiques migratoires américaines vers des pays aux capacités d’accueil limitées, dans des conditions souvent peu transparentes. Alors que d’autres arrivées sont envisagées dans les prochaines semaines, la RDC se retrouve en première ligne d’un dispositif migratoire international controversé. Kinshasa devra trouver un équilibre délicat pour éviter que cette coopération ne se transforme en fardeau durable.

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Sanctions américaines contre l’armée rwandaise : quel impact sur la guerre dans l’Est de la RDC ?

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Washington a décidé, le 2 mars 2026, de sanctionner l’armée rwandaise et plusieurs de ses hauts responsables pour leur soutien présumé aux rebelles de l’AFC/M23. Une décision qui pourrait rebattre les cartes diplomatiques et militaires dans l’Est de la République démocratique du Congo (RDC), où le conflit continue de déstabiliser la région. Ces sanctions peuvent-elles changer le cours de la guerre dans cette partie du pays ?

Les Forces de défense rwandaises (RDF) ainsi que quatre de leurs hauts responsables viennent d’être sanctionnées par l’Office de contrôle des avoirs étrangers (OFAC) du département du Trésor américain. D’après le communiqué publié le lundi 2 mars 2026, l’OFAC justifie ces sanctions par leur soutien à la rébellion de l’Alliance Fleuve Congo/Mouvement du 23 mars (AFC/M23), qui contrôle de vastes pans des provinces du Nord et du Sud-Kivu, dans l’est de la RDC.

Ces mesures incluent des restrictions financières et des pressions politiques visant à contraindre Kigali à cesser toute aide militaire et à retirer ses forces du territoire congolais. Les autorités américaines affirment vouloir faire respecter les accords de paix signés en juin puis en décembre 2025 entre Kinshasa et Kigali, qui prévoyaient notamment le retrait des troupes étrangères et la désescalade dans la région. Ces quatre hauts responsables rwandais ainsi que l’ensemble des Forces de défense rwandaises (RDF) sont placés sur sa liste des ressortissants spécialement désignés (SDN). Cette inscription signifie que les avoirs des personnes et de l’armée rwandaise qui relèvent de la juridiction américaine sont bloqués et que les ressortissants et entreprises américaines ne peuvent pas effectuer de transactions avec elles.

Parmi les individus sanctionnés, il y a Stanislas Gashugi, Ruki Karusisi, Mubarakh Muganga (alias « MK Mubarkh ») et Vincent Nyakarundi, tous basés à Kigali et accusés de contribuer à l’instabilité dans l’Est de la RDC. Le département du Trésor américain, à travers l’OFAC, a émis la General License 1 autorisant une période de démantèlement des transactions impliquant les RDF, afin de permettre une cessation ordonnée des engagements concernés. En d’autres termes, ce texte autorise, jusqu’à 00 heure 01′ le 1er avril 2026, les opérations « normalement accessoires et nécessaires » à la cessation progressive des transactions impliquant l’armée rwandaise ou toute entité dans laquelle elle détient, directement ou indirectement, au moins 50 %.

Toujours selon l’OFAC, les forces rwandaises soutiennent activement, entraînent et combattent aux côtés du M23, un groupe armé déjà sanctionné par les États-Unis et les Nations unies, responsable de violations des droits humains et d’une crise de déplacements massifs de population en RDC. Sur le terrain, la décision américaine pourrait modifier certains équilibres. Depuis plusieurs mois, le M23 s’est imposé comme l’un des groupes armés les plus puissants dans l’Est de la RDC, dans une région où opèrent une centaine de milices et où la crise humanitaire a déjà déplacé des millions de personnes.

En marge de la publication de ces sanctions, le secrétaire au Trésor des Etats-Unis, Scott Bessent, a exigé le « retrait immédiat des troupes, des armes et des équipements » des Forces de défense rwandaises (RDF) du territoire congolais. Selon le Trésor américain, ces mesures visent à accroître la pression sur Kigali afin de mettre fin à toute implication militaire présumée dans l’Est de la RDC, où l’insécurité persiste malgré les initiatives diplomatiques régionales et internationales.

Kinshasa salue les sanctions contre Kigali

Pour Kinshasa, ces sanctions représentent un signal politique important. Le ministère des Affaires étrangères de la RDC a salué la décision américaine, exprimant sa « profonde reconnaissance aux Etats-Unis ». De son côté, celui de la Communication et Médias y voit « un signal clair en faveur du respect de la souveraineté et de l’intégrité territoriale » de la RDC. Ces mesures confirment « la nécessité d’une cohérence entre les engagements diplomatiques et les réalités opérationnelles sur le terrain », note ce ministère dirigé par Patrick Muyaya. Kinshasa a aussi exprimé « sa profonde reconnaissance » aux États-Unis pour « leur implication constante » dans les efforts de paix dans la région des Grands lacs.

Pour sa part, le gouvernement rwandais rejette les accusations et estime que les sanctions présentent une lecture biaisée du conflit, tout en reprochant également à la RDC de ne pas respecter certains engagements du processus de paix. Le Rwanda dit également regretter des sanctions qu’il juge « unilatérales », estimant qu’elles « déforment les faits » du conflit et ciblent injustement « une seule partie » au processus de paix. Dans un communiqué publié le 2 mars, Kigali dit vouloir retirer ses troupes en RDC mais à condition que la RDC mette également en œuvre ses obligations. « Le Rwanda reste pleinement engagé à désengager ses forces en parallèle avec la mise en œuvre par la RDC de ses obligations », a déclaré Kigali dans ce communiqué. Il accuse en même temps Kinshasa de violer le cessez-le-feu. 

Ces sanctions peuvent avoir quel impact ?

Si les autorités congolaises y voient une reconnaissance internationale de leurs accusations contre Kigali, l’impact de ces sanctions pourraient se montrer dans le temps. L’armée rwandaise dépend en majorité des subventions américaines et européennes. Ces sanctions pourraient faire perdre un budget militaire conséquent à l’armée rwandaise. Ce qui pourrait être un coup dur pour Kigali et obligé Paul Kagame à retirer ses troupes dans l’Est de la RDC. « Si le président Paul Kagame refuse d’obtempérer, la posture américaine actuelle dans le monde devrait le faire réfléchir. Le cas du Venezuela ou de l’Iran devrait traverser son esprit. », note un analyste de la région des Grands lacs.              

Pour l’instant, les combats continuent sur plusieurs lignes de front dans l’Est du pays. Au Sud comme au Nord-Kivu, des lignes de front bougent dans un sens comme dans l’autre. Si Kigali persiste en maintenant ses troupes dans l’Est du pays, Washington a déjà prévenu. Le département d’État affirme que les États-Unis sont prêts à utiliser « tous les outils disponibles » pour s’assurer que la RDC et le Rwanda respectent les engagements pris dans le cadre des Accords de Washington.    

Kinshasa espère que cette pression internationale affaiblira les capacités du M23 qui est armé par Kigali. Mais l’impact réel reste encore à observer sur le terrain. Entre pressions diplomatiques et rivalités régionales, les sanctions américaines pourraient peser sur l’évolution du conflit. Mais dans l’Est de la RDC, où les populations vivent depuis des décennies au rythme des affrontements, la paix dépendra surtout de la volonté réelle des acteurs à transformer ces décisions politiques en désescalade sur le terrain.

Heshima  

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Guerre contre l’Iran : l’Afrique redoute les répercussions économiques et énergétiques

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L’escalade militaire au Moyen-Orient après les frappes contre l’Iran suscite de vives inquiétudes sur le continent africain. Hausse des prix du pétrole, inflation et perturbations commerciales pourraient fragiliser davantage plusieurs économies déjà sous pression. Avec la fermeture du détroit d’Ormuz, l’envolée de prix du pétrole ne va pas épargner l’Afrique.    

L’escalade militaire autour de l’Iran dépasse largement les frontières du Moyen-Orient. Hausse du prix du pétrole, perturbations commerciales et tensions économiques : plusieurs pays africains commencent déjà à ressentir les effets d’une crise susceptible de fragiliser davantage des économies encore convalescentes. La guerre en cours autour de l’Iran fait trembler les marchés mondiaux de l’énergie et ses effets commencent à se faire sentir bien au-delà du Moyen-Orient.

Depuis samedi 28 février, jour de l’annonce de la fermeture du détroit d’Ormuz où transite le tiers du pétrole mondial, le prix du baril flambe de 13%. Vendu en dessous de 70 dollars avant la crise iranienne, il est actuellement à plus de 80 dollars le baril. C’est la conséquence directe de la fermeture du détroit d’Ormuz où transite plus de 20% du pétrole mondial. Samedi, les Gardiens de la révolution iraniens avaient indiqué que cette voie était « de facto » fermée à la navigation, car dangereuse en raison des attaques américaines et israéliennes. Dimanche 1er mars 2026, la télévision d’État iranienne a annoncé qu’un pétrolier était en train de « couler » après avoir été frappé alors qu’il franchissait « illégalement » le détroit d’Ormuz, sans plus de précisions.

« Soixante navires » sous pavillon français ou qui appartiennent à des entreprises françaises sont bloqués « à l’intérieur du Golfe arabo-persique », a déclaré le délégué général d’Armateurs de France, Laurent Martens cité par France 24.

Face à cette crise, les analystes redoutent notamment une flambée durable du prix du pétrole, ressource stratégique pour de nombreux pays africains. Des projections démontrent que le prix du baril pourrait dépasser les 100 dollars si le conflit se prolonge ou si les routes maritimes sont perturbées.

Détroit d’Ormuz, un passage vital pour les navires pétroliers 

Le détroit d’Ormuz est un passage stratégique par lequel transite près d’un cinquième du pétrole mondial. Toute interruption du trafic dans cette zone provoque un choc énergétique mondial et renchérit le coût des importations pour les pays africains fortement dépendants du carburant.  Pour les économies africaines importatrices de pétrole, les conséquences pourraient être immédiates : hausse des prix du carburant, inflation et pression sur les finances publiques. Plusieurs experts estiment que la montée des prix de l’énergie se répercutera sur le coût du transport, de l’alimentation et des produits de base en Afrique. « Nos navires resteront à quai pendant plusieurs jours », a déclaré à Reuters un cadre supérieur d’une importante société de négoce. Environ 20 millions de barils de pétrole brut et d’autres carburants transitent quotidiennement par l’étroit détroit qui sépare l’Iran de la péninsule arabique.

Ce détroit est vital pour les exportations d’Arabie saoudite, d’Irak, du Koweït, du Qatar et d’Iran. Toute perturbation, ou même la simple menace d’une telle perturbation, provoque généralement une forte hausse des prix du pétrole et des coûts d’assurance maritime. Bien que l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis exploitent des oléoducs alternatifs contournant le détroit, les analystes soulignent que ces itinéraires ne peuvent absorber la totalité du volume de pétrole brut qui y transite habituellement.

L’histoire a déjà montré la sensibilité des marchés pétroliers aux conflits au Moyen-Orient. A titre d’exemple, pendant la guerre du Golfe (1990-1991), le prix du Brent a doublé, passant d’environ 15 dollars le baril en juillet 1990 à plus de 40 dollars en octobre, après l’invasion du Koweït par l’Irak. En revanche, lors de la guerre d’Irak de 2003, les prix ont connu une hausse moins marquée avant de se stabiliser une fois les craintes liées à l’approvisionnement apaisées. Depuis janvier, avec l’intensification des signes d’une possible confrontation entre les États-Unis et l’Iran, les marchés pétroliers ont connu une volatilité notable.

Le Nigéria, potentielle victime

La guerre pourrait affecter le Nigéria d’au moins quatre manières, notamment dans le secteur pétrolier. Alors que les États-Unis et Israël intensifient leurs actions militaires contre l’Iran, des analyses préviennent que les conséquences pourraient s’étendre bien au-delà du Moyen-Orient, avec des répercussions sur les marchés pétroliers mondiaux, l’inflation et le coût de la vie dans des pays comme le Nigeria.

Premier producteur de pétrole d’Afrique, le Nigéria traverse déjà une crise structurelle profonde caractérisée par une production historiquement basse (remontant à 1,5 million de barils/jour début 2026 contre 1,2 en 2022). Le pays connait des pénuries de carburant, une forte inflation et la dévaluation du Naira, la monnaie locale. Avec la crise en Iran, cette situation risque ne pas s’améliorer car le pays compense souvent ses pénuries par l’importation de l’or noir. 

Dans ce contexte incertain, de nombreux gouvernements africains suivent de près l’évolution du conflit. Car si la guerre se prolonge, ses ondes de choc économiques pourraient atteindre rapidement les ménages africains, rappelant combien la stabilité du Moyen-Orient demeure étroitement liée à celle des économies du continent. D’ailleurs, en République Démocratique du Congo, le gouvernement remue ciel et terre pour compenser la hausse des prix du carburant en offrant un manque à gagner aux pétroliers. Une nouvelle hausse des prix à l’échelle internationale pourrait bien impacter les finances du pays déjà essoufflées par les dépenses sécuritaires liées à la guerre dans l’Est de la RDC.

Heshima  

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