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Interview

EVALUATION DU PROCESSUS ELECTORAL 2018: MISSION ACCOMPLIE POUR CORNEILLE NANGAA

Des applaudissements! Ils résonnent encore et encore dans la grande salle de congrès du palais du Peuple où sont réunis 500 députés et plusieurs personnalités politiques et sociales ainsi que la presse nationale et internationale. Détendu, léger sourire aux lèvres, Corneille Nangaa pousse un ouf de soulagement après avoir présenté son rapport général d’activités de la Commission électorale nationale indépendante (CENI) le 9 avril dernier, dans lequel il relève le défi de l’organisation des élections générales dans des conditions difficiles.

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L’homme!

20 novembre 2015. Un nouveau président, désigné par le consensus des confessions religieuses, est porté à la tête de la Commission électorale nationale indépendante. Suite à une longue période d’indisponibilité de l’abbé Apollinaire Mohulungu Malu Malu, Corneille Nangaa Yobeluo hérite de l’institution qualifiée de la plus controversée tant dans l’opinion nationale qu’internationale.

Lorsque Corneille Nangaa prend les commandes de la CENI, c’est Jean-Pierre Kalamba, rapporteur de cette centrale électorale, qui aura les mots prophétiques certainement bien pesés à son endroit. En procédant à la remise et reprise avec son nouveau président, fonction dont il assumait jusque-là l’intérim, le susnommé rapporteur lui dit : « Tel Simon de Cyrène qui a porté très brièvement la croix de Jésus… Je vous remets votre croix ». Mots dont Corneille Nangaa aura vécu la véracité dans sa chair et cela au quotidien.

Jouissant d’une expérience en matière électorale de près de 20 ans dont plus de la moitié passée au sein de la centrale électorale congolaise, Corneille Nangaa Yobeluo présentait inéluctablement le profil idéal pour diriger la CENI.

En 2005, il est déjà agent de la Commission électorale indépendante (CEI), mise en place à l’issue du Dialogue Intercongolais de Sun City.

À cette époque, Nangaa accomplit déjà ses premiers pas comme superviseur technique national, chargé de la coordination de toutes les opérations électorales sur l’étendue de la République. Il bénéficie d’une grande confiance de la part des patrons de la jeune centrale électorale congolaise.

Entre 2007 et 2013, l’expert congolais a parcouru tous les pays de la sous-région, même ceux qui, plus tard, viendront réclamer « la vérité des urnes ».

C’est fier de son expérience dans le domaine électoral couronnée notamment par son prestigieux diplôme Bridge que ce fonctionnaire international, polyglotte de surcroît, a presté comme consultant au Burkina Faso, au Niger, en Côte d’Ivoire ou encore au Cameroun. Des pays qui ont apprécié, à sa juste valeur, son apport dans l’organisation et la réussite des élections. Malgré cette reconnaissance certifiée dans plusieurs États du continent africain en raison de son riche bagage électoral, Nangaa doit cependant tailler son chemin dans le roc dans son pays.

Par la décision n°002/CENIRDC/ AP/13 du 28 septembre 2013 signée par le regretté abbé MaluMalu, Corneille Nangaa est nommé secrétaire exécutif national adjoint. Poste qu’il occupait jusqu’à sa nomination comme président.

Lors de l’installation de tous les membres du bureau et de la plénière de la CENI, une mission claire leur sera confiée par le président de la République d’alors. On se souviendra du discours de Joseph Kabila, président de la République honoraire, dans lequel il félicite ces animateurs tout en leur rappelant : « …votre mission consiste à nous organiser les élections, rien que les élections, votre rôle est plus technique, laissez donc les politiciens faire la politique ».

En 2013, lorsque le pasteur Daniel Ngoy Mulunda succède à l’abbé Apollinaire Malumalu, une feuille de route et un calendrier électoral furent élaborés pour absorber les arriérés électoraux au niveau provincial, urbain, municipal et local, avec le fichier de 2011 fiabilisé. Toutefois, au terme de l’évaluation du processus électoral de 2011, le calendrier électoral avait été suspendu par l’Assemblée nationale, ce qui avait empêché l’organisation de l’élection des sénateurs.

Dans l’entretemps, le mandat du président de la République en exercice tend vers sa fin. D’une part l’opposition exerce des pressions pour la tenue des élections en dépit de l’absence d’un calendrier électoral à même d’en assurer un déroulement normal. La classe politique veut à la fois une chose et son contraire, aller aux élections sans Kabila et organiser une transition sans Kabila. Pour elle, le temps presse.

A l’étonnement général, le nouveau calendrier électoral sera rejeté par certains acteurs politiques qui considéraient qu’il était partiel, parce que ne tenant pas compte de l’élection présidentielle et des législatives. Soucieuse de répondre à leur exigence, le 12 février 2015, la CENI publia un autre calendrier électoral, reprenant notamment les scrutins manquants.

Durant la même année, dans le but d’assurer le maximum de confiance aux parties prenantes, la CENI sollicita un audit du fichier électoral pour sanctionner les travaux de fiabilisation du fichier électoral. Une mission de l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF) conduira ledit audit, en concertation avec les représentants des partis politiques et de la société civile.

Malgré cette initiative, des violentes réactions de la classe politique n’avaient pas tardé. Si pour la majorité le fichier fiabilisé était corrompu, l’opposition pensait qu’il était infecté. La société civile, quant à elle, trouvait qu’il n’était pas approprié.

Face à ce climat tendu du rejet du fichier électoral, s’était ajoutée la divergence des vues entre la CENI et le gouvernement. La CENI avait commencé à exécuter le calendrier électoral et avait déjà inscrit 23 786 candidats pour la députation provinciale. Le gouvernement tenait, au travers de la loi de programmation de l’installation des nouvelles provinces, à l’organisation de l’élection des gouverneurs et vice-gouverneurs des nouvelles provinces.

La détection des obstacles et début du travail

Au moment où Corneille Nangaa commence son travail, la Cour constitutionnelle était sollicitée en matière d’interprétation. Par l’arrêt R. Const. 0089/2015, la haute cour ordonna à la CENI d’évaluer en toute indépendance et impartialité tout le processus électoral prévu dans son calendrier du 12 février 2015, avec la possibilité d’organiser les élections des gouverneurs et vice-gouverneurs de nouvelles provinces avant la tenue des élections globales.

En exécution de cet arrêt de la Cour constitutionnelle, la CENI identifia plusieurs obstacles. Premièrement, les députés provinciaux, les sénateurs et gouverneurs et vice-gouverneurs élus en 2006 étaient toujours en fonction, alors que leur mandat était échu depuis 5 ans. Deuxièmement, en application de l’article 2 de la Constitution, le nombre des provinces était passé de 11 à 26. Troisièmement, la CENI relève l’absence d’un fichier électoral actualisé et adapté à la nouvelle configuration des provinces. D’autre part, face à l’impératif du respect du délai constitutionnel pour la tenue des élections générales prévues en 2016, elle constate la méfiance généralisée entre acteurs politiques, outre le défi du financement du processus électoral. « Nous avons dégagé une nouvelle feuille de route déclinant les principaux axes, notamment la refonte du fichier électoral, l’appui à l’élaboration du cadre légal et règlementaire, la publication du calendrier et la recherche du financement des élections ; – Nous nous sommes lancés dans la mise en œuvre de la feuille de route en maintenant les cadres de concertation avec toutes les parties prenantes », explique Corneille Nangaa.

« En effet, la grande majorité des intervenants ont félicité la CENI pour le travail abattu. Cette marque de considération ne pouvait nous laisser indifférents. C’est d’autant plus agréable que nous ne nous attendions pas à ce degré d’appréciation positive, la CENI s’étant souvent accommodée à des jugements sévères. « 

Corneille NANGAA YOBELUO, Président de la Ceni
13 décembre, 7000 machines à voter et plusieurs matériels électoraux calcinés

En février 2016, la centrale électorale lance le processus d’acquisition des kits d’enrôlement et autres matériels par appel d’offres ayant abouti à l’enrôlement du premier électeur à Gbadolite le 31 juillet 2016. Si cet enregistrement a consacré le lancement de l’opération de révision du fichier électoral, cependant, cette démarche légale va susciter étrangement des vives critiques des parties prenantes. La CENI s’est retrouvée devant un dilemme, à savoir d’une part l’obligation de tenir le délai constitutionnel pour l’élection présidentielle de 2016, et de l’autre l’impossibilité technique avérée de tenir les scrutins, faute du fichier électoral, en cours d’élaboration.

Ne sachant quoi faire, la CENI sollicite encore la Cour constitutionnelle laquelle rend, le 17 octobre 2016, l’arrêt R. Const. 0338, par lequel elle constate « l’impossibilité d’organiser les scrutins prévus dans son calendrier du 12 février 2015 et l’autorise, par conséquent, à confectionner un nouveau calendrier électoral aménagé dans un délai objectif et raisonnable exigé par les opérations techniques de refonte du fichier électoral, afin de s’assurer de la régularité des scrutins prévus ».

Malgré l’arrêt de la Cour constitutionnelle, le processus électoral continue à connaître des divergences entre acteurs politiques, caractérisées par des marches, des villes mortes et des pressions de tout genre.

Les dialogues de la Cité de l’Union Africaine et de la CENCO

Pendant que la classe politique se tiraille et promet l’hécatombe à Kinshasa et ses environs si les élections venaient à être repoussées au-delà du 30 décembre 2016, en fin technicien et manager averti, Corneille Nangaa, n’y est pas allé par quatre chemins pour signifier aux Congolais qu’il est techniquement impossible de les organiser dans le délai imparti pour des raisons financières, juridiques, sécuritaires, et techniques. La fin du mandat du président Joseph Kabila fixée au 19 décembre 2016 s’approchant à grand pas, un compromis était nécessaire dans la classe politique pour l’organisation des élections. Le premier dialogue sera convoqué le 9 septembre pour la sortie de crise. Nkosazana Dlamini-Zuma, alors présidente de la Commission africaine confia à l’ancien Premier ministre togolais, Edem Kodjo, la mission de bons offices. L’accord conclu le 18 octobre 2016, sous sa médiation, prévoyait que le président Joseph Kabila reste au pouvoir jusqu’à l’élection d’un nouveau chef de l’Etat. Seulement, il sera rejeté par le Rassemblement dirigé par Etienne Tshisekedi, président de l’UDPS, qui avait boycotté ledit dialogue.

Dans le souci d’obtenir un large consensus, le 8 décembre de la même année, commença le deuxième dialogue, qualifié de dialogue de dernière chance, dont les bons offices étaient assurés par les évêques de la Conférence épiscopale nationale congolaise (CENCO). À l’issue de ce dialogue, l’Accord de la Saint Sylvestre sera signé, approuvant le maintien de Joseph Kabila malgré la fin de son mandat, la nomination d’un Premier ministre issu du Rassemblement et l’organisation des élections en 2017.

 Des résolutions pertinentes seront ainsi formulées à l’endroit de la CENI, notamment celle de la poursuite de la reconstitution du fichier électoral et la publication du calendrier pour les élections combinées présidentielle, législatives et provinciales. « Nous avons effectivement poursuivi l’opération de révision du fichier électoral qui s’est clôturée le 31 janvier 2018. Nous avons publié le calendrier électoral le 5 novembre 2017 qui a permis la tenue des scrutins combinés du 30 décembre 2018 », précise le président de la CENI.

Les autres éléments perturbateurs

 Nangaa est confronté à plusieurs défis. D’abord le déficit de confiance entre les parties en présence. Aucun camp se fie à l’autre. L’opposition soupçonne le pouvoir de vouloir tirer les choses en longueur ou de tricher. Le pouvoir craint une insurrection fomentée par l’opposition. Tous les deux camps se regardent en chiens de faïence, chacun étant sur le qui-vive ! Le pouvoir en place se jette le premier à l’eau. L’opposition réagit. Il y a des morts. Chacun y va de sa comptabilité et de sa publicité aussi.

La CENI a également connu des difficultés concernant l’opération d’identification et d’enrôlement frappée de plusieurs contraintes d’ordre technique, politique, financier et sécuritaire. Malgré tout, elle réussit à enrôler 40.024.897 électeurs.

Pour ce qui concerne le défi financier, Corneille Nangaa est confronté à celui du coût excessif des élections et la complexité logistique pour l’organisation en une séquence de trois scrutins.

Nangaa se dit ne pas être en mesure de réinventer la roue.

Il fouine dans les tiroirs de son prédécesseur, l’abbé Apollinaire Malu Malu. Il y ramasse un vieux projet poussiéreux. Il l’époussète.

Curieusement, il réalise que son maître, comme il aime l’appeler, avait déjà pensé comment réduire les coûts excessifs des élections. Ce projet consistait à développer un système de vote adapté aux défis congolais. D’où l’introduction de la machine à voter (MAV).

 D’autres éléments ont troublé le déroulement du processus électoral, surtout du point de vue sécuritaire. Parmi ceux-ci figurent « le cycle quasi infernal de violences et d’insécurité dans la sous-région, notamment les guerres au Soudan du Sud et en République Centrafricaine qui ont occasionné un déferlement de réfugiés sur le territoire congolais en provinces du Nord-Ubangi, Bas-Uele, Haut-Uele et Ituri ». En outre, il y a eu des mouvements massifs de personnes qui ont perturbé la quiétude sociale dans le territoire d’Irumu, le phénomène Mbororo qui menace jusqu’à ce jour la paix sociale dans les Uélé. Des Congolais vivant en Angola et au Congo-Brazzaville ont aussi été expulsés pendant la même période.

À ces différents phénomènes, signale Corneille Nangaa, il faut ajouter la perte de matériel de la CENI soit par incendie ou par actes de vandalisme, l’insécurité liée à l’activisme des groupes armés dans les Uélé, l’Ituri, le Nord-Katanga ainsi que le Nord et Sud-Kivu. Dans le même registre, il évoque les conflits intercommunautaires à Yumbi dans la province de Maï-Ndombe et dans le Tanganyika, ainsi que le drame de Kamuina-Nsapu dans l’espace des anciens Kasaï oriental et occidental. « Outre cette situation sécuritaire, il faut ajouter à l’analyse du contexte global dans lequel le processus a évolué, l’attitude condescendante de certains partenaires internationaux qui, nostalgiques du fameux Comité International de l’Accompagnement de la Transition (CIAT), n’ont eu de cesse d’interférer dans le processus électoral dont ils souhaitaient qu’il fut conduit à leur guise. Ce que ne permettent ni le cadre légal depuis 2006, ni le sacro-saint principe d’indépendance de la CENI ,laquelle s’entend non seulement par rapport au gouvernement mais aussi à l’égard des autres parties prenantes et autres partenaires tant nationaux qu’internationaux. A cela s’ajoute la maladie à virus Ebola au Nord Kivu, la méfiance des acteurs qui a généré des postures d’opposition de principe à toute suggestion venant du camp considéré à tort ou à raison comme étant adverse» selon lui.

 Lancement du processus

C’est dans ce contexte que Corneille Nangaa lance le processus de la machine à voter. Il se bouche les oreilles. C’est le troisième cycle électoral en marche en RDC et le premier avec la machine à voter.

Le Président de la Ceni, Corneille Nangaa, le 9 avril 2021 face aux députés nationaux
  


Le gouvernement mettra à la disposition de la CENI toute la logistique indispensable. Les équipements sont achetés et déployés par le biais de 7 hélicoptères pimpants neufs, pilotés par de jeunes Congolais dont la moyenne varie entre 21 et 27 ans. Une autre manière de conforter cette indépendance du processus électoral.

Il faut ajouter à ces hélicoptères, 7 autres avions, gros porteurs dont 1 Boeing 300, 1 Boeing 737, 2 Boeing 727, pouvant transporter au moins 25 tonnes ; 1 DC8 d’une capacité d’au moins 40 tonnes ; 1 Antonov 72 et 1 Antonov Iliouchine. Au total, un dispositif aérien de 14 avions pour déplacer et ramener le matériel électoral. Un jet privé a été aussi acquis pour superviser les élections par le staff de la CENI. Il faut ajouter à cela, le VSAT qui a été livré pour offrir l’Internet et l’Intranet à l’usage du processus électoral.

La Commission nationale indépendante s’est dotée d’un réseau constitué d’un HUB i-direct résiliant près de 300 Vsat situés aux chefs-lieux des territoires et villes sur l’ensemble du territoire national.

 Ce HUB a permis à la CENI de fournir de l’internet sécurisé à tous ses démembrements et travailleurs en intranet ultra sécurisé pendant la période électorale. En clair, le jour du scrutin les données électorales pouvaient circuler en temps réel de la base jusqu’au niveau national et vice-versa par un canal sécurisé propre à la CENI, indépendamment de toutes couvertures réseaux ou internet public.

Tenant compte de tous ces éléments, Corneille Nangaa mentionne que la période de son mandat à la CENI était caractérisée par des paradoxes et des incertitudes multidimensionnelles. « C’est dire combien maintenir le cap du processus dans ce contexte a été particulièrement difficile, contraignant, sinon éprouvant », conclut cet acteur majeur de l’alternance.

 HESHIMA

Interview

Noel TSHIANI MUADIAMVITA, éviter l’infiltration étrangères au sommet de l’Etat

« … éviter l’infiltration étrangère au sommet de l’état et dans des fonctions sensibles de souveraineté nationale »

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Heshima Magazine : Pourriez-vous nous en dire plus sur votre proposition de loi qui verrouille l’accès à la présidence et d’autres fonctions de ‘Etat aux Congolais nés de père et de mère ?

Noel TSHIANI MUADIAMVITA Ma proposition de loi pour verrouiller l’accès à la présidence de la République et à celle du Sénat ainsi que la présidence de l’Assemblée nationale et d’autres corps sensibles du pays (officiers supérieurs de l’armée et de la police nationale, agence nationale des renseignements, direction générale des migrations, présidence des cours et tribunaux) vise à protéger la souveraineté nationale, à promouvoir l’intérêt national et protéger l’intégrité du territoire national. L’idée est d’éviter l’infiltration étrangère au sommet de l’état et dans des fonctions sensibles de souveraineté nationale. Ma vision est que tous les congolais sont égaux et doivent être autorisés à tout faire dans le pays. L a seule exception est que les fonctions de souveraineté sont réservées aux citoyens nés des mères et pères congolais. C e genre de lois existe partout en Afrique (Cameroun, Zambie, Togo, Maroc, Burkina, etc…) et même dans des pays à démocratie avancée comme les États Unis d’Amérique. 

Je propose aussi le principe de l’irrévocabilité de la nationalité congolaise. Nous naissons congolais, nous vivons congolais et nous mourrons congolais. Si quelqu’un prend une nationalité étrangère pour des raisons de convenance personnelle, il ne doit pas perdre la nationalité congolaise sauf s’il l’exprime clairement et expressément. Nous devons toutefois exclure la double nationalité avec les pays voisins à cause des velléités d’occupation que certains ont eu sur la RDC. 

HM : Sur le réseau social Twitter où vous êtes très populaire, vous encouragez l’IGF à élargir le champ de re cherche et fouiner par tout ; quelles sont vos attentes par rapport à l’IGF ?

Le travail de l’IGF est au cœur même de la bonne gouvernance que nous voulons pour redresser la RDC. Dans le passé, les mandataires de l’Etat et les gouvernants ont abusé des biens publics en confondant le patrimoine de l’Etat avec leurs biens privés. J’encourage l’IGF à faire son travail pour éduquer la population et promouvoir la bonne gouvernance sans laquelle le pays ne peut pas mobiliser des ressources publiques importantes pour financer le développement sans avoir à recourir continuellement aux emprunts extérieurs.

 HM : Il est obligatoire qu’un ministre déclare s on patrimoine au moment de la pris e de s es fonctions. comment expliquez-vous que l’ Etat Congolais ne constate-t–il pas automatiquement l’enrichissement illicite à la fin de la mission de ce dernier ?

La RDC vient de loin. Pendant les décennies post indépendance, il y a eu un laissez aller indescriptible. Les gens viennent mains vides dans des fonctions officielles pour s’enrichir sans effort ni ménagement. Les lois du pays en matière de déclaration des patrimoines doivent être respectées par tous et mises en œuvre sans exception.

 HM : L e Président Félix Tshisekedi a déclaré l’ Etat de siège à l’ Est de la RD C. Selon vous, quelles sont les recommandations qui devraient accompagner cette stratégie ?

L’Etat de siège est une mesure salutaire que je salue et soutiens. Pour réussir, l’Etat doit donner tous les moyens financiers et logistiques à nos forces de l’ordre pour les motiver à faire leur boulot. Les rémunérations doivent être payées régulièrement. Les équipes sur le terrain doivent être équipées adéquatement. Il faut suffisamment des militaires et policiers sur le terrain. Les missions assignées aux troupes doivent être claires. L a discipline doit être de mise et les récalcitrants doivent être punies de façon exemplaire.

Il faut aussi que la population congolaise dans son ensemble soutienne les efforts des hommes et femmes en uniformes qui se battent sur le terrain pour nous. Nous devons collectivement être reconnaissants à leurs sacrifices sur le terrain.

 HM : Qu’attendez-vous du gouvernement de l’Union sacrée ?

 De l’union sacrée, j’attends la pacification du pays, la mise en œuvre du programme du gouvernement qui a été adopté par l’assemblée nationale, l’amélioration des conditions de vie de la population et l’amorce d’un processus de développement durable de la RDC.

HM : Candidat mal heureux aux élections de dé cembre 2018, ave c le recul quel les s ont les raisons d’après vous pour les quel les la grande majorité des congolais ne vous ont p as donné leurs voix ?

Je ne suis pas un candidat malheureux. Je suis très heureux d’avoir participé aux élections présidentielles de mon pays. Même si je n’ai pas été élu car n’ayant pas investi suffisamment de temps avant les élections pour me faire connaître et faire connaissance de ma vision au peuple congolais, je pense que je suis mieux connu aujourd’ hui qu’au moment des élections. Les congolais m’ont découvert après les élections. Le meilleur est encore devant nous.

HM : 2023, année électorale ; comptez-vous soutenir le chef de l’Etat Felix Tshisekedi ou seriez-vous candidat Président de la République ?

Je suis membre de l’Union Sacrée de la Nation mise en place par le Président de la République. Bien que ce soit trop tôt de se prononcer pour 2023, il est évident que tous les membres de l’Union Sacrée devront soutenir le Candidat qui sera désigné par elle.

Propos recueillis par Olyncia MUHONG KASHEMA 

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Interview

Jules Alingete, Gardien des biens publics de l’État

Le Président de la République Félix-Antoine Tshisekedi veut redorer l’image de la RDC longtemps considérée comme l’un des pays le plus corrompu et où les détournements des biens publics restent impunis. Pour y parvenir, il lui fallait un expert des finances, un homme fort et surtout loyal. Il décida de nommer Inspecteur Général des Finances le 7 juillet 2020 sur ordonnance présidentielle, Jules Alingete Key, spécialiste des finances pour assumer sa vision et lutter contre l’impunité.

L’homme ne supporte pas voir les deniers publics prendre une destination contraire à ce pourquoi ils ont été destinés au départ. À ce jour, il a démontré qu’il connait par cœur toutes les combines utilisées pour fraudes et il n’ignore rien des arcanes des finances congolaises. Sa rigueur dans la traque de détourneurs fait de lui l’homme fort du régime Tshisekedi.

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En moins d’une année, Jules Alingete Key a su dire halte aux détourneurs, déniché les fossoyeurs de l’économie congolaise et déjoué les stratégies de vol des deniers publics. En peu de temps, il a imprimé ses marques à la tête du service supérieur de contrôle du gouvernement en matière des finances qu’est l’Inspection générale des finances ( IGF), au point de devenir le symbole de la lutte contre la corruption en RDC.

 Une moisson abondante

En homme qui sait fleurer le mensonge, démasquer les bluffeurs et comprendre comment se transmet les dessous des tables, il s’est mis sans atermoyer au travail de démantèlement des réseaux maffieux.

Après son entrée en fonction, très rapidement il a frappé le cœur des fausses exonérations. Ayant recensé plus de 1300 exonérations injustifiées, il proposera au gouvernement de les annuler et d’imposer des pénalités conséquentes aux bénéficiaires indus. Pour Jules Alingete, les exonérations sont strictement interdites par la loi des finances publiques et le budget 2020 en tient compte. « Elles ne constituent pas une matière autorisée selon le droit OHADA », précise-t-il.

D’autre part, l’IGF ne tarde pas de constater qu’il y a mégestion des fonds covid-19. Les enquêtes menées aboutissent vite à la conclusion selon laquelle il y a eu mégestion caractérisée des fonds publics alloués à la prise en charge de la riposte sanitaire de covid-19.

Le 12 août 2020, soit un mois et quelques jours après son arrivée aux affaires, Jules Alingete transmet le dossier à la justice. Si les interpellations se font attendre, sur les 27 millions de dollars débloqués par l’Etat congolais pour la lutte contre le coronavirus, seule une partie dérisoire est justifiée. Le sulfureux dossier est celui du parc agro-industriel de Bukanga-Lonzo dans lequel Augustin Matata et d’autres personnes sont citées comme présumés détourneurs.

 Une nouvelle ère a sonné

On a beau décrié le coulage des recettes en RDC, mais les mailles du filet n’avaient jamais rien attrapé auparavant… En effet, sans une stratégie de lutte contre la corruption, toutes les réformes fiscales ne peuvent rien donner. Jules Alingete Key est justement bien placé pour lutter contre l’impunité, le détournement et coulage des deniers publics.

Entant qu’expert fiscaliste, il passe les institutions au crible. Outre la chaîne de dépenses qu’il surveille sans cligner les yeux, il a dans son viseur les régies financières, la Banque centrale, les services d’assiettes, les entreprises de l’Etat et les gouvernements provinciaux.

 Après la descente de ses forces spéciales au Lualaba, Richard Muyej était en face de lui en avril 2021 à Kinshasa et avec lui, ils se sont entendus sur la nécessité de mettre en place une chaîne de dépense provinciale.

Un homme qui pose des actes

Ils ne sont pas nombreux, à part un certain Kazumba du temps du Maréchal Mobutu, qui se sont démarqués dans la traque des détourneurs. Un ancien ministre de la Justice avait été nommé conseiller spécial du chef de l’Etat en matière de bonne gouvernance et de lutte contre la corruption, le blanchiment des capitaux et le financement du terrorisme.

 Cependant, il n’avait inquiété personne ou traduit quelques individus devant les cours et tribunaux. Pourtant, il ne cessait de répéter que la RDC perd 15 milliards de dollars par an, affirmant que la corruption gangrène gravement les institutions de la République. Mais, lorsqu’il entrait en fonction, Jules Alingete avait affirmé qu’il y a des miches très importantes auxquelles l’IGF fait face. « « Nous allons essayer de voir ce que nous pouvons ramener et préserver ainsi les caisses de l’Etat », avait-t-il affirmé. A ce jour, les recettes de l’Etat augmentent dans de nombreux secteurs grâce au travail qu’il abat avec ses forces spéciales.

Un homme détesté

Cependant, Jules Alingete n’a pas la tâche facile parce que les gens qu’il met en cause utilisent parfois leur argent pour jeter de l’opprobre sur lui. On dit de lui que c’est tambour battant et devant la presse qu’il livre les fruits de ses enquêtes en jetant en pâture l’honneur de certaines personnalités. En effet, intransigeant l’homme répond souvent du tac au tac.

Après avoir dit dans une vidéo que tous les voleurs et corrupteurs se cacheraient au Sénat, José Makila l’a accusé d’outrage au Sénat et a voulu que la chambre haute du parlement saisisse le chef de l’Etat pour obtenir son audition. Toutefois Jules Alingete dit ne pas craindre les intimidations d’où qu’elles viennent dès lors qu’il bénéficie du soutien de la population congolaise en général et du chef de l’Etat, Félix Antoine Tshisekedi en particulier.

 Un chevronné aux affaires 

  Alingete key a de l’étoffe. Spécialiste en fiscalité, expert-comptable, il est l’un des meilleurs experts congolais en climat des affaires… Ce Licencié en sciences économiques de l’Université de Kinshasa qui a fini ses études en 1988, a franchi tous les échelons jusqu’à devenir IGF en 2010. Il est le genre de personnes que tout le monde aimerait avoir dans son équipe pour consolider son action. Bruno Tshibala Nzenzhe, ancien Premier ministre, n’a pas hésité de recourir à son expertise, en l’employant à ses côtés comme conseiller technique spécial chargé du climat des affaires. L’homme a aussi travaillé comme Directeur de cabinet adjoint au ministère de l’Economie, … 

 HESHIMA

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Interview

INTERVIEW EXCLUSIVE de Jules Alingete: vérités sur Bukangalonzo et les détournements en RDC

Au coeur de la lutte contre les détournements des fonds publics et autres faits de megestion, l’Inspecteur générale des finances, Jules Alingete Key, Inspecteur Général, passe pour l’une des pièces maîtresses de la stratégie anti-fraude de l’ère Tshisekedi. Dans une interview exclusive accordée à Heshima Magazine, il revient sur les missions de sa structure mais aussi des dossiers chauds déballés par l’IGF.

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Heshima : Monsieur l’Inspecteur général, depuis un certain temps votre nom est évoqué par plusieurs Congolais. Voudriez-vous vous présenter ?

 Je suis Jules Alingete Key, âgé de 57 ans, marié et père de deux enfants. Je suis Inspecteur général des finances, chef de service de l’Inspection générale des finances ( IGF), et je suis inspecteur des finances depuis janvier 1989.

Quelles sont les missions liées à votre fonction d’inspecteur général ?

 Jules Alingete Key : Je suis la personne qui gère techniquement, administrativement et financièrement l’Inspection générale des finances. L’IGF a pour mission de veiller à la bonne exécution des lois et règlements en matières des finances publiques. Plus précisément, l’Inspection générale des finances, qui est un service d’audit supérieur placé auprès du gouvernement, dispose d’une compétence générale en matière de contrôle des biens et finances publiques. Mon équipe et moi contrôlons la gestion des établissements publics, la gestion des entreprises du portefeuille de l’Etat, la gestion des provinces et des entités territoriales décentralisées ( ETD), mais aussi l’utilisation des biens publics, à savoir les véhicules acquis par l’Etat, les maisons de l’Etat, la manière dont ils ont été acquis, affectés et utilisés. Voilà un peu l’étendue de la mission de l’IGF. Souvent les gens ont tendance à penser qu’elle ne contrôle que les fonds publics, mais notre compétence va jusqu’aux biens publics.

Quelles sont les innovations que vous avez apportées au sein de l’Inspection Générale des Finances depuis votre nomination à sa tête ?

Quand je suis arrivé à la tête de l’IGF, j’avais promis de lui bâtir une nouvelle voie. Je ne voulais pas rester sur les sentiers battus parce que je considère que le niveau où j’avais trouvé le service, son fonctionnement et son opérationnalité laissaient à désirer. Voilà pourquoi je me suis fixé un certain nombre d’objectifs qui constituent les innovations dans le travail de l’inspection. Premièrement, j’avais décidé de changer la méthode de communication des résultats du travail, considérant que le propriétaire des fonds publics pour lesquels nous faisons l’inspection et le contrôle est la population. 

Dans mon entendement, celle-ci doit être au courant de la manière dont les personnes désignées pour générer ces fonds ont procédé. J’ai obtenu de ma hiérarchie l’autorisation, lorsqu’on termine un contrôle, de communiquer pour que la population soit informée de la manière dont les fonds publics ont été gérés. Deuxièmement, j’ai souhaité beaucoup travailler sur l’intégrité au sein de l’IGF. Parce que j’avais pris l’engagement de lutter sévèrement et vigoureusement contre les antivaleurs dans les finances publiques, à savoir le détournement des deniers publics, les malversations ainsi que les faits de corruption. 

Et pour y arriver, il fallait qu’il y ait à l’intérieur de l’IGF des inspecteurs intègres. Or, pour avoir des gens intègres, il faut les motiver. C’était le troisième élément. Pour les motiver, j’ai travaillé sur la rémunération. J’ai doublé la rémunération. Et je suis arrivé à le faire sans demander un moyen supplémentaire au gouvernement. Ce qui était comme frais de fonctionnement alloué au service, je l’ai orienté vers la motivation des agents et inspecteurs des finances.

Quatrièmement, j’ai travaillé pour améliorer les conditions de travail au niveau des bureaux et dans tout ce qu’on a comme infrastructures et outils informatiques. À mon arrivée, j’ai trouvé dans les bureaux des inspecteurs des chaises en plastique. Les conditions étaient inimaginables. J’ai dû pratiquement réhabiliter tout le bâtiment de l’Inspection générale des finances : les bureaux des inspecteurs, les salles de réunions, les restaurants, le parking… pour que les inspecteurs travaillent dans de bonnes conditions. Je ne me suis pas arrêté là. J’ai travaillé également dans le cadre de l’innovation.

J’ai trouvé des structures administratives de l’IGF qui sont parties prenantes du domaine d’intervention de l’IGF.

 Lors de ma prise de fonction, j’ai trouvé quatre grandes structures à l’IGF qui dataient d’au moins 35 ans depuis la création du service, donc en 1987, soit une structure avec compétence de suivre les recettes, une autre pour les dépenses, une autre encore pour faire la contre-vérification et la dernière structure suivait la situation des entreprises du portefeuille de l’État. Après les états des lieux et tenant compte de l’évolution des finances publiques, il a fallu s’adapter aux nouvelles méthodes pour une meilleure performance de travail. J’ai porté le nombre des structures à neuf.

La structure s’occupant des dépenses a été éclatée en deux parties, l’une s’occupant des marchés publics, ce qui constitue aujourd’hui une spécialité et l’autre s’occupant des dépenses autres que les marchés publics. Le contrôle de recettes a été divisé en trois structures : une structure de contrôle des recettes fiscales, une autre de contrôle des recettes douanières, et l’autre encore de contrôle des recettes non fiscales, c’est-à-dire les recettes provenant des taxes.

 J’ai créé une structure spécifique qui s’occupe désormais de l’audit parce que la mission de l’Inspection est beaucoup plus liée au contrôle et à la recherche des faits de détournement. Mais comme nous avons aussi la vocation d’être un service d’audit supérieur, on peut aussi diligenter des audits dans les structures de l’État de manière à ce qu’on puisse rationnaliser la gestion. J’ai crée une structure qui s’occupe du suivi de la gestion des ETD et des provinces et une structure s’occupant des entreprises du portefeuille de l’État ainsi que des établissements publics. Il faut ajouter à cela la structure de contre-vérification qui existait déjà. 

Donc, j’ai éclaté les quatre structures en neuf structures spécialisées. Avec ça, nous avons maintenant des unités spécialisées dans tous les domaines des finances publiques pour bien faire le travail. Comme autre innovation, j’ai trouvé qu’il y avait un problème de vieillissement du personnel. Lors de ma prise des fonctions, le dernier membre du personnel était âgé de 55 ans, c’était inimaginable que le poids d’un travail si important puisse se reposer sur des personnes aussi âgées au-delà de 55 ans. Donc, je me suis engagé à procéder à un recrutement.

Au stade actuel, j’ai déjà réussi à recruter 85 nouveaux inspecteurs des finances qui sont déjà opérationnels. Et j’attends d’ici un mois recruter 65 autres pour porter le nombre des nouvelles recrues à environ 150. 

Voilà ce que j’ai eu à faire. Et l’IGF bénéficiait des frais de fonctionnement lui alloués par le Trésor public. J’ai dû travailler sur un nouveau texte qui reconnait à l’Inspection générale des Finances une rétrocession de 10 % de celles reconnues aux régies financières. C’est-à-dire, aujourd’hui, les régies disposent de leur rétrocession parce qu’elles mobilisent les recettes. L’IGF étant un instrument d’encadrement des recettes en appoint aux régies financières, elle bénéficie pour sa part de 10 % attribuées aux régies. Nous avons aussi, pour la première fois, ouvert l’IGF aux corps des métiers spécifiques. Avant moi, elle n’était composée que des économistes et des juristes inspecteurs des finances. Aujourd’hui, avec les modifications apportées aux textes, elle regorge des juristes, des économistes, des ingénieurs en informatique et des ingénieurs en travaux publics. Et ça c’était important parce que nous contrôlons beaucoup de marchés publics et de construction des bâtiments.  

Il a fallu que nous ayons des inspecteurs de cette formation-là qui puissent se joindre à ceux d’une formation des financiers et des économistes pour améliorer le travail. Les informaticiens étaient nécessaires parce qu’aujourd’hui la numérisation, la digitalisation de l’économie devient une nécessité. On ne peut plus se permettre d’opérer un contrôle archaïque comme on le faisait sur papier. Bien sûr les inspecteurs savent déjà manipuler l’outil informatique. 

À ce jour, nous avons la capacité de contrôler une banque avec 1000, 2000 opérations par jour, car nous comptons des agents spécialisés dans l’outil informatique. Le but de toutes ces spécialisations est de détenir une équipe forte et compétente. J’ai également initié la patrouille financière dans les régies financières. 

Quels en sont les résultats ?

Les résultats des innovations que j’ai entreprises sur le plan de la rémunération, sur le plan des conditions de travail sont évidents comme décrit dans les lignes cihaut. Vous pouvez tirer les conséquences sur le plan de rajeunissement du corps des inspecteurs et des textes sur le fonctionnement de l’IGF. Le contrôle de l’IGF se situe à 3 niveaux. Elle accomplit un contrôle a posteriori, c’est-à-dire, on laisse les animateurs gérer et ceux-ci sont contrôlés et sanctionnés en cas de failles après un laps de temps. L’IGF peut également initier un contrôle a priori afin de prévenir la mégestion. Dans le but d’intervenir à temps pour éviter que les actes de gestion puissent être nuisibles. 

L’inspection peut aussi prévoir un contrôle concomitant. Tel est le rôle de la patrouille financière. Il s’agit d’un contrôle qui se déroule au même moment où les personnes sont en pleine activité dans leurs tâches habituelles de gestion, c’est-à-dire nous mettons les inspecteurs à côté des gestionnaires quotidiennement, de telle manière que les actes posés peuvent être contrôlés de manière à empêcher un cas de suspicion des faits de détournement. Cette méthode permet d’arrêter l’hémorragie financière ou les malversations avant que l’opération ne soit validée. Et nous estimons que cela porte des fruits.

Comment sélectionnez-vous les personnalités ou institutions à contrôler ?

 Nous travaillons sur base d’un programme d’action annuel. Ce programme recense l’ensemble d’opérations que nous voulons mener. Ce programme est approuvé par notre hiérarchie qui donne le go. Donc nous, nous recensons le problème. Comment le recensons-nous ? Premièrement, en fonction des dénonciations qui nous viennent de partout, des gens qui dénoncent des faits de megestion dans les entreprises ou autres considérations… Nous recensons ces faits qui nous sont communiqués et examinons nous-mêmes la nécessité d’agir en fonction de l’architecture économique actuelle composée d’entreprises, d’établissements et des services publics. Nous retenons les points sensibles. Nous exprimons notre intention de mettre sous surveillance Nous travaillons sur base d’un programme d’action annuel. Ce programme recense l’ensemble d’opérations que nous voulons mener. Ce programme est approuvé par notre hiérarchie qui donne le go. Donc nous, nous recensons le problème. Comment le recensons-nous ? Premièrement, en fonction des dénonciations qui nous viennent de partout, des gens qui dénoncent des faits de megestion dans les entreprises ou autres considérations… Nous recensons ces faits qui nous sont communiqués et examinons nous-mêmes la nécessité d’agir en fonction de l’architecture économique actuelle composée d’entreprises, d’établissements et des services publics. Nous retenons les points sensibles. Nous exprimons notre intention de mettre sous surveillance

Lorsque vous parlez de la hiérarchie, à quelle institution faites-vous allusion ?

L’IGF dépend de l’autorité directe du Président de la République, chef de l’Etat. 

Qui peut donner des ordres à l’IGF ?

 Généralement, quand nous exécutons les contrôles, la hiérarchie ne donne pas des orientations d’aller dans l’un ou l’autre sens. Elle n’interfère en rien dans le contrôle de telle structure, telle province, tel aspect…. L’intervention de la hiérarchie se limite à donner son aval pour le contrôle en fonction de notre décision et de lui faire rapport. Quand nous exécutons le contrôle, la hiérarchie n’attend que les conclusions que nous allons amener. On a la liberté d’exécuter notre contrôle comme nous voulons et une fois les résultats obtenus, nous en faisons rapport à la hiérarchie. La justice peut intervenir pour nous demander des précisions sur des sujets qui lui semblent utiles, de même que toutes les autorités administratives qui souhaiteraient que l’IGF les contrôle. Nous avons déjà été saisis par le Premier ministre, certains membres du gouvernement, les gouverneurs des provinces sur des faits avérés de détournements.

Combien de missions avez-vous déjà entreprises depuis la prise de vos fonctions ?

 À ce jour, pour l’année 2021, nous avons déjà effectué 60 missions dans plusieurs domaines. En 2020, à ma prise de fonction, une trentaine de missions ont été effectuées.

Plusieurs personnes ciblées par vos conclusions sont protégées par des immunités parlementaires. Quels sont les moyens utilisés pour contrer cette protection quand celles-ci ne sont pas levées ?

C’est une question très importante et essentielle pour notre travail. La moitié des personnes que nous contrôlons sont des personnes jouissant des immunités. Ils sont députés, sénateurs ou membres du gouvernement et les poursuivre nécessite obligatoirement l’approbation du Parlement. Ceux-ci se protègent entre eux. Nous aimerions que ces immunités, conçues au départ pour protéger les hommes politiques dans le cadre de l’activité politique, ne viennent pas entraver l’administration de la justice en ce qui concerne les infractions de droit commun, notamment les détournements des deniers publics. Il faut faire le distinguo entre immunités conçues pour protéger de l’activité politique par rapport aux faits de gestion assumés dans une administration. Cette situation va changer dans les prochains jours. Nous militons efficacement pour qu’on puisse reformer les immunités. Elles peuvent exister, mais il faut qu’elles soient bien définies pour permettre à ce que les personnes qui ont mal géré et qui ont détourné soient interpellées par la justice quel que soit leur titre de parlementaire.

Quelles sont les différentes étapes que l’IGF doit respecter avant que ses conclusions soient envoyées aux cours et tribunaux ? Quelles sont les pièces qui accompagnent un rapport d’enquête ? A qui transmettez-vous les rapports de vos enquêtes ?

Nous commençons par signer un ordre de mission. Nous désignons des inspecteurs qui doivent exécuter ladite mission. Les inspecteurs doivent informer l’entité à contrôler tout en passant par son plus haut responsable. Ils communiquent leur arrivée, présentent au responsable de l’entité la nature de leur mission ainsi que ses raisons. L’entité à contrôler est obligée d’accepter que le contrôle soit effectué puisqu’on ne peut pas opposer à l’Inspection générale des finances des secrets professionnels. Celui-ci met à la disposition des inspecteurs tous les éléments requis, à condition que cela cadre avec les objectifs de la mission. 

À la fin du travail, les inspecteurs rédigent un document qu’on appelle une feuille d’observation. C’est un document qui recense les faits trouvés qui nécessitent des réponses de la part des gestionnaires de l’entité. Cette feuille d’observation est donnée au responsable de l’entité qui retrace les faits saillants de mégestion au sujet desquels l’Inspection générale des finances souhaiterait obtenir des réponses. Une fois remis à l’entité responsable, celui-ci a 5 à 7 jours pour préparer les éléments de réponse par écrit.

 Le responsable de l’entité contrôlé écrit à l’Inspection en donnant ses avis motivés sur les observations. C’est ce qu’on appelle la procédure contradictoire. L’Inspection reçoit les réponses de l’entité contrôlée et passe à une autre étape qui est le débat contradictoire.

 Cette étape permet une meilleure compréhension des écrits. Il s’agit d’un échange afin d’apporter plus de lumière. A l’issue de ces échanges, un procès-verbal des débats contradictoires ayant eu lieu entre l’IGF et l’entité contrôlée est rédigé.

Après le débat contradictoire, l’Inspection générale des finances se fondant sur son intime conviction va tirer les conséquences définitives.

 S’il y a des faits infractionnels, l’IGF use de sa qualité d’OPJ pour auditionner, dresser des procès-verbaux pour étayer les faits de détournement. Il convient de souligner que toute mégestion ne constitue pas un détournement. Une fois passée cette étape, nous établissons un rapport final. Ce dernier comprendra nos observations définitives et les faits de détournement détectés dans ces rapports sont d’office envoyés à la justice. Nos observations sur la gestion du contrôlé et les faits de détournement constaté mis ensemble sont envoyés à notre hiérarchie pour information avec qui nous aurons des séances de travail pour expliquer le cheminement de notre démarche et quelles sont les faits définitifs. A ce niveau, la hiérarchie peut à son tour transmettre les conclusions à une autorité administrative qui a le pouvoir de sanctionner administrativement les personnes que nous avons contrôlées. Le Chef de l’Etat peut les transmettre au Premier ministre, celui-ci instruit les ministres qui assument la responsabilité sur les entités contrôlées et prévoit de sanctions. En cas de contrôle des ministres, le Chef de l’Etat envoie le rapport au Premier ministre pour que celui-ci interpelle les ministres mis en cause.

Si on comprend bien, vous envoyez d’abord à la Présidence et c’est elle qui va envoyer aux cours et tribunaux ? Vous n’envoyez pas directement ? 

Pas du tout. Une fois le travail fini, quand il y a des faits infractionnels, nous avons l’obligation de transférer le dossier à la justice parce que nous sommes des OPJ. Ce que nous transférons à la justice ce sont des faits infractionnels. Le reste, les fautes de gestion y compris les faits infractionnels, nous les notons dans un rapport adressé aussi à notre hiérarchie.

 Combien de procès-verbaux de l’IGF ont aidé la justice à récupérer les sommes ou objets détournés ? Pouvez-vous nous citer quelques exemples ?

Nous avons eu à dresser plus de 80 procès-verbaux. Grace à la patrouille financière nous avons pu éviter plusieurs cas de détournements. Pour les missions où l’Etat a pu récupérer des fonds détournés, elles ont été effectuées a postériori sur le contrôle des faits passés. Vous avez d’ailleurs appris quand nous avions contrôlé les fonds Covid, le ministre de la santé était passé pour reverser les reliquats qu’il détenait. Si nous n’avions pas contrôlé, il n’allait pas les reverser.

 Une fois le dossier au niveau de la justice, il appartient maintenant à cet organe, lorsque la personne est condamnée pour détournement des deniers publics, de mener des actions pour récupérer les fonds détournés. Ce n’est plus la tâche de l’Inspection générale des finances.

3 provinces sur 26 ont été auditées. Sur base de quels critères ont-elles été sélectionnées ?

  Je voulais rectifier vos propos en vous donnant le nombre des provinces contrôlées à ce jour par l’Inspection générale des finances. Nous avons commencé par contrôler la ville-province de Kinshasa, suivie de la province de l’Equateur. Pour la ville-province de Kinshasa, nous avions contrôlé et avions émis des observations. Ces observations se justifiaient parce que le gouverneur venait à peine d’entamer son mandat il y a 6 ou 7 mois. Nous avions attiré son attention sur ce qu’il devait faire en matière de gestion.

Pour la province de l’Equateur, nous avions contrôlé parce qu’il y a eu des faits de détournement notamment des fonds en provenance du gouvernement central qui lui étaient destinés, alors que ces fonds étaient restés à Kinshasa et ont servi à d’autres fins. La troisième province contrôlée, est la province de Lualaba. La quatrième, celle du Haut-Katanga. Ensuite nous avons contrôlé les provinces comme celle du Kwango, du Haut-Lomami, du Maniema, du Kongo Central et pour finir par la province du Tanganyika.

La troisième province contrôlée, est la province de Lualaba. La quatrième, celle du Haut-Katanga. Ensuite nous avons contrôlé les provinces comme celle du Kwango, du Haut-Lomami, du Maniema, du Kongo Central et pour finir par la province du Tanganyika.

 Contrairement à ce que vous dites, vous voyez vous-même, le nombre des provinces déjà contrôlées. On peut être à une dizaine de province en moins d’une année.

 Et nous sommes en train de poursuivre, nous allons bientôt contrôler la province du Maï-Ndombe, du Sankuru où il y a des problèmes, la province du Sud-Kivu aussi. Nous avons un programme pour terminer le travail dans l’ensemble des provinces. Donc jusque-là, on a contrôlé peut-être neuf ou dix provinces déjà.

Vous ne ciblez pas, vous comptez contrôler toutes les provinces de la RDC ?

Oui, il faut implémenter la bonne gouvernance partout. On n’a pas intérêt à cibler. La bonne gouvernance doit être identique, même dans des provinces dites « petites provinces ».

 Un de ces gouverneurs de province, à savoir Richard Muyej (gouverneur du Lualaba) est toujours retenu à Kinshasa consécutivement à cet audit. Que lui reprochez-vous ?

Non, le gouverneur n’est pas retenu à Kinshasa. Lors de notre contrôle dans la province du Lualaba, le gouverneur était malade. Il s’était rendu en Afrique du Sud pour des raisons de santé. Et il est revenu par Kinshasa, parce qu’il était parti de là.

A son retour, il a fait voir que le contrôle a eu lieu en son absence alors que c’est lui qui devrait tout d’abord discuter avec l’IGF des conclusions. Ainsi, nous avons eu le temps de mettre à sa disposition nos conclusions et nous avions eu à discuter. Et au jour d’aujourd’hui, nous sommes en phase de clôturer et donner des observations définitives qui vont faire l’objet de notre rapport dans les jours à venir. Le gouverneur n’est donc pas retenu à Kinshasa… Il était normal qu’il puisse aussi se reposer avant d’aller affronter la gestion de sa province.

 Le dossier Bukanga-Lonzo est celui qui fait le plus parler. Aujourd’hui combien de personnes sont mentionnées comme responsables de détournements dans ce dossier ? Quel est le montant global supposé être détourné ? Quels sont les éléments probants de ce dossier ?

Il est malséant pour moi aujourd’hui de m’exprimer sur ce dossier vu qu’il se trouve entre les mains de la justice congolaise. Moi en tant que bras de la justice, j’ai fait mon travail. Je l’ai transmis à la justice, il n’est pas bon que je puisse continuer à être sur ce dossier et à en parler constamment.

Mais je veux seulement que vous puissiez retenir que dans le dossier Bukanga Lonzo, contrairement à tout ce que vous avez entendu, il y a 9 personnes qui sont concernées par la megestion ou la débâcle du parc agroindustriel de Bukanga Lonzo. A ce jour, le dossier se trouve au niveau du parquet général près la Cour constitutionnelle. Si l’instruction commence, donc il y aura au moins 9 personnes qui vont répondre à des interrogations du parquet général près la Cour constitutionnelle. S’agissant de ce que le pays a perdu, je veux que nous puissions nous entendre sur un point sur lequel tout le monde s’accorde : c’est une débâcle. Bukanza Lonzo est un fiasco, c’est un échec! Maintenant le problème, c’est la détermination de la responsabilité de cet échec.

Qu’est-ce qui s’est passé pour que Bukanga Lonzo soit un échec? C’est là la question à laquelle la justice doit répondre afin d’aider tout le monde à comprendre. En ce qui concerne l’IGF, nous affirmons que la reconstitution de tous les paiements effectués au profit de ce projet totalisent 287 millions de dollars. Dans ce montant, 285 millions sont sortis du compte général du Trésor à la Banque centrale et près de 2 millions du FPI. Alors voilà en quoi a consisté la démarche de l’IGF : pour les 287 millions, nous sommes allés sur place, pour nous imprégner des réalités sur le terrain, afin de reconstituer l’inventaire existant de ce qui reste aujourd’hui de cet argent . Pour l’existant, nous l’avons évalué à plus ou moins 80 millions au terme de notre mission. Les 80 millions de dollars étaient composés de 40 millions de la ligne électrique qui n’a pas été construite et les autres 40 millions représentent le bâtiment et tout ce qu’on avait trouvé comme engins endommagés. Donc, aujourd’hui, sur les 287 millions, l’inventaire de l’existant a donné 80 millions. C’est pour cela on dit que nous avons perdu près de 205 millions de dollars. Il faut maintenant entrer dans les détails pour expliquer où sont partis les 205 millions. Dans l’évaluation des pertes, vous constaterez des faits de surfacturation, c’est-àdire, on sort 10 millions pour les envoyer en Afrique du Sud afin d’acheter les équipements agricoles. Quand les équipements arrivent les factures qui sont présentées à la douane sont de loin inférieures au montant décaissé. Sur 10 millions décaissés, vous remarquez que les factures de ces équipements-là déclarés à la douane ont couté 2 millions. Nous avons exclu l’hypothèse d’une mauvaise déclaration à la douane parce que Bukanga Lonzo était exonéré.

Donc, celui qui déclare n’a pas intérêt à tripoter sur la facture parce qu’il ne paie pas la douane. Il avait tout intérêt à dire que cela lui a coûté 10 millions vu qu’il est exonéré. Il ne paie rien. De ce fait, nous avons considéré qu’entre le paiement envoyé en Afrique du Sud et ce qui nous est rentré comme équipement il y a une grande différence, ce qui nous fait déjà une surfacturation au-delà de 100 millions de dollars. Dans les 200 millions, le plus important de la perte se situe dans la surfacturation.

Et sur le reste de ces biens qui sont arrivés, comme personne n’avait pris soin. de bien gérer Bukanga Lonzo, les différents gestionnaires se sont accaparés des machines et consorts.

 Donc, il y a eu aussi dilapidation des biens qui sont arrivés, c’est pour ça que vous avez vu on vous a dit que des biens de Bukanga Lonzo se retrouvaient par ci, par là. Il y a des biens qui sont arrivés au moment où Bukanga Lonzo était abandonné et des engins ont été volés et beaucoup de biens ont été perdues. Pourquoi nous disons que Bukanga Lonzo est une débâcle ? Parce que ce n’est pas tous les ans que 300 millions de dollars sont disponibilisés ! Si le parc Bukanga Lonzo avait été bien géré, je pense qu’il devait devenir aujourd’hui un endroit où il y aurait eu développement de plusieurs activités… Aujourd’hui Bukanga Lonzo c’est la brousse ! Il n’y a rien ! Vous ne trouvez personne.

D’ailleurs la ligne électrique qui est là, capable d’alimenter la moitié de la ville de Kinshasa ou pour ne pas exagérer peut être 30 % de la ville de Kinshasa en électricité, est complètement en brousse et n’est d’aucune utilité à ce jour. Donc ce n’est pas toutes les années que nous aurons 300 millions de dollars pour les jeter à l’eau comme ça. Si le projet avait été bien géré, il aurait contribué au décollage économique de notre pays. On aurait évité aujourd’hui l’importation de certaines denrées comme le maïs et bien d’autres…

Des sources vous accusent d’avoir bloqué la récolte des maïs dans le parc Agro-industriel Bukanga-Lonzo ? Est ce vrai ?

c’est faux. Le parc agro-industriel est géré par le ministère de l’Agriculture. Je ne suis jamais allé à Bukanga-Lonzo. Le rapport de ce parc est l’œuvre de quatre inspecteurs généraux des finances qui ont eu un ordre de mission officiel d’une durée de trois mois et ont fait rapport. Notre travail se limite là

Certaines personnes pensent que c’est un acharnement. En faites-vous une affaire personnelle ?

 Je n’ai pas créé l’affaire Bukanga Lonzo. Avant ma nomination comme Inspecteur Général, plusieurs personnes criaient déjà au scandale, parlant de mauvaise gouvernance sur Bukanga-Lonzo. C’est d’ailleurs le Premier Ministre Ilunga Ilunkamba qui a été le premier à nous instruire de manière officielle à ouvrir une enquête. Le tort peut être de mon équipe et moi, c’est d’avoir fourni des détails et preuves sur cette escroquerie. Il n’y a aucun problème individuel, ce n’est pas une affaire personnelle de Monsieur Alingete et ça ne le sera jamais.

Vous avez crié au scandale pour le dossier de retransmission en direct des matchs des Léopards. Quelles sont les suites de votre enquête ?

Les Congolais doivent retenir que ce dossier est un vrai scandale. Les personnes visées dès le départ dans ce dossier ont voulu faire diversion avec des points de presse pour embrouiller les Congolais. Où sont-elles aujourd’hui ? Pourquoi se sont-elles tus ? Aujourd’hui le dossier a évolué et les procès-verbaux se trouvent au parquet général. Et les personnes concernées sont absentes du pays, nous les attendons pour qu’elles se présentent devant la justice. Le principal accusé qui devrait donner les noms des co-auteurs, a voyagé le 20 mars, 3jours après mon exclamation au « scandale » à ce sujet. A-t-il fui ? Pourquoi ne rentre-t-il pas ? A son retour il répondra devant la justice, et à travers lui ses complices qui aboient dans la presse, parce qu’ils savent que nous avons des pièces justificatives solides qui les accusent très lourdement. Ils seront également sanctionnés.

Quels sont les éléments qui les accusent ?

D’abord la personne qui perçoit le paiement de la retransmission, c’est un établissement, une personne physique, qui n’a pas de numéro d’impôt, qui n’est pas reconnue auprès de l’administration fiscale. L’Etat congolais ne peut payer autant d’argent de cette manière. Deuxièmement de 2019- 2020, l’Etat congolais a payé sur le compte de cet individu 4.500.000 dollars pour les frais de retransmission. Après examen et enquête de ce compte, il s’avère que cet individu a envoyé à la CAF moins de 2 millions. Donc, ce monsieur doit nous expliquer où est le solde reçu du Trésor public ! Le vol et le mensonge sont deux esprits qui marchent ensemble. Tout voleur est menteur. L’esprit que vous voyez chez les voleurs qui volent dans les sacs au grand marché ou dans les maisons, c’est le même esprit que vous trouverez chez les gestionnaires publics habillés en cravate. Ce sont des menteurs qui passent difficilement aux aveux. Mais, nous serons patients.

Où en êtes-vous avec le dossier des exonérations et compensations. Quel est le compte rendu de ce dossier ?

  rations et compensassions et l’IGF a sauvé les finances publiques. Depuis un temps, c’était devenu une forme de mafia organisée qui privait le Trésor public des moyens importants. Un désordre incroyable. Mon équipe et moi, sommes intervenus car les exonérations étaient monnayées. Plusieurs personnalités nous ont fait la guerre, refusant la rupture de la fraude. Aujourd’hui les exonérations ont été rationalisées, on a mis fin aux fausses exonérations, c’est un combat gagné et nous en sommes fiers. Les compensations étaient également une aventure. Mettre fin à ce réseau de détournements sera parmi les points les plus importants de mon passage à la tête de l’IGF.

Quel rôle joue l’IGF dans l’amélioration des recettes des régies financières ?

Il faut être de mauvaise foi pour ne pas le reconnaitre. Premièrement nous avons combattu les exonérations et compensations et nous avons gagné. Deuxièmement l’encadrement des régies est un lieu où nos inspecteurs passent plusieurs mois aux postes frontaliers des impôts pour veiller au travail correct du personnel de l’administration.

Troisièmement, nous avons lancé une campagne en direction des opérateurs économiques pour cesser avec la fraude fiscale en établissant des déclarations vraies et correctes mais aussi grâce à l’aide de la patrouille financière dans la gestion quotidienne des entreprises de porte feuille de l’Etat. De ce fait, les résultats qui se ressentent dans l’amélioration de la collecte des recettes est un travail collectif, sans toutefois tout souligner les efforts de l’IGF. Ce n’est pas le fruit du hasard. Je remercie les responsables des régies pour leur travail.

 Heshima : D’après certaines sources, vous êtes en conflit avec la FEC. Pouvez-vous contrôler les entreprises privées ? On a l’impression de vous voir partout même cherchant à remplacer la DGI.

Il n’existe aucun conflit avec la FEC. Nous avons compétence de contrôler les entreprises privées en ce qui concerne les paiements d’impôts. Cela est bel et bien inscrit dans les textes de nos prérogatives. Nous n’avions pas encore actionné ce levier,  nous sommes tout d’abord en train d’assainir le secteur public. Nous y arriverons dans les prochains jours. Nous vérifierons le paiement des impôts de la part des opérateurs économiques. Nous mettons en place la contre-vérification fiscale, c’est-à-dire aller vers les opérateurs économiques privés et nous assurer que le travail de la DGI (Direction générale des impôts) a été fait correctement. Nos missions ne se chevauchent pas. L’administration fiscale a la mission de collecter et vérifier si l’impôt est correct. C’est le contrôle au premier degré. L’IGF quant à elle, intervient pour vérifier si le travail fait par l’administration fiscale a été réellement bien fait. La contre-vérification est de notre compétence.

En dehors des félicitations qui vous sont adressées pour vos actions, des plaintes sont aussi formulées. Certaines personnes vous accusent de surmédiatiser vos enquêtes ou encore de vous acharner de manière subjective sur quelques individus. Ne poussez-vous pas certains coupables à dissimuler leurs forfaits ?

Personne ne sait que quelqu’un a volé. Avant, le rapport était là, il suivait le circuit administratif normal et des gens avaient la possibilité de bloquer ce rapport.

L’inspection ici a toujours fait son travail. C’est la méthode que moi j’ai décidé de changer. Nous nous sommes dit que cette méthode-là de contrôler, sans informer le propriétaire des fonds qui est la population que “ son argent a été volé”, n’a pas freiné les fossoyeurs, les criminels. Ils ont continué parce qu’ils disposent des moyens d’aller étouffer les rapports, tout cela en partie, parce qu’on travaillait en silence. C’est ainsi que nous avons changé des méthodes, nous contrôlons et nous en informons le propriétaire par une communication. C’est ce qui gêne aujourd’hui. Ce n’est pas une surmédiatisation, c’est ce qui gêne.

Pourquoi les séances de parlement, sont parfois des séances pour que la population sache comment ils sont en train de travailler ? Mais à qui appartiennent les fonds publics ? Mais c’est à la population. Alors, pourquoi vouloir priver l’information au propriétaire des fonds ? 

C’est là la stratégie des criminels. C’est pour cela nous communiquons et depuis que nous avons commencé à le faire, nous voyons qu’ils reculent. Parce que nous avons dit, avec la communication, si la sanction administrative ne vient pas, ou que la sanction judiciaire tarde, la communication engendre la clameur publique, la sanction sociale ou la réprobation sociale. Et eux, ils ont peur de tout ça. C’est pour cela nous nous sommes dit que nous allons demeurer dans cette méthode, celle qui nous permet de faire reculer les antivaleurs dans tous les cas. 

A tout moment dans l’histoire d’un pays, lorsque les antivaleurs atteignent un niveau donné, le pouvoir a le devoir d’adopter des méthodes pour repousser ces antivaleurs. Lorsqu’il s’élève une criminalité aigue, le gouvernement procède par des procès publics. Vous verrez lorsque les Kulunas tuent dans une maison quelconque, papa, maman et tous les enfants, l’Etat vient, les arrête, et les amène par exemple dans un terrain de football, et là il établit un procès public en présence de tout le monde. Ce sont des méthodes utilisées dans les cas où les antivaleurs atteignent des niveaux insupportables. Il faut des méthodes exceptionnelles mais légales, pour faire reculer les antivaleurs. Aujourd’hui, les antivaleurs dans la gestion des finances publiques ont atteint des niveaux incroyables. Les Congolais étaient en train d’applaudir ceux qui volaient leur argent. Il fallait faire reculer les antivaleurs, voilà pourquoi nous sommes en train de communiquer.

Est-ce que vous êtes justiciable devant la justice congolaise ? Comment appréciez-vous la plainte pour diffamation lancée contre vous par les avocats du Sénateur Matata ?

Par rapport à cette plainte, moi je la considère comme du théâtre. Si vous n’avez pas le temps de suivre du théâtre à la télévision parce que vous êtes temps est trop pris, vous pouvez lire cette plainte pour vous divertir. Parce que c’est de la comédie évoquée par cet avocat. Peut-être qu’il avait besoin de soutirer de l’argent à son client et aller faire le fanfaron. C’est du théâtre! 

On ne peut pas poursuivre un inspecteur parce qu’après avoir fait son travail, il constate qu’il y a eu détournement. C’est de l’escroquerie et je n’ai jamais vu cela, nulle part au monde. Je ne sais pas s’ils ont fait cela pour détourner l’attention de l’opinion publique, mais c’est de l’escroquerie. Il n’y a diffamation contre vous que si la justice vous a déjà innocenté. Ce n’est que dans ce cas que vous pouvez crier qu’il y a eu diffamation. Et de quelle diffamation parlent-ils aussi longtemps que la justice ne s’est pas encore prononcée sur votre sort ? 

Et puis, pour votre information, les inspecteurs des finances ne peuvent être poursuivis pour des faits commis dans l’exercice de leurs fonctions qu’après autorisation préalable, expresse et écrite de son Excellence, Monsieur le Président de la République, Chef de l’Etat. Voilà pourquoi je considère cela comme du théâtre. 

Nous sommes en train de faire notre travail. C’est comme on dirait, une personne porte plainte contre un policier parce que ce dernier a arrêté un voleur. Le policier arrête un voleur et celui-ci porte plainte contre le policier à l’auditorat parce qu’il a été arrêté pour vol, n’est-ce pas du théâtre ? 

La Rdc est classée dans le top 20 des pays où règnent la corruption mais également les détournements des fonds de l’Etat. Quelle est votre stratégie pour rompre avec cette image négative de la Rdc ?

 C’est tout ce que je suis en train de faire. Vous me rejoignez lorsque vous avez constaté que la RDC se trouve parmi les pays où le taux de corruption devient trop élevé. Et moi, qu’est-ce que je fais ?

 Je suis arrivé et j’ai pris l’engagement devant le gouvernement, le président de la République et la Nation congolaise de repousser cet état des choses. J’ai défini les méthodes pour que nous puissions faire reculer le taux de corruption. Je n’agis pas seul, je suis accompagné du SENAREF dont je salue la bravoure de son coordonnateur, l’avocat général Kisula. Il y a l’APLC (l’Agence pour la prévention de la lutte contre la corruption) dont les agents font un travail très important aujourd’hui. Il y a aussi d’autres services qui nous accompagnent, il y a la justice congolaise, la Cour des comptes que je ne peux oublier, qui fait un travail important en dépit de tous les obstacles dressés devant elle, des gens y travaillent pour la rendre plus opérationnelle. Tous font un travail important que beaucoup de gens ignorent. Nous avons tous pris conscience de l’état de corruption, de détournements, des malversations, nous sommes déterminés à faire reculer ces antivaleurs de notre société. C’est tout ce que nous sommes en train de faire.

Nous arrivons au terme de l’interview. Au regard de tous les éclaircissements apportés, aujourd’hui, êtes-vous satisfait de votre travail ?

Pas encore, je pense que si Dieu nous prête vie nous allons travailler davantage parce que nous ne sommes qu’à 10% de notre objectif qui est de faire reculer les antivaleurs et nous ne pouvons être satisfaits parce que pendant que nous sommes là, il y a quelque part des personnes qui continuent de commettre des malversations. Ce n’est qu’un début du travail que nous faisons avec tous les services mis ensemble.

Nous louons et félicitons par rapport à notre travail, Son Excellence Monsieur le Président de la République, Chef de l’Etat. C’est l’acteur aujourd’hui de la bonne gouvernance et de la répression de la mauvaise gouvernance. N’eut-été sa volonté, nous n’aurions rien fait à ce jour.

En substance, il nous a dit : « Je ne veux pas de telle ou telle chose, je vous donne tout mon appui, vous avez toutes vos prérogatives, exercez-les ! » C’est pour cela que nous sommes fiers de l’attitude affichée par notre hiérarchie qui nous demande de faire le travail tout en respectant les lois de la République. C’est ce qui fait qu’aujourd’hui ça commence à donner petit à petit des résultats. Nous le remercions sincèrement. Je vous remercie également pour l’interview.

Propos recueillis par Olyncia MUHONG

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