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Interview

Union africaine: Alphonse Ntumba Luaba note un bilan positif du mandat de Félix Tshisekedi

Coordonnateur du Panel chargé d’accompagner la mandature du président Félix Tshisekedi à la tête de l’Union africaine, Alphonse Ntumba Luaba revient sur les actions réalisées par le chef de l’Etat congolais à la tête de cette organisation panafricaine. Interview.

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Heshima Magazine : Alphonse Ntumba Luaba, vous êtes coordonnateur du Panel chargé d’accompagner la mandature du Président Félix Tshisekedi à la tête de l’Union africaine. Le chef de l’Etat tend vers la fin de son mandat à la tête de cette structure panafricaine, quel bilan peut-on dresser ?

Alphonse Ntumba Luaba : C’est sur une note positive que le mandat du Chef de l’Etat arrive bientôt à sa fin. A ce stade-ci, je salue ici le travail qu’il a accompli à la tête de l’Union africaine, et ce malgré le contexte de crise sanitaire marqué notamment par la pandémie de Covid-19. Alors que cette pandémie est revenue ces derniers mois avec beaucoup de force en Afrique, l’Union africaine et les institutions étatiques africaines ont connu, en même temps, quelques péripéties dans leur fonctionnement. Face à cette réalité, le Président Félix Tshisekedi a fait preuve d’une ferme volonté et détermination afin de mettre en œuvre son plan d’action. Dans l’ensemble, je note que le bilan de son mandat est positif, par ce qu’il est jalonné des actions et des réalisations remarquables au niveau national et africain.

HM: De manière globale, pensez-vous que Félix Tshisekedi a réussi son mandat à la tête de l’Union africaine ?

Oui, assurément.

HM: Au niveau du Panel, qu’est-ce que vous avez fait concrètement dans votre mission d’accompagnement de cette mandature ?

Je rappelle ici que, par sa nature de « structure de réflexion et de travail », une sorte de « Think Thank », le Panel a pour mission, conformément à l’Ordonnance n° 20/144 du 30 octobre 2020, d’assister le Président de la République dans la mise en œuvre de sa vision et de son plan d’actions à la tête de l’Union africaine. Concrètement, le Panel a assuré l’organisation de plusieurs activités de cette mandature, surtout au niveau national, dont le Festival Panafricain de Kinshasa, l’Académie Temporaire de Formation, la Conférence de Kinshasa sur l’égalité des sexes, le Premier Colloque Panafricain sur la sensibilisation sur l’albinisme, le lancement du Grand Prix Panafricain de Littérature et du Grand Prix National du Livre.

Soulignons que le travail du Panelest d’assister le Chef de l’Etat dans la préparation des dossiers de sa participation aux foras internationaux, aux conférences et réunions de l’UA et autres. Aussi, il assume, avec les instances gouvernementales compétentes, le suivi fonctionnel, administratif et financier des activités de la Présidence de l’Union africaine exercée par la RDC, et contribue à l’analyse, à la rédaction et à la préparation des prises de position continentales du Chef de l’Etat et des éléments de langage.

HM: Qu’est-ce que cette mandature a apporté à la RDC et qu’est-ce que la présidence de Félix Tshisekedi a apporté aux autres Etats africains ? 

Evidemment, cette mandature a permis de sortir notre pays de l’effacement sur le plan international, qui souffrait de l’éclipse depuis un certain temps. Je reviens justement sur ce que j’ai dit lors du briefing tenu avec le ministre Patrick Muyaya devant la presse nationale. Au niveau africain et international, l’image de la RDC devient favorable et sa diplomatie trouve des repères solides. Notre pays s’effraie de plus en plus des voies de coopération bilatérale et multilatérale utile. Et aujourd’hui, nous nous félicitons de l’élection du Professeur Remy Ngoy Lumbu à la tête de la Commission Africaine des Droits de l’homme et des Peuples à l’issue de sa 69ème session ordinaire tenue à Banjul et du Professeur Yvon Mingashang comme membre à la Commission du droit international des Nations Unies. Il faut également citer madame Nadège Tandu, la nouvelle Directrice de la Gestion des Ressources Humaines au sein de la Commission de l’UA.

Sur le continent africain, les activités comme le Festival Panafricain de Kinshasa, le lancement du Grand Prix Panafricain de Littérature et du Grand Prix National du Livre ont contribué à la revalorisation de la culture africaine et de ses patrimoines, sans ignorer le combat de la restitution des biens de cultures africaines trainés en France et en Belgique. La lutte contre les violences faites à la femme en Afrique au centre de deux déclarations importantes, grâce à la Conférence de Kinshasa sur les violences faites aux femmes et aux filles et à la Conférence des Hommes sur la masculinité positive. La Déclaration de Kinshasa sur l’Albinisme a donné une lueur d’espoir à la lutte contre toutes les formes de discrimination à l’égard des personnes vivant avec albinisme. Par ailleurs, cette mandature a offert un bon cadre de négociations tripartites (Egypte, Ethiopie et Soudan) neutre et permanent autour du Barrage de la Renaissance Ethiopienne.

HM: Une « Union africaine au service des peuples » africains, vous avez dégagé 9 piliers stratégiques de son mandat, notamment la sécurité globale, quelle action retenir pour l’Est de la RDC ainsi que d’autres régions africaines en proie aux groupes terroristes ?

Tout au long de cette mandature, nous avons fait de la promotion de la paix et de la sécurité pour une Afrique débarrassée des conflits un cheval de bataille. Contre la menace permanente et les incursions des groupes armés à l’Est du pays, l’instauration de l’Etat de siège a été jugée utile par le Président de la République afin de sortir cette partie du pays du cercle vicieux de l’insécurité permanente. Ses retombées sont positives, qu’on se le dise ! Tout n’est pas parfait, bien sûr qu’il faille améliorer encore quelques aspects de ce dispositif. Aussi, la nature de la menace de l’ADF exigeait donc une coopération militaire transfrontalière. Ce qui justifie aujourd’hui la collaboration des FARDC avec  l’UPDF (armée ougandaise).

Face à la menace terroriste dans certaines régions africaines (Mali, du Tchad, du Nigéria), le Président de la République n’est pas resté indifférent. La percée djihadiste en Afrique est un défi majeur qui exige un renforcement des appareils sécuritaires étatiques et des mécanismes de coopération militaire au niveau  régional, continental et mondial. Lors du Sommet Turquie – Afrique, le Président Turc a décidé d’apporter son appui militaire dans ce combat contre le terrorisme. Aujourd’hui plus que jamais, la réforme des mécanismes et cadres pour aider les États membres à relever ses défis doit être envisagée, notamment du Comité des services de renseignement et de sécurité (CISSA), de l’Union africaine pour la Coopération Policière (AFRIPOL) et du Centre Africain pour l’Etude et la Recherche sur le Terrorisme (CAERT). Les instruments juridiques, eux aussi, doivent passer au crible, en l’occurrence la Convention d’Alger de 1999 (Convention de l’OUA sur la prévention et la lutte contre le terrorisme) et la Charte africaine sur la sûreté et la sécurité maritimes et le développement en Afrique (Charte de Lomé).

HM: Un point important de son mandat, c’est le conflit sur le barrage de la Renaissance construit avec les eaux du fleuve Nil par l’Ethiopie. Ce qui a déclenché la colère de l’Egypte. Dans quel état le président Tshisekedi laisse-t-il ce conflit ? Quelles avancées peut-on retenir ?  

Je note que les négociations sur le GERD sous la médiation du Président de la République et Président de l’Union africaine Félix Tshisekedi ont abouti à un rapprochement entre ces trois pays (Egypte, Ethiopie et Soudan) afin de les amener vers les voies de sortie et à trouver des solutions et non pas de prétendre donner des leçons ou des solutions. C’est ici qu’il faut reconnaitre le mérite de la Conférence de Kinshasa d’avoir travaillé sur l’harmonisation de certains points de vue avec l’esquisse des éléments éventuels de convergence et des acquis à consolider, en dépit de la persistance de quelques points de divergences.

HM: Vous maitrisez bien le domaine de la diplomatie régionale pour avoir été à la CIRGL, quels sont les rapports que la RDC entretient aujourd’hui avec ses 9 voisins ?

Je pense que la diplomatie régionale prônée par le Président de la République vise d’abord la stabilité politique durable et mutuellement profitable au pays. L’objectif est d’entretenir des rapports de bon voisinage et surtout de construire une véritable stratégie de coopération régionale. C’est vrai que ces rapports, dans le contexte de la guerre de l’Est, prennent parfois des allures tendues, mais le Président, lui, cherche toujours à privilégier une approche de dialogue et concertation.

HM: Où en sommes-nous avec la CEPGEL et la CIRGL ?

Il faut souligner que depuis quelques années, la Communauté Economique des Pays des Grands Lacs (CEPGL) connaît des difficultés énormes liées à son fonctionnement. Aujourd’hui, ses membres n’y voient plus leurs intérêts comme avant. L’un des objectifs de l’accord-cadre était de relancer cette communauté sous-régionale afin de rétablir les bonnes relations de coopération entre la RDC, le Rwanda et le Burundi. La CIRGL s’est inscrite dans ce même combat. Pour relancer complétement  la CEPGL, à mon humble avis, il faudrait d’abord que la confiance entre les Etats membres soit restaurée et que leurs dirigeants manifestent aussi une ferme volonté politique. Il y a bien des années, le Gouvernement congolais avait eu peur de son opinion publique, ce qu’il a conduit à prendre des distances vis-à-vis de ses voisins de l’Est. Entre-temps, les relations entre le Rwanda et le Burundi étaient aussi gravement détériorées. Et ensuite, faudrait-il envisager une véritable réforme de la CEPGL comme le cas de la CEEAC et la CIRGL.

La Conférence internationale sur la Région des Grands Lacs (CIRGL), quant à elle, continue à fonctionner normalement malgré quelques défis liés à de nombreux conflits dans la région des grands-lacs et au développement. Ce mécanisme régional fut établie conjointement par le Secrétariat des Nations Unies et l’Union africaine à Nairobi en 2006, pour réguler les conflits dans la région des grands-lacs ». En dehors des questions sécuritaires, la CIRGL a notamment mis en place un vaste programme sur les « questions de développement, de gouvernance et de démocratie.  Mais, les défis sécuritaires restent énormes dans la région des grands lacs et la CIRGL a encore du chemin à parcourir. C’est le cas de la partie Est du pays. Certains experts reprochent toutefois à la CIRGL de n’avoir jamais pris des sanctions contre les pays qui violent son traité-fondateur.

HM: La RDC fait actuellement partie de la Communauté de l’Afrique de l’Est (EAC), mais certains opérateurs économiques de l’Est du pays sont opposés à cette option. Qu’est-ce que le pays peut tirer de bien dans cette organisation ?

Lorsqu’un Etat voudrait adhérer à une organisation sous-régionale ou régionale, ce dernier doit se poser la question suivante: Quels bénéfices va-t-on tirer en adhérant à cette organisation ou communauté? Cela va de soi que la Communauté de l’Afrique de l’Est constitue un bloc économique et commercial important profitable à la partie Est du pays pour combler certains déficits. Cette communauté est l’un des blocs économiques les mieux intégrés en Afrique. L’adhésion de la RDC à cette Communauté présente plus des opportunités que des menaces. Sur le plan économique et commercial, il faut noter des avantages sur les échanges commerciaux, l’ouverture vers un marché commun des biens et des ressources, la réduction des charges pour les activités commerciales et économiques, la réduction des tarifs douaniers et autres. C’est ici qu’il faut souligner que certains opérateurs économiques de l’Est du pays, surtout ceux qui avaient le monopole total, sont opposés à cette option par crainte de perdre leur influence sur le marché commun.

Par ailleurs, cette adhésion va aider l’Est du pays à s’intégrer totalement à l’espace commun de télécommunications de cette communauté, notamment avec la réduction des coûts et des tarifs téléphoniques, et faciliter la mobilité des citoyens vers ses Etats membres. Au niveau sécuritaire, le Pacte de sécurité de l’EAC sera profitable à la RDC afin de renforcer sa coopération militaire avec les Etats membres de cette communauté, notamment le Kenya et l’Ouganda avec lesquels elle collabore déjà dans la traque des rebelles à l’Est du pays. Plusieurs projets initiés par l’EAC, dans le cadre de la réalisation de l’agenda 2025, seront profitables à la RDC, notamment la construction des chemins de fer Tanzanie-RDC en passant par le Rwanda, le développement du secteur énergétique et  la construction d’un centre régional d’excellence pour l’enseignement médical supérieur et la recherche, en collaboration avec la Banque africaine de développement (BAD).

HM: Le Congo-Kinshasa accède facilement à la tête des organisations africaines lorsqu’il s’agit de mandats tournants. Pourquoi est-ce qu’elle a difficile à faire élire ses candidats lors des élections à la tête de différentes organisations régionales ? Le cas de Faustin Luanga au secrétariat exécutif de la SADC.

Je ne partage pas ce point de vue. Plus loin, je n’ai pas manqué de citer nos compatriotes qui ont été élu respectivement à la Commission Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples et à la Commission du Droit International des Nations Unies (CDI). Pour le cas du Professeur Faustin LUANGA, le Président de la République n’a ménagé aucun effort pour porter sa candidature au poste Secrétariat exécutif de la SADC. Malheureusement, certains facteurs n’ont pas joué à notre faveur. Les pays anglophones étant majoritaires à la SADC ont fait bloc pour soutenir la candidature de Monsieur Elias MAGOSI. Ce clivage anglophone et francophone est toujours d’actualité en Afrique malheureusement.  A cela, s’ajoutent d’autres raisons d’ordre organisationnel. En principe, la candidature de Mr Elias MAGOSI ne devait pas passer. Suivant les usages diplomatiques, il est inadmissible que le citoyen d’un pays abritant une organisation internationale soit le principal dirigeant de cette même organisation. Un citoyen éthiopien ne peut pas prétendre au poste du Président de la Commission de l’Union africaine. De même, un citoyen français à l’Organisation Internationale de la Francophonie et un citoyen américain au Secrétaire Général des Nations Unies. C’est une règle non écrite « gentleman agreement » appliquée souvent au sein des organisations internationales.

Aujourd’hui, il faut tourner cette page. La RDC n’est pas totalement perdante puisqu’elle a raflé la vice-présidence de la SADC et se prépare déjà, au mois d’août de cette année, à prendre sa présidence. 

HM: Il y a une série de coups d’Etat observés pendant cette mandature du chef de l’Etat. Et en grande partie en Afrique de l’Ouest, c’est-à-dire, au Mali, au Soudan, en Guinée Conakry et au Burkina Faso, un cinquième coup d’Etat a manqué en Guinée-Bissau. En dehors des communiqués de l’Union africaine, qu’est-ce qu’a fait concrètement le chef de l’État en tant que président de cette institution pour rassurer les peuples de ces pays et assurer un retour à l’ordre constitutionnel ?

Il faut d’abord savoir que l’accomplissement d’un coup d’État dans un pays est généralement un fait de politique interne mais saisi par le droit international à travers la pratique de la reconnaissance internationale. Autant il est difficile d’empêcher un coup d’Etat, autant les États et les organisations peuvent intervenir en reconnaissant ou non le gouvernement issu du coup de force. Actuellement, notamment en Afrique de l’Ouest, il y a le contexte sécuritaire de lutte contre le terrorisme où dans certains pays les militaires ont l’impression que les autorités civiles n’arrivent pas à faire face à de telles situations où à donner à l’armée des moyens conséquents.

Dans ce sens, et sans doute dans l’optique de politique de dissuasion, l’Union africaine condamne et rejette les changements anticonstitutionnels des gouvernements, c’est-à-dire, les coups d’Etat, à l’article 4 de son Acte constitutif. De même que la Déclaration de Lomé de 2000 va dans le même sens, prévoit la suspension de tels gouvernements jusqu’au retour à la vie constitutionnelle normale.

Nous pensons qu’une des voies de sortie est de rendre effective la Force Africaine en Attente ; de mutualiser nos intelligences et ressources pour éradiquer les menaces et actions terroristes.

Mais il faut aussi améliorer la gouvernance politique, constitutionnelle, électorale, financière et économique de nos pays, écouter davantage nos jeunes et les sociétés civiles.

Propos recueillis par Heshima Magazine

Interview

Comprendre le Service National: Entretien Exclusif de JP Kasongo Kabwik

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Heshima Magazine : L’opinion congolaise entend souvent parler d’un Service national paramilitaire en RDC. Pouvez-vous expliquer les raisons de sa création ?

Général Major Jean-Pierre Kasongo Kabwik : Avant de vous parler des raisons de sa création, je vais d’abord définir le Service National. Qu’estce que c’est ? Le Service National est un service paramilitaire créé par le Décret-loi 032 du 15 Octobre 1997 qui le définit comme un service paramilitaire d’éducation, d’encadrement et de mobilisation des actions civiques et patriotiques en vue de la reconstruction de notre pays. Comme service paramilitaire, le Service National est à cheval entre ce qui est civil et ce qui est militaire.

HM: Cette initiative de feu Laurent-Désiré Kabila avait quelle motivation ?

Les raisons essentielles, c’est pour mobiliser les actions civiques en vue de la reconstruction du pays. C’est-à-dire, en 1997, lorsque feu le président Laurent-Désiré Kabila prend le pouvoir, il trouve que le pays avait besoin d’être reconstruit, c’est ainsi qu’il va créer un service qui va s’occuper de la mobilisation de toutes les forces, toutes les énergies des fils et filles du pays en vue de contribuer à la reconstruction.

Le Service National a plusieurs missions, je citerai entre autres la création des centres de production à travers le pays, l’encadrement de la jeunesse pour la pousser à contribuer à la production agricole, organiser la jeunesse en vue de la défense de la nation, de la patrie… Il y a plusieurs autres missions qui sont dévolues au Service National. Par exemple, le Service National contribue à la constitution d’une réserve stratégique dans plusieurs domaines et, principalement, dans le domaine de l’autosuffisance alimentaire. Il y a une nécessité de constituer des réserves stratégiques, un stock qu’on met à part, en cas de besoin, en cas de crise, en cas de pénurie, on peut aller récupérer quelque chose pour servir la nation. 

HM: En tant que numéro un de ce service pouvez-vous nous dire combien de Kuluna sont actuellement transférés au centre pilote de Kanima Kasese?

 Il faut avouer que le Service National a connu un moment de léthargie pendant plusieurs années. A sa création, ce service avait donné de l’espoir au peuple congolais parce que plusieurs actions avaient commencé à être menées. Avant la guerre d’agression de 1997-1998, on avait entendu parler du Service national en ce sens que plusieurs activités avaient été créées notamment dans l’encadrement de la jeunesse où plus ou moins 7 000 jeunes avaient été envoyés à Kaniama Kasese pour être encadrer. Plusieurs tonnes de maïs et des produits vivriers sortirent du centre.

Après 1998, avec la guerre d’agression, je comprends qu’il n’y ait plus assez de moyen pour financer le service jeune qui venait à peine d’être créé. C’est pour ça qu’on n’avait plus entendu parler du Service National pendant plusieurs années. Le voilà maintenant en train de faire parler de lui.

HM:  Depuis quand occupez-vous les fonctions de commandant du Service National ? 

Si ma mémoire est bonne, j’ai été nommé au Service national le 15 juillet 2018. J’ai été reconduit à ce même poste, curieusement presque à la même date. Je crois le 14 ou le 15 juillet 2020, deux ans après.

HM: Cela fait 4 ans depuis que vous occupez ces fonctions. Quelle est votre vision pour ce service ?En tant que son commandant, je n’ai pas une vision pour le Service national. Lorsqu’il a été créé, on lui a doté des missions. La vision, c’est celle du commandant suprême. Au-dessus de moi, il y a un commandant suprême, c’est comme dans les Forces armées. Donc, il y a un commandant suprême des Forces Armées de la République démocratique du Congo (FARDC), de la Police nationale et du Service national. Je mets en œuvre la politique et la vision du commandant suprême du Service national qui est le Chef de l’Etat.

Cette vision, c’est comme je vous l’ai dit, le Service national contribue efficacement à la reconstruction et au développement du pays dans plusieurs domaines. Sur le plan agricole, il contribue efficacement à l’autosuffisance alimentaire. Sur le plan de l’encadrement de la jeunesse c’est un service qui permet d’éradiquer, entre autres, le banditisme urbain, notamment par l’encadrement de la jeunesse désœuvrée, à laquelle on donne du travail. 

HM : Concrètement, combien de jeunes délinquants avez-vous transférés de Kinshasa à Kaniama Kasese ?

A ces jours, nous avons réussi à transférer plus ou moins 2.000 jeunes désœuvrés qu’on  appelle « Kuluna » de la ville de Kinshasa vers Kaniama Kasese. Parmi eux, 33 sont des femmes. Ils évoluent bien. Ceux qui avaient été transférés, le 04 novembre 2020, ont parachevé leur formation paramilitaire. Ils viennent de parachever la professionnalisation, c’est-à-dire, selon les instructions du Commandant suprême, en dehors de la formation paramilitaire, [il y a] de l’encadrement civique et patriotique. C’est-à-dire : il fallait laver leurs cerveaux, leur dire que la nation a besoin d’eux et qu’ils peuvent faire beaucoup de choses pour leur Nation. En plus de la formation à l’autodéfense, ils subissent la professionnalisation afin d’apprendre un métier de telle sorte que lorsqu’ils sont réinsérés dans la société, qu’ils soient utiles et qu’ils oublient leurs anciennes pratiques.

HM: Quelles sont les différentes activités qui sont organisées dans le centre de Kaniama Kasese ?

L’agriculture est la première activité qu’on a pu relancer dans le centre. Ce n’est pas la seule. Je vous ai parlé de la professionnalisation, nous organisons aussi d’autres activités, notamment dans cette phase de professionnalisation. Nous avons réussi à former des gens qui sont commis à la construction. Parmi eux, il y a des maçons, des ferrailleurs, des charpentiers…, avec comme mission, dans les jours qui viennent, de construire des bâtiments d’utilité publique. Ils sont déjà en train de les construire. Le centre dans lequel ils ont été formés est en train d’être construit par eux-mêmes. Autrefois, ils dormaient sous des tentes. Aujourd’hui une grande partie est en train de dormir dans des bâtiments en matériaux durables qu’eux-mêmes ont construit. Parmi eux, nous avons formé des menuisiers qui sont en train de fabriquer des bancs scolaires.

Et nous allons pouvoir les mettre à la disposition de plusieurs écoles. Ce qui va contribuer aussi à la politique de la gratuité de l’enseignement que le président de la République prône dans notre pays. Parmi eux, il y a des ouvriers agricoles, des agents commis à la mécanisation agricole. C’est une mécanisation bien spécifique. Il y a par exemple des opérateurs de tracteurs. Un opérateur de tracteur n’est pas le même que celui qui conduit un camion. C’est une particularité.

Nous avons des gens qui peuvent opérer avec une moissonneuse batteuse, nous avons des gens qui vont bientôt devenir des moniteurs agricoles, donc des gens qui peuvent encadrer les paysans dans l’agriculture. Il y a plusieurs activités en dehors de l’agriculture. Maintenant, nous venons de lancer un programme très ambitieux de reboisement pour lutter contre le réchauffement climatique. Nous le faisons à Kaniama-Kasese. Parmi eux, il y a des gens que nous avons formés pour faire de forages d’eau potable. Donc, il y a toute une panoplie d’activités qui sont organisées par le Service National.

HM: En encadrant ces jeunes délinquants, constatez-vous une amélioration dans leur comportement ?

Il y a ce que nous appelons au Service national l’encadrement civique et patriotique. Donc, ces jeunes compatriotes ont été reprogrammés mentalement. Plusieurs d’entre eux ne savaient même pas qu’ils étaient utiles à la société et qu’ils pouvaient aussi servir leur nation. Il fallait aller tout doucement avec eux, d’abord les mettre en confiance. Qu’ils comprennent qu’ils sont Congolais au même titre que les autres, bien que eux avaient choisi la voie de commettre de crimes, de violer les lois de la République. Il fallait d’abord les mettre en confiance en leur disant : « que vous êtes ici, on a encore besoin de vous et on aura encore besoin de vous, vous êtes utiles ».

On les a reprogrammés, il fallait laver les cerveaux, les endoctriner, leur faire voir que la nation a encore besoin d’eux. Nous leur avons dit : « Vous êtes suffisamment forts pour contribuer au développement du pays ».Ce n’est pas un travail facile. Car Il y en a, parmi eux, qui viennent de la prison, il y en a, parmi eux, depuis leur naissance, qui n’ont été que des enfants de la rue et qui n’ont bénéficié que de l’éducation diffuse. Des gens comme eux, il fallait les reprogrammer. Cela n’a pas été facile. Cela nous a pris beaucoup de temps pour le ramener à réfléchir comme des bons citoyens congolais.

HM: Dans l’encadrement de la formation de ces jeunes, quelles sont les difficultés que vous rencontrez ?

Il y a des difficultés sur le plan de l’encadrement de ces jeunes. Il y a une forte résistance pour quelqu’un qui était habitué, le matin, il se réveille, il n’est soumis à aucune discipline, à aucune règle. Il va faire tout ce que bon lui semble et que si vous l’emmenez dans un centre où il doit se réveiller à 5 heures du matin, il doit se laver pour s’apprêter à faire la formation, où il sait que tout ce que nous faisons dans ce centre est soumis à un règlement, ce n’était pas facile. Pour quelqu’un qui doit savoir que pour manger, il faut de l’ordre établi, toute activité qui doit être faite doit se faire selon un règlement préétabli, cela n’est pas facile. Il y avait de la résistance.

Ça c’était la première difficulté. La deuxième difficulté, c’est un genre de crainte ou de peur. La troisième, c’est le manque de confiance en eux-mêmes. Ils se posaient souvent des questions : « est-ce que c’est faisable ? Est-ce que je serai utile à la société demain ? » Ces genres des questions influaient négativement sur la formation. Il fallait beaucoup de temps, les mettre en confiance, les réorienter. Aujourd’hui, ils sont en confiance et voient que l’avenir est rassuré ou garanti pour eux aussi.

HM: En août 2021, le ministre des Droits humains s’était opposé à ce transfèrement des « Kuluna » vers le centre pilote de Kaniama-Kasese. Il avait qualifié cette opération « d’attentatoire » aux droits humains. Pensez-vous que le traitement de ces jeunes dans ce centre répond aux nomes ? 

Il ne s’agit pas d’une question de violation des droits humains. La première chose, c’est que ces jeunes gens n’ont pas été emmenés contre leur propre gré. Lorsqu’on les emmenait à la police, il y avait plusieurs personnes de différents milieux.. Ils avaient le choix. Certains voulaient s’engager ainsi pour se donner une deuxième chance, afin de refaire leur vie en passant par la formation au Service National et d’autres qui estimaient qu’ils pouvaient faire face à la justice, ceux-là étaient orientés vers la justice. Et ceux qui venaient aussi au Service national, avant de les enrôler, ils signaient un acte d’engagement.

Donc, il ne s’agissait pas d’une question de violation des droits humains ni dans leur récupération, ni même dans leur acheminement, encore moins dans leur encadrement spécifique dans le centre. Ils sont convenablement pris en charge.

Olyncia Muhong Kashema

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Interview

Interview Exclusive: Rose Mutombo vante la fin du régime des intouchables

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Heshima Magazine : Presqu’une année après votre arrivée à la tête du Ministère congolais de la Justice. Que doit-on retenir ? Que considérez-vous comme performance de la dame Ministre que vous êtes ?

Rose Mutombo : Sans fausse modestie, je puis vous dire que plusieurs actions ont été posées pendant mes dix mois à la tête de ce Ministère, mais beaucoup reste encore à faire au regard d’énormes défis que notre pays a emmagasinés depuis des décennies. Ces actions paraissent moindres par rapport à la densité des défis. A titre illustratif, je vais épingler la réactivation du cadre de concertation entre le Conseil supérieur de la magistrature, du moins son bureau et le Ministre que je suis. 

Les grandes questions qui intéressent l’administration de la justice et la politique judiciaire y sont débattues. L’amélioration significative des conditions carcérales des personnes par une alimentation de qualité avec un menu diversifié. 

Le repas communément appelé « Voungulé » est relégué au passé, la régularité de la ration des prisons subventionnées, l’amélioration des conditions salariales des magistrats dont la rémunération est passée du simple au double depuis juillet 2021. La fin du régime des intouchables. L’ouverture de l’Ecole de formation du personnel pénitentiaire du Centre de détention de Luzumu dans la province du Kongo Central.

HM: Depuis quelques années, on parle de la réforme de la justice, mais on a comme l’impression que la situation va de mal en pis. Pourquoi le changement dans ce domaine n’est pas toujours au rendez-vous alors que le Chef de l’Etat s’en plaint ?

 Le jugement sur la justice congolaise ressemble à l’anecdote du « verre à moitié plein, verre à moitié vide ». En effet, les états généraux de la justice tenus du 27 avril au 2 mai 2015 avaient listé un certain nombre de recommandations dont l’amélioration des conditions sociales du personnel judiciaire, le renforcement des capacités dudit personnel et la couverture judiciaire. Depuis mon avènement, je me suis affairée comme indiqué précédemment à obtenir l’amélioration des conditions salariales des magistrats. Pour l’année en cours, il est prévu le recrutement des magistrats et le désengorgement des centres urbains par l’affectation des magistrats dans l’arrière pays avec une prime de brousse. 

HM: Le chef de l’Etat avait, en 2021, indiquait que « la corruption continue même dans la justice censée la combattre  ». Avez-vous un plan pour déraciner la corruption dans tous les segments de la justice ?

 Pour endiguer dans la mesure du possible ou du moins, amoindrir son impact dans le secteur de la justice, il me parait plus qu’indispensable de faire respecter le code de l’agent public de l’Etat pour tout le personnel. Particulièrement pour les magistrats, j’ai suggéré au bureau du Conseil supérieur de la magistrature lors de nos différentes rencontres, de rendre opérationnelles les chambres disciplinaires avec l’amélioration des conditions de travail. Le magistrat n’a plus à se cacher derrière une modicité du traitement, sa rémunération ayant été sensiblement revue à la hausse. Il revient donc au Conseil supérieur de la magistrature, organe de discipline des magistrats, de sanctionner tous les magistrats véreux et corrompus, la magistrature étant un corps d’élite.

 HM: Il semble que beaucoup de dossiers de détournement déposés par l’Inspection générale des finances au ministère de la Justice trainent dans les tiroirs. Quel est votre plan ?

L’Inspection Générale des Finances, reconnaissons-le, a abattu ces deux dernières années, un travail remarquable. Chaque fois que je suis saisie par elle, même par simple ampliation, j’use promptement des prérogatives me reconnues au travers l’article 70 de la loi organique portant organisation, fonctionnement de l’ordre judiciaire en donnant injonction aux Procureurs généraux. 

HM : Parlant de la sanction contre les magistrats véreux, jusqu’où comptez-vous aller? En combien de temps ?

Je tiens à préciser que conformément à l’article 152 de la Constitution, le régime disciplinaire des magistrats est le fait du Conseil supérieur de la magistrature. En clair, depuis la promulgation de la Constitution de février 2006 et les lois organiques subséquentes, les magistrats sont gérés par leurs pairs. Toutefois, dans le cadre de la collaboration institutionnelle, je veille à ce que la discipline soit assurée au sein de ce corps. 

HM:  Le chef de l’Etat a dernièrement demandé au gouvernement de finaliser avec le concours du Conseil supérieur de la magistrature le processus de recrutement des magistrats. Où en sommes nous ? Pensez-vous que c’est une carrière attractive ?

Le recrutement des magistrats est plus qu’une nécessité car le déficit quantitatif est énorme en considération des états des lieux établis à cet effet lors des assises des états généraux de la justice de 2015. La Politique Nationale de la Réforme de la Justice, PNRJ, en a établi le gap en termes de 10.000 magistrats mais en ayant égard à l’impact financier qu’une telle opération devrait avoir, il parait judicieux de procéder graduellement à ce recrutement. C’est dans ce cadre que pour l’année 2022, il est prévu de recruter seulement 2.000 magistrats. 

HM : Au sujet de Congo Holdup, vous avez officiellement saisi le procureur pour l’ouverture d’une instruction judicaire sur les révélations de détournements de fonds publics. Comment évolue ce dossier ?

Comme je l’ai indiqué ci-haut, en référence à l’article 70 de la loi organique portant organisation et fonctionnement et compétences des juridictions de l’ordre judiciaire, j’ai effectivement donné injonction au Procureur général aux fins d’ouvrir des enquêtes. Mais il sied de préciser que ledit article in fine, stipule que le Ministre de la Justice qui donne injonction des poursuites, ne doit pas interférer dans la poursuite de l’action publique. C’est aussi cela l’Etat de droit avec la séparation des pouvoirs.

 HM:  Presque toutes les prisons de la RDC sont dans un état vétuste et les prisonniers y vivent dans des conditions inhumaines. Quelle est le plan de la République à cet effet ? 

Dès ma prise de fonction à la tête du ministère de la Justice, j’ai, grâce aux partenaires techniques et financiers et les cadres de l’administration pénitentiaire de mon ministère, élaboré la cartographie pénitentiaire des prisons qui en urgence doivent être construites ou réhabilitées. Nous nous sommes engagés avec les moyens du gouvernement ainsi que ceux des partenaires, à rétablir certaines prisons. C’est le cas de la prison de Kabare dans la province du Sud-Kivu qui a été livrée à la fin du mois de février 2022 et grâce à un nouveau concept, la Prison de Munzenze de Goma et de Bukavu seront réhabilitées. Cette question reste tout de même un grand défi.

 Propos recueillis par HESHIMA

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Interview

Mélissa Amisi Sharufa, Un combat pour la lutte contre le cancer

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Heshima Magazine : Mélissa Amisi Sharufa, vous êtes très présente sur les réseaux sociaux avec votre fondation. Que faites-vous exactement ? 

Mélissa Amisi Sharufa : Je suis actuellement cadre dans une entreprise. Et depuis 2017, je suis la fondatrice et présidente de la Fondation Bomoko, une structure qui lutte contre les cancers, notamment ceux qui touchent les seins, le col de l’utérus, la prostate, la leucémie (cancer du sang) et certains types de cancers qui touchent les enfants. 

HM :Vous êtes très active avec la Fondation Bomoko. Quelles sont les actions à impact visible qui sont menées par votre structure en faveur des hommes et femmes atteintes de cette pathologie ? 

Depuis 2017, nous nous sommes focalisés sur trois axes d’intervention : prévenir les cancers par la sensibilisation et la disponibilité de l’information liée aux cancers pour tous, faciliter l’accès au dépistage et au diagnostic grâce aux partenariats avec les hôpitaux et les centres hospitaliers pour la réduction des coûts des examens et, enfin, soutenir et accompagner les malades qui souffrent de cancer avec des soins de fin de vie pour préserver leur dignité, dans le cas de ceux qui sont en stade final et avec des levées de fonds, accompagnement financier et moral pour ceux dont la situation peut être médicalement récupérable. 

HM Quelles difficultés rencontrez-vous dans ce que vous faites ?

 La première difficulté est pour moi d’ordre culturel. Et c’est bien ressenti lorsqu’on est en face de certaines personnes, malades ou pas. Par exemple, je dirais qu’il est de notre culture de ne pas avoir l’habitude de faire des check-up annuels lorsqu’on atteint déjà plus de 50 ans. 

Ceci entraîne automatiquement des comportements comme l’automédication, le diagnostic tardif et même le déni de la maladie. Pour plusieurs, le cancer est une maladie dite spirituelle et dont le traitement n’est que traditionnel ou par la prière et les jeûnes. 

HM Pensez-vous qu’en RDC, cette pathologie est mieux connue ? 

Toujours dans notre Congo, il y a des personnes qui ne connaissent même pas ce qu’est un cancer. Au-delà de l’aspect culturel, il y a comme autre difficulté le manque d’adhésion citoyenne à la lutte ; la participation de la masse aux activités liées au cancer est encore faible et assez compréhensible. Le cancer est parfois jugé comme maladie des riches à cause des coûts élevés du diagnostic et du traitement. La plupart des traitements n’étant pas disponibles au pays, il est difficile sur le terrain de pouvoir mener à bien des levées de fonds pour aider les malades à aller se faire soigner à l’étranger. Et pour finir, l’une des difficultés demeure la disponibilisation des informations et des examens de dépistage dans tous les coins et recoins de notre grand pays. Ceci demande particulièrement des moyens financiers consistants et un accompagnement concret de l’Etat ainsi que de ses partenaires techniques et financiers.

HM :Quelles sont vos ambitions dans les jours à venir ?

J’ambitionne de faire de notre centre de santé l’un des plus grands centres de cancérologie du pays et pourquoi pas de l’Afrique. Nous l’avons inauguré en février dernier et nous sommes situés en plein cœur de la capitale, Kinshasa, sur l’avenue Boera numéro 51 dans la commune de Kalamu, pour être plus précise. Au-delà du centre, mon combat se situe également dans la prise en compte des cancers dans la politique nationale de santé. Pour cela, je travaille sur des propositions qui seront soumises dans les meilleurs délais au – près des décideurs pour favoriser, pour un premier temps, toutes les actions menées par les structures comme la notre dans la sensibilisation. Et sur le long terme, œuvrer pour qu’il y ait plus de fonds disponibles (subventions) pour faire avancer la recherche, rendre certains examens de dépistage et traitements gratuits dans le but de sauver plus de vie.

HM: Dans le cadre du mois de mars, le magazine Heshima consacre une édition exclusivement à ce que font les femmes. Que pensez-vous de cette initiative ? 

Je remercie le magazine Heshima pour cette opportunité de partager sur la lutte contre les cancers, car à chaque fois que l’on accorde un peu de place à ce sujet considéré comme tabou, on sauve indirectement des vies. On apporte une information importante et on touche certainement ceux qui n’ont pas pu mettre un nom à leur souffrance. Je profite de cette belle tribune pour inviter toutes les femmes qui me liront de Kinshasa à venir se faire consulter gratuitement tout au long de ce mois de mars au sein du centre de santé Bomoko. Je les invite à ne pas avoir peur de s’informer davantage sur les cancers qui nous touchent particulièrement et à ne pas avoir honte de parler des symptômes au médecin car il n’y a aucune maladie taboue. Merci.

Propos recueillis par Dido Nsapu

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