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RDC : Ces dix événements qui ont marqué l’année 2025

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L’année 2025 aura été une année difficile sur le plan sécuritaire pour la République démocratique du Congo (RDC). Cette année, qui arrive à son terme, a été ponctuée par plusieurs événements marquants. Heshima Magazine revient sur dix d’entre eux.

En 2025, le pays a perdu le contrôle de deux de ses importantes capitales régionales occupées par les rebelles de l’Alliance Fleuve Congo/Mouvement du 23 mars (AFC/M23). Dès le 13 janvier, le célèbre catcheur congolais Edingwe « Moto na Ngenge », de son vrai nom Louis Mapima Mbaka, est décédé à Casablanca, au Maroc, à l’âge de 73 ans, provoquant une grande émotion en RDC où il était une légende, avec des hommages nationaux qui ont suivi son rapatriement à Kinshasa fin février 2025. En dehors de ce cas de décès, voici une rétrospective d’une année riche en événements notamment sur les situations sociales, les inondations et le sport.   

24 janvier : Mort du général Peter Cirimwami

Dès l’entame de l’année, la RDC a été confrontée à une aggravation de la situation sécuritaire dans sa partie Est. Le général major Peter Cirimwami Nkuba, officier des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) et gouverneur militaire intérimaire de la province de Nord-Kivu, a été tué le 24 janvier après avoir été touché par balles la veille près de Sake, une cité située près de la ville de Goma. L’incident a eu lieu alors que le gouverneur militaire s’était déplacé vers la ligne de front à l’ouest de Goma. Sérieusement blessé, il a été pris en charge d’abord à Goma puis évacué dans la nuit vers Kinshasa. Inhumé huit mois plus tard avec un colonel tombé également sur la ligne de front au Sud-Kivu, Peter Cirimwami Nkuba a été élevé au rang de grand officier et commandeur dans l’ordre national des héros nationaux Kabila-Lumumba par le président de la République, Félix Tshisekedi. La cérémonie, qui a eu lieu au Palais du peuple, en plein cœur de la capitale congolaise, a été ponctuée de nombreux hommages.

27 janvier 2025 : Chute de la ville de Goma

Le 27 janvier, Goma, la capitale du Nord-Kivu, est tombée aux mains des rebelles de l’AFC/M23, soutenus par l’armée rwandaise. L’offensive avait démarré depuis le 23 janvier. La chute de cette ville a marqué une escalade significative du conflit dans l’Est du pays. Symbole stratégique, politique et économique, la capitale du Nord-Kivu est devenue l’épicentre d’une onde de choc aux répercussions nationales et régionales. Cette prise de la ville la plus importante de l’Est du pays a entraîné une crise humanitaire et politique, avec des appels à l’aide internationale et des protestations en RDC. A Kinshasa, cette offensive éclair et brutale a provoqué des émeutes populaires contre certaines ambassades occidentales, notamment celles de la France et de la Belgique. L’ambassade du Rwanda dont le pays participe aux hostilités aux côtés des rebelles du M23 a été aussi attaquée.

A Goma, la ville traverse toujours une épreuve difficile près d’une année après son occupation. Ces combats avaient provoqué de nouveaux déplacements massifs de populations, s’ajoutant à des camps déjà saturés autour de la ville. Des familles entières avaient fui sans ressources, cherchant refuge dans des écoles, des églises ou à même les routes menant vers le Sud-Kivu. Malgré le démantèlement par la force des camps des déplacés autour de la ville de Goma, certaines familles, en rentrant chez elles, ont trouvé des occupants inconnus dans leurs champs et parfois dans leurs maisons. Kinshasa a dénoncé une « implantation » des populations inconnues dans les zones contrôlées par le Rwanda via le M23 au détriment des autochtones. Des voix discordantes sont systématiquement réduites au silence. C’est le cas de l’artiste musicien Katembo Idengo, alias « Delcato », tué le 13 février 2025 par des rebelles du M23 à Goma, alors qu’il était en train de tourner un clip d’une chanson dénonçant l’occupation des villes de l’Est du pays par ces rebelles appuyés par le Rwanda.

De leur côté, les organisations humanitaires ont alerté sur des pénuries critiques de nourriture, d’eau potable et de médicaments, aggravées par l’insécurité et la fermeture de plusieurs axes d’approvisionnement. Les hôpitaux de Goma, déjà fragilisés, ont peiné à faire face à l’afflux de blessés. L’accès aux soins est devenu un luxe, alors que le risque d’épidémies augmente dans les zones de regroupement improvisées. Les enfants, particulièrement vulnérables, sont exposés à la malnutrition, aux violences et à l’interruption brutale de leur scolarité. Cette chute de la ville a provoqué des milliers de morts civils. Au-delà de l’urgence humanitaire, cette situation d’occupation ravive les tensions régionales et les craintes d’une escalade majeure du conflit. Les accusations de soutiens extérieurs au M23 refont surface, compliquant davantage les efforts diplomatiques pour stabiliser la région.  

14 février : Chute de Bukavu

Après la ville de Goma et des combats dans certains territoires du Sud-Kivu, la ville de Bukavu, chef-lieu de la province du Sud-Kivu, est finalement tombée le 14 février. Des combattants de l’AFC/M23 ont marché et roulé dans le centre-ville sans résistance. Contrairement à Goma, Bukavu était tombée sans combat. Il s’agit de la deuxième grande ville du pays à être passée sous contrôle des rebelles dans cette région riche en minerais. Plus d’une dizaine de jours après l’occupation de cette ville, une attaque à la grenade a été perpétrée en marge d’un meeting de l’AFC/M23 organisé à la Place de l’indépendance à Bukavu. Cet attentat a entraîné la mort d’une dizaine de personnes et fait une soixantaine de blessés. A Goma, comme à Bukavu, les rebelles ont installé des administrations parallèles.     

Avril 2025 : Des inondations meurtrières à Kinshasa

Des pluies diluviennes se sont abattues sur Kinshasa, le 5 avril, causant la mort d’une trentaine de personnes et paralysant la capitale du pays. Des habitants circulaient en pirogue ou à la nage dans des avenues transformées en rivières. Après les pluies, les eaux ont progressivement monté, dévastant plusieurs quartiers périphériques et défavorisés de Kinshasa, mégapole de plus de 17 millions d’habitants et marquée par une urbanisation anarchique. Des quartiers les plus touchés étaient Debonhomme, Salongo et une partie de Kingabwa mais aussi Ndanu dans la commune de Limete, ainsi que d’autres zones fragiles dans les communes de Mont-Ngafula, Matete et N’djili.

Au total, 5 300 ménages des sinistrés de ces inondations ont été indemnisés par l’Etat congolais et ramenés à leurs domiciles, d’après le compte-rendu du 55ème Conseil des ministres.

Juin 2025 : Accord de paix signé le 27 juin

Après l’occupation de Goma et Bukavu, Kinshasa et Kigali ont signé un accord de paix. Représentés par leurs ministres des Affaires étrangères respectifs, la République démocratique du Congo et le Rwanda ont signé, le 27 juin 2025 à Washington, un accord en présence du secrétaire d’Etat des Etats-Unis, Marco Rubio. Signé par Mme Thérèse Kayikwamba Wagner, ministre congolaise des Affaires étrangères, et Olivier Nduhungirehe, son homologue rwandais, cet accord comprend deux volets majeurs : sécuritaire et économique. Il prévoit notamment le respect de l’intégrité territoriale des deux pays, la cessation des hostilités entre leurs armées, ainsi que l’engagement mutuel de ne plus soutenir des groupes armés comme les FDLR ou l’AFC/M23. Il inclut également la mise en place d’un mécanisme conjoint de coordination sécuritaire fondé sur le concept d’opérations adopté à Luanda en octobre 2024. Cet accord bilatéral de paix entre la RDC et le Rwanda est signé sous médiation des États-Unis et vise à apaiser les tensions régionales dans les Grands Lacs.

Septembre 2025 : Condamnation de Constant Mutamba

L’ancien ministre de la Justice et Garde des sceaux, Constant Mutamba, a été condamné le 2 septembre 2025 à 3 ans de travaux forcés. Il a écopé également de 5 ans d’interdiction de vote et d’éligibilité. Cette sentence a été également confirmée en appel. Le verdict de la Cour de cassation de la République démocratique du Congo l’a reconnu coupable de détournement de fonds alloués à la construction d’une prison à Kisangani, dans la province de la Tshopo, dans le nord-est de la RDC. L’ancien ministre de la Justice a également été exclu de toute fonction publique, et sommé de restituer 19 millions de dollars détournés.

Septembre 2025 : Condamnation par contumace de Joseph Kabila

L’ancien président de la RDC, Joseph Kabila – 54 ans – a été condamné à mort par contumace par la Haute Cour militaire de Kinshasa en septembre 2025. Il était poursuivi pour trahison et crimes de guerre, notamment pour son lien présumé avec le groupe rebelle AFC/M23. Il a été jugé coupable d’intelligence avec le Rwanda, complot et participation à un mouvement insurrectionnel. Joseph Kabila, qui n’était pas présent à son procès dans la capitale Kinshasa et n’y était pas non plus représenté, a finalement réapparu à Nairobi, au Kenya, créant une coalition d’opposition dénommée « Sauvons la RDC » en octobre dernier. Une plateforme qui réunit certains opposants en exil notamment Franck Diongo, Jean-Claude Mvuemba et Augustin Matata Ponyo.

Novembre 2025 : La RDC remporte la finale des barrages africains pour le mondial  

L’année 2025 a vu aussi les Léopards de la République démocratique du Congo réaliser un exploit historique en battant en finale des barrages africains les Super Eagles du Nigeria pour la dernière place de la qualification à la Coupe du monde 2026. Après un match nul (1-1) dans le temps réglementaire, les Léopards ont réussi à se défaire du Nigeria sur tirs au but. Une victoire majeure pour la qualification à la Coupe du monde 2026. Les hommes de Sébastien Desabre ne sont qu’à un match de la phase finale de la Coupe du monde qui aura lieu en juin prochain aux Etats-Unis, Mexique et Canada. En mars prochain, ils affronteront en finale des barrages intercontinentaux le gagnant du match Jamaïque-Nouvelle-Calédonie qui se jouera au Mexique. Après plus de 51 ans, jamais la RDC n’était aussi proche d’une qualification au mondial.

Décembre 2025 : Accord de paix ratifié par Tshisekedi et Kagame

Après avoir été signé le 27 juin par les ministres des Affaires étrangères de deux pays en conflit, l’Accord de paix de Washington a été ratifié le 4 décembre par les présidents congolais, Félix Tshisekedi, et rwandais, Paul Kagame, en présence du président américain Donald Trump. Félix Tshisekedi s’est engagé solennellement à mettre en œuvre, « en toute sincérité », l’ensemble des obligations qui en découlent. Le chef de l’État congolais a exprimé l’espoir que, avec le même sérieux, le Rwanda respectera pleinement la lettre et l’esprit des engagements pris à Washington. Mais seulement quelques jours après, les rebelles de l’AFC/M23 appuyés par l’armée rwandaise ont pris le contrôle de la ville d’Uvira, au Sud-Kivu. Malgré les appels au retrait de ces troupes par les Etats-Unis, l’armée congolaise affirme que ces rebelles n’ont pas quitté totalement la ville d’Uvira. Cette ville stratégique peut donner accès à la province du Tanganyika.        

15 décembre : Roger Lumbala condamné à 30 ans de prison 

L’ancien chef rebelle et ministre congolais, Roger Lumbala, a été condamné, le15 décembre, à 30 ans de réclusion criminelle par la Cour d’assises de Paris, en France. Il a été reconnu coupable de complicité de crimes contre l’humanité, pour avoir ordonné, aidé ou encouragé ses troupes lors de l’opération « Effacer le tableau » dans les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri. Son rôle dans les crimes commis dans ces deux régions de la République démocratique du Congo entre 2002 et 2003 a été épinglé tout au long du procès. Le parquet avait requis la réclusion à perpétuité, mais les juges ont prononcé une peine de 30 ans. C’est la première fois qu’un ancien rebelle congolais soit jugé par la France. Des ONG des droits de l’homme parlent d’une avancée majeure pour les droits des victimes des conflits armés en RDC.     

Heshima Magazine

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RDC : entre progrès tangibles et défis persistants dans la lutte contre le Sida

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Ce 1er décembre 2025, le monde célèbre la journée internationale de lutte contre le Sida. Alors que la République démocratique du Congo enregistre des avancées notables dans la prévention et la prise en charge de ce fléau, de nombreux défis continuent d’entraver l’accès équitable aux soins et la réduction durable des nouvelles infections. Entre efforts gouvernementaux, partenariats internationaux et réalités du terrain, la lutte reste à la croisée des chemins.

Depuis plusieurs années, la RDC s’efforce de renforcer sa riposte contre le VIH/Sida à travers une combinaison de politiques publiques, de programmes communautaires et de soutiens internationaux. Les progrès sont réels : davantage de centres de dépistage ont été ouverts dans les zones urbaines et rurales, la sensibilisation s’intensifie auprès des jeunes grâce aux campagnes éducatives, et l’accès aux antirétroviraux (ARV) s’est globalement amélioré, permettant à de nombreuses personnes vivant avec le VIH de mener une vie plus stable.

Le pays connaît, depuis 2010, une baisse constante du taux de prévalence de la maladie. Sur 103 millions d’habitants, environ 600 000 seulement vivent avec le VIH, selon l’ONUSIDA. La RDC continue de fournir des efforts pour l’élimination totale de cette maladie à l’horizon 2030. Cette année, la commémoration s’est déroulée sous le thème : « Sur le chemin des droits ». Cette thématique souligne l’importance des droits humains dans la lutte contre le VIH/sida. D’après le dernier rapport de l’ONUSIDA, publié en prélude à cette commémoration, le monde peut atteindre l’objectif convenu de mettre fin au Sida en tant que menace pour la santé publique d’ici à 2030. Mais à condition que les dirigeants protègent les droits humains de toutes les personnes vivant avec le VIH ou exposées au risque d’infection par le virus.

Fragilité des infrastructures sanitaires… 

Les organisations communautaires jouent un rôle essentiel dans cette dynamique. Souvent en première ligne, elles facilitent le dépistage volontaire, accompagnent les patients dans l’observance thérapeutique et luttent contre la stigmatisation qui reste l’un des obstacles les plus tenaces. Dans certains territoires enclavés, ces structures sont même la seule passerelle entre les populations et les services de santé. Cependant, la progression reste inégale. Les infrastructures sanitaires demeurent fragiles, particulièrement dans les provinces affectées par les conflits ou les difficultés logistiques. Le manque de personnel formé, les ruptures sporadiques de stocks d’ARV, ainsi que les barrières culturelles et socioéconomiques compromettent encore l’efficacité de la prise en charge. Les adolescentes et jeunes femmes, plus exposées au risque d’infection, nécessitent des programmes ciblés encore insuffisamment déployés.

La stigmatisation sociale, quant à elle, sape silencieusement les avancées. Beaucoup hésitent encore à se faire dépister ou à suivre leur traitement par crainte du rejet familial ou communautaire. Les efforts de sensibilisation doivent donc s’intensifier pour ancrer la compréhension que le VIH est une maladie chronique gérable, et non une fatalité.

Un relâchement constaté

Le dernier rapport de l’ONUSIDA sur le taux de prévalence de la maladie en RDC date de 2022. Ce rapport souligne que le nombre de nouvelles contaminations dans le pays a chuté de 58 % depuis 2010, et les décès de 72 %. Le taux de prévalence reste faible (0,6 %), soit environ 600 000 personnes atteintes du VIH pour 103 millions d’habitants. Depuis 2018, 83 % des personnes connaissent leur statut sérologique et 82 % des malades sont sous traitement antirétroviral (ARV).

Ces chiffres encourageants ont cependant créé un relâchement de la part du gouvernement. L’État congolais a, depuis, cessé le dépistage généralisé pour se concentrer sur les populations les plus à risque. Il s’agit des travailleuses du sexe, des usagers de drogues injectables, des hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes (homosexuels), des personnes tuberculeuses, ainsi que des femmes enceintes et allaitantes. Malgré la baisse du taux de personnes infectées, rappelait Heshima Magazine en 2024, les chiffres de la RDC restent tout de même élevés par rapport à d’autres pays où la lutte contre cette pandémie est menée sans relâche. C’est le cas de la Namibie, où le pays a réussi à réaliser 99 % des naissances sans transmission du VIH. Le taux de prévalence de la maladie chez les adultes diminue également. En France, le taux de personnes infectées est de 200 000 pour 68 millions d’habitants, soit 0,4 %.

Entre optimisme mesuré et vigilance constante, la RDC poursuit sa lutte contre le Sida. Les acquis sont précieux, mais fragiles. Pour espérer un avenir où le VIH ne sera plus une menace majeure, il faudra non seulement renforcer les moyens, mais surtout consolider la confiance, l’information et la solidarité au cœur des communautés.

Heshima

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Procès Lumbala à Paris : Bemba devrait-il s’en inquiéter ?

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Jugé depuis le 12 novembre 2025 devant la Cour d’assises de Paris, l’ex-chef rebelle congolais Roger Lumbala est poursuivi pour complicité présumée de crimes contre l’humanité commis en 2002-2003 dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC). Dans ce procès inédit, Lumbala réclame la comparution – même par visioconférence – de Jean-Pierre Bemba, à l’époque chef d’un mouvement armé allié (Mouvement de libération du Congo, MLC), pour tenter de le disculper. Mais la justice française n’a jusqu’à présent cité aucun autre Congolais, Jean-Pierre Bemba compris.

Depuis le 24 novembre, la Cour d’assises de Paris a entamé l’écoute des victimes notamment des membres des communautés pygmées d’Épulu et de Mambasa qui ont livré des récits accablants : viols, exécutions sommaires, tortures et pillages durant l’opération « Effacer le tableau » exécutée entre 2002 et 2003. La plupart de ces victimes sont venues d’Epulu, Mambasa et de la région d’Isiro dans les provinces de l’Ituri et Haut-Uélé (deux entités de l’ancienne Province Orientale) et défilent devant les juges français pour témoigner et réclamer justice. Plusieurs ONG de défense des droits humains, nationales et internationales, se sont constituées parties civiles. Elles saluent l’ouverture de ce procès, après des décennies d’impunité, comme un tournant vers la justice pour les victimes.

Procès historique et polémique

Le procès Lumbala a débuté le 12 novembre 2025 à Paris, ce qui est une première : jamais un Congolais n’avait été jugé en France pour des crimes commis en RDC sur la base du principe de compétence universelle. L’ancien chef du groupe armé Rassemblement Congolais pour la Démocratie-National (RCD‑N) est accusé d’avoir participé à l’opération dite « Effacer le tableau », marquée entre 2002 et 2003 par des exactions – meurtres, viols, pillages, travaux forcés – contre des populations civiles, notamment des communautés Nande et Pygmées.

À l’ouverture, la défense a contesté la compétence de la justice française pour juger des faits commis en RDC et dénoncé ce qu’elle considère comme un « néo-colonialisme judiciaire ». Pour sa part, Lumbala a refusé de comparaître et demandé le retrait de ses avocats, dénonçant une « justice illégitime ». Malgré ces résistances, la Cour d’assises de Paris s’est déclarée compétente le 21 novembre 2025, rejetant l’exception soulevée par la défense.

L’appel à témoignage de Bemba…

Dans une lettre datée du 16 novembre et adressée à Jean-Pierre Bemba, actuel vice-premier ministre congolais en charge des Transports, Lumbala l’a sollicité pour venir témoigner, même par visioconférence, en sa faveur. Il affirme qu’il n’a exercé aucune autorité militaire directe lors des faits reprochés, mais qu’il avait seulement apposé sa signature sur des accords conclus par Bemba et d’autres responsables. L’objectif : que Bemba éclaire la justice française sur la chaîne de commandement et la nature des ordres donnés en 2002-2003. Roger Lumbala demande aussi que plusieurs anciens cadres de son ancien mouvement soient appelés comme témoins.

Mais selon le greffe de la Cour d’assises de Paris, ni Jean-Pierre Bemba, ni un autre haut responsable congolais – en l’occurrence Constant Ndima – n’ont été formellement cités dans la procédure comme prévenus, témoins ou parties à convocation. Les avocats de Lumbala eux-mêmes ont dit leur surprise face aux rumeurs circulant sur les réseaux sociaux évoquant l’implication de Bemba dans l’affaire, le qualifiant de « poison rwandais ».

Justice, vérité… ou impasse ?

Le procès de Roger Lumbala s’inscrit dans un cadre inédit, celui de la compétence universelle, et représente pour beaucoup une opportunité longtemps attendue pour rendre justice aux victimes de l’Est de la RDC. Toutefois, l’issue reste incertaine. Au procès, des noms ne cessent d’être cités, notamment ceux de Jean-Pierre Bemba et du général Constant Ndima, occupant actuellement des responsabilités au sein des institutions du pays.

L’appel à un témoignage de Jean-Pierre Bemba – symbole pour certains d’un lien crucial entre les commanditaires et les exécutants – risque de ne jamais déboucher : la justice française n’a pas retenu son nom dans la procédure, et sa comparution n’est pour l’instant pas envisagée. Jean-Pierre Bemba ne devrait donc pas s’en inquiéter au stade actuel de la procédure. Lui qui avait été jugé à la Cour pénale internationale (CPI) pour des faits de crimes de guerre et crime contre l’humanité prétendument commis en République centrafricaine pendant sa rébellion. Mais l’homme avait été finalement acquitté de ces charges.        

Dans ces conditions, le procès Lumbala pourrait se heurter à un manque de « chaines de responsabilité » claires. Même si des victimes ont témoigné, l’absence de responsables congolais devant la barre pourrait fragiliser la vérité judiciaire. Mais pour les ONG et les parties civiles, le simple fait que des survivants puissent s’exprimer devant un tribunal international constitue déjà une avancée – modeste, mais réelle. Ce procès peut aussi ouvrir la voie à d’autres, surtout pour les crimes documentés dans le rapport Mapping des Nations Unies. Le docteur Denis Mukwege – prix Nobel de la paix – n’a jamais cessé d’évoquer ce document et demandé la fin de l’impunité pour des auteurs cités dans ce rapport. 

Heshima

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Face aux défis sécuritaires persistants : l’armée congolaise en pleine mutation

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La République démocratique du Congo (RDC) renforce progressivement ses Forces armées (FARDC). Hausse sans cesse croissant du budget de la défense depuis 3 ans, modernisation des équipements et réformes structurelles témoignent d’une volonté politique de bâtir une armée plus professionnelle et dissuasive en vue de faire face à des défis sécuritaires persistants et à un contexte géopolitique régional toujours sous tension.

Le 18 novembre 2025 devant les députés à l’Assemblée nationale, la Première ministre Judith Suminwa a présenté le projet de loi de finances exercice 2026. Dans un contexte sécuritaire toujours volatile, notamment dans l’est du pays, le gouvernement affiche une priorité nette : 30 % du budget sera consacré aux forces de défense et de sécurité, un niveau inédit depuis des lustres.  

Depuis plusieurs années, les Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) connaissent une transformation notable, portée par une augmentation progressive des crédits alloués à la défense. Selon les autorités congolaises, cette enveloppe budgétaire vise à répondre simultanément à trois priorités : la sécurisation du territoire, la modernisation des équipements et l’amélioration des conditions de vie des militaires. L’accroissement du budget militaire s’inscrit dans un effort global de réorganisation de l’appareil sécuritaire. Une part significative des ressources est consacrée à l’acquisition de nouveaux équipements : véhicules blindés, moyens de communication modernes, drones de surveillance et armements adaptés aux opérations dans des terrains difficiles, notamment dans l’est du pays. Ces investissements visent à renforcer la capacité opérationnelle des troupes face aux groupes armés et aux menaces asymétriques.

Parallèlement, la professionnalisation de l’armée constitue un autre axe majeur de cette montée en puissance. Des programmes de formation et de recyclage sont mis en place, parfois en coopération avec des partenaires étrangers, afin d’améliorer la discipline, la chaîne de commandement et la maîtrise tactique des unités. L’objectif affiché est de transformer progressivement les FARDC en une force mieux structurée, capable de mener des opérations coordonnées et efficaces.

Appui financier extérieur

Dans cette réforme de l’armée, l’Union européenne à travers le cadre de la Facilité européenne pour la paix (FEP), a décidé d’accorder une aide de 10 millions d’euros aux FARDC. Le 24 novembre 2025, le Conseil de l’Union européenne a officiellement adopté une nouvelle mesure d’assistance de 10 millions d’euros en faveur des FARDC. Cette somme est destinée à l’acquisition d’équipements militaires non létaux, adaptés aux besoins opérationnels des forces congolaises. Selon le Conseil de l’UE, il s’agira notamment de matériel pour renforcer le commandement et le contrôle, d’équipements logistiques visant à améliorer les conditions de déploiement des troupes, des infrastructures médicales, ainsi que des moyens de patrouille, notamment le long des frontières fluviales.

Il s’agit de la deuxième mesure de ce type accordée par l’UE aux FARDC : la première datée de 2023 visait à soutenir la 31ᵉ brigade de réaction rapide, basée à Kindu, dans la province du Maniema. Ce qui porte le soutien total de l’UE via la FEP à l’armée congolaise à 30 millions d’euros. Les autorités européennes expliquent que cet appui vise à renforcer la capacité des FARDC à protéger les civils et à restaurer l’autorité de l’État dans des zones fragilisées par les conflits. Les premières livraisons des matériels sont prévues avant la fin de 2026.

Un projet de réforme plus large…

Cette mutation profonde de l’armée s’inscrit dans un projet plus large qui s’étend jusqu’en 2028. Avec la loi de programmation militaire votée au Parlement, ce projet de montée en puissance des forces congolaises comprend notamment la formation des militaires, la spécialisation et le perfectionnement des troupes, des officiers, des sous-officiers, ainsi que des instructeurs et formateurs militaires. Elle englobe également la construction, la réhabilitation et l’entretien des infrastructures militaires.

En assurant des réformes au sein de l’armée, le gouvernement espère récupérer des territoires occupés par des groupes rebelles, notamment dans l’Est de la RDC. « Le gouvernement, sous le leadership du commandant suprême des forces armées de notre pays, demeure fermement déterminé à récupérer chaque portion du territoire national passée entre les mains de l’ennemi », a déclaré la Première ministre lors de la défense du budget 2026.

Bâtir une armée en valorisant aussi l’expertise nationale

Cette dynamique de réforme s’accompagne également d’une volonté d’industrialisation locale du secteur de la défense. Les autorités évoquent la relance de certaines unités de production et de maintenance militaires, destinées à réduire la dépendance vis-à-vis des importations et à favoriser un savoir-faire national. A la N’sele, dans la périphérie ouest de la ville de Kinshasa, un vaste projet de construction des ateliers est en cours. Conduit par le général-major Jean-Pierre Kasongo Kabwik du Service national, l’objectif de ce projet d’atelier est de construire des tenues militaires et policières sur place au pays. Cet atelier vise à réduire la dépendance extérieure en produisant localement des uniformes pour les FARDC et la Police nationale congolaise (PNC), avec une capacité de production de 2 000 tenues par jour soit environ 700 000 par an. Un aspect marquant est que l’atelier est géré par des anciens « kulunas », réinsérés et formés par le Service national pour devenir des « bâtisseurs de la nation ». L’atelier sera inauguré en décembre 2025.

Veiller à la qualité du soldat et de l’officier

Dans cette phase de perfectionnement, l’armée veut aussi veiller sur la qualité du soldat mais aussi de l’officier supérieur et subalterne. Lors de la cérémonie de prestation de serment des officiers subalternes des FARDC, le 8 avril 2025, à l’EFO Kananga, le lieutenant-général Obed Rwibasira, commandant général des écoles militaires de l’armée, avait épinglé un manque de discipline observée chez certains militaires. Il avait profité de cette occasion pour appeler les parents à envoyer leurs meilleurs enfants au sein de l’armée. « Nous vous exhortons de donner à l’armée des bons enfants, bien aimés, bien éduqués, instruits et intelligents car l’avenir de l’armée et de notre pays a un prix à payer. », avait-il déclaré devant des parents des nouveaux officiers subalternes mais aussi des autorités politiques dont le ministre de la Défense nationale, Guy Mwadiamvita.

L’accent est également mis sur la formation des officiers supérieurs, avec la création de l’École de guerre de Kinshasa (EGK) en 2021, pour préparer l’élite militaire à assumer des responsabilités plus importantes. Les objectifs incluent l’harmonisation des programmes, l’alignement sur les doctrines militaires et le renforcement des compétences pour mieux protéger la population, comme l’indique l’évaluation du Plan de réforme de l’armée. La formation des FARDC se concentre donc sur une amélioration de la qualité grâce à des programmes diversifiés, notamment l’entraînement spécialisé dans des domaines comme les armes lourdes, les drones et le combat.

Du côté des responsables de l’armée, une sévérité s’observe depuis quelques mois. Une vingtaine d’officiers généraux et supérieurs sont aux arrêts pour diverses raisons notamment des faits « hautement répréhensibles ». Le 22 novembre, le porte-parole de l’armée, le général-major Sylvain Ekenge, avait confirmé ces interpellations sans donner plus de détails. Parmi eux, le général Franck Ntumba, chef de la Maison militaire, un service directement rattaché à la présidence. Christian Ndaywel Okura, ex-chef des renseignements militaires (ex-DEMIAP), il avait été nommé il y a environ un an chef d’état-major de la force terrestre. Il y a aussi le général d’armée Christian Tshiwewe, ancien chef d’état-major des FARDC, il était, jusqu’à son arrestation, conseiller militaire du président Félix Tshisekedi. Ces officiers, qui ne sont ni à la prison de Makala ni à Ndolo, sont tous détenus dans des bonnes conditions, affirme Paul Nsapu, président de la Commission nationale des droits de l’homme (CNDH). « Nous avons même échangé. Ils sont en bonne santé, les médecins les visitent, chacun avec ses petits problèmes, ses petits bobos de santé. Et nous avons même blagué : ils sont tous contents parce que nos Léopards ont gagné, ils ont suivi tous le dernier match contre le Nigeria. Ils étaient en joie, ils ont même sautillé. Ils nous ont dit comment ils étaient très contents et fiers. C’est pour dire que le droit au loisir, à la lecture, ils ont dit qu’ils sont dans de très bonnes conditions. », a-t-il ajouté le 22 novembre 2025. 

Le budget des FARDC pourrait dépasser celui de l’Angola   

Dans un continent où la paix s’éloigne de plus en plus, la majorité des armées africaines augmentent leur budget de défense. C’est le cas de l’Algérie, l’Egypte, le Soudan, l’Angola, la RDC et d’autres pays qui ont des défis sécuritaires liés notamment au terrorisme tel que le Nigeria. Si le gouvernement algérien a octroyé à son armée un budget annuel de 25 milliards de dollars en 2025, la RDC veut aussi casser sa tirelire pour moderniser son outil de défense. Composée d’une armée moderne, comprenant l’armée de terre, l’armée de l’air et la marine, l’armée algérienne est aussi classée première en Afrique en terme d’indice de puissance. Si en 2025 la RDC a octroyé sur le papier 800 millions de dollars à son armée, ce budget a été dépassé lors des dépenses militaires. En 2026, le budget des FARDC va exploser, passant de 800 millions à près de 8 milliards de dollars, soit le tiers du budget national chiffré à 25 milliards de dollars.  

L’Angola, classé 8ème en Afrique (devant la RDC) en terme de budget de la défense, pourrait se voir dépasser par le pays de Félix Tshisekedi. L’Angola est réputé pour ses importantes forces terrestres et sa puissante armée de l’air. En 2025, le budget militaire du pays était de 2,1 milliards de dollars. Mais avec environ 8 milliards USD de défense prévus pour la RDC, le pays de Félix Tshisekedi pourrait se placer loin devant l’Angola et même l’Egypte qui a alloué un budget militaire de 5,88 milliards de dollars à ses forces armées en 2025.

Si les progrès sont salués par une partie de l’opinion, des défis demeurent. La transparence dans la gestion des fonds, la lutte contre la corruption et l’amélioration continue de la gouvernance sécuritaire restent des enjeux cruciaux pour pérenniser ces réformes.

Heshima

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