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A quoi servent les Institutions africaines

De la même manière qu’il a été établi l’impossibilité pour l’homme de vivre seul dans la société, cela est aussi avéré pour les pays du monde. Ces derniers, suite à la proximité géographique, linguistique, culturelle ou économique se réunissent au sein des Institutions, organisations régionales ou sous-régionales. Celles-ci contribuent d’une manière ou d’une autre à une meilleure gestion des pays membres et à la stabilité de leurs régions. En Afrique, l’instance suprême est l’Union Africaine, elle qui s’apprête à tenir son 34ème Sommet, le premier de l’année 2021, par visioconférence ou dans son format habituel à Addis-Abeba, capitale d’Ethiopie. L’UA présente une image omniprésente dans la politique africaine quelques fois controversée. Entre les dossiers de terrorisme, les révoltes et rébellions ou encore la gestion de la deuxième vague de la pandémie à Covid-19 pour laquelle l’Europe et l’Amérique ont déjà commencé avec la campagne de vaccination, c’est encore une série de défis qui attendent l’Union Africaine en 2021 face au ralentissement que connaît le continent africain dont le plus grand nombre de pays est encore compté parmi les moins développés du monde et ce, plus de soixante ans après les indépendances africaines. Une situation qui pousse à se poser la question sur le rôle que jouent toutes les institutions africaines, en commençant par l’Union Africaine. Pour ce faire, votre magazine procède à un décryptage d’un échantillon de ces Institutions et communautés régionales.

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Union Africaine 

C’est en 1963, au lendemain des premières indépendances des Etats africains autrefois colonies occidentales, qu’est créée l’Organisation de l’Unité Africaine (OUA). Alors que deux tendances, celle de Nkuameh Krumah, Président du Ghana et celle de Léopold Sédar Senghor du Sénégal, se disputent la paternité de l’OUA, les avis tendent à converger autour de l’ancien empereur éthiopien Hailé Sélassié. Dans un premier temps trente-deux pays seulement signent la charte créant l’OUA faisant d’elle une organisation essentiellement de développement et non d’intégration. Des décennies durant l’Organisation de l’Unité Africaine a axé sa politique sur la lutte contre le colonialisme et n’intervenait jamais dans les affaires internes des pays membres, laissant ces derniers sombrer dans la dictature et les coups d’Etat.

Elle a présenté des limites dans la gestion et la prévention des conflits, ne basant son fonctionnement que sur des dossiers purement administratifs tels que la révision des statuts. Les panafricanistes reprochent à l’OUA une faible implication diplomatique quant à l’emprisonnement de Nelson Mandela ou encore l’assassinat de Thomas Sankara mais aussi un laisser-faire dans l’instabilité des pays de l’Afrique de l’Ouest à l’exemple du Ghana, du Nigéria, de la Sierra Leone où se sont succédé putsch et assassinats des chefs d’Etat.

 Devant cette nonchalance de l’instance africaine, le président libyen Mouammar Kadhafi fort des largesses économiques que lui offre la manne pétrolière de son pays, commence à torpiller l’OUA. Face à l’incapacité de l’organisation à soutenir financièrement des pays en difficulté, Kadhafi offre de l’aide financière aux pays vulnérables qui se rallient progressivement à lui. En 1983, le Maroc déçu de la reconnaissance par l’OUA du Sahara occidental qu’il annexait depuis des décennies décide de quitter l’OUA, une fragilisation de plus.

Mouammar Kadhafi remportera finalement son combat au début des années 2000 lorsqu’à Durban en Afrique du Sud, de nombreux présidents africains lèvent l’option de tuer l’Organisation de l’Unité Africaine. La finalité n’est pas celle de tuer pour tuer, mais d’engendrer à partir des restes de l’ancienne organisation, une instance africaine intégrant le plus grand nombre des membres et qui offre davantage de possibilités politiques, économiques et financières pour un développement intégré du continent africain.

C’est la naissance de l’Union Africaine (UA) que les dirigeants africains veulent plus adaptée aux réalités africaines de l’heure. Elle conserve son siège à Addis-Abeba, cependant elle change dans son mode de fonctionnement en optant pour une  structure quelque peu calquée sur l’Union Européenne.

Organes et Fonctionnement de l’UA

De sa création en 2002 à ce jour, l’UA est composée des organes ci-après : 

– La conférence de l’union ;

 – Le conseil exécutif ; 

– Le parlement panafricain ; 

– La cour de justice ;

 – La commission ; 

– Le comité des représentants permanents ; 

– Les comités techniques spécialisés ; 

– Les institutions financières.

La Conférence de l’Union est composée des chefs d’Etats et des gouvernements ou leurs représentants dûment accrédités. Elle est l’organe suprême de l’union et se réunit au moins une fois par an en session ordinaire. A la demande d’un État membre et sur approbation des deux tiers des membres, elle se réunit en session extraordinaire. 

La présidence de la conférence est assurée pendant un an par un chef d’état et de gouvernement élu, après consultation entre les États membres. Elle poursuit comme objectifs :

1. Examiner les demandes d’adhésion à l’union ;

 2. Créer tout organe de l’union ; 

3. Assurer le contrôlée de la mise en œuvre des politiques et décisions de l’union et veiller à leur application par tous les États membres ;

 4. Adopter le budget de l’union ; 

5. Donner des directives au conseil exécutif sur la gestion des conflits, des situations de guerre et d’autres situations d’urgence ainsi que sur la restauration de la paix ; 

6. Nommer et mettre fin aux fonctions des juges de la cour de justice ; 

7. Nommer le président, le(s) vice-Président(s) et les commissaires de la commission et, déterminer leurs fonctions et leurs mandats.

Le Conseil Exécutif est composé des ministres des Affaires étrangères ou de tout autre ministre ou autorité désigné(e) par les gouvernements des Etats membres. Il se réunit deux fois par an en session ordinaire et en session extraordinaire à la demande d’un État membre, sous réserve de l’approbation des deux tiers de tous les membres. Son quorum est de deux tiers (2/3) sauf pour les décisions de procédure qui sont prises à la majorité simple.

Le Conseil Exécutif adopte son règlement d’ordre intérieur et décide des politiques dans les domaines d’intérêts communs pour les États membres, notamment dans les domaines de commerce extérieur, énergie, industrie et ressources minérales, alimentation, agriculture, ressources animales, élevage et forêt, protection de l’environnement, action humanitaire et réaction de secours en cas de catastrophe, transport et communication, assurances, éducation, culture et santé, mise en œuvre des ressources humaines, science et technologie, nationalité, résidences de ressortissants étrangers et questions d’immigrations, sécurité sociale et élaboration des politiques de protection de la mère et de l’enfant, ainsi que de la politique en faveur des personnes handicapées, institutions d’un système de médaille et de prix africains.

Le Parlement Panafricain a été institué dans le but d’assurer la pleine participation des peuples d’Afrique au développement et l’intégration économique. Sa complexité est détaillée à l’article 17 de l’acte constitutif de l’Union Africaine.

La composition, les attributions, l’organisation et les pouvoirs de la Cour de justice sont repris à l’article 18 de l’acte constitutif de l’union.

 La Commission de l’Union Africaine est, pour ainsi dire, le moteur de l’Union Africaine. Elle comprend un président, un vice-président, huit commissaires chargés de portefeuilles : Paix et sécurité, affaires politiques, affaires sociales, développement rural, infrastructure, énergie et transport, ressources humaines et recherche scientifique. Les commissaires sont les premiers responsables élus pour quatre ans à la tête du département qui compte environ quatre cents employés, dont des directeurs, des chefs de division, des fonctionnaires, des personnels de soutien.

Le Comité des Représentants Permanents est composé des représentants permanents et autres plénipotentiaires des Etats membres. Ce comité est responsable de la préparation des travaux du conseil exécutif et agit sur instruction du Conseil exécutif. Il peut instituer tout sous-comité ou groupe de travail qu’il juge nécessaire. Les comités techniques spécialisés font l’objet de l’article 14 de l’acte constitutif. Ces comités sont les suivants : 

– Le comité chargé des questions d’économies rurales et agricoles ;

 – Le comité chargé des questions commerciales, douanières et d’immigration ; 

– Le comité chargé de l’industrie, de la science et de la technologie, de l’énergie, des ressources naturelles et de l’environnement ;

 – Le comité chargé des transports, des communications et du tourisme ; 

– Le comité chargé de la santé, du travail et des affaires sociales ; 

– Le comité chargé de l’éducation, de la culture et des ressources humaines.

Le Conseil Economique et Social qui est un organe consultatif, est composé des représentants des différentes couches socioprofessionnelles des Etats membres de l’union. Ses attributions, pouvoirs, la composition et l’organisation sont déterminés par la Conférence de l’union. L’Union Africaine est dotée des institutions financières suivantes, dont les statuts sont définis dans les protocoles y afférents, une de ces institutions est la Banque Africaine de Développement.

La Banque Africaine de Développement (BAD) 

Créée en 1964 presque dans la foulée de l’Organisation de l’Unité Africaine, la BAD est une institution financière de l’Union Africaine qui a pour objet de faire reculer la pauvreté sévissant au sein des pays membres régionaux en contribuant à leur développement économique durable et à leur progrès social. Elle vit des cotisations des pays membres qu’elle redistribue selon les cas aux pays dans le besoin. En résumé, elle mobilise des ressources pour la promotion de l’investissement dans ces pays membres, elle leur fournit une assistance technique ainsi que des conseils sur les politiques à mettre en œuvre. Cette mission multidimensionnelle de la BAD se fait en harmonie avec les 17 objectifs de développement durable des Nations Unies qui consistent à améliorer la qualité de vie des citoyens du monde allant de l’élimination de la pauvreté, de la faim, à réduire les inégalités sociales, à lutter contre les changements climatiques, etc.

Selon le besoin, le siège de cette Institution peut se déplacer d’un pays pour un autre. Ce fut le cas lorsque la Banque Africaine de Développement a établi son siège à Tunis en Tunisie avant de faire son come back à Abidjan en Côte d’Ivoire.

Aux côtés des institutions inhérentes à l’Union Africaine, il existe de nombreuses autres organisations régionales telles que la CEDEAO, la SADC, la CEEAC qui tentent de procéder à une organisation basée sur la proximité géographique, linguistique et économique des Etats africains.

La Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO)

Créée le 28 mai 1975, la CEDEAO est une organisation qui se concentre sur la partie ouest de l’Afrique, c’est la principale structure intergouvernementale destinée à coordonner les actions des pays de cette partie de l’Afrique. La CEDEAO tient son siège à Abuja au Nigéria. Elle compte à ce jour, quinze membres.

Son but principal est de promouvoir la coopération et l’intégration avec l’objectif de créer une union économique et monétaire de l’Afrique de l’Ouest. Des sources de cette instance ouest-africaine ont annoncé en 2017 que le Produit intérieur brut (PIB) global des Etats membres de la CEDEAO s’élevait à 565 milliards de dollars américains.

La Communauté de Développement d’Afrique Australe (SADC)

 Seize pays de l’Afrique Australe et de l’Océan indien forment cette organisation, il s’agit de l’Afrique du Sud, l’Angola, le Botswana, le Lesotho, Madagascar, Malawi, Maurice, le Mozambique, la Namibie, la RDC, les Seychelles, le Swaziland, la Tanzanie, la Zambie, le Zimbabwe, les Comores. 

Elle voit le jour en 1980, sous l’appellation de la Conférence de coordination pour le développement de l’Afrique Australe, de la volonté de neuf pays membres (Angola, Botswana, Lesotho, Malawi, Mozambique, Tanzanie, Zambie, Zimbabwe) de promouvoir une entente économique. Ce n’est qu’en 1992 que la Conférence cède la place à la Communauté de Développement dont le siège reste à Gaborone au Botswana. 

Les six autres pays, à savoir la RDC, l’Afrique du Sud, Madagascar, les Seychelles, les Comores et Maurice signent leurs entrées progressivement et en fonction des changements sociopolitiques majeurs dans leurs sociétés. La SADC est composée de quelques institutions à savoir un organe pour la politique, la défense et la sécurité ; le Conseil des Ministres qui supervise et veille au bon fonctionnement de la Communauté ; le Comité intégré des Ministres, le Secrétariat qui est l’organe d’harmonisation et de pilotage stratégique ; les Comités nationaux de la SADC.

La Communauté Economique des Etats de l’Afrique Centrale (CEEAC)

 Située à Libreville au Gabon depuis le 18 octobre 1983, la CEEAC est une organisation internationale créée en vue du développement économique, social et culturel de l’Afrique Centrale. En toile de fond, les pays membres pensaient par cette organisation régionale pouvait créer un Marché Commun. Avec à son actif onze pays membres, le Gabon, le Cameroun, la Centrafrique l’Angola, le Congo, la RD Congo, la Guinée Equatoriale, le Tchad, Sao Tomé et Principe, le Burundi et le Rwanda, la CEEAC affiche un PIB de 523 milliards de dollars américains. De fil en aiguille, la Communauté Economique des Etats de l’Afrique Centrale a développé sa vision cherchant désormais une coopération harmonieuse et un développement dynamique, équilibré dans tous les domaines de la vie en vue de réaliser l’autonomie collective et élever le niveau de vie des populations.

HESHIMA

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Kinshasa face au défi des migrants expulsés des États-Unis

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Une quinzaine de migrants latino-américains expulsés des États-Unis ont été accueillis à Kinshasa, une première pour la République démocratique du Congo (RDC). Le gouvernement congolais, pris dans une équation diplomatique sensible, s’appuie sur l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) pour gérer cette situation inédite et controversée.  

L’arrivée, dans la nuit du 17 avril, de quinze migrants expulsés des États-Unis marque un tournant dans la politique migratoire impliquant la République démocratique du Congo (RDC). Ce groupe – composé notamment de ressortissants péruviens et équatoriens – a atterri à l’aéroport international de N’djili, à Kinshasa, après un vol en provenance du territoire américain. Il s’agit du premier contingent accueilli dans le cadre d’un dispositif américain controversé consistant à expulser des migrants vers des « pays tiers », souvent africains, avec lesquels Washington a conclu des accords discrets. Pour le moment, les premiers arrivants semblent en bonne santé. Ils ont été répartis dans différents appartements du complexe hôtelier Venus Village situé sur le Boulevard Lumumba, dans la commune de la N’Sele, dans l’Est de Kinshasa. Cette arrivée des premiers migrants crée déjà la controverse au pays. Le gouvernement, à travers le ministère de Communication et Médias, a affirmé que la prise en charge financière de ces personnes est assurée par les Etats-Unis. La Première ministre, Judith Suminwa a confirmé cette position, évoquant un service que la RDC rend aux Etats-Unis. « C’est un service que nous rendons aux États‑Unis, qui prennent en charge ces personnes sur notre territoire à travers l’OIM. Pour l’instant, nous collaborons avec les États‑Unis d’Amérique et l’Organisation internationale pour les migrations afin de recevoir ces migrants de manière temporaire, en attendant de leur trouver d’autres alternatives, notamment des pays d’accueil », a déclaré Judith Suminwa au journal Afrique de TV5 Monde le 18 avril. Mais face à ce défi inédit dans son format actuel, le gouvernement fait appel à cet organisme spécialisé pour la gestion de ces migrants.          

Une gestion confiée en partie à l’OIM

Face à cette situation sensible, les autorités congolaises ont sollicité l’appui de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM). L’agence onusienne est chargée d’apporter une assistance humanitaire aux migrants et pourrait organiser, sur base volontaire, leur retour vers leurs pays d’origine. Mais l’OIM a tenu à préciser qu’elle ne joue aucun dans ce deal migratoire entre Kinshasa et Washington. L’organisation a signifié, le 20 avril, via son porte-parole, qu’elle « ne joue aucun rôle dans les accords bilatéraux tels que celui conclu entre la RDC et les États-Unis ». D’où, elle se réserve le droit de limiter, de refuser ou de suspendre son implication si les normes minimales de protection ne peuvent être garanties. « Les questions relatives aux termes ou au champ d’application de tout accord bilatéral doivent être adressées aux autorités gouvernementales compétentes », déclare l’OIM. Cette organisation internationale signale également que les questions liées au retour de ces migrants vers leurs pays d’origine relèvent de leur propre volonté.   

Cependant, au-delà d’une assistance fondée sur les besoins et sur des évaluations individuelles, l’organisation dit qu’elle peut « proposer une aide au retour volontaire aux migrants qui en font la demande, conformément à son mandat et aux cadres juridiques applicables ». Cette agence de l’ONU chargée des migrations a néanmoins précisé qu’elle n’assiste que des retours « strictement volontaires », lesquels reposant « sur le libre consentement préalable et éclairé des personnes concernées ».  

Selon des sources au sein du gouvernement, ces migrants ne sont pas destinés à rester durablement en RDC. Ils bénéficient d’un statut de séjour temporaire, le temps que leur situation soit examinée individuellement ou qu’une solution de rapatriement soit trouvée.  

Un accord opaque et politiquement sensible

À Kinshasa, la gestion de ce dossier suscite malaise et interrogations. Ce deal migratoire entre le gouvernement congolais et les États-Unis n’a pas été rendu public dans ses détails, alimentant les critiques sur son opacité et sur les contreparties éventuelles pour la RDC. Des analystes y voient un geste diplomatique de la part du gouvernement congolais, dans un contexte de rapprochement avec Washington, notamment autour de partenariats stratégiques et sécuritaires.

Des inquiétudes sur les droits humains

Mais cette coopération n’est pas sans risque. La RDC, déjà confrontée à de graves défis socio-économiques et sécuritaires, doit désormais gérer l’accueil de migrants sans lien avec son territoire, dans des conditions logistiques et juridiques encore floues. Au-delà de la dimension politique, cette opération soulève des préoccupations sur le respect des droits des migrants. Certains d’entre eux auraient encore des procédures en cours aux États-Unis ou craindraient de retourner dans leur pays d’origine. 

Au-delà de la dimension politique, cette opération soulève des préoccupations sur le respect des droits des migrants. Certains d’entre eux auraient encore des procédures en cours aux États-Unis ou craindraient de retourner dans leur pays d’origine. En RDC, certains experts des droits humains comme Venance Kalenga regrette que le pays prenne part à la politique de transfert forcé de ces demandeurs d’asile. D’après lui, il s’agit d’une violation des droits humains qui pourrait avoir des conséquences néfastes sur le droit international humanitaire. « La crainte est que les Etats-Unis qui sont un modèle en matière de protection des demandeurs d’asile puissent influencer les autres Etats à se comporter de la même manière. Notre pays, en acceptant de faire cela, viole le droit international humanitaire parce qu’il essaie de sous-traiter une question qui était soumise aux Etats-Unis. Il accepte ces demandeurs d’asile qui viennent dans un pays où ils ne sont pas sûrs de la protection », a-t-il déclaré au micro de Deutsche Welle.

Plus largement, les ONG dénoncent une externalisation des politiques migratoires américaines vers des pays aux capacités d’accueil limitées, dans des conditions souvent peu transparentes. Alors que d’autres arrivées sont envisagées dans les prochaines semaines, la RDC se retrouve en première ligne d’un dispositif migratoire international controversé. Kinshasa devra trouver un équilibre délicat pour éviter que cette coopération ne se transforme en fardeau durable.

Magazine Heshima

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Sanctions américaines contre l’armée rwandaise : quel impact sur la guerre dans l’Est de la RDC ?

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Washington a décidé, le 2 mars 2026, de sanctionner l’armée rwandaise et plusieurs de ses hauts responsables pour leur soutien présumé aux rebelles de l’AFC/M23. Une décision qui pourrait rebattre les cartes diplomatiques et militaires dans l’Est de la République démocratique du Congo (RDC), où le conflit continue de déstabiliser la région. Ces sanctions peuvent-elles changer le cours de la guerre dans cette partie du pays ?

Les Forces de défense rwandaises (RDF) ainsi que quatre de leurs hauts responsables viennent d’être sanctionnées par l’Office de contrôle des avoirs étrangers (OFAC) du département du Trésor américain. D’après le communiqué publié le lundi 2 mars 2026, l’OFAC justifie ces sanctions par leur soutien à la rébellion de l’Alliance Fleuve Congo/Mouvement du 23 mars (AFC/M23), qui contrôle de vastes pans des provinces du Nord et du Sud-Kivu, dans l’est de la RDC.

Ces mesures incluent des restrictions financières et des pressions politiques visant à contraindre Kigali à cesser toute aide militaire et à retirer ses forces du territoire congolais. Les autorités américaines affirment vouloir faire respecter les accords de paix signés en juin puis en décembre 2025 entre Kinshasa et Kigali, qui prévoyaient notamment le retrait des troupes étrangères et la désescalade dans la région. Ces quatre hauts responsables rwandais ainsi que l’ensemble des Forces de défense rwandaises (RDF) sont placés sur sa liste des ressortissants spécialement désignés (SDN). Cette inscription signifie que les avoirs des personnes et de l’armée rwandaise qui relèvent de la juridiction américaine sont bloqués et que les ressortissants et entreprises américaines ne peuvent pas effectuer de transactions avec elles.

Parmi les individus sanctionnés, il y a Stanislas Gashugi, Ruki Karusisi, Mubarakh Muganga (alias « MK Mubarkh ») et Vincent Nyakarundi, tous basés à Kigali et accusés de contribuer à l’instabilité dans l’Est de la RDC. Le département du Trésor américain, à travers l’OFAC, a émis la General License 1 autorisant une période de démantèlement des transactions impliquant les RDF, afin de permettre une cessation ordonnée des engagements concernés. En d’autres termes, ce texte autorise, jusqu’à 00 heure 01′ le 1er avril 2026, les opérations « normalement accessoires et nécessaires » à la cessation progressive des transactions impliquant l’armée rwandaise ou toute entité dans laquelle elle détient, directement ou indirectement, au moins 50 %.

Toujours selon l’OFAC, les forces rwandaises soutiennent activement, entraînent et combattent aux côtés du M23, un groupe armé déjà sanctionné par les États-Unis et les Nations unies, responsable de violations des droits humains et d’une crise de déplacements massifs de population en RDC. Sur le terrain, la décision américaine pourrait modifier certains équilibres. Depuis plusieurs mois, le M23 s’est imposé comme l’un des groupes armés les plus puissants dans l’Est de la RDC, dans une région où opèrent une centaine de milices et où la crise humanitaire a déjà déplacé des millions de personnes.

En marge de la publication de ces sanctions, le secrétaire au Trésor des Etats-Unis, Scott Bessent, a exigé le « retrait immédiat des troupes, des armes et des équipements » des Forces de défense rwandaises (RDF) du territoire congolais. Selon le Trésor américain, ces mesures visent à accroître la pression sur Kigali afin de mettre fin à toute implication militaire présumée dans l’Est de la RDC, où l’insécurité persiste malgré les initiatives diplomatiques régionales et internationales.

Kinshasa salue les sanctions contre Kigali

Pour Kinshasa, ces sanctions représentent un signal politique important. Le ministère des Affaires étrangères de la RDC a salué la décision américaine, exprimant sa « profonde reconnaissance aux Etats-Unis ». De son côté, celui de la Communication et Médias y voit « un signal clair en faveur du respect de la souveraineté et de l’intégrité territoriale » de la RDC. Ces mesures confirment « la nécessité d’une cohérence entre les engagements diplomatiques et les réalités opérationnelles sur le terrain », note ce ministère dirigé par Patrick Muyaya. Kinshasa a aussi exprimé « sa profonde reconnaissance » aux États-Unis pour « leur implication constante » dans les efforts de paix dans la région des Grands lacs.

Pour sa part, le gouvernement rwandais rejette les accusations et estime que les sanctions présentent une lecture biaisée du conflit, tout en reprochant également à la RDC de ne pas respecter certains engagements du processus de paix. Le Rwanda dit également regretter des sanctions qu’il juge « unilatérales », estimant qu’elles « déforment les faits » du conflit et ciblent injustement « une seule partie » au processus de paix. Dans un communiqué publié le 2 mars, Kigali dit vouloir retirer ses troupes en RDC mais à condition que la RDC mette également en œuvre ses obligations. « Le Rwanda reste pleinement engagé à désengager ses forces en parallèle avec la mise en œuvre par la RDC de ses obligations », a déclaré Kigali dans ce communiqué. Il accuse en même temps Kinshasa de violer le cessez-le-feu. 

Ces sanctions peuvent avoir quel impact ?

Si les autorités congolaises y voient une reconnaissance internationale de leurs accusations contre Kigali, l’impact de ces sanctions pourraient se montrer dans le temps. L’armée rwandaise dépend en majorité des subventions américaines et européennes. Ces sanctions pourraient faire perdre un budget militaire conséquent à l’armée rwandaise. Ce qui pourrait être un coup dur pour Kigali et obligé Paul Kagame à retirer ses troupes dans l’Est de la RDC. « Si le président Paul Kagame refuse d’obtempérer, la posture américaine actuelle dans le monde devrait le faire réfléchir. Le cas du Venezuela ou de l’Iran devrait traverser son esprit. », note un analyste de la région des Grands lacs.              

Pour l’instant, les combats continuent sur plusieurs lignes de front dans l’Est du pays. Au Sud comme au Nord-Kivu, des lignes de front bougent dans un sens comme dans l’autre. Si Kigali persiste en maintenant ses troupes dans l’Est du pays, Washington a déjà prévenu. Le département d’État affirme que les États-Unis sont prêts à utiliser « tous les outils disponibles » pour s’assurer que la RDC et le Rwanda respectent les engagements pris dans le cadre des Accords de Washington.    

Kinshasa espère que cette pression internationale affaiblira les capacités du M23 qui est armé par Kigali. Mais l’impact réel reste encore à observer sur le terrain. Entre pressions diplomatiques et rivalités régionales, les sanctions américaines pourraient peser sur l’évolution du conflit. Mais dans l’Est de la RDC, où les populations vivent depuis des décennies au rythme des affrontements, la paix dépendra surtout de la volonté réelle des acteurs à transformer ces décisions politiques en désescalade sur le terrain.

Heshima  

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Guerre contre l’Iran : l’Afrique redoute les répercussions économiques et énergétiques

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L’escalade militaire au Moyen-Orient après les frappes contre l’Iran suscite de vives inquiétudes sur le continent africain. Hausse des prix du pétrole, inflation et perturbations commerciales pourraient fragiliser davantage plusieurs économies déjà sous pression. Avec la fermeture du détroit d’Ormuz, l’envolée de prix du pétrole ne va pas épargner l’Afrique.    

L’escalade militaire autour de l’Iran dépasse largement les frontières du Moyen-Orient. Hausse du prix du pétrole, perturbations commerciales et tensions économiques : plusieurs pays africains commencent déjà à ressentir les effets d’une crise susceptible de fragiliser davantage des économies encore convalescentes. La guerre en cours autour de l’Iran fait trembler les marchés mondiaux de l’énergie et ses effets commencent à se faire sentir bien au-delà du Moyen-Orient.

Depuis samedi 28 février, jour de l’annonce de la fermeture du détroit d’Ormuz où transite le tiers du pétrole mondial, le prix du baril flambe de 13%. Vendu en dessous de 70 dollars avant la crise iranienne, il est actuellement à plus de 80 dollars le baril. C’est la conséquence directe de la fermeture du détroit d’Ormuz où transite plus de 20% du pétrole mondial. Samedi, les Gardiens de la révolution iraniens avaient indiqué que cette voie était « de facto » fermée à la navigation, car dangereuse en raison des attaques américaines et israéliennes. Dimanche 1er mars 2026, la télévision d’État iranienne a annoncé qu’un pétrolier était en train de « couler » après avoir été frappé alors qu’il franchissait « illégalement » le détroit d’Ormuz, sans plus de précisions.

« Soixante navires » sous pavillon français ou qui appartiennent à des entreprises françaises sont bloqués « à l’intérieur du Golfe arabo-persique », a déclaré le délégué général d’Armateurs de France, Laurent Martens cité par France 24.

Face à cette crise, les analystes redoutent notamment une flambée durable du prix du pétrole, ressource stratégique pour de nombreux pays africains. Des projections démontrent que le prix du baril pourrait dépasser les 100 dollars si le conflit se prolonge ou si les routes maritimes sont perturbées.

Détroit d’Ormuz, un passage vital pour les navires pétroliers 

Le détroit d’Ormuz est un passage stratégique par lequel transite près d’un cinquième du pétrole mondial. Toute interruption du trafic dans cette zone provoque un choc énergétique mondial et renchérit le coût des importations pour les pays africains fortement dépendants du carburant.  Pour les économies africaines importatrices de pétrole, les conséquences pourraient être immédiates : hausse des prix du carburant, inflation et pression sur les finances publiques. Plusieurs experts estiment que la montée des prix de l’énergie se répercutera sur le coût du transport, de l’alimentation et des produits de base en Afrique. « Nos navires resteront à quai pendant plusieurs jours », a déclaré à Reuters un cadre supérieur d’une importante société de négoce. Environ 20 millions de barils de pétrole brut et d’autres carburants transitent quotidiennement par l’étroit détroit qui sépare l’Iran de la péninsule arabique.

Ce détroit est vital pour les exportations d’Arabie saoudite, d’Irak, du Koweït, du Qatar et d’Iran. Toute perturbation, ou même la simple menace d’une telle perturbation, provoque généralement une forte hausse des prix du pétrole et des coûts d’assurance maritime. Bien que l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis exploitent des oléoducs alternatifs contournant le détroit, les analystes soulignent que ces itinéraires ne peuvent absorber la totalité du volume de pétrole brut qui y transite habituellement.

L’histoire a déjà montré la sensibilité des marchés pétroliers aux conflits au Moyen-Orient. A titre d’exemple, pendant la guerre du Golfe (1990-1991), le prix du Brent a doublé, passant d’environ 15 dollars le baril en juillet 1990 à plus de 40 dollars en octobre, après l’invasion du Koweït par l’Irak. En revanche, lors de la guerre d’Irak de 2003, les prix ont connu une hausse moins marquée avant de se stabiliser une fois les craintes liées à l’approvisionnement apaisées. Depuis janvier, avec l’intensification des signes d’une possible confrontation entre les États-Unis et l’Iran, les marchés pétroliers ont connu une volatilité notable.

Le Nigéria, potentielle victime

La guerre pourrait affecter le Nigéria d’au moins quatre manières, notamment dans le secteur pétrolier. Alors que les États-Unis et Israël intensifient leurs actions militaires contre l’Iran, des analyses préviennent que les conséquences pourraient s’étendre bien au-delà du Moyen-Orient, avec des répercussions sur les marchés pétroliers mondiaux, l’inflation et le coût de la vie dans des pays comme le Nigeria.

Premier producteur de pétrole d’Afrique, le Nigéria traverse déjà une crise structurelle profonde caractérisée par une production historiquement basse (remontant à 1,5 million de barils/jour début 2026 contre 1,2 en 2022). Le pays connait des pénuries de carburant, une forte inflation et la dévaluation du Naira, la monnaie locale. Avec la crise en Iran, cette situation risque ne pas s’améliorer car le pays compense souvent ses pénuries par l’importation de l’or noir. 

Dans ce contexte incertain, de nombreux gouvernements africains suivent de près l’évolution du conflit. Car si la guerre se prolonge, ses ondes de choc économiques pourraient atteindre rapidement les ménages africains, rappelant combien la stabilité du Moyen-Orient demeure étroitement liée à celle des économies du continent. D’ailleurs, en République Démocratique du Congo, le gouvernement remue ciel et terre pour compenser la hausse des prix du carburant en offrant un manque à gagner aux pétroliers. Une nouvelle hausse des prix à l’échelle internationale pourrait bien impacter les finances du pays déjà essoufflées par les dépenses sécuritaires liées à la guerre dans l’Est de la RDC.

Heshima  

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